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MERCREDI 30 MAI 2018

QUI SONT LES DEUX POLICIÈRES DÉCÉDÉES

« Cathy aimait
s’occuper
de ses SDF »
La quinqua était entrée dans la police après le décès de son fils
Lucile Garcia, que tout le monde
appelait « Cathy », c’était avant
tout un sourire et des étoiles plein
les yeux. À 54 ans, dans le siège
baquet d’une voiture de rallye ou
sur un transat en vacances, cette
habitante de Soumagne dégageait
énormément de prestance et de
classe. Dans une autre vie, elle
avait également longtemps vécu
dans la commune de Trooz.
Lucile et sa collègue, Soraya,
avaient pour habitude de patrouiller, ensemble, elles étaient
inséparables, dans les rues de
Liège. Lucile était la maman d’un
grand garçon de 31 ans qui, aujourd’hui, est inconsolable. Elle
était aussi, depuis 14 ans maintenant, l’épouse de Patrick Hagelstein, un commissaire de la police
fédérale des autoroutes (WPR). Ces
deux-là respiraient la joie de vivre
et leur complicité était inégalable.
« Pat » a pris quelques instants
pour nous parler de sa Lucile.
« Comme elle le disait souvent, elle
allait voir ses SDF », explique-t-il.
« L’un d’eux trouvait souvent refuge

là dans le coin. Je me demande si
elle n’est pas allée voir son SDF lorsqu’elle a été tuée. Lucile allait de

temps en temps lui chercher un café au bistrot du coin pour lui offrir.
Elle aimait consacrer de son temps
aux SDF dont deux se trouvaient,
très souvent, rue des Clarisses. Et Soraya était absolument la même
qu’elle. »
Derrière le magnifique sourire de
Lucile se cachait des blessures. La
vie ne l’avait pas épargnée et elle
avait fait d’elle une femme forte,
de caractère.
ÉPREUVES
Lucile avait notamment perdu un
fils, Axel (21) dans d’un accident
de la route sur la chassée de
Tongres à Juprelle. Lors d’une nuit
d’avril 2008, peu après 4 heures,
la Golf avait quitté sa trajectoire
avant de percuter un arbre en bordure de chaussée.
En avril 2013, nous avions rencontré Lucile lors de l’inauguration d’un panneau souvenir
« SAVE » installé à l’endroit de l’accident, à la mémoire d’Axel Manfredi, son fils. C’est elle qui, en
compagnie d’Alain Moreau, président de l’association des « Parents d’Enfants Victimes de la
Route (PEVR) », avait dévoilé le

panneau. Là encore, Lucile avait
fait preuve de classe et d’élégance
dans sa prise de parole.
« Pour moi, c’était très important

d’avoir un panneau à la mémoire
de mon fils », nous avait-elle
confié, en 2013, lors de l’inauguration. « Il y a l’aspect commémoratif, bien sûr, mais aussi l’aspect préventif car cette route nationale est
dangereuse et les accidents y sont
nombreux. Il faut penser aux autres
jeunes qui passeront encore sur
cette chaussée. »
C’est après l’accident de son fils
que Lucile a voulu s’engager dans
la police. « Elle voulait absolument
œuvrer en matière de sécurité rou-

tière et faire de la prévention », reprend Patrick Hagelstein. « Elle a
également beaucoup bataillé pour
que les agents de police (NdlR: les
ex-auxiliaires de police) comme
elle soient armés et elle a obtenu
gain de cause. Malheureusement,
ironie du sort, elle a été tuée avec
son arme mais contre cela, il n’y
avait rien à faire. »
Sur les réseaux sociaux, les témoignages de soutien à Patrick Hagelstein, l’époux de Lucile, abondaient. Tous soulignaient l’incroyable force de Lucile et tous
souhaitaient à Patrick le plus
grand des courages. ARNAUD BISSCHOP

Cible

Des policiers effondrés
Le bilan policier de l’attaque
de Benjamin Herman de ce
mardi matin au centre de
Liège est très lourd.
Deux policières de la Brigade
de circulation abattues et
quatre policiers blessés et
transportés au CHR de la Citadelle à Liège.
Il s’agit de deux policiers du
PAB, Peloton anti-banditisme, qui ont reçu une balle
dans une jambe, dont un a
eu l’artère fémorale sectionnée, et de deux policiers de la
brigade judiciaire blessés au
bras. Ils ont tous les quatre
été opérés avec succès. Un
des quatre policiers a déjà pu
quitter l’hôpital et est rentré
chez lui.

sonnel.
« L’objectif de l’assassin était
bien de viser la police », a avoué
Christian Beaupère.
Nous avons rencontré des policiers liégeois effondrés de tristesse et d’autres qui refusaient
de s’exprimer tant leur douleur était vive.
La journée de mardi a été très
difficile pour les collègues des
victimes et celle de ce mercredi le sera tout autant, ainsi que
les prochaines jusqu’aux funérailles des deux policières.
La police de Liège est une
grande famille et elle vient de
perdre tragiquement deux de
ses nombreux enfants. « Les

policiers sont très conscients de
la situation et toujours déterminés à défendre la population », a
indiqué le chef de la police, le
UNE LOURDE ATMOSPHÈRE
Inutile de préciser que l’at- bourgmestre de Liège, Willy
mosphère était très lourde à Demeyer.
l’hôtel de police de Liège, rue
UNE MINUTE DE SILENCE
Natalis, ce mardi.
Christian Beaupère, chef de Un registre de condoléances
corps de la police de Liège, est ouvert ce mercredi à l’hôtel
s’est exprimé sur l’état de de ville de Liège à partir de 10h
santé de ses policiers lors du et une minute de silence sera
second point presse devant observée ce mercredi aprèsles médias internationaux. midi à 13h à Liège et dans l’enPuis hors caméras, il n’a pu semble du pays à la mémoire
retenir ses larmes. Il a diffusé des deux policières et du jeune
sur les murs de l’hôtel de po- homme de 22 ans abattus par
lice la photo des deux vic- l’assaillant. MARC GÉRARDY
times avec un petit mot per-

« Cathy » aimait aider les autres et notamment les SDF. © D.R

Soraya et Lucile, que l'on surnommait « Cathy », deux collègues appréciées. © D.R.

Les proches des victimes sont dévastées.

Elle venait de connaître la joie d'être grand-mère. © D.R.

Des scènes atroces à supporter. © Reuters
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