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et qui explique selon moi ce glissement : il y a de plus en plus de
gens malades, et ce de manière
chronique. En France, plus de
15 millions de personnes sont en
ALD (affection longue durée), par
exemple pour problèmes cardiaques
ou hypertension. Ces personnes
sont « malades tout en ne l’étant
pas », leur vie ressemble à celle des
non-malades. Elles continuent à
travailler et sont donc fatiguées à
la fois physiquement et psychologiquement. Fragilisés, ces gens-là sont
prêts à entendre la petite musique
douce qui leur dit d’arrêter leur
traitement. Ajoutez à cela la mode
des médecines douces et la crise
que traverse la psychiatrie et vous
comprendrez pourquoi un malade
préfère parfois se tourner vers ce
type de «  promesses douces  »
plutôt que vers des traitements
plus lourds, qui peuvent effrayer.
Avez-vous des données chiffrées pour estimer l’ampleur
des dérives sectaires dans le
domaine de la santé ?
Nous estimons qu’il y a aujourd’hui
en France environ 3 000 praticiens
officiels diplômés qui ont des pratiques dérivantes.
Quels types de médecines
douces vous sont le plus signalés  ? À partir de quand une
médecine douce devient-elle
une dérive sectaire ? Où placez-vous la ligne rouge ?
Il y a des dérives thérapeutiques
innombrables, mais les plus dangereuses se présentent quand des
praticiens mettent le malade et sa
famille dans un système clos et leur
demandent, au nom de la médecine
naturelle, d’arrêter un traitement
vital. Concernant les disciplines
qui nous sont le plus signalées, cela
dépend des modes. Actuellement,
la kinésiologie revient souvent, ou
encore le reiki. Elles sont extrêmement pernicieuses : les énergies, les

mains qui guérissent, les chakras…
Toute la nuance est là. Si je prends
des plantes à la place d’un médicament quand j’ai un rhume, je m’en
porterai peut-être mieux, peut-être
pas plus mal… En tout cas, je ne
vais pas entrer dans une dérive
sectaire. En revanche, quand vous
commencez à refuser un soin ou
une opération dans le cadre d’une
affection plus lourde, type cancer,
là cela met vraiment la personne
en danger. On a quand même des
charlatans qui prétendent guérir le
cancer par la prière ou en faisant
boire de l’urine…
À l’heure où de nombreux
patients se tournent vers les
médecines douces*, où placer le curseur concernant la
place accordée à l’esprit dans
le processus de soin ? Pour la
Miviludes, où se situe la limite
entre la prise en compte de la
psyché du patient et une dérive
vers une spiritualité sectaire qui
serait néfaste ?
Il faut quand même regarder le
sens des mots. La «  médecine
douce » n’existe pas. Il n’y a pas
de médecine dure et de médecine
douce. Il y a des médecins, il y
a des gens, qui ont à côté de la
médecine classique des pratiques
dont certaines sont inoffensives
et d’autres beaucoup plus dangereuses. C’est là la différence. Nous
étudions toutes les médecines non
conventionnelles. Nous ne sommes
pas fermés à tout ça. Il y a même
un terme pour évoquer cela, celui
de « méthode prometteuse ». Si ces
méthodes prometteuses peuvent
être étudiées, c’est très bien. Par
exemple, on a étudié l’acupuncture,
qui a fait preuve d’une certaine
efficacité pour diminuer la douleur, comme dans le cadre de soins
palliatifs. Ce sont donc des choses
qui ont été étudiées et le ministère
de la Santé nous donne un peu des
indications sur ces méthodes dites

« nouvelles ». Ce sur quoi nous
insistons, c’est sur le fait que ces
méthodes ne soient pas employées
par des non-professionnels de la
santé. Il y a des certificats, des
diplômes, des formations qualifiantes pour apprendre l’acupuncture, l’homéopathie et l’hypnose,
qui sont d’ailleurs reconnues par la
Sécurité sociale. Là où je m’élève,
c’est quand un escroc quelconque
commence à faire de l’hypnose et
se met à violer sa patiente. Or, il ne
se passe pas une semaine sans que
nous recevions ce genre de signalement. Nous ne sommes donc pas
opposés aux médecines complémentaires mais aux délinquants,
aux criminels et à la prédation
financière.
Certains détracteurs de la Miviludes lui reprochent l’absence
de « droit à la contradiction ».
D’autres organismes publics,
comme la Cour des comptes,
instaurent ce droit qui « consiste
à donner au contrôlé le droit de
faire connaître son point de vue
sur [un] document provisoire » et
d’apposer « les commentaires de
l’organisme contrôlé » sur « les
observations définitives lorsqu’elles sont rendues publiques ».
Comment vous positionnez-vous
vis-à-vis de ces reproches ? Envisagez-vous d’instaurer un tel
droit à la contradiction ?
Les organismes que nous évoquons
dans nos rapports et publications
peuvent saisir les tribunaux administratifs ou la CADA (Commission
d’accès aux documents administratifs). Nos condamnations se
fondent toujours sur la littérature
scientifique et des discussions avec
les professionnels concernés.
Propos recueillis par Sabrina Debusquat

*« 4 Français sur 10 ont recours aux médecines dites
alternatives ou complémentaires, dont 60 % parmi les
malades du cancer. » Extrait du guide de 2012 de la
Miviludes Santé et dérives sectaires.

nexus n° 115 | mars-avril 2018

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