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catalanes ont une fois de plus favorisé la représentation des zones rurales, celles qui sont le plus
acquises au vote séparatiste.
Malgré tout, cela n’a pas empêché un parti farouchement unioniste, Citoyens (Ciudadanos),
d’arriver en tête à la fois en nombre de bulletins (plus d’un million cent mille) et en nombre de
sièges (37). Il s’agit d’une victoire des unionistes puisque la tête de liste de Citoyens, Inés
Arrimadas, est désormais la personnalité la plus représentative des Catalans, devant Carles
Puigdemont ou Oriol Junqueras. C’est aussi une grande première car, dans l’histoire électorale
catalane depuis 1977, aucun parti ouvertement constitutionnaliste n’avait réalisé cet exploit
(majorité en voix et en sièges). Les dirigeants séparatistes doivent savoir ce que cela signifie
mais ils continueront probablement à faire comme s’ils avaient reçu un mandat univoque du
peuple catalan, qui s’opposerait frontalement aux autorités centrales espagnoles. La victoire de
Citoyens, même si elle ne permettra probablement pas aux unionistes de former un
gouvernement en Catalogne, a servi à pulvériser le mythe du peuple unique. Notons au passage
que cette rhétorique d’un sol poble (« un seul peuple », en catalan), que l’on retrouve
communément chez les indépendantistes, n’est pas sans rappeler certains passages de l’histoire
européenne – et pas précisément les plus à gauche.
Il y aurait beaucoup à dire sur les conséquences de ces élections. Au niveau national, le très
mauvais résultat du Parti populaire (PP), c’est-à-dire de la formation du président du
gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, est un désaveu pour le chef de l’exécutif, mais nous y
reviendrons sans doute. Ce triomphe d’Inés Arrimadas, qui était prévu mais dépasse toutes les
prédictions des sondages, est aussi un potentiel tremplin pour le président du parti Citoyens,
Albert Rivera. Ce dernier cultive en effet depuis plusieurs mois l’idée que, contrairement aux
deux grandes formations de gouvernement (Parti populaire et Parti socialiste ouvrier espagnol),
Ciudadanos n’a jamais pactisé avec les indépendantistes et ne leur a jamais fait de concessions
pour tenter de les apaiser momentanément. Les électeurs (dont une partie des votants du PP)
suivent Rivera sur cette affirmation. C’est précisément parce qu’il représente la compromission
avec les baronnies locales que Mariano Rajoy a été indirectement sanctionné ce 21 décembre.
C’est aussi parce que beaucoup d’unionistes ne lui pardonnent pas d’avoir organisé ce scrutin
aussi rapidement, en ayant appliqué de façon légère et expéditive l’article 155 de la Constitution
(qui prévoit la suspension temporaire de l’autonomie d’une région) et en ayant refusé de
ramener un peu d’objectivité dans les médias régionaux et l’instruction publique catalane qu’ils
se sont détournés de lui.
Le message est le même pour la gauche. Certes, le candidat du Parti des Socialistes catalans
(PSC), Miquel Iceta, a gagné un siège au Parlement régional mais cette progression est très endeçà de ce qu’il pouvait espérer. En réalité, le PSC n’échappe pas à la crise de la socialdémocratie espagnole (qui s’exprime aussi à l’échelle européenne) et il ne peut masquer les
petits arrangements qu’il passait il y a moins de quinze ans avec la Gauche républicaine de
Catalogne (ERC), l’un des deux grands partis séparatistes, pour obtenir le pouvoir à Barcelone.
Quant à Podemos, il a subi une lourde défaite via sa « confluence locale », En Comú-Podem.
C’est un démenti cinglant à l’idée que la majorité silencieuse en Catalogne était prête à transiger
avec les indépendantistes tout en rejetant la sécession en tant que telle. Pablo Iglesias, premier
secrétaire de Podemos, a sacrifié une partie de son électorat (qui le fuit désormais) au niveau
national pour essayer de se renforcer dans son principal fief régional, la Catalogne. Il est perdant
sur les deux tableaux.
Quoi qu’il en soit, la communauté autonome est plus divisée que jamais, chaque camp (les
unionistes et les indépendantistes) s’étant radicalisé. Tous ceux qui proclament que les
sécessionnistes représentent la majorité se trompent lourdement ou mentent de manière éhontée
: c’est faux d’un point de vue arithmétique et, plus encore, sociologique. Les promoteurs de la
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