Entrevue avec le Dr Martial Henry(1) .pdf


Nom original: Entrevue avec le Dr Martial Henry(1).pdfAuteur: Cécile Henry

Ce document au format PDF 1.4 a été généré par Acrobat PDFMaker 11 pour Word / Adobe PDF Library 11.0, et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 15/05/2018 à 19:49, depuis l'adresse IP 90.92.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 243 fois.
Taille du document: 484 Ko (3 pages).
Confidentialité: fichier public


Aperçu du document


Entretien avec le Dr Martial Henry
Le docteur Martial Henry, premier médecin mahorais et ancien vice-président du conseil général de
Mayotte fait partie des figures incontournables qui ont joué un rôle dans l’histoire de Mayotte ces 40
dernières années. Dans cet entretien il revient sur les convictions qui ont poussé les anciens à se battre pour
Mayotte, donne ses impressions sur l’actualité et ses conseils en tant que porte-parole des anciens.

Quelles sont les convictions qui ont animées les esprits des anciens ?
Il y a eu 1958 le congrès des notables à Tsoundzou avec Georges Nahouda. Marcel Henry et Zoubert
Moussa étaient aussi présents. C’était le courant des indépendances. Mayotte, les 3 îles des Comores et
Madagascar faisaient parties de l’institution coloniale « Madagascar et dépendances ». Mayotte, la
grande Comores, Mohéli, Anjouan et Madagascar étaient dans une même institution coloniale. Avant
que Mayotte ne soit mise dans une administration commune avec les 3 îles des Comores dans
« Madagascar et dépendances » il n’y avait pas d’entité comorienne. Avant ça chaque île avait sa
souveraineté et son sultan (époque des sultans batailleurs).
Les mahorais étaient réticents à cette évolution vers une autonomie qui allait déboucher sur
l’indépendance avec les Comores. C’est l’administration coloniale qui les a mis ensemble, c’était purement
administratif. Certains historiens ne comprennent pas la spécificité mahoraise. Les mahorais ont des
racines africaines et malgaches. En 1843 le recensement de Passot compte 3000 mahorais. A peu près
1400 sont africains, 1200 sont malgaches, les autres sont en partie arabes. Nos racines sont en majorité
africaines et malgaches. En fait le peuple mahorais est très brassé. Aussi l’abolition de l’esclavage en 1846
ne s’est pas faite de façon autoritaire. Le métissage de Mayotte fait que nous sommes descendants
d'esclaves et d’esclavagistes. Ce fait de société n’a pas marqué la conscience collective mahoraise alors qu'à
Anjouan ou en grande Comores où j’ai travaillé, il y avait deux classes séparées, les « kabaïlas » d’origine
arabe qui étaient les propriétaires (classe dominante) et les descendants d'esclaves mais il n’y a pas de
mélange comme à Mayotte.
Le mahorais a donc choisi son destin. La motivation des mahorais était de ne pas être asservis par les îles
voisines. Nous étions des héritiers de cette pensée. Et puis il y a eu Zena Mdere, les femmes et leur révolte.
Nous avons trouvé que leur combat était légitime. D’autant plus que dans notre culture matriarcale les
femmes étaient plus préoccupées par l'avenir de leurs enfants. Nous les compagnons nous le disons, les
symboles de Mayotte c’est Zena Mdere, c’est Younoussa Bamana, c’est Marcel Henry. Figurez-vous
que j’ai été proche de Zena Mdere.
1

En 1967 quand il y a eu l’élection à la chambre des députés des Comores, il a fallu choisir qui serait dans
la liste soutenue par les sorodas et j’ai été chargé d’aller voir Bamana à Sada et Abdallah Houmadi à
Mtsapéré pour les convaincre d’être sur la liste du MPM (Mouvement Populaire Mahorais).
Ce ne sont pas les élus qui se sont présentés d’eux même mais c'était la population qui disait « on voudrait
que ce soit un tel ou un tel ». Quand les discussions étaient terminées et que la majorité avait pris une
décision, après la réunion tout le monde était uni. Nous pesions davantage sur l'état français

parce que nous étions unis.
Quelles sont vos impressions sur l’actualité ?
Pour en revenir à aujourd'hui, je n’ai pas de crainte pour notre statut de département. De l’autre côté j’ai
l’impression que Azali est otage des hommes politiques qui dans la grande majorité pensent que c'est la
faute de Mayotte si la pauvreté s'accentue aux Comores. Mais nous sommes ouverts à une coopération
régionale.
Ensuite concernant cette affaire de communauté, ce sont eux dans un esprit de revendication de Mayotte,
et notre diplomatie depuis 2013, qui ont creusé le fossé entre Mayotte et les 3 îles des Comores. Nous avons
choisi l’ancrage dans la république française et la départementalisation et eux ont choisi l'indépendance.
Mais nous avons des amis, nous avons des liens de parenté, nous avons des relations humaines de bon
voisinage. S'ils avaient respecté notre choix comme nous avons respecté leur choix nous serions comme La
Réunion et Maurice. Et au fil des années votre génération est beaucoup plus radicalisée contre le
rapprochement avec l’union des Comores que nous vos pères ou vos grand pères. Une autre remarque que
je ferais, ce conflit a fait connaître Mayotte. En fait ils ont arrangé notre communication. Et en 50 ans
de séparation je n'ai jamais connu un seul mahorais qui ait fui son île en kwassa kwassa pour aller dans les
îles voisines alors que l'inverse se passe tous les jours. C’est quand même une démonstration pour ceux qui
quelques doutes que nous avons fait le bon choix. Aujourd’hui le mouvement de contestation est justifié car
les gouvernements successifs français depuis 2004 ont négligé Mayotte et il fallait que la population le
dise haut et fort en se rassemblant. En tant que porte-parole des anciens j’adhère à cette démarche.
Aussi je dis que l’explosion démographique à Mayotte est un gros handicap, tout en disant qu'il n'est pas
dans nos habitudes d'être xénophobes. Nous ne sommes pas xénophobes. Les étrangers qui sont ici en
situation régulière qui ont leur vie tranquille il ne faut pas les embêter et d’ailleurs le droit français les
protège. Par contre celui qui vient en kwassa kwassa en situation de clandestinité on ne peut pas savoir si
chez lui c'est un délinquant c'est pour ça qu'il faut contrôler les frontières en mettant les moyens.
2

Alors quand on entend que le ministre des affaires étrangères refuse d’accueillir ses propres ressortissants
on se demande dans quel monde on vit ?!
Pour tout ça je dis que le mouvement est vraiment justifié mais soyons prudent dans la forme. On peut
faire des défilés monstres, on peut faire des pétitions comme Estelle Youssouffa l’a fait et c’est très très
bien ! Mais n’allons pas faire des barrages et prendre en otage notre propre population. Cette forme de
contestation est condamnable. Les représentants devraient éviter le tiraillement, l’intersyndicale,

le collectif, la partie civile et les élus doivent faire cause commune si on veut peser sur les
décideurs. De notre temps c’était ce qui faisait notre force !

Au moment des résultats du référendum sur l’indépendance où étiez-vous ?
A l’époque j’ai eu le feu vert de Bamana, Henry, Zena Mdere pour être ministre sous Saïd Ibrahim,
avec la mission de faire revenir à Mayotte tous les fonctionnaires mahorais s’ils le demandaient, faire
goudronner les routes à Mayotte ainsi que faire venir la première barge. Toutes ces demandes ont été
satisfaites. Quand le referendum de 1974 a eu lieu j’étais à Moroni, j’étais directeur de la santé. Je me
souviens d’Ahmed Abdallah qui était furieux au cours d’une réception car il était persuadé qu'à Mayotte
les gens allaient voter pour l’indépendance ! On lui a fait croire ça. Il avait accepté que les votes se fassent
île par île car il croyait dur comme fer que même à Mayotte il n’y aurait pas de problème.
L’organisation des élections était faite par l’administration d’Ahmed Abdallah. Ses hommes les « serrer
la main » lui avaient dit qu’il n’y aurait pas de problème.
Je me souviens aussi d’une anecdote de Vita Madi qui était commerçant et qui connaissait Ahmed
Abdallah. Il a roulé Ahmed Abdallah dans la farine. Il était même très proche de Zena Mdere. Ça
c’est une affaire vraiment extraordinaire ! Il lui a fait croire qu'il allait le faire gagner. Et bien tenez-vous
bien, A Mtsangamouji le village de Vita Madi il n'y avait que 3 voix pour l’indépendance ! Je me
demande s’il y a beaucoup de gens qui connaissent cette histoire. Ahmed Abdallah était furieux, à tel
point qu’il a déclaré l’indépendance unilatérale.

La moralité est que nous avons fait le bon choix et il faut continuer à revendiquer
intelligemment. Les anciens étaient moins cultivés mais ils étaient plus pragmatiques. J’ai beaucoup
d'espoir qu’on avancera, je ne suis pas pessimiste. Ça me fait plaisir que vous la nouvelle génération vous
repreniez le flambeau. J’ai un message pour vous. Il faut porter nos valeurs mahoraises et perpétuer la
cause. Allez de l’avant avec intelligence et unité.

Mai 2018. Propos recueillis par F. Dini pour Chatouilleuse 2.0
3


Aperçu du document Entrevue avec le Dr Martial Henry(1).pdf - page 1/3

Aperçu du document Entrevue avec le Dr Martial Henry(1).pdf - page 2/3

Aperçu du document Entrevue avec le Dr Martial Henry(1).pdf - page 3/3




Télécharger le fichier (PDF)


Entrevue avec le Dr Martial Henry(1).pdf (PDF, 484 Ko)

Télécharger
Formats alternatifs: ZIP



Documents similaires


1526488762406entrevue avec le dr martial henry
entrevue avec le dr martial henry1
nouvelle kwassa a la derive pdf
pre sentation du comorien
arret hs
jafr 0037 9166 1960 num 30 1 1919