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MERCREDI 30 MAI 2018

LES PREMIERS MOTS DU PÈRE DE L’AGRESSEUR

« J’ai couru derrière
la voiture de la PJ »
Le père de Benjamin doute de la mort de son fils
e père de Benjamin
Herman, un habitant de
On (Marche-en-Famenne), ne semble pas
encore réaliser les événements.
Il doute même de la mort de son
fils par manque de communication des forces de l’ordre.

L

Vivian Herman, le père du tueur
de Liège, habite une petite maison sur les bords de la Wamme, à
On
(Marche-en-Famenne).
Lorsque nous avons frappé à sa
porte, il nous a fait part de sa volonté de ne pas s’exprimer d’une
quelconque façon sur son fils.
Mais, nous a tout de même livré
quelques informations sur les
événements de la veille.
« CHEZ LE PSYCHIATRE »
« J’avais toujours des contacts avec

mon fils et je me rendais à la prison
pour le voir », dit l’homme qui
semble complètement déboussolé par les événements. « J’ai été le
chercher à la prison de Marche
lundi. Après l’avoir récupéré je l’ai
conduit chez le psychiatre à Namur », continue l’homme, un retraité des télécoms, d’après l’un
de ses amis.

« Lorsque nous sommes rentrés,

Benjamin a passé du temps avec
les enfants, a joué avec eux et est
même allé leur chercher une
glace », explique Vivian en désignant le trampoline et les ballons
de football dans la pelouse de son
jardin. D’autres enfants de Benjamin ? Des neveux ? Impossible
pour nous d’en savoir plus.
PAS DE RÉPONSE DE LA POLICE
Lorsque nous avons rencontré
Monsieur Herman ce vendredi
après-midi, il ne voulait pas
croire à la mort de son fils tant
que la police ne la lui aurait pas
annoncé.
« Je n’ai pas la télévision, j’ai enten-

du les gens parler, mais je ne sais
pas », explique celui-ci qui a reçu
les forces de police à son domicile
dans la matinée. « La police et la PJ
sont venues ce matin, pour mener
leur enquête et faire des perquisitions, mais ils m’ont dit qu’ils ne
savaient pas s’il était mort. J’ai
même couru derrière la voiture de
la PJ, mais ils n’ont rien voulu me
dire ».
Vivian devait ramener son fils à
la prison ce mardi. « Je devais le reconduire aujourd’hui à 17h.

J’avais même fait une casserole de
boulettes. Je vais devoir les jeter
maintenant… ».
Lorsque nous avons demandé s’il
savait où son fils avait passé la

«J’ai été le
chercher à la
prison de Marche
lundi. Après, je l’ai
conduit chez le
psychiatre à
Namur »

nuit, le père de Benjamin, a mis
un terme à notre discussion. « De-

main matin, j’ai rendez-vous avec
mon avocat pour savoir ce qu’il en
est et savoir ce que je dois faire,
mais je n’ai rien de plus à
dire. » V.D.

Profil

Libéré la veille, de la prison de Marche

En congé pénitentiaire, il
n’avait rien à faire à Liège !
Benjamin Herman, 31 ans, était
donc en congé pénitentiaire
lorsqu’il a entrepris sa sanglante
épopée. Il était sorti de la prison
de Marche-en-Famenne lundi
matin et devait la réintégrer 36
heures plus tard, ce mardi soir.
C’était la troisième fois que la
prison de Marche lui accordait
un congé. Mais avant cela, dès
l’automne 2017, il avait bénéficié de plusieurs permissions de
sortie (5 au départ de cette prison), pour des durées plus limitées (12 heures maximum) : des
sortes de « coups d’essai » où il
avait visiblement réussi à gagner
la confiance de la DGD (Direction gestion de détention), qui
accorde ces fameux billets de
sortie, en concertation avec le directeur de prison.
PRÉPARER SA SORTIE
Ces permissions puis ces congés
devaient permettre à Benjamin
Herman de préparer sa sortie définitive de prison. Lui qui a
connu ses premiers soucis avec
la justice dès l’âge de 16 ans
(avec un placement en centre
fermé pour jeunes), allait arriver
à fond de peine en avril 2020. Il
lui restait donc deux ans pour
préparer sa sortie. C’est à Rochefort, chez sa mère, qu’il devait
être hébergé lors de ses congés.
Il voulait, nous dit-on dans son
entourage, entreprendre une
formation dans la construction.
Il devait aussi se soumettre à un
suivi thérapeutique pour sa toxicomanie, auprès du centre Sé-

Le domicile du père n’avait pas fière allure. © Vincent Rocher

« Un bagarreur et un chercheur de misère »
« Drogue » et « Prison », ce sont
les deux mots qui sont revenus
le plus souvent pour décrire
Benjamin Herman. Beaucoup
des habitants de Rochefort et
d’On que nous avons interrogés
connaissaient ce nom, mais pas
en bien, loin de là.
Un voisin, habitant le quartier
de sa maman depuis des dizaines d’années, nous en dresse
un portrait peu glorieux, résumant bien tous les autres témoignages.
« Il se prenait pour le nombril de

la terre. Sa mère a toujours tout
fait pour lui mais il n’a jamais
rien fait de bon. Tout ce qu’on lui
disait rentrait par une oreille et

oiseau pour le chat, qui était protégé
par de plus gros bonnets, dans le milieu des détenus et de la drogue »,
nous dit une source interne. « Mais
aussi un faible d’esprit, très facilement influençable ». Et à Marche,
était-il repris dans les listes de détenus radicalisés comme certains
l’affirment ? « Pas comme tel »,
nuance une source interne. « Mais
son nom apparaît plusieurs fois
dans les fiches d’observation,

buvait beaucoup, un chercheur
de misère, un bagarreur. Il ne
fallait pas le chercher, il était
toujours prêt à se battre pour
rien », ajoute-t-il.
Différentes personnes ont aussi
mentionné ses problèmes avec
la drogue, tant avec la consommation que le trafic. « Il était
toujours dans des histoires de
fumette », poursuit le voisin. « Je
ne serais pas étonné si on apprenait que des dettes étaient la
cause de toute cette histoire. »
Ses différents séjours derrière

les barreaux ont aussi été
plusieurs fois mentionnés. « Il

est allé souvent en prison. Combien de fois il n’a pas été poursuivi par la police ! Il s’échappait quasi toujours avec sa
moto, il avait d’ailleurs toujours
un casque vissé sur la tête. »
Ses courses-poursuites avec les
autorités sont presque des
légendes, certains parlent de
fuites par les toits de maison,
d’autres d’une capture par un
hélicoptère de la police…
« En tout cas, il fallait s’attendre
à ce qu’il fasse quelque chose
comme ça un jour », conclut le
voisin. B.M.

L’enquête suit son cours

Un jeune homme au très lourd passé judiciaire. © Belga
same à Namur. Benjamin Herman
a écumé toutes les prisons de Wallonie, ou quasi ! Dinant, Andenne,
Lantin, Huy, Arlon, Saint-Hubert… Condamné à de multiples
reprises pour vols, stups, outrages
à agents, rébellion, vol avec violence (lire ci-contre) sa vie se résume à d’incessants va-et-vient
entre chez lui et la prison (préventive, peine).
À Andenne, on se souvient de ses
problèmes de toxicomanie. « Un

ressortait par l’autre », raconte-til. « Elle ne méritait vraiment pas
ça. »
« C’était un guindailleur qui

comme fréquentant des détenus
radicalisés de la prison », nous
dit-on. Apparemment, l’administration pénitentiaire ne le
considérait pas comme un « radicalisé » à part entière. Mais la
Sûreté de l’Etat l’avait quand
même fiché. Mardi après-midi,
une perquisition a eu lieu à la
prison de Marche et des scellés
ont été posés sur sa cellule.
Y a-t-on retrouvé des indices de
radicalisation pure ? Mardi en
conférence de presse, le chef de
zone de la police de Liège Christian Beaupère affirmait que
l’auteur était venu dans l’intention de tuer des policiers liégeois, en tant qu’institution.
Tout le monde s’interroge : que
faisait-il à Liège où il n’avait a
priori rien à faire. Mais un détenu en congé est libre d’aller où
bon lui semble... F. DE H.

Perquisitions chez la mère du tueur
Mardi après-midi, pour la seconde
fois de la journée, la police fédérale et celle de Rochefort se sont
présentées au domicile de Martine
Magonette, la mère de Benjamin,
chez qui celui-ci était domicilié
dans le cadre de son congé pénitentiaire.
Vers 14h30, une dizaine de policiers locaux ont empêché la circulation dans la rue Navaugle, à Rochefort, en barrant celle-ci en
amont et en aval de la maison
avec leurs camionnettes, en tirant
des cordons pour tenir les journalistes à l’écart. À l’intérieur du logement, la police scientifique a
procédé à différentes analyses en
présence de la mère, de son compagnon, ainsi que d’autres
membres de la famille qui avaient
pris soin de tirer les rideaux pour

La police a mené des analyse dans la maison à l’avant-plan. © V.R.
se protéger des regards indiscrets.
À 16h, les équipes de la police
scientifique ont regagné leurs véhicules. Aucun élément ne nous
permet de dire s’ils ont trouvé
quelque chose. Peu après le départ

des enquêteurs, un des membres
de la famille a demandé aux journalistes de quitter les lieux en les
menaçant d’aller chercher une
batte. V.D.
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