Frithjof Schuon Regards sur les Mondes Anciens.pdf


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quer ici la « loi de la jungle », même en ce qu’elle peut avoir
de biologiquement inévitable et partant de légitime ; il faut
tenir compte aussi, et même avant tout puisqu’il s’agit
d’êtres humains, du fait que chaque civilisation ancienne vit
comme sur un souvenir du Paradis perdu et qu’elle se présente - en tant que véhicule d’une tradition immémoriale ou
d’une Révélation qui restaure la « parole perdue » - comme
le rameau le plus direct de l’« âge des Dieux ». C’est donc
chaque fois « notre peuple » et non pas un autre qui perpétue
l’humanité primordiale au double point de vue de la sagesse
et des vertus ; et cette perspective, il faut le reconnaître, n’est
ni plus ni moins fausse que l’exclusivisme des religions ou,
sur le plan purement naturel, l’unicité empirique de chaque
ego. Bien des peuplades ne se désignent pas elles-mêmes par
le nom que leur donnent les autres, elles s’appellent simplement « le peuple » ou « les hommes » ; les autres tribus sont
« infidèles », elles se sont détachées du tronc ; c’est grosso
modo le point de vue de l’Empire romain aussi bien que de
la Confédération des Iroquois.
Le sens de l’impérialisme antique, c’est d’étendre un
« ordre », un état d’équilibre et de stabilité en conformité
d’un modèle divin qui se reflète du reste dans la nature, dans
le monde planétaire notamment ; l’empereur romain, comme
le monarque de l’« Empire céleste du Milieu », exerce son
pouvoir grâce à un « mandat du Ciel ». Jules César, détenteur
de ce mandat et « homme divin » (divus)\ avait conscience
1. « Voilà l’homme, voilà celui dont tu as si souvent entendu l’arrivée
promise, César Auguste, fils d’un dieu, qui fondera de nouveau l’âge d’or
dans les champs où Saturne jadis a régné et qui étendra son empire jusque
sur les Garamantes et sur les Indiens » (Enéide VI, 791-795). César a
préparé un monde pour le règne du Christ. - A noter que Dante place
les meurtriers de César au plus profond de l’enfer, ensemble avec Judas.
- Cf. Divus Julius Cœsar, d’Adrian Paterson, dans les Études Traditionnelles,
juin 1940.