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Grand atlas 2016 .pdf



Nom original: Grand atlas 2016.pdf
Titre: Grand Atlas 2016 : comprendre le monde en 200 cartes
Auteur: Unknown

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Cet ouvrage a été élaboré en partenariat avec Courrier international et France Info
(www.franceinfo.fr).

© Éditions Autrement 2015
17, rue de l’Université – 75007 Paris
Tél. 01 44 73 80 00

ISBN (papier) : 978-2-7467-4217-8
ISBN (numérique) : 978-2-7467-4218-5
Dépôt légal : septembre 2015
Imprimé et broché en France par l’imprimerie Pollina
Achevé d’imprimer en août 2015.
Tous droits réservés. Aucun élément de cet ouvrage ne peut être reproduit, sous quelque
forme que ce soit, sans l’autorisation expresse de l’éditeur et du propriétaire, les Éditions
Autrement.

INTRODUCTION

Le monde en 2016
« Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils
n’ont pas envie d’entendre. »
George Orwell, La ferme des animaux (1945)

L’année 2016 sera d’abord celle de l’élection d’un nouveau « maître du monde », comme on
a coutume d’appeler le président des États-Unis. Il faudra peut-être conjuguer ceci au
féminin, puisque Hillary Clinton semble tenir la corde côté Démocrates. En face, chez les
Républicains, Jeb Bush, fils de « George H. W. » et frère de « George W. », pourrait bien avoir
sa chance. Sauf si tous les pronostiqueurs se trompent et que les Américains disent « stop »
aux dynasties politiques. Rapide calcul : si Hillary ou Jeb font deux mandats, nous arriverions
à un total de… trente ans de présidences Bush/Clinton – avec l’intermède Obama.
Justement : 2016 sera aussi l’occasion de faire le bilan des huit ans de pouvoir du premier
président noir des États-Unis. Un bilan mitigé – il est vrai qu’il a dû composer avec un
Congrès plutôt hostile. À son actif, la loi sur les soins abordables, qui a permis à des millions
d’Américains de bénéficier d’une couverture santé, constitue une réussite incontestable. En
revanche, Barack Obama a essuyé deux revers majeurs : la grande réforme de l’immigration,
qu’il n’a pas réussi à imposer, et celle voulant limiter l’utilisation des armes à feux,
notamment après la tuerie de Charleston et autres massacres, comme ceux de l’école de
Newton ou des quartiers navals de Washington.

La politique extérieure de ce prix Nobel de la paix prématuré (huit mois après son élection),
elle, a profondément déçu. Échaudé par les grands ratés de la politique interventionniste
de Bush Jr. au Moyen-Orient, Obama a suivi une politique d’engagements à moindre coût,
en Syrie comme en Irak. Son ouverture vers l’Iran effraie aussi bien les pays arabes proaméricains qu’Israël. Les rapports tendus qu’entretient désormais Washington avec ses
alliés traditionnels au Moyen-Orient, comme Israël et l’Arabie saoudite, profitent à Téhéran
qui se voit le nouveau maître de la région. L’organisation djihadiste a aussi profité de ce
vide et de la destruction des États du Moyen-Orient pour installer son Califat, un quasi-État,
totalitaire, à cheval entre la Syrie et l’Irak. Qui pourra arrêter Daech ? L’année 2016 sera-t-elle
celle d’une nouvelle extension de cette pieuvre terroriste, qui n’a cessé de se répandre, de
la Libye au Yémen, et s’intéresse de près à l’Afghanistan ? Sans compter tous les

mouvements locaux qui lui ont prêté allégeance, de Boko Haram jusqu’à une partie des
shebabs somaliens.

Quant au fameux « pivot asiatique » d’Obama, il semble avoir fait long feu – malgré le projet
libre-échangiste de TPP (Accord de partenariat transpacifique). D’autant qu’en Asie, les
États-Unis sont directement en concurrence avec la Chine, économiquement (même si la
croissance chinoise a baissé à 7 %, de quoi faire rêver tous les pays du monde) et bientôt
militairement ? Car Pékin, avec son patron despote Xi Jinping, un artisan de la répression,
ne cache pas ses projets expansionnistes, notamment en mer de Chine orientale, zone à
fort potentiel de conflit avec le Vietnam et les Philippines, entre autres. La Chine ne cesse de
moderniser ses équipements militaires (2 % de son PIB consacré à la Défense). Et si en 2016,
ou dans quelques années, le secrétaire général du Parti communiste chinois devenait le
« maître du monde », en lieu et place d’Hillary Clinton ou de Jeb Bush ?

Comme dans ces précédentes éditions, le Grand Atlas cherche à donner du sens aux
transformations qui dessinent ce monde de demain mais aussi aux événements qui se sont
déroulés au cours de l’année 2015. Dans ses cinq parties, les analyses proposées, illustrées
de cartes thématiques et de graphiques, émanent des plus éminents spécialistes français
(géographes, politologues, démographes, sociologues…). La première partie offre une vue
d’ensemble des rapports de force géopolitiques qui soulignent la montée en puissance de
la Chine, le retour de la Russie sur la scène internationale face à des États-Unis plus modérés
et une Europe en retrait. Les trois parties suivantes se concentrent sur les grands défis pour
l’avenir de notre planète : l’enjeu de la stabilité dans un monde sous tensions, sans laquelle
développement et progrès sont impossibles ; la préservation de notre planète, clé de la
pérennité de l’humanité ; et enfin, le processus de mondialisation qui règle désormais
l’économie. On revient bien évidemment sur le Moyen-Orient en plein chaos, le jeu de la
Russie dans l’espace post-soviétique, les menaces nucléaire et terroriste, mais aussi sur le
poids croissant du cyberespace, des espaces maritimes et du religieux. Alors que la France
accueille en décembre 2015 la COP21, la Conférence des parties de la convention des
Nations unies sur les changements climatiques, l’ampleur de leurs répercussions sur les
sociétés est analysée afin de comprendre comment envisager sereinement l’avenir et lutter
efficacement contre les conséquences néfastes du réchauffement. La mondialisation est
également envisagée à travers ses dérives, qu’il s’agisse des flux illégaux de marchandises,
d’hommes, de capitaux ou de la contrefaçon.

Après les attentats de janvier 2015 qui ont touché la France dans son essence même, celle
de ses libertés acquises lors de la Révolution, la cinquième partie thématique propose un
état des lieux des droits humains dans le monde. L’on s’intéresse d’abord à la liberté
d’expression et de la presse qui reste bafouée en de nombreux points de planète, puis au
droit de vote qui, bien qu’universel, n’est souvent que de façade dans plusieurs États aux

régimes autoritaires, ainsi qu’aux droits des femmes et des homosexuels qui ont connu au
cours des dernières décennies d’importantes avancées. Enfin, l’étude de l’esclavagisme
moderne, de la traite des êtres humains et de la peine de mort rappelle les conditions
déplorables de vie, de traitement, de servitude ou de justice que continue de connaître une
grande partie de l’humanité.

Afin de prendre en compte la parole et le regard de « l’autre », notre partenaire Courrier
international a de nouveau proposé une sélection d’articles de la presse du monde entier
offrant un changement de perspective, décalé souvent mais toujours pertinent, que
complètent habilement les articles des journalistes de France Info pour éclairer les
évolutions à attendre de 2016. Bonne lecture.

Jean-Hébert Armengaud, rédacteur en chef de Courrier international, et Frank Tétart, le
10 juillet 2015.

Le monde en 2015 n’est ni celui de 1914 ni celui de 1990 alors que la guerre froide s’achevait. Il n’y est ni
unipolaire, ni véritablement multipolaire. Certes, les pays émergents, les fameux BRICS emmenés par la
Chine, jouent un rôle croissant au niveau économique et une gouvernance mondiale se met
progressivement en place dans le cadre du G20. Mais les États-Unis restent la seule vraie puissance
complète sur la scène internationale, même s’ils sont en réalité confrontés à de multiples handicaps qui
limitent la portée de leur suprématie. L’Europe, elle, se trouve dans une situation bien paradoxale : unie,
elle est la première puissance commerciale au monde largement devant les États-Unis et reste un pôle
d’attractivité pour les migrants du monde entier, mais elle est de plus en plus décriée par ses citoyens,
comme en témoigne la montée en puissance des partis populistes aux dernières élections européennes
et des nationalismes régionaux en Écosse ou en Catalogne. La clé de voûte du système international
demeure donc au xxie siècle la souveraineté nationale, traduisant dans une certaine mesure un repli face
à la mondialisation.

Le monde politique en 2015
En ce début de XXIe siècle, quelque 200 États souverains se partagent la planète et en
dessinent la trame géopolitique. Ce découpage est en perpétuelle évolution, sans
toutefois parvenir à refléter toutes les communautés sociétales vivantes, dont la plupart
restent minoritaires. Aussi un meilleur équilibre entre majorités et minorités a-t-il
toujours été recherché. Aujourd’hui, des modes pluralistes de cohabitation et
d’intégration sont préconisés (comme en Europe), respectant le tracé, toujours
discutable, des frontières héritées du passé, afin d’éviter de nouveaux conflits.
LE PROCESSUS D’AFFIRMATION NATIONALE
Apparu en juillet 2011, le Sud-Soudan est l’État le plus récent au monde, résultat d’un long processus
d’émancipation. L’apparition de chaque nouvel État est en effet le fruit d’évolutions historiques. Les États
antérieurs à l’an mille sont peu nombreux, il s’agit avant tout de royaumes au pouvoir central fort comme
la France ou l’Angleterre, la Chine ou la Perse. Ceux qui apparaissent jusqu’au XVIIIe siècle ou ceux nés au
XIXe siècle sont issus de processus unitaires, qu’ils soient enclenchés par l’opposition des colons à la
domination économique de la métropole (États-Unis), le réveil des nationalités (Italie, Allemagne) ou le
déclin des empires (espagnol en Amérique latine, ottoman en Grèce, Serbie…). Au XXe siècle, c’est aussi
l’effondrement des empires centraux en Europe qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale,
contribue à l’accomplissement national de plusieurs peuples européens (hongrois, slave du Sud,
polonais, finlandais, balte, tchèque et slovaque). Puis, de 1945 à 1990, l’émancipation des peuples
colonisés engendre de nouveaux États indépendants en Afrique et en Asie. Ils sont suivis à partir de 1991
par ceux auxquels l’éclatement de l’empire soviétique et de la Yougoslavie donne naissance. D’ailleurs,
parmi les trois derniers États, deux en sont issus : le Monténégro (2006) et le Kosovo (2008). Depuis 1945,
près de la moitié des frontières créées dans le monde l’ont été en Europe.
L’existence de chaque État national exprime aussi, souvent, la présence préalable d’une communauté
humaine, plus ou moins unifiée et consciente de sa culture commune, peuple ou nation ayant lutté pour
sa constitution. Toutefois, certaines entités politiques ne sont pas reconnues comme États souverains,
qu’il s’agisse de Hong Kong, des Bermudes, de Porto Rico, du Sahara occidental, du Groenland ou de
l’Autorité palestinienne. Ces territoires n’ont pas accédé à la souveraineté nationale et restent sous tutelle.
Si tous les États souverains sont, de nos jours, qualifiés d’États-nations, seuls certains d’entre eux ont été
constitués autour d’une nation préexistante, c’est-à-dire d’une communauté ethnolinguistique
individualisée ayant provoqué l’apparition de cet État. Venait ensuite le choix d’inclure, ou non, les
minorités intérieures ou marginales. Le cadre géopolitique nettement délimité des États-nations et la
réalité complexe des communautés et identités ethniques profondes coïncident rarement.

...
VERS UN MONDE D’ÉTATS-NATION ?
Aujourd’hui, on peut distinguer trois types d’États, suivant la place qu’y occupent les minorités. Un petit
nombre d’États ont une homogénéité ethnique permettant de dire qu’ils n’ont pas de minorités, comme
le Japon. La plupart de ceux ayant une diversité ethnique reconnaissent leurs minorités et leur
aménagent une place spécifique pouvant aller jusqu’à la délimitation de territoires plus ou moins
autonomes, comme en Inde. Mais, ailleurs, les minorités n’ont ni reconnaissance ni place dans la structure
politique. Soit parce que la majorité dominante y est seule reconnue (en Iran). Soit parce qu’aucune n’est
ni n’a jamais été historiquement majoritaire et que le processus d’unité nationale a été engagé, après
l’indépendance, par-dessus un complexe d’ethnies toutes plus ou moins minoritaires dans un cadre
territorial préétabli, comme c’est le cas en Afrique.
Aujourd’hui, la plupart des États admettent leurs minorités. Mais certains les refusent et se sont engouffrés
dans des conflits qui, parfois, se sont réglés comme en Indonésie et au Sri Lanka, sont en cours de
règlement comme aux Philippines, ou ont finalement débouché sur la création d’un État, comme au SudSoudan en 2011 après 30 années de guerre. Cependant, ailleurs, des guérillas peuvent continuer
pendant des années, comme en Thaïlande ou au Sahara occidental. Au Moyen-Orient, les Kurdes vivent
morcelés sur quatre États (Turquie, Iran, Irak et Syrie), n’ayant pu réaliser leur émancipation nationale à
l’issue de la Première Guerre mondiale, en dépit des promesses faites par les pays vainqueurs. Leur
situation y est très différente en termes de reconnaissance minoritaire. Ils forment en Irak une région
autonome quasiment souveraine depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, alors qu’en Turquie le
chemin de la reconnaissance est loin d’être achevé, ce qui est une source majeure de tensions avec
Ankara. En Syrie, la guerre civile favorise leur autonomisation et leur rapprochement avec leurs « frères »
d’Irak et de Turquie.

En Europe, les revendications de certaines minorités (Basques, Corses, Catalans, Flamands) prennent la
forme de revendications nationalistes, parfois source de tensions ou de violences.

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La Chine, première puissance économique mondiale
Selon le FMI, la Chine se plaçait en 2014 au 3e rang économique derrière l’Europe et les
États-Unis, mais au 1er rang en parité de pouvoir d’achat, comptant pour 13 % du produit
intérieur brut mondial. En Asie, elle a dépassé le Japon en 2010, même si le PIB japonais
par habitant reste cinq fois supérieur à celui de la Chine. Le taux annuel moyen de
croissance de l’économie chinoise a dépassé 10 % jusqu’en 2010 et reste aujourd’hui
supérieur à 7 %.
LE PIVOT ASIATIQUE
La Chine est le pivot d’une nouvelle division régionale du travail. Les entreprises des pays industrialisés
asiatiques et les multinationales américaines ou européennes investissent largement en Chine. Elles y
bénéficient d’une main-d’œuvre bon marché, de structures institutionnelles et d’équipements favorables,
et d’une sécurité politique. La Chine a suivi le modèle d’extraversion économique des petits dragons
asiatiques, combinant industries exportatrices et protection des industries locales. Depuis les réformes
des années 1990 et la nette intégration dans l’économie mondiale ces quinze dernières années, elle est
devenue une véritable puissance d’échelle mondiale, abandonnant son premier statut de « pays atelier
du monde » pour peser dans les organisations internationales grâce à une administration étatique
centrale rajeunie et moderne, dans les luttes pour les ressources et les marchés sur tous les continents
grâce à ses grands groupes et ses entrepreneurs privés, enfin dans la conception et l’influence culturelle
grâce notamment à ses instituts Confucius.
La Chine est une plateforme de production d’échelle régionale qui importe des pièces, des composants
ou des produits intermédiaires des pays d’Asie. Elle les transforme et assemble, puis exporte les produits
finis vers les marchés mondiaux. Le volume des composants importés par la Chine correspond à un quart
de ceux qui sont échangés en Asie, et elle exporte désormais des composants. L’émergence chinoise a
donc accentué l’intégration économique de l’Asie orientale et mené à de nouveaux équilibres régionaux
par une réorganisation des productions et des échanges commerciaux. Les deux tiers des importations
de biens manufacturés des pays asiatiques sont aujourd’hui intrarégionaux.
Les liens entre la Chine et ses partenaires asiatiques se polarisent. Les complémentarités régionales entre
Hong Kong et le delta de la rivière des Perles remontent aux années 1980. Les entreprises taïwanaises ont
délocalisé leurs unités de production au Fujian et investissent aujourd’hui dans la région de Shanghai,
tout en gardant sur l’île les pôles de commandement et de recherche. La Corée du Sud participe à la
zone économique de la mer Jaune.

...
UN PARTENAIRE POUR L’ASIE DU SUD-EST

Si les pays de l’Asie du Sud-Est sont concurrents de la production chinoise dans les industries de maind’œuvre, ils intensifient leurs échanges dans le secteur de l’électronique (exportations de composants et
importations de produits finis) et exportent vers la Chine leurs produits agricoles et alimentaires. Les gains
tirés de ces liens commerciaux et des investissements sur le continent chinois profitent à la plupart des
économies de la région.
La politique régionale de la Chine tend aussi à rassurer ses voisins, avec la multiplication d’accords
bilatéraux et multilatéraux favorisant la coopération et le libre-échange. L’accord Asean plus Trois est
conclu entre l’Asean, la Chine, la Corée du Sud et le Japon dès 1997.
Après la crise financière asiatique de 1997-1998, qui a renforcé la position de la Chine comme l’un des
principaux leaders économiques de la région, ces pays signent un accord de coopération monétaire
ouvrant à des prêts mutuels de devises en cas de risque de déstabilisation en 2000. Une zone de libreéchange entre la Chine et l’Asean est lancée en 2010. Mais les contentieux maritimes en mer de Chine
rappellent que l’émergence chinoise n’est pas exempte de tensions.

...
GLOBALISATION ET MÉTROPOLISATION
La conception d’une mondialisation chinoise fondée sur les métropoles littorales l’emporte sur le sinocentrisme et les réseaux diasporiques, car elle souligne l’intégration géographiquement ponctuelle mais
en voie de réussite de la Chine à la communauté des États développés, et elle place le pays, aux yeux de
l’Asie, dans une position d’acteur dynamique de la globalisation. Les métropoles littorales chinoises
portent non seulement l’espoir d’une puissance économique dans les secteurs du tertiaire supérieur et
des nouvelles technologies, elles sont aussi les instruments d’une nouvelle centralité pour la Chine en

Asie tant maritime que continentale.

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Les États-Unis, un rayonnement global
Depuis le début de la présidence Obama en 2009, les États-Unis semblent vouloir
renouer avec le multilatéralisme, mettant fin au moment unilatéral de l’après 11Septembre. Que ce soit dans le dossier du nucléaire iranien ou le rétablissement des
relations avec Cuba, l’Amérique d’Obama prône un « leadership intelligent » (smarter
leadership), afin de redéfinir leur puissance et leur rôle, aujourd’hui contestés par les
pays émergents et confrontés à de nouveaux défis.
LA TENTATION IMPÉRIALE
Proclamés, plus qu’autoproclamés, « gendarmes du monde » à la fin de la guerre froide, les États-Unis ont
envoyé des troupes aux quatre coins de la planète pour contenir les conflits qui se sont multipliés depuis
la fin du monde bipolaire : en ex-Yougoslavie (1991-1995, puis 1999 au Kosovo), au Moyen-Orient (guerre
du Golfe en 1991) ou en Afrique (Somalie en 1992). Or, avec les attentats du 11 septembre 2001, une
nouvelle forme de conflit apparaît, déterritorialisé et fonctionnant en réseau. La « guerre contre le
terrorisme » remet en cause leur posture géostratégique, déstabilise leur armée et leur diplomatie.
Après l’offensive lancée, en octobre 2001 avec l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies, contre le
régime des talibans hébergeant Al-Qaïda et son chef, Oussama Ben Laden, les États-Unis du président G.
W. Bush choisissent une posture unilatérale pour renverser le régime de Saddam Hussein en Irak,
suspecté de détenir des armes de destruction massive, mais cette fois avec l’opposition de trois des cinq
membres du Conseil de sécurité. Victoire militaire, cette opération est un échec stratégique qui
démontre à l’« hyperpuissance » américaine que la démocratie ne s’impose pas par la force et sans le
soutien des populations. Véritable bourbier, l’intervention en Irak tourne à la guerre civile, dont les
conséquences perdurent jusqu’à aujourd’hui.

...
UNE PUISSANCE INTELLIGENTE (SMARTPOWER)
La politique étrangère de Barack Obama marque à partir de 2009 une rupture par rapport à celle de son
prédécesseur. Elle combine habilement outil diplomatique (softpower) et suprématie militaire
(hardpower) (forces nucléaires et capacités de déploiement). Ce « smartpower » s’articule autour d’une
utilisation plus mesurée de la force et prône une diplomatie et une politique commerciale œuvrant à la
défense des intérêts américains.
Ainsi, au Moyen-Orient, qui reste crucial dans le dispositif opérationnel des États-Unis, avant tout afin
d’assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques de l’économie mondiale, c’est l’usage mesuré
des armes qui prime, par des drones au Yémen et au Pakistan contre Al-Qaïda ou des bombardements
stratégiques en Irak et Syrie. De la même façon, l’option militaire a été écartée dans le dossier de la
nucléarisation de l’Iran au profit de la diplomatie. Au lendemain de l’élection du nouveau président
iranien en juin 2013, le progressiste Hassan Rohani, Washington a engagé des pourparlers qui, après un

long processus de négociations, ont finalement abouti à un accord-cadre fin mars 2015. L’accord définitif
a été conclu avec Téhéran le 14 juillet 2015.
Avec l’Asie, l’accent est mis sur le commerce en raison des perspectives de croissance économique et
d’innovation de la région. Un partenariat transpacifique (TPP) doit parachever des négociations visant à
établir une zone de libre-échange avec cette zone pivot qu’est devenue l’Asie pour Washington. Or
l’émergence chinoise est aussi porteuse de risques, d’où le redéploiement des forces armées vers l’AsiePacifique. Le dispositif militaire s’appuie sur quelques archipels (Hawaï et Guam) qui contrôlent les routes
maritimes et aériennes vers l’Asie du Nord et du Sud-Est, ainsi que sur des forces armées stationnées au
Japon et en Corée du Sud. Il vise à contenir les tensions régionales grandissantes, notamment autour des
territoires maritimes en litige, et les velléités nucléaires de la Corée du Nord. À l’horizon 2020, la marine
américaine devrait ainsi être basée pour 60 % dans la région Asie-Pacifique.
Ailleurs dans le monde, depuis la fin de la guerre froide, la présence militaire américaine s’est réduite. La
crise ukrainienne, avec l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014, pourrait contribuer au
maintien à moyen terme de troupes américaines en Europe. Avec le reste du continent américain, les
relations sont dominées par la libéralisation du commerce. Le rapprochement historique avec Cuba fin
2014 semble d’ailleurs s’inscrire dans cette dynamique. Depuis 1961, les deux États n’ont plus de relations
diplomatiques et La Havane subit un embargo commercial strict. Les premières mesures
d’assouplissement des restrictions concernent d’ailleurs les voyages depuis les États-Unis, les transferts
financiers vers l’île et la vente de matériels de constructions ou d’outils agricoles américains à Cuba. Les
questions sécuritaires avec le sud du continent se cantonnent aux flux migratoires illégaux en
provenance d’Amérique latine et au trafic de drogue.

...
UNE PUISSANCE EN RECUL ?
Depuis la fin de la guerre froide au début des années 1990, les États-Unis sont la seule superpuissance
mondiale. Toutefois, l’incapacité militaire face aux conflits asymétriques afghan et irakien, la crise
économique, l’arrivée sur le devant de la scène de la Chine, de l’Inde ou du Brésil, soulignent depuis une
décennie les limites de leur puissance dans le monde. Le pays reste pourtant à la tête d’une armée de 1,4
million d’hommes et affiche les plus importantes dépenses militaires au monde. Il dispose d’un arsenal
nucléaire et d’un complexe militaro-industriel qui mobilisent le meilleur des hautes technologies, mais
qui sont de plus en plus vulnérables face à la concurrence étrangère. Son modèle, incarné par sa culture
de masse, le cinéma d’Hollywood et Disney, continue de fasciner l’ensemble de la planète et d’attirer
étudiants et migrants. Surtout, il est le seul État capable d’assumer un leadership mondial, et ce pour
encore au moins deux décennies, ses rivaux chinois, brésilien ou européen étant des puissances
incomplètes.

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L’Union européenne, vers le désaveu ?
Les élections européennes de mai 2014 ont révélé un euroscepticisme croissant chez une
grande majorité de citoyens de la première puissance commerciale au monde. L’Union
européenne formée de 28 États-membres peine aujourd’hui à séduire, alors que les défis
à relever pour rétablir sa compétitivité internationale et la croissance sont grands pour
la nouvelle Commission en exercice depuis janvier 2015.
UN ESPACE DE PAIX ET DE PROSPÉRITÉ
Née de la volonté de favoriser la paix en Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la
construction européenne a contribué à la mise en place d’un espace de coopération économique
approfondie. Dès 1957 est ainsi lancée la Communauté économique européenne (CEE) qui jette les bases
d’un marché commun et d’une intégration institutionnelle. D’abord réalisée entre six États d’Europe de
l’Ouest, la CEE, qui devient l’Union européenne (UE) en 2002, s’élargit progressivement à 9, 10, 12 puis
15 États, avant d’intégrer 10 nouveaux États en 2004, marquant les retrouvailles d’une Europe divisée
pendant 45 ans de guerre froide. Depuis l’entrée de la Croatie en juillet 2013, l’Union européenne
compte 28 États et plusieurs pays, dont la Turquie, négocient leur adhésion.
Parallèlement à cette extension des frontières, l’UE est devenue une organisation supranationale,
compétente dans plusieurs domaines, où les États membres partagent leur souveraineté dans une union
économique et monétaire avec une monnaie commune (l'euro), un espace de libre circulation et des
politiques communes (commerciales, agricoles, de cohésion, etc.). Afin de garantir sa sécurité et sa
stabilité, l’UE a aussi mis en place une politique de voisinage active dans de nombreux domaines (énergie,
culture, commerce, environnement…) et d’harmonisation de règles et normes techniques et juridiques.
Reste que face aux flux migratoires en Méditerranée et aux naufrages à répétition d’immigrés clandestins,
elle peine à trouver des solutions.
Aujourd’hui, l’UE a un poids important dans le monde : elle représente 40 % du commerce mondial des
marchandises, 35 % des exportations mondiales et reste la première puissance économique de la planète
devant les États-Unis, la Chine et le Japon. Mais son poids relatif décline, notamment en raison de la
croissance plus rapide de l’Asie orientale.

...
UNE CRISE MAJEURE
Cependant, à cause des défauts de gouvernance en matière économique et monétaire, le modèle
d’intégration européen semble remis en cause. Ses taux de croissance sont particulièrement bas depuis
ces dernières années, le chômage particulièrement élevé. Avec la crise de la dette grecque, un
éclatement de la zone euro a même été évoqué, certains invoquant qu’une sortie de la zone redonnerait
de plus grandes marges de manœuvre aux États.
Au niveau politique, les élections européennes de 2014 ont été marquées par la montée de
l’euroscepticisme au sein des États, qui traduit le discrédit et le désaveu des électeurs vis-à-vis du projet
européen. Arrivés en tête de leurs pays avec environ un quart des suffrages, le Front national en France,
l’UKIP au Royaume-Uni et le Parti populaire danois (DF) au Danemark sont l’image la plus visible de cette
vague europhobe, que les scores importants de partis anti-européens dans plusieurs autres États (en
Autriche, Hongrie, Suède, Grèce et Italie) renforcent encore. Les thèmes qui les rassemblent sont le rejet
de la bureaucratie bruxelloise, de l’immigration et de l’euro. À l’échelle des États-membres, les politiques
d’austérité sont également de plus en plus rejetées, comme l’indique la victoire de Syriza, parti d’extrême
gauche en Grèce.

La nouvelle Commission qui a pris ses fonctions en janvier 2015 devra donc relever plusieurs défis pour
rétablir la compétitivité européenne indispensable à l’heure de la concurrence mondiale. Elle a déjà
annoncé un assouplissement du pacte de stabilité, tandis que la Banque centrale européenne a mis en
place une politique d’« assouplissement quantitatif », visant à favoriser le crédit et faire remonter l’inflation,
par le rachat massif de la dette pour réinjecter de l’argent frais dans l’économie. La dépréciation de l’euro
qu’elle induit est, quant à elle, favorable aux exportations européennes, donc à la croissance. Mais cette
mesure provisoire sera-t-elle suffisante pour relancer l’économie européenne ? Certains en doutent, dont
l’Allemagne qui craint que cette politique n’entraîne un relâchement des efforts des États dans leurs
réformes économiques.
Face à la crise en Ukraine, l’UE a adopté des sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Mais elle se
doit à terme de revoir sa politique de voisinage, d’élargissement, ainsi que sa relation avec la Russie, dont
elle continue de dépendre pour sa fourniture d’énergie.

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La Russie, l’influence retrouvée
Fin 1991 disparaissait l’URSS, l’un des deux « grands » du monde bipolaire. Deux
décennies plus tard, la Russie, héritière de cet empire communiste, est de nouveau un
acteur de la scène internationale, l’un des BRICS émergents, mais aussi une puissance,
apte à annexer au printemps 2014 la Crimée sous souveraineté ukrainienne. Comment
s’est opérée cette transition et sur quoi repose la puissance russe en ce début de XXIe
siècle ?
L’ATOUT ÉNERGÉTIQUE
En 1992, la Russie connaît une inflation galopante, des pans entiers de son économie sont sinistrés, et la
population confrontée à un brutal effondrement économique et social. La question du maintien de
l’unité du pays est même posée.
À la fin des années 1990, la montée des cours mondiaux des matières premières notamment
énergétiques, dont la Russie est richement dotée, permet un redressement spectaculaire. Une politique
d’État entreprend de reconstruire un tissu économique cohérent. À côté de secteurs qui se sont
restructurés par eux-mêmes (aluminium, industrie du bois, raffinage de pétrole…), souvent sous
l’impulsion d’acteurs privés qu’on appelle les « oligarques », Moscou réorganise des secteurs jugés
stratégiques (industrie nucléaire, aéronautique, automobile, agro-industrie). L’objectif étant de créer, avec
ou sans participation de l’État, de grands groupes russes, capables de compter sur le plan international, à
l’image de Gazprom.
Ce redressement économique s’accompagne au début des années 2000 d’un rétablissement de
l’autorité de l’État tout comme de la puissance russe. Les ressources énergétiques lui servent en effet
souvent de levier pour influer sur ses voisins et anciens territoires soviétiques, que Moscou nomme
« proche étranger », telle l’Ukraine. En 2006, la Russie par l’entremise de Gazprom décide ainsi de
suspendre ses livraisons de gaz à Kiev qui refuse une augmentation des prix. À moins qu’il ne s’agisse
d’une mesure de rétorsion pour s’opposer au rapprochement de l’Ukraine avec l’Organisation du traité
de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Union européenne (UE) qu’elle considère comme une provocation. En
août 2008, aucun pays occidental n’est en mesure de s’opposer à la démonstration de force russe dans le
Caucase, menée à l’occasion d’une action aventureuse de la Géorgie. En 2014, alors que l’Ukraine refuse
d’intégrer la communauté eurasiatique proposée par Moscou comme concurrente de l’UE, c’est au tour
de Kiev d’être la cible d’une politique impériale russe. La Russie apporte son soutien aux populations
russophones vivant dans le pays, d’abord en Crimée sous souveraineté ukrainienne depuis 1991 où elle
reconnaît les résultats du référendum d’indépendance en annexant le territoire en mars 2014, ensuite en
encourageant les soulèvements prorusses dans l’est de l’Ukraine.

...
FACE À DE NOMBREUX DÉFIS
Cette réaffirmation de la puissance russe qui défie désormais l’Occident marque un tournant dans la
période post-guerre froide. Elle contribue à son isolement sur la scène internationale, en raison des
sanctions économiques adoptées par l’UE à l’été 2014 qui pourraient durer tant que les accords de Minsk
ne sont pas totalement mis en œuvre, et qui ont déjà affecté durement son économie. Le pays est
pourtant confronté à d’importants défis d’ordre géo-économique (adaptation du territoire à la circulation
de masse, connexion au reste du monde, diversification économique pour sortir de la dépendance aux

hydrocarbures), mais aussi d’ordre démographique (baisse de la natalité), géopolitique et géoculturel
(définition de son territoire, de son identité).
Par sa taille et la multiplicité de ses façades, le pays est aussi impliqué dans différents contextes
géopolitiques, complexes et conflictuels (Arctique, isthme Baltique-mer Noire, Caucase, Asie centrale, Asie
orientale). La Russie se tourne d’ailleurs inexorablement vers la Chine pour assurer des débouchés à ses
hydrocarbures, ou pour se rapprocher d’un nouveau partenaire face à la puissance américaine et aux
menaces qui gangrènent l’Asie centrale.

.

Le G20, acteur de la gouvernance mondiale ou
multipolaire ?
Le 9e sommet des 20 plus grandes économies mondiales s’est tenu en novembre 2014 à
Brisbane, en Australie. Depuis le sommet de Washington en 2008, ce groupe s’impose
comme le principal forum de coopération entre les 20 États les plus riches du monde,
tant au niveau économique que financier. Il traduit également le poids croissant des pays
émergents, les BRICS, dans les affaires du monde.
G20, L’EXPRESSION D’UN MONDE MULTIPOLAIRE
Né en 1999 lors d’une réunion ad hoc des ministres des Finances, le Groupe des 20 rassemble aujourd’hui
les États qui représentent 90 % du PIB mondial. Aux traditionnels membres du G7, rejoints par la Russie
depuis les années 1990 (G8), s’ajoute un aréopage de puissances économiques très diverses. On trouve
d’abord les fameux BRICS, concept mis en avant en 2003 par la banque d’affaires Goldman Sachs pour
désigner les pays émergents ayant un certain poids démographique et territorial, d’abondantes
ressources naturelles et surtout de forts taux de croissance économique : Brésil, Russie, Inde et Chine,
auxquels s’est adjointe diplomatiquement l’Afrique du Sud. Ensuite, le G20 réunit le Mexique, l’Argentine,
l’Indonésie, la Turquie, l’Arabie saoudite, la Corée du Sud, l’Australie ainsi que l’Union européenne,
première puissance commerciale au monde.
Ce groupe traduit donc l’émergence d’un monde désormais multipolaire : l’économie ne dépend plus
seulement des trois pôles de la Triade (États-Unis, Japon et Europe occidentale), mais de plus en plus des
pays émergents avec à leur tête la Chine, devenue officiellement la première puissance économique
mondiale en 2014. L’empire du Milieu représente en effet aujourd’hui 16,5 % de l’économie mondiale,
selon le FMI, qui s’appuie sur le PIB calculé en parité de pouvoir d’achat, devançant de peu les États-Unis
(16,3 %). De fait, la contribution des pays du G8 au PIB mondial est passée entre 1989 et 2014 de 69 % à
48,9 %.
Parallèlement, la crise économique mondiale de 2008 a démontré l’interdépendance économique
accrue entre ces pôles, si bien que quand Pékin s’enrhume, Washington, Bruxelles et Tokyo éternuent.
Selon certains analystes, la création du G20 révélerait aussi le déclin des valeurs et d’une mondialisation à
l’occidentale au profit d’une Asie-Pacifique à l’économie dynamique et aux valeurs confucéennes,
dénonçant le colonialisme et l’impérialisme.
Pour autant, le Groupe des 20 est-il un véritable organe de gouvernance mondial fonctionnel ? Et avec
quelle légitimité ?

...
UNE LÉGITIMITÉ CONTESTÉE
Les principales critiques faites à l’encontre du G20 concernent sa taille, son manque de légitimité et de
représentativité. De fait, ne comporte-t-il pas trop de membres pour être efficace et prendre les bonnes
décisions ? Une refonte du G8 prenant en compte le poids économique des nations n’aurait-elle pas été
suffisante pour créer un véritable espace de gouvernance mondiale au niveau économique et financier ?
Sauf qu’aucun État du G8 n’a envie de céder sa place, ce groupe continuant d’ailleurs de se réunir
parallèlement au G20.
Le manque de représentativité est le deuxième reproche fait au G20. Trois continents sont en effet
surreprésentés : l’Amérique siège avec cinq États immenses, l’Asie-Pacifique également, l’Europe avec
quatre, plus l’Union européenne. En revanche, l’Afrique et le Moyen-Orient sont sous-représentés. Seule,
l’Afrique du Sud incarne le vaste continent africain, tandis que la Turquie et l’Arabie saoudite sont censées
symboliser le Moyen-Orient. Le choix des membres du G20 interroge parfois. Le critère économique a été
officiellement retenu pour justifier de la qualité de membre, mais des considérations géopolitiques
expliquent la présence de l’Argentine plutôt que du Chili, celle de l’Arabie saoudite plutôt que de
l’Égypte, celle encore de l’Indonésie au détriment de la Thaïlande. Car ni l’Arabie saoudite ni l’Afrique du
Sud ne font véritablement partie des vingt premières économies mondiales : ces deux États sont
respectivement les premières réserves de pétrole au monde, un important allié américain au MoyenOrient, et la première économie d’Afrique.
La légitimité du G20 est par conséquent sujette à caution. De fait, le groupe n’émane pas d’un consensus
mondial : il s’est autodésigné. Certains États ne s’y sentent pas représentés et chaque membre défend
plus souvent ses propres intérêts qu’une politique « globale » pour le bien de l’humanité. La Chine, par
exemple, voit dans le G20 un moyen de s’affirmer sur la scène mondiale, sans avoir à en assumer les
responsabilités ; les autres BRICS ne partagent pas tous les valeurs de démocratie, de droits de l’homme
ou de sécurité et se cantonnent donc au mandat initial, économique et financier, pour résoudre la crise.
Le sommet de Brisbane en 2014 n’a pas dérogé à la règle : les pays du G20 se sont d’abord engagés à
atteindre une croissance de 2,1 % de leur PIB d’ici 2018. Toutefois, ils ont aussi affirmé vouloir agir pour le
changement climatique et la lutte contre le virus Ebola en Afrique de l’Ouest. Enfin, pour la première fois,
le forum économique a viré au lynchage politique de la Russie, dont le soutien aux séparatistes
russophones en Ukraine a été vivement critiqué par plusieurs pays occidentaux, provoquant le départ
précipité du chef de l’État russe.

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Vers de nouveaux États, demain ?
Entamé au XIXe siècle, le réveil des nationalités en Europe ne semble pas avoir pris fin
avec l’émergence d’États-nations au XXe siècle. Les deux référendums
d’autodétermination organisés à l’automne 2014 en Écosse et en Catalogne sont là pour
en témoigner. Ailleurs, d’anciens territoires colonisés aspirent à l’indépendance, qu’il
s’agisse du Sahara occidental ou de la Nouvelle-Calédonie, dont le processus
d’autodétermination est en marche depuis 1988.
NATIONALISME CULTUREL OU REPLI FACE AU « VILLAGE GLOBAL »
Depuis quelques décennies, plusieurs régions d’États de l’Union européenne aux particularismes
marqués tels la Flandre, l’Écosse, la Catalogne, le Pays basque espagnol, l’Italie du Nord ou la Corse font
entendre leurs voix et appellent à une meilleure reconnaissance de leur identité. Ces revendications ont
souvent pris la forme d’un nationalisme régional qui pourrait contribuer à l’apparition de nouveaux États
en Europe, comme l’ont montré les référendums écossais et catalan en 2014. C’est d’abord l’existence au
sein de ces régions d’éléments d’identification communs qui permet d’expliquer l’apparition de
mouvements identitaires (territoire, culture voire langue distincte, histoire et institutions spécifiques).
Depuis les années 1990, l’un des traits communs des nationalistes catalans, écossais ou flamands est aussi
la volonté de préserver, voire de récupérer la richesse produite dans leurs régions. Que ce soit en
Belgique, en Italie ou au Royaume-Uni, le différentiel économique joue un rôle significatif dans les
discours nationalistes et peut-être même de façon accrue en période de crise économique. En Belgique,
c’est la Flandre, à l’économie florissante à partir des années 1970, qui souhaite rompre avec la Wallonie
dont l’économie est sinistrée en raison de sa reconversion industrielle, tandis qu’au Royaume-Uni, la
découverte du pétrole de la mer du Nord incite l’Écosse à revendiquer l’autonomie, sachant qu’elle
disposerait alors d’un accès sans partage aux hydrocarbures. Aujourd’hui, les revendications des partis
nationalistes portent d’ailleurs essentiellement sur l’autonomie financière et fiscale, dans une approche
utilitariste en termes de gains et de pertes vis-à-vis de leur État. En outre, en dépit de l’harmonisation des
normes et de l’uniformisation croissante des modes de vie et du métissage culturel, le phénomène de la
mondialisation a tendance à favoriser le repli sur soi, le local et donc son identité propre, sa nation. De fait,
tout peuple qui se considère comme une nation voit dans l’acquisition de la souveraineté étatique
l’aboutissement de ses aspirations. Dans le cas des Albanais au Kosovo, leur aspiration à l’indépendance a
même été soutenue par la communauté internationale, selon le principe du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes, au détriment de la Serbie.

...
LA FIN DES COLONIES ?

Le Sahara occidental, après l’indépendance de l’Érythrée en 1993, restera-t-il la dernière colonie africaine
à être passée en 1975 de la tutelle de l’Espagne à celle du Maroc, malgré la reconnaissance par l’ONU de
son droit à l’autodétermination ? Sous la pression des États-Unis, le Maroc et le mouvement sahraoui du
Polisario (Front populaire de libération de la Saguia et du Rio del Oro) ont accepté une proposition de
paix formulée par les Nations unies en 1988, mais force est de constater que cet accord n’a pas permis de
régler le contentieux au cours des vingt-cinq dernières années. Quels sont les points de blocage qui
l’empêchent ? D’abord, la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum
d’autodétermination (MINURSO) n’est pas parvenue à déterminer les listes pour fixer le corps électoral,
Marocains et Sahraouis n’ayant pas la même vue sur les populations à y inclure. Ensuite, la migration de
quelque 200 000 Marocains au Sahara occidental et le développement des infrastructures et des
investissements ont contribué à sédentariser de force les populations, avec de nombreuses atteintes aux
droits de l’homme, et à « marocaniser » le territoire. Enfin, dans un Sahara instable et confronté au
terrorisme international, le contrôle politique de la région par l’État marocain rassure la communauté
internationale. Au nom du réalisme géopolitique, l’autodétermination du Sahara occidental pèse de peu
de poids.
En Nouvelle-Calédonie, depuis les accords de Matignon de 1988 qui mirent fin à une décennie de
violence, le territoire s’est engagé sur la voie de l’indépendance. Les Néo-Calédoniens doivent ainsi se
prononcer d’ici 2018 par référendum sur l’avenir de l’île. Lors des dernières élections territoriales de 2014,
la majorité des électeurs s’est prononcée contre l’autodétermination. Tant côté caldoche que kanak, l’on
craint que la Calédonie ne perde plus qu’elle gagne sur les plans économique et social, surtout depuis
que l’État français contribue comme jamais au développement du territoire.

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Iran

République islamique ou Empire perse ?
Une lutte au sein des élites du régime fait rage pour déterminer la nature et
l’identité de l’Etat iranien.

Dessin de Chappatte paru dans Le Temps, Genève.

Al-Modon, Beyrouth
Il n’y a guère de déclarations de responsables iraniens sur l’influence de Téhéran
dans les pays arabes qui ne soient suivies de rectificatifs ou de démentis. Le
dernier exemple en date concerne la vedette numéro un, le général Qassem
Soleimani, chef des brigades Al-Qods des gardiens de la révolution iraniens [qui

participe à la planification des opérations contre Daech en Irak]. Il a déclaré que
le Liban et l’Irak vivaient sous le règne de “la volonté et des idées de la
République islamique”. Cette déclaration a été rapportée par l’agence de presse
Isna, proche des faucons du régime, puis reprise par des sites d’information de la
même obédience. Mais rapidement l’information a été retirée, puis démentie par
des gardiens de la révolution.
Autre exemple : Ali Younesi, le conseiller du président pour les affaires des
minorités ethniques et religieuses, qui a évoqué “l’empire iranien” avec pour
capitale… Bagdad en Irak. Cela a déclenché une vague de protestations, y compris
de la part du gouvernement irakien et de l’ayatollah chiite irakien Ali Sistani [la
principale autorité religieuse du chiisme en Irak].
Là encore, la déclaration a été suivie de démentis expliquant que cela avait été
inventé de toutes pièces. C’est ce qu’a dit par exemple l’ambassade d’Iran à
Beyrouth. Paradoxalement, ces démentis n’ont pas évité à Younesi d’être mis en
cause par 204 députés du Parlement iranien et convoqué par la justice.
Comment un responsable de son niveau peut-il être interpellé de la sorte s’il n’est
pas l’auteur de ce qu’on lui reproche ? En réalité, cette déclaration est
probablement de lui, vu ce qu’il avait dit quelques semaines auparavant : à
l’occasion de l’anniversaire de la révolution islamique de 1979, il s’était félicité
qu’on pouvait désormais “voir les signes de l’exportation de la révolution dans
toute la région, que ce soit à Bahreïn, en Irak, en Syrie, au Yémen et jusqu’en
Afrique du Nord”. Il n’y a qu’à regarder les réalités sur le terrain, dans le Liban
du Hezbollah et dans l’Irak des milices chiites, pour acquiescer.
Bien que démenties, ses déclarations correspondent à la réalité – mais également
à une réalité interne à l’Iran. En effet, à y regarder de plus près, il s’avère qu’elles
traduisent une lutte au sein même des élites au pouvoir pour déterminer la nature
du régime et l’identité de l’Etat.
Ce conflit survient à un moment où le régime traverse une période
charnière
Quand Soleimani parle d’exportation de la révolution, il est fidèle à la ligne
traditionnelle des gardiens de la révolution. Il exprime leur point de vue sur la
République islamique [selon lequel elle est avant tout fondée sur une identité
religieuse, et non pas nationale]. Il s’inscrit également dans la continuité [de
l’ancien président Ahmadinejad, selon lequel le régime islamique verra le retour
du Mahdi, le Messie, au Jugement dernier]. Younesi puise dans d’autres sources

d’inspiration. Il fait l’impasse sur plusieurs siècles d’histoire, l’empire dont il
parle correspondant au second Empire perse (224-651), gouverné par les
Sassanides – et défait précisément par le califat musulman naissant en 651…
La tempête suscitée par la déclaration de Younesi s’explique peut-être plus par
son caractère nationaliste [irano-perse, plutôt qu’islamo-chiite] que par le fait
qu’elle a pu indisposer les alliés de l’Iran à Bagdad. D’autant que le même homme
a plaidé pour renouer avec certains symboles de la monarchie iranienne du chah,
tels que le lion et le soleil rouge. Cette lutte à propos de la question de l’identité
iranienne survient à un moment où le régime traverse une période charnière. Et
cela fait désordre.
Nadim Koteich

L’opposition irannienne muette
Le mouvement de contestation apparu en 2009 semble aujourd’hui apathique.
Mais les adversaires du régime n’ont pas disparu pour autant.

Dessin de Mayk, paru dans Sydvenskan, Malmö.

Tehran Bureau, Londres
Pour tous ceux qui ont participé aux manifestations antigouvernementales de
2009-2011, la grande place de la tour Azadi en plein centre de Téhéran réveille
des souvenirs poignants. C’est près de cette “tour de la Liberté” de 45 mètres de
haut – point de rassemblement des manifestants en 2009 – que Golnar, 59 ans,
murmurait des prières pendant qu’un groupe de bassidjis [une branche des
Gardiens de la Révolution] enfonçaient les fenêtres du sous-sol où elle s’était
réfugiée avec une poignée de manifestants. A un kilomètre plus à l’est, sur la place
Enghelab, près de l’université de Téhéran, Amir Hossein, 31 ans, se souvient avoir
sauvé une femme en lançant des pavés sur les hommes en uniforme qui
l’emmenaient de force.
Plus de cinq ans après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad [2009]
et les dix-huit mois de manifestations prodémocratie, il ne reste plus beaucoup de
traces visibles de cette effervescence populaire. L’aggravation des difficultés
économiques et la répression politique des dernières années ont éteint les espoirs
des forces démocratiques. L’élection d’un président modéré, Hassan Rohani, a
ramené des millions d’électeurs réformateurs vers le système politique qu’ils
avaient boycotté lors des précédentes élections. Ils sont pourtant nombreux à
déplorer les promesses non tenues du nouveau gouvernement.
Le 14 février, les partisans du Mouvement vert [l’opposition prodémocratie] ont
marqué le quatrième anniversaire de l’arrestation de leurs chefs de file : l’ancien
Premier ministre Mir Hossein Moussavi, sa femme, Zahra Rahnavard, et l’ancien
porte-parole du Parlement, Mehdi Karoubi. Leur interpellation par les services de
renseignement iraniens avait provoqué de violents heurts, coïncidant avec les
manifestations prodémocratiques en Tunisie et en Egypte. Après la désillusion
des dernières années, les militants prodémocratie craignent que leurs
compatriotes soient épuisés par la mobilisation de 2009. Nombre d’entre eux
reprochent à Rohani son manque de détermination politique en faveur du
changement et estiment que le courant réformateur n’a pas été en mesure de
présenter une alternative.
L’opposition affirme que les militants ont encore de l’énergie malgré
l’atmosphère de répression
“C’est normal d’être découragé quand vos idéaux ne parviennent pas à se

concrétiser”, reconnaît Anahita, 27 ans, qui dit avoir participé à presque toutes
les manifestations du Mouvement vert entre 2009 et 2011. “Il y a cinq ans nous
étions dans la rue, mais nos rêves ne se sont pas réalisés. Aujourd’hui, je ne me
sens plus l’énergie d’aller manifester.”

Marasme. Dans un discours très controversé et largement repris sur les réseaux
sociaux, l’éminent professeur de sociologie Yousef Abazari a déclaré qu’un
changement s’était opéré entre la société iranienne et son gouvernement après les
manifestations de 2009. Pour lui, la population s’est “identifiée à son agresseur”.
“Le gouvernement essaie de se rapprocher des citoyens qui ont été dégoûtés par
la politique, poursuit Abazari. Par ce mécanisme, le gouvernement et le peuple
ne font plus qu’un et ainsi ils se neutralisent mutuellement.” Dans les rangs de
l’opposition, néanmoins, on affirme que les militants ont encore de l’énergie
même si l’atmosphère de répression a empêché la formation d’un mouvement
organisé.
Certains misent sur les élections législatives de l’an prochain pour sortir du
marasme politique. Ils espèrent que le soutien populaire aux candidats modérés
et réformateurs permettra de réduire l’influence des fondamentalistes au
Parlement.
L’aboutissement des négociations internationales sur la question nucléaire est
une condition nécessaire au réveil de la mobilisation, affirme un opposant. La
réussite des négociations autour du nucléaire et la levée des sanctions
économiques renforcera l’autorité du gouvernement Rohani et incitera les
courants prodémocratie à exprimer publiquement leurs doléances.

“Paralysés”. L’avenir du Mouvement vert dépend pour une bonne part de
facteurs extérieurs à ses frontières. Or la percée de l’organisation Etat islamique
(EI) en Irak et en Syrie – où l’Iran soutient activement la lutte contre l’EI – a
renforcé les conservateurs iraniens aux dépens de l’opposition. “Il y a des fous
assoiffés de sang qui s’approchent de nos frontières à l’ouest et qui veulent
détruire l’Iran. C’est terrifiant, déclare un sociologue de l’université de Téhéran.
Les gens sont paralysés par la peur car l’instabilité politique et les émeutes de
rue nuiraient à notre sécurité à tous. L’Egypte, la Syrie, la Libye, tous ces pays
sont en proie à de graves difficultés après leurs révolutions démocratiques. Tout
cela nuit au Mouvement vert car c’est une source de découragement.”

En février, le porte-parole de la Justice a interdit la publication d’informations sur
l’ancien président Mohamed Khatami, qui s’était déclaré favorable aux
rassemblements de plusieurs courants réformateurs. Les médias contrevenants
risquaient la fermeture, mais les partisans de Khatami ont trouvé comment
riposter sur les réseaux sociaux. Pour le sociologue de l’université de Téhéran,
cette action spontanée révèle tout le potentiel du Mouvement vert. “En à peine
vingt-quatre heures, 30 000 personnes ont rejoint la page Facebook ‘Nous
sommes les médias de Khatami’, souligne le sociologue. Est-ce là la marque d’un
mouvement mort ?”
Scott Peterson
Publié le 9 mars 2015
SOURCE
TEHRAN BUREAU
Londres, Site web iranien en anglais, theguardian.com/world/series/tehranbureau
Blog créé à New York en 2008 par la journaliste iranienne Kelly Golnoush
Niknejad, Tehran Bureau devient, en 2009, un site couvrant les différents
aspects de l’actualité iranienne. Il est actuellement hébergé par le site du
quotidien britannique The Guardian.

2016… Année de la réforme de l’ONU ?
Comment réformer l’ONU, lui rendre sa crédibilité ? La question est revenue de
manière aiguë au cours des dernières crises : Syrie, Ukraine, Libye… Pour les 70
ans des Nations unies, certains États rêvent d’un Conseil de sécurité plus efficace,
plus démocratique. La modernisation du grand « machin » s’impose, mais la
méthode, elle, ne fait pas l’unanimité.
Élargissement et réforme du droit de veto
Avec 5 membres permanents et 10 autres élus pour un mandat de deux ans, le

Conseil de sécurité s’est construit sur le scénario de la guerre froide ; il n’est plus
représentatif des grands équilibres mondiaux. Alors pour veiller sur la paix, qui
faut-il intégrer, notamment dans le cercle très convoité des membres
permanents : l’Allemagne, le Brésil, l’Inde, le Japon ? Des pays africains, comme
le souhaite la France ? Pour couvrir l’ensemble des continents et des grandes
religions, plusieurs pays proposent d’élargir le Conseil à une vingtaine de
membres, dont une dizaine de permanents, mais les luttes d’influence
ralentissent le processus. Les membres permanents du Conseil de sécurité
peuvent user de leur droit de veto et bloquer n’importe quelle décision. Impossible
dans ces conditions de condamner le régime de Bachar el-Assad ou le
rattachement de la Crimée à la Russie. Qui bloque ? Moscou et Pékin, souvent.
Les États-Unis, aussi, qui s’opposent systématiquement aux sanctions contre
Israël. Dans les faits, le droit de veto est souvent utilisé pour protéger des
gouvernements amis ou servir des intérêts qui ne sont pas toujours ceux de la
communauté internationale. Surtout, il paralyse le fonctionnement de l’ONU.
Même si aucun des membres permanents ne veut perdre ses prérogatives, Paris
pousse malgré tout depuis 2013 une réforme a minima, une sorte de « code de
conduite ». Les membres permanents du Conseil s’engageraient à ne pas utiliser
leur pouvoir de blocage en cas de crimes à grande échelle, comme les crimes
contre l’humanité. Là encore, les discussions se poursuivent.
Isabelle Labeyrie
Chef du service étranger

Que ce soit en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient, les conflits sont aujourd’hui encore synonymes
d’appauvrissement, de sous-développement, de contestation et de rébellion. Ils engendrent un cercle
vicieux qui contribue à déstructurer et à affaiblir les États et les sociétés.
Depuis la Seconde Guerre mondiale et de façon croissante, les civils sont d’ailleurs les principales cibles
des conflits armés. Victimes de viols désormais utilisés comme une arme de destruction non seulement
d’un individu mais aussi d’une communauté, les femmes en particulier paient un lourd tribut. À côté des
conflits proprement dits, des tensions et menaces peuvent aussi s’avérer sources d’instabilité. De nos
jours, la piraterie, la prolifération nucléaire et le terrorisme en représentent les principales formes. La
situation en Afrique de l’Ouest, qui doit faire face à des groupes islamistes, Al-Qaïda au Maghreb islamique
(AQMI) et Boko Haram, ou celle en Irak et en Syrie, où l’organisation de l’État islamique joue un rôle
déstabilisateur et de recomposition régionale attestent de ce phénomène. Enfin, avec la pénétration
croissante d’Internet dans les sociétés se dessine un nouveau territoire, le cyber​espace, où s’affrontent les
États, mais aussi des individus ou groupes aux intentions criminelles.

Les conflits dans le monde aujourd’hui
Avec la crise en Ukraine, l’année 2014 a été marquée par le retour de la guerre en Europe.
Elle voit s’opposer des mouvements pro-russes au gouvernement ukrainien dans l’est du
pays. Ailleurs, ce sont aussi des groupes armés, rebelles, séparatistes, islamistes ou
criminels qui combattent les pouvoirs en place, au Soudan, au Nigeria, en Somalie, au
Mexique ou au Pakistan. Aujourd’hui, 80 % des conflits se déroulent en effet à l’intérieur
des frontières étatiques, les conflits entre États ayant quasiment disparu depuis la fin de
la guerre froide.
UN PAYSAGE EN PLEINE ÉVOLUTION DEPUIS LES ANNÉES 1990
Selon le Stockholm International Peace Research Institute, un conflit se définit comme un affrontement
armé ayant pour enjeu le gouvernement ou le territoire, dont l’une au moins des parties est un État, et
ayant causé au moins 1 000 morts au combat au cours d’une année. Dans son baromètre annuel des
conflits politiques, le Heidelberger Institut für Internationale Konfliktforschung recense 424 conflits
politiques dans le monde en 2014, en légère augmentation par rapport à 2013. Cependant, il n’a été fait
usage de la violence que dans la moitié des cas (conflit armé) : 21 ont pris la forme de « guerres » et 25 de
guerres « limitées ».
Depuis la fin de la guerre froide en 1991, le paysage des conflits internationaux a considérablement
évolué. Il est d’abord marqué par la quasi-disparition des conflits inter​étatiques. En effet, au cours des
vingt-cinq dernières années, seules cinq guerres inter​étatiques ont été recensées : entre l’Érythrée et
l’Éthiopie (1998-2000), l’Inde et le Pakistan (1999-2003), l’Irak et la coalition anglo-américaine (2003), la
Russie et la Géorgie (2008), et entre le Soudan et le Sud-Soudan (2012).
À cela s’ajoute la persistance de quelques contentieux internationaux hérités de la Seconde Guerre
mondiale ou des années qui ont suivi : entre le Japon, la Russie et la Chine sur des îles et territoires
maritimes, entre les deux Corée, entre l’Inde et le Pakistan autour du Cachemire, entre la Chine et Taïwan,
et entre Israéliens et Palestiniens autour du partage de la terre.
Alimentés par le retour des nationalismes, ils ont souvent des répercussions mondiales, en raison d’enjeux
idéologiques et/ou religieux (Palestine, Cachemire), du risque d’escalade nucléaire (Asie du Sud et de
l’Est) et de la possibilité d’une guerre entre grandes puissances (Chine-États-Unis à cause de Taïwan). Ils
peuvent être attisés par des enjeux de ressources (hydrocarbures, minerais, etc.).
Ensuite, la guerre civile semble devenir endémique en Afrique. Elle se manifeste par le nombre important
des conflits, leur durée et leur extrême brutalité (massacre de civils, endoctrinement et enrôlement des
enfants, utilisation de la faim et du viol comme armes de guerre), que ce soit au Congo (RDC), au Nigeria
ou au Soudan. Sont en cause la mauvaise gouvernance et un contrôle défaillant de l’État sur son
territoire, ainsi que des tensions identitaires souvent alimentées par des enjeux liés aux ressources.
Ailleurs, on voit perdurer des insurrections armées de longue date, dont le règlement est incertain
(Birmanie, Thaïlande), malgré quelques évolutions positives (Colombie, Philippines).
Enfin, la « guerre contre le terrorisme », lancée par les États-Unis et leurs alliés depuis le 11 septembre
2001, a non seulement mené à des opérations militaires majeures (Afghanistan, Irak) mais aussi à une
multitude d’actions ponctuelles, qui affectent les équilibres nationaux ou régionaux et contribuent à de
nouvelles tensions, comme au Yémen, en Irak ou au Pakistan.


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