Trends Tendances 19 Octobre 2017 .pdf



Nom original: Trends_Tendances_19_Octobre_2017.pdf

Ce document au format PDF 1.7 a été généré par , et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 19/10/2017 à 00:01, depuis l'adresse IP 185.212.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 445 fois.
Taille du document: 1.4 Mo (15 pages).
Confidentialité: fichier public




Télécharger le fichier (PDF)










Aperçu du document


www.trends.be

TAXE

Tout ce qu’il faut savoir
sur la taxation
des comptes-titres

ÉCONOMIE ET FINANCES • 42 E ANNÉE • N°42 • € 6,20 • 19 OCTOBRE 2017

RECONNAISSANCE FACIALE

ISSN 0776-3395 - P509559

NULLE PART
OÙ SE CACHER

Ce qu’Apple, Samsung, Facebook ou Amazon
peuvent lire sur notre visage
Comment le business va en profiter

À LA UNE
RECONNAISSANCE FACIALE

MONTAGE PG/ISTOCK

NULLE PART
OÙ SE CACHER

Pour déverrouiller son smartphone, effectuer un paiement ou accéder à son lieu
de travail, plus besoin de code ou d’empreinte digitale, votre visage peut désormais
suffire. Après la reconnaissance vocale, nombreuses sont les entreprises,
principalement asiatiques, qui ont flairé le pactole que représente la reconnaissance
faciale. Identification de clients, contrôle de sécurité dans des lieux publics, diagnostics
médicaux, etc. sont autant de développements prometteurs. Mais quid du respect
de la vie privée face à certaines applications qui permettent déjà de déterminer
avec une quasi-certitude l’orientation sexuelle d’une personne?
THE ECONOMIST

32 19 OCTOBRE 2017 WWW.TRENDS.BE

L
ISOPIX

e visage humain est un
conducteurs des services de réserLe visage n’a pas
véritable chef-d’œuvre.
vation de voitures avec chauffeur,
qu’une fonction
L’immense variété de
autoriser les touristes à pénétrer sur
identitaire. Il envoie
traits qui le composent
des sites touristiques et permettre
une multitude
nous permet de reconde payer avec un sourire. Et Apple
naître nos semblables et
l’a intégrée sur son nouvel iPhone
d’informations,
joue un rôle capital dans
pour déverrouiller l’écran d’accueil
que les machines,
la formation de sociétés
Comparativement aux capacités
aussi, peuvent lire.
complexes. Tout comme sa capacité
humaines, ces applications peuvent
à envoyer des signaux émotionnels
sembler marginales. Alors que des
tels qu’un rougissement involoninnovations comme l’avion ou l’Intaire ou un faux sourire. Au bureau,
ternet ont révolutionné les aptitudes
au tribunal, au bar ou encore dans la chambre à cou- de l’homme, la reconnaissance faciale ne semble effeccher, nous passons énormément de temps à décrypter tivement que les encoder. Il est vrai que chaque indiles visages qui nous entourent pour y déceler des signes vidu possède un visage totalement unique, mais ce
d’attirance, d’hostilité, de confiance ou de tromperie. visage est aussi public. Cette technologie n’empiète
Et autant de temps à dissimuler ces mêmes signes.
donc pas, à première vue, sur un aspect privé. Et pourLa technologie n’aura bientôt plus grand-chose à tant, la capacité à enregistrer, stocker et analyser des
envier aux capacités humaines à décrypter un visage. images de visages à moindre coût, rapidement et à
Aux Etats-Unis, les églises utilisent déjà la reconnais- grande échelle ne pourra que chambouler un jour des
sance faciale pour déterminer la présence des fidèles. concepts tels que vie privée, équité et confiance. ≤
La Grande-Bretagne y recourt dans les magasins pour
repérer les voleurs. Au Pays de Galles, elle a permis l’ar- DANS SON IPHONE X,
restation cette année d’un suspect après un match de Apple adopte la reconnaissance faciale
football. La Chine s’en sert pour vérifier l’identité des pour le déverrouillage de son nouveau smartphone.

WWW.TRENDS.BE 19 OCTOBRE 2017 33

à la une techno

Commençons par la vie privée. L’une des
différences majeures entre le visage et les
autres données biométriques telles que
les empreintes est la notion de distance.
Quiconque doté d’un téléphone peut prendre une photo et la faire analyser par un
logiciel de reconnaissance faciale. Une
application russe, FindFace, permet ainsi
de comparer des photos d’étrangers avec
celles de VKontakte, un réseau social, avec
un taux de précision de 70%. La banque
d’images de Facebook n’est pas publique,
mais le géant de la Silicon Valley pourrait
obtenir des photos de visiteurs d’une
concession automobile, par exemple, et
utiliser la reconnaissance faciale pour leur
envoyer de la publicité. Si les entreprises
privées sont incapables de relier des
images à une identité, l’Etat, lui, le peut
souvent. Le gouvernement chinois entretient une base de données avec les visages
de ses citoyens, et la moitié de la population adulte américaine a déjà son visage

dans des bases de données exploitables
par le FBI. Les organes répressifs possèdent aujourd’hui une puissante arme pour
traquer les criminels, mais à un prix qui
risque de se révéler très élevé pour la vie
privée des citoyens.

Le visage n’a pas qu’une fonction identitaire. Il envoie une multitude d’informations, que les machines, aussi, peuvent lire. Là encore, la reconnaissance
faciale promet des avancées. Certaines
entreprises planchent sur l’analyse faciale
pour poser le diagnostic automatique de
maladies génétiques rares, comme le
syndrome de Hadju-Cheney, bien plus
rapidement que l’homme. Les systèmes
capables de mesurer les émotions pourraient offrir aux autistes la possibilité de
capter des signaux sociaux qui leur
échappent. Néanmoins, cette technologie s’accompagne également de menaces.
Des chercheurs de l’université de Stanford ont démontré que lorsque l’on montrait des images d’un homme homosexuel
et d’un homme hétérosexuel, l’algorithme pouvait déterminer leur orientation sexuelle dans 81 % des cas. Les
humains ont atteint un résultat d’à peine
61%. L’utilisation d’un tel logiciel dans
des pays où l’homosexualité constitue
un crime aurait de quoi inquiéter.

Une étude
de l’université
de Cambridge
a démontré
que l’intelligence
artificielle était
capable
de reconstituer
la structure du visage
d’une personne
déguisée.

Clés, portefeuille, cagoule

BELGA IMAGE

À NICE, UN SYSTÈME DE RECONNAISSANCE FACIALE
a été testé à grande échelle dans le cadre de la sécurisation
des «fan zones» lors de l’Euro 2016. Mais il n’a finalement pas été utilisé.

34 19 OCTOBRE 2017 WWW.TRENDS.BE

Des formes moins violentes de discrimination pourraient également se répandre.
Les employeurs s’appuient déjà sur leurs
préjugés pour refuser d’attribuer un poste.
Mais la reconnaissance faciale pourrait
rendre ce phénomène routinier, en permettant aux entreprises de filtrer les candidatures sur la base de l’appartenance
ethnique, des signes d’intelligence ou de
l’orientation sexuelle. Les boîtes de nuit
et arènes sportives pourraient céder à la
pression protectrice et scanner les visages
à l’entrée pour y déceler toute forme de
menace ou de violence. Même si, et c’est
là une caractéristique liée à l’essence de
l’apprentissage automatique, tous les systèmes de reconnaissance faciale fonctionnent en termes de probabilités. Par
ailleurs, ces systèmes pourraient nourrir
des préjugés à l’encontre d’individus à la
peau plus sombre, étant donné que les
algorithmes ont été mis au point principalement à partir d’images d’individus
blancs, et gèrent donc mal les différences
ethniques. Ce type de préjugés est apparu
dans les évaluations automatiques utilisées pour informer les décisions des tribunaux en matière de libération sous caution et de détermination des peines.
Au bout du compte, cet enregistrement
permanent de visages et les dispositifs

REPORTERS

La dernière frontière

DANS LA GARE SÜDKREUZ DE BERLIN,
un projet-pilote visant à scanner les visages
des passagers afin de les comparer
aux profils de 300 volontaires, afin
de mieux détecter à l’avenir les personnes
suspectes, a suscité pas mal de protestations
cet été.

de reconnaissance permettant de comparer des données informatisées au monde
réel pourraient bien modifier la structure
des interactions sociales. La dissimulation permet de graisser les rouages de la
vie quotidienne. Si votre partenaire est
capable de déceler chaque bâillement
réprimé et votre patron chaque signe d’irritation, les relations maritales et de travail seront sans doute plus sincères, mais
moins harmonieuses. Le fondement des
interactions sociales pourrait lui aussi
évoluer pour passer d’un éventail d’engagements axés sur la confiance à un calcul fondé sur les risques et récompenses
susceptibles de découler des informations
que l’ordinateur peut déduire du visage.
Les relations seront alors sans doute plus
rationnelles, mais elles revêtiront aussi
une nature plus transactionnelle.

Protection des données
Dans les démocraties, la législation
devrait pouvoir contribuer à trouver un
équilibre entre avantages et inconvénients. Les régulateurs européens ont
inscrit une série de principes dans la
future législation relative à la protection
des données, en décrétant que les informations biométriques, notamment les
«empreintes faciales», appartiennent à
leur propriétaire. Leur utilisation requiert
donc l’autorisation de ce dernier. Contrairement aux Etats-Unis, il serait par conséquent impossible à Facebook d’envoyer
de la publicité aux visiteurs d’une concession automobile. On pourrait décider
d’appliquer la législation en matière de
discrimination à un employeur qui scruterait les images des candidats. On pourrait soumettre les fournisseurs de systèmes de reconnaissance faciale commerciaux à un audit afin d’attester que
leurs systèmes ne favorisent pas les préjugés de manière involontaire. Et il faudrait que les entreprises qui exploitent
ce type de technologies rendent des
comptes.

Ces règles ne vont bien sûr pas changer le cours des choses. Les appareils
photo vont devenir de plus en plus nombreux avec l’avènement des appareils
mobiles. Et espérer tromper ces systèmes de reconnaissance en utilisant
par exemple des lunettes de soleil ou
du maquillage s’avère déjà impossible.
Une étude de l’université de Cambridge
a démontré que l’intelligence artificielle
était capable de reconstituer la structure du visage d’une personne déguisée. Google a déjà abandonné le projet
de relier visages et identités, de crainte
que cette technologie puisse être utilisée à mauvais dessein par des régimes
antidémocratiques. D’autres entreprises
technologiques semblent avoir moins
d’états d’âme. Amazon et Microsoft utilisent ainsi leurs services de cloud pour
offrir un service de reconnaissance
faciale. Quant à Facebook, cette technologie est au cœur de ses projets. Les
gouvernements ne voudront pas renoncer à ses avantages. Le changement est
en marche. Inutile, donc, de se voiler la
face. z
WWW.TRENDS.BE 19 OCTOBRE 2017 35

ISOPIX

à la une techno

LA RECONNAISSANCE FACIALE, DE PLUS EN PLUS PLUS FIABLE

UNE INDUSTRIE DÉJÀ
FLORISSANTE EN ASIE
Plongée dans les bureaux de l’entreprise chinoise Megvii, première
start-up milliardaire de la technologie «facialo-industrielle».
THE ECONOMIST

P

arcourir le siège de Megvii
à Pékin, c’est un peu comme
visiter le centre névralgique de
Big Brother. La caméra dans le
hall d’entrée reconnaît les visiteurs en un clin d’œil. Et d’autres sont déployées sur tout le site. Les
images capturées arrivent sur un mur

36 19 OCTOBRE 2017 WWW.TRENDS.BE

d’écrans baptisé Skynet, à l’instar du système d’intelligence artificielle (IA) dans
la saga Terminator. Un écran montre un
groupe d’employés en train d’attendre
l’ascenseur, leurs visages entourés d’un
cadre blanc avec leurs noms inscrits à
côté. Interrogé sur les accents orwelliens
de l’installation, Yin Qi, le directeur géné-

ral de la start-up, souligne simplement
que le système contribue à «attraper les
méchants».
Même si ce dernier avait voulu s’étendre sur les implications de cette technologie, il n’en aurait pas eu le temps. L’immeuble de Megvii grouille d’activité. Yin
Qi le compare à un « cerveau » dédié à

HANGZHOU (CHINE)
Dans ce lycée, les élèves doivent s’identifier
en scannant leur visage pour commander
leur lunch à la cantine.

s’insinue toujours davantage dans le paysage commercial. La raison principale est
que la reconnaissance faciale gagne rapidement en précision. On peut comparer
sa trajectoire à celle de la reconnaissance
vocale, qui a réellement décollé lorsque
sa précision s’est améliorée de quelques
points de pourcentage à presque 100%.
« La plupart des gens sous-estiment le
fossé qui peut séparer un taux de précision de 95 % d’un taux de 99 %, mais
atteindre 99% change véritablement la
donne», fait observer Andrew Ng, chercheur émérite en IA, à propos de la reconnaissance vocale.
Qui plus est, le smartphone favorisera
la reconnaissance faciale de la même façon
que les assistants personnels tels que
l’Echo d’Amazon ont contribué à la reconnaissance vocale, en rendant la technologie acceptable auprès des consommateurs. Des millions de Chinois utilisent
déjà leur smartphone pour autoriser des
paiements. Mi-septemOn peut comparer bre, Apple a dévoilé la
nouvelle mouture de son
la trajectoire de
iPhone, qui embarque
la reconnaissance
Face ID, une technologie capable d’identifier
faciale à celle de
avec fiabilité, même dans
la reconnaissance
le noir, le visage du provocale, qui a
priétaire pour déverréellement décollé rouiller l’appareil. Cette
lorsque sa précision annonce est intervenue
quelques semaines après
s’est améliorée
que Samsung a présenté
de quelques points son nouveau Galaxy
de pourcentage
Note disposant d’une
technologie similaire,
à presque 100%.
mais moins sophistiquée.

l’informatique visuelle.
L’entreprise a accompli
beaucoup de chemin
depuis sa création en
2011 (son nom est l’abréviation de mega vision).
Plus de 300.000 entreprises et individus à travers le monde entier utilisent sa technologie de
reconnaissance faciale,
baptisée Face++, ce qui
en fait l’un des principaux acteurs du
domaine. En décembre,
Megvii a levé 100 millions de dollars, portant
sa valorisation à presque 2 milliards de
dollars. L’entreprise est la première startup milliardaire de la technologie «facialoindustrielle».
Les prestataires du secteur fournissent
des outils matériels et logiciels destinés
à reconnaître des visages pour les connecter à d’autres données utiles. S’il s’agit
d’un très petit marché – les estimations
les plus optimistes l’évaluent à quelques
milliards de dollars –, cette technologie

Deux catégories
La reconnaissance faciale peut être divisée en deux catégories: la capacité sousjacente et les applications qui l’utilisent.
La technologie Face++ de Megvii appartient à la seconde, à l’instar des services
similaires offerts par SenseTime, une
autre start-up chinoise, par NTechLab,
une entreprise russe, ainsi que par Amazon, IBM et Microsoft. Toutes fournissent un service de reconnaissance faciale

sous la forme d’un service de cloud computing. Les clients de Megvii peuvent télécharger une série de photos et de noms
afin de les utiliser pour entraîner des algorithmes qui pourront reconnaître ces individus. Les entreprises peuvent également
intégrer la reconnaissance faciale dans
leur offre de services, notamment pour
contrôler l’accès aux comptes en ligne.
Les services de Megvii et de SenseTime
sont largement axés sur des données fiables. Les deux entreprises ont accès à la
banque d’images du gouvernement chinois composée de 700 millions de citoyens
qui reçoivent tous une photo d’identité
officielle dès l’âge de 16 ans. Les agences
gouvernementales chinoises constituent
elles aussi des clients importants: les centaines de millions de caméras du pays
sont toujours plus nombreuses à pouvoir
reconnaître des visages. A Shenzhen, la
reconnaissance faciale est utilisée pour
identifier les citoyens qui traversent la
rue où ce n’est pas autorisé. Leurs noms
et leurs visages apparaissent automatiquement sur un écran. La ville de Pékin
a commencé à utiliser cette technologie
pour attraper les voleurs de papier toilette dans les toilettes publiques (le système empêche également de retirer plus
de 60cm de papier en 9 minutes).
Les applications commerciales, souvent alimentées par l’un des services de
cloud computing, s’étendent encore plus
rapidement. Le 1er septembre, Ant Financial, une filiale d’Alibaba, déployait son
dispositif Smile to Pay pour la première
fois dans un magasin physique: à Hangzhou, dans les restaurants KPRO de KFC,
la version plus saine de la chaîne de fastfood, les clients peuvent désormais payer
leur commande en regardant un écran.
Xiaomai, une chaîne de magasins de
proximité, a déclaré vouloir utiliser la
reconnaissance faciale pour étudier le
comportement de ses clients. Et plusieurs
banques chinoises permettent aux utilisateurs de s’identifier aux distributeurs
à l’aide de leur visage.

Démarrage timide en Occident
L’Occident est vraiment à la traîne.
Plusieurs secteurs s’appuient depuis longtemps sur des systèmes sommaires de
reconnaissance faciale, comme les casinos pour identifier les joueurs interdits.
Mais ce sont surtout les grandes entre- ≤
WWW.TRENDS.BE 19 OCTOBRE 2017 37

à la une techno
d’imiter les banques chinoises et de per- exemple, reconnaître les clients fidèles
mettre aux clients d’accéder à leurs et les VIP qui méritent un traitement
comptes grâce à leur visage. Uber, le ser- spécial. Ou encore déceler l’insatisfacvice de réservation de voitures avec chauf- tion sur le visage des clients et envoyer
feur, dispose quant à lui en Inde d’un sys- du personnel pour intervenir. Walmart,
tème qui impose aux conducteurs de pren- le plus grand distributeur mondial, serait
dre un selfie avant de prendre leur ser- en train de travailler à l’élaboration d’un
vice. Ce dispositif doit permettre d’em- système de reconnaissance faciale pour
pêcher les chauffeurs non enregistrés de améliorer son service clientèle.
remplacer les chauffeurs
De manière sans
qui le sont. Nvidia, le
doute assez peu surPlusieurs banques prenante, ces services,
fabricant de puces, a l’inoccidentales,
tention d’installer la
au fur et à mesure qu’ils
reconnaissance faciale dont la banque Lloyds, prennent de l’ampleur,
à son siège en Nouvelle ambitionnent d’imiter suscitent déjà une levée
Californie.
boucliers. Une startles banques chinoises de
up israélienne, D-ID,
et de permettre
qui prône la «désidenIdentifier les clients
fidèles
aux clients d’accéder tification», a développé
un logiciel capable de
Un beau potentiel existe
à leurs comptes
légèrement modifier les
également pour améliogrâce à leur visage. photos de façon à les
rer les ventes. Les camérendre méconnaissaras vidéo pourraient, par
bles pour les algorithmes. Tout un chacun peut ainsi partager ses photos sans crainte qu’elles
soient utilisées pour les identifier. D’autres proposent des défenses simples pour
contrecarrer ces systèmes de surveillance sophistiqués, comme porter des
lunettes avec des motifs hallucinogènes
sur la monture ou simplement un masque
ou du maquillage.
Mais il est peu probable que ces
«attaques contradictoires», comme on
dit dans le jargon, puissent enrayer l’avancée de la reconnaissance faciale. Selon
Yin Qi, cette technologie entrera dans
les mœurs. Et cela explique ses ambitions beaucoup plus élevées. Il souhaite
perfectionner le cerveau de vision informatisée de Megvii pour permettre la réalisation de tâches encore plus complexes,
comme interpréter le comportement
humain ou reconnaître des objets.
Son ambition sur le long terme est de
faire de Megvii une entreprise de «fabrication d’algorithmes» capable d’offrir
toutes sortes d’éléments pour la construction de services de vision informatisée.
Des éléments que d’autres entreprises
pourraient combiner et associer à l’envi
pour créer une offre de services toujours
plus sophistiquée. Nul ne peut prédire
si Megvii parviendra à atteindre son
objectif, mais une chose est sûre: les techDANS PLUSIEURS VILLES CHINOISES,
nologies qu’elle exploite n’auront de cesse
la reconnaissance faciale est utilisée pour identifier les citoyens qui traversent
de se propager. z
la rue où ce n’est pas autorisé.
ISOPIX

prises en ligne qui recourent (avec prudence) à cette technologie. Facebook est
l’entreprise qui est allée le plus loin en
proposant à ses membres de taguer des
amis sur leurs photos afin que des algorithmes puissent les reconnaître sur d’autres photos. Google utilise la reconnaissance faciale pour regrouper les images
téléchargées par les utilisateurs sur son
service de stockage photographique.
Amazon a doté son nouvel assistant personnel, Echo Look, d’une caméra qui pourrait être utilisée pour reconnaître un
visage.
D’autres entreprises encore tâtent le
terrain. JetBlue, ainsi que d’autres compagnies aériennes américaines, ont entrepris de premières démarches pour pouvoir comparer les visages des passagers
aux photos sur les passeports, l’objectif
étant d’éliminer les cartes d’embarquement. Plusieurs banques occidentales,
dont la banque Lloyds, ambitionnent

38 19 OCTOBRE 2017 WWW.TRENDS.BE

actu opinion

ALORS QUE FACEBOOK EST EN ACCUSATION

RÉSEAUX SOCIAUX:
L’UTOPIE DEVIENT DYSTOPIE

I

l y a cinq ans encore, ils étaient acclamés d’un changement de polarité. Si l’on a pu croire
comme des libérateurs. Ils avaient permis à la que Facebook allait transformer la société en bien,
jeunesse de se délivrer du joug des dictatures on peut donc penser qu’il pourrait aussi le faire
autour de la Méditerrannée. C’était le temps en mal.
Mais au-delà, on peut également y voir l’explioù l’on célébrait les Printemps arabes. Oui, les
réseaux sociaux – Twitter et Facebook à l’époque cation apportée à un phénomène qui nous dépasse.
– allaient faire ce que la Silicon Valley adore pro- Comme pour le big data ou l’intelligence artifimettre: «To make the world a better place», faire cielle, avec l’émergence des réseaux sociaux, nous
avons affaire à quelque chose de radicalement
du monde un endroit meilleur...
nouveau dont on peine à percevoir tous les
Depuis, le vent a tourné. Les libérateurs
développements. Kevin Roose, un joursont soudain devenus des oppresseurs.
Retrouvez
naliste du New York Times, évoque
Là où on les voyait jouer un rôle
les chroniques
le syndrome du Dr Frankenstein pour
d’émancipateurs des peuples, on les
de Paul Vacca
sur notre site
Facebook: on serait arrivé au moment
accuse maintenant d’asservir la liberté
où la créature de Mark Zuckerberg serait
de penser de chacun.
trends.be
en train de lui échapper. Déjà par son
C’est le grand déferlement. On conspue
ampleur: plus de 2 milliards d’utilisateurs
Twitter devenu le média favori de Trump.
Un faisceau d’accusations se cristallise sur mensuels et une valorisation de 500 milliards de
Facebook: le réseau jouerait avec son algorithme, dollars. Mais aussi par sa nature littéralement
il nous enfermerait dans nos bulles cognitives, «monstrueuse»: un hybride indéfinissable d’alil ferait remonter des fake news... Puis, plus concrè- gorithmes et de médias, à la puissance occulte,
tement, il aurait laissé s’infiltrer la Russie durant moulinant nos données personnelles... Un Etat
la campagne présidentielle américaine et propo- à lui tout seul avec ses propres règles, au-dessus
serait des catégories publicitaires racistes ou anti- des Etats. Un organisme protéiforme et croissant
sémites. Certains articles ne lui imputent pas direc- qui ouvre grand la voie aux fantasmes tant utotement d’être une machine politique «aux ordres pistes que dystopiques. Le délire dystopique vient
du mal» ayant assuré l’élection de Trump ou la combler le manque d’explication.
Alors, quitte à trouver un modèle de cauchemar,
victoire du Brexit, mais presque.
Ainsi l’utopie se mue en dystopie. Un procès ce n’est pas tant celui de 1984 qui nous semble
à la 1984, de George Orwell, livre remis justement le plus opérant. Ce serait plutôt celui du Meilleur
à la mode – et en tête des ventes – grâce à Donald des mondes d’Aldous Huxley. Paru en 1932, presque
Trump, ses fake news et autres alternative facts... 20 ans avant le roman d’Orwell, il est pourtant
C’est devenu suffisamment préoccupant pour plus en phase avec notre époque de lolcats,
que Mark Zuckerberg décide de répondre lon- d’Instagram et de Snapchat. Une société
guement avec une vidéo et que Sheryl Sandberg, de consommation où les individus ont
la directrice générale du réseau et fine lobbyiste, l’illusion d’être libres. Pour Huxley,
aille plaider la cause du réseau social directement pas besoin d’un Big Brother pour nous
à Washington. Leur ligne de défense? Une réponse asservir: notre soumission aux sirènes
très politique en forme de mea culpa sur ce qu’ils des nouvelles technologies nous place dans
jugent être de simples dysfonctionnements, tout une position de servitude voulue, likée.
Là où 1984 nous dédommage, faisant porter
en réaffirmant la capacité de Facebook à transnotre servitude par des tyrans extérieurs, Le meilformer la société en mieux.
leur des mondes nous implique. Le réseau social,
Alors pourquoi un tel procès en dystopie?
Un tel revirement n’est finalement pas si éton- c’est par essence le lieu où nous sommes tous
nant. La dystopie et l’utopie sont, de fait, les revers volontaires et, de fait, coproducteurs d’un réseau
d’une même médaille. Elles procèdent toutes deux qui n’existerait pas sans nous. Les réseaux
de la même matrice: la croyance aveugle en la sociaux, c’est l’ère de la «dystopie coltoute-puissance de la technologie. Il s’agit juste laborative». z
22 19 OCTOBRE 2017 WWW.TRENDS.BE

Pas besoin
d’un Big Brother
pour nous asservir:
notre soumission
aux sirènes
des nouvelles
technologies
nous place
dans une position
de servitude
voulue, «likée».
PAUL VACCA

Romancier, essayiste
et consultant.
Membre du think tank
européen Volta.

analyse numérique
UNE START-UP INNOVANTE À OSTENDE

UN LEADER MONDIAL
DE LA ROBOTIQUE EN BELGIQUE ?
La firme belge Zora Robotics développe des logiciels pour robots humanoïdes de service. Elle a
déjà convaincu Softbank Robotics, fabricant japonais leader du secteur, avec qui elle a signé un
contrat d’exclusivité cet été. Et ses fondateurs espèrent devenir le «Windows» de la robotique...

46 19 OCTOBRE 2017 WWW.TRENDS.BE

former, dans les yeux des observateurs, la
folie du duo en… coup de génie. «Tout à
coup, on nous a pris pour des visionnaires»,
sourit, un brin ironique, Fabrice Goffin,
co-CEO de Zorabots. Dans un premier
temps, les robots d’Adelbaran (baptisés
Nao et Pepper) que Zorabots «dopait»
avec son logiciel sont entrés dans les hôpitaux et les maisons de retraite. Ils sont
devenus des compagnons de jeu pour les
personnes âgées ou des personnes en situation de revalidation. Le robot est, par exemple, utilisé pour organiser des séances de
gym et donner des indications sur les mouvements. Les robots sont entrés ensuite
dans d’autres secteurs, comme le commerce (pour accueillir les visiteurs dans
les magasins, par exemple) ou l’événementiel. Et la reprise de la start-up française Aldebaran par le japonais Softbank,
en 2015, n’a pas freiné les développements
de Zorabots.

Devenir le «Windows» du robot
Concrètement, aujourd’hui, les activités
de la jeune pousse ostendaise s’articulent
autour de divers secteurs. D’abord, elle
développe un logiciel pour les robots
humanoïdes (lire «Pas encore d’intelligence artificielle»). Ce logiciel peut être
intégré par les fabricants de robots à leurs
produits. C’est dans ce cadre-là que
Zorabots et Softbank travaillent main dans
la main. D’une part, la firme belge peut
vendre les robots Softbank dans lesquels
elle intègre son logiciel tandis que dans
certains pays, Softbank se charge ellemême d’intégrer la solution Zorabots dans
ses produits. D’autre part, la société belge
a obtenu l’agrément – rare – de pouvoir
assurer le service après-vente des robots
Softbank pour de nombreuses régions du
monde… depuis Ostende. Mais le logiciel
Zora n’est pas exclusivement destiné aux
robots humanoïdes du géant japonais,

Est-ce la séance de gym de Nao qui déclenche l’hilarité des pensionnaires de ce home?
PHOTOS PG

L

a Belgique, leader mondial dans
l’univers des robots? Quand on
entend Fabrice Goffin et Tommy
Deblieck, les deux cofondateurs
de la société Zora Robotics
(plus familièrement appelée
Zorabots), on peine à le croire. Pourtant,
ils l’affirment haut et fort «Zorabots est
actuellement le leader mondial dans le
développement de logiciels pour robots
humanoïdes». Et à y regarder de plus près,
on voit en effet que la firme située à
Ostende s’est déjà fait un nom dans le
milieu des robots humanoïdes. En témoigne l’étonnant contrat d’exclusivité que
la firme belge a signé cet été avec le géant
japonais Softbank qui prévoit l’intégration du logiciel ostendais dans ses robots.
Une sacrée reconnaissance pour Zorabots qui se voit, d’ici quelques années, en
Microsoft de la robotique humanoïde.
L’histoire commence en 2011. A l’époque, Fabrice Goffin et Tommy Deblieck,
deux amis actifs, à l’époque, dans le secteur immobilier à Dubaï, achètent l’un des
premiers exemplaires du robot Nao créé
par la start-up française Aldebaran.
Ils rêvent de le proposer dans le secteur
hôtelier pour dynamiser et égayer l’accueil
des visiteurs. Mais le défi n’est pas simple.
Le secteur hôtelier n’est pas prêt et n’adhère
pas franchement à l’idée. Il n’est pas le
seul: les banquiers que les deux entrepreneurs vont rencontrer les prennent pour
des fous et des geeks illuminés.
Mais le duo continue de croire contre
vents et marées à son idée. Et l’intérêt grandissant pour les robots à forme humaine
que développe Adelbaran commence à
jouer. Le partenariat signé entre la firme
français et la belge semble d’ailleurs trans-

Tommy Deblieck et Fabrice Goffin,
cofondateurs de Zora Robotics.

même s’il constitue son plus beau contrat
à l’heure actuelle. D’autres fabricants se
montrent intéressés de l’intégrer dans
leurs créations.
Enfin, Zorabots s’apprête à commercialiser son propre robot. Baptisé Billy
Billy, il s’agit d’un… pot de fleurs intelligent. Son marché? Les personnes âgées à
qui le robot peut tenir compagnie,
donner certains conseils (boire de l’eau,
prendre un médicament) et lire des SMS.
Bien sûr, la robotique de service n’en est
encore qu’à ses balbutiements. Mais la
firme belge est en train de prendre une
place importante sur un marché qui,
jusqu’ici, a tardé à se développer mais commence à frémir. La robotique de service
n’est pas encore très développée mais elle
pourrait exploser. «On veut vendre le
maximum de logiciels. Comme ça, les gens
sont habitués à notre technologie. Un peu
comme Microsoft l’a fait, illustrent les
deux fondateurs de Zorabots. On a quelque
chose que personne d’autre n’a!»

Les 5 millions du copain
de Marc Coucke
Le business model de l’entreprise aujourd’hui? Il vient essentiellement de la vente
de robots et les licences de logiciels. Un
Nao tout équipé (robot, logiciel, service)
coûte environ 15.000 euros. En 2016, la
firme a généré un chiffre d’affaires de
moins de 2 millions, mais il s’élève, d’après
les fondateurs de Zorabots, à 3 millions

PAS ENCORE
D’INTELLIGENCE
ARTIFICIELLE
A l’heure actuelle, quand le robot Nao
que commercialise Zorabots donne
un cours de gym dans un home, ou
lorsqu’il interagit avec un patient dans
un hôpital, tous ses mouvements et
paroles sont programmés. La firme
ostendaise a développé une interface
de programmation très facile afin que
n’importe qui puisse paramétrer Nao.
Tout reste écrit et prédéfini. Les robots
humanoïdes dont il est question n’ont
pas encore intégré de l’intelligence
artificielle: ils ne peuvent pas interagir
seuls et apporter des réponses
aux questions en fonction du contexte
ou des bases de données auxquelles
ils ont accès. Zorabots développe bien
un logiciel assez poussé pour que
les robots puissent détecter leur environnement et en tenir compte, mais
on n’est pas encore dans «l’intelligence artificielle» dont il est aujourd’hui beaucoup question. Mais nul
doute que si elle veut garder sa longueur d’avance, Zorabots l’intégrera
(prochainement? ) chez Noa, Pepper,
Billy Billy et tous leurs autres compagnons à venir...

sur la première partie de 2017. La firme,
fondée voici quatre ans avait reçu en début
d’année une offre d’investissement par
un acteur chinois. Ce dernier avait pro-

posé 10 millions d’euros pour prendre une
participation majoritaire dans Zorabots.
Mais la start-up a réussi à rester belge
grâce à l’intervention de Bart Versluys (le
compère de Marc Coucke) qui y a investi
personnellement 5 millions d’euros pour
acquérir 25% de la firme.
Il semble que les fondateurs continuent
encore de recevoir des sollicitations. Un
grand groupe asiatique se montrerait insistant à avaler Zorabots. Mais le timing a
changé et le contrat d’exclusivité avec
Softbank aurait fait exploser la valeur de
la jeune pousse par 10. Même si le deal
n’a pas encore été conclu, un rachat partiel ne ferait que davantage booster l’engagement de programmeurs et d’ingénieurs ici en Belgique, prédit Fabrice
Goffin. Il s’interroge toutefois sur la mainmise asiatique dans les nouvelles technologies. «Il y a énormément d’innovation en Belgique. Toutes les entreprises,
belges ou européennes, sont-elles vouées
à se retrouver dans des mains venues
d’Asie?», se demande-t-il, évoquant des
répercussions économiques à long terme.
«Nous sommes Belges et entendons le
rester, même avec nos ambitions mondiales », martèle le cofondateur de la
société. Un appel du pied à l’écosystème
belge pour trouver des fonds (beaucoup)
et rester 100% belge?
z CHRISTOPHE CHARLOT
A voir en vidéo sur Trends.be/numerik:
notre visite chez Zorabots
WWW.TRENDS.BE 19 OCTOBRE 2017 47

NEST

DOMOTIQUE

BIENVENUE
(MAIS IDENTIFIEZ-VOUS D’ABORD)

160

DEGRÉS
C’est l’angle de champ
de l’interphone
connecté Hello
proposé par
le fabricant Nest
et disponible
prochainement.

Après les thermostats,
les détecteurs de fumée et
les caméras de surveillance,
la société californienne Nest,
basée à Palo Alto, s’attaque au
marché des interphones dits
intelligents. Son nom? Hello.
L’appareil, qui sera disponible
à partir de 2018 pour un prix
encore non communiqué,
dispose d’une communication
vidéo haute définition avec
reconnaissance faciale, le tout
directement relié à votre

mobile. L’interphone permet
ainsi de voir à distance qui se
présente chez vous, de détecter les gens éventuellement
mal intentionnés ou, de
manière plus zen, d’entrer en
contact avec le postier qui
s’évertue, c’est bien connu, à
déposer des recommandés en
votre absence.
Des fonctions connexes sont
également au menu comme un
détecteur de mouvements
suspects ou la possibilité

d’émettre un message préenregistré. Pourvu d’un angle de
champ de 160° et équipé d’un
réducteur de bruit pour les
habitations situées dans les
endroits à forte fréquentation,
Hello a pour seul défaut, diraiton, de ne pas intégrer de système d’ouverture de porte.
Une fonction qui serait actuellement à l’étude avec le fabricant de serrures Yale. A suivre. Enfin, à surveiller…
z A.M.
WWW.TRENDS.BE 19 OCTOBRE 2017 117

analyse paiement
LA BELGIQUE À LA TRAÎNE DANS LES PAIEMENTS SANS CONTACT

APPROCHEZ, C’EST PAYÉ!
La Belgique s’est laissée distancer dans les paiements
par carte sans contact (Bancontact, Maestro, Visa).
La France ou les Pays-Bas sont coutumiers de cette méthode
ultrarapide, idéale pour les petites sommes.
Elle va se développer chez nous dans les deux prochaines années.
ROBERT VAN APELDOORN

P

ayer sans code pin, juste en
approchant une carte d’un terminal? C’est possible en Belgique
pour les achats jusqu’à 25 euros,
mais c’est assez rare. A peine
0,42% des paiements Bancontact
passent par cette voie, faute d’être bien
connue des particuliers et même des commerçants. La situation devrait changer en
un ou deux ans. Pour se rapprocher de la
France, de la Grande-Bretagne, des PaysBas voire même de l’Italie, où le paiement
sans contact est entré dans les habitudes.

Un paiement sur trois par carte
aux Pays-Bas
Aux Pays-Bas, plus d’un achat sur trois
par carte, en magasin, s’opère de cette
manière. A Londres, le métro ou les bus
acceptent ce type de paiement, il n’est plus
nécessaire d’acheter au préalable un ticket,
il suffit de «taper» en douceur la carte sur
un terminal, au niveau des portiques d’entrée et de sortie des stations de métro, ou
en montant dans un bus. En France, plus
de 20% des paiements en dessous de 20
euros sont réalisés sans contact, jusque
dans les commerces des petits villages.
Le retard belge est surprenant: le pays
a été pionnier dans les paiements électroniques. Notamment pour les petits
montants. N’est-ce pas ici qu’a été développée la carte Proton, un porte-monnaie
électronique sans code pin en usage de
1995 à 2014? La technologie avait même
été exportée avec un certain succès, avant
qu’elle ne soit dépassée (lire l’encadré «Le
successeur de la carte Proton»). La carte
sans contact était son successeur naturel,
plus pratique et plus rapide. Hélas, les
48 19 OCTOBRE 2017 WWW.TRENDS.BE

banques ont tardé à diffuser des cartes
adaptées, dotées de la puce NFC (near
field communication). Elles ont préféré
repousser l’investissement, qui concerne
près de 17 millions de cartes de débit.

Décollage en vue
Pourtant tout était prêt: la société
Bancontact, qui gère le moyen de paiement éponyme, avait mis au point les standards et les procédures en 2014, juste
à temps pour la transition. Il n’y a guère
que KBC et CBC qui ont commencé à distribuer des cartes Bancontact contactless
dès 2015. ING a suivi. La première banque
du pays, BNP Paribas Fortis, vient juste
de distribuer les premières cartes. Belfius
va suivre d’ici la fin de l’année. «Au
deuxième trimestre 2017, il y avait 14,7%
des cartes Bancontact qui acceptaient les
paiements sans contact», avance Kim Van
Esbroeck, CEO de la société Bancontact.
Il faudra encore attendre un ou deux ans
avant que la barrière des 50% ne soit franchie et que ce type de paiement devienne
courant. En France, plus de 68% des Cartes
Bancaires (le système de paiement le plus
populaire) sont équipées.
«Pour le moment, le paiement sans
contact est dans le dilemme de l’œuf et de
la poule, continue Kim Van Esbroeck. La
fonction est mal connue et il n’y a pas encore
assez de cartes pour lancer une grande
campagne de communication, mais ça viendra assez vite, sans doute vers la fin 2018.»
Le décollage devrait être d’autant plus
rapide que le nombre de terminaux de paiement équipés est important. «Il représente
environ 60% du parc en Belgique.»
Worldline, un des principaux fournisseurs

COMMENT ÇA MARCHE?
La carte. Il faut disposer d’une carte qui accepte le paiement sans
contact (Bancontact, Maestro, Visa ou d’un autre standard). Un logo
spécifique, représentant un rayonnement, avec quatre courbes, permet de savoir si la
carte est compatible ou pas. Les porteurs d’une carte sans cette fonction peuvent anticiper l’échéance de renouvellement et demander un modèle conctactless à leur banque.
KBC, CBC, ING, BNP Paribas Fortis et Beobank diffusent, notamment, ce type de carte.
Paiement sans code pin. Il est possible de payer des montants jusqu’à 25 euros sans
code pin.
Le terminal. Les paiements sans contact sont acceptés par les terminaux affichant
le logo décrit plus haut. Sur les terminaux Worldline, très courants en Belgique,
l’opération est réalisée sur le côté gauche du terminal, il faut appliquer la carte en
l’approchant perpendiculairement. Quatre témoins lumineux bleus s’allument lorsque
la transaction est réalisée. Sur beaucoup d’autres terminaux, il faudra appliquer la carte
sur l’écran.
A l’étranger. Les cartes émises en Belgique sont acceptées à l’étranger sur les
terminaux sans contact. Les cartes de débit Bancontact sont généralement aussi
des cartes Maestro, standard très répandu. Les terminaux dans les gares italiennes,
par exemple, acceptent ces paiements.

du marché, ne vend plus de terminaux sans
cette fonctionnalité depuis 2014.

PG

La Stib y passe en 2019
Pousser les cartes contactless, c’est encourager les petits paiements par carte et
réduire l’usage du cash. La tarification
des paiements Bancontact encourage déjà
les petits montants. Les paiements de
moins de 5 euros coûtent 2 cents au commerçant. Le paiement sans contact a
l’avantage d’accélérer le passage à la caisse,
il devrait stimuler encore davantage
l’usage de Bancontact. Quelques killer
applications devraient aussi pousser ce
type de paiement. Cela devrait être le cas
des trams, bus et métros de la Stib,
lorsqu’ils proposeront le paiement par
carte bancaire sans contact à partir de
2019.
En Grande-Bretagne, c’est le paiement
dans le métro, les bus, les trams et même
certains trains urbains de Londres qui a
beaucoup contribué à populariser ce type
de paiement. «Londres a été le grand laboratoire, il a stimulé l’usage des paiements
sans contact ailleurs, dans les transports,
avance Marc Christoph, expert en paiement chez Worldline, la société qui distribue des terminaux et gère les paiements
Bancontact en Belgique. Cet usage va plus
loin que le paiement, on parle d’open transit, le paiement remplace le ticket.» Cela
permet de mieux traiter les voyageurs

occasionnels, qui n’ont pas de raison
d’avoir un abonnement, ou les voyageurs
étrangers. Les sociétés de transport cherchent à éviter ou à limiter la vente de
tickets à bord des bus ou trams, par le
conducteur, pour ne pas les retarder. Parfois elles arrêtent la vente à bord ou rendent – c’est le cas à la Stib – les tickets plus
chers, compliquant l’accès pour les voyageurs ponctuels. Le paiement sans contact
offre une réponse qui va faciliter la vie de
tous.
«Un nouveau valideur sera installé
à côté des appareils Mobib de couleur
rouge, avance Cindy Arendts, porte-parole
de la Stib. Le voyageur pourra ouvrir les
portillons du métro tout simplement en
passant sa carte bancaire devant ce valideur. De même, il disposera d’un titre de
transport valable pour monter dans le bus
ou le tram.» L’approche est connue du
public puisque la Stib, la SNCB et les TEC
recourent à des cartes maison sans contact
pour les abonnements (les cartes Mobib,
Ndlr).

Complémentaire
avec le paiement mobile
Le développement des paiements par
smartphone ne rendent pas obsolète
l’usage de carte sans contact. BNP
Paribas Fortis les développe pour les téléphones Android. La plupart des nouveaux
smartphones sont équipés d’une puce ≤
WWW.TRENDS.BE 19 OCTOBRE 2017 49

analyse paiement

0,42 %

PG

A peine 0,42% des paiements
Bancontact sont réalisés
sans contact en Belgique,
contre un paiement sur trois
aux Pays-Bas.

NFC (near field communication) qui permet de réaliser ce type de paiement.
Malgré de nombreuses initiatives, il reste
encore très marginal. Pour l’heure, les
systèmes de paiement mobile tâtonnent
en Belgique, aucun n’a remporté de vrai
succès. Cela viendra peut-être un jour.
En attendant, les cartes Bancontact,
Maestro, Visa, etc. sans contact devraient
toucher rapidement un grand nombre
d’utilisateurs, y compris ceux qui n’ont
pas encore acquis un smartphone. Elle
leur est plus familière. Les deux approches
sont plus complémentaires que concurrentes. Les utilisateurs pourront payer
sans contact sur les mêmes terminaux,
avec des cartes ou un smartphone.
Il reste toutefois à rassurer les utilisateurs. Les articles sur les piratages informatiques se multiplient. Certains évoquent le risque potentiel d’un «siphonnage » des cartes à distance. « Nous
menons des recherches pour mesurer la
confiance des consommateurs dans ce
type de paiement sans code pin», avance
Kim Van Esbroeck. Les réactions sont
positives, même s’il y a plus de réticences
qu’il y a cinq ou 10 ans, avec la carte
Proton. Pourtant la perte ou le vol de cette
dernière pouvait entraîner la perte de la
somme contenue dans la carte (jusqu’à
120 euros). Les cartes sans contact sont
protégées par des sécurités qui limitent
la perte potentielle. Ainsi un code pin est
demandé après un certain nombre de
50 19 OCTOBRE 2017 WWW.TRENDS.BE

transactions en dessous de 25 euros. Cela
limite les risques au cas où la carte serait
subtilisée et que son porteur ne s’en serait
pas aperçu rapidement.

Plus sûr que Proton
« La carte sans contact offre plus de
sécurité », précise Marc Christoph, de
Worldline. En cas de perte, il y a moyen
de la neutraliser immédiatement car le
dispositif fonctionne toujours en ligne, ce
qui n’était pas le cas de la carte Proton.
L’hypothèse d’un piratage par un indélicat, qui aurait approché un terminal de
paiement portable à l’insu du porteur de
carte, est très théorique. «On saura où est
arrivé le paiement. Le détenteur du ter-

minal portable sera immédiatement identifié, continue Marc Christoph. La transaction sera alors remboursée.» Et puis
l’exercice est assez compliqué. Il faut
approcher le terminal très prêt de la carte
pour obtenir un paiement.
A l’usage, en Belgique, la carte sans
contact souffre du manque de connaissances des commerçants. Certains ignorent la fonction, le personnel du magasin
n’est pas toujours au courant. L’utilisation du terminal complique aussi un peu
les choses. Il faut d’abord insérer le montant avant de réaliser la transaction. S’ils
ne sont pas familiers de ce type de paiement, beaucoup de commerçants attendent que le client insère sa carte avant
d’encoder le montant. Si ce dernier souhaite payer sans contact, il ne se passera
donc rien. C’est donc un autre réflexe à
avoir pour que les paiements se fassent
plus rapidement. «Il y a encore un travail
d’explication à faire auprès des commerçants, ajoute Marc Christoph. Les consommateurs peuvent jouer un rôle en attirant
l’attention sur cette fonction. L’adoption
sera plus rapide avec les grands commerçants.» z

LE SUCCESSEUR DE LA CARTE PROTON
Les cartes sans contact sont les successeurs du porte-monnaie électronique Proton.
Ce dernier avait été lancé en Belgique en 1995 et a été utilisée jusqu’à la fin 2014.
Elle était l’œuvre de Banksys, rachetée en 2006 par Atos Worldline. Propriété
des principales banques du pays à cette époque, Banksys cherchait à développer
des petits paiements, dans les boulangeries, chez les marchands de journaux, etc.
Des paiements avec Bancontact qui coûtaient alors trop cher pour les commerçants.
Internet n’avait pas encore réduit les coûts de communication. La technologie a été
vendue à l’étranger, notamment aux Pays-Bas (carte Chipknip), en Suisse (Exact)
ou au Canada (Exact). L’utilisateur chargeait la carte et dépensait ses sous sur des
terminaux qui n’étaient pas en ligne. Le commerçant les branchaient une fois par jour
sur la ligne téléphonique pour obtenir le paiement des transactions. Le dispositif
est devenu obsolète car le développement d’Internet et du wi-fi ont rendu abordable
la validation en ligne de chaque transaction. La diminution des frais accélère
les paiements par Bancontact. Proton n’a donc plus d’utilité.



Documents similaires


trends tendances 19 octobre 2017
securite
portrait robot
revue de presse 09032016 1
lpmag 2014 09 20 1101 86 89 cf debit bancaire frauduleux
resume business plan walliance 1


Sur le même sujet..