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HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELLEMENT VECUES.
Bernard Werber

01 - "UNE HISTOIRE DE POMME ET DE POIRE". AOUT 2017. PARIS. (HISTOIRES
EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELLEMENT VECUES. Numéro 01).

JE ME SOUVIENS. PAS PLUS TARD QU'HIER.
UNE HISTOIRE DE POMME ET DE POIRE.
Petite anecdote qui m'est arrivée hier:
En fait je suis le genre de type qui s'énerve rarement, voire jamais.
Je considère que tout problème a une solution et qu'en s'énervant on a précisement moins de chance
de trouver cette solution.
Donc de manière générale: j'observe, j'analyse, je ne prends rien dans le mode émotionnel...
cependant hier....
Je vous raconte:
1 - Je passe toutes mes matinées de 8h à 12h 30 face à mon ordinateur à écrire mes 10 pages par
jour, ce rituel est établi depuis l'âge de 16 ans et il me sert de colonne vertébrale spirituelle (sinon je
serai un type normal).
2 - Je suis macophile c'est à dire que j'achète systèmatiquement tous les ordinateurs les plus
perfectionnés et donc les plus chers de chez Apple avec le maximum de mémoire et de
perfectionnements. C'est mon unique source de dépense excessive sinon tous les autres objets
autour de moi sont fonctionnels (montre Swatch, voiture Smart électrique, vêtements Célio,
chaussures Géox, et je me nourris essentiellement de légumes et de fruits bio... vous dire... )
3 - Donc j'ai acheté il y a trois mois, le dernier mac book pro 13 pouce, avec 1 terra de mémoire qui
vaut autour de 3200 euros, mais bon c'est mon outil de travail et j'adore les nouvelles technologies.
4 - Il y a une semaine, je remarque que la touche espace reste enfoncée et on doit tapoter plusieurs
fois pour qu'elle se décoince. Du coup mes phrases ont les mots collés quand je tape vite. Ce qui est
vous le conviendrez à la limite de l'agacement.
5 - Je prends rendez vous avec Apple (leur centre téléphonique est en Irlande mais dispatche dans le
monde) et ils m'indiquent un concessionnaire dans l'Ouest parisien, près des Champs Elysées.

Au lieu d'une semaine d'attente je n'ai que 3 jours à patienter, petit veinard que je suis.
6 - J'amène la machine chez le dit concessionnaire agrée et il me dit que pour cette touche qui
coince il va falloir démonter la machine car tout sur ce modèle est d'un bloc.
7 - Machine démontée, finalement la garantie ne peut pas marcher, car il y a une petite rayure qu'il
vient de détecter sur le coté, ce qui sous entend que la machine est peut être tombée donc c'est ma
faute, je n'avais qu'à pas être négligent peu soigneux, bordélique.
Le cout de réparation proposé (changement complet de tout le bloc clavier) est de.... 720 euros...
8 - Je dis "glurps" puis "pardon... 120 euros?" "Non 720". Zut j'ai des problèmes de surdité en plus.
9 - Je questionne à tout hasard, "720 euros pour décoincer une touche?"
10 - Ben oui mon bon monsieur, c'est apple, tout est conçu d'un bloc et encore cela va prendre 4
jours!
11 - Bon ok, je n'ai pas le choix, je laisse l'appareil en otage et je ressors un vieux mac book air qui
lui a d'autres problèmes de santé mais pas celui là (la batterie se décharge en heure).
12 - Au jour dit, je récupère l'ordinateur mac book pro, paye la rançon et je rentre chez moi, avec le
sentiment que bon c'est pour le travail je n'ai pas le choix.
13 - En utilisant l'appareil je m'aperçois que la touchbar ne répond pas. Il faut appuyer 10 fois pour
pouvoir changer la luminosité de l'écran et des fois cela ne fonctionne pas du tout. Pareil pour le
son. Pareil pour toutes les actions touchbar.
14 - Le lendemain je ramène donc le dit macbook air pro avec son clavier neuf au dit
concessionnaire et il examine l'appareil reconnait que la touchbar ne fonctionne pas descend dans
son atelier avec l'appareil, me dit que cela risque de prendre encore une semaine pour réparer ça
mais... il précise... que... pour démonter et examiner la machine cela coutera un supplément de 185
euros. Et il me tend la facture à payer de suite. Comme une sorte d'évidence.
15 - Hum... dans ma tête... comment dire un sentiment de?... comment dire?... une envie de?...
comment exprimer ce sentiment... (quitter apple? faire un procès pour fouttage de gueule excessif?
assassiner l'individu face à moi? Mettre le feu à son magasin? Prendre une hache pour réduire en
miettes tous les ordinateurs apple qui m'entouraient? Cueillir des pommes pour les réduire en
compote? Partir sur une ile déserte et renoncer à la technologie? Tenter un ordinateur Windows?
Lancer la révolution planétaire? Réveiller les consciences endormies? Démarrer enfin cette putain
de Troisième guerre mondiale? ) une envie de... ne plus fermer ma gueule et de passer à l'action
m'étreint.
Je réunis mes troupes dans mon cerveau, prêt à charger, je recompte mon artillerie, j'affute quelque
arguments, je m'arrête à défoncer ce qu'il y a en face de moi: un individu qui croyant faire
honnêtement son travail, sème sans vergogne le chaos dans le cosmos et ses alentours.
16 - Bref, moi le type le plus doux, le plus calme, le plus en contrôle possible je me suis surpris à
être envahi d'un sentiment de vouloir faire du mal à autrui.
17 - Cela a duré 185 secondes auxquels s'ajoutaient déjà les 720 secondes de la première réparation
et j'ai fermé le poing en me rappelant de mes cours de kung-fu de jeunesse (Notre maître nous avait
dit "N'utilisez la violence qu'en cas d'auto défense", mais là il s'agit quand même d'auto défense,
vous êtes d'accord?).
Je sentais monter en moi la présence d'une de mes anciennes réincarnations. Le samouraï japonais
susceptible qui n'avait strictement aucun humour. L'archer anglais qui aimait bien tirer sur tout ce
qui bouge. Et puis encore plus en arrière l'homme préhistorique, celui qui a affronté les hyènes et
les lycaons à mains nues. Même ma réincarnation de Neandertal aussi impassible qu'un panda avait
envie de montrer la canine.
Un sentiment d'injustice et d'inadaptation de ma personne à l'univers qui l'entoure a monté jusqu'à
ma thyroïde pour me serrer la gorge.
18 - Mais soudain pris d'un doute le dit vendeur est allé chercher un collègue en sous sol, qui, lui a
prononcé cette jolie phrase "mais non, le clavier que nous avons réparé hier est encore sous
garantie".
19 - Le saint homme.
20 - Ah? J'ai retenu mon avocat, mon poing, ma massue, ma flèche, mon Katana, ma vindicte, ma

colère, mon envie de passer à Windows et bon tout est rentré dans l'ordre. Je devrais récupérer
l'ordinateur avant la fin du mois d'aout.
21 - Ouf.
22 - PS: Du coup pas rancunier je leur ai acheté les nouveaux écouteurs AirPods à 180 euros.
J'espère qu'ils ne vont pas tomber en panne.

02 - "RIMBAUD ET LES SUSHIS". MAI 1994. TOKYO. (HISTOIRES
EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELLEMENT VECUES. Numéro 2).

Bon vu que cela à l'air de vous amuser, je vous en raconte une deuxième, dans le cadre "histoire
réellement vécue".
HISTOIRE REELEMENT VECUE N°02 - ARRIVEE EN MAI 1994 A TOKYO
"RIMBAUD ET LES SUSHIS".
Petite anecdote qui m'est arrivée en Mai 1994.
J'arrive a Tokyo au Japon pour la promotion des fourmis et là je rencontre mon éditeur japonais
GIANI, c'est un italien installé au japon qui s'est associé à un éditeur japonais pour monter une
maison independante.
Je rencontre aussi mon traducteur monsieur TOKATA, (rien à voir avec Bach).
Monsieur TOKATA est considéré comme le spécialiste de la littérature française au Japon. Je
discute avec lui et je m'aperçois qu'il ne parle pas français. Nous discutons donc en anglais. Pour un
traducteur de français-japonais cela me semble un peu surprenant mais... bon.
Je lui demande comment se fait il qu'il soit connecté à ce point à la littérature française.
Il me dit que c'est parce qu'il a rencontré Jean Paul Sartre à Tokyo.
- Ah? Dis je et vous lui avez parlé ? (je n'ose demander "en quelle langue"?)
- Oui, me répondit il il, cherchait un taxi pour rentrer dans son hotel et j'ai appelé un taxi et je suis
rentré avec lui. Mais comme il ne parlait pas anglais et que je ne parlais pas français nous avons
juste fait le chemin ensemble et nous nous sommes souris. Il m'a semblé que nous nous sommes
compris. Après j'ai lu toutes ses oeuvres et j'ai été invité systématiquement dans toutes les émissions

de télévision japonaise sur la littérature française.
"Ah songeais je à nouveau. Donc mon traducteur ne parle pas français et finalement n'a rien dit à
Jean Paul sartre ils se sont juste souris..."
Mr Tokata me demande ensuite est ce que j'apprécie le grand poète français Arthur Rimbaud.
Je suis surpris et lui répond que oui, enfin j'ai appris cela à l'école.
Il me dit que cela tombe bien avec un air complice.
Puis il me dit qu'il m'invite à manger chez lui et me demande qu'elle est ma nourriture préférée, car
justement il compte me faire ce plat pour le diner.
- Hé bien lui dis je moi ce que je préfère c'est la nourriture japonaise. A Paris, je mange
pratiquement tous les jours des sushis c'est mon plat préféré.
Aussitôt monsieur Tokata affiche un air contrit.
- Les quoi?
- Hé bien les sushis... vous voyez de quoi il s'agit demandais je avec le maximum de détachement
que peut avoir un Gai jin (étranger barbare en terre sacrée)
- Des... su... shis?
- Vous n'en mangez pas?
- Hé bien non. Disons plutôt que nous en mangeons au restaurant ou pour les mariages ou pour les
naissances. C'est assez rare.
- Alors vous avez prévu quoi pour ce diner?
- Hé bien un steak frite.
Je garde mon sourire.
- On nous a signalé que tous les français adoraient les steak frites!!!!
- Ecoutez je dois être une exception mais je suis plutôt végétarien, je ne mange tout au plus que du
poisson ou du fromage. Le dernier steak frite que j'ai avalé... hum.... cela devait être il y quatre ou
cinq ans.
Son visage se décompose.
- Pas de problème dans ce cas nous allons vous faire des... sushis, dit il.
Entre temps je retrouve mon éditeur Giani et lui demande comment se fait il que mon traducteur ne
parle pas français...
- Hé bien m'avoue t il c'est un peu compliqué.
Voilà... Monsieur Tokata est considéré comme "le" grand spécialiste de la littérature française, mais
en effet il ne parle pas français.
- Ok....
- Donc j'avais son nom mais il était incapable de faire le travail. Alors j'ai cherché quelqu'un qui
parle français et j'ai trouvé monsieur Takashi qui lui est fils de l'ambassadeur du japon en suisse, il
est parfaitement francophone mais il n'est pas écrivain.
- Zut.
- Mais par chance, sa femme, Yin Mi, qui est chinoise est écrivaine.
- Ouf
- Donc Takashi a lu les fourmis, l'a traduit oralement à Yin mi qui l'a écrit et cela a donné le
manuscrit. Cependant Monsieur Tokata trouvait injuste que son nom soit sur la couverture en tant
que traducteur alors qu'il n'avait strictement rien fait sur le projet. Donc, par pure conscience
professionnelle et par amour de la culture française, il a pris une initiative personnelle, il s'est dit
que cela pourrait être l'occasion de faire découvrir un autre grand écrivain français: Arthur
Rimbaud. Il a donc intercalé des poésies de Rimbaud au milieu de ton texte sur les fourmis...
- Beaucoup de poésies?
- Disons une page sur trois.
- Ah quand même. Donc un tiers du livre?...
- Le problème c'est qu'une fois que Tokata a mis ses poèsies de Rimbaud au milieu de ton texte... hé
bien... mes éditeurs associés japonais qui ont relu le texte l'ont trouvé très mauvais car
incompréhensible.
- Je m'en doute.

- Et donc ils ont donc renoncé a publier les fourmis au japon.
- Continue, dis je en crispant légèrement la machoire.
- Bon ensuite le temps a passé et puis un jour un de mes éditeurs associés a discuté avec sa femme
de ménage coréenne qui lui parlait de son plaisir à lire le roman les fourmis. Il lui a dit que c'était un
livre incompréhensible et que pour leur part ils avaient préféré renoncer à publié quelque chose
d'aussi ésotérique. Alors elle a raconté oralement l'histoire des fourmis. L'éditeur japonais a dit
"mais c'est une histoire passionnante. Cela ne ressemble pas du tout au texte que m'a remis Tokata".
Alors ils ont mené l'enquête ils ont découvert la présence de Takashi et de sa femme Yin mi. Et ils
lui ont demandé de retrouver le manuscrit original avant l'intervention de monsieur Tokata. Par
chance Yin mi avait encore dans sa poubelle, une version brouillon écrite au crayon à papier. Et là
happy end, tu vois Bernard, nous avons donc ressorti cette version et nous l'avons donc publié tel
quel. Nous avons cependant laissé le nom de monsieur Tokata, qui donc n'a rien fait sur le projet,
mais qui est considéré ici comme "le" spécialiste de la littérature française et le grand ami de Jean
Paul Sartre...
- Ah?.... dis je, tout en pensant "c'est quoi ce bordel?"
Je déglutis et me retiens d'exprimer ma pensée sachant qu'au japon mieux vaut ne pas montrer ses
émotions.
Bon, le soir donc je dine chez Tokata .
Enfin la femme de Tokata nous amène timidement un plateau de sushis.
Le grand spécialiste m'explique :
- Hé bien nous avons du acheter des couteaux spéciaux pour le sushis (je crois cela a une valeur
autour de 2 000 euros) et ma femme a acheté un livre pour apprendre à les préparer car il y a un
angle précis pour couper la fibre du poisson et si on ne trouve pas cet angle et bien c'est difficile à
manger.
Je n'ose dire que je crois savoir qu'il y a des écoles de sushi man ou ils étudient pendant plusieurs
années avant de préparer ce plat.
Je goute les sushis. Les enfants de la famille sont étonnés car ils n'en avaient jamais vu à la maison.
Nous mangeons. Du moins nous tentons de manger, car madame TOkata n'a pas trouvé l'angle
précis pour couper les fibres du poisson. Je mache longuement. Puis recrache discrètement dans ma
serviette la boule impossible à avaler. Les enfants font pareil.
La femme perd complètement la face et va pleurer dans la cuisine.
Tokata pour sa part affiche un énorme sourire, signifiant que tout cela n'est pas grave la situation est
sous contrôle.
- Vous mangez quoi d'habitude? demandais je pour faire diversion.
- Hé bien des pizzas, ou du poulet avec des pattes, signale t il en buvant de la bière pour essayer de
faire passer la poule de poisson maché qu'il a lui même coincée dans le gosier.
- Ah donc vous mangez en fait ... un peu comme nous?
- Oui dit il en éclatant d'un rire forcé qui est sensé me faire oublier la disparition soudaine de sa
femme.
Avant de partir Monsieur Tokata me prend le bras.
- Je crois que Giani vous a renseigné sur l'histoire du manuscrit mais il faut que vous sachiez me dit
il, j'ai combattu jusqu'au bout pour mettre le plus possible de poésies d'Arthur Rimbaud dans votre
texte, afin que le public japonais découvre les deux auteurs simultanément, vous et lui. Evidement
les éditeurs m'ont demandé d'en enlever, mais au dernier moment juste avant que cela ne parte à
l'impression (il me fait un clin d'oeil complice) j'ai quand même pu en rajouter plusieurs. Cela vous
fait plaisir non?

03 - « LA DAME AUX CHATS » JUILLET 1982. CAMBRAI (HISTOIRES
EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELLEMENT VECUES. Numéro 03).

Je me souviens.
C’était en 1982, j’avais 21 ans.
Je venais effectuer mon stage de journaliste dans une ville du Nord de la France de 50 000 habitants
et j'étais logé chez une dame qui s’appelait, ca ne s’invente pas, Madame Violette.
C’était une petite femme de 80 ans qui était un peu taciturne. Elle avançait avec sa canne et elle m'a
bien précisé « Surtout vous n’accueillerez pas de jeunes filles ici (on vous connaît les jeunes
parisiens, et étudiant journaliste en plus cela doit être quelque chose tiens !). Sinon ce sera 100
francs par mois. D'accord?
J’eu droit à une chambre qui ressemblait à un musée et je m’entendais plutôt bien avec ma logeuse
qui parfois me racontait sa vie et ses problèmes.
Un peu plus tard je découvris qu’en fait elle était en binome avec une autre vieille dame qui vivait
dans l’immeuble voisin, et qui partageait son appartement avec treize chats.
Du peu que j’en appris en discutant avec les gens du quartier, Madame Violette et disons "la Dame
aux chats", étaient des amies depuis longtemps. Mais la Dame aux chats ayant des difficultés à
marcher avec l’age avait fini par ne plus sortir et sa porte s’était mise à gonfler avec l’humidité si
bien que plus personne ne pouvait ni entrer ni sortir de ce lieu.
Le seul lien avec l’extérieur était Madame violette qui lui déposait dans un panier d’osier sa
nourriture, son courrier, ses croquettes pour chat et son journal. Le panier était accroché à un ficelle
qui elle même pouvait être hissé au quatrième étage grâce à une poulie.
Et pour ce qui est de la communication orale cela se passait par téléphone les deux vieilles dames

discutant tous les jours au téléphone pendant des heures.
En fait madame Violette et la dame aux chats, dont je ne connaissais ni le nom ni le visage, formait
une sorte de couple qui s’aimait à leur manière.
Je suis resté trois mois en journaliste localier d’été et puis j’ai repris mes études à paris. L’année
suivante j’ai rencontré la journaliste qui m’a remplacé et j’ai demandé si elle était elle aussi logée
chez madame Violette.
- Tu ne sais pas ? Madame Violette est morte.
- Et la dame aux chats ?
- Quelle dame aux chats ?
Bon sang, ils ont oublié la dame aux chats. Alors j’ai passé des coups de téléphone a mes anciens
collègues et peu à peu j’ai fini par apprendre la suite de l’histoire.
En effet après la mort de madame Violette personne n’a pensé à s’occuper de la dame aux chats.
Et celle ci n’a pas su ou pas voulu utiliser son téléphone pour appeler à l’aide.
Ce sont les voisins qui ont fini par appeler les pompiers à cause de l’odeur qui se dégageait de
l’appartement de la dame aux chats.
Et quand trois mois après la mort de madame Violette ils ont fini par défoncer la porte ils ont
trouvé…
Enfin vous vous doutez de ce qu’ils ont trouvé.
Donc ce sera la première de mes histoires ou je ne vous raconte pas la fin mais je vous laisse utiliser
votre propre sens de la déduction pour la comprendre.
Toujours est il que je pense malgré tout que les chats aiment les humains.
.... A leur manière.
Ps 1: Cela dit 13 chats c'est trop.
Ps 2: Et je crois qu'il vaut mieux ne jamais dépendre des autres pour sa propre survie.

04 - "UN ARBRE DANS LE DOS, DES REVES AU BOUT DES DOIGTS" - HISTOIRE
VECUE N°04

Un arbre dans le dos, des rêves au bout des doigts.
1. Je me souviens.
Je suis né avec une maladie bizarre qui se nomme SPA. Non pas pour Société Protectrice des
Animaux mais pour Spondili Arthrite Ankylosante. Spondili ce sont les vertèbres. Arthrite c'est le
rhumatisme. Ankylosante cela signifie que progressivement cela bloque tout. En fait mon dos se
transforme en petit arbre bien rigide.
C'est ce qu'on appelle une maladie moderne car elle n'a été bien diagnostiquée qu'à partir des années
1980, grâce aux travaux d'un monsieur toulousain comme moi qui s'appelle Jean Dausset et qui
reçut précisément en 1980 le prix Nobel de médecine pour ses recherches sur ce problème. Mais
avant de vous en dire plus sur cette charmante maladie qui m'accompagne depuis ma jeunesse, je
vais vous parler de mon enfance.

2. Je suis né à Toulouse et j'étais un enfant, comment dire? Solitaire introverti, les professeurs
mettaient souvent "rêveur" ou "dans la lune" a côté de la phrase "résultats scolaires pour l'instant
plutôt moyens mais on sent qu'il y a du potentiel il devrait se reprendre avant la fin de l'année".
3. Mais je ne me reprenais pas et passais parfois les classes suivantes de justesse.
4. Par contre je lisais très jeune des livres, notamment des nouvelles d'Edgar Poe et de Jules Verne.
Et grâce à cela je tenais le coup.
5. J'étais moi-même un peu bizarre, nul en sport, nul au foot, je n'arrivais pas à retenir par coeur les
récitations ni les noms des fleuves russes et encore moins les dates des grandes batailles-boucheries
qui ont rythmé l'histoire de nos ancêtres. Durant les vacances, je restais des heures à observer les
fourmis dans le jardin de la villa de mes grands-parents à la campagne.
6. Je les mettais ensuite dans des pots et je croyais en faire l'élevage, mais vu que souvent il n'y
avait pas de reine, elles dépérissaient et je les remettais là où je les avais trouvées.
7. Problème familial: un certain dégoût de près ou de loin pour tout ce qui ressemblait à de la viande
surtout saignante. Je dis ça car j'ai toujours eu l'impression que c'était manger du cadavre.
9. Donc nul au foot, un peu trop sensible dans le quotidien, en conflit alimentaire avec mes parents,
pourvu de peu de mémoire pour les cours, j'étais ce qu'on pourrait nommer un enfant plutôt inadapté
au système social courant.
Le seul domaine où j'excellais dès l'âge de 5 ans était le dessin. Je dessinais partout toujours la
même chose: un vaisseau spatial grâce auquel je voulais quitter la Terre avec quelques copains triés
sur le volet. On arriverait sur une autre planète et là-bas on recommencerait tout "autrement".
10. À 8 ans, composition libre, je rédige une rédaction sur un sujet qui me passe par la tête
"SOUVENIR D'UNE PUCE".
11. Le point de vue d'une jeune puce qui escalade un humain des pieds aux cheveux comme s'il
s'agissait d'une montagne et qu'elle pratiquait l'alpinisme pour rejoindre la jungle des poils qui
couronne son sommet.
12. Le professeur de l'époque s'est avéré encourageant: "C'est avec vous que je prends le plus de
plaisir à lire les copies, qu'est-ce que j'ai ri avec votre rédaction! C'était vraiment un pur régal de
lecture. Je l'ai relue plusieurs fois et l'ai fait lire autour de moi. Par contre 5 fautes d'orthographe
m'obligent à vous mettre zéro. Dommage Werber, dommage, il suffirait que vous soyez un peu plus
attentif à l'orthographe et vous auriez eu une bien meilleure note". Cela dit la première phrase est
comment dire... à revoir ( "Je suis né d'un père puceau et d'une mère pucelle"). Vous comprendrez
un jour pourquoi."
13. Deuxième rédaction en sujet libre qui me valut les encouragements du même professeur: "Un
safari vu du point de vue du lion". L'idée était de sortir de ma peau de petit garçon, d'offrir un point
de vue extérieur original. Celui du chassé plutôt que celui du chasseur. Pareil, le professeur me dit
qu'il avait bien ri et qu'il avait adoré mais que, zut une fois de plus les 5 fautes l'obligeaient à
contre-coeur à me mettre un zéro.
14. Déjà à 8 ans je maîtrisais le fond mais pas la forme. En fait déjà à 8 ans je crois que je me
passionnais pour le fond et me désintéressais de la forme. Mauvais élève un jour, mauvais élève
toujours.
15. À 13 ans, mort de mon grand-père, Isidore, à l'âge de 82 ans.
16. On pratiqua sur lui de l'acharnement thérapeutique. Il réclamait qu'on le laisse mourir tranquille
(il avait les poumons remplis d'eau et des escarres dans le dos qui le faisaient beaucoup souffrir). Il
fut sanglé pour l'empêcher d'enlever ses tuyaux de perfusion. Mais de rage il y parvint quand même
pour se donner la mort.
17. Je fus bouleversé par cette disparition et les circonstances dans lesquelles elle s'était produite.
Cela me posait des questions. Ainsi on ne peut même pas mourir sereinement quand on en a envie,
on peut vous forcer à vivre malgré vous!
18. Du coup, énorme crise de mal au dos, énorme difficulté à sortir du lit. Je devais aller à l'école
avec une canne. Comme un petit vieux.
19. Mes parents m'amenèrent chez le médecin pour tenter d'expliquer ce blocage. Celui-ci
diagnostiqua que c'était psychologique. Je voulais faire mon intéressant. Ou que je ne voulais plus

aller à l'école.
20. Il faudra attendre encore un an avant qu'un spécialiste des rhumatismes ait l'idée de me faire un
test qui se nomme HLA B27. Il s'avéra positif. Du coup on put déduire ce qui me provoquait ce
blocage du dos.
La Spondili Arthrite Ankylosante.
21. Mauvaise nouvelle, cette maladie est génétique (donc il n'y a aucune cause sur laquelle on peut
agir) et elle est irrémédiablement évolutive. Je dois donc terminer ma vie handicapé pour me
transformer en statue.
22. Vers la fin on me proposera un choix: "Assis ou couché". C'est-à-dire rester définitivement
bloqué en position assise ou en position couchée. Assise permet de mieux travailler. Couché permet
de mieux dormir.
Je découvrais aussi que ceux qui choisissaient: "assis" devaient dormir en position verticale dans
des hamacs suspendus au plafond avec les deux jambes qui sortent sur les côtés...
23. On a testé sur moi le traitement des piqûres aux sels d'or.
24. J'ai ingurgité toutes sortes de médicaments, pour finalement me cantonner aux antiinflammatoires qui me soulageaient un peu... et me trouaient l'estomac...
25. Déjà mon truc pour tenir était d'écrire des nouvelles.
26. A 16 ans j'ai créé un journal de lycée à Toulouse, EUPHORIE. À l'intérieur je publiais mes
nouvelles transformées en scénarios de bandes dessinées, illustrées par des amis dessinateurs,
Fabrice Coget, Michel Dezerald...
27. Une de mes nouvelles m'a semblé amusante à developper: Les fourmis.
28. A l'époque j'avais lu dans un article-interview d'un de mes auteurs préférés Frédéric Dard (connu
pour être l'auteur des "San Antonio") que pour bien écrire un projet de livre il faut une discipline de
8h à 12h30 tous les matins.
29. Je pris ce conseil à la lettre.
30. Par chance pour les études de droit que j'entamais à partir de l'âge de 17 ans, les cours se
déroulaient essentiellement l'après-midi. Du coup j'avais mes matinées disponibles pour écrire Les
fourmis.
31. A 20 ans je passais mes 3 jours d'examens pour le service militaire, qui à l'époque était
obligatoire pour tous. Je montrais mon dossier médical où était inscrit mon petit souci de santé. Le
médecin militaire qui m'examina se mit à avoir la larme à l'oeil en me racontant la tragédie d'un de
ses meilleurs amis qui était atteint de la même maladie à un stade plus avancé. Du coup j'ai été
exempté. Ce fut le premier apport positif de ma SPA.
32. À 16 ans j'ai commencé la rédaction du projet "fourmis". À l'époque je m'étais amusé à créer
des acrostiches, c'est-à-dire que les premières lettres de chaque phrase formaient un récit complet
caché.
33. La première version faisait déjà plus de 1000 pages (je voulais faire une grande saga dans
l'esprit de mes deux livres cultes de l'époque: Fondation d'Asimov, et Dune de Franck Herbert).
34. Ensuite après avoir échoué à mes examens de droit, j'ai fait criminologie, puis école de
journalisme.
35. À 20 ans je gagne un prix de meilleure idée de reportage avec les fourmis carnivores magnans
d'Afrique. Je vais sur place au centre écotrope de Lamto en Côte d'Ivoire et je me retrouve plongé
au milieu d'un fleuve de millions de fourmis susceptibles, peu timides et très affamées.
Je m'en tire de justesse grâce à la présence d'esprit de Kouassi Kouassi mon assistant qui me sort
d'un fossé recouvert de ces charmants insectes.
36. Rentré à Paris je réécris tout le roman.
37. En tout, je vais en 12 ans (de 16 à 28 ans) écrire 111 versions de ce projet. La dernière version
Z85 comprenait 1500 pages.
38. À partir de la 6ème année d'écriture, donc à partir de 22 ans, j'ai commencé à chercher un
éditeur et j'ai envoyé la dernière version du manuscrit, modifié tous les ans, à une dizaine d'éditeurs.
Dont Albin Michel mon éditeur actuel. Mais je tombais sur le comité de lecture conventionnel qui
ne comprenait même pas l'intérêt de publier un roman sur un sujet aussi "décalé".

39. 6 ans de lettres de refus et puis... il y a eu un concours de circonstances étranges (que je vous
raconterai dans une autre nouvelle) qui a fait que soudain cela s'est débloqué.
40. Enfin Albin Michel acceptait de me publier en me demandant juste de réduire de 1500 pages à
350. Il me fallut enlever les grandes scènes flamboyantes que j'avais rédigées dans l'esprit du
Salambo de Flaubert (autre référence qui me semblait parfaite pour rédiger un récit sur les fourmis).
45. Donc de 1500 à 350 pages, je publiais la version "clip" du long métrage.
46. À 30 ans j'ai donc enfin été publié et mes crises se sont définitivement arrêtées.
47. Pourquoi lier les deux? Parce que cela me semble évident, en fait, le seul remède contre la
maladie est de s'épanouir dans son activité quotidienne.
L'écriture de romans a arrêté la progression de ma maladie.
50. J'ai trouvé récement une étude néo-zélandaise de 2009 montrant que les accidentés de la route
qui rédigent tous les jours des récits imaginaires guérissent deux fois plus vite que ceux qui ne le
font pas... donc il n'y a pas que pour moi que cela fonctionne. L'esprit influe sur la matière.
51. Voilà, maintenant, j'ai plus de 50 ans. J'ai écrit plus de 20 romans. Le principe est toujours le
même: sortir de ma peau d'humain pour m'imaginer non plus comme une puce, ou comme un lion,
non plus comme une fourmi mais comme un "thanatonaute", un ange, un dieu dans un premier
temps, puis un arbre dans "le témoin silencieux" (une nouvelle de l'Arbre des possibles), un chat
dans "demain les chats" ou un mort dans mon dernier ouvrage "Depuis là-haut".
52. J'ai baptisé mon art "philosophie fiction" car ce n'est pas de la science-fiction proprement dite,
c'est-à-dire que je n'utilise pas seulement une découverte scientifique mais un questionnement
purement philosophique pour avancer. Sommes-nous des dieux? Peut-on contrôler ses rêves? Que
nous arrive-t-il après la mort? Quelle est la motivation de nos actes dans L'Ultime secret?
53. Voilà, j'ai été sauvé d'une vie normale (où j'aurais très probablement été inadapté) et d'une
maladie invalidante par... l'écriture. On pourrait donc nommer mon traitement très personnel
"écrito-thérapie". Je crois que nous avons tous un mode d'expression artistique par lequel on peut
faire sortir sa pression intérieure. Je vous souhaite à tous de le trouver non seulement pour réduire
vos agacements ou vos souffrances mais pour connaître des joies incomparables que vous ne
pourrez trouver nulle par ailleurs.
PS: Mais si les crises revenaient et que l'arbre dans mon dos se remettait à se rigidifier je sais
maintenant que ce je choisirai: la position assise.
PS 2: Cela dit je vous parle de ce sujet, parce que lors du dernier Master Class de Genève samedi 16
septembre, 4 personnes sont venues me voir pour me dire qu'elles avaient des SPA ou qu'elles
connaissaient des personnes en souffrant. J'écris ce texte pour montrer qu'il y a des solutions même
si elles ne sont pas forcément médicamenteuses. Il faut se forcer à être heureux rien que pour guérir.
Je pense réellement qu'en trouvant un sens à sa vie on arrange ses problèmes de santé, même s'ils
semblent a priori insurmontables.

05 - « LA RENCONTRE AVEC MA PREMIERE MEDIUM : MONIQUE” PETITES
HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI RÉELLEMENT VÉCUES 05.

PETITES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI RÉELLEMENT VÉCUES.
Élément de Puzzle numéro 05.
« LA RENCONTRE AVEC MA PREMIERE MEDIUM : MONIQUE”

Je me souviens.
C’était en Septembre 1997, j’avais 36 ans.
C’était une période plutôt basse, je venais de connaitre un échec de vente en librairie avec les
Thanatonautes (du coup je songeais à arrêter le métier d’écrivain), je venais de divorcer, le projet de
film des Fourmis était stoppé et tous les autres signaux étaient au rouge.
Cela correspond au tarot à la carte du pendu, quoiqu’on fasse, ça n’avance pas et plus on se débat,
plus cela serre les cordes et fait encore plus mal, donc il faut rester immobile et attendre que cela se
débloque.
Période de solitude, de doute professionnel, et période de cocooning ou je restais seul à la maison à

lire des romans et regarder des films.
Arrive mon anniversaire, moment de mise au point annuel ou je réunis les quelques amis qui me
restent (durant les périodes de replis la tribu rétrécit) dont Marie Pierre Planchon (l’excellente miss
météo de France Inter). Cette dernière me dit : “pour ton anniversaire je voudrais t’offrir la
rencontre avec quelqu’un d’extraordinaire’’.
J’accepte ne sachant trop sur qui j’allais tomber. La première rencontre a lieu un soir dans un
appartement de banlieue ou je trouve une vingtaine de femmes de plus de 50 ans, assises sur des
chaises en cercle. Je me retrouve le seul homme au milieu de cette assemblée. On se croirait au
milieu d'une réunion Tupperware de femmes se tenant au courant de dernière technique de vente au
porte à porte. Arrive Monique Parent Baccan, une dame plutôt ronde et un visage poupin souriant,
aux belles joues et aux cheveux blonds réunis en queue de cheval.
Elle a une voix douce, s’installe et annonce qu’elle est connectée à un ange et que les gens présents
peuvent poser des questions.
“Pourquoi il y a de la violence sur Terre”? demande un dame.
Les autres questions sont du même acabit.
Je m’ennuie et finis par m’endormir alors que je suis assis, bien visible, dans le cercle.
A la fin Marie Pierre me secoue pour me réveiller et me demande “Alors tu en as pensé quoi?”
- Aucun interêt, réponds-je. Cette femme ne m’a pas du tout convaincu. J’espère juste que le fait
que me sois endormi au milieu du groupe ne les a pas perturbé, j’ai ronflé?
- Ah, ça ne t’a pas plu? C’est dommage car je t’ai demandé une séance privée demain matin.
- Annule, cela ne m’intéresse pas du tout. Tu sais je suis plus intéressé par la science que par
l’occultisme.
- Zut, écoute, c’est compliqué, vas-y juste pour me faire plaisir, je lui ai déjà payé la séance….
Alors essentiellement pour honorer le cadeau je me rends à la séance privée qui a lieu cette fois
dans l'appartement de Marie Pierre, dans le 7 ème arrondissement.
Là Monique Paran Baccan commence par se présenter :
- Vous savez monsieur Werber, Marie Pierre m’a dit que vous étiez écrivain, mais moi
personnellement j’ai été éduquée à la campagne et je n’ai jamais lu de livres sans images jusqu’au
bout, je ne lis que des bandes dessinées, donc désolé je ne vous connais pas.
Là dessus elle sort un papier et un paquet de feutres colorés et tout en parlant elle commence à faire
une sorte de jolie rosace qu’elle colorie.
- Avez vous amené une cassette pour enregistrer la rencontre ?
Je lui tends l’objet qu’elle enfonce dans un vieux magnétophone en plastique. Puis elle appuie sur la
touche enregistrement.
- Bon tout d’abord, est ce que vous voulez parler à votre ange gardien ? me demande-t-elle tout de
go.
- Hé bien … oui pourquoi pas.
- Je dois vous signaler qu’il se nomme Barnabé et qu’il est là.
- Hé bien enchanté Barnabé. Enfin Bonjour.
J’essaye de garder mon sérieux et de jouer le jeu car Marie Pierre est elle aussi présente à me faire
des signes d’approbation et d’encouragement. Et puis que je ne veux pas la peiner vu que c’est son
cadeau.
- Alors est ce que vous avez préparé des questions ?
- Non.

- Vous voulez quand même en poser une ?
- Hé bien oui… qu’est ce qu’il attend pour se mettre au travail ? Lancais je en guise de mini
provocation.
Et là elle me répond avec sérieux:
- Mais il n’arrête pas.
Et alors là ce fut la première fulgurance, comme si tout d’un coup je prenais conscience d’être un
enfant gaté de la vie.
Car même si j’étais focalisé sur tous mes problèmes immédiats j’étais conscient que cela aurait pu
être encore bien pire. Je pourrais être encore au chômage, comme avant la publication des fourmis,
je pourrais être encore journaliste, je pourrais avoir des problèmes de santé.
Et tout d’un coup me revint tous les moments où cela aurait pu être catastrophique et évité de
justesse comme par enchantement. Notamment les fois où en traversant la rue j’ai évité de peu une
voiture qui ne m’avait pas vu et qui était sur le point de m’écraser.
J’ai eu le sentiment d’être ingrat envers tous ces petits miracles inexpliqués qui pourraient
accessoirement être attribués à cet ange gardien Barnabé.
Et alors j’ai éclaté de rire et je n’ai prononcé qu’une phrase :
- Heu … alors dans ce cas je lui dis merci. Enfin dites lui merci de ma part.
- Il vous entend et vous répond « de rien c’est avec plaisir ».
Dès lors après ce premier éclat de rire l’atmosphère s’est détendue… et elle m’a dit :
- Voulez vous connaitre vos vies antérieures?
- Heu… vous savez je n’y crois pas vraiment. En général, dans les récits de vies antérieures tout le
monde est César, Cléopatre, Napoléon ou Louis XIV alors que dans la réalité 99 % des gens étaient
soit paysans, soit soldats, et mourraient en moyenne vers 40 ans après avoir eu des vies tristes et
sans aucune aventure ni voyage.
- En effet. Vous êtes une vieille âme. Vous avez eu au total 112 vies et la plupart étaient comme
vous dites des vies banales, mornes, sans intérêt spécial. Mais je me proposais de vous raconter les
11 les plus intéressantes. Déjà vous voulez savoir peut être si des gens à coté de vous étaient déjà
dans vos vies précédentes ?
- Ma mère?
- Hé bien votre mère était votre fille dans votre vie précédente.
Nouvel éclat de rire car la veille, alors que mes parents venus de Toulouse étaient installés chez moi
j’avais dit à ma mère sans réfléchir “Et maman il faudra penser quand même à ranger ta chambre”.
- Et mon père?
- Votre père a été dans une vie antérieure un ennemi qui est ensuite devenu un ami. Jusqu’à la fin de
cette vie là vous avez été très complices.
Là encore cela résonne de manière très correcte par rapport à ma vie actuelle.
Nous passons ensuite en revue la plupart de mes amis et peut être par phénomène de chance ou de
suggestion elle tombe à chaque fois juste dans le rapport à ces personnes.
Je commence à être intrigué, et sachant que je n’aurai jamais la patience de réécouter la cassette je
sors mon ordinateur portable et commence à prendre des notes.
Je sens qu’elle va me fournir de la matière à écriture.
Elle me raconte ma vie ou j’ai été samouraï. Elle m’explique que c’était une vie ou j’étais obnubilé
par les objets, sabre, tenue, casque et ce qui me plaisait était l’art du combat que je voulais mener
par une exigence de perfection personnelle.

Pas de famille, pas de possession, juste une succession de déplacement pour faire des guerres ou des
duels et toujours cette recherche du meilleur katana, et de la plus belle tenue de combat.
Mon plaisir était dans l’obéissance à mon shogun. Je ne posais pas de question, j’obéissais, je tuais
ou je guerroyais pour lui sans même savoir qui étaient vraiment ses ennemis.
Mais au moment je me suis aperçu que je n’avais fait qu’obéir a mon shogun j’ai compris que je
n’avais pratiquement pas utilisé mon libre arbitre et que je ne savais même pas les raisons pour
lesquelles je combattais des gens qui après tout n’étaient que des étrangers que je ne connaissais
même pas et avec lequel je n’avais même pas commencé à discuter.
Et à la fin de cette vie j’avais eu une prise de conscience qui m’avait poussé à ne plus vouloir pour
mon âme aucune vie dans laquelle j’obéirai à un chef, et des vies où je pourrai réfléchir et utiliser
mon libre arbitre quitte à en assumer les conséquences, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.
Grâce à cette évocation je saisis mieux cette allergie a toutes sortes de chefs ou d’autorités qui m’a
valu déjà pas mal de difficulté dans les cours de classe tout comme dans les cours de récréation (et
ensuite dans les rédactions).
En fait depuis ma naissance je ne supporte pas les hiérarchies sauf si mes supérieurs détiennent un
savoir ou une expérience que j’ignore. En dehors de cela toute forme d’autorité auto-proclamée me
donne envie de fuir.
Autre détail plus troublant : du fait de mon problème de rhumatisme d’enfance (voir l’histoire
élément de puzzle numéro 04 «Un arbre dans le dos des rêves au bout des doigts ») je devais faire
de l’exercice pour me débloquer les articulations même si j’étais peu enclin a la gymnastique.
Quand, à l’âge de 15 ans, je dus choisir un sport j’avais spontanément répondu à mes parents que le
seul sport qui pourrait me donner envie d’y aller régulièrement était le “combat au sabre” donc le
“Kendo japonais”. Or à Toulouse, il n’y avait aucun club proche. Par dépit, je m’inscrivais à
quelque chose qui ressemblait vaguement un art martial français : la canne de combat.
C’est un baton de noyer d’un mètre qu’on manie un peu à la manière des sabres lasers de la guerre
des étoiles. Ce sport est très ancien et comprend différents coups et figures qui le font s’approcher
des arts martiaux japonais.
Le cours était à effectif très réduit dans la mesure ou nous n’étions que 5 élèves. Très vite je fus
formé et cela me plaisait suffisamment pour que je commence à faire de la compétition.
Je me souviens que lorsque j’enfilais la tenue avec le casque, la veste matelassée, les longs gants et
dès que je serais la canne pour me mettre en garde et saluer mon adversaire, il se passait quelque
chose d’étrange : je réveillais une sorte de guerrier enfoui dans ma mémoire cellulaire.
Toujours est-il que je m’avérais étonnement souple, rapide, combatif. Les figures, les sauts, les
mouvements circulaires ou les passages de l’arme de main en main étaient fluides sans même que
j’y pense (pour ceux qui ne connaisse pas c’est un sport beaucoup moins rectiligne que l’escrime on
est dans un cercle et on peut tourner voire sauter au dessus de l’adversaire).
Si bien que gagnais une à une les compétitions au point de terminer en quart de finale à Paris.
Je me souviens de cette étrange sensation : dès que le départ était donné je fonçais sur mon
adversaire avec une sorte de rage et n’avait qu’une envie le vaincre.
J’arrivais à sauter, tournoyer, feinter, avec une rapidité d’autant plus étonnante qu’en dehors de cela
j’étais pratiquement handicapé.
Le combat me mettait en transe, avec de l’adrénaline qui fusait dans mes veines et les hourras de
mon équipe au moment de la victoire me provoquait une giclée d’endorphine.
Moi, si pacifique, si maladroit, si peu à l’aise avec mon corps je m’avérais un guerrier convenable

lorsque j’avais la tenue et lorsque c’était dans un cadre autorisé. Et dès que j’enlevais la tenue, tout
s’arrêtait et je redevenais normal.
L’allusion à ma vie précédente de samouraï me semblait enfin une explication à ce phénomène
jusque là bizarre.
Je réveillais une vieille mémoire (le fait qu’a l’époque je ne mangeais pratiquement que de la
nourriture japonaise ne faisait que corroborer ce premier sentiment, voir histoire élément de puzzle
numéro 2 «Rimbaud et les sushis »).
Ensuite Monique me raconta une seconde vie qui me troubla.
J’avais été femme de harem en Egypte probablement durant la période de l’antiquité.
Dans cette vie j’avais vécu enfermée dans le harem et même si le lieux était confortable, on y
mangeait bien et il y avait une piscine au centre, je m’ennuyais ferme avec les autres femmes
d’autant plus que le propriétaire du lieu ne daignait même pas nous faire l’amour pour des raisons
que j’ignorais. Dans cette vie là selon Monique je m’étais faite amie avec l’un des eunuques, qui
était devenu mon complice et mon confident (un type charmant avec beaucoup d’humour) et nous
passions nos soirées sur la terrasse supérieure à sortir des blagues sur les autres filles et à observer
les étoiles pour les noter sur des parchemins.
Il s’avère que depuis l’âge de 13 ans, j’ai toujours été passionné par l’astronomie et que je restais à
la SAPT (société d’astronomie populaire toulousaine) souvent des heures à observer les étoiles en
haut de la tour de ce club.
Cela me semblait une sorte d’état naturel où je me sentais bien, tourné pendant des heures vers ces
petites lueurs palpitantes.
Donc passion pour le combat au sabre plus fascination pour l’astronomie pouvaient trouver une
explication dans ces deux vies antérieures : samouraï et femme de harem.
Monique me raconta 11 autres de mes vies et c’étaient comme 11 films dont j’étais le héros avec un
début un milieu et une fin cohérente.
Je lui dis “soit vous racontez à tous la même chose soit vous êtes très douée pour inventer des
histoires différentes pour chacun, mais en tant qu’écrivain je reconnais qu’il n’est pas facile
d’inventer aussi vite 11 histoires aussi réalistes avec un début un milieu et une fin”.
Selon elle dans ma première vie sur Terre j’étais atlante. Et encore avant j’avais fait partie des gens
d'une autre planète qui avaient initié un voyage en vaisseau spatial pour arriver sur cette Terre (plus
tard cette remarque m’inspirera d’ailleurs le roman “LE PAPILLON DES ETOILES”)
A la fin de la séance j’étais dans une sorte de joie et de jubilation d’enfance. La même que je
ressentais quand mon père me racontait des histoires de la mythologie grecque avant que je ne me
couche. Elle avait réveillé ma propension à être émerveillé par les récits.
Mon esprit était rempli d'images, de scènes exotiques, de décors merveilleux, il me semblait me
souvenir d'instants fugaces qui ne faisaient pas partie de mon passé.
Je lui ai dit “Excusez-moi pour ma méfiance de départ, je ne sais pas si ce que vous m’avez raconté
est vrai ou faux et d’une certaine manière cela n’a aucune importance, par contre ce que je constate
c’est que je suis arrivé ici en étant un peu déprimé, vous m’avez parlé et cela m’a complètement
revigoré’. Donc encore une fois mille mercis, c’est un superbe cadeau d’anniversaire que j’ai reçu et
que j’apprécie ».
Par la suite, je revis Monique une dizaine de fois et à chaque fois je repartais avec un sourire.
A sa demande je dédiais le livre suivant “le Père de nos pères” à mon ange gardien Barnabé, et ce
n’est que plusieurs années après notre première rencontre que je lui dédie aujourd’hui “Depuis l’au

delà”.
Par la suite, je l’ai revue normalement et nous avons parlé de sa vie (je me suis inspiré de vrais
épisodes de sa vie pour faire la jeunesse de mon personnage de Lucy l’héroïne de mon roman
“Depuis l’au delà”, notamment l’épisode où elle a été sauvée de prison à l’âge de 28 ans ,
injustement accusée d’être trafiquant de fausse monnaie, parce que dénoncée par son amant
gangster et comment elle a pu tenir psychologiquement lors de son incarcération grâce à l’usage des
cartes de tarot qui l’a rendue star dans la prison).
Monique est devenue mon amie. Je ne sais pas à quoi elle était connectée mais en tout cas cela lui
faisait du bien et cela faisait du bien à son entourage de l’écouter.
Je ne veux évidemment convaincre personne qu’elle avait un pouvoir magique, (d'ailleurs je ne suis
même pas sur d'y croire vraiment) mais je dois constater qu’elle m’a non seulement rassuré à
l’époque sur mon avenir, mais qu’elle m’a donné des idées que j’ai utilisé pour mes romans et je
voulais ici lui en rendre hommage.
Monique Parent Baccan est morte le 3 septembre 2006. Elle ne cessait de grossir. Plus elle
pratiquait son art de se connecter aux mondes invisibles plus elle s’épaississait. Cela l’a
probablement tué. Il y a un prix à payer pour avoir des pouvoirs spéciaux, selon moi elle s’est
sacrifiée pour continuer à faire du bien aux gens par sa parole.
PS : Cinq ans plus tard j’ai rencontré une autre médium, Véronique. Alors que nous étions en fin de
séance, Véronique me demande :
- Vous aviez une autre médium avant moi?
- Oui pourquoi?
- Hé bien elle est tr ès méfiante ou alors elle tient beaucoup à vous.
- Qu’est ce qui vous fait dire ça ?
- En fait elle est à cet instant, pile juste derrière moi à surveiller ce que je vous raconte pour vérifier
si je ne vous dis pas de conneries.
Sacrée Monique.

06 - "LA PREMIERE FOIS OU J'AI FAILLI MOURIR" HISTOIRE REELEMENT VECUE
N°06 - ARRIVEE EN MAI 1975 A SOLENZARA

aé sur ma nuque, et qu’il y avait un doigt nerveux, légèrement tremblant, posé sur la gâchette du-dit
pistolet.
Mais il faut d’abord que je vous raconte ce qu’il s’était passé juste avant.
Nous étions en Aout 1975, j’avais 14 ans et j’étais en colonie de vacances en Corse. Les
organisateurs avaient proposé qu’un groupe de volontaires fasse le tour de la corse en vélo, pendant
que les autres voyageraient en bus. Je m’étais tout de suite porté volontaire pour la première option.
C’était sensé être plus long, mais plus pratique pour découvrir les somptueux paysages de l’ile de
beauté.
Après une journée harassante à pédaler en étant frôlés par les voitures, les caravanes et les camions
sur des routes, montantes et descendantes, très sinueuses, avec d’un coté des ravins et de l’autre des
parois rocheuses hérissées de rochers pointues, nous nous étions arrêtés, la nuit tombée, devant un
restaurant paillotte, près de Solenzara, sur la cote sud-est de l’ile.
Là nous avions rencontré un patron chaleureux qui nous avait accordé le droit de planter nos tentes
sur la plage face à son restaurant. Comble de chance il nous offrait aussi le libre accès à ses toilettes.
Nous avions monté les tentes et nous étions organisés pour diner. Un réchaud, des casseroles, des
sachets de nouilles déshydratées. Il ne manquait que l’eau pour faire bouillir les sachets.

J’étais donc parti avec quatre gourdes vides en bandoulière pour les remplir d’eau a la salle de bain
du restaurant. Il me fallait pour cela traverser une zone de bosquets et d’arbustes qui séparait la
plage elle même du restaurant.
Mais alors que j’arrivais dans la salle de bain je remarquais une première anomalie.
Il y avait du sang sur le lavabo. Il y en avait aussi sur le robinet, sur le miroir, sur le carrelage. En
fait il y avait du sang partout. Je marchais dans des flaques écarlates.
Je nettoyais l’extrémité du robinet avec un peu de papier WC, pour éviter qu’il y ait du sang dans
les gourdes et que cela donne un gout salé, puis les remplissais une à une.
Ensuite, sans plus me poser de question, je prenais le chemin du retour, traversant la zone des
bosquets entre le restaurant et la plage.
Il faisait déjà nuit noire, il n’y avait pas de pleine lune et j’éclairais le chemin avec ma lampe
torche. J’étais sur le point de rejoindre la zone de sable lorsque soudain une silhouette surgit face à
moi et balbutia d’une voix hachée : « Baisse la lampe tout de suite ».
Je dirigeais la torche vers la source de la voix et je distinguais un homme le visage ravagé par des
plaies ouvertes sanguinolente.
Sa lèvre était fendue, il avait une grande balafre qui lui courrait sur la joue. Du sang dégoulinait de
son nez et de son arcade sourcilière, sa chemise claire était couverte de taches rouges poisseuses.
Il respirait fort en produisant des bruits bizarres avec sa bouche du fait de ses blessures. Il a répété
avec détermination encore plus forte.
« Eteins vite cette lampe, tu m’entends !»
C’est en baissant la lampe que j’ai vu briller le pistolet. Etrangement a cet instant je me suis
demandé qu’elle était sa marque. J’ai dirigé ma lampe vers sa main et éclairé l’arme dardé dans ma
direction. Je m’en souviens parfaitement.
C’était un Smith et Wesson modèle SW 1911 avec un canon chromé plutôt long, et des stries en
relief sur les cotés, le genre d’arme qu’on ne peut pas cacher dans la poche interne de sa veste, une
arme de collection qui avait dû couter très cher. Quelque part cela m’a un peu réconforté. Tant qu’à
se faire tirer dessus autant que ce soit avec une pièce de luxe. Le rond noir du canon semblait
m’observer comme un œil (J’apprendrais plus tard que c’était un calibre 45).
Alors que l’homme approchait encore plus menaçant, agitant son pistolet, j’ai déposé calmement la
lampe de poche sur le sol. Il respirait de plus en plus fort tout en produisant comme un sifflement
avec le nez et le bord de la bouche.
« Allez ! Mets-toi à genoux ! »
J’ai obtempéré calmement et j’ai senti le métal froid posé sur ma nuque.
« Et maintenant tu vas mourir »
Ensuite il m’a semblé qu’il se passait de très longues secondes. J’ai eu l’impression que je sortais de
mon corps et que je voyais la scène de l’extérieur en hauteur. La scène n’avait pour seule lumière
que la lampe torche toujours active posé au sol. De ce point de vue élevé je me voyais à genoux et
un type avec le visage en sang tenant un pistolet argenté dirigé vers mon cou, du moins vers le cou
du jeune homme là en bas qui était sensé être « moi ».
Je pensais : « Et voilà ma vie va bientôt s’arrêter ».
Je me souvenais aussi d’une discussion au téléphone que j’avais eu avec mon père juste avant ce
départ pour le tour de Corse en vélo.
« - Quoi ? Vous allez partir, avec tes copains, comme ça en vélo et en sac à dos, sans même savoir
où vous allez dormir le soir ?
- C’est l’aventure papa. Et puis on a des tentes et des sacs de couchage.
- Cela peut être dangereux.
- Nous serons huit.
- Tu ne te rends pas compte Bernard ! Vous pourriez quand même vous faire agresser.
- Par qui ?
- Par des types qui veulent vous détrousser, pardi !
- Mais papa on n’a rien à se faire voler. On a 14 ans. Ils ne vont pas nous voler nos rations de soupe
lyophilisée.

- Le peu que vous avez cela peut toujours intéresser des gens malveillants. Et puis il y a toujours des
fous. Huit gamins en vélo, vous serez des proies faciles.»
J’avais haussé les épaules considérant que mon père était un peu trop protecteur ou trop
paranoïaque. Avec le recul je m’apercevais, à cet instant précis, qu’une fois de plus il avait raison.
Mon esprit était toujours en dehors de mon corps regardant l’adolescent a genoux avec le type qui
respirait fort a coté qui tenait le pistolet Smith et Wesson SW 1911 chromé braqué sur sa nuque.
Une idée encore plus forte m’accapara :
« Qu’ai je fait de ma vie ? J’ai 14 ans et qu’ai je accompli durant toutes ces années d’existence ? Je
vais mourir sans avoir produit quoique ce soit d’intéressant. C’est une existence pour… rien. »
J’eu aussitôt un énorme sentiment de gaspillage. A cet instant précis je fus envahie par l’idée que
j’étais né et que j’avais dérangé le monde, la patience de mes parents, de mes professeurs, de mes
amis, pour aboutir à ce gâchis. Une balle tirée dans la nuque par un type que ne connais même pas
pour des raisons que j’ignore.
La cause de ma fin : se faire détrousser d’un portefeuille contenant quelques billets de dix et d’un
sac à dos contenant des affaires de camping.
Quel gâchis.
Quatorze années pour terminer comme ça.
Donc j’attendais la balle de revolver.
Mais elle ne venait pas. Je n’osais pas me retourner.
Chacune de mes inspirations durait une éternité.
Je sentais mon cœur battre.
La respiration rapide, bruyante, quasi haletante de mon futur assassin ne s’était pas apaisée et je
sentais toujours le contact froid du métal sur ma nuque.
Une nouvelle pensée émergea.
« Bon alors, elle vient la mort ? »
Et puis soudain il y a eu une voix venant d’une autre direction qui prononça une phrase que je
n’oublierai jamais.
« Non ! Ne tire pas papa, ce n’est pas lui !!!! ».
Ensuite le contact avec le canon froid a cessé. Le pistolet a dû s’éloigner de quelques centimètres de
ma nuque.
Un jeune garçon d’une dizaine d’années m’a lancé :
« Partez vite, monsieur, je m’occupe de lui ».
Alors je me suis relevé, j’ai remis en place les quatre gourdes et j’ai marché, comme en état second,
pour rejoindre mes huit autres camarades.
Ils vaquaient à leur occupation tranquillement.
- Ah c’est maintenant que tu arrives, Bernard ? On a tous très faim tu sais. Tu as la flotte pour les
nouilles ? demande Jean-Michel qui s’était posé comme chef de notre bande.
J’ai tendu les gourdes pleines et j’ai prononcé avec calme:
- Je crois que nous ferions mieux de partir tout de suite.
- Et pourquoi donc ?
- Il y a un pépin.
- Qu’est-ce que tu racontes encore ? a ricané Jean-Michel. Ah Bernard, il faut toujours qu’il invente
des histoires. Tu es quand même un peu mythomane !
- Non je suis sérieux.
- Nous aussi et on te le dit, il faudrait que tu arrêtes de croire à tes propres salades. On n'y croit plus.
Petits rires des autres qui s’étaient habitués à ce que je leur raconte des histoires horribles que
j’inventais pour les distraire. Je tentais de retrouver un peu de calme pour poursuivre.
- Cette fois ce n’est pas une histoire issue de mon imagination. Je crains que cela ne soit bien réel.
Je pense vraiment que ce serait mieux qu’on démonte les tentes pour nous installer un peu plus loin,
insistais-je avec le même ton détaché.
- Et tu peux nous expliquer ce qu’il se passe de si grave selon toi?
- Il y avait du sang dans la salle de bain. Du sang partout. Et en rentrant pour ramener les gourdes je

suis tombé sur un type avec un gros pistolet. Il avait le visage ravagé de plaies ouvertes et il voulait
me tuer.
Un long silence suit suivi à nouveau de pouffades et moqueries.
Finalement ils ont décidé de ne pas tenir compte de mon avertissements, considérant que ce n’était
juste qu’un délire du soir du mythomane du groupe.
Jean-Michel pour détendre l’atmosphère m’a donné une tape dans le dos.
- Sacré Bernard qu’est ce que tu ne vas pas chercher quand même, d’où te viens cette imagination
débordante ?
C’est aussi le problème quand on a commencé à prendre la fonction de raconteur d’histoires
imaginaires (et déjà à l'époque j'aimais bien inventer des récits) on n’est jamais cru.
- Cette fois ci c’est vrai.
- Oui c’est ça, il y a un tueur avec un revolver caché dans les bosquets, hein ? Allez mangeons. Moi
j’ai très faim.
Puis Jean-Michel a déchiré les sachets de nouilles déshydratées avec ses dents alors que les
assiettes, les gobelets et les fourchettes en plastique, le ketchup et les chips étaient distribués.
L’eau se mit à bouillir, et je me dis que si cela ne m’était pas arrivé réellement j’aurais
probablement réagi comme eux. Après tout ce que je venais de vivre il y a quelques minutes a peine
n’était pas très « crédible ». Je me dis que le mieux était peut-être de ne plus y penser.
C’est alors que Julie, une des filles de notre groupe qui était partie aux toilettes de femmes, revint.
Elle avait du mal à retrouver son souffle, elle parlait sans articuler très vite, la bouche tremblante.
- … J’AI TOUT VU !!!! …
Elle avait des sanglots dans la voix. Tout son corps était parcouru de spasmes et de frissons. Elle
pleurait d’émotion.
Cette fois Julie avait focalisé d’un coup tous les regards. Plus personne ne pensait à la nourriture.
Elle semblait avoir vu le diable.
- LE TUEUR AVEC SON …. REVOLVER ! IL A FAILLI TUER BERNARD ! IL ALLAIT
REELLEMENT LUI TIRER DESSUS COMME CA A BOUT PORTANT !!!!!!! »
Je n’ai pas osé préciser qu’il s’agissait d’un pistolet et non d’un revolver, cela ne me semblait pas le
moment adéquat pour ce genre de rectification.
Elle s’est mis à pleurer et à sangloter.
Elle était pale, les yeux révulsés, haletait en émettant des bruits de gorge puis soudain elle s’est
relevé et a commencé à ouvrir grand ses yeux et à prononcer avec une rage mal contenue.
- IL VA NOUS TUER NOUS AUSSI ! C’EST UN FOU DANGEREUX ! IL AVAIT LE VISAGE
ENSANGLANTE. IL VA NOUS ATTAQUER NOUS AUSSI !!!! C’EST AFFREUX !!!! NOUS
SOMMES EN DANGER ! »
Elle s’est effondrée tremblante soutenue par une autre fille. Elle a continué à bégayer, pleurer,
décrire, répéter les mêmes phrases tout en me regardant et me pointant du doigt.
J’ai bredouillé quelques mots dans sa direction :
- Tu sais Julie, j’ai essayé de les avertir mais…
- IL VA NOUS TUER !!! IL FAUT PARTIR TOUT DE SUITE.
Cette fois ce fut l’affolement général de tout notre groupe d’adolescents. En quelques secondes
toutes les affaires étaient pliées, les tentes démontées, la nourriture abandonnée.
Tout en rangeant les affaires dans mon sac à dos je me suis dit qu’il serait temps que je réfléchisse à
ce problème.
Lorsque les situations étaient vraiment terribles je n’arrivais pas à m’affoler.
Ensuite une fois que c’était arrivé je ne savais pas être crédible parce que j’étais dans le contrôle et
non dans l’invasion des émotions brutes comme Julie.
Force était de constater que je savais inventer des histoires imaginaires mais je ne savais pas parler
du réel.
J’aurai dû crier, pleurer, trembler comme Julie, mais non, probablement du fait de ce détachement
au moment de la situation je n’arrivais pas à vraiment m’apitoyer sur moi même.
Pire que cela : je considérais déjà que de toute façon j’allais mourir un jour donc il fallait accepter

cette vérité et une fois que ce sera fait, ce sera fait.
- FUYONS ! VITE ! insista Julie avec sa voix chevrotante.
Elle commençait presque à me faire peur comme si ce n’était pas moi qui était concerné.
Finalement l’avenir est aux acteurs, peu importe l’histoire si elle n’est pas interprétée avec émotion
on n’y croit pas.
Quelle sensation étrange, la situation racontée me faisait plus d’effet que la situation réellement
vécue.
Il m’était déjà arrivé d’avoir des fous rire alors qu’il m’arrivait des drames. Je crois que c’est lors de
cet incident que j’ai pris conscience de mon incapacité à transmettre des émotions par ma voix et
mon comportement. Je suis incapable de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit parce que
j’ai trop de recul et que le réel me semble une sorte de film projeté dont je ne serai qu’un
personnage parmi d’autres.
Les six autres compagnons de voyage étaient maintenant dans la bousculade, la gesticulation,
l’effroi total.
(Le pouvoir de transmissions des émotions des acteurs, dis je).
Au fur et à mesure que Julie donnait plus de détails sur le tueur fou au visage sanguinolent avec son
revolver, la terreur devenait contagieuse. D’autres filles pleuraient. Jean-Michel bafouillait.
- Bon sang vite, filons d’ici, ça craint !!! répétait-il maintenant.
J’étais le plus lent à ranger mes affaires.
Je ne cessais de repenser à cet handicap d’être incapable de me mettre en colère ou de paniquer.
Depuis ma naissance j’étais spectateur de ma propre vie.
Comme si mon esprit suivait de loin les aventures de mon corps. Ce qui arrive à ce « Bernard
Werber » me semblait curieux et intéressant. Sans plus. Je n’avais pas d’attachement spécifique à ce
personnage que j’étais sensé incarner.
Bernard Werber avait failli mourir. Bon et alors ?
En quelques minutes nous étions avec nos sacs à dos remplis à nouveau. Nous nous installâmes à
quelques centaines de mètres plus loin devant une autre paillotte restaurant qui, elle, était éteinte.
Nous remontâmes à la hâte les tentes.
Jean-Michel, donnait des consignes, il fallait qu’il y ait des tours de gardes au cas ou le « fou
furieux au revolver » veuille nous attaquer dans la nuit. Il proposait qu’on utilise, comme armes,
nos couteaux à cran d’arrêt. Le premier qui le voyait ou qui était attaqué devait hurler et on devait
tous ensemble lui tomber dessus pour tenter de le désarmer. Il expliquait qu’avec les cailloux, des
bâtons et les couteaux on pouvait peut-être l’assommer. Julie préconisait qu'on devait lui jeter du
sable de la plage dans les yeux. Sinon il faudrait frapper au ventre et à la tempe. Il espérait que notre
nombre pourrait compenser notre faiblesse d’armement.
Pour ma part considérant que j’avais déjà eu mon lot d’émotions pour la journée je m’enfonçais
dans mon sac de couchage et m’endormais aussitôt.
A l’époque j’avais un sommeil profond rapide avec des rêves très cinématographiques. Je ne me
rappelle pas du rêve précis de cette nuit, mais cela devait être un rêve très banal par rapport à la
réalité que je venais de vivre.
Je fus réveillé par la lumière du soleil matinal et la voix de Julie. Elle avait encore le visage tout
blanc et la voix mal assurée.
- Bernard, … Bernard…. Bernard… il y a quelqu’un qui veux te voir.
Je me levais, sortais de la tente, clignait des yeux. Les autres me fixaient avec curiosité comme si
j'étais un type anormal.
En tout cas j’étais visiblement le seul du groupe à avoir bien dormi.
Julie me guida vers le nouvel arrivant. C’était le jeune garçon qui m’avait sauvé la vie hier soir. A la
lumière du jour je distinguais un visage rond, des cheveux noirs. Il baissait les yeux. Il semblait
gêné comme s’il devait avouer une bêtise.
- Mon père voudrait vous faire un cadeau pour s’excuser pour hier soir, me déclara-t-il.
Les autres me regardaient attendant de voir ma réaction. Je baillais, me frottais les yeux pour gagner
un peu de temps et me donner un peu de contenance, réfléchissais vite puis je déclarais :

- Je ne veux pas de cadeau et je ne souhaite pas revoir votre père. Par contre ce que je veux c’est
savoir la vraie histoire. Qu’est ce qu’il s’est passé hier soir qui a amené à cette situation ?
Il accepta de me raconter en détail ce qu’il savait sur les évènements de la veille.
En fait quelques heures après que mes compagnons et moi nous soyons installés sur la plage, il ne
restait plus qu’un dernier client dans le restaurant. Et ce client déjà bien éméché avait refusé de
payer son addition.
Le patron du restaurant avait insisté et le client avait dégainé un rasoir qu’il avait dardé en avant
pour le menacer. Le patron ne s’était pas laissé impressionner, il avait saisi une chaise pour tenir
l’homme au rasoir hors de portée.
S’en était suivi un duel. Chaise contre rasoir. Puis un corps à corps. Le client mauvais payeur était
arrivé à toucher le propriétaire du restaurant plusieurs fois au visage et au bras provoquant de
profondes entailles. Finalement le combat avait tourné à l’avantage du patron, qui avait réussi à le
désarmer et le client vaincu mais ne voulant toujours pas payer s’était enfui en lançant :
« De toute façon je vais revenir avec tous mes copains et on va foutre le feu à ton restaurant!»
Alors le père était allé dans un premier temps dans sa salle de bain pour se nettoyer les blessures, ce
qui expliquait qu’il y avait du sang partout, puis il avait récupéré son pistolet. Il s’était caché dans le
jardin, accroupi derrière les broussailles et il attendait les complices pyromanes.
Un peu plus tard une voiture avait surgi depuis le sentier qui menait au restaurant et à la plage.
Elle s’était garée près du restaurant. Les phares s’étaient éteints. Le contact avait été coupé. Les
portes s’étaient ouvertes et quatre personnes en étaient sorties.
Pour le restaurateur il était évident que c’étaient les copains du client au rasoir, qui revenaient pour
exécuter la sinistre menace lancée par le vaincu.
Dès lors l’homme au visage lacéré avait mis au point une stratégie : les abattre un par un avant
qu’ils ne puissent incendier son restaurant. Il a saisi son révolver Smith et Wesson modèle 1911 et
s’est mis en embuscade pour les descendre un par un.
On peut le comprendre. Il était en légitime défense.
Et ce fut précisément à ce moment que je suis passé avec mes quatre gourdes en bandoulière. Pour
lui il était évident que ces récipients étaient remplis d’essence. J’étais forcément l’un d’eux. Le fait
que le restaurateur ait reçu un coup de rasoir sur les yeux et le fait que j’ai une lampe torche alors
que lui n’avait pas de source de lumière ne faisait que rajouter à la confusion. Même si nous nous
étions vu auparavant, il ne me reconnaissait pas et moi non plus.
Pourquoi avait-il attendu avant de tirer ?
« Non ! Ne tire pas papa, ce n’est pas lui ». Quelle jolie phrase.
Ce garçon de moins de dix ans venait de décider que j’allais continuer à vivre.
Quant aux hommes sortis de la voiture garée, ce n’étaient pas les incendiaires, probablement de
simples touristes venus faire un bain de minuit.
Le restaurant n’avait pas pris feu, le client au rasoir n’était pas revenu avec ses amis.
Le garçon insista à nouveau pour que je le suive vers son restaurant afin que son père puisse
s’excuser en face.
- Il va vous faire un très beau cadeau, vous verrez je suis sûr que cela va vous plaire. Mon père est
tellement embêté pour ce qu’il s’est passé hier soir.
- C’est plutôt à moi de « te » remercier, à toi qui est maintenant en face de moi. Tu m’as sauvé la
vie. Je n’oublierais jamais ce qu’il s’est passé hier soir et ce que je te dois.
Et alors que je regardais le jeune garçon s’éloigner je me mis à songer :
« Je suis donc encore là ici et maintenant. Il a fallu tellement de chance pour que la vie apparaisse
sur terre. Il a fallu tellement de temps pour que les espèces évoluent jusqu’à l’apparition de
l’humain. Il a fallu de tellement de hasards pour que mes ancêtres survivent aux guerres, aux
épidémies, aux famines, se rencontrent et fassent l’amour. Il a fallu tellement de chance pour que le
spermatozoïde de mon père qui a fécondé l’ovule de ma mère gagne la course devant ses 300
millions de concurrents.
Bon sang si j’étais mort hier soir tout se serait arrêté.
Tous ces hasards extraordinaires qui ont abouti à mon existence n’aurait servi qu’à produire un

cadavre d’un gamin de 14 ans gisant dans le sable de Solenzara suite à un … « malheureux
quiproquo issu d’une bagarre nocturne avec un ivrogne qui ne voulait pas payer ».
J’ai avalé ma salive et j’ai eu la conviction suivante :
« Il faut à tout prix que je rentabilise cette vie, accomplir n’importe quoi mais au moins quelque
chose qui légitime le fait que je sois né. Quelque chose qui fasse que lorsque je mourrai, je n’aurai
pas le regret de ne pas avoir assez vécu ni profité de cette existence particulière ».
Dès lors j’inspirais profondément, je fermais les yeux, et j’eu une énorme envie de rentabiliser
chaque seconde de ma vie afin que si un jour on devait l’inscrire dans un livre il y ait au moins
quelques passages amusants ou intéressants".
Je me suis dis tout en soufflant :
« Et maintenant que je ne suis pas mort, tout peut commencer ».
***

07- "COUP DE GUEULE"- HISTOIRE REELEMENT VECUE N°07 - 2003 A PARIS

PETITES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELLEMENT VECUES.
Elément de Puzzle numéro 07.
« COUP DE GUEULE »
C’était en Novembre 2003, à Paris, dans la brasserie de Saint Germain des près, des « Deux magots
».
Nous fêtions la sortie d’un livre de recueil de nouvelles titré « Erreurs avouées », l’ouvrage était
initié et coordonné par la jeune écrivaine Tristane Banon.

Alors que nous buvions des coupes de champagne, un homme de belle prestance, en costume chic et
avec des gestes distingués vient vers moi. Je le reconnus c’était le responsable d’une émission
littéraire sur la radio nationale et le chef de rubrique littéraire d’un grand hebdomadaire. Il était
aussi un juré influent de plusieurs grands prix littéraires et écrivain de romans et donc d’une des
nouvelles de ce dit recueil.
- Ah Werber, il faut que je vous dise merci.
Il me tendit une main chaleureuse qu’il serra fermement.
- Enchanté, mais… hum… pourquoi ?
- Mon fils. Il ne lisait pas du tout. Il a 13 ans et il ne lisait que des bandes dessinées, il regardait la
télévision ou était tout le temps sur son ordinateur. Cela commençait à me désespérer. Mais il a lu «
les Fourmis », et cela a été le déclic. Non seulement il a lu la suite mais aussi les Thanatonautes
(alors que vos livres sont plutôt épais et avec des couvertures plutot rébarbatives). Il s’intéresse
maintenant à la science, et à l’histoire. C’est incroyable vous lui avez débloqué la porte du plaisir de
lire des livres, et il parle des sujets évoqués dans vos ouvrages aux diners. D’ailleurs je devrais être
jaloux. Il ne lit pas mes romans, alors que je suis son propre père. Mais bon je tenais vraiment à
vous le dire, merci pour lui avoir donné le gout de la lecture.
Tout son visage exprimait la reconnaissance et venant de quelqu’un d’aussi important et influent
dans le métier, je n’étais pas insensible au compliment.
- Hé bien de rien mais… simple question… cela ne vous a pas donné envie, enfin la curiosité,
comme ça de… enfin… d’aller voir de quoi parlait par exemple « les Fourmis » ?
- Vous n’imaginez pas mes journées de travail ! Je dois lire parfois jusqu’à 3 livres par semaine ! Je
n’en peux plus. Alors vraiment avec la meilleure volonté ce serait impossible d’en rajouter un.
Il me fixa.
- Attendez, finalement ce n’est quand même pas normal, vous touchez un large public, vous touchez
les jeunes… et pourtant les journalistes n’ont aucune curiosité sur votre travail.
Cela eut l’air de le plonger soudain dans un abime de réflexions.
- En plus je crois savoir que vous êtes lu dans plus d’une trentaine de pays, donc vous êtes quelque
part l’image de la nouvelle littérature française qui rayonne dans le monde entier, qu’on le veuille
ou non. Et pourtant, il n’y en a pas beaucoup dans la profession qui ont l’appétence d’ouvrir ne
serait qu’une page de vos ouvrages pour savoir de quoi ça parle.
- Il y a quand même quelques journalistes qui ont chroniqué mes ouvrages…
- Et puis vous n’avez jamais eu le moindre prix.
- Si des prix de lecteurs. Le prix des lectrices d’Elle, le prix des lecteurs de Sciences et Avenir, le
prix des lecteurs du livre de poche…
- Ecoutez vu ce que vous avez fait pour mon fils et donc pour moi, je vais vous proposer quelque
chose.
Il resta en suspens comme s’il cherchait la meilleure formule pour exprimer sa reconnaissance. Je
ne pouvais m’empêcher de songer qu’il allait prononcer la phrase magique « vous lire » mais il dit :
- Nous avons dans le magazine une rubrique « Coup de gueule » donc ce que je vous propose c’est
que vous poussiez un grand coup de gueule contre ces journalistes parisiens à l’esprit étriqué, qui ne
se donnent même pas la peine, d’essayer de savoir ce qui intéresse les lecteurs et notamment les
jeunes.
Il poursuivit seul son raisonnement.
- Ils sont juste dans une posture de mépris et d’ignorance ce qui est quand même un comble pour un
métier sensé être précisément le contraire. Allez-y, dites tout ce que vous avez sur le cœur, il faut
que les gens sachent comment fonctionne ce système complètement obsolète.
Je me dis que rien que pour rencontrer ce célèbre critique et entendre ça, cela valait le coup de
participer à ce recueil si bien titré « Erreurs avouées ».
Une semaine plus tard une charmante journaliste, me contactait en effet et j’acceptais de répondre à
son interview spécial « coup de gueule ». Nous nous retrouvâmes dans un café proche du métro «
La bourse ».
- Je viens parce que mon chef m’a dit que vous étiez en colère contre le petit milieu fermé des

journalistes parisiens critiques littéraires qui n’ont aucune curiosité, à fortiori sur votre travail.
- Pas du tout. Je ne suis pas en colère. J’ai été journaliste, (précisément dans votre magazine qui
plus est, à la section science il y a de cela exactement 13 ans) et je comprends le système. Ce sont
pour la plupart des universitaires dont l’esprit a été formaté pour n’aimer qu’une forme de littérature
privilégiant le style or je suis plus dans la recherche de la bonne intrigue plutôt que de la jolie
phrase.
Elle hocha la tête avec sérieux et commença à retranscrire mes réponses sur son calepin. Je poursuis
en ralentissant pour lui laisser le temps d’écrire.
- Et c’est quoi le système ?
- Il sort en France 80 000 titres nouveaux par an, 80 000! donc les critiques utilisent l’argument
légitime qu’il y a « beaucoup trop de livres publiés » pour expliquer qu’ils doivent faire une
sélection subjective. Sans parler que tout ce qui ressemble au polar, au fantastique, ou à la sciencefiction est considéré comme de la « littérature de genre ».
- Vous subissez un système qui fonctionne du coup essentiellement au copinage et au renvoi
d’ascenseur entre confrères.
- Je devrais peut-être leur dire merci. C’est parce qu’ils ont fait le vide de tout ce qui est littérature
d’imagination que je suis bien visible, comme un arbre dans le désert.
- Mais quand même, ce n’est pas normal que les lecteurs ne soient pas informés. Ceux qui se
prétendent les défenseurs en sont finalement les fossoyeurs et on en veut pour preuve que le fait que
les gens lisent de moins en moins et la plupart des jeunes ne lisent même pas du tout. Vous avez
donc forcément envie dénoncer ce système sclérosé…
Je remarquais qu’elle n’utilisait pas de magnétophone pour enregistrer notre conversation et qu’elle
se contentait de noter. Et encore elle n’écrivait que certaines de mes phrases de temps en temps, en
laissant d’autres qui l’intéressait moins.
- J’accepte le système tel qu’il est. Cela ne changera pas, cela ne changera plus. Ils sont trop bien
installés et ils ont leur habitude qui datent depuis bien longtemps. Tout est verrouillé. Déjà à son
époque Rabelais se moquait des « pisses vinaigres » et des « sorbonnards » parisiens qui faisaient la
pluie et le beau temps dans la profession en s’offrant entre eux des honneurs et en méprisant tout ce
qui pouvait ressembler à de la culture populaire. Molière a dénoncé lui aussi ce qu’il nommait les «
précieuses ridicules » qui régnaient sur les salons parisiens à la mode.
Elle semblait apprécier ces références. J’essayais de lui donner un peu de matière pour qu’elle
puisse rédiger l’article « Coup de Gueule ».
- Déjà je trouve étrange qu’on puisse être en même temps critique « et » écrivain.
- Vous voulez dire qu’on ne peut pas être à la fois juge et parti ?
- Ils se retrouvent en position de juger leurs concurrents directs. Normal qu’ils détestent les livres
susceptibles de toucher un large public. Et normal qu’ils encensent les ouvrages inconnus à petit
tirage qui ne risquent pas de leur porter ombrage.
Elle approuva.
- Pour ma part je ne considère qu’un seul critique valable, dis-je.
- Qui ?
- … Le Temps.
Elle marqua un peu sa déception. Je poursuivais néanmoins.
- Le Temps révèle les ouvrages qui sont vraiment originaux et fait oublier ceux qui sont anodins.
Tous mes maitres, que ce soit Boris Vian ou Jules Verne, Barjavel ou Philip K Dick n’ont été
reconnus qu’après leur mort.
- Donc vous êtes en colère contre ce milieu qui ne sait pas détecter la nouveauté ?
Elle inscrivit avec précision sa propre question. J’eu soudain la désagréable impression que mes
réponses ne l’intéressaient pas autant que ses propres interrogations.
- Non, je regrette surtout que les lecteurs ne puissent pas être informés de la diversité des
littératures. Pour ma part, non seulement je ne suis pas en colère mais je me sens comblé de la
chance que j’ai d’avoir une carrière qui va au-delà du succès d’un seul roman.
- Mais tout cela vous agace, forcément, n’est ce pas ?

- Mon éditeur m’avait averti « soit tu plais au public, soit tu plais aux critiques mais si tu intéresses
l’un tu perds automatiquement l’autre ».
- Mais avouez, cela vous énerve. Je le sens à votre voix. J’ai même trouvé de bonnes critiques sur
vous dans les grands journaux américains alors que vous n’avez rien de comparable dans votre
propre pays.
Elle nota à nouveau sa propre question en se la répétant à tue-tête pour être sûre de ne pas en rater
un mot.
- Aux Etats unis mon livre a été un bide. L’éditeur américain a fait un seul tirage et n’a pas
réimprimé quand les livres se sont vendus, donc cela ne pouvait pas décoller. Comme vous voyez
c’est l’un ou l’autre. Les critiques « ou » le public. Fromage ou dessert. Et les deux sont
antinomiques.
Je vois à l’envers qu’elle note juste « état unis = échec ».
- Donc vous êtes en colère d’être reconnu là-bas par les critiques d’outre atlantique et pas ici, chez
vous ?
J’ai quand même l’impression que nous nous répétons un peu, j’essaie cependant de garder mon
calme et de lui donner matière à écrire.
- « Nul n’est prophète en son pays ».
- En fait vous êtes hors système dans un courant de littérature qu’on pourrait qualifier d’ «
underground » ?
- J’écris des livres avec pour principal souci de donner envie aux gens de tourner les pages et
d’arriver à une fin surprenante. Pour moi le livre est un objet de plaisir. Je ne sais pas si c’est cela
qu’on peut appeler « littérature underground ».
- Donc vous êtes déçu que les critiques parisiens ne défendent que la littérature autobiographique
déprimante nombriliste et ennuyeuse c’est cela ?
Elle semblait ravie de sa question.
- Si je suis déçu ce n’est pas pour moi, c’est pour la littérature française en général. En voyageant je
constate que dès qu’on quitte l’hexagone l’image de notre littérature à l’étranger n’est pas bonne.
Elle cherche un nouvel axe de questionnement.
- Puisque vous étiez journaliste dans mon magazine il y a 13 ans vous avez du en voir des trucs
bizarres, non ?
- Vous voulez des anecdotes ? Une fois à la réunion plénière du mercredi matin le rédac chef a
annoncé : « Vu que nos journalistes qui écrivent des livres rédigent les critiques sur leur propre livre
en signant avec un pseudo, j’ai peur que cela finisse par être repéré. Alors j’ai réfléchi et j’ai une
proposition à vous faire. Au lieu que vous signez avec un pseudo inventé vous demanderez à un
collègue le droit de signer l’article que vous avez fait sur votre propre livre avec son nom. Et en
retour il vous rendra le même service. Comme cela au moins cela sera signé avec des noms de
journalistes connus de la rédaction ».
Elle ne prit pas de notes et enchaina :
- Une autre anecdote ?
- J’avais proposé de faire une nécrologie de l’écrivain français Pierre Boule au chef de rubrique
littéraire, il n’avait jamais entendu parler de cet auteur, alors j’ai dû l’informer que c’était l’écrivain
de ces deux ouvrages : « Le Pont de la rivière Kwai » et de « La planète des Singes ». Il croyait que
c’étaient des romans américains. Il m’a répondu « Désolé, je peux pas prendre ta nécro c’est un
auteur de science-fiction »
Je retins un petit rire triste à l’évocation de ce souvenir. Elle ne notait toujours pas cette nouvelle
histoire pourtant vécue.
Elle relut ses propres notes en hochant la tête.
- Attendez j’ai à mon tour une question à vous poser, mademoiselle.
- Je vous écoute.
- Vous, vous qui êtes là ici et maintenant en face de moi, … vous m’avez lu ?
- Heu… non.
- Hé bien voilà si vous voulez savoir pourquoi les critiques littéraires ne lisent pas mes livres posez-

vous à vous même la question pourquoi vous n’avez jamais eu la curiosité d’ouvrir un de mes
ouvrages.
Quand l’article parut une semaine plus tard, le titre était entre guillemets :
« SI LES CRITIQUES CONTINUENT DE REFUSER DE ME LIRE JE VAIS ARRETER
D’ECRIRE ».
J’appelais mon éditeur pour demander si je devais envoyer un droit de réponse vu qu’on mettait en
titre et entre guillemets l’exact contraire de ce que je venais de déclarer. Il me dit que de toute façon
très peu de gens lisaient ce genre d’article, a fortiori dans cette rubrique et dans ce magazine, donc
mieux valait les ignorer que de leur faire de la publicité.
L’histoire eu pourtant une suite. Deux ans plus tard je racontais cet épisode et son étrange
achèvement avec l’article « COUP DE GUEULE » dans les moindres détails et sur le ton de
l’humour a une émission de la même chaine radio du dit célèbre critique et chef de rubrique. Il prit
grand ombrage que cette anecdote soit révélée. Du coup il fit écrire par un de ses journalistes «
sniper » une double page de mépris et d’insultes avec ma photo en grand dans sa rubrique.
Ainsi finalement je l’ai eu mon « article » dans ce magazine. Ce n’était pas une critique d’un de mes
romans mais une critique directe de ce que j’étais.
Un emmerdeur.
A ce jour je ne pense pas que cet homme d’influence sache ce truc si mystérieux que son fils a
trouvé dans mes romans qui lui a tout d’un coup débloqué le gout de la lecture.
Et il ne comprendra pas non plus pourquoi ce dernier refuse obstinément de lire les ouvrages de son
père.
Finalement, tout va très bien, il y a une justice.
***

08 -“INTERVIEW DE SERGE GAINSBOURG”- HISTOIRE REELEMENT VECUE N°08 TOULOUSE 1980

HISTOIRE REELEMENT VECUE N°08 “INTERVIEW DE SERGE GAINSBOURG”
C'ETAIT EN NOVEMBRE 1980 A LA FNAC DE TOULOUSE.
Je me souviens.
C’était en Novembre 1980, et ce fut ma première interview de star. Je venais de créer mon second
journal fanzine, EUPHORIE (après la SOUPE A L'OZENNE, mon premier journal), et afin
d’alimenter la rubrique culture j’étais parti avec mon ami Eric Ledreau a la FNAC de Toulouse pour
tenter d’interviewer Serge Gainsbourg qui venait de sortir son roman EVGUENIE SOKOLOV
(roman sur un artiste solitaire et pétomane).
Serge Gainsbourg était assis devant ses piles de livres et les gens étaient tellement impressionnés
qu’ils n’osaient pas approcher.
Ils formaient donc un cercle autour de lui sans que quiconque n’ose franchir cet espace pour lui
demander un livre dédicacé ou un autographe. Certains prenaient de loin des photos.
Eric Ledreau me dit “Bon c’est le moment ou jamais, Bernard, vas y essaye de lui parler”.
Alors je suis arrivé avec mon petit magnétophone Sony et je me suis présenté comme journaliste
d’un simple fanzine toulousain. Il a paru trouver cela sympathique et j’ai demandé si je pouvais
l’interviewer. Comme il voyait que les gens restaient encore à distance et n’osaient toujours pas
l’approcher il a souri et il m’a dit qu’il était dispo et qu’à priori on avait du temps.
Il parlait très très doucement et je devais lui demander de répéter plusieurs fois ses phrases pour être
sûr de comprendre. De même quand je posais des questions il n’entendait pas bien et c’est lui qui
me demandait de répéter.
Après quelques questions banales sur son roman il m’a tout d’un coup fixé et il m’a dit “Tu vois le
drame de ma vie c’est le masque. Il y a Gainsbourg et il y a Gainsbarre. Mais à force de jouer avec
un masque, le masque me colle au visage et je n’arrive plus à le décoller”.
Puis il m’a fixé dans les yeux et il m’a dit “Si j’ai un conseil à te donner, petit, ne prends jamais de

masque. Au début c’est pratique après on ne peux plus s’en débarasser”.
Je n’ai jamais pris de masque (je n’ai ni perruque, ni cheveux teints, ni même lentilles de contacts,
je m’assume en tant que chauve à lunettes) mais j’ai vu les dégats que cela produisait sur ceux qui
en prenaient, ceux qui voulaient paraître différents de ce qu’ils étaient vraiment pour épater ou pour
tromper leur entourage.
Cela finit par les fatiguer, puis cela finit par les ronger. Ils ne savent plus qui ils sont vraiment et ils
se retrouvent à devoir tout le temps jouer un rôle, celui qu’ils croient qui va les rendre plus
sympathiques.
Voilà alors que ce souvenir me revient je voulais vous en parler, car peut être certains parmis vous
hésitent à se faire passer pour autre chose qu’eux mêmes afin d’aller plus vite ou de séduire.
Il y a forcément un contre coup.
Merci à Serge Gainsbourg s’il m’entend pour ce conseil que je n’ai jamais oublié.

09 -“COMMENT JE SUIS DEVENU RACONTEUR D'HISTOIRE" EPISODE 01. "LA
PETITE PHRASE ETINCELLE"

HISTOIRE REELEMENT VECUE N°09 “COMMENT JE SUIS DEVENU RACONTEUR D'HISTOIRE"
EPISODE 01. "LA PETITE PHRASE ETINCELLE"
Je me souviens.
C'était à TOULOUSE, j'avais 8 ans.
Ce jour là, pour changer un peu, au lieu de proposer un sujet imposé le professeur nous avait
demandé d'écrire une rédaction libre sur le sujet de notre choix.
Je racontais donc sur 4 pages l’histoire d’une puce qui gravissait un homme comme un alpiniste
escalade une montagne.
C'était elle qui racontait son vécu.
Elle partait des pieds, se hissait sur les chaussettes, les mollets, arrivait dans le puits du nombril et
finissait par gravir le crâne par son versant nuque pour terminer dans la jungle des cheveux ou elle
se faisait copine avec des poux.
Le professeur me dit :
- Werber, je vous ai mis un zero car vous avez fait cinq fautes d'orthographes mais je dois vous
avouer, que... votre rédaction m'a d'abord surpris par son thème, étonné par son point de vue et pour
tout dire je me suis vraiment régalé à vous lire. En fait, personnellement, j'ai même éclaté de rire
tout au long de la lecture. Tout me surprenait dans votre récit. Ce qui est assez rare.
Il me précisa.
- Il n'y a juste que la première phrase qui n'est pas correcte. Il est un peu trop tôt pour vous
l'expliquer mais un jour vous comprendrez pourquoi on ne peut pas écrire cela.
Cette première phrase était je m’en souviens précisément.
« Je suis une puce, née d’un père puceau et d’une mère pucelle ».
Du coup les autres élèves par curiosité avaient voulu lire la copie de cette rédaction et tout d'un
coup j'ai vu leurs regards changer à mon égard.
Je n'étais plus identifié seulement comme le binoclard nul au sport et nul aux récitations par coeur,
j'étais aussi quelqu'un d'autre que venait de découvrir ce jour là ce professeur.
Je commençais à EXISTER.
Par la suite encouragé par ce même professeur, et aussi par le groupe des filles de la classe qui
aimaient écouter mes récits inventés j'ai continué à m'amuser à écrire des histoires bizarres qui
surprennent. (Je me souviens d’une Béatrice au grand yeux bleus la fille du colonel de la caserne
Cafarelli qui m’impressionnait beaucoup car elle était la meilleure de la classe en mathématiques …
et j'en étais donc forcément tombé amoureux).
Le professeur a demandé ensuite à tous les élèves de faire comme moi une histoire ou ils se
retrouvaient dans la peau d'un animal.
J'en profitais pour explorer un peu plus cette idée.
La rédaction qui suivi était « SOUVENIR DE SAFARI ». Dans ce récit le safari était raconté non
pas par les chasseurs mais par le lion qui commençait à être fatigué que les humains viennent
toujours le déranger. Alors il montait un piège et arrivait à tuer un par un les trois chasseurs.
J'écrivis une troisième histoire "MEMOIRE D'UN ARBRE". L'histoire d’un arbre qui racontait qu’il
souffrait quand les amoureux venaient graver des cœurs sur son écorce.
Puis suite à la découverte des nouvelles d'EDGAR ALLAN POE je continuais, non plus en
rédaction mais juste pour mon plaisir, à rédiger les "ENQUETES DE MENARD ET TARPIN",
deux détectives qui se trouvaient dans des énigmes à la frontière du réalisme.

Dans une de leurs enquêtes ils devaient trouver pourquoi les gens qui entraient dans un château
disparaissaient tous.
A la fin ils découvraient que l’assassin était le château lui même qui en fait était… vivant et dont la
cave était une bouche affamée. Il tuait et mangeait les touristes qui venaient le visiter.
Avec le recul je m’aperçois que déjà à l’époque ce qui m’intéressait était de parler de l’homme avec
un regard extérieur, celui d’une puce, d’un lion, d’un arbre ou d’un château vivant.
Une simple rédaction sur thème libre, un professeur qui a trouvé l'encouragement sympa et c'est
comme si on avait placé la locomotive sur les rails.
Je ne le savais pas encore mais il venait de m'indiquer ma place dans l'univers.
RACONTEUR D'HISTOIRE.
Comme quoi les professeurs, par de toutes petites touches, peuvent débloquer les destins.
Il suffit d'une phrase au bon moment.

10 -“COMMENT JE SUIS DEVENU RACONTEUR D'HISTOIRE" EPISODE 02. "LE
JOURNAL DE LYCEE ET LA PREMIERE EBAUCHE DES FOURMIS"

HISTOIRE REELEMENT VECUE N°10 “COMMENT JE SUIS DEVENU RACONTEUR D'HISTOIRE"
EPISODE 02. "LE JOURNAL DE LYCEE ET LA PREMIERE EBAUCHE DES FOURMIS"
Je me souviens.
C'était en 1976 à TOULOUSE, j'avais 15 ans.
Un proverbe dit « Tout ce qui nous arrive est pour notre bien ». Je crois que mon échec de passage
en section scientifique (au moment de l'examen j'avais oublié de retourner la page du problème et je
n'avais fait, avec brio, que la première partie d'algèbre sans savoir qu'il y en avait une autre de
géométrie derrière) fut avec le recul ce qu’il pouvait m’arriver de mieux.
Alors que le Lycée Fermat était un lieu de compétition avec une majorité de garçons et des
professeurs plutôt sévères et entretenant une discipline stricte, le Lycée Ozenne était un lieu de
détente avec une majorité de filles et des professeurs plutôt cool.
Dans ma classe nous étions dix garçons pour 20 filles.
L’idéal.
Le professeur de français, madame PUPKO était une dame plutôt âgée.
Elle avait des allures de diva et parlait avec un accent des pays de l’est. Elle avait repéré mes talents
de conteur et plutôt que de me mettre des notes uniquement sur l’orthographe, elle passait outre la
forme et notait la qualité de l’histoire elle même. Elle m’encourageait à aller de plus en plus loin
dans l’originalité.

- Monsieur Werber, je ne sais pas ou vous allez chercher tout ça, mais je m’amuse beaucoup à vous
lire. Vous ne prenez pas de drogue au moins ?
- Heu non madame, c’est dans ma tête, je m’inspire de mes rêves.
Madame Pupko, avait un long fume cigarette qu’elle maniait avec grace et avait toujours un petit
sourire ironique que j’aimais bien car il y avait une forme d’affection.
J’avais pourtant un challenger, un frère de lettres, un certain TRUONG, un élève d’origine
vietnamienne qui avait la même aptitude que moi pour produire des histoires originales. Et il
écrivait mieux. Enfin une compétition qui m’intéressait.
Au début nous étions rivaux pour avoir les meilleures notes de madame Pupko puis naquit une
amitié entre nous, même s’il me prenait parfois de haut, conscient de sa supériorité en écriture.
En même temps apparaissait une émulation, il fallait que j’arrive à obtenir de meilleures notes que
TRUONG.
J’étais meilleur dans l’originalité des histoires, lui était meilleur dans la qualité de l’écriture elle
même.
Déjà à l’époque je privilégiais le fond sur la forme ce qui peut être un avantage pour certains et un
handicap pour d’autres. Cependant plutôt que de combler ma faiblesse j’essayais au contraire
d’améliorer mon point fort, trouver des idées encore plus fortes, des points de vue originaux,
développer des histoires remplies de surprises. Si bien que mes histoires devenaient de plus en plus
prenantes au plus grand ravissement du professeur de Français.
Le Lycée Ozenne avait un cours de dactylographie, (beaucoup des filles se préparaient à être sténodactylos) et je choisis cette option. Je me retrouvais du coup l’unique garçon à apprendre à taper
vite à la machine à écrire.
Au début les autres se moquaient « Et plus tard tu veux être « une » secrétaire Bernard ?» mais je
crois qu’intuitivement il me semblait que c’était la meilleure chose à accomplir à cette époque.
Nous apprenions à taper avec les dix doigts avec un cache de carton posé au dessus des mains pour
qu’on ne puisse par voir les touches. Ensuite il y avait des courses avec un chronomètre et nous
devions taper des textes le plus vite possible avec 2, 4, 6, 8 puis 10 doigts.
Sans le savoir ce fut probablement la préparation à ce que j’allais faire tout le reste de ma vie. Grace
à la dactylographie j’appris à écrire à la vitesse de la pensée. C’était comme si je pouvais projeter
sur la feuille (nous utilisions à l’époque des machines électriques à boule IBM) ma pensée en direct.
Comme je m’ennuyais un peu dans ce lycée où tout était tellement cool, il me semblait plus
nécessaire de faire des efforts.
Aussi je montais avec un ami Michel Pélissier un groupe de rock (je voulais l’appeler les fourmis
bleus au cas ou nous aurions à la possibilité de jouer sur scène mais cela ne s’est jamais produit).
Nous avions fabriqué des guitares électriques en mettant des micros à l’intérieur de nos guitares
classiques. J’avais fabriqué un amplificateur de 25 watts (ce qui pour l’époque pouvait paraître un
truc à casser les oreilles). Nous jouions les Beatles, Pink Floyd, Genesis et quelques compositions
personnelles dans la ferme agricole du père de Michel face à un public de vrais poulets qui
caquetaient en nous écoutant. Mais le groupe s’arrêta le jour ou mon amplificateur explosa. Je crois
que ne suis pas très bon en montage électronique, ni en bricolage en général.
Après le groupe j’eu l’idée de monter un club journal. J’allais voir le proviseur et je lui en parlais il
me signala que dans le lycée il y avait une vraie machine d’imprimerie Offset qui avait été achetée
et jamais utilisée (par un responsable technique qui avait dû se prendre de l’argent au passage). Le
proviseur était prêt à me payer des cours particuliers d’imprimerie offset pour que je la fasse tourner
et que je crée le club « Journal » du Lycée.
Nous baptisâmes le journal « LA SOUPE A L’OZENNE ».
Et ainsi à 15 ans j’eu enfin l’impression de faire quelque chose d'intéressant. J’avais déduis que
pour ne pas subir le système ancien il fallait inventer son propre système.
Proposer des initiatives pour ne pas subir le monde des autres.
Avec mon copain Fabrice COGET du Lycée Saint Sernin voisin nous faisions des bandes dessinées.
Nous décidâmes d’inventer afin de capter tous les sens un nouvel art « La bandessino musicale »
des bd à lire en écoutant des musiques suggérées (souvent Mike Oldfield, Genesis, Yes, Pink

Floyd).
La partie odorante était sensée être réglée par la mise au point pour chaque histoire d’un « parfum »
correspondant à l’ambiance. J’en parlais au proviseur qui consentit à me payer des cours de
parfumeurs pour cet objectif. Notre professeur était un industriel toulousain, spécialisé en parfum de
violette, Pierre Berdoues.
J’installais donc mon « Orgue à parfums » avec des vraies essences pures dans ma chambre et je
dois avouer que cela sentait tellement fort que peu de gens arrivaient à entrer dans la pièce sans être
indisposés.
Moi j’y dormais avec cette odeur entêtante.
Je parvins à synthétiser une sorte d’odeur de chocolat pour une histoire, et un parfum de pluie salée
pour une autre.
Avec l’équipe du club journal nous aspergions à la main des languettes puis les disposions sous
cellophane et les scotchions à l’intérieur du journal. Un travail fastidieux surtout lorsqu’on sait que
nous tirions à 3000 exemplaires pour couvrir le lycée Ozenne et le lycée Saint Sernin.
Ce fut Fabrice Coget qui me continua ma formation littéraire : Il me dit découvrir le cycle de
FONDATION d’Isaac Asimov. Ce livre fut pour moi une vraie révélation puisqu’il allait bien au
delà de sa simple fonction récréative proposant une vision « logique » de toute l’évolution de notre
société. Grace à Asimov je compris que l’avenir appartenait à ceux qui étaient capables d’imaginer
le futur avec le maximum de cohérence. Grace à Asimov je mis en marche dans mon cerveau, ma
propre grille de lecture de l’actualité qui aboutissait à des prolongements probables un peu comme
les positions de jeu d’échecs aboutissaient à des scénarios distincts.
Pour moi l’auteur de science-fiction a la même fonction que la vigie dans un bateau, il est sensé
monter sur le mat pour voir plus haut et plus loin et informer les autres de ses visions.
Tout cela m’inspirait des articles, des textes, des rubriques. Je commentais l’actualité, cherchais des
prolongements aux dernières découvertes techniques. Avec Fabrice devenu mon meilleur ami nous
avions de grandes conversations ou nous rivalisions d’idées pour nous surprendre mutuellement.
Au moment où tous les articles furent prêts, l’imprimerie nous prit 3 jours complets de travail de 8
heures du matin à 8 heures du soir sans manger, à ne faire que nettoyer la rotative qui s’encrassait.
Nous étions recouverts d’encre et nous travaillions en musique en écoutant du rock (Crosby Still
Nash and Young, Fleetwood Mac, Men At Work)
Nous vendions le journal « La Soupe à L’Ozenne » à l’entrée du lycée 2 francs, mais l’essentiel de
notre succès, car succès il y eut, était lié à une de nos vendeuses bénévoles, Nathalie Lédreau, la
sœur d’un des journalistes de notre équipe qui était tellement mignonne que personne n’osait lui
refuser l’achat du journal.
Nous en étions tous amoureux, mais vu que c’était la sœur de mon copain et qu’elle
m’impressionnait je n’eu jamais le courage de lui déclarer ma flamme.
Le premier numéro de la soupe à l’Ozenne fut épuisé en quelques jours.
Et fort de ce succès nous avons produit d’autres numéros en nous faisant aider de dessinateurs de
l’école des Beaux Arts qui était proche.
Avec Fabrice Coget et le projet Soupe à l’Ozenne soudain ma vie prenait du sens. Enfin j’avais la
considération de mon entourage, je n’étais plus que le raconteur d’histoire de cours de récréation
j’étais le créateur du club journal. Certains professeurs voyaient bien que je ne travaillais pas assez
mes cours normaux et me mettaient de mauvaises notes mais d’autres comme le professeur
d’économie Joseph Schouft (qui était un professeur passionnant qui me fit découvrir le Marxisme)
me soutenaient en me donnant des bonnes notes pour compenser la rigueur de ses collègues et
m’encourager à créer ma petite entreprise journalistique.
Je me rappelle aussi que je voulais profiter de mon journal pour aller gratuitement au cinéma sous
prétexte de rubrique critique ciné. Le directeur du Gaumont de la place Wilson m’avait dit « Ok je
vous donne libre accès aux films qu’à une condition, nous avons tous les mercredi 5 nouveaux films
pour les 5 salles, vous les regardez tous les 5 quel qu’ils soient c’est à dire, vous regardez aussi les
dessins animés pour enfants, les documentaires, les films de kung fu chinois, les comédies
sentimentales, les films érotiques, les films comiques. Tous sans exception, sinon je vous reprends

votre carte de libre accès ».
Présenté comme cela, le métier de critique cinéma me sembla soudain plus astreignant que je ne
l’imaginais, cependant j’acceptais, et je dois dire que je finis par m’apercevoir que le directeur du
cinema m’avait apporté une information, si on veut vraiment critiquer il faut s’intéresser à tous les
genres, même ce qui nous semble à priori hors de notre zone culturelle.
Ce fut à cette époque que profitant de mon statut de rédacteur en chef de magazine je me
commençais enfin à susciter l'intérêt des jolies filles de la classe (jusque là c’est moi qui tombais
dans les pommes quand une fille qui me plaisait me disait bonjour) j’eu mon premier flirt avec
Marie Noëlle C, une étudiante qui était venue à la fête de lancement du journal.
Après le succès du premier exemplaire de la Soupe à l’Ozenne, nous nous lançâmes aussitôt dans la
rédaction du numéro deux.
Fabrice Coget et moi fîmes mêmes une exposition des bandes dessinées au centre culturel
toulousain de la rue Croix Baragnon et j’eu droit à mon premier article dans le journal local la
dépêche du midi.
Après l’expo, je confiais à Fabrice une idée un peu décalée : faire une bande dessinée dont les héros
seraient non plus des humains mais des fourmis vivant dans une cité fourmilière.
- On pourrait en parler comme d’une civilisation parallèle auquel on ne fait pas attention
simplement parce qu’ils sont tout petits. Surtout que les fourmis de ce que j’en ai lu dans les
encyclopédies sont apparus sur Terre il y a 120 millions d’années alors que l’homme n’existe tout
au plus que depuis 7 millions d’années. On pourrait en parler comme d’une société ainée.
Fabrice m’encouragea dans cette voie et j’écrivis une première histoire de 10 pages intitulée
simplement « L’empire des fourmis ».
C'était un simple scénario de bande dessinée mais je m'apercevais rapidement qu'il y avait beaucoup
à dire sur ce sujet. Alors je commençais à lire "LA VIE DES FOURMIS" de Maeterlinck (une
vision un peu vieillotte, ou ce scientifique belge leur prêtait des vertus de charité chrétienne) et
aussi "DES FOURMIS ET DES HOMMES" de Remy Chauvin. Cependant il me semblait que ces
deux scientifiques tiraient vite des conclusions pour que les fourmis aient l'air de défendre leurs
points de vue spirituel ou politique. Il fallait que je trouve ma propre interprétation.
Donc j'installais des bocaux de fourmis que je prélevais en forêt et je les observais directement.
Déjà j'ai l'idée que la meilleure manière de parler de quelque chose n'est pas de lire des livres sur le
sujet mais d'aller voir sur place et d'observer les vrais acteurs.
Ainsi le scénario de BD des fourmis se transforma en nouvelle de 20 pages, puis en nouvelle de 100
pages, puis de 500, puis de 1000, puis en grande saga (influence de FONDATION d'Asimov et de
DUNE de Herbert?) de... 1500 pages.
Outre le texte lui même je décidais d'introduire un codage secret, toutes les premières lettres de
chaque phrase formant un texte caché.
Pour maitriser le grand nombre de scènes (je mettais un temps fou à me relire) j'utilisais une
structure géométrique en sous texte, au début l'Arbre de Vie Kabbalistique (forme parfaite), puis la
Cathédrale d'Amiens (forme complexe elle même inspirée de l'Arbre de Vie).
Si bien que le petit scénario de BD pour le journal de lycée la SOUPE à L'OZENNE commençait à
me prendre au moins une heure de travail tous les jours et ressemblait à une sorte d'obsession de
recherche du roman monumental sur un sujet complètement anodin. L'EXISTENCE D'UNE
CIVILISATION INTRA TERRESTRE PARALLELE. LES FOURMIS.

11 - “COMMENT JE SUIS DEVENU RACONTEUR D'HISTOIRE" EPISODE 03.
«ETABLIR UN SUSPENSE BASE SUR LA FRUSTRATION»

HISTOIRE REELEMENT VECUE N°11 “COMMENT JE SUIS DEVENU RACONTEUR D'HISTOIRE"
EPISODE 03.
«ETABLIR UN SUSPENSE BASE SUR LA FRUSTRATION».
- Je vais vous raconter une blague qui va vous faire rire.
C’est là phrase à ne pas dire pour ne pas gâcher les effets : “Vous allez rire”, “Vous allez voir c’est

drôle” ou “Je vais vous en raconter une bien bonne”.
L’autre règle est de ne pas rire de sa propre blague durant son énoncé pour tenter d’amorcer l’effet.
Mais d’un autre coté, à l’instant précis où cette phrase a été prononcée, nous avions rudement
besoin de nous détendre car l’atmosphère n’était vraiment pas à la décontraction.
Je me souviens. C'était en 1977. J’avais 16 ans. Nous étions partis dans les Pyrénées, au sud de saint
Gaudens, en haut d’un pic de randonnée pédestre.
Au départ cela devait être une simple sortie organisée avec les étudiants de la faculté. Nous étions
partis à 17 en bus jusqu’au point de départ.
Arrivés à 13h nous avons déjeuné une heure et marché trois heures pour arriver comme prévu à 17h
au gite où nous devions tous passer la nuit.
Seulement le gîte était moins grand que nous ne le pensions. Il n’y avait que 10 lits pour 17.
Alors Jean-Michel l’un des types les plus âgés, des plus expérimentés pour ce genre de virée et le
plus grand de notre groupe a dit « Je vois sur la carte qu’il y a un autre gite un peu plus loin. A une
heure de marche d’ici. C’est un point plus élevé on devrait avoir une plus jolie vue demain matin au
réveil ».
Deux filles qui trouvaient que le premier gite était trop exigu et manquait de confort se sont portées
aussitôt volontaires. De même suivaient dans notre troupe improvisée : David, le type jovial et
plaisantin, et un couple qui voulait pouvoir dormir ensemble tranquille.
Jean-Michel me dit « Bernard tu es le seul qui a un brevet de secourisme il faut que tu viennes avec
nous au cas ou il y ait un pépin ».
Dans ma tête je me suis toujours considéré comme le héros de mon propre film et le héros accepte
toujours stupidement l’aventure surtout si on le responsabilise et surtout s’il y a deux jolies filles qui
y participent. Il faisait beau, il faisait chaud, on était en Mai je n’étais pas fatigué donc j’acceptais
volontiers de suivre ce groupe.
Et c’est ainsi qu’après avoir bien repéré le chemin de randonnée pédestre sur la carte (à l’époque il
n’y avait pas de GPS) nous partîmes à sept, (Jean-Michel, David, le couple, deux filles et moi en
direction des cîmes qui nous semblaient vues d’ici assez proches et peu élevées.
A peine avons nous commencé à grimper que le ciel s’est légèrement obscurci. Je crois que nous
chantions en montant. Puis il est tombé une pluie soudaine comme il n’en arrive qu’en haute
montagne et nous avons cessé de chanter. Nous avions des affaires d’été et nous avons commencé à
subir l’averse, mais, persuadés que nous allions arriver bientôt nous avons hâté le pas. La foudre
s’est abattue pas loin faisant trembler le sol. Puis la pluie est tombée drue.
- C’est un petit orage cela ne va pas durer, a précisé Jean-Michel.
Il voulait rassurer les filles.
La pluie ont duré, et le chemin indiqué sur la carte s’est mis à grimper de manière de plus en plus
abrupte. Une des filles, Geneviève a commencé à s’inquiéter elle a révélé qu’elle était asthmatique.
En tant que secouriste, je regrettais qu’elle ne l’ait pas signalé plus tôt, mais elle me dit qu’en
théorie les crises ne se déclenchaient qu’à l’altitude de 1000 mètres hors nous restions en dessous.
Je ne sais pas trop pour ma part à quelle hauteur exacte nous étions depuis le temps que nous
gravissions cette montagne.
La piste qui était au début très facilement repérable ne l’était plus. Sous l’effet des ruissèlements le
sol commençait à fondre pour se transformer en boue chaotique.
Cela faisait maintenant deux heures que nous marchions et la pluie s’était transformée en grêle et
alors que nous avons fait une halte, Jean-Michel a avoué que même lui ne trouvait plus les repères
de la carte. En fait nous étions complètement perdus.
Il y avait plusieurs pics face à nous, et Jean-Michel ne savait même pas lequel était celui dont nous
devions atteindre la cime.
Il proposa que nous continuions à grimper tout droit. Seulement tout droit il y avait un mur de
rocher et nous fumes obligés de prendre une route latérale.
Le ton a monté entre les participants et Jean-Michel. Les filles pleuraient. Le couple de fiancés se
disputaient. Finalement il s’est crée deux groupes, un qui voulait prendre à droite et l’autre qui
voulait prendre à gauche, chacun persuadé d’avoir repéré une sorte de «piste principale évidente »

pour contourner l’obstacle rocailleux.
Toujours responsabilisé par mon titre de secouriste je me joignais au groupe qui semblait le moins
sportif.
La pluie était devenue grêle et une fille a déclaré qu’elle préférait rentrer au premier gîte, mais
comme elle était seule, elle n’a pas osé mettre sa menace à exécution.
Nous marchions d’un pas pesant. Il était 21h.
Quatre heures avaient passé depuis notre départ du refuge.
Ce n’était que l’idée que celui d'en haut était plus proche que celui d'en bas qui continuait de nous
faire avancer.
Quelques sanglots résonnaient derrière moi et je n’osais me retourner. A un moment nous avons
avec étonnement retrouvé le groupe qui était parti à droite. Ils avaient trouvé un truc : marcher dans
la rivière car ainsi on avait un chemin qui forcément remontait à une source. Or le deuxième gite
semblait être à une source. Nous utilisâmes les poches plastiques des sacs de nourritures et des
élastiques pour nous faire des protections imperméables sur nos chaussures. Nous perdîmes ainsi en
adhérence des semelles mais au moins nous gagnions en étanchéité.
La pluie continuait à tomber un peu moins forte mais régulière, nous grelottions tous de froid
malgré ce mois de Mai plus clément dans les altitudes inférieures. Déjà une fille murmurait comme
un mantra « on ne va pas s’en sortir ». Phrase qui reconnaissons le ne fait pas avancer les choses.
Jean-Michel lui dit : « Hé bien si tu en es si persuadée, reste là nous on continue de monter en
remontant la rivière et on verra ce qu’il se passera ».
La phrase eu le don de dopper l’ensemble des participants à cette aventure. Nous marchions
toujours sur la pente de plus en plus abrupte au milieu de la rivière qui gonflée par la pluie avait
augmenté de débit et nous déséquilibrait parfois.
L’humidité semblait avoir traversé nos chairs mais nous ne voulions pas renoncer. Nous ne sentions
plus l’extrémité de nos orteils.
Je demandais si ils pouvaient vraiment casser comme de la pierre s’ils gelaient.
La pluie avait cessé mais le froid nous faisait tous grelotter dans nos tee shirts, nos pulls, nos shorts.
Que n’aurions nous donné à cet instant pour un pull sec ou un simple anorak protecteur.
Les nuages se sont un peu dispersés et la lune est apparue.
A un moment il nous a semblé voir une maison qui pouvait être le gite, mais lorsque nous nous
sommes approchés ce n’était que des rochers rectangulaires.
Il était une heure du matin et nous continuions à monter en pataugeant dans la rivière, éclairés par
nos lampes de poche. Par moment j’entendais derrière quelques voix qui continuaient de
s’engueuler sur les thèmes récurrents.
« Qui a eu la bêtise de vouloir lancer cette virée vers le deuxième gite ? »
« Qui a dit qu’il allait faire beau ? »
« Je crois que j’ai entendu des loups. »
« Comment se fait il qu’on a perdu la visibilité du chemin sur la carte ? »
« Il paraît qu’ils ont remis en liberté des ours ».
« Et si on faisait demi tour, après tout il est peut être encore temps ? »
« J’ai faim ».
« J’ai soif ».
« Je suis tellement fatigué que je ne pourrais pas continuer ».
De fait nous étions tous épuisés. Dans les sacs plastiques nos pieds macéraient dans un jus tiède.
Même nos doigts devenaient insensibles. A un moment la fille du couple s’énervait contre son
compagnon. Le rugissement de l’orage au loin les calma. La foudre éclaira le sommet et il nous
sembla à nouveau distinguer une maison en hauteur.
- Le deuxième gite, regardez c’est par là ! s’exclama Jean Michel.
Nous reprîmes espoir. Plus personne n’osait proposer de faire demi tour. Le ciel s’emplit à nouveau
de nuages et la pluie tombe à nouveau, mais nous avions désormais une direction et un objectif.
Nous y arrivâmes dans l’obscurité totale et sous la pluie aux alentours de deux heures du matin. La
porte était ouverte, nous franchîmes le seuil comme si nous venions de terminer un marathon.

Epuisés.
Nous effondrâmes dans l’entrée. On referma vite la porte pour ne plus entendre la pluie et le vent.
Puis nous avons rapidement enlevés nos chaussures pour découvrir nos pieds devenus pales remplis
d’ampoules, vêtements mouillés et nous avons allumé un réchaud pour avoir un peu de chaleur et de
lumière. Nous sommes mis en slip et nous nous sommes enfoncés dans nos sacs de couchage,
unique morceau de tissu secs.
On voulait manger mais il n’y avait aucune nourriture laissée par nos prédécesseurs, seulement
quelques assiettes et fourchettes en plastique sales dans l’évier. Pas d’électricité, pas de source de
chaleur, mais au moins nous étions au sec. Nous avons partagé nos barres chocolatées ou nos chips
mouillées.
- Et bien nous n’avons plus qu’à nous reposer, dit Jean-Michel qui s’affirmait comme le chef du
groupe.
Nous avons attendu le sommeil réparateur. Le couple à côté s’embrassait. Je me suis blotti, serré, en
position fœtale dans mon sac de couchage, j’ai fermé les yeux et je me suis endormi très vite.
Je commençais à faire un rêve ou je faisais de l’alpinisme avec du bon matériel, anorak, chaussure
épaisses étanches, piolet, lampe de poche puissante, gros pull sec, chaussettes épaisses, bonnet,
réserves de nourriture dans mon sac à dos.
Je rêvais et puis soudain j’ai été réveillé par un toux très forte. Nous avons rallumé nos lampes et
l'insuffisance respiratoire de Geneviève ne faisait qu’augmenter.
J’ai regardé ma montre il était trois heures du matin. Je n’avais dormi qu’une heure.
Geneviève étouffait.
- Je l’ai déjà vu comme ça. Elle est en train de faire une crise d’asthme à cause de l’attitude ! dit son
compagnon.
Nous nous regardâmes inquiets.
- Bernard tu es secouriste il faut faire quoi ?
Alors avec d’énormes difficultés j’ai prononcé la phrase :
- Il faut la redescendre.
Dehors la pluie continuait de tomber. On entendait le vent. Les autres m’ont regardé dubitatifs. Les
sifflements respiratoires de Geneviève devenaient de pire en pire. Sa cage thoracique cherchait
désespérement l'air.
- Et on procède comment pour la redescendre?
- Hé bien il faudrait bricoler avec les morceaux de bois qu’il y a ici une sorte de brancard et
rejoindre le gite en bas.
Tous me regardèrent, attérés. Nous étions encore mouillés. L’idée de quitter nos sacs de couchage et
le gite pour revenir dans le vent et le froid nous semblait terrible. Mais nous étions conscients que
nous ne pouvions pas non plus la laisser dans cet état.
- Je pense que la descente devrait plus facile que la montée ais je rajouté pour me donner
contenance et luttant contre ma bouche qui semblait refuser de prononcer ces mots..
Les spasmes d’étouffement de Geneviève devenaient de plus en plus spectaculaires. Je commençais
à me rhabiller en renfilant mes vêtements mouillés. C’est alors que Geneviève est arrivée à faire un
geste qui fut suivi d’un mot :
- Médicament.
Quel joli mot, vu que sa main était dirigée vers la poche de sac à dos je me précipitais et découvrir
un inhalateur de Ventoline que je lui transmis.
Elle prit deux bouffées et… progressivement retrouva sa respiration.
Même si j’étais prêt à redescendre en brancard et en vêtement mouillé à 3 heures du matin…
reconnaissons que cette perspective, comment dire, ne m’enchantait guère.
Le rétablissement de Geneviève fut quasi instantané. Mais il s’était passé quelque chose, nous
n’avions plus le cœur à dormir, comme si nous avions peur que le seul fait de fermer les paupières
allait entrainer une nouvelle catastrophe.
Nous grelottions et nous entendions les mâchoires de certains d’entre nous (dont les miennes qui ne
pouvaient s’empêcher de claquer).

- On n’arrivera pas à dormir, reconnut Jean-Michel.
- Qu’est ce qu’on fait ?
- On parle ? proposa une fille.
Geneviève respirait de mieux en mieux. Nous regroupâmes autour du réchaud qui produisait chaleur
et lumière.
- J’ai faim, dit une autre fille.
- Moi aussi.
- Moi j’ai froid.
Il y eut un bruit.
- Moi j’ai peur. J’ai entendu un bruit. Et s’il y avait des loups dehors ?
- Moi aussi j’ai peur, dit une fille.
- Si c’est pour dire ça on ferait mieux de se taire, dit Jean-Michel.
- Alors on parle de quoi ?
- Et si on se racontait des blagues proposa David. Qui en connais ?
Personne ne réagit.
- Moi je peux vous raconter une bonne blague qui va vous faire rire, dit David.
Tout le monde se calma, on approchait nos mains du réchaud à gaz et on écouta la blague sensée
nous faire rire dans cet instant si particulier:
- « C’est un type qui vient de passer son examen de Brevet d’étude supérieur et termine premier.
Pour le récompenser son père lui propose de lui offrir un vélo. Mais le jeune homme dit :
— Ecoute Papa, c’est très gentil, évidemment que j’ai toujours rêvé d’avoir un vélo mais si tu veux
vraiment me faire plaisir ce n’est pas cela que je voudrais, c’est autre chose de très précis.
— Quoi donc?
— Une balle de tennis jaune.
Le père s’étonne.
— Mais tu ne joues pas au tennis.
— Non.
— Et tu ne veux pas plutôt une boite de plusieurs balles de tenis?
— Non plus. Juste une balle de tennis ce sera suffisant. Mais par contre je la veux précisément de
couleur jaune.
— Et tu vas en faire quoi de cette balle jaune?
— Papa, tu m’as demandé ce que je voulais je te réponds, maintenant si cela te gêne de ne pas
comprendre le sens de ce cadeau précis, tu peux m’offrir le vélo, mais ce n’est pas vraiment ce qui
me ferait plus plaisir.
Le père étonné obtempère et offre la balle.
Quelques années plus tard, le jeune homme réussit son baccalauréat avec mention très bien. Le père
veut lui offrir une voiture. Mais le fils lui répond que même s’il sait que tous les jeunes rêvent de
cela, lui préfèrait autre chose. Une balle de tennis jaune.
— Quoi encore ça ? Mais qu’as tu fais de la première ? Et puis tu ne joues toujours pas au tennis il
me semble.
— Papa ne me pose pas de question un jour je t’expliquerais. Mais si tu veux vraiment me faire
plaisir c’est la seule chose dont j’ai vraiment envie. Une balle et une seule, de tennis, de couleur
jaune.
Le père obtempère et offre l’objet convoité.
Le fils fait des études de médecine et devient premier de sa promotion. Le père veut lui offrir un
studio pour qu’il s’installe près de son université. Mais là encore le fils dit qu’il préfère plutôt qu’un
studio, une balle de tennis jaune.
— Tu ne veux toujours pas me dire pourquoi ?
— C’est compliqué mais je te promets qu’un jour je t’expliquerai et tu comprendras.
Puis le fils se marie, le père veut lui offrir un appartement mais pour le mariage le fils dit :
- Evidemment un appartement ce serait très pratique pour moi et ma nouvelle femme, mais si tu
veux vraiment me faire plaisir je préférerais…

- ... NE ME DIS PAS "UNE BALLE DE TENNIS JAUNE" ?
- Si.
— Et tu ne joues toujours pas au tennis ? Tu ne veux pas pour changer en avoir une blanche ? Tu ne
veux pas une boite avec 6 balles jaunes ? Cela nous ferait peut être gagner du temps ?
— Non, juste une. Mais par contre il me la faut vraiment de couleur jaune cela ira.
- Il y a une raison précise pour cela ?
- Oui, mais c’est un peu gênant et compliqué. Je ne peux pas t’en parler tout de suite. Mais je te
promets, un jour je te révélerai le secret autour de cette balle de tennis jaune et je suis sur que même
si tu seras étonné tu comprendras mes choix.
Une fois de plus le père offre la balle jaune.
Et puis le fils roule avec sa femme sur une corniche de la cote, et rate le virage. La voiture tombe
dans le ravin. La femme meurt et le fils est grièvement blessé.
Le père fonce à l’hopital et le médecin lui dit que c’est très grave, et que le fils ne s’en remettra pas,
il ne passera pas la nuit, il va mourir.
Le père affolé rejoint son fils qu’il découvre enroulé dans des bandages avec des tuyaux qui le
relient à des appareils.
— Comme c’est affreux ! Mon fils !
Mais de sous les bandages une voix faible murmure.
— Papa je sais pourquoi tu es là. Demain je serai mort et tu as le droit de savoir.
— Mais ne dis pas de telles horreurs. Il faut que tu vives !
— Non, le médecin m’a dit que c’était fichu. Par contre je t’attendais pour te révéler le secret.
— Mais non mon fils cela n’a aucune importance.
— Si papa, toutes ces années où tu as voulu m’offrir un vélo, une voiture, un studio, un appartement
et à chaque fois j’ai préféré une balle de tennis jaune en fait c’est pour une raison très précise.
Approche ton oreille de ma bouche. Je vais te confier ce grand secret. En fait si je voulais une balle
de tennis jaune c’est parce que…. C’est parce que…… ……………………..Argggghhhh !
Et il meurt ».
Quand David eut fini de nous raconter cette blague il y eut un long silence. Et puis certains lui ont
sauté dessus pour lui faire des chatouilles pour le punir de nous avoir frustré.
— Salaud! Comment as tu pu nous mener en bateau comme ça. Et tout ça pour arriver à ça !
Je ne participais pas à ce défoulement post-blague. J’étais émerveillé. Durant tout le récit de David ,
il y avait eu un silence. Durant tout le récit de David non seulement nous écoutions pour nous
demander ce qu’il allait se passer mais nous… avions oublié… où nous étions et nos problèmes de
santé. Nous étions juste dans le questionnement « Mais pourquoi une balle de tennis jaune? ».
Une simple succession de mots avait réglé des problèmes organiques de froid et de faim pour
aboutir à un rire.
Une bonne histoire peut avoir une action directe sur le corps.
Voilà la vraie magie.
D’un coup ce fut une révélation : une histoire qui tient en haleine est capable de faire oublier, le
froid, l’humidité, les rancoeurs, la peur. Une histoire peut nous apaiser et au final créer un
phénomène libérateur.
Car maintenant tout le monde plaisantait riait tout en insultant David qui à mon avis méritait surtout
des félicitations. D’un coup je compris le pouvoir du suspense, bien posé dans une surenchère
progressive, il capte l’attention du cerveau et se met à occuper tout l’esprit de celui qui écoute.
David en tant que conteur de blague a été plus indispensable au bien être de notre groupe que moi
en tant que secouriste.
La blague a fait fonctionner l’imaginaire de ceux qui écoutent (durant tout le récit chacun trouve sa
solution personnelle a la raison de la préférence pour la balle de tennis jaune). Je compris que le
suspense fonctionnait sur un mécanisme de frustration. Il faut donner un peu mais pas tout afin de
créer un manque et une attente. Celui qui écoute devient comme un enfant qui attend une
récompense, il retrouve sa capacité de curiosité et d’émerveillement.
D’un coup c’était comme si je comprenais tous les conteurs qui depuis la préhistoire autour du feu

tenaient toute la tribu en haleine en racontant une chasse, une bataille, un voyage. Le pouvoir d’une
histoire avec du suspense est de détendre le groupe, de le souder, de le soigner. L’histoire connue du
groupe devient l’identité du groupe, plus que tout autre élement.
Une fois que David fut dégagé je vins vers lui et lui dit :
- Avant je racontais les histoires intuitivement, grace à ta blague de la balle de tennis jaune je viens
de comprendre qu’on peut volontairement tenir en haleine sans rien lacher pour avoir un maximum
d’attente au final. Il faut créer un désir artificiel puis le satisfaire progressivement. Si l’on donne
trop tôt aux gens ceux qu’ils veulent non seulement ils n’apprécient pas, mais ils ne voient même
pas l’intérêt de la problématique. C’est comme les pommes de terre Parmentier, les gens n’ont été
intéressés d’y gouter que parce qu’il y avait inscrit «INTERDIT».
David fronça le sourcil, lui même n’était pas conscient de son pouvoir, mais il m’avait révélé le
mien. Créer un manque, puis l’assouvir progressivement comme on ajoute de l’huile à la
mayonnaise pour qu’elle prenne. Tout étant une question de temps, il ne faut pas aller trop vite ni
trop lentement.
En rentrant je me mis à écrire une histoire dérivée de la balle de tennis jaune.
Cela s’appelait « LA CAVE ».
Dans cette nouvelle j’imaginais qu’une famille recevait en héritage une maison à Fontainebleau
avec une cave où il y avait inscrit:
« SURTOUT NE PAS FRANCHIR CETTE PORTE ».
Cela tenait un moment puis le chien passait la fente de la porte, et l’on entendait hurler puis se
taire.
Première balle de tennis jaune.
Puis le petit garçon qui aimait son chien franchissait la porte et ne remontait plus.
Deuxième balle de tennis jaune.
Puis le père disparaissait. Puis les pompiers. Puis les policiers un homme remontait fou disant « N’y
allez pas ! ».
Restait la chute, je ne voulais pas faire ARGGGH alors j’imaginais que la dernière personne la
femme descendait a son tour, nous la suivions. Dèrrière la porte il y avait un escalier qui descendait
très profondément sur plusieurs dizaines de mètre set au fond elle découvrait un laboratoire ou le
scientifique qui leur avait livré la maison s’avérait encore vivant, caché à faire des expériences sur
la communication avec une autre espèce. Les intra terrestres. Les fourmis.
Cette nouvelle fut la solution à mon problème.
Jusque là mon manuscrit n'intéressait personne dans mon entourage.
Peu de mes amis arrivaient à lire les 1500 pages jusqu'au bout. Mais avec cette histoire-locomotive
de la cave soudain ils arrivaient non seulement à lire jusqu'au bout le récit mais s'impatientaient de
découvrir à la fin ce qui était caché au fond de la cave.
Je venais de comprendre que tout bon roman, fut il de plus de 1000 pages se résume avant tout à ...
une bonne blague.
***

12 -“COMMENT J'AI DECOUVERT A 13 ANS LE YOGA". HISTOIRE REELEMENT
VECUE N°12.

12 -“COMMENT J'AI DECOUVERT A 13 ANS LE YOGA". HISTOIRE REELLEMENT VECUE
N°12.
Je me souviens.
C’était lors d’une colonie de vacances, à Hyères, un an avant le tour de la Corse en vélo (racontée
dans l'histoire numéro 06).
J’avais 13 ans, j’avais repéré un autre adolescent qui me semblait encore plus solitaire et bizarre que
moi. Ce qui m’avait surpris c’était son calme, son sourire quasi permanent, la lenteur de ses gestes
et une sorte d’attitude flegmatique et douce qui semblait le rendre inatteignable par aucun souci.
- Je ne sais pas quel est ton truc pour être aussi cool, mais je veux bien que tu me l’apprennes, lui
dis je.
- Mon truc c’est le Rajah Yoga, m’a-t-il répondu.
- C’est du Yoga ?
- Non c’est mieux que du Yoga, c’est yoga royal. Je pratique cela tous les jours. J’ai un professeur à

Paris, André Van Lysebeth, qui me donne des cours 1h le matin de 7h à 8h du matin et 1 h le soir de
18h à 19h, avant et après les cours quoi.
Cet adolescent se nommait Jacques Padovani.
- Si tu veux tu n’as qu’à lire ce livre « J’apprends le yoga » il explique déjà pas mal de choses.
- Plutôt que de le lire je préfèrerais que tu me l’apprennes en direct, est ce possible ?
- Ok mais cela démarre demain et il faut se lever tôt. 6 heures du matin.
- Pourquoi si tôt ?
- Pour assister au lever du soleil, bien sur.
Et ainsi à 6 heures alors que tout le monde dormait encore dans les tentes de notre colonie d'Hyères,
Jacques PADOVANI me montra comment il procédait. Il se mit face au soleil et après avoir effectué
quelques étirements effectua sa position du lotus. Là il restait immobile, le dos droit, les yeux
fermés. Sa respiration se fit de plus en plus lente jusqu’à devenir complètement imperceptible. A un
moment je vis un moustique qui était posé sur sa paupière et qui lui enfonçait son dard dans la fine
peau qui recouvrait son oeil.
Il n’eut même pas un frémissement.
Il se passait vraiment quelque chose d’étonnant que je ne connaissais pas et qui m’intéressait.
Enfin au bout de 20 minutes il rouvrit les yeux.
- Comment tu nommes ça ? questionnais-je.
- Disons de la méditation yogi.
- Et tu fais quoi au juste ?
- Je ralentis mon coeur, je fais le vide.
- Et après ?
- Après mon esprit quitte mon corps et vole dans l’espace.
- Comme ça ? Juste en étant immobile ?
- Et en ralentissant mon cœur, oui.
- Et une fois que tu es dans l’espace tu vas où ?
- Partout je n'ai plus aucune limite.
- Je veux faire pareil, dis-je aussitôt. Tu peux m’apprendre ?
Il commença par m’enseigner à bien respirer.
- On croit tous qu’on sait respirer mais on respire mal. Uniquement avec le haut du corps, épaule et
thorax, or la vraie respiration part du ventre et elle est plus profonde. Ensuite on accorde de
l’importance à la manière d’inspirer mais ce qui est important c’est la manière d’expirer. Plus on
vide les poumons plus on peut se détend.
Jacques Padovani m’apprit à respirer en profondeur, en décomposant une narine puis l’autre.
Les jours suivant il me montra qu’il se nettoyait le nez avec un fil qu’il passait entre les deux
narines et m’incita à mettre du citron dans mon nez pour le nettoyer plus efficacement que par le
simple mouchage.
Après m’avoir appris à respirer par le ventre, il m'expliqua comment à fixer mon attention. Il
dessina dans notre tente un rond noir au feutre sur la toile et je devais rester le plus longtemps
possible sans ciller.
Je finis par voir des flammes autour du rond noir et puis j’arrivais à oublier tout ce qui existait
autour du rond.
C’était un premier effet magique de la concentration sur le cercle.
Après la respiration et la concentration jacques Padovani m’enseigna à prendre conscience de mes

propres battements du cœur.
- Un vrai maitre yoga peut diriger les battements de son cœur pour les faire accélérer ou ralentir.
Ainsi d’une certaine manière il contrôle son horloge interne.
- On peut arrêter volontairement son cœur juste par la volonté ?
- Oui.
- Et tu sais le faire toi ?
Il hocha la tête en signe d'affirmation.
Cela m’impressionnait d’autant plus que je me rappelais de mon grand père était mort en réclamant
qu’on le laisse mourir. En maitrisant mes battements cardiaques je pouvais décider d’arrêter le
roman de ma vie, ou que je sois, même si des médecins voulaient pratiquer sur moi de
l’acharnement thérapeutique contre ma volonté. Je pouvais me suicider seul sans le moindre objet ni
produit.
La sérénité de mon ami était contagieuse, je finissais par devenir plus détendu, et plus attentif.
Il m’apprit à accomplir le maximum de gestes de la vie en pleine conscience. Cela signifiait penser
renifler les plats avant de les manger. Mâcher longtemps. Sentir l’aliment qui descend dans mon
tube digestif.
Marcher en percevant le contact du sol sous mes pieds.
Respirer en sentant l’air entrer, gonfler mes poumons et sortir par mes narines.
Fixer mon regard sur un élément du décor et analyser l’image par ses formes et ses couleurs comme
si c'était un tableau sans hiérarchiser l'importance des éléments formant ce tableau.
Ensuite il m’apprit à méditer proprement dit avec lui à 6 heures du matin face au soleil levant.
- Tu te mets en position du lotus, ou en tailleur si tu n’y arrives pas. Et tu essayes de faire le vide
dans ta tête. Au début tu seras assailli de pensées comme des nuages et puis tu imagines le vent qui
pousse ces nuages jusqu’à ce que le ciel soit entièrement dégagé.
Jacques Padovani pensait que j’étais prêt à l’expérience suivante.
- Tu ralentis encore ton cœur avec ta pensée. Puis maintenant tu sens tout ton corps devenu comme
un objet lourd et immobile. Visualise ton esprit comme un petit nuage blanc dans ton crane qui va
sortir par le sommet et tu vas pouvoir te contempler de l’extérieur. Tu y es ?
Au début cela ne marchait pas, puis cela a fini par fonctionner, ou tout du mois j'en eu l'impression.
- Oui. Enfin il me semble.
- Sors encore plus avec ton esprit de ton corps et regarde-toi comme si tu étais en face.
J’eu l’impression que cela fonctionnait. Ensuite sur ses conseils, mon esprit sortit complètement du
corps, je me regardais de l’extérieur et d’en haut. Puis je volais de plus en plus haut observant
Jacques et moi comme deux types immobiles tout en bas.
Je montais au dessus des oiseaux, des nuages, des avions, je voyais la ville d’Hyères, puis la France
d’en haut. Je rejoignais la limite entre l’atmosphère et le vide de l’espace. Je voyais la Terre d’en
haut. Et là accompagné par l’esprit de Jacques je voyageais avec mon propre esprit dans le vide
sidéral pour voir d’autres planètes et d’autres étoiles.
Après une petite promenade dans le système solaire, nous sommes rentrés.
Y suis je arrivé ? Malheureusement il n’y a pas de détecteur de décorporation, donc je ne pourrais
jamais en parler avec certitude.
Probablement j’avais tellement envie que cette magie puisse exister que je l’ai imaginée. Ce fut une
sorte rêve éveillé. Peu importe, ce fut bien agréable et cela m’apporta de nouvelles perspectives.
Ainsi j’accédais grâce à ce jeune maitre yogi de 13 ans à de nouveaux défis pour le reste de ma vie.


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