Fichier PDF

Partage, hébergement, conversion et archivage facile de documents au format PDF

Partager un fichier Mes fichiers Convertir un fichier Boite à outils PDF Recherche PDF Aide Contact



INTERVIEW DU PRÉSIDENT ISMAIL OMAR GUELLEH DANS JA N°2988 .pdf



Nom original: INTERVIEW DU PRÉSIDENT ISMAIL OMAR GUELLEH DANS JA N°2988 .pdf

Ce document au format PDF 1.6 a été généré par Adobe InDesign CC 2014 (Macintosh) / Adobe PDF Library 11.0, et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 14/04/2018 à 18:04, depuis l'adresse IP 196.201.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 146 fois.
Taille du document: 873 Ko (7 pages).
Confidentialité: fichier public




Télécharger le fichier (PDF)









Aperçu du document


SÉNÉGAL

MOUSTAPHA NIASSE,
LE SURVIVANT

ECOBANK
Ade Ayeyemi : « Nous
n’avons peur de personne »

MONDIAL
2026
Match truqué ?

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 2988 DU 15 AU 21 AVRIL 2018

DOING BUSINESS IN AFRICA

BÉNIN

GROUPE JEUNE AFRIQUE

2018
Titre sur une
ou deux ligne(s)
Meniam, quatios erum voluptatus nihicat invello rerferat quia que ipsant.
Doluption resto conet accati apiendam same nim ex eum, sum que coribus seribearum ut
officimus prestor isitatur sequam id exerum que sa vit, omnienisit ium

La porte d’entrée
de l’Afrique de l’Ouest
Le Bénin lance un vaste plan d’investissements de plus de 13 milliards d’euros.
Agriculture, infrastrucures, nouvelles technologies, éducation, innovations, tourisme...
tous les secteurs en bénéficieront. Au cœur du projet : la participation des acteurs du privé.

GUIDE
INVESTIR
AU BÉNIN
28 PAGES

DP World,
bases militaires,
dette chinoise,
France,
Yémen,
Somalie,
Érythrée,
démocratie,
présidentielle 2021…

Ismaïl Omar Guelleh

« Djibouti n’est pas
à vendre »

ÉDITION AFRIQUE CENTRALE
ET AFRIQUE DE L’EST

..
..

..
..
.. . .
..
. .
..
.
.
.
.. . . ..

France 3,80 € Algérie 290 DA Allemagne 4,80 €
Autriche 4,80 € Belgique 3,80 € Canada 6,50 $ CAN
Espagne 4,30 € Éthiopie 67 birrs Grèce 4,80 €
Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € Italie 4,30 €
Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 €
Mauritanie 1 200 MRO Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK
Pays-Bas 4,80 € Portugal cont. 4,30 € Réunion 4,60 €
RD Congo 6,10 $ US Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 6,50 FS
Tunisie 3,50 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2 000 F CFA
ISSN 1950-1285

Une interview exclusive du chef de l’État

Afrique subsaharienne

INTERVIEW

Ismaïl Omar Guelleh

Président de la République

« Djibouti n’est pas à vendre »
Contentieux avec DP World, présence chinoise,
relations avec l’Éthiopie, démocratie…
Le chef de l’État joue cartes sur table avec JA.
Propos recueillis par FRANÇOIS SOUDAN,
envoyé spécial à Djibouti

ieux que des phrases, les chiffres
disent ce que Djibouti représente
aujourd’hui sur la carte géopolitique du monde : 23 200 km², soit un peu
plus qu’Israël et un peu moins que le
Rwanda ; 1 million d’habitants – entre les
îles Fidji et Chypre – mais une localisation
éminemment stratégique : dans ses eaux
territoriales du détroit de Bab el-Mandeb
transitent chaque jour près de 5 millions
de barils de pétrole, soit 35 % des flux
mondiaux d’or noir. Sur cette vigie aride
se sont implantées les bases ou les facilités
de sept armées étrangères, installations
durables (Français, Américains, Chinois,
Japonais) ou provisoires, dans le cadre
de l’opération Atalante de lutte antipiraterie (Italiens, Espagnols, Allemands) :
un record planétaire ! Dans un rayon de
500 km autour de cet épicentre, de moins
en moins francophone et chaque jour un
peu plus anglophone, Turcs, Émiratis,
Saoudiens, Iraniens ont posé leurs propres
jalons militaires. Sans compter, au sud, le
drapeau noir des Shebab somaliens, au
nord une dictature érythréenne ouvertement hostile et, en face, à portée de vue
sur l’autre rive, le Yémen, en guerre civile
depuis trois ans et demi.
C’est dire si le président Ismaïl Omar
Guelleh (IOG), 70 ans, au pouvoir depuis
1999, est à la fois courtisé et conscient de
la fragilité d’un État que ses voisins ont
longtemps considéré comme une anomalie. Avant-poste dans la lutte contre le
terrorisme, Djibouti est aussi une démocratie strictement encadrée, à l’image
du Rwanda de Paul Kagame – les deux

M

28

jeuneafrique no 2988 du 15 au 21 avril 2018

hommes, qui s’apprécient, partagent les
mêmes opinions en matière de stratégie
de développement, même s’il reste du
chemin à parcourir aux Djiboutiens pour
éradiquer la corruption, le clientélisme et
le tribalisme. À la tête d’un pays dont le
PIB par habitant est supérieur à la somme
de ceux de ses trois voisins – Éthiopie,
Érythrée, Somalie – et qui, porté par un
taux de croissance de 7 %, se rêve en plateforme commerciale et logistique régionale, c’est un IOG aminci, débarrassé de
ses problèmes de genoux et toujours aussi
avide de lecture qui a reçu JA au palais
(made by China) de Haramous le 5 avril.
Jeune Afrique: Il y a quelques semaines, le
22 février, votre gouvernement a fait état
de la résiliation du contrat de concession
du terminal à conteneurs de Doraleh, attribué en 2006 à la société émiratie DP World.
Depuis, Dubaï ne décolère pas. Pourquoi
en est-on arrivé là ?

Ismaïl Omar Guelleh : Cela faisait six
ans que nous tentions en vain de renégocier treize articles de ce contrat léonin,
conclu – et mal conclu à l’époque, de par
notre faute – avec DP World. Nous avons
perdu beaucoup de temps et d’argent
dans cette affaire. Il fallait y mettre un
terme. Nous avons donc adopté une loi,
en novembre 2017, qui autorise l’État à
renégocier tous les contrats stratégiques,
et celui-ci en fait partie, puisque cette
installation est le premier employeur de
Djibouti. Mon ministre des Transports
s’est ensuite rendu à Dubaï, chez
DP World, pour discuter. Réponse sèche
de l’opérateur : « Vous voulez rompre ?
Faites-le. Nous allons vendre nos actions
et tous nos actifs à Djibouti : hôtels, villas,

En février,
dans son
bureau du
nouveau
palais de
Haramous.

quai pétrolier, etc. » Le ministre a bien
sûr rétorqué que l’État djiboutien se portait acquéreur des actions – l’une des
aberrations de ce contrat étant que, bien
que majoritaire à 66 %, l’État est minoritaire au sein du conseil d’administration
de Doraleh Container Terminal (DCT).
Refus des Émiratis : « Nous les vendrons
à qui nous choisirons. » Inenvisageable à
mes yeux, car il y va de notre souveraineté.
Nous avons donc fait jouer notre droit de
préemption et nationalisé DCT. Les procédures normales d’indemnisation seront
mises en œuvre.
Quelle est l’explication, selon vous, de l’attitude intransigeante de DP World ?

DP World n’a jamais cherché réellement
à développer Doraleh – qui fonctionnait
à 40 % de ses capacités – afin de favoriser l’émergence du port de Dubaï, Jebel
Ali. Il s’agissait de restreindre la concurrence en la contrôlant et de nous limiter
au seul marché local et à l’Éthiopie, quitte
à décourager les gros armateurs étrangers
de venir fréquenter notre port. Ils font la
même chose à Aden, à Berbera et ailleurs.
C’est du malthusianisme économique à
leur seul profit. Nous ne l’acceptons pas.

PATRICK ROBERT

DP World a engagé une nouvelle procédure
devant la Cour internationale d’arbitrage
de Londres, laquelle s’est déjà prononcée
en sa faveur dans le passé…

Ils profitent du fait que le contrat qui
nous liait a été placé sous le régime du
droit britannique, lequel n’en reconnaît pas l’aspect léonin. Ce fut l’une de
nos erreurs. Mais ils peuvent aller où ils
veulent, nous ne nous laisserons pas intimider. Nous avons tout fait pour trouver une solution à l’amiable : en 2016 et
2017, j’ai écrit au Premier ministre et au
ministre émirati des Affaires étrangères,
Cheikh Mohamed Ibn Rached et Abdallah
Ibn Zayed, ainsi qu’au prince héritier
Mohamed Ibn Zayed, pour attirer leur
attention sur cette situation. Aucun ne m’a
répondu ! Aujourd’hui, DP World menace
d’attaquer en justice toutes les entreprises
portuaires désireuses d’investir sur le
territoire de la République, que ce soit à
Doraleh ou ailleurs. Ce qui démontre bien
à quel point ce contrat était attentatoire
à notre souveraineté. C’est du chantage.
Nous n’y céderons pas.

jeuneafrique no 2988 du 15 au 21 avril 2018

29

Afrique subsaharienne

Lorsque votre décision a été rendue
publique, la première réaction de
DP World et des dirigeants émiratis a été
de dire: attention, Djibouti va offrir le port
aux Chinois. Est-ce exact ?

C’est faux. DCT est aujourd’hui propriété
à 100 % de l’État et sa gestion a été confiée
à une nouvelle entreprise publique, la
Société de gestion du terminal de Doraleh.
Mais cette intox a failli marcher : l’ancien
secrétaire d’État américain Rex Tillerson,
le général Waldhauser, patron d’Africom,
et même des sénateurs républicains se
sont émus de cette perspective. Nous les
avons rassurés : nous n’avons pas repris
Doraleh pour le revendre et nous n’avons
besoin de personne pour le gérer. Le port
de Djibouti existe depuis 1926. À l’époque,
Dubaï n’existait pas…
Agiter le chiffon rouge de la mainmise
chinoise est d’autant plus « porteur » que
les Occidentaux s’inquiètent beaucoup
du surendettement supposé de Djibouti à
l’égard de Pékin. Qu’en est-il exactement ?

Nous avons trois gros projets d’investissement avec les Chinois : le chemin
de fer Djibouti - Addis-Abeba, le pipeline
d’acheminement d’eau Éthiopie-Djibouti
et la construction du port polyvalent.
Tous trois sont élaborés pour générer de
quoi rembourser leur propre dette. Toutes
nos dettes sont d’ailleurs dans le secteur
marchand.
Pourtant, il se dit que la Chine se fait
du souci pour ses investissements à
Djibouti. Elle vous aurait même fait part
d’un certain mécontentement via son
ambassadeur…

Première nouvelle ! Ni le président
Xi Jinping, lors de ma visite officielle fin
2017, ni a fortiori son ambassadeur ne
m’ont dit quoi que ce soit en ce sens. Au
contraire : Xi Jinping a demandé à son
Premier ministre Li Keqiang de veiller à
ce que tout se passe pour le mieux entre
nos deux pays. Les Chinois sont des gens
sérieux, vous savez !
Leur nouvelle base militaire fait beaucoup
jaser. On parle de souterrains, de vastes
soutes à munitions, de bunkers secrets…

Décidément… Cette base s’étend sur
une emprise de 40 hectares. La base américaine est cinquante fois plus grande et

30

jeuneafrique no 2988 du 15 au 21 avril 2018

Le terminal à
conteneurs de
Doraleh,
le 4 février 2013.

personne n’en parle. Non, il n’y a rien de
tout cela. C’est incroyable, la façon dont les
Occidentaux peuvent fantasmer dès qu’il
s’agit de la Chine !
Idem pour le montant des loyers que
vous versent les puissances militaires
présentes à Djibouti. Quels sont les vrais
chiffres ?

Je vous les donne : 58 millions de dollars
par an pour les Américains, 30 millions
d’euros pour les Français, 20 millions de
dollars pour les Chinois, 3,5 millions de
dollars pour les Japonais. Au total, cela
ne représente même pas 10 % de notre
budget, ce qui n’empêche pas certains
d’écrire que notre survie économique en
dépend. En réalité, si nous taxions tous les
produits qu’elles importent hors douane,
nous pourrions gagner dix fois plus que
les loyers.
Allez-vous le faire ?

Chaque chose en son temps.

Les Russes et les Indiens vous ont sollicité pour installer eux aussi leurs propres
bases. Que leur répondez-vous ?

Vous ne trouvez pas que Djibouti abrite
déjà assez de bases étrangères ? C’est non.
Cela suffit.

VINCENT FOURNIER/JA

Une tragédie se joue au Yémen depuis
trois ans et demi à 15 km de vos côtes.
Dans cette guerre civile dévastatrice, qui
soutenez-vous ?

Djibouti a toujours opté pour la légalité
internationale. Nous sommes donc aux
côtés du président Mansour Hadi, mais
aussi du peuple yéménite en ce sens que
nous accueillons tous les réfugiés, de
quelque bord qu’ils proviennent. Ils sont
à Obock, à Djibouti : commerçants, banquiers, riches, pauvres, nous les autorisons
à s’installer et à travailler. Ils sont 40 000
à 50 000 qui ont trouvé refuge ici, ce qui,
proportionnellement à notre population,
est un nombre considérable. Le problème,
c’est le soutien logistique apporté par les
Iraniens aux rebelles houthistes, en particulier les missiles balistiques sol-sol. Si
l’Iran cesse de jouer à ce jeu, les pourparlers pourront reprendre. Il y a aussi le
problème du Sud et du retour de ses velléités sécessionnistes, l’implication des
Émirats, d’Al-Qaïda et de Daesh. Le Yémen
est devenu un chaudron pour apprentis
sorciers. Dire que cela m’inquiète est un
euphémisme.
Vous aviez d’excellentes relations personnellesavecl’ancienPremierMinistreéthiopien Hailemariam Desalegn. En sera-t‑il de
même avec son successeur, Abiy Ahmed ?

NOUS N’AVONS
PAS REPRIS
DORALEH
POUR LE CÉDER
AUX CHINOIS.
NOUS N’AVONS
BESOIN
DE PERSONNE
POUR
LE GÉRER.

Je le crois, oui. Nous nous sommes parlé
au téléphone. Il m’a dit que sa première
visite à l’étranger sera pour Djibouti. Il est
jeune, sympathique, bien accueilli par la
population. C’est un très bon choix pour
l’Éthiopie.
En quelle langue échangez-vous avec lui ?

Je parle l’amharique.

Pensez-vous que les soldats de maintien de
la paix de l’Amisom quitteront la Somalie
dans deux ans, comme le souhaite l’Union
africaine ?

Non. C’est prématuré. Un départ précipité serait contre-productif. L’armée somalienne est loin d’être reconstituée.

Votre contingent va donc rester sur place?

C’est vraisemblable. Nous avons
2000 hommes là-bas, dans un secteur très
exposé, loin de Mogadiscio, qu’il faut ravitailler par hélicoptère. Contrairement aux
autres contingents de l’Amisom, qui ont
tendance à rester dans leurs casernes, les
soldats djiboutiens sont en contact direct
avec la population et opèrent en symbiose avec la brigade somalienne que nous
sommes en train de former. Ils font du très
bon travail.
En Somalie, un grave différend personnel
oppose le Premier ministre au président
du Parlement. Pourquoi ne joueriez-vous
pas les médiateurs ? Tout le monde vous
respecte à Mogadiscio…

Écoutez, j’ai téléphoné la semaine dernière au président Mohamed Abdullahi
Mohamed pour lui recommander de
prendre ses responsabilités dans cette
affaire et de réconcilier les deux camps. C’est
à lui de le faire. Il m’a répondu positivement,
mais deux jours plus tard j’apprends qu’il a
demandé au président du Parlement de
démissionner! J’ai un peu de mal à le suivre.
Etavecl’Érythrée,vosrapportssont-ilstoujours aussi tendus?

Oui. Et ils le resteront tant que ce monsieur Afeworki sera au pouvoir à Asmara
et tant que Djibouti aura de bonnes relations avec l’Éthiopie. Car c’est là le fond
du problème. Il y a quelques jours, le nouveau Premier ministre éthiopien a proposé
l’ouverture d’un dialogue avec l’Érythrée.
La réponse d’Afeworki ne s’est pas fait
attendre : c’est hors de question. Que voulez-vous que l’on fasse avec ce genre de
personnage?
Entrel’ArabiesaouditeetleQatar,vousavez
choisi votre camp…

Celui de l’Arabie saoudite, clairement.

Pourtant, Qatar Airways continue de desservir l’aéroport d’Ambouli.

Disons que nous fermons les yeux. Nous
avons rappelé notre ambassadeur à Doha
mais notre ambassade demeure ouverte,
tout comme celle du Qatar à Djibouti. Nous
ne sommes pas des jusqu’au-boutistes.
Vous avez rencontré le président français
Emmanuel Macron à deux reprises : à Paris

jeuneafrique no 2988 du 15 au 21 avril 2018

31

Afrique subsaharienne

en décembre et à New Delhi en mars. Votre
impression ?

Excellente. C’est un homme ouvert, de
bonne volonté, désireux de comprendre,
intelligent, pas du tout intrusif, avec qui on
peut avancer. Je constate par ailleurs que,
à la suite de Vinci, d’Eiffage et de quelques
autres, les investisseurs français sortent peu
à peu de leur frilosité djiboutienne. Avec des
propositions innovantes dans les domaines
de l’assainissement, de l’énergie solaire couplée à l’agriculture, etc. Il était temps!
Les Français vous parlent-ils encore de l’affaire Borrel?

Non. La page est tournée depuis un certain temps déjà. Définitivement, en ce qui
me concerne.
Comment se por te la démocratie
djiboutienne?

Nous sommes en phase avec notre population et avec nos impératifs de développement. Ce qui compte, ce sont les indicateurs
sociaux : emploi, formation, éducation,
mortalité infantile, etc. C’est cela qui m’intéresse, beaucoup plus que les bavardages
de salon. Pour le reste, il y a à Djibouti une
opposition qui use et parfois abuse de sa
liberté d’expression. Ainsi hélas qu’une
poignée d’extrémistes actionnés depuis
Paris et Bruxelles par des autoexilés se
réclamant d’un certain Frud [Front pour
la restauration de l’unité et la démocratie]
armé. Ces groupes résiduels ont leurs bases
en Érythrée et transitent souvent par le territoire éthiopien pour faciliter leurs incursions. Il y a deux semaines, ils ont attaqué
un bus de civils et blessé deux passagers
avant de le brûler. Ils s’en prennent aussi
aux foreuses d’exploration géothermique,
aux camions, etc. C’est une pollution que
nous nous efforçons de gérer, en collaboration avec les autorités éthiopiennes.
L’opposition démocratique est affaiblie et
fractionnée, ce qui fait les affaires de la coalition qui vous soutient. Mais n’est-ce pas
aussi un problème? Vous n’avez plus d’interlocuteur, si ce n’est les réseaux sociaux…

L’opposition existe et existera toujours à
Djibouti. Pour le reste, elle n’a pas le monopole de l’expression populaire : la société
civile est aussi un vecteur des préoccupations collectives et elle ne se prive pas de
nous interpeller dès qu’un problème se

32

jeuneafrique no 2988 du 15 au 21 avril 2018

pose. Notre responsabilité est d’être à son
écoute et de savoir réagir à temps, afin que
la violence ne l’emporte pas sur le débat
démocratique. Si on se bouche les oreilles,
le risque c’est l’explosion. La voix du peuple
doit être entendue en permanence.
L’accord-cadre de 2014 prévoyait un statut
pour le leader de l’opposition. Pourquoi
n’est-il pas encore entré en fonction?

Nous sommes prêts. Mais la coalition
avec laquelle nous avons signé, l’USN
[Union pour le salut national], a implosé.
Nous attendons qu’elle se reconstitue.

LES INDICATEURS
SOCIAUX
M’INTÉRESSENT
BEAUCOUP
PLUS QUE LES
BAVARDAGES
DE SALON.

En attendant, l’opposition compte encore
quelques fortes personnalités décidées
à en découdre, comme l’ancien maire
de Djibouti Abdourahmane Mohamed
Guelleh, dit TX, ou encore Daher Ahmed
Farah, dit DAF…

Le premier est isolé et me semble un
peu perdu. On me dit que ses partisans
égorgent des moutons pour accélérer
mon départ et se promènent avec un cercueil sur lequel est épinglé mon nom. Vous
voyez le genre. Quant au second, il a deux
problèmes parmi d’autres : l’appellation
de son parti, qu’il n’a pas le droit d’utiliser
sur décision de justice à la demande de la
veuve du fondateur, et, au cas où il souhaiterait se présenter à une élection, sa double
nationalité belgo-djiboutienne, à laquelle
il devra renoncer.
Vous avez entrepris de recevoir régulièrement chaque ministre en compagnie de ses
collaborateurs afin, dites-vous, de corriger
ce qui ne va pas à l’intérieur des ministères.
Est-ce vraiment le travail d’un président?

Tout à fait. Cela fait partie de mes
responsabilités.

Il paraît que le ton monte parfois de votre
côté.N’est-cepasproblématiquedegronder
un ministre devant ses collaborateurs?

Il ne s’agit ni d’offenser ni d’humilier
qui que ce soit. J’ai simplement constaté
que, lorsque je convoquais un ministre,
ce dernier ne faisait pas redescendre les
reproches que j’avais à lui formuler. Avec
cette méthode que j’entends pérenniser, au
moins, les choses sont claires. Évaluation,
reddition des comptes, gestion axée sur les
résultats: voilà ce qui m’intéresse dans cet
exercice.

Abonnez-vousà

Découvrez toutes nos offres
d’abonnement sur

jeuneafrique.com
ou contactez-nous
au +33 (0)1 44 70 14 74

ZHANG DUO/XINHUA-REA

Après les législatives de février, tout
Djibouti spécule sur un possible changement de gouvernement. Est-ce à l’ordre du
jour?

Non. Ce gouvernement n’a que deux ans
et un remaniement entraîne des frais pour
le budget : villas de fonction, nouveaux
véhicules… Nous n’avons pas les moyens.
Combien gagne un ministre?

Il reçoit 400 000 francs djiboutiens par
mois [environ 1 830 euros], y compris les
indemnités.
Et le président de la République?

Vo u s a l l e z s o u r i r e… J e g a g n e
359000 francs – moins que mes ministres.
Le Conseil national de la communication
vient d’entrer en fonction. À quoi va-t‑il
servir, quand on constate que le paysage
audiovisuel djiboutien ne comporte que
des médias d’État?

Ce conseil, qui est présidé par une
femme dont le punch et l’indépendance

Avec le président chinois
Xi Jinping à Pékin,
le 23 novembre.

d’esprit sont reconnus, va prendre toute
sa place. On l’a d’ailleurs constaté lors des
législatives. Quant au paysage audiovisuel,
il est libre, il n’y a jamais eu de monopole.
Le problème, c’est le modèle économique.
Les journaux disparaissent au bout de trois
mois faute d’argent et aucun investisseur
privé ne s’est jusqu’ici intéressé aux radios
et aux télévisions. Sauf à être financé par
une ambassade étrangère, ce que la loi
interdit, je ne vois rien venir.
La prochaine présidentielle, c’est en 2021.
Serez-vous candidat?

Quelle que soit la réponse à cette question, il serait prématuré de la donner.
Pourtant, l’opposition en fait un sujet de
débat quasi permanent.

Croyez-vous que c’est cela qui préoccupe les Djiboutiens plutôt que leur
niveau de vie, le social, le développement?
Je ne le pense pas. Pour le reste, n’ayez
crainte : la machine institutionnelle est
bien huilée.

jeuneafrique no 2988 du 15 au 21 avril 2018

33


Documents similaires


itw iog jeune afrique n 2822
doc9 statistiques 2015
jeune afrique page n 5
la voix de l ethiopie mai juin 2016
doc lettre aux leader mondiaux 1
doc lettre aux leader mondiaux


Sur le même sujet..