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Bitcoin nouveau pan de l'économie monétaire STAMPER Émeric .pdf



Nom original: Bitcoin nouveau pan de l'économie monétaire - STAMPER Émeric.pdf
Auteur: Administrateur

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UNIVERSITÉ PARIS I- PANTHÉON SORBONNE
MASTER 1 – ÉCONOMIE APPLIQUÉE
ANNÉE UNIVERSITAIRE 2016-2017
Cher collègue

LE BITCOIN : UN NOUVEAU PAN DE
L’ÉCONOMIE MONÉTAIRE ?

Par STAMPER Émeric

MAÎTRE DE CONFÉRENCES ASSOCIÉ À LA RÉALISATION
DE CE MÉMOIRE : KOPP Pierre
1

RÉSUMÉ
Seront analysées dans ce mémoire la nouvelle façon de créer et d’échanger de la monnaie
issue du Bitcoin et son évolution à la lumière de l’intervention des autorités publiques et du
développement
du
secteur
des
monnaies
virtuelles.
L’objectif est de modéliser la création monétaire du Bitcoin, appelée minage, à travers la
distinction de deux grands types de producteurs, appelés mineurs. Le premier type de mineur est
qualifié d’« hédoniste » en ce qu’il considère la production de Bitcoin comme un loisir, son activité
est sans but lucratif. Le second type de mineur quant à lui sera qualifié de « rent-seeker » en ce
qu’il considère le minage comme une source de revenus sans travail : une rente.
Nous étudierons ce nouveau phénomène qui est la « production » de monnaie par n’impprte quel
agent
connecté
à
ce
réseau :
les
échanges
sont
directement
impactés.
Le Bitcoin repose sur la technologie blockchain, qui a pour caractéristique d’être totalement
décentralisée, infalsifiable et potentiellement instantanée ce qui s’inscrit en rupture avec les
monnaies classiques.
Ainsi si le Bitcoin semble à sa conception s’inscrire en rupture avec le fonctionnement des
monnaies classiques, en raison de sa forte volatilité, de son développement et du déficit de
confiance qu’il accuse, un phénomène de « normalisation » du Bitcoin semble s’initier afin que
tout son potentiel puisse être exploité tout en luttant contre les fraudes et l’économie souterraine
qui sont facilitées par le Bitcoin. Ce mémoire a donc pour objectif de déterminer si le Bitcoin
s’inscrit en rupture ou tend à être dans la continuité des monnaies traditionnelles.

SOMMAIRE
Introduction – P.3 à 9
I)

Le Bitcoin, une nouvelle façon de créer et d’échanger de la monnaie – P.9 à 19
A) 2 types de producteurs : entre hédonisme et « rent-seeking » - P.9 à 15
B) Une potentielle redéfinition des échanges – P.15 à 19

II)

La normalisation de l’anomalie Bitcoin – P.19 à 27
A) L’essor prévisible de l’industrie Bitcoin et la recherche de maximisation de
profit – P.19 à 23
B) La convergence prévisible entre « coin » et Bitcoin – P.23 à 27

Conclusion – P.28 à 29
Bibliographie – P.30

2

Le sujet traité étant « Le Bitcoin : un nouveau pan de l’économie monétaire ? » il
convient tout d’abord d’en définir les termes. Le bitcoin est défini par son créateur
S.NAKAMOTO en 20091 comme « Un modèle de paiement électronique de pair à pair,
permettant d’envoyer directement de l’argent d’une personne à une autre, sans passer par une
institution financière. ».
C’est donc une monnaie (coin) numérique (bit) qui circule sur internet de manière totalement
décentralisée : elle circule de pair à pair 2, entre les ordinateurs interconnectés via le client
bitcoin. Celle-ci a pour autre spécificité d’être une monnaie privée c’est-à-dire sans aucun type
d’intervention ni de soutien d’un État et d’être virtuelle en ce qu’elle n’a aucun support matériel,
l’argent étant gardé dans des portefeuilles en ligne (hotwallet) ou sur des serveurs hors
connexion (cold storage).
Enfin sa création monétaire est totalement déconnectée de la création de richesses dans l’économie
ou au volume des transactions. Elle répond à un algorithme informatique, indépendant de toute
forme de contrôle humain comme le feraient les banques centrales en régulant la masse monétaire.
Par ailleurs, puisque la monnaie n’a pas de valeur intrinsèque liée à un métal précieux ou à une
contrepartie dans l’économie réelle, le droit de seigneuriage se confond avec la création monétaire
:
les
bitcoins
sont
donc
émis
en
récompense
du
« mining »3.
Les autres acteurs économiques peuvent en acquérir sur des marchés secondaires : des bourses
d’échange,
contre
leurs
devises
nationales
ayant
cours
légal.
La taille de la masse monétaire du bitcoin est déjà fixée à l’avance par l’algorithme à 21 millions
de bitcoins et sera atteinte en 2035. Ainsi, elle ne pourra techniquement pas être augmentée, même
dans le cas où une nouvelle ère de croissance économique émergerait, c’est donc la rareté du
bitcoin qui en fait sa valeur.
Concernant la sécurité informatique des transactions, la confiance en une monnaie étant un
fondement essentiel à sa diffusion au sein d’une communauté, le bitcoin repose sur une invention
clé, « le block chain », une technologie qui permet d’horodater de manière infalsifiable une chaine
de données sur un grand livre (le ledger), qui n’est pas stocké dans un serveur unique, mais
distribué parmi les milliers d’ordinateurs participants.
Ainsi, le système fonctionne en réseau, n’a pas de centre névralgique et ne peut être piraté ou
détruit.

1

Par S.NAKAMOTO, 2009, « Bitcoin », bitcoin.org
Noté P2P pour peer-to-peer en anglais.
3
Les transactions effectuées entre les utilisateurs du réseau sont regroupées par blocs. Chaque bloc est
validé par les noeuds du réseau appelés les « mineurs ». Dans la blockchain du bitcoin cette technique est
appelée le “Proof-of-Work”, preuve de travail, et consiste en la résolution de problèmes algorithmiques
qui sécurisent et authentifient les transactions. L’Hash (H) est l’unité de mesure de la puissance de calcul,
généralement on parle de TéraHash ou TH.
2

3

La sécurisation des transferts en bitcoin s’effectue grâce à la complexité croissante de l’algorithme4
qui assure une décentralisation totale de l’échange, on ne sait pas qui assure le chiffrement de la
transaction ni où puisque c’est une mise en réseau, chaque « cryptomineur » y participe et donc
rémunéré en bitcoin à la hauteur de son effort qui est mesuré en blocs minés.
Si ce système ne semble présenter que des avantages, il convient néanmoins de souligner que ces
opérations se déroulent dans un quasi total anonymat, les « wallets » peuvent être créer en donnant
une fausse identité et servir de moyen de paiement sans trace sur un « E-Bay » du crime (tueurs à
gages, vente de drogues, armes, etc.), ayant pignon sur le Deep Web, inaccessible aux utilisateurs
lambdas.
Si le bitcoin semblait être un idéal devenu réalité pour les plus libéraux de par son caractère
totalement privé, les États dans l’actualité semblent avoir pour objectif de poser les bases d’un
encadrement juridique et de se doter de moyens de régulation effectifs dans le secteur des monnaies
virtuelles.
En effet, en mai 2016, le Japon a adopté une loi qui encadre les monnaies virtuelles comme le
Bitcoin afin de mieux suivre les transactions, de lutter contre les fraudes, le blanchiment d'argent
et le financement du terrorisme.
La mesure vise à assurer la surveillance de ces transactions, elle doit également protéger les intérêts
des utilisateurs de ce type de plateforme.
Le texte précise que les gérants de ces "monnaies virtuelles" ont l'obligation d'être enregistrés
auprès de l'Agence des services financiers. Les personnes qui ouvrent un compte pour procéder à
des échanges et paiements avec ces monnaies doivent prouver leur identité.
Ainsi, l’anonymat total dont disposaient les parties est largement remis en cause et les plateformes
d’échanges de bitcoin ou les importantes pools 5 de mining (concentrant les plus gros mineurs de
bitcoin)
font
l’objet
de
régulation.
Auparavant il n'existait aucune règlementation encadrant les monnaies virtuelles au Japon, ce qui
a placé les autorités dans l'embarras quand est survenue début 2014 'l'affaire MtGox".
MtGox était une plateforme d'échange de Bitcoin qui a stoppé du jour au lendemain ses
transactions, avant de déposer le bilan, lésant tous ceux qui avaient fait confiance à cette structure.
L'ex-patron, le français Mark Karpelès est soupçonné d'avoir modifié les comptes de la plateforme
pour son propre compte, et d'avoir détourné 321 millions de yens de dépôts de bitcoins.
Ainsi c’est la confiance dans les structures d’échange de Bitcoin qui sont en cause et qui semblent

4

La difficulté de minage se calcule en comparant les calculs nécessaires pour générer un bloc
comparativement au premier bloc créé. La difficulté change à chaque 2016 blocs. Le réseau essaie
d'assigner la difficulté de telle sorte à ce que la puissance de calcul mondiale prenne exactement 14 jours
pour générer 2016 blocs. C'est pourquoi la difficulté augmente de pair avec la puissance du réseau.
5
La définition d’une pool est “Pooled mining is a mining approach where multiple generating clients contribute to the
generation of a block, and then split the block reward according the contributed processing power. Pooled mining effectively reduces
the granularity of the block generation reward, spreading it out more smoothly over time.”, bitcoin.org
4

nécessiter l’intervention des pouvoirs publics afin d’éviter une perte de confiance et de facto la fin
de ces monnaies.
Ce phénomène peut être illustré par l’actualité des marchés de cryptodevises où le 8 février dernier,
la banque centrale de Chine a décidé de suspendre les retraits de bitcoins, pour des durées allant
de quelques jours à un mois afin de mettre à niveau les systèmes de contrôle et de lutte contre la
fraude,
le
blanchiment
et
l'évasion
fiscale.
En 48 heures, le cours du bitcoin a chuté de 12 % illustrant la perte de confiance induite en sa
valeur.
C’est donc dans ce cadre d’ « inflation législative et règlementaire » que s’inscrit ce mémoire afin
d’étudier le bitcoin comme un objet économique dont les contours et les spécificités semblent en
perpétuelles mutations.
Si le Bitcoin est le leadeur incontesté des monnaies virtuelles6, face aux profits générés, à la
difficulté calculatoire croissante de miner, plusieurs centaines d’autres « cryptodevises » sont aussi
apparues sur le même modèle.
En avril 2015, le Ripple arrive deuxième avec l’équivalent de 8% de la capitalisation du bitcoin.
Beaucoup de ces devises portent des noms qui dénotent la recherche d’anonymat, voire l’intention
de rester en marge de la loi (Blackcoin, Darknote, Dogecoin, Ethercoin, CannabisCoin…) et des
devises traditionnelles.
Si l’on veut étudier le bitcoin en tant que type de monnaie se différenciant des monnaies
traditionnelles, il convient tout d’abord de rappeler les principales pensées économiques sur la
monnaie en lien avec le Bitcoin.
Outre la fonction de support aux transactions, J.M.KEYNES7 expose que la monnaie peut
être
aussi
être
désirée
dans
un
but
précaution
ou
de
spéculation.
À l’heure actuelle, le Bitcoin semble s’inscrire dans ce troisième cas puisqu’il fait face à une forte
volatilité et que seules 12 000 entreprises l’acceptent comme moyen de paiement aux USA 8.
Bien que bitcoin soit construit comme un moyen d’échange, il ne fournit par les autres fonctions
traditionnelles de la monnaie, comme « réserve de valeur », « unité de compte », et « mesure de
valeur ». Or pour les keynésiens, la préférence pour la liquidité qu’offre la monnaie dépend du
taux d’intérêt auquel elle peut être placée : si ce taux est faible, la liquidité sera préférée, d’autant
qu’on peut supposer qu’il va remonter. L’intérêt apparait ainsi comme une prime de renoncement
à la liquidité.
6

Le Bitcoin représentait 88.23% des échanges sur les marchés de cryptomonnaies le 27 décembre 2016
d’après coinmarketcap.com
7
Par J.M.KEYNES, 1936, « Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie ».
8
Par T.GALLIPPI, 2014, “The Present and Future Impact of Virtual Currency: Hearing Before the
Subcomm. On National Security and International Trade and Finance of the Senate Comm. On Banking”,
Rapport au Sénat étasunien.
5

L’aspect fortement spéculatif du Bitcoin permet de considérer, en se basant sur cette relation, que
l’arbitrage intérêt/liquidité interviendrait entre le dollar/l’euro et Bitcoin qui n’ont pas le même
taux
d’intérêt,
mais
avec
une
liquidité
comparable.
Pour J.M.KEYNES, tout agent économique a deux décisions à prendre quant à l’utilisation de la
monnaie qu’il reçoit: quelle part va-t-il consommer, quelle forme va-t-il choisir pour le reste
épargné.
Lorsque le taux d’intérêt baisse, les agents pariant qu’il va remonter ne placent pas leur argent : il
y a demande de spéculation. Et ce taux varie en fonction des décisions de la Banque centrale, dans
le cas du Bitcoin ce sont les marchés de cryptomonnaies qui impactent les décisions puisque ce
sont eux qui permettent la fixation du taux de change en fonction de l’offre et de la demande et
qui permettent de mettre en circulation les masses de cryptomonnaies, bien que les échanges de
pair-à-pair soient le principe du Bitcoin. Ce phénomène est dû à l’absence d’unité de compte
permise par le Bitcoin, les agents se réfèrent toujours à l’équivalent dollar pour donner une valeur
aux biens. En effet les grandes entreprises telles que Microsoft, Expedia ou Dell qui acceptent le
bitcoin convertissent instantanément leur portefeuille en devise ayant cours légal se mettant à l’abri
d’un risque de change 9.
Réfutant la théorie quantitative de la monnaie, qui ne serait vérifiée que si tous les facteurs de
productions étaient employés, Keynes pense que la monnaie joue un rôle sur la production et sur
l’emploi. Il en déduit que lorsque l’économie souffre de sous-emploi, les autorités monétaires
peuvent accroitre la masse monétaire en circulation en baissant les taux d’intérêt, ce qui a pour
effet de rendre plus rentables des projets d’investissements, qui, par un effet multiplicateur,
augmenteront le revenu global.
Or dans le cas du Bitcoin, aucune entité, publique ou privée, ne peut modifier la masse monétaire.
À cela s’ajoute les marchés de cryptomonnaies dans le cas d’une baisse des cours ne semblent
avoir que des effets procycliques où la valeur des futures transactions se fixe sur celle des
précédentes, ainsi ces marchés ne peuvent être considérés comme des banques centrales de
monnaies virtuelles de par l’absence de politique monétaire, ce ne sont que des commissairespriseurs
au
sens
classique
et
néoclassique.
Pour les classiques et néoclassiques, la monnaie, simple intermédiaire des échanges, n’est
qu’un « voile »10 : ce sont toujours des marchandises qui s’échangent entre elles.
Toute variation de la quantité de monnaie en circulation entraine une variation proportionnelle de
tous
les
prix
par
une
perte
induite
de
valeur
de
la
monnaie.
Or, la masse monétaire du Bitcoin n’a de cesse d’augmenter (aucun bitcoin ne peut être détruit) et
pourtant on observe une augmentation de la valeur du bitcoin11 en dollars et sans pour autant
constater une inflation du même ordre sur les prix sans doute à cause de son ancrage sur le dollar.
Le Bitcoin ne semble donc pas être sujet à la relation classique volume masse monétaire/prix,

Par J.DAVIDSON, “No, Big Companies Aren’t Really Accepting Bitcoins.”, Time
Magazine, 9 janvier 2015.
10
Par J.B.SAY, 1803, « Traité d'économie politique », livre I, au chapitre XV: « Des débouchés ».
11
En septembre 2013, un bitcoin valait autour de 120$, en avril 2017 son prix avoisine les 1100$.
9

6

d’autant que les monnaies traditionnelles telles que l’euro ou le dollar n’ont pas vu leur cours
évoluer dans de telles proportions.
Pour les néoclassiques la théorie quantitative de la monnaie12 permet de comprendre la demande
de monnaie.
Dans ce modèle on a : MV=PT
Avec V : vitesse de circulation de la monnaie ; M : quantité de monnaie disponible ; P : PIB et T:
période
donnée.
Les axiomes de ce modèle étant que la vitesse de circulation de la monnaie est constante13, le
volume des transactions ne fluctue pas et l’équilibre du marché assure le plein emploi de toutes les
capacités de production. Il conviendrait ainsi d’étudier, notamment à travers une vitesse de
transaction croissante, quels seraient les résultats de ce modèle dans le cas du Bitcoin.
En ce qui concerne l’expansion de la masse monétaire (M), les théories monétaires actuelles ne
prennent pas en compte la production privée de la monnaie, mise à part la création de monnaie
fiduciaire qui est contrôlée par les banques centrales, le bitcoin modifie la création monétaire dans
l’acception généralement admise, en permettant à ses utilisateurs d’être les producteurs de leur
propre
monnaie.
L’absence de banque centrale et d’intermédiaire financier sont les piliers du Bitcoin, mais la
question des politiques monétaires n’en reste pas moins dénuée de sens.
Si pour les monétaristes autrichiens la meilleure politique monétaire est de ne pas en avoir 14, la
question d’une (auto)régulation de cette monnaie semble prendre tout son sens à la lumière des
récentes interventions étatiques sur le marché des cryptomonnaies et notamment une possible
évolution du fonctionnement du Bitcoin, plus régulé, plus sûr et stable financièrement.
Ainsi, s’il semble que le bitcoin tend à faire émerger un nouveau pan de l’économie monétaire en
dérogeant aux théories établies, il parait néanmoins subsister des raisons de penser que celui-ci
convergera dans son développement vers des relations monétaires et de production plus classique.
En effet, la masse monétaire finale du bitcoin étant fixée et la difficulté du minage augmentant
avec le temps, les mineurs verront leurs profits se réduire avec des capitaux fixes si l’on considère
que l’augmentation du cours du bitcoin ne suffit pas à couvrir les gains perdus engendrés par la
baisse
de
production
moyenne.
De nouvelles monnaies sont créées et attirent les mineurs qui pourront migrer sans coût tout en
ayant
de
meilleurs
rendements
en
change
dollar.

Par I.FISHER, 1911, « Le pouvoir d’achat de la monnaie ».
La vitesse de circulation de la monnaie considérée comme constante est fortement contingente, la
relation MV=PT est issue des travaux de J.BODIN au XVI où la vitesse de circulation de la monnaie était
limitée par la technique : les moyens de transport et de communication ne pouvaient pas drastiquement
augmenter leur vitesse, contrairement au numérique qui tend vers l’instantanéité.
14
M.FRIEDMAN, 1991, « Inflation et systèmes monétaires », Edition Calmann-Levy.
12

13

7

Un marché de concurrence pure et parfaite semble donc émerger, notamment grâce à des
« benchmarking » personnalisés15 gratuits.
À ce phénomène s’ajoute l’arbitrage classique entre « risque » et « profit » où les nouvelles
monnaies bien que très rentables, en termes de volume de production, car peu difficiles à miner
ont des cours très volatils, avec des variations telles que -93.24% sur 24h pour l’Arcade Token,
générant un phénomène « d’hystérèse de la confiance ».16
Les monnaies virtuelles ne semblent donc pas échapper aux mécanismes classiques de rationalité
des agents.
Ceci peut être illustré par la valeur du Bitcoin qui semble se baser sur une « foi » irrationnelle, ou
d’une
«
perception
»
biaisée
de
sa
valeur.
Les bulles spéculatives pourraient sembler irrationnelles, mais proviennent d’agents qui font des
paris qui sont, eux, rationnels. Certains gagneront, certains perdront. C’est comme parier sur qui
gagnera le Superbowl : le fait d’avoir perdu ne signifie pas simplement que les perdants ont choisi
irrationnellement l’équipe de leur pari. Toutes les preuves suggèrent que valoriser la monnaie est
ce qu’il y a de plus « rationnel » à faire, et mettre en place un système de troc est moins rationnel.
Ainsi si l’on écarte l’axiome portant sur une valeur du bitcoin déconnectée de l’économie réelle,
il convient de se baser sur la valeur transactionnelle de celui-ci : l’offre et la demande de bitcoin à
des fins d’échange. Notamment sur la valeur transactionnelle du Bitcoin dans l’économie
souterraine en faisant une relation entre la masse monétaire M1 17 du dollar et transactions
officielles (PIB) et en la comparant avec le volume de Bitcoin en circulation (à l’instar d’un M1
pour l’économie souterraine) et la valeur de l’économie souterraine des États-Unis en dollars pour
évaluer la valeur intrinsèque du Bitcoin et voir si elle diffère grandement de celle constatée sur les
marchés.
Les fervents défenseurs du Bitcoin voient l’émergence des monnaies virtuelles comme un
changement de paradigme de la confiance qui substituerait le Blockchain à l’État.
Cette évolution pair-à-pair dans le monde de la finance aux aspirations de révolution populaire
semble osciller entre numérisation de la monnaie et monétarisation du numérique.
En d’autres termes, par certains aspects le Bitcoin semble déroger aux théories traditionnelles de
production et d’échange de la monnaie, mais de plus en plus une tendance à évoluer vers des
relations économiques plus traditionnelles, notamment sous les influences règlementaires, la
recherche de maximisation du profit et l’aversion au risque, se dénote.
Le site Coinwarz.com permet d’optimiser la production de monnaies virtuelles : en donnant les
caractéristiques de la machine ceci-ci propose la monnaie la plus rentable pour le mineur.
16
L’Arcade Token n’est pas le seul à subir de telles chutes, toutes les monnaies avec un faible volume
d’échange sur 24H (moins de 100$) en sont sujettes puisque les précédentes transactions apparaissent
avec le prix unitaire de la monnaie échangée, les agents se basent sur celles-ci pour établir leur prix
d’échange, il y a une inertie dans la valeur des transactions et un effet procyclique de ces plateformes.
17
M1 mesure les composantes les plus liquides de la masse monétaire. Elle contient l’argent et les actifs
qui peuvent être rapidement convertis en espèces. M1 se concentre uniquement sur le rôle de la monnaie
en tant que moyen d’échange, l’utilisation principale pour ne pas dire unique du Bitcoin dans l’économie
souterraine.
15

8

En cela peut-on considérer que le Bitcoin est fondamentalement différent des relations
traditionnelles
de
production
et
d’échanges
monétaires
?
Afin de mener cette démonstration, il sera traité dans la première partie la nouvelle pratique qu’est
de « produire » de la monnaie initiée par le bitcoin et des nouvelles influences sur les transactions
en monnaies virtuelles.
La normalisation du bitcoin au fur et à mesure de son développement, celui-ci tendant vers des
relations économiques plus traditionnelles déjà présentes dans les théories économiques actuelles,
sera traitée dans la seconde partie.

I)

Le Bitcoin, une nouvelle façon de créer et d’échanger de la monnaie

Avec la création du Bitcoin une nouvelle activité économique est apparue : le « minage » de
monnaie en d’autres termes la production décentralisée et individuelle de monnaie virtuelle pour
toute machine connectée au réseau Bitcoin. Cette monnaie pouvant s’échanger de manière
infalsifiable entre tous les agents connectés à ce réseau, et ce sans intermédiaire.
Par ses caractéristiques le Bitcoin semble générer une distinction entre deux types de mineurs : les
mineurs hédonistes, producteurs désintéressés financièrement dans le cadre de leurs loisirs et les
mineurs « rent-seekers », ayant pour objectif de tirer un véritable revenu de leur investissement
(A).
Si le cas Bitcoin a des spécificités de production, il ne semble pas moins redéfinir pour autant les
échanges en se distinguant des monnaies traditionnelles notamment par ses caractéristiques
techniques (B).

A) 2 types de producteurs : entre hédonisme et « rent seeking »
En s’inscrivant dans un cadre de production avec un coût nul en capital requis pour miner18 et
où les profits peuvent être importants lors d’investissements conséquents en matériel
informatique19, le Bitcoin fait émerger 2 types de « mineurs » qui sont les seuls à pouvoir créer de
la monnaie.

18

Il convient de distinguer capital requis et rentabilité. Si un simple téléphone mobile peut techniquement
miner des Bitcoins, de plus grosses performances sont nécessaires pour que cela devienne rentable, ne
serait-ce que pour couvrir le coût électrique.
19
Avec un investissement de base de 4500€ permettant d’acheter 3 machines avec une puissance de
calcul total de 40.5 TH/s, pour une consommation totale de 4.2 GW/h et un prix du GW/h de 0.14€, le
mineur peut espérer en moyenne avoir un bénéfice net de 220€/mois. (calcul effectué sur coinwarz.com)
9

Les premiers seront appelés mineurs « hédonistes » en ce que le mining est réalisé dans leur temps
de loisir, ceux-ci souhaitent comprendre son fonctionnement et tire une utilité du simple succès à
miner.
Sera supposé dans ce modèle que la machine utilisée est le PC personnel du mineur hédoniste, ce
qui
engendre
un
investissement
initial
nul
en
capital.
Ainsi sera étudiée leur fonction d’utilité puisqu’ils sont considérés comme des consommateurs du
loisir « miner », la production de Bitcoins bien que présente n’est pas une priorité pour eux et ils
n’en
tirent
aucun
bénéfice
financier.
Les seconds seront nommés mineurs « rent-seekers » en ce qu’ils souhaitent tirer une véritable
rente du minage du Bitcoin en investissant des sommes importantes dans du capital informatique
performant.
Les mineurs hédonistes sont des mineurs que l’on peut considérer comme minant par loisir.
Leur fonction d’utilité dépend positivement de la réussite (S) à faire miner leur machine, qui est
proportionnelle au temps consacré à se documenter, qui représente un épanchement de désir de
connaissance (D).
Ainsi en termes d’utilité on aura une relation du type, qui est indépendante des spécificités de la
machine utilisée :
(1)

Succès de l’installation (S)

*

Temps

consacré

à

la documentation (D)

On considèrera que plus les difficultés rencontrées20 seront importantes plus, le mineur hédoniste
aura le sentiment d'avoir accompli une tâche difficile, le temps passé ne peut être considéré comme
un coût puisqu’il s'agit de loisirs et que l'échec stimulant le mineur ne peut être considéré comme
tel. Ainsi l’utilité tirée du minage croit avec le temps consacré à l’érudition dans cette activité.
Par ailleurs, l’importance des blocs trouvés par la machine semble déterminante dans l'utilité de
l'agent et notamment les performances de celle-ci (M) (satisfaction ostentatoire d’avoir une
machine puissante).21 Le mineur hédoniste est d’autant plus satisfait qu’il découvre que son PC
personnel est puissant pour le calcul.
À cela s’ajoute la réussite à trouver des « farming settings » améliorés (R) (réglage optimal de la
machine) peuvent être analysés comme de l'utilité de type "self-love" : l'utilité est d'autant plus
importante
que le
mineur
trouve
par
lui-même
les
réglages
optimaux.
20

Incompatibilité du matériel avec les logiciels nécessaires au minage, des réglages de la machine
défaillants (les réglages devant s’adapter à la puissance de la machine) et le temps de compréhension et
d’installation du client Bitcoin qui permet de réaliser les calculs sont les principales difficultés
rencontrées.
21
Il convient de préciser que le mineur hédoniste n'a pas un matériel adapté pour ceci, auquel cas il
deviendrait un « rent-seeker ».
10

Cela va de pair avec le partage avec les autres mineurs sur un forum dédié au mining (conseils de
programmation, résolution de problèmes, etc.) d’autant plus que sa contribution est utile, ainsi la
variable (F) semble nécessaire pour représenter ce dernier élément.
En termes d’utilité, on obtient une relation entre ces variables qui dépend des spécificités de la
machine utilisée :
(2) « Farming settings » (R) * ePuissance

de la machine (M)

+ Participation à la communauté (F)

Dans ce type de production, les coûts en électricité sont négligés, car différés et peu importants
pour l’agent (sa machine ne fonctionne pas 24h/24h) et les gains en devise marginaux, la machine
n’étant pas assez performante pour être rentable.
Toutefois, on ajoutera les variables : « panne matérielle » due à un équipement inadapté22 (P) et la
« lenteur
de
la
machine »
(L)23
qui
diminuent
grandement
l’utilité.
Dans le cas où la machine tombe en panne, le mineur aura une désutilité d’autant plus importante
que sa machine était performante (M) et dans une moindre mesure qu’il se sera documenté et qu’il
aura perfectionné les réglages de la machine (D + R).
Ainsi on grève la fonction (2) de ces variables :
La lenteur de la machine (L) impacte directement l’utilité procurée par la puissance de la machine
et les réglages perfectionnés, on a une nouvelle relation :
(2a) « Farming settings » (R) * ePuissance de la machine (M) / « Lenteur de la machine » (L)

Les pannes matérielles grèvent globalement l’utilité tirée du minage qui se traduit par une relation
du type :
(2b) « Panne matérielle » (P) * « Puissance de la machine » (M) * ln (« Temps consacré à la
documentation » (D) + « Farming settings » (R) ).
En agrégeant chacune des relations établies précédemment l’utilité du mineur hédoniste est telle
que :

(3) Uhédoniste = (1) + (2a) – (2b) = S*D + (R*eM / L) + F – P*M*ln(D+R)
22

Le minage du bitcoin, bien que possible sur les PC, nécessite des machines dédiées à cet usage, des
sortes de supercalculateurs.
23
Le PC personnel étant utilisé à 100% de ses capacités ce sont les autres tâches demandées par
l’utilisateur qui seront impactées, générant une désutilité d’autant plus importe que le PC était
habituellement performant.
11

En ce qui concerne le second type de producteurs, les mineurs « rent seekers » : on les
considèrera comme des mineurs hédonistes qui ont choisi, après avoir essayé de miner, de
continuer en réalisant des investissements importants pour atteindre le seuil de rentabilité.
Il semble difficile de concevoir que des personnes, qui n’ayant aucune expérience dans ce domaine
(documentation ou minage hédoniste), décident d’investir plusieurs milliers d’euros dans des
machines de mining: ils sont issus d’une phase, aussi courte soit-elle, de mineur hédoniste.
Seront utilisés les termes de « bénéfices » et « coûts » pour les mineurs « rent-seeker » plutôt que
d’« utilité » puisque ceux-ci recherchent la rentabilité et, contrairement au mineur hédoniste, ne
considèrent
pas
le
mining
comme
un
loisir.
On peut établir que leur fonction de coûts dépend positivement de la consommation électrique
(E)24. Les machines fonctionnant 24h/24h à une puissante maximale et stable, la consommation
d’électricité ne dépend pas des quantités produites25, ainsi E est une constante.
À cela s’ajoutent les coûts d’achat et d‘installation initiale des machines (A) ainsi que le temps
consacré à rechercher de meilleures machines et à les installer (T) qui augmente
proportionnellement avec le coût de renouvèlement et de modernisation des machines due à la
complexification
croissante
des
calculs
nommée
« Difficulté »
(M).
De ce fait on a comme coûts de production :
(4) Crent-seeker = Électricité constante (E) + Achat et installation initale des machines (A) +
Recherche et réinstallation de meilleures machines (T) * Difficulté (M)

Quant au coût dû aux pannes matérielles, on le considèrera comme nul puisque les machines sont
sans cesse renouvelées et s’il y a une panne, la garantie constructeur de 2 ans minimum (en France)
permet un renouvèlement sans coût, hormis la réinstallation qui entre dans la variable (T).

Les gains du « rent-seeker » excluent les variables « hédonistes » du premier cas puisque le loisir
devient une source de revenus et que s’instaure une habitude à miner.
Ainsi ses bénéfices sont ceux d’un producteur classique, ils dépendent positivement de la quantité
(Q) de bitcoins minés et du prix du bitcoin (B), mais aussi de la satisfaction personnelle d’avoir
réussi à tirer des revenus sans travailler et de pouvoir en évaluer le montant à chaque instant (V).
On obtient comme fonction de bénéfice pour le mineur « rent seeker », d’après les relations
établies précédemment :
Le coût de changement vers de contrat adapté avec leur fournisseur d’électricité est considéré comme
négligeable.
25
On ne peut prévoir précisément quelle quantité exacte sera minée puisque les mineurs sont
interdépendants.
24

12

(5) Brent-seeker = Q*B + V – (4) = Q*B + V – E – A – M*T

De ce fait, on constate que le passage du mineur hédoniste au mineur « rent-seeker » a de
nombreux
impacts
sur
la
production
de
Bitcoin.
Premièrement, on passe d’une production sans but lucratif, avec des motivations intrinsèques
(savoir, partage, etc.) à des motivations extrinsèques (revenu et rente) qui modifie leur fonction
d’utilité.
En effet, les mineurs hédonistes produisent des bitcoins par plaisir, ils ne seront que peut sensibles
aux coûts de fonctionnement (temps d’installation, électricité, etc.) et n’investiront pas dans des
machines,
mais
seront
très
sensibles
aux
pannes
matérielles.
À l’inverse, les mineurs rent-seekers qui ne fournissent pas « gratuitement » leur puissance de
calcul, mais bel et bien pour tirer des revenus, prennent en compte les couts électriques et de
matériel qui grèvent leurs bénéfices, cout croissant avec le capital utilisé.
Ensuite, on constate une composition organique de la production très élevée pour les mineurs
hédonistes (les investissements en capital humain sont plus importants que ceux en capital mort,
on peut même observer une relation du type : constante / 0+ qui tend ainsi vers l’infini).
À l’inverse, la composition organique de la production est faible pour les mineurs « rent-seekers »,
des rendements d’échelle croissant en capital humain sont présents : une machine supplémentaire
a un coût quasiment nul pour le mineur26.

Le minage de bitcoin est donc composé de deux types de producteurs qui vont valoriser
différemment certains aspects de la production du bitcoin, toutefois intrinsèquement le Bitcoin
semble changer les modes de production traditionnels puisque celle-ci s’effectue sans aucun coût
de transport entre les différents agents et elle s’insère dans une logique à la fois de division du
travail par l’interaction des agents sur le réseau et d’un retour à un « domestic system » où chacun
produit chez soi.
En effet, contrairement aux modes de production classiques, la production des uns dépend de la
production des autres, s’il n’y avait qu’un seul mineur alors il aurait certes tous les bitcoins minés,
mais sa production serait plus qu’incertaine et génèrerait peu de Bitcoins à cause du volume de
calculs total à effectuer.
Ainsi les producteurs dépendent des uns et des autres et on ne peut observer de réelle concurrence
en ce que la quantité de bitcoins produite ne peut être modifiée directement par le mineur (il le
peut indirectement en augmentant son capital en machines ou en améliorant les réglages, mais il
ne peut prévoir précisément de combien il va augmenter sa production puisque le facteur aléa est
26

En ajoutant une machine identique, le mineur connait déjà les réglages optimaux et elle vient se rajouter
aux installations déjà en place. Le cout marginal d’installation est donc négligeable.
13

très fort). Il en est de même sur la concurrence hors prix où le bien bitcoin est parfaitement
homogène, ils ne peuvent se différencier sur la qualité de la monnaie.
À l’origine c’est une production « d’entraide » avec de nombreux forums dédiés au partage de
réglages et de mise en place de clients bitcoin dans le but de don contre don. Une analyse de ce
type d’échange entre les mineurs peut être établie à la lumière du «Potlatch »27.
Le « Potlatch » est une lutte de prestige de type agonistique : il consiste en une immense fête qui
rassemble une ou plusieurs tribus pour des échanges de cadeaux qui vont jusqu'à la destruction de
richesses. Le but poursuivi au cours de cette « lutte de générosité » est d'établir la hiérarchie entre
les groupes et leurs représentants. Le plus fort est celui qui aura offert le plus de richesses. C'est
l'honneur
et
la puissance politique
des protagonistes qui est
en jeu.
Dans le cas des mineurs de Bitcoin, l’utilisateur donne ses astuces et en retour les autres l’aident
volontairement ou font don de bitcoins sur son portemonnaie virtuel, et ce de manière totalement
anonyme. Ainsi les principaux mineurs partagent leurs conseils et leurs réglages afin d’avoir un
maximum de remerciements et de contributions annexes qui renvoient vers leur publication, ayant
de facto une reconnaissance de leurs pairs et des dons en bitcoin conséquents, c’est un « Potlasch »
numérique, une célébrité à travers un anonymat total28.
L’anonymat total du Bitcoin lui a valu une myriade d’adhérents parmi les anarchistes et les
trafiquants de drogue à travers le monde. Ces transactions publiques se font d’adresse à adresse et
non
de
personne
à
personne.
Lors de l’installation d’un portefeuille électronique sur l’ordinateur, une adresse sera générée
aléatoirement par le logiciel et qui ne peut pas être associée à aucune identité physique, aucun
renseignement sur la personne n’est demandé. Un nombre illimité de portefeuilles peuvent être
créés
gratuitement.
Si un paiement est envoyé à une adresse trouvée sur internet, personne ne saura qui est à l’origine
de cette transaction.
Néanmoins,
l’anonymat
du
réseau
Bitcoin
n’est
pas
complet.
Si quelqu’un sait (le propriétaire de la plateforme d’échange, les autorités publiques ou un hacker
par exemple) où le mineur a vendu ses Bitcoins et vers quelle adresse il les a transférés, il pourra
suivre les transactions à la trace. D’autre part, si le mineur a partagé publiquement l’une de ses
adresses, il sera également possible de consulter les transactions qui y transitent.
Malgré cet anonymat relatif, le bitcoin est une production potentiellement défiscalisée, il n’y a pas
d’impôts
sur
la
production,
et
il
ne
relève
pas
de
la
TVA29.
Néanmoins le mineur, dans une optique de totale transparence, devrait déclarer le montant de sa
production lors de sa déclaration d’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques, les Bitcoins
minés
relevant
des
Bénéfices
non
commerciaux30.
Actuellement, les mineurs ne sont pas contrôlés par l’État en raison de la difficulté d’identification
27

Par M.MAUSS, 2007, « Essai sur le don. Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques »,
Presses universitaires de France, coll. « Quadrige Grands textes », p.248.
28
Leur reconnaissance ne se base uniquement sur les pseudos utilisés et non pas les noms réels, à l’instar
du créateur du Bitcoin qui se faisait appeler NAKAMOTO.
29
Affaire C-264/14, CJUE, 22 octobre 2015.
30
Bulletin Officiel de la Finance Publique-Impôts, 11 juillet 2014.
14

des débiteurs et créanciers ainsi que des difficultés probatoires hormis dans des cas extrêmes où le
mineur toucherait suffisamment de revenus pour alerter les autorités fiscales.
Ainsi le Bitcoin par ses spécificités de production a fait émerger deux grands types de
producteurs : les mineurs hédonistes qui considèrent le mining comme un loisir sont donc
désintéressés financièrement et les mineurs « rent-seekers » qui recherchent la profitabilité de cette
activité afin de tirer un revenu constant et sans travailler : une rente.
De ce fait en échappant aux règles traditionnelles de production, mais aussi d’échanges, le Bitcoin
semble redéfinir du point de vue normatif les transactions, mais aussi sous un aspect purement
théorique le Bitcoin parait déroger sur certains points aux acceptions classiques de la monnaie.

B) Une potentielle redéfinition des échanges

Si le bitcoin semble intrinsèquement avoir des impacts sur la production de monnaie, il semble
que cela impacte directement les échanges en plusieurs points.
Premièrement,
le
bitcoin permet
des paiements (quasi)

instantanés.
Or si l’on reprend la conception de la monnaie par les néoclassiques, la théorie quantitative de la
monnaie31
permet
de
comprendre
la
demande
de
monnaie.
Ainsi on a : MV=PT
avec V : vitesse de circulation de la monnaie ; M : quantité de monnaie disponible ; P : PIB et T:
période donnée.
Les axiomes de ce modèle étant que la vitesse de circulation de la monnaie est constante, le volume
des transactions ne fluctue pas, on se place sur un exercice budgétaire, et l’équilibre du marché
assure le plein emploi de toutes les capacités de production.

Avec le bitcoin, comme V peut potentiellement être plus élevé à terme que les devises légales
(actuellement les mineurs effectuent 7 transactions à la seconde, ce n’est pas le système qui est
intrinsèquement limité, mais uniquement la puissance de calcul disponible à l’heure actuelle 32),
célérité permise par la non-intermédiation du Bitcoin33 et comme T ne dépend pas de facteurs
monétaires, avec la masse monétaire du bitcoin fixe à long terme, le niveau général des prix
tendrait à être très élevé également et dans des proportions identiques.
Ainsi, si le bitcoin devenait la monnaie de référence cela génèrerait potentiellement un pic de

31

Par I.FISHER, 1911, « Le pouvoir d'achat de la monnaie ».
Plus il y aura de puissance de calcul dédiée au bitcoin et plus les transactions seront minées rapidement
et donc seront effectives.
33
Transfert de pair à pair, du débiteur au créancier sans aucun intermédiaire.
32

15

croissance économique34, avec une inflation record et exponentielle ce qui parait peu réaliste
d’autant qu’elle durerait indéfiniment à cause de la vitesse de transaction croissante du bitcoin.
De plus si les encaisses de Bitcoin sont analysées à la lumière de l’effet PIGOU35 ou "effet
d’encaisses réelles", il semblerait que cette monnaie n’est pas sujette à un tel phénomène.
En effet, A.C.PIGOU établit un lien entre la valeur réelle des encaisses ou des actifs monétaires
détenus par les particuliers et la demande de biens de consommation.
Si par exemple les prix baissent, la valeur des encaisses augmente. Même chose lorsque les taux
d’intérêt baissent : la valeur des obligations anciennes souscrites à des taux plus élevés augmente,
le cours des actions monte en Bourse, car le marché anticipe des profits à venir plus conséquents.
Cela suppose que les épargnants souhaitent simplement maintenir la valeur de leur portefeuille :
si cette valeur croît, le surplus dégagé servira en fait à alimenter la demande de biens de
consommation.
Or le Bitcoin bien qu’ayant vu sa valeur augmentée drastiquement, passant de quelques dollars en
2009 à plus de 1000 dollars en 2017 et faisant partie des actifs monétaires les encaisses en Bitcoin
n’ont
pas
pour
autant
diminué
pour
les
agents
sur
cette
période36.
Ceci peut être expliqué par le fait que malgré la liquidité du Bitcoin, les agents prévoient une
montée constante de sa valeur et attendent avant de les dépenser ou plus généralement de les
convertir en monnaie ayant cours légal. Cet aspect est renforcé par l’ancrage persistant du bitcoin
sur le dollar et son absence d’unité de compte dû à sa forte volatilité.

À cela s’ajoute le fait que les théories monétaires actuelles ne prennent pas en compte la production
privée de la monnaie, mise à part la création de monnaie fiduciaire qui est contrôlée par les banques
centrales, le bitcoin révolutionne ceci en permettant à ses utilisateurs d’être les producteurs de leur
monnaie.
Cette caractéristique induit que les bitcoins qui sont émis sur le réseau sont, sont créés ex nihilo
tout comme les devises traditionnelles, mais ne sont pas associés à une dette.
Il s’agit d’« argent-valeur », comme à la bourse : quand une société émet un titre financier, elle
émet
de
la
valeur.
Ici,
c’est
le
réseau
Bitcoin
qui
en
émet.
Cette valeur ne découle pas d’une marchandise tangible, mais de la valeur que les utilisateurs lui
accordent
en
tant
que
moyen
de
paiement.
Or, la rareté de bitcoin par rapport à son évolution produit automatiquement une hausse de sa
valeur. En outre, plus le bitcoin gagne des utilisateurs, plus il s’apprécie contrairement aux
monnaies traditionnelles qui continuent à se déprécier suite à un accroissement constant de leur
masse monétaire.
Ainsi si le cours du bitcoin vient à grimper en flèche, aucune banque centrale ne pourra diminuer

34

Une transaction en bitcoin met 45 minutes à être effective contre au moins 1 jour pour les banques
commerciales entre l’émission et la réception du virement.
35
Par A.C.PIGOU, 1920, « The Economics of Welfar ».
36
Le site bitinforcharts.com permet de suivre la capitalisation des plus grosses adresses de Bitcoin et l’on
constate sur la période 2011-2016 une stabilité des positions dans le TOP 100 des plus riches et une
augmentation de leur capital en Bitcoin supérieure à 175%.
16

cette tendance en émettant des bitcoins puisque la création monétaire dépend des calculs effectués
et
non
de
la
volonté
d’une
autorité
monétaire.

Toutefois, pour que le bitcoin ait une réelle valeur il convient que sa création soit infalsifiable,
afin de générer de la confiance entre les utilisateurs et d’être « meilleure » que les monnaies
traditionnelles
puisqu’aucun
« faux
bitcoin »
ne
peut
circuler.
37
En effet, le cœur du système est un journal public où toutes les transactions depuis sa création
sont consignées. C’est un registre infalsifiable qui renseigne sur tous les droits de propriété des
Bitcoins et leur cession.
Le journal fait foi, il protège et atteste la reconnaissance des droits de propriété : c’est le «
Blockchain ».
De ce fait, il semble qu’il y ait une possible confiance totale sur cette monnaie en ce que la rareté
est authentique, et que par ailleurs thésaurisation physique est quasiment impossible en raison du
caractère immatériel du Bitcoin, mais aussi des rémunérations des dépôts sur les portefeuilles liés
aux
plateformes
d’échange 38.
Bien entendu, la transaction doit être validée. Le payeur est-il bien propriétaire des bitcoins
dépensés ? Ces bitcoins n’ont-ils pas déjà été dépensés ? Le payeur ne va-t-il pas contester/rejeter
l’ordre après exécution ? L’ordre est envoyé aux machines du réseau pour validation et report dans
le blockchain grâce un traitement mathématique complexe assuré par les mineurs en charge de
l’opération,
eux-mêmes
rémunérés
par
la
création de
nouveaux
bitcoins.
La complexité du calcul est telle que les machines se regroupent en pool. Cette opération de
vérification prémunit le système contre les fraudes, double utilisation d’un bitcoin ou reniement
d’une transaction.
L’intégrité, la confidentialité et l’authentification des données sont ainsi garanties. On peut suivre
les transactions en direct sur le site blockchain.info assurant à priori une transparence totale.
De plus le Bitcoin est utilisé par une petite communauté ce qui permet de connaitre toutes les
spécificités des agents et de renforcer la confiance : plus la communauté est petite, plus les agents
se connaissent et créer des relations d’interdépendance « producteur-client » générant des relations
de confiance quant aux quantités fournies et aux prix, auquel cas le mineur ou le client trouvera
un autre cocontractant sans cout ni risque sur les plateformes d’échange.
Sur celles-ci les profils de mineurs sont établis pour échanger avec la communauté, notamment en
termes de langue et d’horaires compatibles pour négocier en instantané. Les profils de réputation,
de type « Ebay », sont inutiles puisque le Bitcoin est infalsifiable, aucune arnaque ne peut avoir
lieu.
Si tous les voyants semblent au vert pour le Bitcoin, on observe une grande volatilité de ses cours.39
Le Bitcoin de par ses origines opaques et sa déconnexion totale à l’économie réelle subit à chaque
intervention des États de fortes variations de ses cours, ce qui illustre le risque sous-jacent de perte
de
valeur
quasiment
instantanément
de
cette
monnaie.
37

On parle aussi de ledger, en anglais.
En mars 2017, la plateforme Bsave.com assurait une rémunération de l’ordre de 2% des portefeuilles.
39
Selon le site Bloomberg.com, le Bitcoin est la « pire monnaie de l’année de 2014 devant le rouble russe
et l’hryvnia ukrainienne » en termes de volatilité des cours.
38

17

Lorsque la Chine est intervenue en imposant des règles aux plateformes d’échanges du bitcoin,
celui-ci en 48 heures, a chuté de 12 % de sa valeur.

Si M.FRIEDMAN avant S.NAKAMOTO avait écrit que « la monnaie est une chose trop
sérieuse pour la laisser aux banquiers centraux »40, l’histoire financière des États-Unis, qui de 1837
à 1913 n’eurent pas de banque centrale, montre que quand l’État ne joue pas le rôle de prêteur en
dernier ressort, les paniques et les scandales financiers se suivent et se ressemblent : la
déconnexion entre économie réelle et économie financière où les banques centrales ont servi de
pompiers voire de catalyseur plutôt que de pare-feu.
En d’autres termes, la dénationalisation de la monnaie l’affaiblit parce que personne n’a plus
confiance. Et c’est bien ce qui semble se produire avec le bitcoin, que les agents économiques
utilisent comme intermédiaire dans les transactions, car il est moins coûteux que d’autres moyens
de paiement électronique (Visa, PayPal ou Western Union), mais qu’ils ne gardent pas comme réserve
de valeur.

Ainsi, en 2015, les partisans du bitcoin mettent en avant que plus de 100 000 points de vente, dont
Expedia, Microsoft, Dell, accepteraient le règlement en devise numérique, via BitPay, GoCoin ou
Coinbase.
Pourtant leur enthousiasme doit être tempéré, car en réalité ces multinationales convertissent
immédiatement
les
sommes
reçues
en
dollars.
Le dernier point qui fait obstacle à un large développement des monnaies numériques est
leur usage à des fins frauduleuses et de blanchiment. À cette critique, les partisans du bitcoin
répondent que l’argent liquide a toujours servi à ne laisser aucune trace du commerce illégal et que
cela n’a heureusement pas été une raison pour en interdire la circulation au sein du public. Par
ailleurs, ils expliquent que l’on pourrait encadrer les transactions en bitcoin puisque par définition
le ledger retranscrit toutes les transactions de manière infalsifiable et unique. Ce à quoi les autorités
de lutte contre le blanchiment tels que Tracfin ou FinCEN répondent que le manque de
transparence des plateformes, l’extraterritorialité et l’action d’agents non régulés – des dark pools
ou des paradis fiscaux – rendent le risque d’activité criminelle et de fraude fiscale extrêmement
élevé ce qui limite voire rend impossible la diffusion du Bitcoin comme unité de compte et de
réserve
de
valeur
par
manque
de
confiance.
De ce fait le Bitcoin, par ses caractéristiques techniques telles que la décentralisation ou
l’impossibilité de falsification des transactions pourrait modifier profondément la structure de
l’économie en rendant obsolètes tous les autres formes probatoires et augmentant la vitesse des
transactions. Toutefois le Bitcoin n’est pas encore la monnaie de référence en matière d’échange
notamment en raison de sa forte volatilité et du manque de transparence et de confiance des
plateformes d’échange.
Ainsi on remarque l’influence croissante du régulateur dans ce domaine qui souhaite intervenir

40

Par M.FRIEDMAN, 1962, « Capitalism and Freedom », University of Chicago Press.
18

afin d’instaurer une confiance en ces marchés en légiférant dans ce secteur encore « vierge » et en
se dotant de moyens d’actions et de répression41, ce qui peut mener le Bitcoin à « se normaliser »
et à se confondre dans les autres monnaies et à rejoindre des modes de production plus
traditionnels.

II)

La normalisation croissante de l’anomalie Bitcoin

Si le Bitcoin à son origine semblait reposer sur des petites structures de productions individuelles
on observe un phénomène d’industrialisation du Bitcoin et plus généralement des monnaies
virtuelles, notamment par la concentration des plus importants producteurs et la recherche de
maximisation de profil : une normalisation de la production du Bitcoin (A).
Ce phénomène s’accompagne une convergence entre le « coin » et le Bitcoin, en d’autres termes
entre les monnaies traditionnelles et les mécanismes qui les régissent et le Bitcoin qui dans sa
conception s’inscrivait en rupture de celles-ci. (B)

A) L’essor prévisible de l’industrie « Bitcoin » et la recherche de
maximisation du profit
Par l’essor du Bitcoin et notamment l’augmentation de la difficulté du mining, les
performances requises pour atteindre le seuil de rentabilité sont toujours plus importantes : les
mineurs ont donc intérêt à se regrouper afin de fournir une capacité de calcul suffisante : seuls les
mineurs « rent-seekers » seront donc étudiés dans cette partie. On assiste à une industrialisation
du Bitcoin.
Il convient de rappeler le processus d’industrialisation qu’ont connu les économies des pays
occidentaux au XVIIIe siècle afin d’établit un parallèle avec le Bitcoin.
En effet, les changements dans la manière de produire, guidés par un impératif d’accroitre la
production, se sont mis en place progressivement et non linéairement : c’est un processus long et
complexe.
Domine ainsi au XVIIIe siècle, le travail à domicile ou domestic system qui consiste alors à
distribuer le travail entre les foyers des villages alentour en leur fournissant la matière première et
en récupérant le produit fini ou semi-fini contre rétribution (permettant aux ruraux d’accroitre leurs
revenus en période hivernale).
Ce système est ensuite progressivement concurrencé par le factory system, innovation dans le
travail, consistant à passer d’un travail dispersé dans la campagne environnante à un travail
regroupé dans des ateliers en périphérie urbaine (la future usine) permettant alors de mieux

41

En 2015, les autorités Hong-Kongaises ont démantelé la société Mycoin qui promettait des rendements
illusoires de l’ordre de 250% par la mise en place d’une chaine de Ponzi, où les nouveaux adhérents
financent les intérêts des sortants.
19

contrôler la qualité du travail et de réduire les coûts de transports et de gestion, mais également
d’encadrer une main d’œuvre qui est alors dépossédée de son temps et de son travail.
Malgré tout, ces deux systèmes cohabitent encore tout au long du XIXe siècle avant que le factory
system, le travail en usine, ne supplante définitivement le travail à domicile.
Ainsi, s’il persiste des mineurs hédonistes qui continuent de miner avec un simple ordinateur de
bureau sans but lucratif on observe de plus en plus l’émergence de « super-mineurs » qui
investissent massivement dans des équipements de pointe afin de maximiser leur profit.
À l’instar de la transition au factory system, des « pools de mining »42 regroupant plusieurs mineurs
se mettent en place. On retrouve les mécanismes classiques de l’industrialisation : économies
d’échelles et division du travail.
Contrairement à l’industrie traditionnelle, il n’y a pas de capital humain, ainsi la redistribution du
travail ne s’effectue qu’entre les différents pourvoyeurs de capitaux : les mineurs.
Ce mode de fonctionnement en « mining pool » ou « coopérative de mineurs » obéit donc aux
relations classiques de l’économie.
Pour créer une coopérative, il suffit qu’un opérateur (personne ou société) se charge de fédérer
plusieurs mineurs. Lorsqu’un bloc sera trouvé par le pool, il s’occupera de distribuer la
rémunération au prorata de la puissance mise à disposition par chaque mineur, sans oublier de se
verser à lui-même une commission pour son travail de gestion.
Si l’organisation de la production du Bitcoin semble tendre vers le fonctionnement classique d’une
usine, le comportement des agents ne diffère lui non plus pas des préceptes classiques.
L’individu est calculateur et opportuniste. C'est une conséquence de la rationalité limitée des
organisateurs de pool. Comme le contrat ne peut pas prévoir toutes les alternatives possibles, un
agent peut être tenté d'adopter un comportement opportuniste pour favoriser ses intérêts au
détriment de ceux des autres.
En effet des passagers clandestins peuvent tenter, pour un même effort d’avoir une plus grosse
récompense. Ils peuvent décider de miner avec deux clients différents, dans de pools différentes
afin d’envoyer les mêmes calculs effectués simultanément, participant ainsi pour le même calcul
à deux rétributions. Pour pallier ce problème d’opportunismes des mécanismes contractuels se
mettent en place dont le plus efficace est la divergence de difficulté et des algorithmes de calcul43
entre les pools : un même calcul, mais à une difficulté différente donnera un résultat correct aux
pools, mais à des intervalles différents et l’algorithme de chaque pool donnera un résultat unique :

42

« Pooled mining is a mining approach where multiple generating clients contribute to the generation of
a block, and then split the block reward according the contributed processing power. Pooled mining
effectively reduces the granularity of the block generation reward, spreading it out more smoothly over
time. », Bitcoin.it.
43

Le site coinwarz.com dénombre plus de 11 algorithmes différents pour les différentes
monnaies virtuelles, chaque pool ayant une adresse unique qui rend les calculs infalsifiables
entre les différentes pools.
20

il devient donc impossible de tricher pour les mineurs vis-à-vis des pools.
Toutefois, des utilisateurs expérimentés peuvent décider de favoriser leur pool plutôt qu’une autre :
on retrouve les mécanismes classiques de concurrence déloyale. Ceci se traduit dans le cas du
Bitcoin par des attaques DDOS44 qui rendent les autres pools indisponibles ou ralentissent
fortement leur production ce qui permet à la pool à l’origine de récupérer à la fois plus de gains
internes, mais aussi d’attirer les mineurs d’autres pools en leur promettant une plus grande
protection contre ce genre d’attaque. Ainsi, ce sont les pools en tant qu’entités permettant aux
mineurs de se regrouper qui se livrent une concurrence féroce et déloyale.
Par ailleurs les mécanismes d’assurance présents dans l’économie traditionnelle s’illustrent eux
aussi l’industrie naissante du Bitcoin.
En effet, les organisateurs de pool peuvent mettre en place une « assurance » afin de maximiser
leurs
gains
avec
l’accord
des
mineurs.
Ceci repose sur le fait que le mineur qui trouve « la combinaison gagnante », c’est-à-dire qui aura
fait le calcul qui valide l’intégralité du block reçoit une prime de la part du système central de
Bitcoin. Or les mineurs sont averses au risque : ils préfèrent un gain faible, mais certain à un gain
élevé, mais avec une (très) faible probabilité.
De ce fait, si l’organisateur assure à tous ses membres un gain certain pour chaque block que la
pool aura trouvé ils le choisiront au lieu que ce soit celui qui a réellement trouvé la « combinaison
gagnante » qui ait l’intégralité de la prime. Ainsi en partageant cette prime l’organisateur de la
pool s’arroge la possibilité de prendre une commission sur celle-ci, d’autant plus élevée que les
autres mineurs ne savent pas combien étaient-ils en train de miner.
Le mécanisme de pool joue le rôle d’assurance de gain à l’instar de l’usine lors de la révolution
industrielle : des gains sont assurés aux mineurs en échange d’une commission pour le compte de
l’organisateur de la pool. Des phénomènes de passager clandestins peuvent avoir lieu : des mineurs
peuvent s’inscrire sans coût dans chacune des pools proposant ce mécanisme de partage : cela
augmente leur chance d’avoir un gain issu de la découverte de la « combinaison gagnante ».
Toutefois, par l’augmentation du nombre de pools45 et de mineurs ce phénomène d’assurance tend
à être nul : les primes obtenues par les pools sont donc plus rares et divisées par un nombre
croissant de mineurs. Ainsi par l’augmentation des mineurs cela favorise les « super-mineurs » qui
pourront, avec des investissements conséquents dans de l’équipement, avoir l’intégralité de la

44

Une attaque par déni de service (abr. DoS attack pour Denial of Service attack en anglais) est une
attaque informatique ayant pour but de rendre indisponible un service, d'empêcher les utilisateurs
légitimes d'un service de l'utiliser. À l’heure actuelle la grande majorité de ces attaques se font à partir de
plusieurs sources, on parle alors de déni de service distribué (abr. DDoS attack pour Distributed Denial of
Service attack).
45
En raison du Deepweb, internet caché exposé dans l’introduction du mémoire, on ne peut dénombrer
que la surface « émergée » de l’iceberg, on dénombre pas moins d’une vingtaine de pools importantes
accessibles depuis n’importe quel ordinateur, sans compter la constellation de petites pools qui gravitent
autour.
21

prime de découverte de la « combinaison gagnante », désincitant ainsi des mineurs de petite
capacité de rentrer sur le marché du Bitcoin.
Toutefois si les mineurs de petite capacité de calculs semblent donc désincités à miner du bitcoin,
de nouvelles monnaies virtuelles se sont créées afin de récupérer la perte sèche du bitcoin en
proposant une difficulté de calcul bien inférieure. Si le Bitcoin a une difficulté de mining dépassant
les 500 milliards, des monnaies comme le CannabisCoin ont quant à elle de très faibles difficultés
aux alentours de 0.1 : un marché concurrentiel s’organise donc au niveau de la production.
Afin de permettre une migration rapide et sans coût d’obtention et de traitement d’information des
sites web comme CoinWarz.com permettent à chaque mineur de calculer sa profitabilité pour
chacune des monnaies virtuelles en fonction de sa propre capacité de calcul et en prenant en compte
les coûts d’électricité : c’est donc un marché de concurrence pure et parfaite qui se met en place
quant à la production de monnaies virtuelles. Le Bitcoin étant à la fois victime de la concurrence
en perdant des mineurs, mais gagne au niveau de sa valeur puisque moins de Bitcoins sont produits
au court du temps de par cette migration de capitaux productifs et l’augmentation constante de sa
difficulté de mining. Ainsi les mineurs arbitrent entre valeur de la monnaie et difficulté de minage
pour choisir quelle sera la monnaie qu’ils mineront afin de maximiser leur profit.
La recherche de maximisation du profit de la part des mineurs peut les amener à déplacer leurs
couts de production, non pas vers les clients (ie les acheteurs de Bitcoin), mais vers des tiers. Deux
types de déplacement de coûts de production peuvent intervenir : déplacement des coûts
électriques de production et utilisation à l’insu d’un tiers de ses machines afin de bénéficier d’une
plus grande capacité de calcul.
Concernant le déplacement des coûts électriques, les mineurs peuvent bénéficier de l’électricité
disponible sur leur lieu de travail pour faire miner leurs équipements ou louer de petits locaux avec
charges comprises pour bénéficier d’une électricité « gratuite » et ainsi déplacer à la fois le coût
électrique,
mais
aussi
du
local
pour
entreposer
les
machines. 46
Des déplacements de coûts de plus grande envergure peuvent avoir lieu, notamment lorsqu’il s’agit
d’utiliser la capacité de calcul de tiers pour augmenter sa propre production de Bitcoin.
Ainsi deux possibilités se présentent : un accès physique aux machines et un accès distant.
Concernant l’accès physique aux machines, l’actualité pénale américaine par un cas atypique
l’illustre parfaitement. Un ex-employé de la Réserve fédérale américaine (Fed) a été sanctionné
pour avoir installé sur les supercalculateurs de la banque centrale le client de mining du Bitcoin
et
ainsi
profité
de
la
gigantesque
puissance
de
calcul.
Après avoir plaidé coupable, M. Berthaume, qui travaillait en tant qu'"analyste de

Un exemple simple : un local de type « logement étudiant » avec charges comprises coute 320€/mois à
Montpellier est loué par un mineur. Celui-ci a des machines consommant 4 KWh, avec un prix de
l’électricité de 0.145€/kWh, laissant fonctionner les machines 24h/24, cela représente un coût de
417.60€/mois. Il économise ainsi environ 100€/mois sans compter le local dont il bénéficie. Il en est de
même des services de location à distance de serveurs et de machines dédiées au calcul (proposés par
Amazon, OVH, etc…) où un arbitrage location / achat de machine s’effectue lors de la maximisation du
profit par les mineurs.
46

22

communication", a été condamné à 5.000 dollars d'amende et à un an de probation. Toutefois, il
se pourrait que les gains générés par le mining soient bien supérieurs à l’amende, d’autant que le
cours
du
Bitcoin
a
dépassé
le
millier
de
dollars.
De ce fait des tentatives de déplacement de coûts d’investissement de départ en capital et/ou des
coûts de fonctionnement.
Plus problématique encore pour les autorités publiques est l’accès à distance de machine dans
l’objectif e miner des bitcoins, qui représente à la fois des coûts pour l’ensemble de la population,
mais
aussi
des
problèmes
au
niveau
de
la
sécurité
des
données.
En effet, des éditeurs de logiciels informatiques peuvent bénéficier de la diffusion massive de leurs
produits afin de faire miner les machines sur lesquelles ils sont installés à l’insu de leurs clients.
L’exemple du logiciel populaire de téléchargement µtorrent est l’illustration du déplacement de
coût à distance, qui est le plus problématique pour la sécurité des données personnelles et des coûts
supportés par les utilisateurs, d’autant que la diffusion de ces logiciels est massive.
En effet, les utilisateurs d’µtorrent ont vu en mars 2015, suite à la mise en place d’une mise à jour,
que leur machine fonctionnait à 100% de ses capacités, même lorsqu’aucune tâche active n’était
effectuée sur celle-ci. Cela était dû à l’installation insidieuse du client Bitcoin qui permet de miner
au profit de µtorrent. Une société pourrait être tentée d'utiliser secrètement la puissance de calcul
des ordinateurs de sa communauté (dans le cas de µTorrent elle est qui est évaluée à plus de 100
millions d'usagers) pour bénéficier leur puissance de calcul sans en supporter le coût.
Ainsi si l’on observe la mise en place d’une industrie bitcoin, reprenant les relations traditionnelles
de production industrielle dans l’économie classique, des convergences ont aussi lieu entre les
monnaies traditionnelles et le Bitcoin, par l’influence conjointe de ses utilisateurs, mais aussi de
l’intervention
des
autorités
publiques.

B) La convergence prévisible entre « coin » et Bitcoin
Le Bitcoin veut devenir la monnaie de référence internationale, comme le fut l’étalon-or et
comme l’est le dollar dans une moindre mesure. Ce rapprochement du Bitcoin vers les monnaies
traditionnelles et les institutions financières en ayant une portée de la valeur de référence, en
d’autres termes, en devenant une unité de compte stable, serait dû aux défaillances que présentent
les
systèmes
financiers
actuels.
Dans leur ouvrage paru en 2015, les auteurs P.VIGNA et M.CASEY 47 un exposé sur des jeunes
filles de Kaboul qui télétravaillent et sont payées en bitcoins. Puis, ils consacrent un long chapitre
aux 2,5 milliards de damnés du secteur bancaire, à qui le bitcoin pourrait donner une tranquillité
47

Par P.VIGNA et M.CASEY, 2015, The Age of Cryptocurrency: How Bitcoin and Digital
Money are Challenging the Global Economic Order.
23

financière à laquelle nous sommes tellement habitués qu’elle ne nous apparaît pas pour ce qu’elle
est, un privilège de pays riche et stable.
Les auteurs remarquent toutefois que des solutions palliatives existent déjà grâce à la pénétration
des téléphones mobiles à bas coût (5 dollars) jusque dans les zones les plus reculées, ce qui les
amène à se demander si le bitcoin comme moyen de paiement ne serait finalement pas une solution
à la recherche d’un problème.
Toutefois, avec des variations selon les pays destinataires, les frais pour envoyer de l’argent depuis
les États-Unis atteignent les 10%; depuis le Royaume-Uni ou d’autres pays, ils peuvent même
représenter le double de cette somme. En incluant les commissions de change, la
«
friction
»
totale
dans
la
transaction
peut
frôler
les
30%.
L’utilisation de bitcoins pour les transferts internationaux permettrait de diviser les frais par dix
ou par vingt ; une forme de justice sociale pour ces clients pauvres et un marché à saisir
potentiellement très lucratif selon les études réalisées ces dernières années. 48
La professeure S.ATHEY de l’université de Stanford expose que le problème de l’instabilité du
cours du bitcoin n’en serait pas un49, car il faut environ dix minutes pour effectuer une transaction
en
bitcoin
du
point
d’envoi
à
sa
réception
finale.
D’après elle, si les gens convertissent leur portefeuille vers leur monnaie ayant cours légal, ils se
mettent à l’abri du risque de change. « Le bitcoin n’est qu’un gros tuyau. ».
Cela est vrai, mais le sous-développement s’accompagne souvent d’une inflation systémique
contre laquelle la volatilité de la monnaie numérique ne permet pas de se prémunir, à la différence
de
la
détention
de
dollars
ou
d’euros.
Selon Bloomberg, cette volatilité fait du bitcoin la « pire monnaie de l’année de 2014 devant le
rouble
russe
et
l’hryvnia
ukrainienne
»50.
Ainsi c’est la confiance dans la valeur du Bitcoin qui est un frein à sa diffusion : situation quelque
peu paradoxale puisque le Bitcoin repose sur un système infalsifiable de transaction de données :
le
blockchain.
De ce fait le Bitcoin tend à devenir plus transparent sur son fonctionnement et à rassurer les
mineurs comme les investisseurs sur les marchés de devises virtuelles en envoyant des signaux de
stabilité
et
de
crédibilité.
On observe une crise existentielle du Bitcoin qui trouve ses prémices dans le précédent
effondrement
de
cette
monnaie
en
2015.
Une querelle oppose deux camps sur les modalités d'améliorer le système et réseau Bitcoin pour
le rendre plus rapide. Victime de son succès, d'engorgement et de lenteur, le réseau peut

D’après une étude de la Banque mondiale de 2013, les virements internationaux vers
les pays en voie de développement représentaient 410 milliards de dollars en 2013, en hausse
de 9% par an et devraient atteindre 540 milliards en 2016.
49
S.ATHEY et I.SEGAL, 2013, “An Efficient Dynamic Mechanism”, Econometrica, vol. 81,
Issue 6, novembre 2013, p. 2463-2485.
50
http://www.bloomberg.com/news/articles/2014-12-22/the-best-and-worst-investmentsof2014
48

24

aujourd'hui traiter autour de 300.000 transactions par jour. Pas assez suffisant jugent certains pour
prétendre devenir la devise électronique de référence de demain et un moyen de paiement qui
puisse concurrencer à terme Visa et autres PayPal.
Quelques autres sociétés de mining pool comme Antpool, et ViaBTC ont décidé de promouvoir
une nouvelle version du Bitcoin, dit Bitcoin Unlimited, qui concurrence la version historique dite
Bitcoin
Core.
Ce nouveau Bitcoin propose un « Hard fork », une modification irréversible des règles du logiciel
qui régit le Bitcoin, afin d'augmenter la puissance du réseau : davantage de transactions pourraient
ainsi être traitées.
Pour que ce changement se produise il faut en effet qu'une majorité de « mining pools » se range
derrière cette idée : elle doit représenter les trois quarts de la puissance de calcul du réseau, pendant
deux semaines afin imposer ce nouveau standard de manière légitime et que les mineurs migrent
vers
cette
nouvelle
monnaie.
Ainsi, par des décisions de certains dirigeants de communauté de mining c’est la stabilité tout
entière du système Bitcoin qui est remise en cause : si on ne peut pas détruire le système Bitcoin
en lui-même, on peut le délaisser au profit d’autres monnaies virtuelles : bien qu’infalsifiable sans
valeur
n’est
que
volatilité.
Ce nouveau système de Bitcoin « Unlimited » favoriserait les grandes sociétés de mining,
notamment chinoises , et donc la concentration et centralisation de cette activité en un oligopole.
Certains y voient même une OPA en sous-main de la Chine sur le Bitcoin : c’est donc une
convergence entre le Bitcoin et les autorités publiques qui voient leurs monnaies ayant cours légal
concurrencées. Plus généralement, ce conflit illustre l'opposition culturelle entre sociétés de
mining et les personnes en charge du développement du réseau Bitcoin, qui apportent toutes les
innovations techniques.
Certains estiment que les sociétés de mining ont aujourd'hui trop de poids et d'influence sur
l’avenir du Bitcoin au détriment des autres acteurs du secteur comme les banques centrales et les
banques commerciales...
Afin d’assurer une stabilité de valeur, le Bitcoin et plus généralement les monnaies virtuelles
tendent à « s’institutionnaliser » : à se normaliser en se rapprochant des monnaies traditionnelles.
Les différents rapports français rendus en la matière51 semblent donner les lignes directrices afin
de réguler ces nouvelles monnaies qui s’articuleraient autour de 3 grands piliers :

Rapport du ministère de l’économie piloté par le Tracfin, 2015, «L’Encadrement des Monnaies
virtuelles ». S’inscrivant dans la suite du rapport d’information n°767 de P.MARINI et F.MARC, 2014.
51

25

Source : Economie.gouv.fr
Aucun instrument de politique publique n’est proposé pour atteindre les objectifs fixés par ces 3
grandes stratégies.
Toutefois, tous les pays ne concluent pas qu’une intervention du régulateur est nécessaire, voire
du législateur : beaucoup considèrent, à l'instar du Japon, que réguler revient à légitimer, et donc
à encourager. Ainsi des pays comme l'Allemagne, Israël ou le Canada se contentent-ils de prévenir
les utilisateurs de bitcoins qu'ils agissent « à leurs risques et périls », sans garantie publique
d'aucune
sorte.
Plus stricte encore, la Russie attache tout simplement à l'usage des monnaies virtuelles une
présomption de participation à des opérations illégales, notamment de blanchiment d'argent et de
financement
du
terrorisme.
Néanmoins, le potentiel de développement des monnaies virtuelles est important, et justifie
l'élaboration d'un cadre juridique qui permette de favoriser l'innovation tout en prévenant les
dérives. Une intervention des autorités publiques semble donc nécessaire afin de jeter les bases
d’un système sécurisé et sécurisant pour les agents afin de pouvoir exploiter le potentiel que
représente le Bitcoin et la technologie du blockchain.
Au vu du potentiel économique que représentent les monnaies virtuelles et de la confiance
nécessaire à leur développement : des monnaies virtuelles « étatiques » sont en cours de
développement.
L’Islande est le premier pays au monde a avoir lancé sa propre monnaie virtuelle : l’Auroracoin.
50% de la masse totale d’Auroracoin avait déjà été minée avant son lancement en 2014 afin d’être
distribuée entre tous les citoyens islandais. Le 5 mars 2014, l’Auroracoin devenait la troisième
monnaie numérique la plus appréciée et s’élevait à 47$. Chaque citoyen islandais a reçu 31.8
Auroracoin sur un portefeuille électronique nominatif : limitant ainsi les problèmes de fraudes
fiscales. Toutefois face à un tel engouement autour de cette nouvelle monnaie les autorités
islandaises ont déclaré que cette augmentation de la valeur n’est pas sans ses inconvénients.
Tout d’abord, la spéculation excessive pourrait nuire à la construction des infrastructures
nécessaires. Il faut sortir de la spéculation et permettre également aux gens de les utiliser d’une
26

autre manière. Les autorités espèrent ouvrir le commerce islandais au reste du monde, pour que
cette monnaie numérique serve l’économie nationale suites aux scandales financiers islandais de
2008.
Bien qu’issue d’un état tel que l’Islande, la confiance en cette monnaie n’a pas été suffisante pour
maintenir
sa
valeur :
elle
n’est
plus
que
0.32$52.
Un tel échec est expliqué par les autorités en charge de cette monnaie 53 :
« During the airdrop (la distribution entre tous les citoyens islandais) a price drop for Auroracoin was
expected, when the air dropped coins came to the market. Since there was no exchange operating in Iceland where people
could buy the coins others wanted to sell, it was a one-way market only sellers and no buyers. It is estimated that 10%
of the air dropped coins ended on foreign crypto exchanges and were traded for Bitcoin. Icelanders interested in the project
were unable to buy those coins because of the currency controls. There wasn’t much of an infrastructure in place at all
when the airdrop started, and that is the main reason the current developer group has been close to silent in the past year.
We wanted to avoid all hype and take the time to secure the coin as best we could and create the missing infrastructure
before we would raise the sails again. » C’est ainsi que le manque d’infrastructure pour gérer les échanges
dans cette monnaie virtuelle « islandaise » et notamment l’absence de marché lors de la
distribution
qui
a
mené
l’Auroracoin
à
sa
dépréciation.
Ainsi afin que les agents économiques puissent utiliser ces nouvelles monnaies telles que
le Bitcoin comme monnaies d’échange il convient de mettre en place des marchés transparents et
accessibles aux plus novices, mais aussi d’instaurer une stabilité dans les transactions mêmes, en
mettant en place des réseaux sécurisés publics de mining : la puissance de calcul serait toujours
privée, mais les pools seraient publiques, à l’instar d’un « essential facility », afin que les
utilisateurs bénéficient d’une meilleure gestion du réseau, d’innovation et de stabilité qui n’est
actuellement pas présente par une gestion communautaire, ou plutôt oligarchique des dirigeants
des grandes pools qui sont à l’origine de la volatilité des cours54.
Afin de maximiser le bien-être social et de saisir les opportunités qu’offrent les monnaies
virtuelles, il conviendrait donc que l’on assiste à une « normalisation » de ces monnaies, qui se
rapprocheraient des monnaies ayant cours légal tout en conservant leur essence même : le
blockchain.

52

Cours du 11 mai 2017, source : coingecko.com
https://cointelegraph.com/news/auroracoin-makes-a-comeback-in-iceland-the-country-mired-infinancial-scandals
54
À l’instar de l’affaire MtGox exposée en introduction.
53

27

Conclusion
Le Bitcoin et la technologie sur lequel il repose, le blockchain, ont incontestablement
modifié la façon de concevoir les échanges. Par la possibilité de créer leur propre monnaie, deux
types de producteurs sont apparus : ceux qualifiés d’ « hédonistes » qui ont décidé de produire
durant leur loisir et tirent ainsi une utilité de consommation de cette activité et non de production.
À l’inverse des producteurs de type « rent-seekers » se différencier des premiers en cherchant à
maximiser leur profit, ne considérant plus cette activité comme un loisir, mais comme une source
de revenus. Par sa technologie, le blockchain, le Bitcoin peut potentiellement modifier en
profondeur la manière d’échanger, notamment par l’augmentation de la vitesse de transaction, la
désintermédiation totale, l’absence de politique monétaire ou encore l’impossibilité de falsification
de la devise.
Toutefois le Bitcoin n’a pas réussi à l’heure actuelle à devenir la monnaie de référence, notamment
à cause de sa forte volatilité, du peu d’agents acceptant les paiements en Bitcoin, les rares
entreprises l’acceptant le convertissent instantanément en monnaie ayant le cours légal comme le
dollar ou l’euro illustrant ainsi le manque de confiance dans cette monnaie.
Ainsi, le Bitcoin et plus généralement les monnaies virtuelles tendent à se normaliser afin de se
stabiliser et développer des marchés transparents et efficaces. C’est pourquoi de nouvelles
monnaies concurrentes au Bitcoin émergent pour pallier les réticences à la fois des acheteurs
comme des producteurs qui voient leur profitabilité diminuer avec l’augmentation constante de la
difficulté de minage. On observe donc une normalisation de la production de devises virtuelles qui
tendent de plus en plus à correspondre au fonctionnement classique de la production dans les
théories économiques : la recherche de maximisation de profit tend à faire émerger une industrie
« classique » du Bitcoin.
Ceci va de pair avec l’intervention des autorités publiques dans ce secteur encore « vierge » afin
de le réguler, de poser les bases d’infrastructures solides pour le développement des marchés de
devises virtuelles, mais aussi de lutte contre les fraudes fiscales, les financements illégaux et de
rendre possible de nouvelles recettes fiscales. Les États souhaitent donc ainsi se doter
d’instruments efficaces dans ce domaine pour maximiser le bien-être collectif, ceci pouvant aller
jusqu’à créer leur propre monnaie virtuelle à l’instar de l’Islande ou suspendre temporairement les
transactions pour mettre en place des politiques de régulation, à l’instar de la Chine, afin d’éviter
des investissements hautement spéculatifs qui rendent ces monnaies instables. Le futur du Bitcoin
semble donc être une action conjointe entre les mineurs et les pouvoirs publics afin d’exploiter
l’intégralité du potentiel économique de cette nouvelle monnaie en la stabilisant et en lui facilitant
l’accès à des infrastructures suffisamment développées pour accroitre les échanges : normaliser
cette anomalie monétaire.
Malgré l'acceptation croissante du Bitcoin, l’instauration de contrôles sur les capitaux et les
mesures de lutte contre la corruption appliquées aux devises traditionnelles, la hausse actuelle
semble pourtant poussée davantage par une pure spéculation. Les contrôles sur les capitaux et les
mesures anticorruptions ont occupé le devant de la scène en 2016, mais ils ne sont pas nouveaux
et expliquent difficilement la hausse considérable de l’année passée.
28

Pour pouvoir réellement parler d’argent, il faut avant tout qu’une monnaie serve de moyen de
règlement des transactions. Malgré l’acceptation plus large, les possibilités de payer en bitcoins
restent limitées.
Par ailleurs, l’argent doit pouvoir servir d’unité de compte. Même si des cours du bitcoin (exprimés
en euros ou en dollar) sont disponibles en continu, les fortes fluctuations font qu’il est difficile de
l’utiliser comme unité comptable.
Troisièmement, l’argent doit pouvoir servir à l’épargne et à la thésaurisation. Cette fonction est
aussi entravée par les fluctuations de prix importantes, et le bitcoin se trouve aussi confronté à un
problème de confiance. Une nouvelle cyberattaque pourrait provoquer un crash similaire à celui
de 2014 et menacer ainsi le développement de cette technologie prometteuse.
Tout un secteur économique pourrait naitre de l’usage de la technologie du Bitcoin, un peu comme
l’adoption de Windows a permis de diffuser l’ordinateur personnel en créant une interface facile
d’utilisation. M.CASEY et P.VIGNA parlent d’une technologie qui deviendrait un « rouage vital,
quoique non apparent ». Le potentiel de cette technologie qui rend l’argent « programmable» (sans
l’intervention d’un tiers) ou du blockchain dénué de besoin de confiance (trustless block chain)
ont convaincu les plus grandes industries de la Silicon Valley d’investir massivement dans la
recherche-développement appliquée au Bitcoin55.
Au-delà de la sphère financière, les investissements portent sur les contrats « intelligents », c’està-dire les 21% du PIB selon G.LURIA56où un tiers de confiance intervient pour assurer l’exécution
d’un contrat (compte de séquestre lors de l’achat d’une maison, changement de nom sur une carte
grise
après
la
vente
d’une
voiture,
etc.).
La technologie du blockchain pourrait faire gagner du temps aux parties et supprimer le coût des
intermédiaires. Elle pourrait aussi améliorer les recours du créditeur contre son débiteur.
Par exemple, dans le secteur de la location via Internet, si une voiture n’est pas rendue en temps et
en heure ou le loyer est impayé, le prêteur pourrait bloquer le démarrage à distance, le propriétaire
empêcher le locataire indélicat d’entrer chez lui, jusqu’à ce qu’il règle son loyer en temps et en
heure…
Le 1er avril 2015, Coinbase, la plateforme d’interface de programmation utilisée par 7 000
développeurs informatiques a levé 100 millions de dollars à la Bourse de New York pour concevoir
des applications en utilisant la technologie du Bitcoin dans des domaines aussi variés que le
microcrédit international ou la vérification de réputation.57
À défaut d’envoyer les banques rejoindre Kodak dans les victimes du numérique, les
investissements dans la technologie du Bitcoin laissent entrevoir de grandes possibilités de gain
pour
le
consommateur
dans
d’autres
secteurs
que
le
milieu
financier.
Toutefois, les risques en termes de suppression massive d’emplois qualifiés, d’atteinte aux libertés
publiques et d’invasion de la vie privée des citoyens avec l’omniprésence de telles avancées
feraient presque espérer que la technologie du Bitcoin échoue…
M.CASEY, “Big Names Put Cash In Bitcoin Startup 21 Inc.”, Wall Street Journal, 11 mars 2015.
http://www.slideshare.net/loukerner/bitcoin-2015-gil-luria-wedbush
57
M.Del Castillo, “Coinbase Says 10 Bitcoin-Related Products are Still Largely
Untapped”, Upstart Business Journal, 1er avril 2015.
55
56

29

Bibliographie

-

T.GALLIPPI, 2014, “The Present and Future Impact of Virtual Currency: Hearing Before the
Subcomm. On National Security and International Trade and Finance of the Senate Comm. On
Banking”, Rapport au Sénat étasunien.

-

J.DAVIDSON, “No, Big Companies Aren’t Really Accepting Bitcoins.”, Time
Magazine, 9 janvier 2015.

-

G.DURANA, 2015, « Bitcoin : Bulle ou révolution ? », Éditions Esprit.

-

R.BOHME, N.CHRISTIN, B.EDELMAN et T.MOORE, 2015, « Bitcoin: Economics,
Technology, and Governance », Journal of Economic Perspectives, Volume 29, N°2, Q2 2015,
Pages 213–238

-

M.AGLIETTA et L.SCIALOM, 2003, « Les défis de la monnaie électronique pour les Banques
centrales ».

-

P.VIGNA et M.CASEY, 2015, « The Age of Cryptocurrency: How Bitcoin and Digital
Money are Challenging the Global Economic Order ».

-

M.CASEY, “Big Names Put Cash In Bitcoin Startup 21 Inc.”, Wall Street Journal, 11
mars 2015.

-

M.DEL CASTILLO, “Coinbase Says 10 Bitcoin-Related Products are Still Largely
Untapped”, Upstart Business Journal, 1er avril 2015.

30


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