Fichier PDF

Partage, hébergement, conversion et archivage facile de documents au format PDF

Partager un fichier Mes fichiers Convertir un fichier Boite à outils PDF Recherche PDF Aide Contact



Journal livre 1995 2000 .pdf



Nom original: Journal livre 1995 - 2000.pdf
Titre: Journal d'un évriveur
Auteur: xxx

Ce document au format PDF 1.7 a été généré par Microsoft® Word 2016, et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 09/04/2018 à 18:13, depuis l'adresse IP 83.134.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 341 fois.
Taille du document: 1.2 Mo (298 pages).
Confidentialité: fichier public




Télécharger le fichier (PDF)









Aperçu du document


Journal d’un écriveur

Photo et illustration
© Christian Janssen-Déderix

2

Journal d’un écriveur

Christian Janssen-Déderix

Journal d’un écriveur
1995 - 2000

3

Journal d’un écriveur

Editons Santana
© Christian Janssen-Déderix
98/2, rue Pierre Fluche
4800 VERVIERS - BELGIQUE
Tél: 00 32 (0)496 33 85 30
christianjanssen@scarlet.be
http://christianjanssen.com

4

Journal d’un écriveur

1995

vendredi 14 avril
Il y a longtemps déjà que je me pose la
question de savoir s'il n'est pas indispensable
de créer un nouveau parti politique dans ce
pays, un parti capable de respecter le peuple
dans sa totalité, proche des plus démunis tout
en sachant gérer les finances de l'état et
l'économie du pays pour mieux répartir les
richesses. Bref, un parti qui serait capable de
faire une politique sociale sans pour autant
étrangler les entreprises créatrices d'emploi.
Pourquoi faut-il à chaque fois au Pouvoir un
parti de Gauche qui n'a la compétence que de
vider les caisses pour respecter une partie de
leurs promesses électoral, faisant ainsi du
sociale à tous prix, et la législature suivante un
parti
de
Droite
qui
étrangle
proportionnellement plus les premiers
échelons de la classe sociale pour remplir les
caisses vidées par la Gauche (comme s'il
s'agissait d'une punition), épargnant ainsi les

5

Journal d’un écriveur
entreprises et les classes privilégiées pour soidisant leur permettre de créer des emplois
(disons plutôt pour remplacer l'homme), bref,
une politique hypocrite qui rend les riches
encore plus riches. Un manège qu'il serait bon
d'arrêter une bonne fois pour toute !
Une grande réflexion doit être organisée
avec des hommes de bonnes volontés (non des
politiques qui chercheraient à tirer les
marrons du feu), des hommes ouverts à un
idéal commun, sachant admettre que chaque
parti traditionnel développe des points
intéressants et que l'avenir serait peut-être
d'annexé ces idées de bon sens dans un
programme unique. Car l'individualité, le
chacun pour soi et Dieu pour tous, ou la
politique des clans est une idée révolue depuis
des années.
Le cumul des mandats, communal ou
national, est un problème à régler tout de
suite. Car comment est-il possible qu'un
homme politique, qu'il soit de Gauche ou de
Droite, puisse encore parler de partager le
travail et de combattre la chômage quand il
cumule lui-même trois-quatre mandants
grassement rémunérés, sans compter les
sièges de Président qu'il occupe dans tel ou tel
société privée ou publique?
Les difficultés actuelles sont aussi causées
par la structure des règles établies par une élite
financière ou bourgeoise qui ne connaît rien à

6

Journal d’un écriveur
la vie sociale des plus démuni. Comment le fils
d’un ministre devenant lui-même ministre
peut-il savoir ce que représente une assiette
vide lors d’un repas ? Même la majorité des
mandataires socialistes ne sont pas issu de la
classe ouvrière, alors!
Fermé dans leur image rigide DroiteGauche les partis politiques une fois au
Pouvoir s'interdisent d'appliquer tel ou de tel
mesure bénéfique pour le pays et finissent
toujours par appliquer une politique électorale
souvent teintée d'ambition personnelle.
Est-il donc impossible dans un pays qui se
veut démocratique, dans une Europe qui se
veut unie, de regrouper les compétences
diverses venues de tous les horizons afin de
former une famille décidée à sortir de notre
marasme actuel ?
mardi 18 avril
La plus grande nouvelle de la journée c'est
que j'ai arrêté de fumer; enfin, j'ai pris cette
décision au cours de la nuit précédente. Hier,
en suivant mon cours de natation, j'ai cru me
noyer au milieu de la piscine tant le souffle me
manquait.
mercredi 19 avril
Il est 23 heures et je résiste à la tentation de
fumer une cigarette. Bref, depuis le matin je ne
pense qu'à cela, à fumer. Je bois énormément

7

Journal d’un écriveur
de café pour calmer mon corps et mon esprit.
jeudi 20 avril
Ma seule préoccupation est toujours le
tabac. Je ne fais rien de bon. Je tente de
réécrire le roman Au-delà de Madrid les
oliveraies disparaissent, mais à présent il m'est
impossible de rester devant l'ordinateur sans
saisir une cigarette. A 17 heures j'ai fumé. A 20
heures j'ai roulé à vélo pour oublier le tabac.
vendredi 28 avril
Il y a plus de cinq jours maintenant que je
n'ai plus touché une cigarette. C'est très dur.
J'ai ôté les cendriers de ma vue et j'ai ouvert
bien grande les fenêtres pour débarrasser les
appartements de cette odeur qui noue mes
tripes. Je me suis disputé avec Cida pour le
repas. Souvent nous nous querellons sur la
manière de préparer la nourriture. Je n'ai pas
écrit une seule ligne aujourd'hui.
dimanche 7 mai
Bon anniversaire ! Oui, j'ai soufflé 39
bougies. Cida avait cuisiné une sorte de gâteau
de savoie que nous avons dégusté chez mon
père. Mon frère Fr… a pris une photo au
moment où j'allais souffler les bougies. A vrai
dire, je ne suis pas vraiment gai, je pense à
maman décédée il y 15 mois déjà. Elle me
manque beaucoup.

8

Journal d’un écriveur
NB: Nous nous sommes encore disputés.
Car il faut que je vous le dise, dans la cuisine
Cida est le portrait craché de ma mère. Quand
elle prépare un gâteau il y a de la pâte partout,
sur le pot de sucre, sur la bouteille de lait, sur
la poignée du mixer et du réfrigérateur, sur les
portes des armoire, sur les murs, sur le bord
des chaises, sur ses lunettes, sur son nez, dans
ses cheveux, etc... Et cela m'énerve! Je suis un
rien maniaque sur la propreté et l'ordre.
Mois de juillet
Nous réservons enfin le voyage d'un mois au
Brésil que nous avions promis aux parents de
Cida. Quant à mon père, à l'annonce de notre
voyage il a semblé vieillir de quelques
semaines en cinq minutes. Il a peur que je ne
revienne plus.
Jeudi 31 août
Finalement, je me rends compte que la fin
du roman Bouddha d'albâtre était trop belle
pour durer dans la réalité. Nous nous sommes
encore disputés. Cela fait déjà longtemps que
nous nous bouffons le nez. L'édifice s'écroule
lentement comme une cathédrale du moyen
âge. Peu à peu on s'aperçoit que rien ne pourra
arrêter le processus de la ruine, qu'un jour il
sera trop tard pour tenter un sauvetage. En
effet, à présent un rien nous irrite et devient
sujet à une polémique. Une remarque, une

9

Journal d’un écriveur
suggestion ou une question de l'un est
considérée par l'autre comme un reproche, un
manque de confiance. Franchement, entre
nous il règne un climat de tension et de
poudre. Tout peu sauter d’un jour à l'autre.
Vendredi 8 septembre
Une impulsion me pousse à annoncer à la
famille Delcourt notre séjour d'un mois au
Brésil. Monique me demande si je vais prendre
des photos. Ma réponse est positive. Sans
savoir qu'elle possédait du matériel vidéo, je
lui signale mon regret de ne pas avoir trouvé à
emprunter une caméra. Elle me propose la
sienne, une Sony 8 mm Handycam. Je suis
vraiment très heureux de pourvoir compter
cette famille parmi nos amis.
Mardi 12 septembre
Ca y est, nous embarquons pour le Brésil.
Enfin un mois de vacances. Et pour ma part, la
découverte de la famille de Cida.
Mardi 10 octobre
Nous sommes de retour en Belgique. Il fait
très beau pour la saison. La lumière du matin
nous donne encore l'illusion d'être sous le
soleil brésilien. Malheureusement, l'illusion
est de courte durée. En effet, sur le quai de la
gare du Nord à Bruxelles, un homme ouvre son
journal et j'y vois sur une page le portrait

10

Journal d’un écriveur
disgracieux de notre Premier Ministre. Vous
ne pouvez pas savoir ce que j'ai ressenti à ce
moment-là... J'aurais voulu mourir ou
reprendre l'avion tout de suite.
Mercredi 11 octobre
Mon esprit est toujours auprès de ma bellefamille qui me manque déjà. Je regarde le
résultat de ce que j'ai filmé avec la caméra
vidéo 8 mm et je copie les rushs sur une
cassette VHS. L'idée de faire une sélection et
un montage naît en moi.
Fin octobre
Nous rendons visite à ma sœur My… et à
son mari. Croyant leur faire plaisir, nous avons
emportés le film brut de notre voyage au
Brésil. Réaction aussitôt négative de mon
beau-frère. "Ah bon, tu fais aussi partie de ses
vacanciers qui profitent de leur voyage devant
leur télévision. La vidéo amateur est
impudique, elle est une atteinte à la vie privée
des habitants du pays visité. Moi je prends des
photos. »
Moi: Quelle est la différence de filmer ou de
photographier un personnage se trouvant
dans la rue? L'un ou l'autre reste une forme de
viol, soit un instant arrêté, soit un mouvement.
Lui: Un amateur ne réalise pas la portée
politique de son acte, il ne contrôle pas les
idées véhiculées, c'est dangereux.

11

Journal d’un écriveur
Moi: Pourquoi est-ce qu'un professionnel
aurait le droit moral de filmer une chose et
qu'un amateur n'aurait pas le droit de filmer la
même chose. Prendre un mendiant ou un
banquier, c'est capter la vie sociale d'un pays.
Par exemple, celui qui visite l'Ethiopie et qui
ne rapporte que des images idylliques, c'est
cacher la vérité, c'est mentir sur la réalité du
pays. Voyager, c'est témoigner sur ce qui est
beau et ce qui est laid.
Lui: Cela c'est le travail des journalistes et des
professionnels qui sont formés pour traiter
l'information."
Bref, à l'entendre, de nous deux il est le seul à
pouvoir porter un témoignage sociale avec un
support filmer parce qu'il est un professionnel,
pas moi. (Il est important de signaler qu'il était
revenu de la Havane 15 jours plutôt, qu'il avait
pris des photos toutes idylliques, parce qu'il
n'y avait pas de misère à la Havane. Selon lui,
il n'y a pas clochard dans les rues, pas de
pauvreté, le ravitaillement permet de ne pas
mourir de faim.) Tout un programme quoi!
Franchement, est-ce sérieux ? Le principe
même du ravitaillement comme objectif
politique à long terme, reste une perspective
que me fait néanmoins penser aux années de
guerres, années durant lesquelles la politique
était un bruit de botte. Et un bruit de botte
reste un bruit de botte, qu'il soit de gauche ou
de droite!

12

Journal d’un écriveur
C'est effectivement après cette discussion
que j'ai décidé de faire un document avec les
rushs de mes vacances, afin de prouver à cet
homme imbu de sa personne que tout le
monde a le droit de témoigner selon ses
moyens et sa conscience, et que moi, avec un
petit budget et sans avoir besoin de téter à la
mamelle de la Communauté Française, j'ai le
talent de monter un film intéressant. C'est
mon orgueil !
Mercredi 1er novembre
Journée triste. Une visite au cimetière me
tire des larmes. Maman me manque
terriblement.
Jeudi 09 novembre
Lettre adressée aux Services de presse.
Ce matin, je téléphone auprès de la commune
d’Asse au Service de la Population afin de me
procurer un renseignement. Naturellement la
téléphoniste me répond en Néerlandais. Je lui
demande alors si elle accepte de me parler en
français parce que je ne comprends pas le
flamand. Elle me répond encore en
néerlandais et me passe une dame qui me
parle aussi en flamand. A celle-ci, je lui
demande si elle comprend le français.
Réponse: "Ya".
Moi: Vous pouvez me confirmer l'orthographe
d'une adresse sur base d'une identité.

13

Journal d’un écriveur
Réponse
en
néerlandais
(pour
moi
incompréhensible).
Moi: Vous pouvez parler français s'il vous
plaît.
Réponse: "Neen".
Moi: Pourquoi, je ne comprends pas le
néerlandais, j'habite à Verviers, en Wallonie.
Réponse en néerlandais.
Bref, un dialogue de sourd et impossible
d'obtenir mon renseignement.
Trouvant cette attitude excessive, à 10h45 je
téléphone à la Région de Bruxelles Capitale au
Service Relation Extérieure et je demande à
savoir si la commune de Asse fait partie des
Communes à Facilité. Réponse du Cabinet de
Monsieur Jos. Chabert:
"Non. Et c'est normal qu'on ne vous réponde
pas en français puisqu'il s'agit d'une commune
flamande.
Moi: Et si je ne comprends pas le flamand je ne
sais pas obtenir mon renseignement?
Réponse: Vous n'avez qu'à connaître le
flamand. Moi je peux vous répondre en
anglais, allemand, français, flamand...
Moi: Mais le flamand n'était pas prévu dans
l'enseignement public que j'ai reçu!
Réponse: Pourquoi vous adressez-vous à moi?
Moi: C'est le hasard, je voulais simplement
savoir si Asse fait partie des Communes à
Facilité.

14

Journal d’un écriveur
Interlocuteur: Adressez-vous à quelqu'un
d'autre, à la commune de Asse puisque le
problème est là.
Moi: A qui?
Lui: Vous êtes bêtes ou quoi, prenez l'annuaire
du téléphone.
Moi: Mais pour la commune de Asse tout est
écrit en flamand. Comment vais-je choisir le
service compétent?
Mon interlocuteur bafouille et notre entretient
tourne en eau de boudin.
Sur le conseil du Service du Premier Ministre
(Commission nationale permanente du Pacte
culturel), à qui j'avais expliqué la situation, la
mauvaise foi de la Commune de Asse et du
Cabinet Chabert, et à qui j'avais aussi laissé un
message pour Jean-Luc Dehaene, à savoir
qu'une telle politique rendait la Belgique bien
laide, je téléphone au numéro 02/501 02 11 et
demande à parler au Premier Ministre. Il est
alors 11H30. Suite à mon explication, à mon
étonnement, à mon écœurement et à mon
indignation de pareil comportement, un
homme me répond que j'ai tort, que je dois
parler flamand à une administration flamande
et sur le territoire flamand. Que c'est normal
qu'on ne me parle pas en français, même si
l'employée connaît cette langue. Que c'est à
moi de faire l'effort.
Moi: Si dans la rue un étranger demande son
chemin en portugais et que je connais cette

15

Journal d’un écriveur
langue, j'essaye de lui répondre dans sa
langue, sinon je parle à un arbre. C'est aussi
une question de faire plaît et de politesse.
Lui: Ah bon! Mais vous avez tort.
Moi: Si en Flandre la population refuse d'aider
les gens dès qu'on ne parle pas leur langue,
c'est du racisme ça, non ?
Lui: Non, c'est simplement respecter la loi.
Moi: Je ne comprends pas comment une
personne attachée au Cabinet du Premier
Ministre peut tenir un tel discours. Ce n’est pas
étonnant que notre pays s’en va à sa perte et à
sa division. L'unité n'existe plus parce que
personne ne veut faire des concessions.
Lui: Faites en une vous de concession,
apprenez à parler le flamand.
Moi: Vous détournez le sujet, moi je vous parle
de faire plaît et de relation qui pourrait être
amicale entre les communautés et vous me
répondez que je dois parler le flamand. Donc
vous n'acceptez pas ma différence, vous
cautionnez la mauvaise foi, le manque
d'amabilité dans les Institutions, quelles
qu'elles soient.
Lui: La Loi dit que sur le territoire flamand on
parle le flamand.
Bref, un dialogue de sourd! Le plus inquiétant,
c’est que dans ce cas il s'agit du Cabinet du
Premier Ministre. On peut donc s'interroger
sur cette personne attachée auprès de JeanLuc Dehaene. Est-elle proche du nationalisme

16

Journal d’un écriveur
flamand? Ou bien Jean-Luc Dehaene
cautionne-t-il secrètement cette politique? En
tant que belge et wallon, ma crainte est de voir
toujours un Premier Ministre flamand. La
Belgique est bien moche depuis la déclaration
de guerre des communautés et depuis que nos
Ministres s'amusent à tronçonner le pays
(pour leurs ambitions personnelles). Je crois
fermement que le mal vient de la
professionnalisation de la politique, où chacun
cherche un siège ou crée le siège qui lui assure
un revenu jusqu'à sa pension. Résultat, ayant
ainsi créé le Gouvernement flamand, wallon,
bruxellois, germanophone, ayant scindé les
pouvoirs, institutionnalisé les langues dans les
administrations, etc., on est arrivé à ne plus
pouvoir obtenir un renseignement dans son
pays parce que l'intolérance prônée par des
politiques est devenue aujourd'hui une loi
suivie avec rigueur par les extrémistes.
Mardi 5 décembre
Première journée de montage du document,
tout va bien. Roger Jamar me presse pourtant
d’aller plus vite. Cela m'énerve un peu. Vingt
minutes de film.
Jeudi 7 décembre
Autre journée de montage. A la maison,
pour montrer mon travail à Cida, j'introduis la
cassette de travail dans le vidéo... Et qu'elle

17

Journal d’un écriveur
déception, il y a une distorsion de l'image en
bas de l'écran. Une heure de film perdu.
Vendredi 8 décembre
Roger affirme qu'il faut simplement régler
la télévision. Je le crois. Erreur de ma part...!
Jeudi 14 décembre
Montage image achevé le soir
Jeudi 21 décembre
Première insertion du commentaire
Dimanche 24 décembre
Insertion du commentaire et de la musique.
Première constatation, il y du souffle sur la
bande son. En effet, Roger travail avec une
chaîne haute-fidélité possédant un filtre qui
camoufle le véritable résultat, il faut brancher
un casque d'écoute sur la vidéo enregistreur
pour entendre le son direct, le désastre.
Dimanche 31 décembre
Même aujourd'hui je vais au studio pour
monter le film. Et plus j'avance dans le travail,
plus la malchance devient une entrave à ma
démarche, sans doute pour m'empêcher de
réussir, comme s'il y avait une force du mal
autour de moi. D'ailleurs, Roger m'a demandé
de bien frotter mes pieds sur le paillasson pour
laisser ma mauvaise chance en dehors du

18

Journal d’un écriveur
studio. En vain, l'enregistreur audio est une
véritable soufflerie. Devant un tel résultat, je
me pose la question de savoir pourquoi je loue
un studio où il y a du matériel professionnel
valant plusieurs millions! Preuve que la
technique reste toujours caduque.

19

Journal d’un écriveur

1996

Lundi 1er janvier
Levé à midi. Après-midi au calme.
Traditionnelle réunion de famille vers 19
heures. Au menu: choucroute garnie. Bien
entendu, traditionnelle attaque personnelle de
mon beau-frère à mon encontre. Sujet de la
discussion, la pauvreté et la mendicité
galopante dans les rues de Liège. Et lui de me
dire: Tu ne mendies pas toi? (Sous-entendu
que je mendiais par le biez du chômage). Ne
ferait-il pas mieux de balayer son trottoir
plutôt que celui des autres! En effet, je crois
savoir que toute l'année il mendie des subsides
auprès du Ministère de la Communauté
Française afin de réaliser et produire des films
qui ne sont vu par personnes.
Mardi 2 janvier
J'envoie par la poste à Yves Berger la
seconde version du manuscrit Le bouddha
d'albâtre. J'ai si peur de recevoir une seconde
réponse négative...!

20

Journal d’un écriveur
Dimanche 7 janvier
Avec le montage de ce film, je ne verrais
sans doute pas le bout du tunnel, les ennuis
techniques n'en finissent pas et me
poursuivent. Aujourd'hui, c'est le Recorder qui
n'efface pas complètement les anciens
commentaires qui ne collaient pas bien à
l'image. Il y a comme un écho, un
dédoublement de la voix. Ces problèmes sont
franchement insupportables.
Lundi 8 janvier
Ce matin j'ai téléphoné à diverses sociétés
de location de matériel vidéo professionnel.
Personne ne veut me louer du matériel car
selon leur critère je ne suis pas un
professionnel de l'image. Bref, le tunnel
devient plus profond et l'obscurité s'intensifie.
Cida me soutien du mieux qu'elle peut.
Mardi 9 janvier
Il est trois heures du matin et je ne dors pas.
C'est toujours galère pour le film. Hier soir j'ai
piqué une crise de nerf qui a fait trembler la
maison. Je n'en peux plus.
Mercredi 10 janvier
Agréable souper chez ma sœur Ma…. Nous
finissons par énoncer les difficultés que j'ai de
finir mon documentaire. Sur quoi, ma sœur
raconte une histoire concernant le mari de ma

21

Journal d’un écriveur
sœur Mya…, mon très cher et tendre beaufrère. Aux dernières nouvelles, au détriment
de la production d'un film de P. Z…, ils
auraient détourné à son profit quelques
centaine de milliers de francs de subside.
Naturellement, il vient de perdre un ami, un de
plus...
Jeudi 11 janvier
Nuit très courte. Digestion difficile. Visite
chez mon médecin. Vers 11h 30 je téléphone à
Roger Jamar. Le sujet de notre discussion
tourne autour des problèmes techniques et le
piètre résultat du montage. Avis commun: tout
est à refaire. Rendez-vous est pris pour samedi
13 et dimanche 14 janvier à 14h30.
Pour la première fois depuis notre vie
commune, j'écris les mots ma femme pour
désigner Cida.
Dimanche 14 janvier
Franchement, les jours s'égrènent avec
lenteur. Bien sûr, il y a encore ce putain de film
qui ronge mes nuits et mon plaisir de vivre. En
effet, on dit souvent qu'une passion peu
détruire un homme ou un couple. Ce film
réussira peut-être bien par m'achever!
Lundi 5 février
Oui, je suis resté longtemps sans écrire.
Mais aujourd’hui je suis soulagé, le film est

22

Journal d’un écriveur
enfin achevé, selon mes moyens biens sûr. Le
mixage sonore est satisfaisant; bien que pour
une distribution télévisuelle il serait
nécessaire de tout refaire de A à Z dans un vrai
studio professionnel.
Jeudi 16 février
J’ai envoyé par voie postale une
documentation complète du film Atmosphère
du Brésil aux télévisions francophones.
Comme on dit chez-nous: L’espoir fait vivre! A
part cela, tout va plus ou moins bien avec Cida.
Mercredi 21 février
Après la demande de la Télévision
Française Antenne 2, la Télévision Belge,
RTBF, demande aussi à visionner le film. Rien
ne me donne pourtant à croire à une réussite.
Samedi 24 février
Grosse dispute avec Cida à cause de l’une de
mes sœurs. Celle-ci, lors d’une soirée chez mon
père, a eu le malheur de porter à ma bouche
une rondelle de salami. Voilà un crime!
D’autant plus que son mari était en voyage!
« Voyons, Cida, c’est ma sœur, pas une femme
de rencontre! Mais peut-être que tu ne la
soupçonnes d’être amoureuse de moi !
Franchement, ta jalousie me torpille! »
Lundi 26 février

23

Journal d’un écriveur
J’aimerai pouvoir oublier cette éternelle
attente, cette peur qui me torpille. Finalement,
je suis fatigué de travailler pour rien, de me
voir refuser partout, du silence des
distributeurs de films vidéo ou des
professionnels du cinéma. En Belgique, tout
du moins, cette race de gens n’a aucune
considération
pour
l’être
humain.
Aujourd’hui, je comprendre pourquoi la
plupart des films sont si mauvais. En effet,
comment des gens sans âme pourraient-ils
créer des films ayant une âme? Cela me parait
difficile.
Mardi 27 février
Comme je m’y attendais, j’ai reçu deux
réponses négatives, une de La Cinquième
chaîne française, l’autre du distributeur
PolyGram Vidéo. Bref, ils n’ont pas désiré
obtenir la cassette pour visionner la
réalisation.
Vendredi 15 mars
Entre-temps, le film a été refusé à Antenne 2.
Ben voyons! Je m’interroge aussi pour mon
manuscrit; voilà maintenant plus de deux
mois qu’Yves Berger l’a reçu et je n’ai toujours
pas de réponse. Pas de nouvelle, bonne
nouvelle, dit un proverbe. Néanmoins, je
doute....
Aussi, le climat dans mon couple se dégrade

24

Journal d’un écriveur
parfois au point de me rendre nerveux et de
vouloir régler le problème avec les mains. Il
m’arrive souvent de vouloir rompre les ponts
une bonne fois pour toute. Je suis épuisé
d’entendre Cida se plaindre des problèmes
relationnels qu’elle éprouve avec ma famille,
en particulier avec ma belle-sœur Brigitte,
mon beau-frère A… et ma sœur Ma…. Je
supporte assez mal ces querelles fondées sur
une jalousie insensée.
Samedi 23 mars
Le soleil est un peu revenu dans le ménage.
Cida a décidé de m’offrir une fête pour mes
quarante ans. Faute d’espace, l’anniversaire se
déroulera chez mon frère Fr…, dans la
véranda. Il y aura deux plats typiquement
brésiliens au menu, la fejoda et la vatapa. Une
trentaine d’invités sont prévus; parmi eux
toute ma famille. Ma petite Cida, ne
chercherais-tu pas à prouver tes capacités de
ménagères à mon entourage? Si oui, bravo. Je
suis sûr que tu vas réussir.
Lundi 1er avril
Oui, comme mon humeur ne me donne
guère de l’humour, j’ai oublié de faire un
poisson d’avril. De plus, il n’y a rien en vue
pour l’avenir du roman, ni pour la distribution
du film. Franchement, à quoi bon tenir un
journal, mon quotidien est
tout à fait

25

Journal d’un écriveur
inintéressant.
Vendredi 3 mai
La fête de mon anniversaire se prépare.
Même si je suis né un 7 mai, demain c’est le
grand jour. Je me suis rendu dans une
boutique de cotillons pour acheter quelques
guirlandes et des bougies pour le gâteau. La
météo annonce une baisse de la température,
un vent du nord et de la pluie. Il faut prévoir
du chauffage dans la véranda. Merci petit
Jésus!
Samedi 4 mai
Très bien, il pleut averse et il est conseillé
d’enfiler une peau de mouton pour quitter la
maison. A cette saison, il fait probablement
plus chaud au pôle Nord qu’ici en Belgique.
Cida fait des merveilles dans la cuisine, tout y
est retourné, il y a du beurre sur toute les
poignées de portes, elle prépare les plats avec
sa maladresse coutumière, elle s’est coupée le
doigt avec une boîte de conserve, mais tout va
bien, le repas est en bonne voie. Comme la
vatapa est délicieuse, je rassure aussitôt la
cuisinière, qui de joie se pend à mon cou.
Au début de la soirée, c’est un peu la cohue,
mais tout se déroule bien. Les invités semblent
heureux et dégustent avec une curiosité non
feinte la spécialité de Bahia. Le gâteau en
forme de livre me rappelle l’attente

26

Journal d’un écriveur
insoutenable d’une réponse de chez Grasset.
Jeudi 9 mai
Impatient, j’envoie une lettre par fax à Yves
Berger: « Ne croyez surtout pas que je souhaite
presser votre décision, mais puisqu’il
aujourd’hui plus que quatre mois... »
Lundi 20 mai
Il fait bon jardiner au soleil. Je viens de
tondre la pelouse, j’enlève les mauvaises
herbes du parterre empli de fleurs, je sue
comme un bœuf... A un moment donné Cida
s’approche de moi avec un papier fax entre les
mains. Réponse d’Yves Berger: « Pardon de ce
silence... Encore quelques jours... » Oui, à ce
moment-là j’ai éprouvé une énorme joie
intérieure ; j’avais trouvé un ami pour me
soutenir. Mais pourquoi ai-je aussi inscrit un
sourire triste au bord des lèvres?
Vendredi 21 juin
En voilà encore pour ta pomme! A vouloir
réaliser un film pour sortir du chômage, je finis
par créer des problèmes qu’il me faut résoudre
au plus vite. Explication: Pour préserver le
droit des images du film et les droits d’auteurs,
j’ai déclaré l’œuvre à la Sabam. De ce fait, j’ai
aussi déclaré les supports sonores du
document, les musiques. Résultat, la Sabam
me demande de payer 7.950 francs de

27

Journal d’un écriveur
redevance. Puisque je n’ai pas trouvé un
distributeur ou un acheteur, le film n’est donc
pas commercialisé, alors je réponds non. Sans
doute d’autres problèmes en perspective!
Samedi 29 juin
Franchement, ma famille pousse un peu de
bouchon avec Cida. Ne l’accuse-t-on pas
maintenant de tous les maux de la terre, de
manquer d’humour alors que l’un de mes
beau-frère vient de comparer son papa à un
nazi; simplement parce que j’avais dit que le
papa de Cida à la peau blanche tachetée de pois
de rousseur, les yeux bleus, les cheveux blond
et que son surnom est « allemand ». Un
brésilien du Nordeste avec un tel physique
peut évidemment prêter à discussion, je suis le
premier à l’admettre, surtout quand on sait
que bons nombres de nazi ont trouvés refuges
dans les Amériques du Sud, mais il y a
néanmoins une limite à l’humour.
Et enfin au sujet de Cida et moi, pour percer
l’abcès une bonne fois pour toute, oui il nous
arrive de nous engueuler, oui nous explosons
parfois en publique, oui nous sommes un
couples peu ordinaire à cause de mon passé et
du sien, oui elle a le sang chaud, elle est latine
jusqu’à la mèche de ses cheveux, oui elle est
sincère, elle dit ce qu’elle pense à qui ne veut
pas entendre la vérité en face, oui elle aime
toujours s’asseoir à mes côtés lors des repas de

28

Journal d’un écriveur
famille et non face à face comme les européens
le conçoivent, oui elle est complexée à cause de
sa nationalité, à cause de son physique, oui, à
vos yeux elle a tous les défaut du monde, elle
est râleuse, rancunière ou emmerdeuse, mais
vous devez le savoir, cher famille, que vous
avez aussi brisé sa bonhomie à cause de votre
gentille indifférence, à cause de votre racisme
latent, comme l’a dit un jour l’un d’entre vous.
Franchement, vous ne vous rendez pas compte
de votre froideur envers Cida, de votre
manière de l’exclure sans avoir l’air de le faire,
en ne lui proposant jamais rien, ne fut-ce que
d’éplucher des pommes de terres, même si elle
est lente ou maladroite, en ne l’invitant jamais,
vous mes chères sœurs, à se promener en ville.
Vous lui souriez une fois au début de la
rencontre et puis c’est tout. Mais cela ne suffit
pas à un être humain... N’ayant pas sa famille
à ses côtés, Cida a un énorme besoin de
chaleur et de réconfort, et au lieu de lui ouvrir
vos bras, vous êtes comme des frigos, fermés et
froids. La vie, sa passe aussi par les relations
avec les autres, et non égoïstement, comme j’ai
déjà entendu: « Si elle n’accepte pas nos règles
et si elle ne s’amuse pas, elle n’a qu’à retourner
d’où elle vient. » Mais personne ne s’est posé
la question de savoir pourquoi elle était là!
Pour moi, grosse tarte, moi votre frère! Mais
cela, vous vous en fichez comme de votre
première culotte! Mon bonheur, vous vous en

29

Journal d’un écriveur
FOUTEZ!
Mercredi 12 juin
Et me voilà de nouveau condamné à rester
au lit durant 15 jours; bien qu’au regard de
mon état le mot handicapé serait plus juste. Le
docteur Evrard, de l’hôpital d’Eupen, m’a fait
une infiltration dans le bas du dos. Donc cloué
sur mon lit, j’ai placé mon ordinateur sur une
petite table et ai commencé la rédaction d’un
nouveau roman, d’une histoire qui traînait
depuis plusieurs mois déjà dans ma tête.
Mercredi 19 juin
Visite chez le docteur Evrard à Eupen,
infiltration et condamnation confirmée. Je
poursuis la rédaction du roman. Silence absolu
sur le sujet, je ne veux rien dévoiler. Le
développement y est toutefois assez
compliqué.
Jeudi 27 juin
Enfin rétabli... Je peux maintenant
m’occupé du jardin qui est dans un état pas
possible, une jungle en miniature. Bien
entendu, Cida me prédit un nouveau lumbago.
Têtu, je tonds la pelouse. Plus tard dans la
journée, ma victoire sur le mal est totale, je
cours de joie dans les escaliers. Cida soupire.
Et moi aussi.

30

Journal d’un écriveur
Samedi 13 juillet
Comme la météo annonce du beau temps
pour demain, nous envisageons de partir en
balade. Cida aimerait visiter la ville de
Luxembourg au Grand-Duché. C’est Ok! Alors
nous préparons le pique-nique pour demain.
Au menu du repas de midi, une fejeada avec du
riz, que nous réchaufferons demain matin
avant de maintenir le tout au chaud dans une
bouteille Thermos prévue à cette fin.
Dimanche 14 juillet
En effet, il fait soleil. La route est belle et
dégagée. Peu de circulation sur les routes
nationales que nous avons préférées à
l’autoroute. Les paysages sont splendides sous
le ciel azuré. Le voyage est comme une
thérapie, paisible et reposant. Oui, nous
sommes comme de jeunes amoureux. Nous
visitons la petite ville de Dickirch et prenons
une collation à 10 heures, un œuf cuit dur avec
du pain. Si Luxembourg ville n’est pas très
grande, cela n’enlève rien à son charme
pittoresque un rien teuton. Le cœur historique
de la ville rappel évidemment le passé glorieux
et stratégique de la cité. La place central est
magnifique, naturellement trop envahie par
les commerces et les touristes, que je suis,
mais à notre époque...! Regret. Vers 14h30
seulement, nous avons regagné notre véhicule
rangé le long des remparts et nous avons enfin

31

Journal d’un écriveur
déjeuné. La fejeada est délicieuse, toujours
bien chaude. Oui, Cida, je le sais, dans la
voiture, pourtant à l’ombre d’un arbre sans
doute centenaire, il fait à crever de chaud.
Dehors il y fait 28 degrés. A notre retour, nous
avons visité le Mémorial Center à Bastogne.
Ah! J’oubliais aussi de dire... Le matin avant
de partir vers le Luxembourg, j’ai fait le plein
du réservoir de la voiture! C’est très intelligent,
n’est-ce pas, vu le prix de l’essence en
Belgique, 34 frs le litre, au lieu de 24 frs au
Luxembourg! Et vu la file de voiture qu’il y
avait le soir aux stations-services, il était
préférable de poursuivre son chemin.
Jeudi 18 juillet
Le silence d’Yves Berger me tracasse...
Pourquoi tarde-t-il tant à me donner des
nouvelles ? Je commence à deviner la
réponse... En attendant, je m’occupe du jardin.
Puis mon travaille sur le nouveau roman est
laborieux, je ne sens pas très bien le fil
conducteur de mon sujet, quelque chose
m’échappe. Oui, le fil n’est pas le bon, il me
faut encore le trouver.
Samedi 27 juillet
Comme la météo annonce encore du beau
temps, nous organisons une autre balade. Cida
aimerait visiter un peu l’Allemagne. Le cap
sera mis sur Trèves, au bord de la Mosel ! Nous

32

Journal d’un écriveur
préparons donc le pique-nique pour demain.
Au menu de midi: carbonnades de porc et riz,
que nous réchaufferons aussi demain avant de
partir
Dimanche 28 juillet
Comme des amoureux nous prenons la
route... Ce matin, il fait pourtant un peu plus
frais. Mais comme dit le proverbe populaire,
« la pluie du matin n’arrête pas le pèlerin »,
nous cheminons avec l’espoir de voir surgir un
rayon de soleil. Par chance, le vent vient du
sud. Là-bas à Trèves le ciel est bleu. Cette ville
historique fondée en 16 avant Jésus-Christ est
un véritable bijou au bord de la Mosel.
Splendide, somptueuse, magnifique. A Trèves,
il y a tout à visiter, de la Porta Nigra à
l’immeuble Steipe, en passant par Simeonstr,
par la place du Marché, ensuite par les églises,
la cathédrale, la basilique, la Maison de Karl
Marx, le Palais rococo des princes-électeurs,
les thermes de Sainte-Barbe et Impériaux,
l’Amphithéâtre, les Musées, etc. Superbe
journée!
Lundi 5 août
Message à Yves Berger. « Votre fax du 20
mai m’avait un rien rassuré, mais le silence
c’est de nouveau installé. Puis-je interprété ce
silence comme une simple hésitation de votre
part? J’avoue néanmoins qu’aujourd’hui le

33

Journal d’un écriveur
doute s’enracine peu à peu. »
Jeudi 22 août
Une lettre signée par Yves Berger. Résumé:
« Je me suis attaché à ce Bouddha d’albâtre et
il faudrait bien, n’est-ce pas, que Grasset vous
publie... Pour moi, ce Bouddha d’albâtre est ce
que vous avez fait de mieux. Patientez encore
5 semaines. Amitié. » Il y a de l’espoir!
D’autant plus que mon horoscope prédit des
contacts avec l’étranger, en particulier sous la
forme de contrats sérieux, et des rapports avec
le monde de l’édition.
Lundi 2 septembre
Finalement, comme j’ai pas mal de
difficulté à poursuivre la rédaction du nouveau
sujet, je retravaille Les matins secs, un
manuscrit écrit en 1988. Ainsi avec Au-delà de
Madrid les oliveraies disparaissent déjà
réécrit, j’aurais trois manuscrits de bonne
facture en réserve, sans compter Gâteaux de
Lune, qui me tiens le plus à cœur. Car modifier
le style de ce celui-ci serait, à mon avis, une
grave erreur, se serait détruire sa magie
initiale. Mais comme les critiques et les
suggestions des éditeurs sont parfois
surprenantes... A moi, une fois l’heure venue,
de ne pas me laisser tourner la tête et à tenir
bon!

34

Journal d’un écriveur
Mercredi 20 novembre
La bombe vient d’éclater dans ma famille.
Oui, il y avait longtemps que le feu couvait,
mais je ne croyais pas que mes frères et sœurs
en arriveraient là. Ils me l’ont dit: « Tu payes
ou on te considère comme un voleur, tu ne fais
plus partie de la famille... Tu n’es plus notre
frère! »
Explication: En 1980, abandonné par ma
femme (asiatique), trompé, roulé, déprimé,
après la traversée d’un long tunnel, réduit au
chômage, ma mère m’avait couramment prêté
de l’argent pour pouvoir me meubler, acheter
une télévision et une machine à écrire. La
somme s’éleva à 120.000 FB et fut réduite à
75.000 FB. Même si elle était toujours en
bonne santé et cela malgré deux opérations
cardiaques, sans doute par un pressentiment,
ma mère mit certaines choses au point; elle fit
le récapitulatif de tous ce qu’elle avait donné et
fait pour chacun de ses enfants, elle estima que
d’une manière ou du autres chacun avait reçu
sa part du gâteau, vida son compte pour
acheter une nouvelle voiture à mon père et
mourut deux mois plus tard. N’ayant que ses
habits pour toute richesse, mon pauvre père
fut dans l’incapacité de payer les funérailles, la
pierre tombale et les deux factures de l’hôpital
(l’une de 9.000 FB, la seconde de 17.000 FB).
Estimant avoir une dette morale envers ma
mère, je décide de payer seul la facture de

35

Journal d’un écriveur
9.000 FB. Mal m’en a pris! Lorsque la seconde
note est arrivée (montant revu à la baisse
puisque l’hôpital réclamait 30.000 fr) mes
frères et sœurs ont glissé le papier sous mon
nez. Et j’ai refusé.
Ma réponse fut donc claire:
« Alors vous l’avez perdu, votre frère. Car si
c’est ça toute la considération que vous avez
pour moi, merci beaucoup. Je n’accepte pas le
chantage. »
Et je suis rentré chez moi, où j’ai pleuré toutes
les larmes de mon corps.
Jeudi 28 novembre
Oui, ils (frères et sœurs) m’ont téléphoné à
tour de rôle en croyant me faire changer d’avis,
me convaincre finalement que j’avais tort de
refuser leur sentence ; car il s’agissait bien de
cela, d’une condamnation et d’une exécution.
J’ai envoyé tout le monde sur les roses. Mais
cela me fait mal de voir mes proches dans la
turpitude et l’hypocrisie. Car je décèle
rapidement dans les propos qui me
parviennent la faiblesse de mes frères. Leurs
seules fautes est finalement celle de ce laisser
manipuler comme des gamins! Et mon père
dans tout cela? Oui, il ferait n’importe quoi
pour recoller les morceaux. Par exemple:
mourir tout de suite dans l’espoir que lors de
ses funérailles... Ou encore me demander de
mettre ma fierté dans les chiottes.

36

Journal d’un écriveur
Mardi 10 décembre
Troisième message envoyé à Yves Berger.
« Ce dimanche 8 décembre, j’ai regardé à la
télévision belge (RTBF) un portrait de
Jacqueline Harpman. Et j’ai pensé à vous... »
En substance ceci: je lui signalais qu’après 11
mois, j’attendais toujours sa décision
concernant le Bouddha d’albâtre. Même si je
ne veux pas l’admettre, je sais qu’il sera refusé.
Je crois même deviner qu’Yves Berger n’ose
pas me décevoir en me signifiant la décision du
Comité de lecture.
Jeudi 26 décembre
Superbe cadeau de l’Office National de
l’Emploi (ONEM) pour ma Noël: une
convocation fixée le 3 janvier 1997 (autre beau
cadeau de fin d’année!) Franchement, cette
convocation envoyée entre deux grandes fêtes
ne me dit rien qui vaille, je sens un piège. Mon
avocat étant naturellement en congé de fin
d’année, comme la loi me le permet, je
demande par lettre recommandée un report de
la confrontation.

37

Journal d’un écriveur

1997

Mercredi 1er janvier
Cette journée en principe pleine de joie est
pour moi d’une grande tristesse. Ce soir, je ne
serais donc pas assis autour de la table
familiale. J’irai cependant avec Cida chez un
ami.
Jeudi 9 janvier
Mais quelle terrible déception, d’abord je
n’en crois pas mes yeux, le facteur vient de me
remettre dans les mains mon manuscrit de
retour de chez Grasset. C’est terrible, car cela
signifie qu’il ne sera pas édité. Puis à la lecture
de la lettre qui accompagnait le texte, c’est
encore plus terrible... Savoir qu’un homme de
la qualité d’Yves Berger a bataillé ferme au sien
du Comité de lecture pour imposer mon travail
et qu’il n’est arrivé à rien, c’est à se mettre une
balle dans la tête! Le monde s’écroulerait sous
mes pieds et je m’en ficherais, car mes espoirs
viennent de s’envoler en éclat. Jamais sans
doute je n’ai été aussi près de la réussite. Mais
est-ce possible que Dieu, que Sainte Matadi (je
38

Journal d’un écriveur
ne sais même pas qui elle est !) et maman que
j’ai tant prié, vous me fassiez cela? Sur cette
terre, les démons sont pour moi. Je pleure
toutes les larmes de mon corps. Je pleure et je
pleure encore tant ma peine est insondable.
Lundi 13 janvier
Après avoir reçu la seconde convocation de
l’Onem et après avoir eu un entretien avec
mon avocat, ce matin je me rends à l’ONEM.
L’inspecteur me bombarde de questions. Et
tandis qu’il n’écoute que ces propres
questions, jamais mes arguments, il poursuit
l’entretien en insinuant que je suis un
profiteur, un faux chercheur d’emploi. Et
malgré mon classeur rempli de lettres (250)
qu’il ne daigne pas consulter, lorsque je lui
glisse quand-même sous le nez une lettre du
directeur Littéraire de chez Grasset, il répond
avec dédain que lui aussi peut écrire cent
lettres de ce genre. Non seulement il injurie
Yves Berger sur son honnêteté et sur ses
capacités professionnelles, mais il m’injurie en
ne reconnaissant ni mon travail ni mes efforts.
Puis le rond de cuir aborde le problème de
ma situation familiale, il estime que mon état
civil est celui de séparer, non celui de marié,
que je fais de fausse déclaration pour obtenir
une allocation de chef de famille. Je conteste
violemment l’accusation d’escroquerie et
présente ma carte d’identité sur laquelle est

39

Journal d’un écriveur
reprise mon épouse. En outre, j’avance divers
arguments, en particulier celui de ma
responsabilité civile, puisque mon épouse
légitime est sensée être sur le territoire belge
après son expulsion vers la Belgique et être
aussi sans revenu connu. Le bras de fer est
terrible. Le butor attaque ensuite sur la
présence de Cida dans mon appartement, le
fait que je ne l’ai pas signalée. Maintenant je
devine qu’il y a eu délation, l’administration
pose des questions trop précises. Je réplique
que je reçois gracieusement Cida chez moi
pour lui permettre de faire des études à
l’Université de Liège, qu’elle est autorisée à
séjourné en Belgique grâce à un visa à durée
déterminée, que de toute manière cette
déclaration n’est pas requise vu que je ne sais
pas
aider
Cida
dans
son
activité
d’indépendante. Bref, l’entretien tourne au
vinaigre. Je refuse de signer le pro-justitia qu’il
me présente.
Mercredi 15 janvier
Ci-dessous, lettre envoyée à Monsieur Yves
Berger:
Face aux avis plutôt négatifs des autres
lecteurs, je comprends très bien votre
résignation. Merci pour la confiance que vous
continuez malgré tout à me porter. Cette
marque de sympathie me touche et me
réconforte, car même si je soupçonnais un peu

40

Journal d’un écriveur
vos difficultés à m’imposer, j’avoue néanmoins
avoir beaucoup espéré.
Oui, si par pudeur et pour ne pas vous
influencer je n’ai pas voulu exposer ma
situation sociale, aujourd’hui je peux vous la
dévoiler. Suite à la politique d’exclusion
massive des chômeurs, je suis sur le point de
basculer dans la catégorie des indigents, des
personnes ayant pour unique droit une
allocation de survie, c’est à dire 2200 FF. Face
à une telle perspective, il est pour moi bien
difficile d’écrire avec sérénité. Encore merci
pour votre soutien.
Amitié et admiration pour vos œuvres et votre
littérature.
Christian Janssen
Mardi 20 janvier
Oui, vers dix heures, j’étais toujours au lit.
Cida répond au téléphone. Yves Berger se
présente et aussitôt lui demande:
« Comment va-t-il? »
Réponse: « Oh! Monsieur, vous ne savez pas
comme cela va lui faire plaisir de vous
entendre, il passe un moment très difficile, son
moral est au plus bas. Il vous admire vraiment
beaucoup. »
Yves Berger: « Merci madame de me dire cela,
vous êtes très gentille. »
Puis à moi il me demande:
« Comment est votre situation là-bas? »

41

Journal d’un écriveur
Je lui explique que je suis menacé d’être exclus
du chômage parce que je suis resté fidèle à
l’engagement de mon mariage, une hérésie,
que l’administration invoque même une
possible peine de prison, et que je serais
bientôt appelé à comparaitre devant le
Tribunal du Travail. Yves Berger me dit alors:
« Dites à votre avocat que je suis disposé à
venir témoigner de votre honorabilité, car
malgré mon humble personne, ma fonction
peut impressionner les Jurés. Puis envoyezmoi votre curriculum vitæ et tenez-moi aussi
au courant de l’évolution de l’affaire, je ne
peux pas vous laisser dans cette situation. »
Un grand Monsieur, Yves Berger! A mon grand
regret, nous nous sommes jamais rencontré,
mais il est capable de venir de Paris jusqu’à
Verviers pour me porter secours. Chapeau!
Mercredi 21 janvier.
Lettre envoyée à Monsieur Yves Berger:
Maintenant j’en suis persuadé, la grandeur
d’un homme se distingue surtout par sa
modestie et par sa générosité. En effet, pour
prendre la peine de me soutenir comme vous
le faites, vous êtes sans nul doute une
personne de très bon cœur. J’espère
sincèrement pouvoir vous remercier un jour
en écrivant un roman digne d’être publié chez
Grasset, un roman qui vous sera dédié. Ci-joint
le curriculum vitæ.

42

Journal d’un écriveur
Amitiés et respects.
Christian Janssen
Lundi 17 février
Anniversaire de Jessica, ma filleule. Pour la
première fois, vu le climat actuelle avec ma
famille, je ne lui ai pas téléphone. Oui, je le
regrette, cela me fait mal, mais je ne peux pas
agir autrement si je veux montrer ma
détermination à vouloir être respecté par ma
famille.
Jeudi 6 mars
Après plusieurs journées d’angoisses et de
pleurs, j’hésite cependant à écrire une lettre,
que voici :
Monsieur Yves Berger,
Malgré mon problème de droit social qui
traine en longueur (l’administration du
chômage me persécute en réalisant des
enquêtes à n’en plus finir, peut-être même
devrais-je finir par devoir porter plainte pour
harcèlement), j’ai néanmoins trouvé la force
morale de relire les différents rapports de
lecture que vous avez eu la gentillesse de me
soumettre, rapport concernant les manuscrits
Le bouddha d’albâtre et Au-delà de
Madrid les oliveraies disparaissent.
Face à l’une ou l’autre remarque, il me vient
l’envie de réagir, de dire qu’il y a des points de
vue différents tout aussi valables les uns que

43

Journal d’un écriveur
les autres, mais que le choix d’un auteur est
aussi à respecter. Ne voyez pas dans ma
démarche une critique sur les critiques, je ne
me le permettrais pas. Je souhaite simplement
défendre mon travail et la manière dont j’ai
développé les sujets dans mes manuscrits. (Cijoint une note pour chaque texte)
Pour l’instant, quand mon esprit trouve un
peu de sérénité, je tente d’achever la réécriture
d’un manuscrit que je vous avais soumis en
octobre 1988. Les Matins secs.
Croyez, Monsieur Berger, à mon amitié et à
mon admiration.
Christian Janssen
Ci-dessous les deux notes:
Au-delà de Madrid les
disparaissent.

oliveraies

• J'ai l'impression qu'il y a une
méprise sur mes intentions. Oui, il
s'agit d'un roman sur l'immigration,
d'un couple espagnol venu s'installer
en Belgique, pas d'un roman traitant
en profondeur les problèmes de
l'Espagne franquiste. C'est une
volonté depuis le début. Certes , le
premier chapitre se déroule en
Espagne, il a sa place et son
importance, mais il est développé
dans le simple but d'expliquer la

44

Journal d’un écriveur
raison qui pousse le couple à émigrer
et à s'installer en Belgique.
• Si les personnages semblent passer
du
rôle principal
à un rôle
secondaire, c'est finalement une
illusion, car nous les retrouvons tout
au long du récit, dans lequel ils sont
indispensables pour l'évolution de la
dramatique. De plus, l'un des aspects
que je pensais intéressant dans la
monture du texte, était justement
d'avoir
écrit
un
chapitre
par
génération (trois exactement) et que
chaque génération était mise en
évidence afin de sacraliser les
difficultés, soit de quitter le pays
pour les uns, soit de s'intégrer pour
les autres, sans compter le problème
du
racisme
et
les
multiples
répercutions humaines.
• Le
récit
est
volontairement
architecturé sur le principe même de
la famille et de la vie, du père
laissant la place au fils, le fils au
petit-fils, etc.. Je veux donc dire,
qu'après une période de leur vie, les
personnages passent et finissent par
être
remplacés
par
d'autres
personnages qui deviennent à leur
45

Journal d’un écriveur
tour incontournable.
• Bref, il me semblait que les
personnages avaient chacun un rôle
bien attribué, que chacun avait sa
place et que finalement ils arr ivaient
quelque part, même si parfois ils ne
semblaient pas maîtriser leur propre
destinée. Car dans la réalité de tous
les jours un émigré est -il vraiment
maître de son destin? Je comprends
donc assez mal lorsqu’on me dit que
les
personnages
(la
famille)
n'arrivent nulle part? Après toutes
les difficultés et les tragédies
touchant les familles espagnoles,
après un long et douloureux parcours
du couple, après tant de sacrifice
pour s'installer en Belgique, et après
tant de difficulté pour la deuxième
génération de la famille, la troisième
finit par s'intégrer entièrement dans
le pays d'accueil! Trouvez cela un
long chemin qui ne mène nulle part,
me semble assez injuste. Non, il doit
sans doute y avoir un malentendu
quelque part. Ou alors je n'ai rien
compris à la dramatique! Eclairez moi.

46

Journal d’un écriveur
Le Bouddha d’albâtre
• Comment puis-je accepter que le
passé familial de Vincent et que la
relation avec Cida n’apporte rien au
récit. J’ai beau imaginé coupé ces
parties du roman et je me dis que
dans ces conditions le roman est
amputé de ses racines.
• En effet, il est constru it sur
l’entrelacement des deux histoires
d’amour, une vieille et une nouvelle,
lesquelles sont posées sur les échecs
et les états d’âme de Vincent partagé
par la peur, le désir, le quand -dira-ton, les réflexions de sa propre
famille. De plus, la Thaïland aise et la
Brésilienne
se
donnent
une
profondeur l’une à l’autre. Enlever
tout
cela,
reviendrait
à
tuer
l’histoire, non?
• Sauf erreur de ma part, un roman
n’est-il pas non plus une sorte de
voyage intellectuel? Et je croyais que
l’extrait du texte repris c i-dessous en
italique était une forme de poésie
propre à donner du rêve, non une
simple description ressemblant à un
guide de voyage (ce terme est repris
47

Journal d’un écriveur
dans le texte).
« La Thaïlande s'étalait devant lui
comme une femme amoureuse se
laisse découvrir sans résistance
aucune. Elle était d'une rare beauté,
d'une prodigieuse poésie. La misère
apparente épousait le sublime sans
jamais de révolte, une convention
parfaite existait entre les deux
parties,
l'un
s'effaçant
devant
l'autre pour jeter à la face du monde
l'éclat des couleurs pastel, les
images paradisiaques publiées dans
les guides de voyage , les images
impressionnistes tant convoitées
par les peintres. » (P 57)
• Aussi, j’ai conscience que mes récits
ne sont pas de la littérature comme
la plupart des intellectuelles peuvent
le concevoir. Autodidacte, j’essaye
simplement d’écrire ce que mon cœur
me dicte, de traiter les relations
humaines avec une tendre naïveté
propre à toucher l’homme et de la
manière la plus sincère possible. Car
à force de vouloir intellectualiser les
sentiments et les hommes, ceux -ci
finissent par être scellés dans un
ciment froid et impersonnel. Ah,
monsieur Berger, si ma naïveté

48

Journal d’un écriveur
pouvait émouvoir un seul lecteur, ce
serait pour moi un merveilleux
cadeau!
Jeudi 27 mars
Nouvel examen de mon cas à l’Onem. Je
suis accompagné de mon avocat (car lors d’une
brève entrevue avec le juriste du syndicat
FGTB, j’ai constaté qu’il roulait pour le
Pouvoir en place (Socialiste - Sociaux
Chrétiens) et qu’il ne défendrait pas ma cause
comme j’étais en droit de l’espérer). C’est le
directeur et une collaboratrice qui nous
reçoivent. L’atmosphère est tendu, mais
correcte, il n’y a pas d’attaque injurieuse (la
présence de mon avocat semble avoir au moins
pour effet de tempérer l’ardeur des
fonctionnaires à vouloir croquer du chômeur).
Au bout d’une heure et demie de questionsréponses, l’entretien s’achève comme il avait
débuté, froidement. L’administration risque
bien de vouloir s’acharner sur moi pour faire
un exemple, car j’ose mettre à mal tous leurs
arguments destinés à me faire passer pour un
escroc. Et puis, je n’aime pas du tout l’attitude
silencieuse de la collaboratrice du directeur,
elle ne me regarde jamais, ou alors en coin,
lorsqu’elle croit que mon regard est ailleurs
que sur elle. Dangereuse! Et le directeur est un
faux jeton, de face aimable et jovial, mais un
serpent.

49


Documents similaires


Fichier PDF kasseurs voyous dautoroute k nas
Fichier PDF 49ec808b 376d 40ec ba1f da8a538bc0f0
Fichier PDF 2017 08 31 le monde 1
Fichier PDF 2017 02 bal ange vs demon page 02
Fichier PDF membres1 1
Fichier PDF fichemethodedissert


Sur le même sujet..