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demandaient qu'à en parler et lorsque l'occasion s'en présentait, ils ne pouvaient
plus s'arrêter 6. Le problème, c'est que les Américains ne voulaient pas entendre.
La véritable cause du silence sur l'extermination nazie, c'est la politique opportuniste
des dirigeants juifs américains et le climat politique de l'Amérique d'après-guerre.
Dans les affaires intérieures comme dans les affaires extérieures, les élites juives 7
se conformaient étroitement à la politique officielle des États-Unis. Cette attitude
facilitait en effet les buts traditionnels, l'assimilation et l'accession au pouvoir. Avec le
début de la guerre froide, les associations juives dominantes sautèrent sur le gâteau.
Les élites juives américaines "oublièrent" l'holocauste nazi parce que l'Allemagne l'Allemagne de l'Ouest depuis 1949 -- était devenue un allié crucial des États-Unis de
l'après-guerre, dans leur confrontation avec l'Union soviétique. S'appesantir sur le
passé n'avait pas la moindre utilité; en fait, cela aurait compliqué les choses.
Avec quelques réserves (vite abandonnées), les principales associations juives
américaines se sont rapidement alignées sur le soutien des Etats-Unis à une
remilitarisation de l'Allemagne à peine dénazifiée. Le Comité juif américain (AJC),
craignant qu'"une opposition organisée des juifs américains à la nouvelle politique
étrangère et à la nouvelle approche stratégique les isole aux yeux de la majorité nonjuive et mette en danger leurs succès d'après-guerre sur la scène intérieure", fut le
premier à prêcher les vertus du réalignement. Le Congrès juif mondial pro-sioniste et
sa filiale américaine abandonnèrent leur opposition après la signature des accords
avec l'Allemagne sur les compensations financières, au début des années 1950,
tandis que la Ligue contre la diffamation, première des grandes associations juives,
envoyait une délégation officielle en Allemagne en 1954. Toutes ensemble, ces
associations collaborèrent avec le gouvernement de Bonn pour contenir le sentiment
populaire juif de "la vague anti-allemande 8".
La solution finale était tabou pour les élites juives américaines pour une autre raison
encore. Les juifs de gauche, qui étaient hostiles à l'alliance avec l'Allemagne contre
l'Union soviétique, dans le cadre de la guerre froide, rabâchaient sans cesse leur
désaccord. Les références à l'holocauste nazi étaient perçues comme une attitude
communiste. Prisonniers du préjugé qui faisaient des juifs des hommes de gauche
en fait, les juifs représentent un tiers des voix qui se sont portées sur le candidat
progressiste Henry Wallace aux élections présidentielles de 1948 les élites juives
américaines n'avaient pas honte de sacrifier leurs camarades juifs sur l'autel de l'anticommunisme. Le comité juif américain et l'ADL collaborèrent activement à la chasse
aux sorcières de l'époque mac-carthyste en ouvrant leurs registres aux organes
gouvernementaux. L'AJC approuva la condamnation à mort des Rosenberg et sa
publication mensuelle, Commentary, affirma dans un éditorial qu'ils n'étaient pas
vraiment juifs.
Redoutant d'être perçues comme trop proches des mouvements de gauche eux
Etats-Unis et à l'étranger, les associations juives dominantes s'opposèrent à la
coopération avec les sociaux-démocrates allemands anti-nazis ainsi qu'au boycott
des usines allemandes et des manifestations publiques contre les ex-nazis qui
faisaient des tournées aux Etats-Unis. D'un autre côté, le pasteur protestant Martin
Niemoller, un opposant allemand de premier plan, qui avait passé huit ans dans les
camps de concentration---nazis et menait désormais une croisade anti-communiste,
subit les insultes des dirigeants juifs américains. Désireux de promouvoir leurs lettres