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1.ROMANCE STORY .pdf



Nom original: 1.ROMANCE STORY.pdf
Auteur: jarry benoit

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Benoit JARRY

Histoire d’un bateau d’intérêt
Patrimonial Français

COTRE MARCONI - 1934

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Remerciements.
La reconstitution de l’histoire de Romance a nécessité de nombreuses
recherches et contacts auprès d’organismes et d’anciens propriétaires de ce
voilier d’exception.
Ainsi, plusieurs personnes ont énormément aidé à l’écriture de cette
présentation.
Florence Jarry-Viard, généalogiste bretonne de renom qui a permis
d’apporter les preuves de certains pans de l’histoire et a passé beaucoup de
son temps sur les recherches documentaires,
Serge Sourd nous a transmis de nombreux documents d’époque, un
témoignage ainsi que des photos inédites et précieuses,
André Costantini, 6ème propriétaire a permis la mise en relation d’anciens
propriétaires avec l’actuel,
Sans oublier le concours d’Anne Halna du Fretay, 5ème propriétaire
Chacune de ces personnes entretient un lien affectif particulier avec
Romance. Qu’elles et ils soient remercié(e)s pour leur participation.

Notice de lecture :
Vous trouverez au fur et à mesure de la lecture des ilustrations, créditées et
légendées lorsque cela fut possible.
Plusieurs fac-similés de documents sont annexés à la fin d’ouvrage et notés
comme suit : (annexe N°…) dans le texte.
Enfin, des notes de lecture sont également disponibles à la fin de l’ouvrage
et notées, par exemple, comme suit : *3 dans le texte.

2

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

« Derrière chaque romance se cache une tragédie ».
John Galliano
C’est au cours de l’été 2017 que Romance fit son apparition dans la vie de
son nouveau propriétaire. Le bateau mouillait sur la côte d’Azur depuis
quelques années. Il se trouvait au Quai zéro de la Marina Baie des Anges, cet
ensemble immobilier à l’architecture étonnante et visible à des kilomètres
créée par Jean Marchand.
A la suite d’ennuis de santé survenus durant l’hiver, Pierre Sykora décida de
quitter son bel appartement du Vieux-Nice qu’il avait lui-même entièrement
rénové, pour acheter un bateau. Mettre les voiles au sens propre, comme au
figuré. Une page devait être tournée pour cet artiste, sculpteur et musicien.
Au cours de ses recherches dans les ports de la côte d’azur, en ce mois de
juillet 2017, il visita Romance. Le bateau lui plut, un peu comme lorsqu’on
tombe sur une évidence. Le voilier n’était pas très en forme. Il semblait en
convalescence, un peu comme lui. Le propriétaire du moment connaissait
des difficultés professionnelles et remettre le bateau en état lui était difficile.
Il devait s’en séparer et le confier à quelqu’un qui pourrait aider cette dame
de 83 ans.
Pierre Sykora l’acquit donc en juillet 2017, charmé par les courbes et
l’authenticité de ce côtre. Ancien antiquaire, amoureux d’objets ayant un
passé, une histoire, Pierre Sykora ne put résister à ce bateau de 8 tonneaux,
en chêne, teck et acajou.

Pierre Sykora et sa fille Maoni sur Romance.
Juillet2017.
©Benoit Jarry 2017

3

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Histoire de Romance et de ses
propriétaires
L’origine.
Romance a été conçue et fabriquée dans les chantiers de la Liane à Boulogne
sur mer (annexe 1 et 1.1.). Le yacht est sorti de ces ateliers le 13 juin 1934.
Le jour même de sa livraison, le bateau baptisé St-Georges durant toute sa
construction fut définitivement rebaptisée Romance. (Annexe 1.2 et 1.3). Le
choix de ce nom ne semble pas anodin. C’est très probablement son
propriétaire, M. Désiré Willocq qui lui donna ce nouveau nom de navigation.
Pour quelle raison ?....nous le saurons plus tard.
Mais quel nom magnifique, énigmatique ! Voici un premier mystère que
nous voulions résoudre.

Chantiers de la Liane, Agence de Marseille. Année ?

4

©F.

Viard

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Chantiers de la liane entre 1935 et 1939.

5

©S.

Sourd

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Après quelques recherches sur les chantiers de la Liane, nos interrogations
nous ont conduits à suivre la piste Willocq. Quel homme a pu s’offrir ce
bateau, le faire concevoir, et naviguer avec durant plus de 26 ans ?
1. Désiré Willocq est né Né le 05 Septembre 1882 à Paris. Il est décédé le 20
novembre 1960 à Créteil (94) (Annexe 2). Il vécut 78 ans. Il était le fils de
Jacques Désiré Willocq, un lanternier de la région de Bondy en Seine-StDenis.
Ce dernier, fabricant de lanternes fonda la société Willocq-Regnault,
fabricant réputé à la fin du 19ème siècle de phares de voitures et bateaux
avant de racheter et poursuivre en 1912 l’activité de la marque Ducellier en
associant Jacques Désiré Willocq (père), Désiré Willocq (fils) et FrançoisHenri Regnault (Annexe 3).
En effet, après le décès des fondateurs de la marque Ducellier, la pérennité a
été assurée en 1911 par la création de la Société en Commandite Willock,
Régnault et Cie sous la dénomination : « PHARES DUCELLIER »
La saga Willocq débuta à cette période, permettant à Désiré Willocq
d’acquérir une certaine fortune, suffisante en tout cas pour s’offrir un rêve.
Cette période marque aussi le début des projecteurs électriques, et la
participation de DUCELLIER aux productions intéressant la Défense Nationale
amèna la Société à fabriquer, à partir de 1916, des démarreurs, dynamos et
autres accessoires.
PHARES DUCELLIER se transforma en 1918 en S.A. des Ets DUCELLIER, ce qui
marqua le début d’une longue période d’absorptions et de prises de contrôle
aboutissant en 1984 à l’intégration de Ducellier dans Valéo, important
groupe équipementier côté au CAC 40. *1 et *3.
A ce moment, et après des décennies d’expansion, les ateliers de Bondy,
chantiers gigantesques de Seine st Denis, propriété de l’entreprise et fleuron
de la marque, ont fermé leur portes et sont resté en friche dans les années
70 avant qu’un promoteur ne rachète les terrains pour y construire 97
pavillons.

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Disparu une décennie plus tôt, Désiré Willocq n’assista pas au déclin de sa
société qui reste aujourd’hui une marque de grande qualité, prisée des
collectionneurs.
Ducellier au début du XXème siècle et durant plusieurs décennies, était donc
un équipementier automobile de renom, travaillant pour des marques de
prestige comme Panhard (et plus tard Renault). Une marque de qualité
(Annexe 4) malgré des épisodes douloureux tels que celui du 18 mars 1916. Ce
jour-là, l’incendie d’une autre usine de la société, celle du faubourg St
Martin fit sept victimes. Les 3 dirigeants de l’entreprise, poursuivis pour
homicide par imprudence, dont Désiré Willocq, ont été acquittés. (Annexe 5).
Désiré Willocq était donc dirigeant de cette grande société tandis que le
monde traversait la Grande Guerre, puis plus tard, la seconde guerre
mondiale. Travailleur, il devint ingénieur (sur l’annexe 2 sa profession
mécanicien est raturée au profit d’ingénieur !) et développa la renommée de
cette marque.

©Eric Vanstaen

7

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Au fur et à mesure des recherches sur cet homme, il devenait évident de
constater que Désiré Willocq, qui a commandé la construction de Romance
et l’a possédé 26 années durant, était un personnage, un entrepreneur, un
passionné. Il a été le propriétaire de Romance depuis la sortie des chantiers
navals de la liane en 1934 jusqu’à quelques mois avant sa mort en
novembre 1960.
Ce bateau n’était donc certainement pas le caprice d’un homme bien-né
mais la fierté d’un travailleur qui devint fortuné à la force de son travail. Nul
doute que Romance devait représenter pour Désiré Willocq, beaucoup plus
qu’une simple réalisation navale.
C’est d’ailleurs probablement pour cette raison, que ce voilier a été construit
pour la course-croisière sur les plans d’un architecte réputé : Talma Bertrand
(1872-1954)*2.

L’ancien gouvernail carré – Année ?
©S.Sourd

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Remorquage de Romance par les pêcheurs de Capraïa à l’ïle d’Elbe, par
temps surperbe. Année ?
©S.

Sourd

Le vieux gouvernail carré
©S.

Sourd

9

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Romance, 1934 ?

©S.

Sourd

Romance, 1934 ?

©S.

Sourd

10

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Romance, 1934 ?

11

©S.

Sourd

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

A 26 ans, seconde noce pour
Romance
Au cours de l’été de cette année 1960, Désiré Willocq se sépara de Romance.
Il vendit le bateau quelques mois avant sa disparition en novembre. Ce
voilier qu’il fit construire et sur lequel il vogua fréquemment (Corse, Italie ?)
devait trouver un nouveau propriétaire. Sentant que sa mort arrivait, Désiré
Willocq, père de 4 enfants ne souhaita probablement pas que cette
construction à laquelle il tenait particulièrement ne puisse sombrer dans une
affaire de succession. Il lui fallait trouver un nouveau propriétaire. Mais pas
n’importe lequel.
Désiré Willocq, industriel réputé, ancien de la Grande guerre devait céder sa
Romance à quelqu’un de confiance, un passionné, un amoureux de beaux
bateaux qui, comme lui, en prendrait soin. Un quart de siècle passé avec
Romance, Désiré Willocq l’a donc vendu trois mois seulement avant son
décès. Et le nouveau propriétaire, cet amateur éclairé, était M. Alexandre
Bordes, 2ème du nom, et quel nom !
2. Alexandre Bordes (Fernand François Joseph / 1896 - 1967)
Alexandre Bordes est le petit-fils d’Antoine-Dominique Bordes (1817-1883)
propriétaire de l’Armement Bordes qui possédait des Grands Voiliers et Caps
Horniers, et le fils d’Alexandre Bordes que nous nommerons Alexandre
Bordes Père à des fins de compréhension, les deux portant les mêmes
prénoms.*4
Antoine Dominique Bordes, est en réalité à l'origine de la vocation maritime
de la famille.
A ce stade de l’enquête sur la vie de Romance et de ses propriétaires, il est
important de s’arrêter sur l’histoire de la famille pour comprendre à quel
point Alexandre Bordes tenait à Romance lorsqu’il l’acquit.

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

La Maison Bordes fut donc fondée par Antoine Dominique Bordes. Compagnie de transport maritime spécialisée dans le transport du nitrate de
soude entre le Chili et la France.
Fils d'un médecin de campagne, il nait dans le Gers, en juillet 1815. Il
effectua ses études secondaires à Bordeaux puis il travailla chez son frère
aîné, qui tenait un commerce de grains et de farine.
Un voyage à Valparaíso, en 1834, a été décisif pour sa carrière : il s'y établit
comme représentant d'un capitaine bordelais, M. Le Quellec. Ils
s'associèrent en 1847 et ont acquis quatre navires en bois pour transporter
du charbon et, dans l'autre sens, du salpêtre, du cuivre et du guano vers les
ports européens, principalement britanniques.
Il revint en France, en 1855, pour installer des agences à Paris, Bordeaux et
Le Havre avant de retourner à Valparaíso. Il s'établit l'année suivante à Paris,
rue du conservatoire, où il est resté jusqu'à son décès. Son associé mourut
alors (ou en 1869 selon une autre source) et il est devenu entièrement
propriétaire de l'entreprise et lui donna un très large développement.
Au début de 1883, il laissa la responsabilité de l'armement Bordes à ses trois
fils, qu'il a associés depuis longtemps à ses affaires et décèda peu après.
En 1890 la Maison Bordes avait une flotte de 20 navires totalisant 34 472
tonneaux. Elle devint en 1917 la "Compagnie française d'armement et
d'importation de nitrate de soude". *5
L'armement Bordes (ou armement A-D Bordes ou Bordes et Fils) fut donc
une compagnie maritime française qui de 1868 à 1935 se retrouva au
premier rang mondial du transport maritime à voile dans le premier quart du
XXe siècle.
En 1888, cinq années après le décès du fondateur, la compagnie comptait
des dizaines de navires, 3 et 4 mâts et un cinq-mâts, le premier battant
pavillon français, qui a été lancé dans des chantiers écossais le 2 septembre
1890, sous le nom de France. Il resta pendant 5 ans le plus grand et le plus

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

moderne des navires à voile (longueur : 133 mètres, largeur : 14,60 mètres),
capable de charger 6 200 tonnes de salpêtre.

Le France. Allan C. Green 1878 - 1954 — ©State Library of Victoria

Au milieu du XIXème siècle, la compagnie reliait principalement Bordeaux à
Valparaiso, au Chili. Cela représentait 170 jours de mer. Ce navire de 133
mètres de long pouvait emporter 6 000 tonnes de marchandises. À l’époque
il était considéré comme le plus grand au monde. Il n'effectua pourtant que
quatorze voyages, dont la moitié au départ de Dunkerque, sombrant en 1901
au large des côtes de l'Argentine.

©http://www.lavoixdunord.fr

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Ainsi, en 1905, l'armement Bordes était placé premier armateur mondial des
compagnies à voile avec 33 voiliers. Puis la flotte augmenta encore et passa à
35 grands voiliers cap-horniers, dont 17 trois-mâts.
Quand débuta la Première Guerre mondiale, l'armement Bordes était
constitué de 46 navires, 60 capitaines, 170 officiers et 1 400 matelots et
maîtres. La compagnie importait la moitié du nitrate européen. Pendant le
conflit, les navires Bordes effectuèrent ainsi cent vingt-deux voyages pour
approvisionner les ports français, ce qui fut primordial pour l'effort de
guerre.
C’est à ce titre d’ailleurs que Alexandre Bordes père, fut chevalier de la
légion d’honneur en 1925, Officier du mérite maritime en 1931, puis officier
de la légion d’honneur en 1936 en des termes particulièrement élogieux.
(annexe 6).

Alexandre Bordes dans le salon de sa propriété de Fauveau. – ©http://histoire.villennes.free.fr

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Après la guerre, l'augmentation des frais généraux due à l'enchérissement
des assurances, des salaires et du travail (bordées de 8 heures...) sonna
partout le glas du transport maritime à voile supplantée par la marine à
vapeur.
Au final, en transportant lors de la guerre 14-18, au moyen de ses 46 navires
(163 130 t), des nitrates entrant dans la composition des poudres, la société
participa de manière significative à l'effort de guerre.
Après les lourdes pertes pendant le conflit (18 navires ont été coulés), la
réduction des importations de salpêtre chilien et de nouvelles dispositions
légales imposées aux armateurs conduisirent les frères Bordes à abandonner
le transport par voiliers en 1925, puis à désarmer leur flotte en août 1934.
Pendant 90 ans, la famille Bordes a exploité 127 navires, résistant à la sévère
concurrence des allemands et des anglais.
La compagnie Bordes a été dissoute en 1935.
Mais Alexandre Bordes père, c’est aussi une vie de famille. Il s’est marié à
Paris à Madeleine Bertera dont la mère était la fille du peintre belge Egide
Charles Gustave (Gustaaf) Wappers (1803-1874), dont la carrière peut être
résumée ainsi :
Peintre d'histoire, de scènes de genre et de portraits. Il étudie auprès de P.J.
Van Regenmoorter, M. Van Bree et G. Herreyns à l'Académie d'Anvers.
Grand admirateur de l'œuvre de Rubens, il étudie les anciens maîtres aux
Pays-Bas et à Paris. Il s'oppose aux classiques et fonde l'école romantique. Il
enseigne à la cour d’Angleterre (Reine Victoria, Prince de Galles), est peintre
officiel du roi Léopold 1er de Belgique, expose au Salon d'Anvers en 1822. Il
s'occupe aussi de politique aux côtés de Raspail, Barbès, etc...
Il peint la révolution de 1830 et l'histoire des Pays-Bas. Il fait le portrait du
Roi Léopold d'après nature.
Son succès décline à partir de 1836 et il peint pour des particuliers quelques
portraits. Il démissionne en 1852 de son poste de Directeur de l'Académie
d'Anvers où il avait été nommé en 1832 et s'installe à Paris où il est réputé
pour ses portraits.

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Tout de même, nous voici ici avec le fondateur de l’école romantique de
peinture belge dont la petite-fille navigua plus tard sur le bateau nommé
Romance…
C’est à cette date, en 1936, que nous avons retrouvé Alexandre Bordes fils,
lors de nos recherches. Il était alors employé de bureau.
Revers de fortune ? L’armement Bordes ayant cessé son activité, Alexandre
Bordes fils a mené une vie professionnelle plus ordinaire que ces ascendants.
Les années folles ont tourné court, la seconde guerre mondiale allait bientôt
arriver….
Voici résumée l’acquisition de Romance par Mme Du Fretay :
« Alexandre Bordes aurait acheté le bateau dans un port de Normandie.
« Romance » a ensuite été immatriculé à Nice, puis à La Seyne sur Mer, et
enfin à Saint-Mandrier / Mer, qui a été son port d’attache pendant plus de
50 ans.
Alexandre Bordes voyageait à bord de « Romance » avec son épouse et son
fils. Ils avaient une résidence près de Toulon.
Un marin nommé Marius s’occupait des manœuvres avec eux et restait à
bord pendant les séjours de la famille. M. Bordes demeurait à Paris.
Sur la fin de sa vie, il s’est désintéressé du bateau, son épouse étant tombée
gravement malade à bord. »
Malheureusement, nos recherches sur ces faits n’ont pas abouti. Aucune
information ne nous a permis de vérifier ces affirmations. Qui était Marius ?

Marius Mabrito à CapraÏa
©S.

Sourd Années 60

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Quelle part avait-il dans la vie du couple Bordes ? De quelle maladie parle-ton ? La seule chose vérifiée est que l’épouse d’Alexandre Bordes fils, Simone
Levallois est décédée le 26 novembre 1960 à Paris (Annexe N°7). Trois
années avant que le bateau ne soit revendu par Alexandre Bordes.

Romance en 3 ème noce.
Le troisième propriétaire de Romance acquit le bateau en 1963. Le 4 juin
précisément.
Henri Walter était chirurgien-dentiste. Né en Allemagne en 1920, il vivait
avec son épouse à Delle dans le territoire de Belfort.
Cet homme, marié et père de 3 enfants était également propriétaire d’une
maison en Provence. Dès lors, Romance entama une nouvelle vie dans le sud
de la France et fut rattachée à différents ports, dont Sanary/mer, St
Mandrier, Six-fours et Toulon.
M. Walter semblait être très attaché au bateau et navigua très fréquemment
avec sa famille en méditerranée. Il conserva Romance jusqu’à son décès en
mars 2005.
A cette date, c’est sa fille, Anne Halna du Fretay qui devint propriétaire de
Romance.
Mme du Fretay est née en 1952 et vit à Ivry-sur-Seine. Elle est diplômée en
Management de l’université de la Sorbonne. Elle a travaillé au ministère de
l’économie de l’industrie et de l’emploi à la direction des hydrocarbures
avant d’exercer auprès de l’Institut Français du Pétrole puis comme manager
au service communication de l’Agence Spatiale Européenne (ESA).
Une vie professionnelle remplie qui ne lui laissait pas beaucoup le loisir de
s’occuper de Romance.

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

C’est ainsi qu’elle s’occupa du bateau à distance, puisque travaillant en
région parisienne alors que Romance se trouvait amarrée à St Mandrier dans
le Var.
Serge Sourd, Officier de marine en retraite, Vice Président de l'Association
des Pointus de Sanary a été directeur des ports de Port Grimaud et de
Sanary sur mer. Dans ce dernier port, il mit en place une politique de
sauvegarde du patrimoine maritime basée principalement sur les pointus (88
barquettes dont 40 classées BIP) mais aussi sur le yacht classique. C'est ainsi
que le port de Sanary abrite depuis son passage 2 Monument historiques :
Mimosa III et Windrush.
Voici comment ce breton d’origine, passionné de mer, de navigation et de
bateaux raconte sa rencontre avec Romance :
« Je l'ai vu la première fois en 2007 ou 2008 à quai à Saint Mandrier en piteux
état avec le pont couvert par une immense bâche verte maculée de fiente
d’oiseaux. Les lignes de ce bateau m'ont attirées et j'ai cherché à mieux le
connaitre. La capitainerie du port m'a dit que c’était un bateau abandonné et
en déshérence.
J'ai alors contacté la propriétaire Anne Halna du Fretay qui m'a raconté ses
déboires avec ce bateau sur lequel elle avait grandi et auquel elle était très
attachée. Directrice de la communication de l’Agence spatiale européenne
elle avait un travail fou et essayait de gérer son bateau depuis Paris mais elle
était toujours par monts et par vaux.
Elle avait un gardien qui s'est avéré être malhonnête, (mais a-t-il cherché à se
payer sur la bête !! je ne saurai dire).
Lors de la succession au décès du père cela s'est mal passé pour la partie
bateau. Son frère et sa sœur lui ont vendu leur part et encore le frère croyait
que le bateau valait une fortune et en voulait beaucoup.
Je lui ai proposé de l'accueillir au port de Sanary dont j'étais le directeur et où
j'avais mis en place un tarif préférentiel pour les vieux gréements. Le bateau
est venu quelque temps puis est reparti et je l'ai perdu de vue.

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

J'avais appris par un copain chef d'équipe au chantier "Les charpentiers
réunis" de La Ciotat que Mme du Fretay avait fait faire un devis mais devant
les prix elle avait renoncé.
J'ai été surpris de le retrouver en 2011 à quai à Toulon alors que j'allais faire
une expertise sur un voilier. Le bateau était surveillé et gardienné par un
copain qui ne savait qu'en faire car il ne voyait pas d'issue pour ce bateau.
Une partie du matériel était stocké dans un hangar à St Mandrier.
J'ai repris contact avec Mme du Fretay et je l'ai orienté vers un chantier "Var
Marine " de Sanary sur mer qui était spécialisé dans la charpente navale et la
restauration de bateau en bois. Ils se sont mis d'accord et les travaux ont
commencé puis le chantier a eu des soucis de gestion. 2 des 4 ouvriers sont
partis et l'affaire à plutôt mal tournée surtout en terme d'organisation et de
délais.
J'ai mis la pression sur le chantier pour que les travaux se poursuivent, et j'ai
pris en charge la restauration complète du mat.

Remâtage 8 mars 2012.
©S. Sourd.

Haubanage et mât bien droit. ©S. Sourd.

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

J'ai suivi par amitié la restauration du bateau et sa surveillance à quai
pendant le chantier mais l'avenir du bateau était incertain car Mme du
Fretay ne savait pas trop où aller avec ce bateau que ce soit en termes de
port d'attache que de programme de gestion. Elle n'avait pas les moyens de
finir la restauration ni de payer un skipper.
J'ai récupéré une partie du matériel qui accompagnait le bateau en
particulier les ancres et le guindeau d’origine car je ne voulais pas qu'ils
disparaissent. Nous n'avons jamais vu les voiles qui étaient depuis 20 o 30
ans dans un garde meuble dans l'est de la France.
Il y avait deux grandes ancres à jas et un guindeau que j'ai gardé chez moi un
certain temps. Avec l'accord de Mme du Fretay j'ai confié la plus grande
ancre et le guindeau au musée Dumas, musée de la plongée à Sanary sur
mer. *6
L'ancre est restée dans mon jardin, j'ai cru un instant que Mme du Fretay me
l'avait donné mais un jour les gens de JEM'Var (Une association d'anciens
officiers de Marine qui font naviguer les jeunes à Toulon ) sont venus la
chercher à sa demande.
Il est important que vous la récupériez car elle appartient au bateau.
J'ai beaucoup discuté avec Mme du Fretay pour lui expliquer que si elle
voulait sauver le bateau cela allait lui revenir cher et surtout quel usage en
aurait-elle ? Mais elle était très attaché à ce bateau au-delà du raisonnable
mais "quand on aime !!!".
Elle avait des difficultés à financer l'entretien du bateau. C’était un copain
qui gérait l’association JEM'Var.
Une convention a été signé entre Mme du Fretay et JEM'Var, et Romance a
trouvé une place sur les pontons du Club nautique de la Marine à Toulon pour
très peu cher et l'Association s'en est occupé. Là, j'ai perdu le fil car j'ai
déménagé en Bretagne.
Mme du Fretay m'a contacté par mail et m'a dit avoir été déçue par JEM'Var
mais sans me donner plus d'explication. »

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Je n'ai eu de nouvelle que lorsque monsieur Costantini m'a contacté pour me
demander des renseignements. C'est là que j'ai appris que Romance
avait été vendue. »
A travers ce récit plutôt précis, il est indéniable que bon nombre de
personnes telles que Serge Sourd ont œuvré à la survie de Romance. Chacun
avec ses moyens. Mais une construction telle que ce côtre demande une
attention permanente et être propriétaire d’un tel bateau, vieux de 83 ans,
nécessite une passion quotidienne.
C’est donc ainsi, en juillet 2017 que Pierre Sykora acquit Romance et devint
le 6ème propriétaire de ce bateau que Serge Sourd fit entrer dans le
classement des bateaux d’intérêt national.
Ce classement recense environ un millier de bateaux en France, digne de ce
fameux intérêt national, presque monuments historiques…
La fiche concernant Romance est en cours d’actualisation. *7

Au cours de nos recherches et tandis que Pierre Sykora, le nouveau
propriétaire et moi-même entamions les travaux de rénovation de Romance,
d’innombrables histoires nous ont été rapportées sur la vie de Romance.
On évoqua un éventuel pillage, un possible incendie, un sistership et le fait
que Romance aurait coulé à deux reprises, il n’en fallait pas plus pour
aiguiser notre curiosité. Cette vieille dame avait tant de choses à raconter…

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

La résurrection de Romance

20 Oct 2011 – Couche d’aprêt

Finitions à flot Dec 2011

©S.

©S.

Sourd

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Sourd

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Romance.
Rares photos
de l’intérieur
du bateau.
sept 2011

©S.

Sourd

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Le pont Août 2012 ©S. Sourd

Le pont et début restauration chantier Var marine Sept 2011

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©S.

Sourd

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Restauration et Romance à Sanary/mer le 10 mai 2013 ©S. Sourd
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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Ainsi que le montrent les photos des pages précédentes, d’importants
travaux de rénovation ont donc été entrepris en 2011. Le mât, le pont, les
haubans, le guindeau, c’est l’ensemble du bateau qui a été restauré.
Et parmi les aléas d’un tel chantier, il en est un dont Serge Sourd a pu nous
confirmer l’existence. Romance a bel et bien touché le fond le 11 mars 2013.
A la suite de travaux sur les sanitaires, une vanne n’aurait pas été refermée
correctement permettant au bateau de se poser au fond 24 heures durant :

Cette photo confirma donc ce que certains nous avaient expliqué, lors
d’échanges au quai zéro de la Marina Baie des Anges. Romance s’était bien
posé au fond !
Dans ces conditions, qu’en était-il des autres allégations entendues ? Il
semble que Romance ne coula qu’une fois au port de Sanary mais au cours
de travaux entrepris par Pierre Sykora nous avons aussi découvert que le
bois situé au-dessus de la cuisine aurait lui aussi légèrement brûlé…

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

La suite de la rénovation de
Romance
C’est donc avec un mât et un pont refait ainsi qu’un calfatage et de gros
travaux sur la coque qu’André Costantini a vendu le bateau à Pierre Sykora.
Néanmoins, l’état général de Romance semblait fragile et surtout de
nombreux détails semblaient bien éloignés de l’apparence d’un tel bateau
par rapport à ce qu’il fut à l’origine. Désiré Willocq n’aurait certainement pas
repeint les hublots en bleu à l’intérieur et blanc à l’extérieur. De nombreuses
pièces étaient également repeintes, ne permettant pas de voir la splendeur
de leur matériaux d’origine.
C’est ainsi qu’au fur et à mesure des travaux, certaines pièces non
restaurées, retrouvèrent petit à petit leur état originel.

Né en 1952 à Oran en Algérie, Pierre Sykora a entrepris un travail de
restauration totale du bateau, pièce par pièce.
C’est ce que nous allons montrer au fur et à mesure
De l’avancement des travaux

L’intérieur de Romance Juillet 2017 ©B. Jarry

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Restauration de la barre franche.
C’est l’un des éléments d’origine du bateau et marque de l’architecte Talma
Bertrand. Sa base avait été repeinte en blanc, recouvrant un travail de bois
pourtant magnifique. Quant au bronze…il n’avait pas été entretenu depuis
une eternité.

©B.

Jarry

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

©B.

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Jarry

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La restauration des hublots.
La cabine de Romance est composée de 8 hublots d’origine en bronze.
Avant nettoyage avec cette magnifique peinture bleue… !

Après nettoyage

La brillance du bronze commence à revenir…
©B.

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Jarry

Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

©B.

Jarry

©B.

Jarry

Après la dépose de chacun des hublots, certaines vitres cassées ou rayées
ont été changées. Chaque hublot en bronze pèse environ 3 kilogs.

Aération de la cabine, pièce d’origine en bronze. Avant…Après !

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L’aération de la cabine fut nettoyée et polie, les claires-voies entièrement en
bois restaurées, vernies et reconstituées.
L’intérieur de Romance étant entièrement démonté de toutes ses cloisons,
banquettes et autres, il convenait de renforcer l’étanchéité en peignant à la
Danboline le fond de cale.

©B.

Jarry

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

L’accès au moteur fut lui aussi poncé, le hublot déposé et entièrement
nettoyé ainsi que l’étanchéité refaîte.

©B.

Jarry

La plage arrière du bateau était une planche en acajou bien mal en point. Un
champignon avait élu territoire à sa surface, il fallut un peu de travail pour lui
redonner son éclat d’il y a 83 ans.

©B.

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Jarry

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En cette fin d’année 2017 et alors que les travaux avançaient, il fut un
chantier bien plus compliqué à mettre en place que la rénovation de pièces
telles que des hublots ou de l’acajou.
En découvrant Romance, Pierre Sykora s’aperçut d’une anomalie. Le roof
était constitué d’un contreplaqué vieillissant laissant entrevoir un roof en
bien mauvais état.
En 2011, les travaux avaient porté sur le pont comme vu précédemment.
Mais les côtés du roof, cachés par ce contreplaqué étaient fendus, poreux.
Les planches d’origine ne pouvaient pas rester en l’état.
Il fallut donc les changer, ce qui constitua un gros chantier de rénovation.

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Le roof en juillet 2017 en très mauvais état ©B. Jarry

La première étape consista à déposer les vieilles planches:

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Puis ce fut le travail d’un professionnel, un charpentier de marine, Vincent
qui démarra…

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Après avoir préparé cette planche en acajou massif (4M20 x 60 CM), perçé
les 4 hublots, cette pièce fut positionnée patiemment. Sur ce cliché au
dessous : Babord et l’avant sont changés et à tribord reste encore pour
quelques heures, la planche d’origine.. quel contraste !

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Il fallut 3 semaines de travail pour préparer et installer ce roof, entièrement
neuf. Mais les travaux n’étaient pas terminés pour autant ! Il a fallu
bouchonner, étanchéifier, poncer et passer au minimum 12 couches de
vernis pour atteindre le résultat final et surtout installer à nouveau les
hublots.
Pendant ce temps, et grâce aux informations et nombreuses photos que
Serge Sourd m’envoyait, je découvrais deux pièces étonnantes sur une photo
d’origine du bateau .

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Outre le fait qu’on ignore qui est ce
monsieur à la barre de Romance
(Henri Walter ?) Ces deux pièces
étaient inexistantes sur le bateau
lorsque Pierre Sykora l’a acquis. La
première est le porte couleur, sur la
plage arrière du bateau. Oui, ce petit
mât qui sert à porter le pavillon du
bateau, en l’occurrence le drapeau
français.
Cette anecdote est amusante, car au
moment même où je découvrais
cette pièce, Pierre Sykora achetait à
Antibes, l’exacte réplique de ce mât,
sans savoir qu’il existait bel et bien
sur le bateau !
La seconde pièce est ce mystérieux objet situé à l’entrée de la cabine.
Lorsque je fis part de l’existence de cet objet à Pierre Sykora, nous étions sur
le bateau. L’ancien propriétaire, André Costantini vint justement lui rendre
visite. Et ce dernier affirma qu’il détenait cette pièce, « pas très jolie » à son
goût…

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

Il s’avère que cette pièce en laiton posée sur un socle en acajou abritait un
compas de navigation. Un compas d’origine que l’ancien propriétaire n’avait
pas jugé utile de restaurer.
Pourtant, pour nous, elle constituait un petit trésor que nous voulions
absolument retrouver. André Costantini, restitua la pièce quelques jours plus
tard.

A Gauche, la pièce telle que récupérée
A droite, après quelques heures de ponçage et de nettoyage…

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Romance – Histoire d’un bateau d’interêt Patrimonial

La restauration des claire-voies.
En Acajou d’époque de la construction du bateau. Un superbe travail de
menuiserie. Au programme : ponçage, nettoyage des vitres, vernis,
étanchéité et pose des barres metalliques.

Fin de la première partie

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