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L'EMPIRE DE LA LIBERTÉ OU LE DÉNI D'EMPIRE AMÉRICAIN
Nicolas Vaicbourdt
Armand Colin | « Monde(s) »
2012/2 N° 2 | pages 67 à 77
ISSN 2261-6268
ISBN 9782200927912

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Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Nicolas Vaicbourdt, « L'empire de la Liberté ou le déni d'Empire américain »,
Monde(s) 2012/2 (N° 2), p. 67-77.
DOI 10.3917/mond.122.0067
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L’empire de la Liberté
ou le déni d’Empire américain
Nicolas Vaicbourdt

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Résumé

Abstract

Fondés sur un rejet de l’Europe et du colonialisme,
les États-Unis n’en ont pas moins lié leur expérience nationale à une expansion territoriale continue. Tout au long du xixe siècle, la conquête d’un
empire continental puis sa projection outre-mer
ont cependant été niées au nom de l’exceptionnalisme national. De G. Washington à T. Roosevelt,
les Américains n’ont jamais estimé construire un
Empire selon les modèles européens, mais au nom
de la liberté suivant leur Destinée Manifeste.

The Empire of Liberty, or the Denial of Empire
by the Americans

Mots-clés : États-Unis xixe siècle – Impérialisme –
Exceptionnalisme – Destinée Manifeste – Guerre
de 1898.

Keywords:
19th
Century
United
States 

Imperialism – Exceptionalism – Manifest Destiny –
War of 1898.

Though established on a rejection of Europe and
colonialism, the United States bound its national
experiment to a continuous territorial expansion.
Throughout the 19th century, the conquest of a continental empire and its further projection overseas
was however denied in the name of national exceptionalism. From G. Washington to T. Roosevelt, the
Americans never considered they were building an
Empire according to the European models, but in
the name of Liberty and according to their Manifest
Destiny.

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Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

monde(s), no 2, novembre 2012, p. 67-78 

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Nicolas Vaicbourdt

George W. Bush, 19 novembre 1999.

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C

’est désormais un lieu commun que
d’évoquer l’Empire américain en le comparant aussi bien à Rome qu’à l’Empire
britannique. Pourtant, pour les historiens, surtout américains, la question soulève encore un
débat passionné. Enflammée dans le contexte
de la guerre du Vietnam, la polémique a connu
un renouveau depuis une dizaine d’années,
dans le double contexte de la présidence de
George Bush Jr. et du tournant culturel qui
a marqué les études impériales. En 1999,
Bush a résumé l’enjeu de la polémique : par
essence, les États-Unis ne peuvent posséder
un empire quand bien même ils en auraient
les moyens. Cette problématique fut au cœur
de la construction de l’identité nationale dès
l’indépendance des treize colonies britanniques. Première nation décolonisée de l’histoire, peuplés d’immigrants, les États-Unis se
sont fondés sur une série de symboles, dont
l’un des plus prégnants fut leur Constitution
organisant un système politique reposant sur
un strict équilibre des pouvoirs au sein des
institutions et entre États membres de l’Union.
Forts de leur modèle social et politique inédit,
les Américains ont élaboré une représentation nationale qui se trouve résumée dans le
concept d’exceptionnalisme tel que le décrit

68

C’est dans l’idée de cette différence que les
États-Unis se sont idéologiquement construits
depuis 1776. Avant même la révolution, les
colons sont conscients que le modèle américain
repose sur la possibilité de prospérité, et donc
de propriété, pour ses citoyens, qui elle-même
renforcerait la puissance de ce Nouveau Monde.
C’est pourquoi l’interdiction promulguée par
Londres d’étendre leurs territoires au terme de
la guerre de Sept Ans fut une des motivations
de la révolte des colons. L’expansion
territoriale était une des conditions du
succès de l’expérience américaine et fut l’une
des causes de la rupture avec l’Angleterre,
puis de la confrontation avec les autres
peuples présents sur le continent. L’éviction
progressive des puissances européennes
du continent s’est muée en affirmation de
l’existence d’une sphère d’influence exclusive
avec la proclamation de la doctrine Monroe,
sans cesse renouvelée et renforcée par ses
successeurs. Ce processus a révélé la montée
en puissance d’un État fédéral qui s’est appuyé
sur l’expansion pour renforcer sa légitimité
et la validité de l’expérience nationale.
Pour autant, les Américains, viscéralement
attachés à leur sentiment d’exceptionnalisme,
ont constamment refusé de s’identifier au

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Tocqueville, dans son ouvrage De la démocratie en Amérique, où il observe une société
établie sur un modèle inédit avec de nouvelles
lois, un nouveau mode de vie, un nouveau système social qui la différencie de l’Europe.

America has never been an Empire. We may
have be the only great power in history that had
the chance and refused – preferring greatness to
power and justice to glory.

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modèle impérial européen. L’expansion
territoriale n’aurait pu être assimilée à une
forme d’impérialisme. Ainsi la phase initiale
d’expansion continentale fut rapide et ne
suscita guère de débat, tant elle apparaissait
cohérente avec le projet national, incarné à
partir de 1845 dans la formule de Destinée
Manifeste. Loin de toute ambition de pouvoir,
la jeune République mit en avant la double
mission d’accueillir les vagues d’immigrés
abandonnant l’Europe en leur offrant de
réelles opportunités et, par-là même, d’élargir
l’envergure d’un système économique et social
dédié aux libertés et à la démocratie.

Ce processus d’expansion souleva cependant
des oppositions lorsque les nouveaux territoires perdirent leur continuité territoriale.
Le débat soulevé de façon éphémère lors
de l’acquisition de la Louisiane, en 1803,
ressurgit avec plus d’acuité au tournant
du siècle lorsque la Frontière fut déclarée
fermée et l’espace continental domestiqué.
Le sens du projet national était remis en
question. D’une part, l’expansion territoriale
avait progressivement renforcé le pouvoir
fédéral au détriment des États ; une réalité
amorcée par la guerre de Sécession. D’autre
part, la dimension morale de ce sentiment
d’exceptionnalisme, déjà mise à mal par le sort
fait aux populations indiennes était remise en
question alors que les nouveaux territoires
n’étaient plus destinés à de nouveaux colons
et à la diffusion de la liberté, mais simplement

à l’affirmation de la puissance nationale en
concurrence directe avec les États européens.
Dans cette logique d’affirmation de puissance
comparable à celle des Européens, les ÉtatsUnis en venaient à perdre leur singularité.
Le poème Le fardeau de l’homme blanc que
Kipling dédia aux Américains lors de la guerre
de 1898 renforça, paradoxalement, ce malaise
national. Traversés par une crise identitaire
dont les échos se faisaient entendre jusque
dans les débats sur la nécessité d’instaurer
une politique de quotas pour limiter les
vagues d’immigrations d’Européens du
Centre et de l’Est jugés non assimilables, les
Américains admirent la difficulté de concilier
le sentiment d’exceptionnalisme et la création
d’un empire outre-mer. En substituant au
modèle impérial européen le projet d’un
empire volontairement éphémère, chargé de
promouvoir la liberté, dans la philosophie de la
Destinée Manifeste, les États-Unis parvinrent
à garantir une logique d’expansion tout en
renonçant à l’idée de possession de territoires
et de leurs populations au profit d’un système
d’influence, voire de contrôle. L’empire de la
Liberté pouvait continuer à proliférer et à nier
la dimension impériale de leur politique, selon
l’affirmation de George Bush.

69

Cet article se propose d’étudier comment, en
adoptant l’idéal de promotion et défense de la
Liberté comme projet national, les États-Unis
ont pu maintenir l’ambiguïté sur le caractère
impérial de leur stratégie d’expansion

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L’empire de la Liberté ou le déni d’Empire américain

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la vision américaine, fondée sur le sentiment
d’exceptionnalisme de leur expérience
historique, cet empire ne correspond en rien
à l’Empire britannique mais au modèle d’un
pays fort et en expansion constante.

La création de l’empire de la Liberté

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L’évocation de la notion d’empire pour les
États-Unis est aussi ancienne que le pays
lui-même. Dès 1783, George Washington
évoquait la jeune République comme un
« empire émergent », alors que James Madison
annonçait entrevoir un « avenir florissant pour
l’Empire américain »1. Cependant, comme
le soulignent notamment Arthur Schlesinger
Jr. ou Peter Onuf, la notion même d’empire
demeure bien vague à l’époque des Pères
fondateurs et est quasiment interchangeable
avec celle d’État2. Lorsque Thomas Jefferson,
à son tour, présente les États-Unis comme
un « empire de la Liberté », il fait référence à
une structure politique démocratique, fondée
sur les principes de l’autonomie politique et
de la communauté d’intérêt de ses membres
(les treize États membres de l’Union)3. Dans

L’idée d’une expansion territoriale de la
République apparaît comme un processus
naturel, voire une nécessité, dès la
fondation du pays. Dans les Federalist
Papers, parus entre 
1787 et 
1788, James
Madison et Alexander Hamilton l’évoquent
explicitement et la justifient par les enjeux
d’un développement du commerce qui
permettrait de garantir l’intégration des
États et le renforcement de l’Union4. Ce
discours traduit aussi une vision stratégique
à la fois défensive et hégémonique. Pour
Hamilton en particulier, l’Union doit se fixer
comme objectif de « prendre l’ascendant »
sur le continent nord-américain, y compris
régulièrement le thème de l’empire. Voir, par exemple, sa
lettre à George Rogers Clark, en date du 25 décembre
1780 ou celle à James Madison en date du 27 avril
1809, toutes deux publiées dans les papiers Jefferson
respectivement in Julian P. Boyd, Charles T. Cullen, John
Catanzariti, Barbara B. Oberg et al, eds., The Papers
of Thomas Jefferson (Princeton: Princeton University
Press, 1950), vol. 4, p. 237-238; J. Jefferson Looney,
ed., The Papers of Thomas Jefferson: Retirement Series
(Princeton: Princeton University Press, 2004), vol. 1,
p. 169.

1 Pour les nombreuses références à la notion d’empire,
voir notamment Jay Sexton, The Monroe Doctrine.
Empire and Nation in 19th Century America (New York:
Hill & Wang, 2011), p. 15-47; Frank Ninkovich, The
United States and Imperialism (Malden MA: Blackwell
Publishers, 2000), p 1-16.

2 Arthur Schlesinger Jr., “The American Empire? Not So
Fast
”, World Policy Journal, vol. xxii,  n° 1 (Spring 2005),
p. 43-46; Peter S. Onuf, Jefferson’s Empire. The language
of American Nationhood (Charlottesville: University Press
of Virginia, 2000).

4 Pour une version en français, James Madison, John Jay,
Alexander Hamilton, Le Fédéraliste (Federalist Papers),
Paris, Economica, 1988. Voir en particulier les articles x
et xi.

3 Peter S. Onuf, Jefferson’s Empire, op. cit., p. 1-17. Tout
au long de sa carrière politique, Jefferson évoquera

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territoriale tout au long du xixe siècle, au point
de parvenir à s’identifier comme une nation
anticolonaliste.

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en s’appuyant sur le commerce5. Cela lui
permettrait de se renforcer et de dicter les
termes d’une émancipation continentale visà-vis de l’Europe. La ratification par le Congrès
continental de l’Ordonnance du nord-ouest,
qui organise institutionnellement la gestion
de tout nouveau territoire, souligne que cette
perspective est validée indépendamment
des clivages politiques et l’encourage. Aussi,
en 1803, le président Jefferson, adversaire
politique d’Hamilton, n’hésite pas à acquérir la
Louisiane, doublant la superficie du territoire
de l’Union et débutant une phase d’expansion
continentale destinée à créer ce qu’il définit
lui-même comme un « empire de la liberté »,
c’est-à-dire un État fort capable de garantir les
conditions de prospérité des citoyens selon les
dogmes nationaux6. Ce modèle d’expansion va
se poursuivre pacifiquement en négociant avec
les grandes puissances espagnole et anglaise
et le rachat progressif de leurs territoires
(Floride et Oregon). La guerre déclenchée par
le Mexique, en 1846, permettra de contrôler
les anciennes provinces de Californie et du
Nouveau-Mexique, garantissant un contrôle
de la côte Pacifique.

Pour autant, le processus d’expansion n’est
pas perçu comme un phénomène colonial.
Dans la première partie du xixe siècle, la
référence impériale disparaît progressivement
des discours justifiant l’expansionnisme
continental au profit d’autres expressions telles
que « croissance naturelle »7. Ainsi John
Quincy Adams, le secrétaire d’État de James
Monroe, considère-t-il que les États-Unis vont
naturellement s’étendre à Cuba – tout comme
au Canada d’ailleurs – par « gravitation
L’expression
unanimement
politique »8.
adoptée sera celle de « Destinée Manifeste »
inspirée par un article de John O’Sullivan, en
1845. Certes, l’article cherchait avant tout
à légitimer l’intégration du Texas à l’Union,
indépendamment
des
bouleversements
dans l’équilibre fragile entre États du Nord
et du Sud, mais il offrit le paradigme opérant
une synthèse idéale entre le sentiment
d’exceptionnalisme et la volonté récurrente
d’élargir le territoire national.
La légitimité de cette expansion au détriment
des populations indiennes ne pose alors aucun

7 Voir la typologie dressée par Albert K. Weinberg dans
son ouvrage considéré comme un classique Manifest
Destiny. A Study of Nationalist Expansionism in American
History (Baltimore: The Johns Hopkins University Press,
1935).

5 Publius (Alexander Hamilton),“The Utility of the Union in
Respect to Commercial Relations and a Navy”, sur le lien
http://avalon.law.yale.edu/18th_century/fed11.asp (site
consulté le 20 mai 2012).

8 “North America will be the United States, November 16,
1819 ”, in John Quincy Adams, Memoirs of John Quincy
Adams, vol. v, (Philadelphie: J.B. Lippincott & Co, 1876),
p. 437-439. Se reporter également au recueil de textes de
Walter LaFeber, ed., John Quincy Adams and American
Continental Empire: Letters, Papers and Speeches
(Chicago: Quadrangle Books, 1965).

6 Voir Bradford Perkins, The Cambridge History of
American Foreign Relations, vol. 1, The Creation of a
Republican Empire, 1776-1865 (Cambridge: Cambridge
University Press, 1993), p. 111-146.

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problème. Population considérée comme
barbare et nomade, les Indiens ne se voient
reconnaître aucun droit sur les territoires,
ni même de liens avec les États-Unis : ils
ne constituent qu’une « nation étrangère
résidente » (Resident Foreign Nation), qui,
de surcroît, s’est successivement alliée aux
Français et aux Anglais contre les colons.
À l’instar de leurs compatriotes, Benjamin
Franklin ou Jefferson considèrent même qu’ils
ne pourraient que bénéficier des apports
de la civilisation. Certes, Andrew Jackson,
président de 1829 à 1837, considérant les
Indiens inassimilables et un obstacle aux
projets divins, décide leur expulsion hors des
frontières de l’Union, passant outre l’avis de
la Cour Suprême9. Mais les gouvernements
successifs prennent soin de négocier des
traités avec les populations indiennes, le plus
souvent imposés sous la menace militaire et
violés par les autorités fédérales.

l’Ouest, déclarera la « frontière close »10. Après
1848, le bureau des Affaires indiennes va
symboliquement échapper au ministère de la
Guerre pour être confié au nouveau ministère
de l’Intérieur. Toutefois, les traités ratifiés
dans les années 1850 seront rejetés par le
Sénat contestant aux Indiens la légitimité de
la propriété des terres. Entre 1862 et 1886,
des conflits récurrents ponctuent l’occupation
de l’Ouest alors que les Indiens, confrontés
aux besoins de terre des colons ou aux vagues
de ruées vers l’or, sont progressivement
chassés de leurs territoires et confinés dans
des réserves. La violation constante des traités
par les autorités locales ou fédérales est
toujours justifiée par l’absence de légitimité
et de droits des populations amérindiennes.
Symboliquement, le Dawes Act de 1887 pose
le premier jalon d’une intégration des Indiens,
mais en tant qu’individus puisque le principe
relevait d’une distribution individuelle de
terres excluant toute reconnaissance d’une
logique tribale.

Au terme de la guerre contre le Mexique,
l’empire continental est quasiment achevé
et le territoire américain offre un visage
guère différent de celui qu’il connaîtra en
1890 lorsque le service de recensement,
constatant la densité de population dans

L’empire maritime de Seward

La guerre de Sécession va cependant constituer
une étape importante dans l’affirmation
d’une logique impériale. La victoire du
Nord sanctionne l’affirmation de l’intégrité
territoriale de la République fédérale aux

9 Cf. notamment Jane Burbank, Frederick Cooper, Empires
in World History: Power and the Politics of Difference
(Princeton: Princeton University Press, 2010), p. 261268. La rubrique « Débat autour d’un livre » dans ce
numéro de Monde(s) propose une série d’échanges sur
cet ouvrage.

10 Tout juste les États-Unis vont-ils acheter une bande de
territoire au Mexique en 1853, le Gadsden Purchase,
pour rationnaliser la frontière.

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dépens de ses composantes, en l’occurrence
sudistes. Non seulement l’épicentre de la
République, le nord-est, soumet sa périphérie,
mais il étend formellement son modèle
d’organisation sociale, économique et politique
en imposant notamment l’émancipation des
esclaves puis leur citoyenneté pleine, du
moins au niveau fédéral. La perception de la
géographie nationale est aussi remise en cause.
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dans la logique de la doctrine Monroe, mais
aussi dans une dynamique impériale vers le
Pacifique. D’ailleurs, le district de l’Alaska n’est
pas perçu comme un espace de peuplement :
sa très faible population ne s’accroîtra que
dans le contexte de la découverte d’or dans les
années 1890 et l’Alaska ne deviendra un État
qu’en 1959.
En fait, son acquisition ne constituait qu’une
des étapes de la politique imaginée par
William H. Seward, le secrétaire d’État de
Lincoln puis de Johnson. Durant la guerre de
Sécession, il n’avait pu que constater le jeu
des puissances européennes qui, à l’exception
de la Russie, avaient, par-delà leur neutralité
officielle, plutôt soutenu la Confédération dans
l’espoir de contenir la puissance américaine.
L’intervention française au Mexique, au
mépris de la doctrine Monroe, avait souligné
l’état de faiblesse internationale du pays. Son
objectif est, dès lors, de renforcer la puissance
de l’Union dont le prestige international
constituerait, à son tour, un facteur de cohésion
nationale. Dans cette perspective, l’expansion
territoriale ne doit pas se limiter au seul
continent. Associant expansion mondiale,
prospérité et puissance, il considère, à l’instar
des Européens, que les Américains doivent
saisir toutes les opportunités pour s’affirmer
dans le jeu international11.

Jusque-là, les territoires intégrés étaient
géographiquement dans la continuité des
frontières officielles. L’intégration dans l’Union
conférait les mêmes droits institutionnels et
individuels au nouvel État et à ses habitants.
Soit, comme la Louisiane en 1801 ou la Floride
en 1819, ils étaient officiellement achetés à
une puissance étrangère. Soit l’annexion était
précédée d’une occupation par des citoyens
américains dont la densité et le niveau
d’organisation sociale et institutionnelle
justifiaient la candidature à l’intégration dans
l’Union comme ce fut le cas pour l’Oregon et a
fortiori le Texas, devenu indépendant avant de
postuler à l’Union.

L’acquisition de l’Alaska en 1867 marque une
rupture essentielle dans la logique d’expansion
héritée de la naissance de la République. Quand
bien même il se situe sur le continent, le nouveau
territoire n’est pas adjacent à la frontière. Pour
la première fois, le territoire n’est pas présenté
comme un prolongement naturel du pays
mais comme une position stratégique, à la fois
pour se défendre d’un impérialisme extérieur,

11 Fareed Zakaria, From Wealth to Power. The Unusal
Origins of America’s World Role (Princeton: Princeton
University Press, 1998), p. 57-67; Richard H. Immerman,
Empire for Liberty. A History of American Imperialism

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Seward n’entend pas limiter l’expansion des
États-Unis à l’espace continental12. Certes celuici demeure l’épicentre de l’Empire auquel,
à terme, Canada ou Mexique se joindraient
« inévitablement », aspirés par la puissance
américaine. L’achat de l’Alaska à la Russie
est donc la première étape du projet. Mais il
s’efforce surtout d’offrir à son empire naissant
les moyens de son expansion. Dans le Pacifique,
c’est l’annexion de l’île déserte de Midway,
port indispensable au déploiement de la Navy
vers Hawaï pour laquelle Seward recommande
l’annexion, ou à défaut, la signature d’un traité
commercial qui en constituerait la première
étape. Soutenu notamment par le Monroe
Doctrine Committee, il cherche à contrôler les
Caraïbes en proposant d’annexer ou au moins
d’établir un protectorat sur Saint-Domingue,
Haïti, Puerto Rico ou Cuba. Il envisage même
de ratifier un accord avec le gouvernement
colombien pour établir un contrôle de l’isthme
de Panama.

révéla un échec, ce fut avant tout en raison
de l’opposition du Congrès animée par le
sénateur républicain Charles Sumner. Fervent
abolitionniste et partisan de la Destinée
Manifeste qui devrait étendre les États-Unis
à Cuba et même au Canada, le tout puissant
président de la Commission des Affaires
étrangères du Sénat de 1861 à 1871 n’en
est pas moins un des premiers opposants au
président Johnson contre lequel il mène la
campagne de l’impeachment. Son acharnement
contre Seward, dont il rejette aussi toutes
les nominations de diplomates, se justifie
par son hostilité envers toute modification
de l’équilibre des pouvoirs entre les corps
législatif et exécutif. Or, depuis l’achat de
la Louisiane, toute extension territoriale
a renforcé l’autorité de la Maison Blanche
puisque ces nouveaux espaces relèvent
directement du pouvoir fédéral et de l’armée.
C’est dans cette logique que le Sénat empêche
l’acquisition des îles Vierges possédées par le
Danemark, vouant à l’échec toute la stratégie
de Seward et paralysant tout projet impérial.

Rejetant la conquête militaire du modèle
colonial européen, sa politique repose
sur l’acquisition ou la négociation, seule
démarche compatible avec les valeurs
nationales auxquelles il demeure attaché,
et qui s’avérerait moins coûteuse qu’une
guerre et une occupation. Si sa politique se

L’empire pour la Liberté

L’idée d’une expansion vers les Caraïbes
et l’Amérique latine n’est pas abandonnée
pour autant. La proclamation de la doctrine
Monroe, en 1823, avait signalé les ambitions
– alors dépourvues de moyens – des ÉtatsUnis. En 1848, John O’Sullivan, fort du
succès médiatique de son concept, avait

from Benjamin Franklin to Paul Wolfowitz (Princeton:
Princeton University Press, 2010), p. 98-127.

12 Walter Nugent, Habits of Empire. A History of American
Expansion (New York: Albert A. Knopf, 2008), p. 240-244.

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écrit au secrétaire d’État, James Buchanan,
pour l’encourager, après la victoire contre le
Mexique, de céder « à l’inévitable nécessité »
de s’emparer de Cuba13. Succédant à Johnson,
Grant envisage logiquement de soutenir
le peuple cubain dans sa lutte contre les
Espagnols. La crainte d’une guerre contre
l’Espagne refroidit alors les ardeurs tout
autant que le débat sur des conséquences
de l’annexion d’un territoire esclavagiste. En
1869, Grant propose alors d’acquérir l’île de
Saint-Domingue, mais essuie un rejet du Sénat.
Le débat porte sur la question de l’esclavage
dans l’île dont l’abandon, politiquement
indispensable, ruinerait toute la valeur. Mais
il comporte aussi, pour la première fois, une
dimension anti-impériale. Pour justifier son
opposition, Sumner dénonce le caractère
colonialiste d’un projet qui est non seulement
antirépublicain mais aussi une « offense » au
principe fondateur de l’Union, principe rejetant
l’idée d’un gouvernement qui ne repose pas
sur le consentement des gouvernés14. La
victoire de Sumner est éphémère puisque
Grant obtient son retrait de la Commission du
Sénat, affaiblissant progressivement le camp
anti-impérialiste.

l’opinion se rallie au courant progressiste
qui défend l’idée d’un pouvoir exécutif
renforcé, une série de crises en Amérique
latine conduit les États-Unis à réaffirmer
leur stratégie défensive sur le continent et
des velléités impériales. En 1895, le soutien
au Venezuela dans un conflit avec la GrandeBretagne débouche sur une humiliation du
président Cleveland, ignoré par Londres. Son
secrétaire d’État, Richard Olney, rappelle
alors l’attachement à la doctrine Monroe,
fût-ce au prix d’une guerre que les ÉtatsUnis ont désormais les moyens de mener. Si
la réponse anglaise tend à récuser la validité
de la doctrine Monroe, l’accord subitement
trouvé pour résoudre ce malaise manifeste
la reconnaissance, de fait, de la suprématie
américaine sur le continent américain15.

La crise ouverte avec la Grande-Bretagne aura
de multiples conséquences contradictoires.
Le renforcement de l’anglophobie dans une
partie de la population va se traduire par
un rejet des pratiques impérialistes des
Européens auxquelles le pays pourrait céder.
Mais, dans le même temps, elle va renforcer un
fort courant nationaliste marqué par le mépris
international dont souffre la nation. La volonté
de reconnaissance par les Européens pénètre
alors les milieux politiques à Washington et les
conduit à se positionner dans ce qui apparaît
comme l’apanage des Européens et une source

Deux décennies plus tard, alors que des
problèmes économiques dominent et que
13 Lawrence Peskin, Edmund Wehrle, America and the
World. Culture, Commerce, Conflict (Baltimore: The
Johns Hopkins University Press, 2011), p. 127.

15 Ernest May, Imperial Democracy: The Emergence of
America as a Great Power (New York: Harcourt, Brace
and World, 1961), p. 3-6.

14 Frank Ninkovich, “The New Empire”, in Kimberley Kagan,
ed., The Imperial Moment (Cambridge Mass: Harvard
University Press), p. 145.

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L’empire de la Liberté ou le déni d’Empire américain

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de puissance internationale : la constitution
d’un véritable empire16.

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Mais l’opinion publique grisée par le succès,
adhère à la vision de la faction nationaliste,
dont Woodrow Wilson et Theodore Roosevelt,
qui pousse à une annexion au nom de l’intérêt
du pays dans le contexte de compétition
internationale. Un consensus est trouvé dans
la continuité de la double démarche de Monroe
et de la Destinée Manifeste. Il tend à perpétuer
les vertus de l’expérience nationale et leur
originalité au regard des autres puissances
européennes. Les États-Unis préservent
l’indépendance des Philippines, et a fortiori de
Cuba, en garantissant leur protection contre
l’impérialisme, et les aident à développer
des institutions et un système économique
et social qui leur permettra de jouir de cette
indépendance. Ainsi, le maintien des ÉtatsUnis est-il justifié par la mission historique
de la nation de propager la liberté en aidant
les pays qui accèdent à l’indépendance à se
réformer et se moderniser.

L’intervention américaine à Cuba va en fournir
l’opportunité. En pleine période électorale
et sous pression de l’opinion publique, le
président McKinley était intervenu pour
soutenir la population cubaine au nom de
la doctrine Monroe. Le rejet catégorique de
la doctrine par l’Espagne, plus encore que la
destruction d’un navire américain en rade de
La Havane, pousse le Congrès à lui déclarer la
guerre en avril 1898 ; non sans avoir refusé
préventivement toute annexion de Cuba. En
mai, la flotte américaine porte l’estocade à
l’Espagne en étendant le conflit aux Philippines
qui sont occupées, alors qu’Hawaï est annexée,
symbolisant l’élargissement de la Destinée
Manifeste au Pacifique.

La question du statut des Philippines acquises
lors du traité de Paris (1898) renouvelle alors
le débat sur la nature même de l’empire de la
Liberté. Une ligne de fracture se dégage entre
partisans de l’exceptionnalisme et partisans
d’un renforcement de la République sur le
modèle impérial européen. Pour la Ligue
anti-impérialiste, les États-Unis, première
nation décolonisée de l’histoire, ne peuvent
devenir à leur tour un pays colonialiste17.
16 Frank Ninkovich, Global Dawn. The Cultural Foundation
of American Internationalism, 1865-1890 (Cambridge:
Cambridge University Press, 2009).

17 David Mayers, Dissenting Voices in America’s Rise to
Power (Cambridge: Cambridge University Press, 2007),
p. 190-220.

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La gestion des Philippines, confiée à Elihu
Root, secrétaire à la Guerre, illustre toute
la démarche et son ambiguïté. Après avoir
formé des cadres sur le modèle britannique,
Root insiste sur le fait que le territoire ne
constitue pas une colonie d’exploitation ou
de peuplement. Le rôle de son administration
est de soutenir le développement des élites
locales, par le biais de la scolarisation et de
la création d’infrastructures locales et même
de la formation aux pratiques démocratiques.
Comme à Cuba, la tutelle éphémère est

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Nicolas Vaicbourdt

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L’empire de la Liberté ou le déni d’Empire américain

est protectrice, l’heure n’est plus à la conquête
territoriale mais à l’influence pour ouvrir des
marchés aux capitaux américains, contrôler la
vie politique et la diplomatie.

Toutefois, la renonciation à un empire colonial
n’implique pas pour autant celle d’une tutelle
impériale. Les projets d’indépendance de
Cuba et des Philippines s’accompagnent d’un
contrôle étroit de leurs politiques économique,
étrangère et de défense, dont l’alignement
sur Washington est même inscrit dans les
Constitutions. Les îles de Guam, Samoa ou
Porto Rico, considérées comme incapables de
défendre leurs indépendances, sont appelées à
demeurer des protectorats. Alors que s’ouvre
le siècle, les États-Unis ont définitivement
renoncé au modèle colonial européen auquel
ils vont s’opposer par la doctrine de la Porte
ouverte puis par les positions de W. Wilson et
F. Roosevelt. À défaut de pouvoir se constituer
un empire en propre, les Américains vont
entreprendre de dissoudre les autres.
L’Amérique latine tout comme les îles du
Pacifique vont alors constituer le laboratoire
d’une autre forme d’impérialisme, indirect ou
soft, où les interventions militaires ponctuelles
et l’influence d’une puissance économique
qui entraîne la coopération des élites locales,
à défaut des peuples, vont se substituer au
modèle colonial : un autre modèle d’empire
qui s’organise tout au long du xxe siècle.

18 Julian Go, “The Provinciality of American Empire: Liberal
Exceptionalism and U.S. Colonial Rule, 1898–1912”,
Comparative Studies in Society and History, n° 1 (2007),
p. 74-108.

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garantie par l’annonce de la Cour suprême
que les territoires ne pourront être incorporés
dans l’Union car leurs populations ne sont
pas assimilables et ne pourraient obtenir
la citoyenneté18. L’opposition armée d’une
partie de la population locale exigeant une
indépendance immédiate ne parviendra pas à
faire douter l’opinion publique du bien fondé
de cette posture, en dépit des reportages de
Mark Twain, figure éminente de la Ligue antiimpérialiste, sur la conduite d’une répression
terriblement meurtrière. Seuls le manque
d’enthousiasme d’une opinion publique déjà
rassasiée et la dénonciation croissante du
coût de cette politique maintiendront l’idée de
la nécessité d’émancipation des Philippines.
De fait, l’aventure coloniale a vite perdu le
soutien populaire : la révolte des Boxers en
Chine et les tensions dans le Pacifique avec les
Allemands et les Britanniques ont souligné la
faiblesse des États-Unis qui n’ont pas encore
les moyens militaires pour concurrencer
les puissances européennes dans leurs
stratégies coloniales. En attendant de bâtir
une flotte d’envergure, le nouveau président
Théodore Roosevelt préfère concentrer les
ambitions nationales sur une sphère plus
réduite en Amérique centrale où il impose son
corollaire à la doctrine Monroe. Mais face à des
Républiques indépendantes dont l’Amérique

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