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Le dernier courage
-Bernard Werber-

«Nous n’avons plus le choix, il faut prendre des décisions courageuses ou crever.»
Le sourcil du secrétaire général de l’ONU, l’Ivoirien Kouassi Kouassi sursauta devant la violence
de la phrase. Il laissa pourtant le professeur François Pasternak poursuivre. «Voilà la réalité : en -10
000 avant J.-C., nous étions 1 million d’habitants sur Terre. Pasternak montra un graphique avec
une courbe. En l’an 1 nous étions 200 millions. Il désigna une inflexion de la ligne. En 1800 :
1 milliard. En 1900 : 1,5 milliard. en 2000 : 6 milliards, et nous sommes actuellement
7,5 milliards…»
Un nouveau tic trahit la préoccupation du secrétaire général de l’ONU.
«Selon les prévisions, nous serons 10 milliards d’ici 2020. Si l’on met 100 rats dans une grande
cage fermée, ils coexistent en paix. Si l’on en met 500, les déjections s’accumulent et les bagarres
commencent ; si l’on en met 1 000, ils vivent dans une atmosphère irrespirable et s’entretuent.
Toutes les espèces animales savent qu’elles doivent s’autoréguler. Même les lapins ne font pas plus
de petits qu’ils ne peuvent en nourrir. Même les abeilles, même les fourmis adaptent le nombre de
leur progéniture au milieu qui les entoure. Toutes les espèces s’autorégulent sauf une. La nôtre.»
«Et que prévoyez-vous pour les siècles à venir ? questionna Kouassi Kouassi. Si l’on ne peut
agrandir la cage ? Si l’on ne peut coloniser d’autres planètes ?»
Le scientifique baissa les yeux avant de reprendre. Epuisement des matières premières, raréfaction
de l’eau potable et de l’air respirable, guerres généralisées. Actuellement les forêts, poumons de la
planète, sont systématiquement détruites en Amazonie, Papouasie, Congo, Indonésie, pour faire des
mouchoirs, des meubles, des tracts publicitaires ou tout simplement pour pouvoir planter des arbres
à huile de palme ou construire des golfs. Pour nourrir nos enfants et leur offrir une vie confortable il
faudrait déjà 2 planètes Terre.
Kouassi Kouassi hocha la tête puis lâcha un soupir en regardant la courbe. «Et cela ne peut pas
ralentir ou s’inverser naturellement ? Il y a quand même eu les contraceptifs, l’avortement, le…»
«Avant, la mortalité infantile régulait un peu l’espèce. Mais grâce aux progrès de la médecine, de
nos jours, pratiquement tous les nouveau-nés survivent. Dans le même temps, l’espérance de vie
moyenne mondiale est passée de 30 ans en 1900 à 70 ans. L’effet est mathématique. Il faut avoir le
courage d’agir vraiment, pas se contenter de grandes déclarations.»
«Le contrôle des naissances ? Le sujet est quand même délicat, pour ne pas dire tabou. Vous le
savez, Professeur.»
L’autre esquissa un sourire désolé. «Bien sûr, et c’est pour cela que je préfère être scientifique que
politicien.»
«Et que proposez-vous comme "décision courageuse", Professeur ?» questionna le président un peu
agacé.
«Le taux de fécondité moyen est actuellement d’environ 3 enfants par famille. Il suffirait qu’il
descende à 2 et on sauverait la planète.»
Kouassi Kouassi était né à Yamoussoukro en Côte-d’Ivoire, dans la tribu des Baoulés. Très jeune,
après avoir connu le bonheur de courir et de vivre en forêt, il avait découvert les difficultés d’être né
albinos. Il avait été pourchassé par des sorciers qui voulaient récupérer ses organes et ses os pour
fabriquer des philtres, et avait trouvé refuge dans un centre de protection des albinos à Abidjan,
véritable forteresse gérée par l’ONU où il avait fait ses études. La musique avait été son arme, et il
avait trouvé son équilibre en devenant une star du reggae. A travers les paroles de ses chansons, il
avait alors commencé à dénoncer le poids des superstitions, des traditions, de la bêtise, du fanatisme

religieux. Il avait pris la défense des femmes contre l’excision, la défense des pauvres contre
l’esclavage, la défense des minorités opprimées contre les gouvernements corrompus. Son
intelligence, ses idées et sa popularité lui avaient permis de démarrer une carrière politique
fulgurante et, alors que sa route vers la présidence ivoirienne semblait toute tracée, il avait préféré
viser celle de l’ONU, considérant qu’il avait une dette à l’égard de ceux qui l’avaient jadis sauvé.
Cependant, il ne s’attendait pas à être l’homme qui devrait relever le défi de la maîtrise
démographique.
Le dalaï-lama lui avait certes déjà déclaré que c’était le problème numéro un de l’humanité, mais
Kouassi savait bien que la majorité de ses congénères considéraient le fait d’avoir autant d’enfants
qu’ils le souhaitaient comme un droit primordial.
Comment passer de 3 enfants à 2 sans que le projet soit automatiquement rejeté par les 200 pays
votants ? Il était plus simple de moraliser et de culpabiliser les industriels et les consommateurs que
de prendre le problème à sa source. D’autant que de nombreux Etats poussaient au contraire à
l’augmentation de leur population, soit pour avoir des réserves de soldats, soit pour avoir des
réserves d’ouvriers, soit tout simplement dans l’espoir de sauver le système de retraite.
Kouassi Kouassi se coucha contrarié. Esmeralda, sa femme, le questionna sur la source de son
embarras. Il lui expliqua la situation et conclut : «Je crois que j’avais sous-estimé la charge, et je
suis arrivé à la limite de mes compétences. Jamais les représentants des nations n’accepteront de
passer de 3 à 2 enfants par famille. Même en Chine ils ont renoncé à la politique de l’enfant unique.
Toutes les politiques de contrôle démographique sont vouées à l’échec.»
Esmeralda réfléchit un long moment puis annonça qu’elle avait peut-être une idée pour arranger les
choses…
L’assassinat de Kouassi Kouassi eut lieu à 11 h 30, en séance plénière, alors qu’il venait de terminer
son discours sur la nécessité de maîtriser la démographique.
L’homme avait surgi des coulisses et vidé le barillet de son revolver sur le président de l’ONU en
hurlant : «Mort au tyran ! Non au contrôle des naissances !» Avant d’avaler une capsule de cyanure.
Kouassi Kouassi fut immédiatement emporté par une ambulance vers un service spécial de
l’Hôpital de New York. Par chance, aucune balle n’avait détruit de zone vitale, mais il mit six mois
à s’en remettre.
A peine rétabli, il insista pour que le vote soit reprogrammé. La tentative d’assassinat avait
évidemment modifié l’atmosphère de l’assemblée. La loi pour un contrôle mondial des naissances
fut ratifiée avec une seule voix de majorité, mais cela suffit.
Cinq ans plus tard, cette décision commença à montrer des effets visibles. La courbe de la
croissance démographique ralentit sa progression. Et, comme l’avait prévu le professeur Pasternak,
cela eut un effet direct sur l’économie. La croissance et la consommation se stabilisèrent. La
destruction des forêts et l’épuisement des réserves d’eau potable ralentirent. Puis, vint une période
de décroissance qui affola les bourses et les marchés financiers. Cependant le mouvement était
lancé. La maîtrise de la bombe démographique n’était plus un sujet tabou.
Les mégapoles devinrent moins polluées. Les océans moins acides virent réapparaître des thons
rouges, des dauphins, des baleines, des requins, autant d’espèces en voie de disparition.
Les forêts sauvages se remirent à pousser et le désert à reculer. La température de la planète baissa
légèrement, permettant de voir réapparaître de la glace dans les zones des pôles où elle avait fondu
et au sommet des montagnes.

Fort de ce premier succès, le président Kouassi Kouassi proposa de passer à 1 enfant par famille et,
cette fois-ci, le vote se fit avec une majorité nette.
Il avait fallu un temps pour se tromper, un temps pour expérimenter, un temps pour comprendre.
Alors se produisit l’incroyable : après avoir culminé à un pic de 8 milliards, l’humanité commença
un reflux lent mais réel.
Après le décès de Kouassi Kouassi, mort de vieillesse, on trouva dans ses mémoires l’explication de
sa réussite : l’attentat contre lui n’avait été qu’une vaste mise en scène orchestrée par sa femme, qui
avait bien compris, elle, que le monde évolue grâce à des chocs émotionnels.
Kouassi Kouassi fut considéré dans les années suivantes non seulement comme le sauveur de
l’humanité mais aussi de la planète.
En 2100 le nombre d’humains redescendit encore plus rapidement, et l’ONU vota une loi qui
garantissait à tout nouvel individu d’être protégé, soigné, nourri, éduqué. Il n’y eut plus de morts de
faim, plus d’analphabétisme… la violence s’amenuisa et les guerres se raréfièrent.
Les forêts ayant repoussé, les espèces sauvages réapparurent, et on trouva dans la pharmacopée de
la nature des solutions à toutes les maladies.
Grâce au télétravail, les villes se désengorgèrent, les gens préféraient avoir des petites villas à la
campagne ou des cabanes dans les îles. Grâce au développement du solaire, les voitures à pétrole
furent remplacées par des voitures électriques à plaque photovoltaïque. Les gens, plus heureux,
vivaient en meilleure santé, plus longtemps. L’espérance de vie moyenne passa à 120 ans.
Avec le recul, chacun comprit qu’il s’en était fallu de peu que, paradoxe suprême, l’espèce humaine
ne disparaisse du fait de sa propre croissance non maîtrisée. Et ce «peu» avait tenu dans le courage
d’un seul homme luttant contre des millénaires de traditions et surtout… dans sa capacité à écouter
les conseils de sa femme


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