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MERCREDI 30 MAI 2018

PARCOURS JUDICIAIRE

Herman s’était évadé
de Lantin en 2016
Le Rochefortois a été condamné plusieurs fois entre 2006 et 2016 pour des vols, des coups et des stups
ameux parcours judiciaire que celui de Benjamin Herman. Ce Rochefortois a basculé
dans la délinquance dès son
adolescence, avant de devenir
accro à la cocaïne et à l’héroïne
et de multiplier les condamnations. Voici sa vie, résumée en
quelques infractions.

F

Benjamin Herman est né en
1987 et sa dernière adresse
connue est la rue de Dinant à Rochefort. Il est encore mineur
quand il se fait épingler pour des
faits d’incendie volontaire, des
coups et blessures, de rébellion.
Son frère, Dimitri, est souvent
dans son sillage. Le duo passera
quelques fois devant le juge de la
jeunesse. Les premiers antécédents de Benjamin Herman remontent à 2003, il avait alors 16
ans. Il avait fait l’objet d’un placement à Everberg.
FRANGINS TOXICOMANES
Les deux frangins sont accros à
la cocaïne et à l’héroïne. Chaque
jour, ils se mettent en chasse
d’argent pour s’offrir leur dose.
Et pour cela, ils multiplient les
petits coups, souvent de manière un peu minable. En 2006,
alors qu’il a 19 ans, Benjamin
Herman est arrêté pour détention de produits stupéfiants. Fin
2006, il est condamné à un mois
de prison pour des stupéfiants.
Rebelote en 2007 où il écope
d’une peine de quatre mois, tou-

jours pour un dossier lié à des
faits de stupéfiants.
Ils passent rapidement à la vitesse supérieure. En 2008, les
deux frangins se cachent derrière des écharpes pour braquer
une commerçante âgée de Forrières, en province de Luxembourg, avec une arme factice,
pour un butin de 180 euros. « Il

Benjamin écope de trois ans de
prison et son frère de quatre ans.
Le rapport d’expertise psychiatrique rendu à l’époque est pour
le moins accablant : « Risque de

soir, il a passé la soirée avec un
certain Michaël Wilmet, un excodétenu, à On. Michaël Wilmet, condamné lui aussi à
plusieurs reprises et qui
était sous bracelet électronique. Tout laisse
à penser que Herman l’a exécuté
par arme à feu.
Le mobile du
meurtre
pourrait être
une dispute
liée à une
dette d’argent ou au
partage du
butin du
braquage
de la bijouterie. -

récidive (…) Notion de dangerosité
(…) Personnalités psychopathiques peu accessibles aux thérapeutes avec, dans le chef de son
frère, Dimitri, une faible résisne faut pas oublier qu’ils avaient tance à la frustration (…) peu de
déjà failli tuer un policier en for- remise en question (…) pas de reçant un barrage juste après leur mords… »
braquage. Ils avaient foncé sur lui
et le policier n’avait eu la vie sauve L’ESCALADE !
que parce qu’il avait réussi à sau- En 2008, toujours, Benjamin est
ter sur le côté avant que la voiture condamné pour des vols avec
violences puis pour des coups et
blessures. Toujours au cours de
la même année, il est encore
condamné pour des vols avec efÀ partir de 2017,
fraction et à nouveau pour des
Benjamin Herman
ARNAUD
stupéfiants. Au cours de cette
est « connu »
BISSCHOP
« étincelante » année 2008, il
écope, ainsi, de sept années de ET NICOLAS
comme radicalisé
LÉONARD
prison cumulée.
par la Sûreté de
En 2010, Benjamin est en congé (AVEC R.G,
l’État. Il a fait l’objet
N.HN ET
pénitentiaire et son frère en lide plusieurs
SYL. C.)
berté conditionnelle quand ils
braquent une fleuriste de Rorapports précis
chefort avec un même modus
operandi. Retour au tribunal
pour Benjamin avec une
le percute », rappelle une source condamnation de quatre ans de
plus à la clé !
qui avait suivi leur procès.
À cette époque, Benjamin Her- En 2016, le 5 mars exactement,
man habite Nassogne. « Il était il s’évade de la prison de Lantin
installé rue Lahaut », explique et, deux jours plus tard, le 7
une de ses anciennes connais- mars 2016, il commet un nousances. « Avec son frère, ils étaient veau vol avec effraction. La poassez instables à cause de leur toxi- lice ne parvient cependant pas à
comanie. » Pour ce braquage, mettre immédiatement la main
dessus puisqu’il ne sera repris
que le 7 mars 2017, soit un an,
jour pour jour, après son évasion.
À partir de 2017, il est
« connu » comme radicalisé
Benjamin Herman présentait un profil extrêmement inquiétant. © D.R.
par la Sûreté de l’État. Lundi

Il voulait absolument
tuer des policiers !
Benjamin Herman s’était radicalisé en prison ; il était fiché et avait fait l’objet de plusieurs rapports dans des dossiers relatifs à la radicalisation.
Une
information
policière nationale était également ouverte à son encontre. Quelqu’un avait rapporté à la police que Benjamin Herman voulait absolument s’en prendre à des
policiers. L’information était
donc connue mais pas dévoilée.
RÉÉQUILIBRER LA BALANCE
Toujours dans le même ordre
d’idée, une source judiciaire
nous indiquait encore que
les polices de Liège et de
Bruxelles Midi auraient chacune rédigé un procès-verbal
pour des menaces sur des policiers.
L’information de base faisait
référence au décès de la petite Mawda tuée par une
balle perdue tirée par un policier lors d’une course-poursuite sur l’autoroute E42,

entre Namur et Mons, entre
des migrants et la police.
Des radicaux auraient lancé
un « appel » afin de « rééquilibrer la balance » incitant, du
même coup, à tuer des policiers pour compenser la
perte de Mawda. Cette information n’avait jamais été
communiquée aux policiers
sur le terrain, en tout cas à
Liège.
Nous ignorons si ces menaces ont été prises au sérieux où si elles étaient bien
réelles. Rien n’indique, évidemment, que les deux policières ont été sacrifiées en
échange de la vie de la petite
Mawda.
Ces
nouvelles
menaces
montrent, s’il était encore
nécessaire de le montrer, que
les policiers sont des cibles
privilégiées pour les terroristes qui plus que des lieux
symboliques ou des institutions frappent, dorénavant,
des « soft targets » au coin des
rues, près de chez vous. A.B.

Perquisition à la prison de Marche-en-Famenne

Coran et tapis de prière dans sa cellule
S’il n’a pas été emprisonné pour
des faits de terrorisme, Benjamin
Herman n’était pas un enfant de
chœur pour autant. Incarcéré
pour différents délits (stupéfiants,
vols…) depuis 2002, il a passé près
de 12 ans derrière les barreaux, si
on additionne toutes les périodes
d’incarcération.
Il est passé par la prison de Dinant
et celle d’Andenne notamment
avant d’atterrir à Marche-en-Famenne. Établissement d’où il est
sorti ce lundi soir, bénéficiant
d’un congé pénitentiaire. Pourtant, d’après nos informations qui
émanent de l’intérieur de la prison, Benjamin Herman s’était radicalisé depuis quelques mois.
PAS DE CONTACTS EXTÉRIEURS
Fort isolé, il n’avait que peu, voir
aucun contact avec sa famille. Il
n’était pas à l’écart comme
peuvent l’être les détenus radicalisés. Mais il aurait été mentionné

dans plusieurs dossiers internes à
la prison, comme quelqu’un à surveiller étroitement. Le condamné
fréquentait en effet plusieurs
autres détenus qui, eux, étaient radicalisés. Ils se rencontraient donc
au sein de la prison, lors notamment des sorties sous le préau.
D’après une source pénitentiaire
marchoise, « c’est bien là qu’est le

problème, puisque dès que les radicalisés ne sont plus à l’isolement
complet mais en contact, même peu
de temps, avec les détenus « communs », il y a un risque. On ne sait
pas ce qui se dit. »
Loin d’être un détenu modèle
jusque-là, Herman n’était pourtant pas celui qui faisait le plus de
vagues. « Il ne se faisait pas remarquer même s’il a eu quelques histoires de stupéfiants en prison, mais
comme la plupart dans ce milieu »,
précise notre source.
Qui a vu changer Benjamin Herman ces derniers mois. Ce n’était

Sa cellule a été perquisitionnée. © Belga
plus la même personne.
CONVERTI À L’ISLAM
Plusieurs notes dans son dossier feraient état de ce rapprochement
avec les radicaux. « Les rumeurs al-

laient toutes dans le même sens à
Marche : il était radicalisé ! » Il faut
toutefois nuancer. Une perquisition menée dans sa cellule mar-

choise ce mardi a mis au jour, un
Coran et un tapis de prière. Une
preuve qu’il s’était bien converti
à l’islam. Mais être musulman ne
signifie pas pour autant être radicalisé. Par contre les liens qu’il
entretenait avec ses codétenus radicalisés
restent
interpellants. F.J. ET G.G.

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