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European
Forum for
Urban
Security

Relations police-population :
enjeux, pratiques locales
et recommandations
De bonnes relations entre citoyens et policiers sont une condition déterminante
pour permettre à la population de se sentir en sécurité et à la police de travailler
efficacement et sereinement. Parce qu’elles jouent un rôle central dans la vie
locale, les villes peuvent contribuer à les rapprocher, en agissant comme intermédiaires. Cette publication présente un aperçu des enjeux majeurs liés à ce
sujet, ainsi que des exemples de pratiques et des recommandations.

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
Cette publication a été produite par le Forum européen pour la sécurité
urbaine (Efus) et résulte du projet Improving Police-Population Understanding for Local Security (IMPPULSE), mené de 2014 à 2015. Elle a été
réalisée par Carla Napolano, Véronique Ketelaer et Mark Burton-Page,
chargés de mission, sous la direction d’Elizabeth Johnston, déléguée générale, et avec les contributions  des experts pour le projet, Yves Van de
Vloet et Caroline De Man, ainsi que  des partenaires.
L’usage et la reproduction sont libres de droits s’ils sont effectués
à des fins non commerciales et à condition que la source soit spécifiée.
Révision : Nathalie Bourgeois, Jean-Pierre Moutereau
Mise en page : micheletmichel.com
Impression : Cloître Imprimeurs, Saint-Thonan
ISBN : 2-913181-47-3
EAN : 9782913181472
Dépôt légal : mars 2016
Forum européen pour la sécurité urbaine
10, rue des Montibœufs
75020 Paris - France
Tél. : + 33 (0)1 40 64 49 00
contact@efus.eu - www.efus.eu

Ce projet est cofinancé par la Commission européenne,
Direction générale Affaires intérieures - ISEC 2011
Ce document n’engage que ses auteurs et la Commission n’est pas responsable
de l’usage qui pourrait être fait des informations qui y sont contenues.

European
Forum for
Urban
Security

Relations police-population :
enjeux, pratiques locales
et recommandations

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Remerciements

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Le projet IMPPULSE a été mené à bien grâce à l’implication des représentants
des villes partenaires – Amiens (France), Aubervilliers (France), Barcelone (Espagne), Lisbonne (Portugal), Milan (Italie), Nantes (France), Toulouse (France) –
et de la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles (Belgique).
Nous remercions les élus et leurs collaborateurs d'avoir partagé leur expérience
et leurs connaissances, ainsi que les experts du projet pour leur précieuse
contribution. Outre la Commission européenne et son soutien financier, sans
qui ce projet et cette publication n’auraient pas pu voir le jour, nous souhaitons
également remercier toutes les personnes qui nous ont reçus lors des visites de
terrain ou qui sont intervenues lors de la conférence finale à Bruxelles, les 16 et
17 novembre 2015.

Partenaires du projet :
Gilles Nicolas, Lionel Edmond (Nantes, France), Clément Stengel, Loïc Résibois
(Amiens, France), Jean-François Monino, Patrick Lebas, Lucie Chevalley (Aubervilliers, France), Cécile Lafontan (Toulouse, France), Bettina Merelle
(Bruxelles, Belgique), Marco Granelli, Andrea Carobene (Milan, Italie), Josep
M. Lahosa, Elena Más (Barcelone, Espagne), Carlos Manuel Castro, Paulo
Caldas, Maria Manuel Monteiro, Carmen Ávila (Lisbonne, Portugal).

4

Experts :
Caroline De Man, Yves  Van de Vloet (Belgique), Chris Williams (Royaume-Uni),
Roger Vicot, Vanina Hallab, Hibat Tabib (France), Yves Patrick
Delachaux  (Suisse).

Autres personnes rencontrées :
Mauro Carbone, Roberto Cerrato, Antonio Degiacomi, Giancarlo Drocco, Serena
Miguel Belo, Cláudia Cruz, Mónica Diniz , Joaquim Gordicho, Cristina Rocha,
Ulrich Schiefer (Ville de Lisbonne), Maura Gambarana, Tullio Mastrangelo,
Antonio Barbato (Ville de Milan), Dominique Lopez, Gaëlle Lancelot (Ville de
Nantes), Philippe Close (Ville de Bruxelles ), Christine Vanriet, Patrick Declerck,
Jean-Marc Huart, Christophe Slits (zone de police Bruxelles Capitale Ixelles,
Belgique),  Noemí Canelles, (Barcelone), Evaldas Visockas (Law Institute of
Lithuania), Nicolas Niscemi (AFPAD), Els Enhus (faculté de criminologie, VUB,
Belgique), Patrick Charlier (Centre interfédéral belge pour l’égalité des chances),
Frank Schoenmakers (association bruxelloise Maison Arc-en-Ciel), Khaled
Boutaffala (association Atmosphères, Belgique), François Peybernes (Allô
Toulouse), Claude Lizotte (police de Montréal, Canada), Rebekah Delsol (Open
Society Justice Initiative), Émile Dejehansart (Comité permanent de contrôle des
services de police, Belgique), Sybille Smeets (faculté de criminologie, ULB,
Belgique), Arnaud Colombié (secrétariat général du Comité interministériel de
prévention de la délinquance, France), ainsi que les agents de la Guardia Urbana
de Barcelone, Espagne, et les enseignants et professionnels des centres
juvéniles Submari i Martí et Codolar ainsi que les jeunes qui ont participé au
projet.

5

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Sommaire

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
Avant-propos................................................................. p. 8
Introduction.................................................................p. 10
Chapitre 1 : Constats et enjeux ..................................p. 13
I. Agir sur les causes de la criminalité et la prévenir :
une approche partagée à l'échelle internationale.......................... p. 14
II. Une police proche des citoyens, polyvalente et responsable ..... p. 19

 Le maillage territorial............................................................... p. 19
 Le partenariat........................................................................... p. 20
 Le développement de la polyvalence ........................................ p. 22
 Responsabilisation et qualité du travail policier ...................... p. 24
 La police de proximité : une priorité ? ...................................... p. 26

6

Chapitre 2 : Des réponses............................................p. 31
I. Formation des policiers en contact avec les citoyens.................. p. 33
II. Sensibilisation des citoyens au rôle de la police ....................... p. 39

 Améliorer les relations police-population par un travail
sur les représentations mutuelles et une meilleure
compréhension du rôle de la police par le citoyen ..................... p. 39

 Développer une stratégie de communication spécifique vers le
public et les médias................................................................... p. 41
III. L’approche ciblée par groupe de population............................ p. 57

 Projets ciblant un aspect ou groupe spécifique
dans les relations police-population.......................................... p. 57

 Relation police-jeunes et autres publics cibles.......................... p. 58
 Participation des habitants........................................................ p. 71

Chapitre 3 : Recommandations .................................p. 77

Chapitre 4 : Pistes pour la mise
en œuvre et l’évaluation .............................................p. 85
Fiches pays ................................................................. p. 95
Références et bibliographie....................................p. 129

7

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Avant-propos

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Depuis plus d’une quinzaine d’années, de nombreuses villes européennes réunies au sein du Forum européen pour la sécurité urbaine
s’interrogent sur les déterminants des relations entre la population et
la police, ainsi que sur les outils et pratiques à leur disposition pour les
renforcer. Les relations entre ces deux acteurs clés de la sécurité
urbaine sont trop souvent marquées par des tensions au quotidien
(accueil dans les commissariats, audition de victimes, etc.), ou parfois
même des conflits autour d'événements exceptionnels. Or, l’objectif
d’une relation police-population sereine est fondamental pour permettre aux citoyens de se sentir en sécurité et à la police de faire son
travail avec sérénité et efficacité. La collectivité dans son ensemble bénéficie ainsi d’un climat apaisé.
En tant que tiers, la ville peut jouer le rôle d’intermédiaire pour contribuer à améliorer ces relations. Par la mise en place et l’animation
d’instances de concertation représentatives de l'ensemble de la population, et notamment des groupes les plus éloignés des institutions,
ainsi que l’encadrement de cette participation, les élus locaux peuvent
contribuer à l’apaisement des tensions et faciliter le dialogue entre la
police et la population.
En tenant compte des différents contextes d’organisation des polices,
de la culture et de l’histoire propres à chaque pays, de la diversité des
ressources mobilisables et des doctrines de police, nous avons
souhaité, par ce projet, répondre aux questions suivantes : quelles sont
les clés d’une bonne relation police-population ? Comment des projets
portés par des autorités locales peuvent-ils contribuer à renforcer cette
relation, voire à la rétablir dans les cas extrêmes ? Nous avons cherché
à proposer des réponses concrètes, sans pour autant qu’elles soient
exhaustives ou prescriptives.

8

Le projet IMPPULSE a démontré que toute initiative visant l’amélioration des relations population-police doit être coconstruite et intégrée
dans une stratégie à long terme. Le travail au niveau européen et la
prise de distance qu’il implique ont permis une analyse constructive
d’un sujet souvent sensible politiquement lorsqu’il est abordé à
l’échelle nationale et locale.
Cependant, ce projet n’est qu’une étape d’un travail plus large qui doit
impliquer de nombreux autres acteurs et institutions. Nous espérons
qu’il sera le point de départ de futures collaborations, tant au niveau
local que national et européen.
Elizabeth Johnston
Déléguée générale

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Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Introduction

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
Les termes du débat concernant les relations entre la police et la population ne sont pas strictement identiques à travers l’Europe et dépendent des contextes administratifs et politiques, des modes de
fonctionnement des institutions policières, des compétences allouées
aux forces de police ainsi que des différences culturelles en ce qui
concerne l'implication, voire la participation, des habitants aux politiques publiques et notamment celles qui ont trait à la sécurité urbaine.
Mais au niveau local, la question du lien police-population en Europe
se pose en des termes assez similaires puisque les préoccupations
quotidiennes des citoyens sont relativement semblables. Ainsi les autorités locales, au plus proche des problèmes quotidiens, trouvent un
intérêt dans la comparaison des initiatives à travers l’Europe.
La question du lien entre police et population revient à poser la
question de la police de proximité (comment la police agit avec la communauté ?) mais aussi la question de la perception qu’ont les citoyens
de leur police (ce qui renvoie à leur confiance dans la capacité de la
police à traiter effectivement les problèmes locaux) et enfin celle de
l’implication des citoyens dans l’action de la police (ce qui renvoie à la
question de l’implication des habitants dans les politiques publiques
en général et celles de prévention et sécurité en particulier).
La publication Relations police-population : enjeux, pratiques locales et
recommandations résulte des travaux menés entre 2014 et 2015 dans le
cadre du projet européen IMPPULSE. À partir de l’expérience des villes
partenaires du projet – Amiens, Aubervilliers, Nantes, Toulouse
(France), Barcelone (Espagne), la zone de police de Bruxelles Capitale
Ixelles (Belgique), Milan (Italie) et Lisbonne (Portugal) – et du point de
vue d’experts qui ont accompagné les travaux, elle présente un aperçu
des enjeux majeurs liés au rôle des villes dans l’amélioration des relations police-population.

10

Cette publication a pour but de présenter des exemples de projets
pilotes pouvant contribuer à améliorer ces relations à court et moyen
terme. Ces projets pilotes ont été conçus à partir des besoins locaux
des villes partenaires et ils ont été réalisés avec l’accompagnement
d’experts européens.
Elle comprend aussi des pistes et des indicateurs d’évaluation susceptibles d'être utilisés par toute collectivité européenne confrontée à ces
enjeux. Enfin, elle présente une série de recommandations établies par
les villes européennes ayant participé au projet.

11

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

>

>

12

Chapitre 1

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Constats
et enjeux

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

13

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

I. Agir sur les causes de la criminalité
et la prévenir : une approche partagée
à l'échelle internationale

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

La volonté des gouvernements locaux, nationaux et européens d'améliorer les relations police-population n’est pas nouvelle. Elle répond
aux interrogations des citoyens sur le rôle aussi bien préventif que répressif que doit jouer la police, et plus particulièrement celles des
membres de la société civile engagés dans des pratiques associatives
destinées à renforcer la cohésion sociale et à réaffirmer le droit de vivre
dans un espace public convivial et sûr. En effet, on constate que la
société civile est de plus en plus vigilante et exigeante envers la police,
et surtout, qu'elle se fait entendre.
Ces approches préventives se sont traduites depuis une vingtaine
d’années par une volonté de développer de nouvelles doctrines, dont
celle fondée sur le partenariat police-population, une meilleure
connaissance des territoires concernés et une conception nouvelle de
l’organisation policière, notamment par la décentralisation dans les
quartiers.
Le concept anglo-saxon de community policing se fonde sur les principes de la « police par consentement » définis en Grande-Bretagne au
xixe siècle par Sir Robert Peel et selon lesquels le policier est un citoyen
en uniforme agissant pour et au sein de la population, avec le consentement de cette dernière. Le community policing a contribué, notamment dans les pays anglo-saxons, à l’émergence de dynamiques
nouvelles parmi lesquelles « l’élargissement du mandat de police, une
meilleure prise en compte des demandes sociales, un partenariat
renforcé avec le public et les autres acteurs institutionnels de la
sécurité, la territorialisation de l’action et la décentralisation
organisationnelle1 ».
Dans cette logique, les phénomènes de délinquance sont contextuali1-David Lloyd-Williams, Polices de proximité : les pouvoirs locaux et régionaux garants d'un nouveau
partenariat, Rapport de la Commission de la cohésion sociale, 14e session plénière, Congrès des
pouvoirs locaux et régionaux

14

sés et mis en rapport avec un contexte socio-économique défavorisé et
une dégradation des équipements urbains. Ces approches inspireront
les politiques de prévention en Europe. En France, la proximité est considérée comme une priorité de la police urbaine dès 1992. En 1997, le
colloque de Villepinte abordera la « coproduction de la sécurité au plus
près du citoyen2 ». En Belgique, le concept de community policing est
emprunté au modèle anglo-saxon et aux expériences néerlandaises.
Cinq principes-clés sont préconisés :


l’orientation externe, c'est-à-dire une meilleure insertion de la
police au sein de la population et l’identification des besoins et
attentes ;

la résolution de problèmes ;
le développement du partenariat ;

l’accountability qui vise la justification de l’action de la police, donc
une politique de transparence et l’obligation de rendre des comptes ;


l’empowerment qui élargit le mandat de la police et la rend responsable de répondre aux demandes du public et de l'orienter vers les
services adéquats3.
En Italie, le décret du 24 novembre 2000 spécifie le rapprochement
entre la police d’État et les habitants. Des expériences d’îlotage seront
ainsi menées par diverses polices municipales notamment à Modène,
Turin et Milan. L’Espagne, pour sa part, adoptera le Plan Policía 2000
par lequel la police communautaire devient la référence.
Cette volonté de déployer une police de proximité se retrouvera aussi
dans l’organisation de la police canadienne, notamment la Gendarmerie royale qui assure un rôle de police de proximité dans les zones
rurales et les provinces. Le ministère de la Sécurité publique du Québec
adoptera un projet de politique ministérielle en décembre 2000 qui résultera d’une large concertation des partenaires municipaux, policiers
et communautaires. Ce document est notamment intéressant parce
qu'il reprend les quatre grands principes de la police de proximité :

2-Ministère français de l'Intérieur, « Des villes plus sûres pour des citoyens libres », actes du
colloque de Villepinte, 24 et 25 octobre 1997
3- Seron V., Smeets S., Smits M., Tange C., Police de proximité : un modèle belge entre questions et
pratiques, Politeia, Centre d'études sur la police, 2003

15

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

 Le rapprochement avec les citoyens : « Plus visible, plus proche
des habitants dans leur milieu, la police communautaire parvient
souvent à réduire le sentiment d’insécurité et à mettre en confiance
la population. »

 Le partenariat avec d’autres institutions : « Il s’agit donc d’établir une collaboration fonctionnelle entre les partenaires issus de
milieux variés et animés par des préoccupations diverses. Ce partenariat est à construire et situe les services policiers au sein d’un
réseau d’organismes et d’institutions capables d’apporter des
contributions significatives à la compréhension des phénomènes de
criminalité et de l’insécurité à l’échelle locale. »

 L’approche de résolution de problèmes : « Cette approche fait
appel à des méthodes d’analyse des délits survenus, afin de produire
des diagnostics et des états de sécurité pour les territoires desservis.
Ces méthodes consistent à regrouper et analyser minutieusement des
problèmes parfois sans rapport apparent, à trouver des causes
communes ou des convergences et à mettre en œuvre de façon planifiée, rigoureuse et évaluée des solutions appropriées. »

 Le renforcement des mesures préventives : « Pour prévenir la
criminalité, il est admis que les interventions doivent cibler de façon
simultanée et complémentaire chacun des facteurs qui en sont à
l’origine. Il est aussi admis que la police n’a pas de compétence pour
intervenir sur chacun de ces facteurs et de surcroît que son influence
est marginale sur des facteurs liés au développement social et
économique4. »

>> Au-delà du concept de police de proximité, quelles réalités
après quelques années de mise en pratique ?
Au cours des vingt dernières années, on a noté une évolution de la
police qui, alors qu'elle était avant tout réactive et occupée à arrêter les
criminels et les déférer en justice, est devenue plus attentive à prévenir
les faits criminels notamment en développant des approches de pré-

4- Vers une police plus communautaire, ministère de la Sécurité publique du Québec, décembre
2000

16

vention sociale (initiatives avec les associations de quartier, les écoles,
les groupements de victimes) et de prévention situationnelle. La police
a ainsi déployé des mesures de technoprévention notamment en
matière de prévention du cambriolage, de lutte contre les vols de
voiture ou en installant des réseaux de technosurveillance.
Les concepts de community policing, de police de proximité, du travail
d’îlotier et de police de quartier caractérisent aujourd'hui la plupart des
services de police en Europe et en Amérique du Nord. Ils se sont également étendus aux pays qui étaient jusqu'à récemment gouvernés par
des régimes autoritaires et ont évolué vers des systèmes plus démocratiques (Europe centrale, Afrique du Nord), ce qui les a amenés à
repenser leur organisation policière.
Notons ainsi l’édition d’un Guide pour une police démocratique à l’initiative de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe
(OSCE5). Le guide précise : « Une des caractéristiques majeures de
l’exercice démocratique de la police réside dans l’idée que le consentement du public est indispensable. Les conditions préalables pour le
soutien du public sont :

la transparence des opérations de police ;

le maintien de la communication et une bonne compréhension
mutuelle avec la population que la police a la charge de servir et de
protéger. »
On peut également mentionner la position de l'ONU Femmes à propos
de la police communautaire : « Celle-ci est axée sur les collectivités, les
communautés ; elle est à la fois un concept et une stratégie organisationnelle selon lesquels les forces de police et les communautés
œuvrent de concert pour résoudre les problèmes liés à la criminalité,
aux perturbations de l’ordre et à la sécurité pour améliorer la qualité de
la vie pour tous les membres de la communauté considérée6. »

5- « Standards internationaux relatifs aux forces de police : Guide pour une police démocratique »,
Centre pour le contrôle démocratique des forces armées, Genève, 2009
6-« Police communautaire, Centre virtuel de connaissances pour mettre fin à la violence contre les
femmes et les filles », ONU Femmes, 2010

17

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

>> Un premier bilan de l’approche des relations
police-population
Si l'on peut distinguer des tendances communes d'un pays à l'autre,
l'exercice consistant à dresser un état des lieux de l'approche relations
police-population à l'échelle internationale est limité par deux
facteurs : un champ de recherche particulièrement vaste et un manque
d’analyse comparée des pratiques initiées à la suite des réformes des
services de police. En effet, certains pays ont une police décentralisée,
ou organisée à l’échelon local, telle la Belgique, ou bien encore au
niveau supracommunal telle l’Allemagne avec ses 16 polices des
Länder. Outre-Atlantique, les États-Unis ont des forces de police
locales (Local Enforcement Agencies), de même que le Québec. En
revanche, d'autres pays ont gardé une tradition de police nationale,
bien qu'ouverte à une certaine décentralisation, comme la France,
l’Espagne et l’Italie. Ces pays disposent aussi de polices locales et municipales mais dont les compétences restent limitées notamment en
matière judiciaire et d’ordre public.
Il est donc impossible, au niveau international, d’apporter une analyse
commune de l’état des relations que tissent les services de police avec
les populations qu’elles sont censées servir.
Au travers de contacts avec différents services de police, des groupes de
citoyens, des chercheurs et des élus, nous avons repris les principes de
police de proximité partagés par les corps de police de plusieurs pays
en les confrontant à des pratiques vécues.
Ces principes ne sont toutefois pas à considérer comme isolés ou dissociés d’autres tâches de base dont la recherche des auteurs de délit,
les enquêtes judiciaires, la lutte contre le crime organisé ou le maintien
de l’ordre public. Comme le souligne David Lloyd-Williams, qui a administré pendant dix ans la police locale du comté de North Yorkshire
au Royaume-Uni et intervient souvent comme consultant sur ces
questions, « la police de proximité ne s’appuie pas sur un mandat
précis mais au contraire sur la polyvalence des compétences et des interventions des agents pour leur permettre de répondre de façon
complète et adaptée à l’ensemble des sollicitations dont ils sont l’objet.
À ce titre, la police de proximité n’est ni préventive, ni dissuasive, ni
répressive ; elle est tout à la fois7. »

18

Nous avons opté pour comparer diverses pratiques policières en les
mettant en relation avec les principes fondateurs de la police de proximité tels que définis par la France, la Belgique et le Québec.

II. Une police proche des citoyens,
polyvalente et responsable

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
1. Le maillage territorial
>> Territoire social, territoire policier ? La territorialité, espace
de rencontre entre la police et la population
Le découpage de certains territoires du point de vue policier correspond
à des zones administratives qui peuvent, selon les cas, recouper les
limites d’une commune, d’une municipalité, des secteurs, des divisions, des îlots définis par une cartographie administrative policière
qui ne coïncide pas nécessairement avec les territoires vécus par les
citoyens. Par ailleurs, à l’échelon des villes, les territoires sont aussi
fonction des déplacements et des pôles d’attraction d'une population
en mouvement (zones de commerce, concentration de lieux de
loisirs…).
Une méconnaissance de la géospatialisation des flux de population
peut engendrer une inadaptation de la localisation des activités de
police : « Il est essentiel de comprendre les interactions entre la police
et les habitants y compris lorsque ceux-ci se déplacent d'un quartier à
l'autre8. » Ce manque d'approche sociospatiale est dans le meilleur des
cas compensé par les connaissances acquises sur le terrain par les policiers disposant déjà d’une certaine expérience de quartier.
Il est toutefois essentiel que la police renforce ses moyens d’analyse
pour, non seulement localiser les crimes et délits, mais aussi intégrer

7- David Lloyd-Williams, Polices de proximité : les pouvoirs locaux et régionaux garants d'un nouveau
partenariat, rapport de la Commission de la cohésion sociale, 14e session plénière, Congrès des
pouvoirs locaux et régionaux
8- Easton M. Multiple community policing, why?, Université de Gand, Academia Press, 2009

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Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

des paramètres pertinents comme l'heure à laquelle les faits sont
commis. Ceci permet une analyse stratégique et l’adaptation de la
présence policière à la situation réelle, sur le terrain. Il en va de même
pour le flux d’informations entre les services de quartier et les services
de recherche. Il a été constaté ponctuellement des réticences à
échanger des données, ce qui provoque des tensions entre policiers de
quartier et collègues affectés aux analyses et recherches.
Notons que la police de quartier bien implantée a une bonne connaissance de terrain de son espace d’intervention et sera attentive à certaines anomalies telles que la présence de certains véhicules étrangers
au quartier ou les inquiétudes exprimées par des commerçants ou responsables d’association.
La réalisation de diagnostics locaux de sécurité reprenant la typologie
des quartiers (population, âge, bâti, équipements…) mais aussi les
constats effectués par des intervenants non-policiers (les seringues découvertes par les agents de la propreté, les graffitis, les destructions et
atteintes au mobilier urbain…) constitueront la base d’outils d’analyse.

2. Le partenariat
Il est important que la police ait un contact permanent avec la population : en effet, la police ne se situe pas en face de la société mais en son
sein. Les défis à relever pour les services de police mettent en évidence
qu’il est illusoire et erroné d’imaginer qu'ils peuvent résoudre des problèmes tels ceux engendrés par l’absentéisme scolaire, les violences
intrafamiliales, l’économie parallèle, les conflits interethniques, le
trafic de stupéfiants, ou encore les mouvements radicaux.
S’il revient aux services de police de prévenir et de lutter contre ces
phénomènes, ils ne peuvent être seuls responsables de cette prévention : ils n’en ont ni les moyens ni la légitimité. Un partenariat avec les
habitants, usagers de l’espace urbain, est pertinent mais encore faut-il
être en mesure de le construire. De plus, cette culture partenariale doit
être partagée par l’ensemble des services de police et non pas seulement par les policiers affectés aux quartiers. Enfin, il est tout aussi important que la hiérarchie policière prône ces partenariats comme

20

faisant partie intégrante d'une démarche visant à rapprocher la population et la police.
Pour être légitime, un tel partenariat doit refléter la diversité des interlocuteurs et ne peut reposer sur les seuls acteurs en demande d’initiative policière. Il est donc important de construire des partenariats qui
ne soient pas seulement proposés aux seuls interlocuteurs désireux de
travailler avec la police et de reconnaître la diversité de la population en
se gardant de stigmatiser certains individus ou groupes qui ont une
perception négative de la police.
« Une action policière qui s’appuie sur la concertation est difficile là où
la population est fragmentée en races, classes et modes de vie différents.
Si, au lieu de rechercher des intérêts dans cette diversité, la police travaille avec des individus de son choix, elle ne sera plus neutre. Il est aisé
pour les policiers de centrer la police communautaire sur l’assistance
aux personnes avec lesquelles ils ont des affinités ou dont ils partagent
les vues. Les priorités locales qu’ils signalent alors seront celles d’une
partie de la communauté et non de la communauté entière9. »
Le partenariat ne naît pas spontanément. Certaines parties de la population ne le souhaitent pas, ayant parfois eu de mauvais rapports avec
les services de police, par exemple un accueil inadapté au commissariat
ou des contrôles répétés perçus comme stigmatisants. En outre, certaines populations étrangères peuvent éprouver de la méfiance parce
qu'elles ont le souvenir d'expériences négatives avec la police de leur
pays d’origine, surtout s'il s'agit de zones de conflit ou de pays non
démocratiques où la police est plutôt perçue comme une menace.
On peut affirmer une volonté de travail partenarial, encore faut-il reconnaître la diversité des populations caractérisées par des valeurs, des
statuts sociaux et des droits différents. Sinon, les partenariats seront
limités et cosmétiques. Des partenariats police-population ont pu se
développer sur des thèmes précis avec l’engagement volontaire des
partenaires, les parrainages de classes qui permettent aux policiers de
rencontrer les écoliers, de leur expliquer leurs missions, mais aussi de
mieux mesurer les problèmes vécus dans les familles. Les policiers

9- Loubet Del Bayle J.L., « Police et proximité ou le paradoxe du policier », Cahiers de la sécurité,
n° 4, avril-juin 2008

21

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

peuvent participer à des événements culturels et cultuels qui leur permettent d’approfondir leurs connaissances des différentes communautés. C’est également le cas des expériences associant des jeunes, des
familles et la police lors d’activités sportives et de loisirs en période de
vacances scolaires.
De telles initiatives partenariales contribuent à établir ou renforcer un
dialogue police-population. Les policiers peuvent ainsi mieux comprendre les attentes et réticences de la population en matière de
sécurité, tandis que les citoyens peuvent mieux appréhender la complexité des missions de la police.
3. Le développement de la polyvalence
>> Réinventer une police avec une approche intégrée associant
prévention, dissuasion, répression et sanction
Les approches préventives, dissuasives et répressives ont souvent été
présentées comme séparées, voire contradictoires. Trop souvent
encore, le débat sur le rôle de la police est posé en termes antinomiques : soit le tout préventif, soit le tout répressif. Ce débat concerne
tout autant ceux chargés de l’organisation interne de la police que les
acteurs mandatés pour développer une approche centrée sur la
cohésion sociale tels les services de prévention municipaux, les services
d’encadrement et d’aide à la jeunesse ou les associations de citoyens.
L’émergence de faits délictueux majeurs, d’affrontements avec les
services de police, ou la publication de statistiques de criminalité renforcent l’opinion selon laquelle l’approche préventive est secondaire,
voire inefficace dans le travail policier. On a pu caricaturer le travail de
proximité comme un travail social s’éloignant des missions principales
de la police.
À l'inverse, d’autres élus attribuent la dégradation du climat dans
certains quartiers à l’éloignement des policiers de la population, ce qui,
arguent-ils, engendre un climat de défiance propice à la multiplication
d’incidents.
Dans la réalité, la police doit être polyvalente et répondre aux problèmes par diverses approches, qu’elles soient de type préventif ou ré-

22

pressif. Il en va ainsi de la réappropriation de l’espace, de la visibilité
des services et de l’anticipation des actes délictueux. Une analyse de la
situation vécue dans des polices locales belges laisse apparaître une
tension entre les tenants du crime fighting, c'est-à-dire la police centrée
sur résultats quantifiables (la mesure des arrestations et des mises à
disposition du parquet), et les policiers affectés au travail de proximité.
« L’image que les policiers se font de leur travail demeure très nettement celle du crime fighting tandis que les tâches les plus éloignées de
ce modèle, et par extension les services et les policiers (de quartier)
désignés pour incarner cette police de proximité, sont dévalorisés et
considérés comme archaïques10 ». Il apparaît pour certains tenants
d’une police plus offensive que le travail de proximité est secondaire,
voire peu légitime.
Certaines polices voient ainsi se développer un réel fossé entre la police
de quartier et les services d’intervention. Il en découle des tensions au
sein d’un même corps de police. Il convient ainsi de relever pour
exemple que le travail de proximité mené de longue haleine dans
certains quartiers sensibles a pu être mis à mal par l’inadéquation de
l’approche d'autres services du même corps de police dont la mission
est le maintien de l’ordre ou l’engagement de renforts, ceux-ci ayant
agi sans concertation avec leurs collègues de la proximité.
La volonté de développer la police de proximité se voit de plus en plus
souvent mise à mal lorsque sont ponctionnés des effectifs affectés au
travail de quartier notamment pour assurer des missions de maintien
de l’ordre ou d'autres activités.
Tange précise : « La polyvalence est également interprétée comme
synonyme de « bon à tout faire » justifiant dès lors de confier à l’inspecteur de quartier les tâches que d’autres ne veulent pas réaliser ou de
faire de ce dernier un réserviste pour d’autres services11 ».
Cette tendance à invalider le travail de police de proximité a été mise en
évidence dans le plan national de sécurité belge qui en a tiré une recommandation : « Il convient de noter que le travail de quartier, qui est
essentiel pour le maintien de la sécurité dans les zones de police
10- Smeets C. et Tange C., Le community policing en Belgique : péripéties de la constitution d'un modèle
de travail policier, International police executive symposium, 2009
11- Ibid.

23

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

(polices locales), doit être encouragé. Il est en effet souvent encore
perçu comme peu valorisant par les agents et parfois sacrifié par l’autorité au profit de tâches jugées plus urgentes ou indispensables. Le
contenu de ces missions devrait être mieux défini et faire l’objet de
normes précises en vue d’une plus grande harmonisation dans les
zones de police12. »

4. Responsabilisation et qualité du travail policier
Il revient à la police de garantir à tous les habitants le droit à la sécurité,
avec un souci de traitement égal. Le travail policier doit s’inscrire dans
l’amélioration des services à la population et intégrer des enjeux sociétaux en constante évolution. Ce travail est d’autant plus complexe que
les citoyens en ont une perception qui dépend pour une bonne part de
leur expérience vécue dans leurs rapports avec la police.
On constate aussi une tendance selon laquelle la police doit être en
mesure de répondre à chaque dysfonctionnement ou problème. Il y a
donc lieu de mesurer les limites du travail policier et de resituer la place
de la police par rapport aux responsabilités de la justice, des élus et des
citoyens.
Par exemple, l’application des lois et règlements en matière d’absentéisme scolaire ne pourra être efficace sans une réflexion sur le sens de
la scolarité et des débouchés professionnels. Dans un tel schéma, la
police s’inscrira dans un partenariat avec les écoles, les structures
d’accompagnement pédagogique et les parents.
Il en va de même en matière de politique d’immigration. Il revient aux
services de police, qui sont chargés d’appliquer les lois en matière de
permis de séjour et de travail, d’être à l’écoute de tous les citoyens sans
distinction de race, de sexe ou de nationalité. Dans le contexte actuel
d'afflux massif de réfugiés en Europe, le rôle de la police paraît vertigineux alors que les autorités peinent à gérer ces flux migratoires dans
un contexte international incertain.
Il en va de même pour les défis liés au droit au logement ou au travail.
12- Plan national de sécurité belge 2012-2015.

24

Comment mener un travail de police efficace avec des populations fragilisées, marquées par un chômage massif et susceptibles d'entrer
dans des circuits économiques illégaux ou des trafics de main-d’œuvre,
sans agir en concertation avec les services non policiers ?
Le contexte budgétaire des États, des villes et des entités fédérées
confrontés à l’effondrement des ressources publiques conduit à un
sous-financement des politiques publiques y compris celles liées à la
sécurité. Des choix se posent déjà entre la poursuite des initiatives de
prévention et de police de proximité et la lutte contre le crime organisé
ou le trafic de main-d’œuvre. Des voix se font entendre pour souligner
que les initiatives de la police en matière de police de proximité arrivent
à leurs limites notamment avec le redéploiement d’effectifs affectés à la
lutte contre le terrorisme, le radicalisme et le crime organisé, au point
de mettre en péril le travail de proximité mené depuis plusieurs années.
Preuve en est la stagnation, voire le recul, des projets de prévention au
niveau européen au profit de la réorientation des fonds vers des initiatives de contrôle aux frontières extérieures de l’Europe, comme l’illustre le programme Frontex.
Le développement d’une politique policière centrée sur les liens policehabitants se voit hypothéqué au profit d’approches plus centralisées,
coercitives et déconnectées du travail policier de quartier.

>> Les services de police sont-ils aujourd'hui à même de
répondre aux attentes des citoyens ?
Ne devons-nous pas craindre, étant donné le transfert de nombreuses
missions spécialisées, que les services de police ne soient plus en
mesure de répondre aux attentes légitimes des citoyens ? Comme le
soulignait le commissaire divisionnaire belge Claude Bottamedi, « il
semble toutefois que les attentes du citoyen, certes plurielles, voire
contradictoires, mais au cœur de la légitimité de l’action policière, ne
constituent pas la véritable priorité contrairement à ce qui est souvent
dit au public. Les attentes des citoyens concernent les incivilités, les
conflits de voisinage, les troubles à l'ordre public, mais elles ne sont
pas prioritaires dans les politiques policières locales13 ».

13- « Une police de proximité qui s'éloigne de plus en plus », Claude Bottamedi, La Libre Belgique,
25 mai 2011

25

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

>> Une police « déresponsabilisée », entre le marteau et l’enclume ?
La nature des questions à traiter peut conduire à un repli des politiques
policières vers le tout répressif. Dans ce cas, les défaillances des
réponses seront attribuées aux politiques, à la justice et aux institutions incapables de faire garantir l’application de la norme.
Monjardet illustre cette évolution en ces termes : « En substance, le
corps de police revendique des moyens supplémentaires pour faire face
à la montée de la délinquance, en obtient et, accroché à une conception
purement répressive de son activité, renvoie toute autre responsabilité
sur la société en amont (famille et école défaillantes dans leur fonction
de socialisation) et la justice en aval (qui sanctionne trop faiblement).
Pour une grande majorité des policiers, la prévention consiste à arrêter
les délinquants et les remettre à la justice. Pour eux, toute mission qui
va au-delà menace de diluer le métier policier dans un travail social indifférencié. Pour les élus au contraire, qui se font l’écho de leurs électeurs, ce qui importe n’est pas que le crime soit élucidé mais qu’il soit
prévenu14. »

5. La police de proximité : une priorité ?
L’activité de police de proximité apparaît comme tout à fait fondamentale pour permettre de bonnes relations entre la police et la population.
Lors de leurs nombreux échanges au cours du projet IMPPULSE, les
villes partenaires ont souligné que la qualité des relations police-population concerne toutes les fonctions des services de police, qu'il s'agisse
de l'intervention, du travail judiciaire, du maintien de l'ordre ou de
missions d'accueil dans les commissariats et de prise en charge des
victimes. De plus, les villes ont souligné que la recrudescence du crime
organisé, des attentats terroristes et de la radicalisation – dont les manifestations touchent la plupart des villes européennes (Madrid,
Londres, Oslo, Copenhague, Paris et Bruxelles notamment) – a entraîné
une forte demande de réaffectation des effectifs. Or, s'il est évident que
la police doit s'adapter à l'évolution des phénomènes qu’elle est censée
prévenir et combattre, on peut s’inquiéter sur les moyens restant dis14- « Réinventer la police urbaine. Le travail policier à la question des quartiers, au risque des
espaces publics », Les Annales de la recherche urbaine, n° 83-84

26

ponibles pour la bonne mise en œuvre des missions de police de
proximité.
Il serait erroné de considérer que les effectifs de police doivent être
mobilisés en priorité sur la lutte contre le terrorisme et la grande criminalité. En effet, cette option est d'autant plus infondée qu'en matière
de terrorisme, les forces de police ne peuvent travailler à l'aveugle et
que, justement, le travail de proximité est essentiel pour recueillir des
informations, par exemple le relevé de plaques minéralogiques suspectes ou les renseignements obtenus lors de réunions de quartier avec
les acteurs locaux ou lors de patrouilles pédestres dans les quartiers.
Ces renseignements sont ensuite analysés en profondeur par les
services spécialisés, qui les croisent avec d'autres données issues
d'autres services de police ou de recherche, notamment en matière de
finances ou de logement des suspects.
En effet, dans la foulée des attentats de 2015, les investigations policières ont mis à jour des ramifications d'organisations terroristes dans
certains quartiers de Paris et de sa banlieue et de la région bruxelloise.
Un certain nombre de suspects et d'auteurs étaient issus de ces
communes où ils vivaient, se déplaçaient et avaient tissé des réseaux
de solidarité négative sur fond de délinquance urbaine
Or, les travaux menés lors du projet IMPPULSE ont mis en évidence
que, bien que les élus locaux continuent de considérer les relations
police-population comme prioritaires, le soutien institutionnel envers
la police de proximité est de façon générale moins important aujourd’hui qu’il y a quelques années.

>> Le financement de la police dans ses tâches de police locale 
Il est intéressant de comparer deux modèles fort différents de financement : le belge et le français. 
En Belgique, la loi de 1998 sur la fonction de police précise que « le
service de police intégré garantit aux autorités et aux citoyens un
service minimal sur l'ensemble du territoire du Royaume. » 

27

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

La police belge est organisée selon le concept de police intégrée à deux
niveaux : la police fédérale, qui compte près de 16 000 agents, agit sur
l'ensemble du territoire pour des missions spécialisées dont la police
des frontières, la lutte contre le terrorisme ; la police judiciaire pour sa
part agit en appui aux 195 polices locales notamment pour les
enquêtes couvrant l'ensemble du territoire. Quant aux forces de police
locale qui comptent plus de 33 agents, elles assurent des fonctions
telles que l'intervention, la recherche locale, la police de quartier, le
maintien de l'ordre et l'assistance aux victimes. Cette police locale
mène des missions d'appui à la police fédérale notamment en matière
d'ordre public.
Les élus locaux disposent ainsi de policiers locaux compétents tant en
matière de police administrative que de police judiciaire et peuvent
solliciter l'appui de la police fédérale, qui peut à son tour solliciter
l'appui des police locales dans certaines circonstances.
Ces dernières années, les élus locaux ont exprimé leur préoccupation
face au cofinancement des polices locales, assumé à plus de 60 % par
les villes et communes, et la mobilisation des effectifs locaux pour des
missions d'appui à la police fédérale. Le constat général est que le
travail de quartier est le talon d'Achille de la réforme. Aussi, l’Union
des villes et communes a-t-elle appelé à une intervention complémentaire de l'État fédéral.
Cette situation est d'autant plus complexe que les communes les plus
riches peuvent engager des dépenses complémentaires de police alors
que les plus fragiles sur le plan socio-économique ne sont plus en
mesure d'augmenter leur cofinancement.
En France, il n’existe pas de statistiques comptables sur la police
locale, mais il est vrai que contrairement à la Belgique, les polices municipales ne sont pas compétentes en matière de police judiciaire ni de
maintien de l'ordre.
Face à l’évolution de la délinquance et à la demande citoyenne de
sécurité, et alors que la police nationale et la gendarmerie ne peuvent
couvrir tous les aspects de la police de proximité, de nombreux maires
ont choisi de renforcer leur police de proximité ou de s’appuyer sur la
vidéosurveillance, ou les deux.

28

La part des collectivités locales dans les dépenses de sécurité a progressé au cours de la décennie 2005-2015, une tendance qui est vouée
à augmenter face à la demande de sécurité et en fonction des nouvelles
missions qui pourraient être allouées aux maires en la matière. Mais
l’endettement de nombreuses communes françaises peut les conduire
à faire des choix qui ne correspondent pas au besoin de développer un
rapport positif entre citoyens et policiers. 
Ces nouvelles approches qui impliquent plus directement les élus
locaux dans les politiques de sécurité ne peuvent dégager la police nationale et la gendarmerie de leur responsabilité en matière de police de
proximité. Actuellement, plusieurs pays européens envisagent de
confier des missions de police à des sociétés de sécurité privées, ce qui
soulève des questions éthiques, ne garantit pas une meilleure qualité
de service et ne comble pas, en tout état de cause, le déficit de liens
police-population. Sans compter qu’une telle option n’est pas nécessairement plus économique.

29

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

30

Chapitre 2
>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Des réponses
>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

31

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Les projets pilotes développés par les partenaires se fondent sur le
constat que les relations police-population sont souvent compromises
par des causes telles qu’une méconnaissance du rôle et des compétences de la police de la part des citoyens, un manque de formations
spécifiques pour les policiers, les difficultés rencontrées par la police
pour pouvoir réagir face aux délits mineurs, ou encore de trop rares
opportunités de dialogue et de débats entre les citoyens et la police.
Les relations entre police et population peuvent aussi se définir à
travers le prisme de la confiance. Celle-ci tient notamment au constat
que « la population a confiance dans le fait que la police agit de manière
à régler les problèmes du territoire ». Ceci pose, par extension, la
question de la perception de ces « problèmes ». Comment mettre en
cohérence la réalité de la criminalité sur un territoire (l’insécurité de
fait) avec le sentiment d’insécurité (l’insécurité vécue ou ressentie) ?
Les citoyens posent souvent la question « Que fait la police ? ». De
même, la question du manque de suivi et de réponse après une plainte
est souvent évoquée et contribue au fait que les citoyens ne perçoivent
pas bien la nature du travail de la police. Une autre question est celle
de la formation des policiers : comment y sont abordées les relations
police-population ? Les policiers sont-ils formés à l’approche de publics
divers ? Au dialogue et à la médiation dans diverses situations ?
En réponse, les villes européennes partenaires du projet IMPPULSE
ont mis en place des projets pilotes visant à produire des résultats à
court terme, fondés sur les attentes que les citoyens expriment, dans
leur ville, envers le service public de la police. Ces projets ont permis
aux partenaires d’innover ou de renforcer des actions existantes dans
le cadre d’une approche européenne, avec le regard de leurs pairs et
d’experts extérieurs.

32

I. Formation des policiers en contact
avec les citoyens

>>>>>>>>>>>>>>>>>
Pour intervenir de façon adéquate, la police doit non seulement être
correctement formée à l’intervention d’urgence et à la réactivité face
aux problèmes mais également être compétente en matière d’écoute,
d’analyse des problèmes, de communication avec le citoyen et de médiation. Souvent, le citoyen estime qu'il manque d’information sur
l’action policière ; il connaît peu les réalités du métier de la police et
s'adresse à elle le plus souvent en cas de crise, d’appel à l’aide alors
qu’il se trouve en situation d’angoisse et de fragilité. Il est donc essentiel que le policier en première ligne puisse appréhender ces situations
de façon professionnelle et réagir de façon opportune et adéquate, en
montrant qu’il peut répondre à la demande du citoyen, le rassurer et,
s’il ne peut directement résoudre le problème, le diriger vers une autre
solution pertinente et efficace.
Pour ce faire, hormis la formation de base du policier, une formation
complémentaire est souvent nécessaire et souvent organisée au niveau
interne et local. En effet, dans plusieurs pays européens, on peut
constater des carences dans la formation de base du policier en matière
de savoir-faire – rédaction correcte des procès-verbaux, connaissance
des législations et réglementations de sécurité alors que celles-ci sont
complexes et évoluent constamment, convention des droits de
l’homme, principes de service public – et de savoir-être – attitude
professionnelle, qualité d’écoute, pro-activité. Or, ces éléments sont
essentiels pour garantir une bonne relation entre le citoyen et sa police,
et lui donner confiance.
Des outils pédagogiques et d’information peuvent être utiles pour faciliter la pratique de terrain. En effet, les législations évoluent et le
policier doit régulièrement actualiser sa connaissance des réglementations en vigueur et de la réalité du terrain, par exemple les nouveaux
services ouverts par la municipalité ou l’évolution sociodémographique
des quartiers.

33

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

« Premier contact : et si c’était vous ? »,
projet développé par la zone de police
Bruxelles Capitale Ixelles
Contexte et nature du problème
Avec ce projet, la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles souhaite que
les policiers soient les premiers ambassadeurs de la police en offrant
un accueil et une prise en charge de qualité, qui doivent être perçus
comme tels par les citoyens.
Le premier et souvent unique contact que peut avoir tout citoyen avec
son corps de police déterminera pour l’avenir son sentiment à son
égard.
Qu’il s’agisse d’un premier contact au sein d’un commissariat ou lors
d’une intervention dans la rue ou chez une victime, les policiers se
doivent d’offrir à leur public, auteur, témoin ou victime, un accueil
identique et de qualité. Malheureusement, la zone de police fait quotidiennement le constat de défaillances à cet égard malgré les formations
déjà mises en place.
Objectif
Le projet de formation : « Premier contact : et si c’était vous ? » vise à
améliorer le premier contact entre le policier et le citoyen et par là
l’image que ce public peut avoir de sa police de proximité.
Activités et stratégie
Ce projet s’inscrit dans un projet global de formation du personnel.
Il s’est articulé autour de deux volets : la réalisation de clips vidéo et la
mise en place d’une formation interactive.
Les situations les plus problématiques ont été identifiées (racisme, viol…)
et quatre clips vidéo intitulés « Et si c’était vous ? » ont été réalisés, chacun
présentant de façon exagérée les comportements à proscrire.

34

À partir de ce support visuel pensé, conçu et joué exclusivement par
des membres du personnel de la zone de police, une formation interactive basée sur le principe du dilemma training a été dispensée. Il s’agit
d’amener le personnel policier à reconnaître les comportements à
éviter, à en explorer les causes et à formuler des solutions heureuses
pour, in fine, proposer une intervention policière professionnelle
concrètement réalisable et efficace.
Pilotage du projet et partenariat
Ce projet est le résultat d’une collaboration active de l’ensemble des
services de la zone de police, avec le soutien de la direction générale.
Résultats et perspectives
La formation « Premier contact : et si c’était vous ? » sera intégrée au
programme habituel des formations à partir de 2016, qui sera évalué
de manière continue.

Le guide de patrouille de proximité,
projet développé par la zone de police
Bruxelles Capitale Ixelles
GUIDE
patrouille de proximité
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Editeur responsable : Guido VAN WYMERSCH - © POLBRU 2015

Couverture du guide de patrouille
de proximité

Contexte et nature du problème
Ce projet est né du constat que les policiers de terrain manquent de connaissances théoriques dans certaines
matières spécifiques et notamment les
nuisances, par manque d’intérêt, de
pratique, ou en raison d'un trop-plein
d’information et de changements législatifs. Or, ils ne peuvent pas patrouiller
dans les rues sans avoir toutes ces informations à portée de main.

35

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Objectif
Ce projet vise à renforcer le professionnalisme et l’efficacité du policier
dans ses missions de répression. Grâce à un petit guide pratique facile
à porter sur soi, il pourra consulter chaque fois que nécessaire la procédure à suivre et sera dès lors plus sûr de lui pour passer à l’action et
verbaliser les infractions décrites dans le guide.
Activités et stratégie
Le projet a consisté à créer un guide pratique d'intervention, édité en
format de poche, que chaque policier en patrouille ou en intervention
emportera avec lui. Également disponible en version numérique directement téléchargeable sur smartphone, ce guide détaille une vingtaine
de cas concrets pouvant se présenter aux fonctionnaires de police et
leur offre une réponse simple, immédiate et facilement applicable.
Disponible dans les deux langues nationales (français et néerlandais),
il sera également utilisé dans les formations données en interne sur les
nuisances. En cas de modification de la réglementation, les fiches
incluses dans le guide seront immédiatement mises à jour.
Pilotage du projet et partenariat
Ce projet est porté par la direction générale de la zone de police, en
collaboration avec des policiers de terrain expérimentés dans leurs
domaines de compétence (pour le contenu des fiches) ainsi que le
service d’infographie pour la réalisation graphique.
Résultats et perspectives
Le « guide patrouille » a été distribué aux policiers en fonction et sera
remis à tout nouveau patrouilleur.

36

« Communication efficace, un pont vers
les citoyens », projet développé par la
ville de Milan
Contexte et nature du problème
À Milan, la demande principale de la population est de voir plus de patrouilleurs dans les rues. Le rapport 2013 de l'institut d'enquête
Eurispes montre que le niveau de méfiance du public envers les institutions publiques est de 73,2 %. Cependant, le niveau de confiance dans
la police de l'État est de 75 %, et de 76,3 % pour les carabiniers, qui
constituent le deuxième organisme national de police.
La municipalité de Milan travaille à renforcer la relation police-population avec une présence sur le territoire et une série d’initiatives telles
que la police de proximité, un centre d'appels et une communication
régulière avec le public via Twitter et, par l'intermédiaire de la presse,
par des communiqués et conférences de presse ainsi qu'un journal
numérique.
L'une des initiatives développées dans le cadre du projet IMPPULSE a
consisté à mettre en place une formation spécifique adressée aux policiers du centre d’appel d’urgence qui sont confrontés à des requêtes
très variées et à un public hétérogène. Chaque année, ce centre reçoit
entre 250 000 et 300 000 appels de toutes natures, par exemple de
conducteurs ayant subi un accident, de riverains se plaignant d'un
véhicule en stationnement abusif, ou pour tapage nocturne.
Parfois, les réponses apportées ne sont pas correctes ou satisfaisantes
pour l’appelant, ou bien la qualité de la communication entre l'appelant et l'agent de police n'est pas bonne.
Ce problème a été identifié grâce aux plaintes envoyées par les habitants à la mairie de Milan, où ils affirment se sentir peu écoutés et mal
compris. Les policiers, quant à eux, déplorent leurs conditions de travail
stressantes face à des situations qu'ils ne savent pas toujours aborder.

37

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Objectif
La formation « Communication efficace, un pont vers les citoyens »
vise à améliorer les compétences des policiers du centre d'appel d'urgence en leur fournissant des outils pour répondre de la manière la
plus efficace possible aux demandes des citoyens, qui souvent appellent
alors qu'ils sont dans un état de panique ou très irrités. Le but du projet
est précisément de faire baisser la tension entre la police et les citoyens
lors de ces échanges téléphoniques.
Activités et stratégie
La formation est adressée aux 150 policiers qui travaillent au centre
d'appel. Une partie d'entre eux travaille à plein temps dans la salle de
contrôle tandis que l'autre partage son temps entre le centre d'appel et
le terrain. Il a été décidé de ne pas séparer ces deux groupes car tous les
agents travaillent aussi bien au centre d’appel qu'à la coordination par
radio des patrouilles qui circulent en voiture.
Les cours interactifs ont été mis en place, à partir d'appels réels, par
une équipe de psychologues qui est déjà souvent intervenue pour la
police locale de Milan. Les participants ont été invités à identifier les
forces et les faiblesses dans le traitement des appels afin de distinguer
les bonnes pratiques. Ils ont également reçu un enseignement de base
en communication proactive et assertive et en technique d’écoute.
Les policiers étaient divisés en groupes de 20 afin de faciliter l’échange
lors des sessions. Chaque groupe a reçu douze heures de cours et il a
été remis à tous les participants une brochure résumant les principales
recommandations acquises lors de la formation.
Pilotage des deux projets et partenariat
Le département de la sécurité urbaine et de la cohésion sociale de la
ville de Milan a piloté le projet, qui a été réalisé en partenariat avec la
police locale et une équipe de psychologues du Centre de recherche et
d'études en psychotraumatologie.

38

Résultats et perspectives
Au début et à la fin du cours, un questionnaire d’évaluation a été
soumis à tous les participants : 79 % (sur un total de 152 réponses)
ont estimé que les sujets abordés pendant la formation étaient « très
utiles pour leur travail » et leur ont permis d'acquérir de nouvelles
compétences professionnelles. Pour 72 %, le cours a été « très utile »
alors que seulement 1 % l'ont estimé sans valeur.
Ainsi, la quasi-totalité des policiers du centre d'appels ont affirmé que
la formation leur avait permis d’améliorer la qualité et la performance
de leur travail.

II. Sensibilisation des citoyens
au rôle de la police

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
1. Améliorer les relations police-population par un travail sur
les représentations mutuelles et une meilleure compréhension
du rôle de la police par le citoyen
Plusieurs études ont sondé les représentations entre police et population, c'est-à-dire comment la population se représente les policiers et
vice versa. On constate généralement chez le citoyen un manque de
connaissance des missions et du fonctionnement des services de
police. On note également que les policiers ont parfois des représentations biaisées des citoyens, qu'ils soient jeunes ou adultes.
Ces problèmes de communication et de représentations engendrent de
réelles tensions entre police et citoyens et ont des conséquences
néfastes sur le bon fonctionnement de la police. Ils créent une frustration chez les citoyens lorsque leurs attentes restent sans réponse, par
exemple lorsqu'ils s’adressent à la police pour des requêtes qui
concernent d'autres institutions comme l'administration municipale,
l'hôpital, les pompiers ou les bailleurs sociaux. De plus, lorsque les

39

Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

citoyens demandent à la police d'intervenir pour des questions qui ne
sont pas de son ressort, cela l'empêche évidemment de consacrer du
temps et des ressources à ses propres missions.
Voici résumées quelques grandes tendances15 à l'œuvre dans les perceptions mutuelles entre police et population en Europe16.

Opinions des policiers envers la population :

 Les perceptions de l’attitude de la population (favorable ou hostile à
la police) sont évaluées par les policiers selon l’âge, le rang social, le
quartier, la profession, la provenance, etc. Les jeunes, surtout ceux
issus de l’immigration, constituent une catégorie particulière qui
concentre, avec une relative constance, des discours dépréciatifs.

 Il existe une large diversité d’opinions au sein de la police, y compris
des avis favorables à l’égard de la population dans toutes ses composantes sociodémographiques.
Satisfaction et insatisfaction de la population à l’égard de la police17 :

 En Europe, les enquêtes mettent en évidence que la population est
majoritairement satisfaite de la police.

 La population, comprise aussi comme un ensemble hétérogène,
accorde beaucoup d'importance à l’équité (fairness) des méthodes ou
procédures utilisées par les policiers. C’est sur cette base qu'elle
fonde la légitimité qu’elle accorde à la police.

 Les plus de soixante ans ont une meilleure image de la police que les
jeunes. Ceci s'explique notamment par le fait que les jeunes sont
plus souvent en contact avec la police lorsqu'ils sont l'objet d'un
contrôle ou d'une sanction.

 Les personnes issues de minorités ethniques ont des perceptions
variées, mais on remarque néanmoins une tendance à percevoir la
police comme répressive. Cette population aspire à une police plus

40

15- Man, C., « Interactions entre policiers et population dans l’espace public. Des ajustements du
cadre de l’expérience policière aux routines d’interactions ordinaires », thèse de doctorat en
criminologie, sous la direction de Sybille Smeets, défendue le 6 mars 2015.
16- Hendrickx, T., Smeets, S., Strebelle, C., & Tange, C. (2000), « La police de proximité en
Belgique. Bilan des connaissances », Les Cahiers de la sécurité, (39), 7-27
17- (Van Roosbroek, 2008, 65), (Easton et al., 2009, 132, (Enhus et al., 1988b, 3 ; Cornet et al.,
1987, 3 ; Moniteur de sécurité, 1997, 19)

« douce » dans ses rapports avec elle, mais elle a aussi beaucoup
d’attentes d’une police plus « dure » pour les faits dont elle aurait à
se plaindre.


Malgré l’hétérogénéité de sa composition, les attentes de la population se concentrent autour de quelques points communs : la population souhaite être en contact avec des policiers aimables ; elle
apprécie les qualités d’objectivité et de neutralité ; elle souhaite une
police présente et accessible18.
Ce que les jeunes pensent de la police :


Une méfiance, voire une peur de la police, est parfois exprimée par
les jeunes, ce qui les amène à ne pas escompter être protégés par la
police s’ils venaient à être victimes.


Ce sont essentiellement les rencontres avec des policiers qui fondent
leurs perceptions négatives, quand celles-ci surviennent dans
l’espace public, notamment à l’occasion d’un contrôle d’identité et
quand le déroulement de la rencontre est évalué négativement.


Les jeunes admettent que les policiers interviennent aussi de façon
justifiée. Ils formulent des distinctions entre les « bons » et les
« mauvais » policiers. Le bon policier est celui qui fait preuve de certaines qualités, se montre respectueux, mais aussi qui se montre
malin et prend des initiatives. Les jeunes attendent des policiers un
comportement correct sans toutefois espérer un comportement
irréprochable.

2. Développer une stratégie de communication spécifique vers
le public et les médias
Un effort de communication est nécessaire pour créer des espaces de
rencontre et de débats entre la police et les citoyens, pour expliquer le
rôle de la police et pour informer le public sur le travail et les réussites
de la police. Une stratégie de communication des pouvoirs publics travaillée spécifiquement avec les médias permet aussi de mieux faire
connaître la police. La relation des médias avec l’insécurité et celle de
18- (Jamoulle et Mazzochetti, 2011, 300 ), (Spaey, 2004, 102) ; (Delens-Ravier et Thibaut,
2003, 34), (Dirikx et al., 2012, 202), (Van Aerschot et De Schrijver, 2008, 70), (Verwee, 2012,
195 ; Easton et al., 2008, 5)

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Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

la police avec les médias est fondamentale pour l'image de la police
auprès des citoyens. Dans ce sens, l’image de la police dans les médias
et les œuvres de fiction (romans, films, chansons...) doit mieux correspondre à la réalité quotidienne et valoriser les missions de police de
proximité.

Plan de communication auprès des
Nantais sur le numéro de secours
Appel-17, projet développé par la ville
de Nantes, France
Contexte et nature du problème
Le principal contact entre le service de police de Nantes et les citadins
passe par l’appel de secours au numéro 17.
Bien que le service fonctionne de façon satisfaisante, certains aspects
– manque de temps pouvant être consacré à chaque demande, appels
non pertinents et méconnaissance des services vers lesquels les réorienter – sont source de difficultés et de frustrations pour les appelants
comme pour les policiers.
Pour y remédier, la ville de Nantes a mis en place deux projets pilotes :

 un plan de communication concernant l’action des services de police
à partir de l’appel au 17,

 la réorientation des appels non urgents vers les services adaptés
grâce à une meilleure connaissance interservices.
Le numéro 17 de Police Secours fait l'objet d'environ 200 000 appels
chaque année ce qui correspond à la moitié de la population de Nantes.
Ce nombre important d'appels n'est pas seulement lié à des situations
nécessitant une intervention de la police : cela est aussi dû au fait que
ce service est en première ligne en matière d'attention au public car il
est facile d'accès et ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre et trois
cent soixante-cinq jours par an.

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Le centre d'information et de commandement reçoit et dirige les
appels. Il est composé de 31 policiers spécialisés qui assurent la permanence de fonctionnement et occupent plusieurs postes : réception
des appels et direction des équipages présents sur la voie publique, interrogation des fichiers de police, communication pour les services
d'ordre importants dans le cadre de grands événements.
La capacité d'intervention des forces de police est stable et en moyenne
de 32 000 à l'année ce qui correspond environ à un appel sur six. Le
temps d'intervention moyen est de huit minutes, donc satisfaisant dans
l'ensemble, mais en réalité disparate selon la disponibilité des équipages
de police et leur positionnement géographique au moment de l'appel.
Les réunions partenariales entre le service de la mission prévention de
la ville de Nantes et différents services de police du commissariat
central ont relevé l'existence de difficultés et de frustrations autant
parmi la population que parmi les opérateurs de la salle d’information
et de commandement. Les policiers soulignent des difficultés dans
l'exécution de leur travail dues principalement au manque de temps à
consacrer aux appelants, une connaissance approximative de l’utilisation du 17 de la part des citoyens, et le fait que les partenaires ou interlocuteurs ne savent pas toujours vers où réorienter les demandes non
urgentes. Quant aux habitants, ils perçoivent un manque d'écoute et
de temps de la part des policiers et estiment que les délais de réponse
– intervention ou non – sont longs.

>> Projet pilote 1 : plan de communication concernant l’action
des services de police à partir de l’appel au 17
Objectif
À travers la mise en place d’un plan de communication concernant
l’action des services de police à partir de l’appel au 17, la ville de
Nantes a pour objectif d’informer les habitants sur les conditions justifiant l’appel de secours afin de désencombrer le 17. L’effet escompté
est de permettre aux policiers de la salle d'information et de commandement de mieux traiter les appels véritablement urgents.

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Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Activités et stratégie
Le projet s'inscrit dans la stratégie locale de tranquillité publique, développée conjointement par la municipalité et l’État dans le cadre du
Contrat annuel territorialisé de tranquillité publique (CATTP).
D’une durée de dix mois, le projet était composé de trois phases : diagnostic, mise en œuvre et dissémination.
Afin de répondre au besoin de communication et de clarification de
l’utilisation de l'appel d'urgence, les professionnels et élus de la ville
de Nantes impliqués dans le projet ont choisi de casser les codes institutionnels pour adopter un ton humoristique à travers les déboires de
« Super Héros 17 », un personnage de bande dessinée créé pour l’occasion et décliné sous forme d’affiches.
Cette campagne a été initiée et supervisée par la ville en coordination
avec le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus), afin d’éviter de
mobiliser la police sur ce projet. Afin d’apporter un regard neutre et
extérieur, la ville de Nantes a choisi de faire appel à un dessinateur
argentin, Sebastian Carceres, qui était déjà intervenu dans des projets
éducatifs auprès des jeunes et pour des institutions.
Le travail s’est concrétisé en trois planches développées à partir de trois
scénarios distincts, et ensuite reproduits en affiche et sur des dépliants
distribuables.
De jeunes Nantais issus de quartiers connaissant parfois des tensions avec
la police ont été associés à la démarche grâce à un partenariat avec une association locale. L’objectif était d’associer au projet des jeunes de quinze à
seize ans afin de leur faire découvrir le fonctionnement de la police nationale et de leur permettre de rencontrer des agents du Centre d'information
et de commandement de la police. Il s'agissait de permettre aux uns et aux
autres de se connaître afin de dépasser certains stéréotypes.
À l'issue de ces rencontres, une quatrième planche a été produite par
les jeunes avec l’aide du dessinateur. Ce travail a fait l'objet d'articles
dans la presse locale.

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La phase de dissémination des supports visuels a visé tous les publics
nantais susceptibles d'avoir recours à l'appel 17. La bande dessinée a été
diffusée :


dans les points d’accueil au public : 10 points de la police nationale
ou municipale ; 11 points de la mairie et des mairies d’arrondissement ; la boutique de la principale entreprise de transports communs
à Nantes, la TAN ; 15 sièges et agences des principaux bailleurs
sociaux ; le tribunal de grande instance et les deux Maisons de la
justice et du droit de la ville de Nantes ;


lors de rencontres individuelles entre les trois délégués police-population de la police nationale et l'ensemble des policiers nationaux de
voie publique et les 30 médiateurs de quartiers nantais ;


lors de rencontres collectives : manifestations de la police nationale
telles que la Semaine de la sécurité ; quatre réunions publiques policepopulation et réunions avec les habitants dans le cadre de la mise en
place du protocole pétition ou rencontres plus informelles et conviviales en pied d'immeuble (environ une vingtaine chaque année).

Dépliant d’information sur l’appel au 17

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Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Planche réalisée par Sebastian Carceres

Une campagne d'affichage a aussi été réalisée au sein des structures
citées précédemment et des centres socioculturels de la ville de
Nantes.

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>> Projet pilote 2 : réorientation des appels non urgents vers
les services adaptés grâce à une meilleure connaissance
interservices
Objectif
L’objectif de ce deuxième projet pilote est de favoriser la connaissance
mutuelle entre différents services compétents en matière de sécurité et
de tranquillité publique et le centre d'information et de commandement afin que chacun comprenne mieux le fonctionnement et les
contraintes des autres.
Activités et stratégie
Cette action s'inscrit dans la stratégie locale de sécurité et de tranquillité de la ville de Nantes.
Une série de rencontres a été organisée entre les services de la ville et
de la métropole. Ces réunions ont aussi permis de jeter des bases de
travail et d'anticiper des modalités de fonctionnement conjointes. Ont
participé des agents de la police nationale, de la municipalité et de la
métropole, notamment les responsables de la brigade de contrôle
nocturne, de la mission prévention de la délinquance, des médiateurs
de quartier et des agents du service de prévention de l’entreprise des
transports communs.
Pilotage des deux projets et partenariat
La mairie de Nantes, à travers sa mission prévention de la délinquance
(service intégré à la direction de la tranquillité publique) a piloté
l’action. Le service a associé étroitement la police nationale, tout
d'abord la hiérarchie puis les policiers de terrain. Plusieurs réunions
partenariales ont été organisées pendant le déroulement du projet.
Afin de partager les objectifs des deux projets pilotes, une convention a
été signée entre les services de police de l'État et la mairie de Nantes.

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Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Résultats et perspectives
L’inscription du projet dans une politique partenariale ancrée sur le
territoire depuis plusieurs années permet d'envisager des perspectives
sur le long terme.
Un travail de renforcement des connaissances interinstitutions a
complété le projet pilote.
La distribution des documents produits s'échelonnera tout au long de
2015 et 2016.
Si les plaquettes sont bien reçues par la population, ce support pourra
être décliné pour d'autres problèmes liés à la thématique.

Espace citoyenneté, projet développé
par la ville d’Amiens
Contexte et nature du problème
Afin de renforcer la notion de service public, la ville d’Amiens a mis en
place un espace citoyenneté visant à faciliter l’accès aux droits et à
répondre aux besoins d’information des habitants, associations, professionnels et institutions en matière de citoyenneté, ou de les orienter
le cas échéant vers les structures et services compétents.
Objectif
Cet espace a pour but de servir de lieu de rencontres et d’échanges
entre les habitants afin d’anticiper les peurs et les tensions par le
dialogue et le lien social, en promouvant la tolérance et surtout l’engagement de chacun.
Activités et stratégie
L'espace citoyenneté dispose de mobilier et de matériels existants qui
seront complétés en adéquation avec les missions afin d’assurer le bon
fonctionnement de la structure. L’acquisition de nouveaux matériels et

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mobiliers fera l’objet d’une demande de crédits dans le cadre de l’exercice budgétaire 2016.
L’accueil et le fonctionnement de l’espace citoyenneté sera assuré,
pour la partie municipale, par un agent de la direction de la sécurité et
de la prévention des risques urbains, un agent du service de la démocratie locale et un chef de projet. Leurs principales missions sont de
programmer les actions à mener, de coordonner les différents acteurs
du réseau et d'accueillir les citoyens.
L’espace citoyenneté devra offrir aux administrés l'opportunité d'exercer une citoyenneté active et de promouvoir des pistes et des solutions
pour favoriser le mieux vivre ensemble. L’information dispensée porte
sur tous les champs de la citoyenneté. L’espace citoyenneté assure un
service d’accueil, de sensibilisation, d'information et de conseil pour
toute personne intéressée par les questions de citoyenneté. Il organise
des actions de communication, d’éducation ou de sensibilisation et
propose en permanence des dépliants d’information. Cet espace
permet aussi de faciliter l’accès aux droits et de répondre aux besoins
d’information des habitants, associations, collectifs, professionnels et
institutions en matière de citoyenneté, ou les oriente, le cas échéant,
vers les structures et services compétents.
L’espace citoyenneté est aussi un lieu qui permet de mettre en réseau
et de coordonner différents dispositifs de prévention et de partenariat
afin de créer des synergies. Ceci se concrétise à travers des ateliers ou
des conférences sur site ou à l’extérieur.
La maison de la sécurité routière (dispositif partenarial préfecture,
conseil départemental, ville d’Amiens), également localisée au sein de
l’espace citoyenneté, a pour objectif d’être un lieu de référence et de
rencontre affecté à la sécurité routière. Toute personne concernée ou
intéressée par cette question peut y trouver une réponse pertinente et
adaptée.
Pilotage du projet et partenariat
Ce projet est piloté par la ville d’Amiens et sa délégation démocratie
locale en partenariat avec la délégation sécurité et tranquillité publique.

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Relations police-population : enjeux, pratiques locales et recommandations

Pour garantir l’intégration de tous à la vie de la cité, le point d’accès au
droit, dispositif municipal (labellisé par le conseil départemental
d’accès au droit) est installé au sein de l’espace citoyenneté. Il a pour
mission de faire connaître à chacun ses droits et d’assurer d’éventuelles
médiations.
Résultats et perspectives
L’espace citoyenneté devait être inauguré au début de l’année 2016.
La création de cet espace illustre la volonté de la ville d’Amiens de renforcer son engagement au service de la population en se dotant d’un
lieu dédié à la citoyenneté afin de faciliter et encourager les habitants à
s’investir dans la vie de la cité.
Encourager la citoyenneté, c’est permettre l’intégration et la participation de tous à la vie de la cité. En ce sens, l’espace citoyenneté vise à
créer du lien social en incitant les habitants à travailler en réseau tout
en valorisant la place de chacun.

Projet « actions communication »,
développé par la ville d’Aubervilliers
Contexte et nature du problème
Avec ce projet, la ville d’Aubervilliers a répondu à la nécessité de créer
et de développer une communication municipale afin d’informer la population et les policiers de l’ensemble du travail mis en place pour renforcer et améliorer leur relation.
La ville a souhaité impulser une réflexion pour que la population
prenne en compte les problèmes quotidiens du commissariat et que la
police connaisse le territoire et ses spécificités.
Ce projet est fondé sur une série d'observations mises en évidence lors
des réunions de sécurité entre le maire et les différents services de la
municipalité ainsi que le commissariat de police, mais aussi à partir de
rencontres avec les habitants.

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