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Introduction
Nous allons nous aventurer dans une période peu connue des relations avec les peuples
autochtones. Que s’est-il donc passé, entre l’époque lointaine du Régime français (suivi de
la Conquête anglaise) et la période contemporaine?
Cette longue séquence, essentielle à la compréhension des relations d’aujourd’hui entre les
Québécois et les autochtones a été caractérisée, dans nos manuels d’histoire, par un
phénomène mystérieux : les autochtones avaient disparu du paysage historique!
Cette mystérieuse disparition avait déjà été constatée à la fin des années 1970 par deux
chercheurs qui se sont intéressés à l’image de l’Amérindien dans les manuels scolaires du
Québec. Sylvie Vincent et Bernard Arcand en arrivaient à la conclusion que les manuels en
usage, à l’époque, « accordent un rôle aux Amérindiens au sein de notre histoire tant que
durent les guerres coloniales. À partir de 1760, il n’y a plus d’Amérindiens alliés ou ennemis,
dont il faut contrôler l’allégeance militaire ou la production de fourrures. Il n’y a plus que
des Indiens politiquement sans importance. En fait, il n’y a plus d’Indiens du tout » (Vincent
et Arcand, 1979 : 223).
Pour la majorité des gens, le réveil a donc été brutal, au cours de l’été de 1990. La
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a d’ailleurs intitulé son
rapport sur ces événements : Le choc collectif. La stupeur, l’incompréhension et la rage,
toute la gamme des émotions collectives y est passée. Une grogne populaire s’en est suivie
atteignant probablement un sommet vers le milieu des années 1990. C’est d’ailleurs dans ce
contexte de relations détériorées que s’est imposée, au Québec, l’image de « l’Indien privilégié », cet « exploiteur du système » répète-t-on sans gêne et sans nuance, qui ne paierait
« ni taxe ni impôt ». Loin d’être des opprimés, les Autochtones seraient maintenant devenus
des « privilégiés ».
Derrière ces discours à l’emporte-pièce, se cachent cependant des questions fondamentales
pour l’avenir des relations entre les Québécois et les peuples autochtones. Pourquoi une
catégorie de citoyens pourrait-elle prétendre à des droits distincts? Les autochtones
jouiraient-ils d’autant de privilèges qu’on le prétend et, en plus, auraient-ils plus de droits
que les autres citoyens? Les droits distincts et les « privilèges » ne seraient-ils pas une entorse
au droit à l’égalité inscrit dans nos chartes des droits et libertés? Ne serait-il pas normal que
nous ayons tous les mêmes droits au Québec? À l’heure de la mondialisation, ne serait-il pas
plus simple que les autochtones s’intègrent à la société québécoise, contribuant ainsi,
pleinement, à l’édification de cette même société? Et les revendications territoriales, n’estce pas un problème réglé depuis longtemps? N’y a-t-il pas là une nouvelle menace à l’intégrité du terri toire national?
Dans un rapport rendu public en 1996, les membres du Groupe de travail sur l’enseignement
de l’histoire expliquaient, avec justesse, que celle-ci pouvait être utile dans la conduite des
affaires du présent (Groupe de travail, 1996). Sans aucun repère historique, comment en arriver à comprendre la réa ilté contemporaine des peuples autochtones et répondre à certaines de
ces questions évoquées plus haut? Voilà pourquoi, dans la réalisation de cette publication,
nous avons porté une attention particulière non seulement à cette longue période de l’histoire évacuée de la mémoire collective, mais aussi aux croyances populaires qui prévalent
actuellement dans notre société.