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Le littoral aquitain malade de ses eaux ? - Rue89 Bordeaux

Rue89 Bordeaux
  

Le littoral aquitain malade de ses eaux ?
En avril 2017, le Ceser Nouvelle-Aquitaine a publié un rapport alarmant sur la qualité
des eaux littorales de la région. Quelques mois plus tard, en pleine saison estivale,
nous avons soumis certaines de ses conclusions à des spécialistes et des responsables
politiques. Il y en a qui se discutent, d’autres moins.
Par Walid Salem
publié le 17/08/2017 à 06h00

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C’est la hantise des stations balnéaires. Comme ce 30 juin, au lendemain de fortes pluies qui ont entrainé les eaux souillées des voies bitumées
dans les réseaux d’assainissement poreux et mal entretenus, les communes de Royan, Saint-Georges-de-Didonne et Vaux-sur-Mer ont du
prendre des arrêtés interdisant la baignade le long de leurs plages et même, pour Royan, la pratique des activités nautiques à partir du rivage.
L’impact d’une interdiction n’est pas anodin, surtout en début de saison
estivale. C’est, à coup sûr, du plomb dans les ailes d’une activité
touristique en plein envol. Une telle sanction peut engendrer un recul
de la fréquentation et, effet boule de neige, la chute des chiffres
d’affaires des activités saisonnières. Une conséquence fatale si
l’interdiction s’éternise.
A Royan, Saint-Georges-de-Didonne et Vaux-sur-Mer, l’interdiction a
été levée quatre jours plus tard, le 3 juillet, après que chaque
commune ait fourni de nouvelles analyses rassurantes. Pour tout le
monde, estivants comme commerçants, tout est rentré dans l’ordre.

Les retombés du tourisme
Du Verdon à Hendaye, selon l’enquête clientèle 2016 du Comité
régional du tourisme, la fréquentation touristique génère 5,8
millions de séjours et 43 millions de nuitées. Avec une durée
moyenne de séjour de 7,4 jours et une dépense moyenne de
55,30€, la dépense est de 2,38 milliards d’euros sur le littoral
aquitain.

Pourtant, à en croire le rapport du Conseil économique, social et environnement régional (Ceser) Nouvelle-Aquitaine, les communes,
communautés de communes ou agglomérations, qui sont en charge de la surveillance des zones de baignade au sens de la directive
2006/7/CE, appliquent une procédure qui peut porter à confusion : « Il existe un décalage entre la qualité réelle du milieu et le classement des
zones baignade. »

De nouveaux marqueurs
La directive européenne laisse aux communes le soins de réaliser les analyses des eaux selon un cahier des charges qui est ensuite soumis à
l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine qui valide ou non la qualité des zones de baignade. Or, le Ceser préconise, en vue de la
révision de la directive européenne en 2020, d’élargir les critères des analyses et d’y intégrer de nouveaux marqueurs.
« On veut cumuler plusieurs notions, mais les analyses vont coûter plus cher », prévient Jean Jaouen, directeur de la santé publique à l’ARS
Nouvelle-Aquitaine. Interrogé par Rue89 Bordeaux, il précise :
« Lorsqu’on met en place un contrôle, notre préoccupation est de s’assurer qu’il n’y a aucun risque pour la santé du baigneur à travers
certains critères. Ce ne sont pas des critères qui fournissent une interprétation large du milieu mais garantissent que le baigneur n’encourt
aucun risque. Avoir une notion de la qualité globale des eaux est utile, mais on est totalement dans une autre approche. »
La directive actuelle permet l’établissement d’un « profil » pour chaque site selon des normes de qualité (qualité excellente, bonne, suffisante
ou insuffisante des eaux de baignade). Depuis 2015, toutes les eaux de baignade doivent être de qualité sanitaire au moins suffisante, pratiquer
des contrôles réguliers et prévoir un affichage sur la qualité sanitaire des eaux de baignade et de faire connaître les types et les sources de
pollutions potentielles.
De plus, en cas de pollution, un drapeau violet doit être hissé pour indiquer une baignade interdite. Le rapport du Ceser Nouvelle-Aquitaine
mentionne qu’il n’est pas utilisé partout et sa signification est encore mal intégrée par le public.

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Le littoral aquitain a connu l’augmentation la plus importante en France de sa population (WS/Rue89 Bordeaux)

Le boom du hinterland
Industrielles, agricoles, humaines, biologiques… les sources de pollution des eaux littorales sont nombreuses. Le 20 juin au Conseil régional, le
rapporteur du Ceser Nouvelle-Aquitaine, Dominique Chevillon, en a présenté les grandes lignes dans le cadre d’ « une démarche cohérente
face aux risques naturelles, dont la qualité des eaux du littoral », « adoptée à l’unanimité à la plénière du 6 avril 2017 ».
Premier de la liste : le boom du hinterland. Espace de vie et d’activités pour plus 800 000 habitants, le littoral de la façade Sud-Atlantique qui
compte 720 kilomètres de côte en incluant le littoral des îles de Charente-Maritime est un espace attractif où la population est en constante
augmentation : +10% entre 1999 et 2011 (contre +7,9% à l’échelle nationale).
Cette augmentation n’est pas seulement liée à l’activité touristique. Les communes du littoral représentent un véritable attrait pour de
nombreux retraités qui constituent les 2/3 des habitants sur les côtes. Cette population développe considérablement le tissu économique de
proximité. Celui du littoral aquitain dépend majoritairement de l’économie résidentielle : près de 65 % des établissements du littoral et 49 %
des salariés.
L’activité de cette population et les activités qui lui sont inhérentes participent aux atteintes à la qualité de l’eau. L’eau venant de cet hinterland
véhicule en effet la majeure partie de la pollution se retrouvant dans les eaux littorales.
« Nous vivons le tout-à-la-mer, explique Dominique Chevillon, jusqu’à 90 % des nuisances viennent du terrestre. Le contexte nouveau est
celui du au réchauffement climatique, il y a moins d’eau et plus de concentration de nuisance. »
« Il faut prendre les problèmes à la base, reconnait Françoise Coutant, vice-présidente du conseil régional. Le climat a un impact très fort sur la
faune et la flore en général. » L’élue EELV, qui veut « traduire les ambitions dans les actes », attend la fourniture à la fin de l’année des travaux
d’Acclimaterra, le comité scientifique régional présidé par le climatologue Hervé Le Treut. « Ce qui nous permettra de croiser les deux
études. »

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Les multiples formes de dégradation des eaux littorales (Source Ifremer)

Une eau douce rare et contaminée
Dans le contexte de raréfaction de l’eau, le rapport souligne les conflits d’usage. Ces conflits concernent, pour certaines zones littorales, les
activités économiques de l’amont (agriculture, industrie,…) et de l’aval (productions conchylicoles, activités balnéaires), mais aussi
l’alimentation en eau potable et la sécurité de l’approvisionnement lors notamment des périodes touristiques.
« L’eau douce est essentielle aux écosystèmes, explique Dominique Chevillon. La mise à disposition d’une eau en quantité et en qualité
suffisante ainsi que l’accès à l’espace littoral constituent ainsi des enjeux majeurs. Or, les volumes d’eau douce diminuent, et le taux de
nuisances et de pollution augmentent du fait de leur concentration. »
Le eaux littorales, étant définies par les masses d’eau de transition qui viennent des rivières et des estuaires, constituent « une véritable lisière
entre le monde terrestre et marin, c’est là où la concentration de la vie est importante : les poissons y pondent, et il y a suffisamment de
lumière pour permettre une croissance ».
Vital Baude, élu EELV-Bassin d’Arcachon et délégué au Littoral de la région Nouvelle-Aquitaine, approuve ces « connaissances qui étaient déjà
les [siennes] » et appelle à « creuser l’articulation entre terre et mer ». Comment ? « Il faut coordonner les acteurs liés à la gouvernance de
l’eau. Ce rapport m’a fait prendre conscience sur la multiplicité de ces acteurs. »

Les services de l’état pointés du doigt
Justement, dans ce rapport, cette multiplicité est critiquée. Elle provoquerait « des insuffisances et des blocages ». « Des égoïsmes existent ! »,
insiste Dominique Chevillon :
« Il y a un manque de concertation entre les services sur les contrôles bactériologiques : département, Ifremer… Il y a des sources très
variées des données et, par ailleurs, une insuffisance dans certaines analyses. »
Mais, ce qui semble le plus alarmant, c’est « le silence de l’état ou des collectivités sur des sujets car les enjeux sont considérables et parce
qu’on est dans une culture où on ne donne pas forcément l’information » !
Dans son rapport, le Ceser exprime son inquiétude sur la transparence et l’accessibilité aux données et leur validation par la puissance
publique, mais aussi ses interrogations quant à aux éventuelles redondances de données et d’analyses, leur compilation, leur partage et leur
exploitation.

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S’agit-il de dépenser plusieurs budgets pour réaliser plusieurs fois la même étude ? A la Direction régionale de l’environnement, de
l’aménagement et du logement (DREAL) Nouvelle-Aquitaine, on s’étonne de cette hypothèse. Cécile Le Gal, chargée de mission, explique :
« Il ne peut pas y avoir de double financement. On manque de crédits et c’est un point de vigilance, un point central dans la gestion des
budgets. Il y a des compléments de financements pour des compléments d’études, mais des contrôles budgétaires sont faits régulièrement,
il n’y a pas de doute. »
Françoise Coutant « demande à vérifier si les études portent sur le même sujet ».

Les ports sont soumis à des opérations fréquentes de dragage source d’une pollution « physique » selon le Ceser (WS/Rue89 Bordeaux)

Positions opposées sur le dragage
La pollution des eaux prend également une forme « physique » : les opérations de déroctage et de dragage des chenaux de navigation. Cellesci consistent, pour la première, à creuser les fonds rocheux marins et, pour la seconde, à déplacer les vases sous l’eau par de puissants jets
d’eau entre le trajet de navigation et les zones latérales de l’estuaire, provoque une remise en suspension de particules contaminées. Les
vases de dragage sont souvent chargées de polluants.
« Aujourd’hui aucune réglementation ne prend en compte les nuisances environnementales issues des déroctages, alerte le rapport. […]
Cette contamination peut aller très loin de son lieu d’origine du fait d’une sédimentation d’autant plus lente que les particules sont fines.
Parmi les polluants particulaires il ne faut pas oublier les microparticules plastiques que l’on retrouve partout depuis qu’elles sont
recherchées et en particulier dans les mollusques. »
En réponse, Cécile Le Gal rappelle que « l’État donne une autorisation pour un plan de dragage qui fait l’objet d’une étude d’impact » :
« La préfecture délivre un arrêté pouvant aller jusqu’à 10 ans autorisant les opérations de dragage une fois la qualité environnementale des
matériaux issus de ces opérations vérifiée sous la tutelle du ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de
l’aménagement du territoire. »

« Bombe à retardement »
S’ajoute à cela la pollution chimique avec les métaux lourds et organique due aux engrais agricoles :

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« Il faut également souligner la consommation d’eau dans les pratiques agricoles, précise Dominique Chevillon. Celles-ci sont responsables
d’un apport de nitrates, phosphates, et produits phytosanitaires aux sols. Aujourd’hui, l’atrazine (substance active d’un pesticide, Ndlr) arrive
au littoral. Nous sommes au bout d’un modèle en terme d’utilisation de certains intrants et de pesticides. »
La nouveauté – si l’on peut dire – est l’impact encore inconnu des contaminants hormonaux, médicamenteux :
« Aujourd’hui aucune station ne filtre des produits hormonaux et médicamenteux, ajoute Dominique Chevillon. Ces produits ont une
influence sur le milieu marin. »
« Force est de constater que malgré une conscience de plus en plus grande des risques posés par les rejets des produits médicamenteux,
pharmaceutiques, hormones, etc., aucune détermination des Pouvoirs publics n’existe pour traiter le sujet. On notera de plus que les
recherches universitaires sur ces sujets semblent rares et peu développées », peut-on lire dans le rapport.
« On doit travailler avec le milieu médical », préconise Françoise Coutant qui veut « agir en amont » :
« Nous ne sommes pas dans une société portée sur le préventif, déplore-t-elle. On croit que la recherche va nous sauver de tout, et nous ne
sommes pas prêts pour changer les mentalités. Même au niveau national. Aujourd’hui, on veut rendre 11 vaccins obligatoires au lieu de 3.
Quel intérêt ? Je n’ai pas d’hésitation sur la réponse. »
Toutes ces pollutions combinées peuvent avoir un « effet cocktail » qui constitue « une véritable bombe à retardement » suscitant « des
craintes sur la santé humaine à moyen et long terme ». Mais à court terme, une action efficace semble toujours à court d’idées.

L’huître triploïde, grande oubliée du rapport Ceser
Lancée il y a 20 ans (1997) sans connaître l’impact sur la biodiversité, l’huître triploïde est la grande absente de l’étude du Ceser NouvelleAquitaine qui « suppose que son impact n’est pas important ».
Hasard du calendrier, à l’heure de la présentation au public du rapport du Ceser Nouvelle-Aquitaine en juin 2017, Le Conseil économique, social et
environnemental (Cese) national adoptait en séance plénière un avis intitulé « Fermes aquacoles marines et continentales : enjeux et conditions
d’un développement durable réussi ». Dans cet avis, ses deux rapporteuses, Élodie Martinie-Cousty et Joëlle Prévot-Madère, jugent l’aquaculture
française « déplorable » et la mytiliculture « en grave danger », estimant que la conchyliculture était « un modèle à revoir ». Dans cette dernière
filière, « le nombre d’exploitants a diminué de 24% entre 2001 et 2012 à la suite de la dégradation des conditions d’élevages et des épizooties ».
Parmi les 51 mesures (dont certaines ont le goût du déjà vu : l’étiquetage des huîtres triploïdes, un meilleur contrôle des écloseries…), une étude
sur les « surdensités » ou « les transferts réguliers de coquillages » est réclamée, causes, selon les rapporteuses, de « la vulnérabilité de la filière ».
En effet, « la sélection génétique a conduit à la mise au point d’huîtres triploïdes, dites “huîtres des quatre saisons” […] quasiment stériles donc
non laiteuses et avec une croissance plus rapide (2 ans au lieu de 3) ». La volonté est d’augmenter la production et, par là même, la rentabilité. De
ce fait, l’avis adopté par le Cese s’alarme de plusieurs phénomènes :
« La recherche de sites plus propices en vue d’une meilleure productivité peut conduire à une exposition plus grande à certains risques
climatiques et surtout sanitaires. Les pratiques et usages des professionnel.le.s à travers les différentes manipulations, les densités et les
transferts des cheptels intra ou inter bassins, peuvent ainsi être à l’origine d’une prolifération plus rapide des épizooties. »
Des épizooties qui pourraient être à l’origine des surmortalités anormales, un des phénomènes qui a motivé le Ceser Nouvelle-Aquitaine à mener
son rapport.

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