Frithjof Schuon Regards sur les Mondes Anciens.pdf


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de la portée providentielle de sa mission ; à son sens, rien
n’avait le droit de s’y opposer ; Vercingétorix était pour lui
une sorte d’hérétique. Si les peuples extra-romains étaient
considérés comme « barbares », c’est avant tout parce qu’ils
se situaient en dehors de l’« ordre » ; ils manifestaient, au
point de vue de la pax romana, le déséquilibre, l’instabilité,
le chaos, la menace permanente. Dans la Chrétienté (corpus
mysticus) et l’Islam (dâr el-islâm), l’essence théocratique de
l’idée impériale apparaît nettement ; sans théocratie, pas de
civilisation digne de ce nom ; cela est tellement vrai que les
empereurs romains, en pleine désagrégation païenne et depuis Dioclétien, éprouvèrent le besoin de se diviniser ou de
se laisser diviniser, en s’attribuant abusivement la qualité du
conquérant des Gaules descendant de Vénus. L’idée moderne de « la civilisation » n’est pas sans rapport, historiquement, avec l’idée traditionnelle de l’« empire » ; mais
l’« ordre » est devenu purement humain et tout profane
comme le prouve du reste l’idée de « progrès », laquelle
est la négation même de toute origine céleste ; en fait, la
« civilisation » n’est que du raffinement citadin dans le cadre
d’une perspective mondaine et mercantile, ce qui explique
son hostilité envers la nature vierge autant qu’envers la
religion. Selon les critères de « la civilisation », l’ermite
contemplatif - qui représente la spiritualité humaine en
même temps que la sainteté de la nature vierge - ne peut être
qu’une sorte de « sauvage », alors qu’en réalité il est le
témoin terrestre du Ciel.
Ces considérations nous permettent de faire ici quelques remarques sur la complexité de l’autorité dans la Chrétienté d’Occident. L’empereur incarne, en face du pape, le
pouvoir temporel, mais il y a plus : il représente aussi, du fait