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Titre: Psychoéducation : définition, historique, intérêt et limites
Auteur: Charles Bonsack

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Annales Me´dico-Psychologiques 173 (2015) 79–84

Disponible en ligne sur

ScienceDirect
www.sciencedirect.com

Communication

Psychoe´ducation : de´finition, historique, inte´reˆt et limites
Psychoeducation: Definition, history, interest and limits
Charles Bonsack a,*, Shyhrete Rexhaj a,b, Je´roˆme Favrod a,b
a
b

Service de psychiatrie communautaire, de´partement de psychiatrie du CHUV, universite´ de Lausanne, site de Cery, Bat des Ce`dres, 1008 Prilly, Suisse
Institut et haute e´cole de la sante´, La Source, university of applied sciences and arts of western Switzerland, Lausanne, Suisse

I N F O A R T I C L E

R E´ S U M E´

Historique de l’article :
Disponible sur Internet le 12 janvier 2015

La psychoe´ducation peut eˆtre de´finie comme une intervention didactique et psychothe´rapeutique
syste´matique qui vise a` informer les patients et leurs proches sur le trouble psychiatrique et a`
promouvoir les capacite´s pour y faire face. Ce n’est pas seulement une transmission d’information, mais
aussi une me´thode pe´dagogique adapte´e aux troubles ayant pour but une clarification de l’identite´, une
appropriation du pouvoir et une modification des attitudes et des comportements. L’introduction de
l’e´ducation dans le traitement des troubles mentaux est a` l’origine du « traitement moral ». Le terme de
psychoe´ducation naıˆt initialement dans la litte´rature scientifique de la pre´occupation de surmonter les
difficulte´s d’apprentissage des enfants souffrant de proble`mes de sante´ mentale. Cette origine est
commune au terme d’e´ducation the´rapeutique, applique´ ensuite principalement pour les proble`mes de
sante´ somatique. Le terme de psychoe´ducation a ensuite e´te´ utilise´ de`s les anne´es 1980 pour qualifier la
transmission d’un savoir sur les troubles psychiatriques a` des fins the´rapeutiques, d’abord aux proches,
puis aux personnes souffrant de schizophre´nie. Depuis la fin des anne´es 1990, l’utilisation de la
psychoe´ducation a ensuite e´te´ e´tendue a` d’autres troubles psychiques comme les troubles alimentaires,
les troubles bipolaires, les attaques de panique et l’agoraphobie ou le stress post-traumatique. L’efficacite´
the´rapeutique de la psychoe´ducation familiale pour re´duire le risque de rechute et de re´admission dans
la schizophre´nie constitue une re´volution des the´rapies familiales dans les anne´es 1980. De manie`re
pole´mique, la psychoe´ducation a e´te´ critique´e comme un exercice du pouvoir du me´decin et de
l’industrie pharmaceutique pour imposer une conception de la maladie mentale. Toutefois, de`s la fin des
anne´es 1990, les patients et les proches se sont approprie´s la psychoe´ducation comme une source de
pouvoir, de savoir et de connexions sociales. En conclusion, la psychoe´ducation est une me´thode
the´rapeutique qui a de´montre´ son efficacite´ de manie`re scientifique, associe´e a` d’autres me´thodes de
traitement, notamment me´dicamenteux ou de re´habilitation psychosociale. Dans une perspective
me´dicale moderne, elle pre´ce`de et comple`te en psychiatrie les notions de « consentement e´claire´ », de
« de´cision partage´e » ou de « litte´ratie en sante´ mentale ». Les limitations sont lie´es aux risques de
transmettre des informations obsole`tes, non oriente´es vers le re´tablissement ou inapproprie´es aux
besoins, d’imposer un discours me´dical non inte´gre´, ou de viser une re´e´ducation plutoˆt qu’une
appropriation du pouvoir par la personne. De plus, des programmes spe´cifiques inde´pendants du
diagnostic devraient eˆtre de´veloppe´s pour les phases pre´coces des troubles psychiatriques.
ß 2014 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s.

Mots cle´s :
E´ducation du patient
Psychothe´rapie
Reme´diation cognitive
Schizophre´nie

A B S T R A C T

Keywords:
Patient’s therapeutical education
Psychoeducation
Psychotherapy
Schizophrenia

Psychoeducation can be defined as a systematic didactic and psychotherapeutic intervention which aims
to inform patients and relatives on a psychiatric disorder and to enable their ability to cope with the
illness. This is not only a transmission of information, but also a teaching method adjusted to the disorder
with the objectives to clarify identity, to promote empowerment and to change attitudes and behavior.
The introduction of the education in the treatment of mental disorders is at the origin of the ‘‘moral
treatment’’. The term of psychoeducation was born originally in the scientific literature to overcome

* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : charles.bonsack@chuv.ch (C. Bonsack).
http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.12.001
0003-4487/ß 2014 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s.

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problems in formal learning among children with mental health problems. This origin is common with
the term of therapeutic education, which has been then applied mainly to somatic health problems. The
term psychoeducation was then used from 1980s to describe the transmission of knowledge on
psychiatric disorders for therapeutic purposes, first to relatives, then to people suffering from
schizophrenia. Since the end of the 1990s, the use of psychoeducation was then extended to other
psychological disorders such as eating disorders, bipolar disorder, panic attacks and agoraphobia or
posttraumatic stress disorders. Therapeutic efficacy of family psychoeducation to reduce the risk of
relapse and readmission in schizophrenia was a revolution in family therapy during the 1980s. In a
polemical way, psychoeducation was criticized as a way to impose a conception of mental illness by
medical doctors and pharmaceutical industry. However, by the end of the 1990s, psychoeducation
became clearly a source of power, knowledge and social connections for patients and relatives. In
conclusion, psychoeducation has an evidence-based efficacy to prevent relapse and hospitalisation when
associated with other treatments, including medication or psychosocial rehabilitation. In a modern
medical perspective, it precedes and supplements in psychiatry the notions of ‘‘informed consent’’,
‘‘shared decision-making’’ or ‘‘mental health literacy’’. In the limitations, psychoeducation remains not
enough systemically used, some programs are not recovery compatible. Moreover, specific programs
independent from diagnosis for the early phases of psychiatric disorders should be developed.
ß 2014 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

1. De´finitions
La psychoe´ducation peut eˆtre actuellement de´finie comme une
intervention didactique et psychothe´rapeutique syste´matique qui
vise a` informer les patients et leurs proches sur le trouble
psychiatrique et a` promouvoir les capacite´s pour y faire face
[10]. Le pe´rime`tre de la psychoe´ducation varie selon les auteurs :
certains sont plus restrictifs et la limitent a` des interventions par
des professionnels pour des individus souffrant de troubles
psychiques (par ex. Goldman [15]), alors que pour d’autres, des
pairs peuvent intervenir, pour des familles et pour « faire face a` un
de´fi significatif de l’existence » [16]. Les interventions de
psychoe´ducation sont diverses et peuvent eˆtre pratique´es par
des professionnels de diffe´rentes disciplines ou par des pairs. Elles
peuvent eˆtre re´alise´es aupre`s de personnes souffrant de troubles
psychiques ou de leurs proches dans un setting individuel ou en
groupe. La pratique groupale est en ge´ne´ral privile´gie´e dans des
interventions syste´matiques, car elle permet un partage d’expe´riences et l’e´tablissement de liens entre les participants. Il ne s’agit
pas simplement d’une transmission d’information, mais aussi
d’une me´thode pe´dagogique adapte´e aux troubles, avec des
objectifs the´rapeutiques qui visent des aspects psychologiques,
une modification des attitudes et des comportements, ainsi qu’une
augmentation du soutien social [25]. L’enseignement ou la
formation se focalisent sur l’acquisition des connaissances
ne´cessaires pour comprendre et ge´rer les troubles avec l’aide
des ressources dans l’environnement. Les me´thodes d’enseignement ont pour but de surmonter les obstacles a` la compre´hension
des participants sur des sujets complexes et e´motionnels qui
portent sur le phe´nome`ne ve´cu de la personne. En ge´ne´ral, elles
favorisent l’e´change avec et entre les participants, ainsi que la mise
en pratique par des exercices ou des jeux de roˆle. La formation
s’appuie sur la part saine des individus et des proches comme des
partenaires, et contribue a` de´limiter ce qui fait partie du trouble de
ce qui est inhe´rent a` la personne. L’attention n’est pas centre´e sur le
« sujet malade » comme c’est le cas habituellement dans une
psychothe´rapie, mais fait concilier une proximite´ de partenariat
entre « sujet the´rapeute » et « sujet malade » avec une observation
distancie´e de « l’objet maladie » [19]. Les notions enseigne´es
incluent en ge´ne´ral des e´le´ments sur l’e´volution naturelle des
troubles, les traitements a` disposition, la gestion des crises, la mise
en place de limites pour les proches et la recherche de soutien
social dans la communaute´. Sur le plan psychologique, la
psychoe´ducation contribue a` la reconstruction de l’identite´, au
de´veloppement des compe´tences a` faire face, et a` l’exploration des
e´motions ge´ne´re´es par les troubles. Les re´actions des interlocuteurs face au partage d’information permettent d’ancrer les

connaissances et contribuent a` modifier les repre´sentations de
la maladie [4]. Dans le domaine des attitudes et des comportements, il s’agit de modifier les croyances et de diminuer les
ste´re´otypes sur les troubles, ainsi que la stigmatisation ou l’autostigmatisation qui en de´coule. Sur le plan des liens sociaux, la
psychoe´ducation, notamment en groupe, vise a` sortir de la solitude
et de la honte, a` de´velopper le soutien e´motionnel par les pairs et la
recherche de soutien social dans la communaute´. La capacite´ des
personnes a` de´fendre leurs droits, a` obtenir des informations sur
leur traitement et a` ne´gocier avec les intervenants professionnels
est e´galement entraıˆne´e. Dans une perspective plus large, la
psychoe´ducation s’inscrit dans l’augmentation du pouvoir du
soigne´ face au soignant et de son droit a` obtenir l’information dont
il a besoin pour ge´rer sa sante´ de manie`re autonome. L’approche
psychoe´ducative, au service des be´ne´ficiaires, met ainsi l’accent
sur l’inte´gration des diffe´rentes notions en fonction de leurs
propres besoins.
2. Historique
La question de l’e´ducation dans les troubles mentaux pre´ce`de la
naissance de la psychiatrie. « Aledendis et educandis pauberibus »
[Nourriture et e´ducation des pauvres] constitue la devise de la
cre´ation de l’Hoˆpital ge´ne´ral en 1656, anceˆtre des asiles
psychiatriques [27]). L’e´ducation ou la re´e´ducation sont d’abord
un mode de gestion des alie´ne´s et ne sont pas conside´re´es comme
des traitements. L’introduction de l’e´ducation dans le champ
the´rapeutique apparaıˆt ne´anmoins de`s le Traite´ me´dico-philosophique sur l’alie´nation mentale ou la manie [26], ou` Philippe Pinel
s’oppose a` une re´e´ducation indiffe´rencie´e et punitive des alie´ne´s :
« Les alie´ne´s sont loin d’eˆtre des coupables qu’il faut punir » (p.
202). Au contraire, il sugge`re d’observer d’abord les alie´ne´s de la
manie`re la plus naturelle possible afin de de´couvrir comment
entrer spe´cifiquement en dialogue et en relation avec eux. Sur le
plan the´rapeutique, meˆme si elle peut comporter des e´le´ments
« aussi brefs que possible » de contrainte tels que le gilet de force ou
les douches froides, sa strate´gie est surtout e´ducative et base´e sur
le dialogue. Il nomme cette strate´gie d’e´ducation individualise´e
« traitement moral » : « traitement » pour sortir de la logique de
punition en usage dans d’autres e´tablissements, « moral » afin de
l’opposer aux formes somatiques traditionnelles de traitement
me´dical comme les se´datifs ou les saigne´es dont il re´prouve
l’usage.
« Un homme [. . .] croit eˆtre roi. Il avait subi le traitement
ordinaire a` l’Hoˆtel-Dieu, ou` les coups et les actes de violence de la
part des gens de service n’avoient fait que le rendre plus emporte´ et
plus dangereux. [. . .]. Il fallut attendre une circonstance favorable

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[une lettre] pour avoir prise sur un caracte`re aussi difficile [. . .]. Le
surveillant [. . .] en prenant le ton de la bienveillance et de l’amitie´
[. . .] lui fait voir le ridicule de ses pre´tentions exage´re´es [. . .]. Le
maniaque se sent d’abord e´branle´, bientoˆt il met en doute sont titre
de souverain, enfin il parvient a` reconnaıˆtre ses e´carts
chime´riques » (p. 256).
Le terme de psychoe´ducation apparaıˆt dans les anne´es
1970 dans la litte´rature scientifique avec pour pre´occupation de
surmonter les difficulte´s d’apprentissage d’enfants souffrant de
proble`mes de sante´ mentale [24]. Dans cet article, les auteurs
pre´sentent un programme psychoe´ducatif individualise´ pour
surmonter les difficulte´s d’apprentissage formel des enfants,
notamment en diffe´renciant les troubles d’apprentissage dus a`
des de´ficits de´veloppementaux ou a` des conflits intrapsychiques.
Cette origine est commune au terme d’e´ducation the´rapeutique,
applique´ aux enfants, puis aux adultes souffrant de proble`mes de
sante´ somatique [3].
Le terme de psychoe´ducation commence a` eˆtre utilise´ dans son
sens actuel dans les anne´es 1980, d’abord dans la conception d’un
« kit de survie » pour les familles de personnes souffrant de
schizophre´nie [1]. Le terme psychoe´ducatif est utilise´ pour
diffe´rencier une approche centre´e sur le partage d’information
avec les familles et la reconnaissance d’un trouble psychiatrique,
en l’opposant aux the´rapies familiales syste´miques en vogue a`
l’e´poque qui conside´raient la schizophre´nie comme le symptoˆme
d’un dysfonctionnement familial [18].
« Notre approche familiale a e´te´ conc¸ue comme une strate´gie
e´ducative et de management destine´e a` abaisser le climat
e´motionnel du foyer tout en maintenant des attentes raisonnables
vis-a`-vis de la performance du patient. Comme les proches nous
l’ont fre´quemment indique´, cette strate´gie ne devrait pas eˆtre
formellement nomme´e comme ‘‘the´rapie familiale’’. Au contraire,
graˆce a` [cette approche], les membres de la famille deviennent des
allie´s dans le processus de traitement. Les tentatives traditionnelles [. . .] de promouvoir l’insight ou la modification directe des
syste`mes familiaux [. . .] devraient eˆtre e´vite´es » (p. 634).
Dans cette conception originelle de la psychoe´ducation, les
dimensions e´ducatives, comportementales et de partage de pouvoir
dans une alliance partenariale sont clairement de´ja` pre´sentes. La
de´monstration de l’efficacite´ de la « psychoe´ducation familiale » pour
pre´venir les rechutes et les re´admissions par la meˆme e´quipe va
re´volutionner les approches familiales et ancrer l’usage du terme de
psychoe´ducation dans son acception actuelle. Cette e´tude partait du
constat que 30 a` 40 % des rechutes observe´es un an apre`s la sortie de
l’hoˆpital n’e´taient pas explique´es par une absence de l’observance
me´dicamenteuse. Les auteurs soulignaient la difficulte´ des patients a`
percevoir, traiter et re´pondre a` des stimuli complexes, en particulier
e´motionnels. Dans les familles a` « haut degre´ d’e´motion exprime´e »,
ils faisaient l’hypothe`se qu’une e´ducation formelle concernant la
maladie et sa gestion pourrait changer une vision tronque´e du
patient comme e´tant sans espoir ou oppositionnel et ainsi re´duire les
critiques, l’hostilite´ ou l’implication e´motionnelle.
« Nous avons fait le raisonnement que si les demandes de
l’environnement ou les de´ficits sous-jacents e´taient suffisamment
se´ve`res, alors ces facteurs ope´rant seuls ou plus vraisemblablement ensemble pourraient repre´senter une cause suffisante pour
une rechute schizophre´nique – meˆme lorsque la prise d’un
traitement antipsychotique e´tait assure´e » (p. 634).
Cet essai clinique constitue l’une des premie`res e´tudes
de´montrant de manie`re scientifique l’efficacite´ d’une approche
non me´dicamenteuse dans le traitement de la schizophre´nie.
La psychoe´ducation s’adressant aux personnes souffrant de
schizophre´nie apparaıˆt a` la fin des anne´es quatre-vingts, conjointement a` des tentatives de de´finir plus pre´cise´ment le concept.
Goldmann [15] rele`ve en effet le flou de l’utilisation du terme qui se
re´fe`re a` diffe´rentes techniques applique´es a` la fois aux patients et a`

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leurs familles. Il souligne que toutes les formes de traitement
psychiatrique et psychothe´rapique incluent une composante
e´ducative, qui, meˆme lorsqu’elle n’est pas nomme´e, a des effets
positifs sur les symptoˆmes ou sur l’observance du traitement et son
efficacite´. En se focalisant sur la maıˆtrise cognitive plutoˆt que sur
l’expe´rience affective, la psychoe´ducation serait ne´anmoins plus
limitative que la psychothe´rapie. Afin de clarifier le concept, il
propose une de´finition restrictive : « un processus de formation
d’une personne souffrant d’un trouble psychiatrique dans des
domaines qui visent le traitement et la re´adaptation, comme par
exemple le fait de favoriser l’acceptation de la maladie, de
promouvoir la coope´ration active au traitement et a` la re´adaptation, de de´velopper les capacite´s qui permettent de
compenser les de´ficits cause´s par le trouble. » Il ne sera pas suivi
dans son souhait d’exclure de la de´finition l’e´ducation sur la
maladie donne´e aux familles, ainsi que la formation donne´e aux
patients par d’autres patients dans des groupes d’entraide. Depuis
la fin des anne´es 1990, l’utilisation de la psychoe´ducation a ensuite
e´te´ e´tendue a` d’autres troubles psychiques tels que les troubles
alimentaires, les troubles bipolaires [14,21], les troubles de la
personnalite´ borderline, les attaques de panique et l’agoraphobie
ou le stress post-traumatique. Les proches des patients s’approprient e´galement la psychoe´ducation comme source de changement dans leur existence et leur capacite´ effective a` pre´venir les
troubles chez leur proche malade [32]. Depuis les anne´es 2000, la
psychoe´ducation est influence´e par le concept de re´tablissement,
qui rede´finit les objectifs et le de´roulement de certains programmes psychoe´ducatifs destine´s aux patients [22]. Le mode`le de
re´tablissement (« recovery model ») a e´te´ de´veloppe´ pour mieux
rendre compte de l’expe´rience des personnes re´tablies d’un trouble
psychique que le mode`le biome´dical. Il envisage la gue´rison
comme un processus plutoˆt que comme un re´sultat, comme une
« cicatrisation » plutoˆt qu’une « cure », et a pour objectif la
re´alisation d’une vie riche et pleine plutoˆt que la disparition des
symptoˆmes [2]. Dans une perspective de re´tablissement, la
psychoe´ducation transmet un savoir oriente´ vers l’espoir, contribue a` inte´grer l’identite´ bouleverse´e par la maladie, modifie les
attitudes et les comportements vis-a`-vis des personnes malades,
favorise l’appropriation du pouvoir par la personne et ses proches,
et renforce leurs liens sociaux. De plus, le mode`le du re´tablissement sugge`re que l’intervention de psychoe´ducation doit eˆtre
adapte´e selon la phase de re´tablissement [13]. En phase de
moratoire, les personnes sont bouleverse´es par ce qui leur arrive,
nient le fait de souffrir d’un trouble psychiatrique et ne peuvent
acque´rir que peu d’informations sur les troubles. Dans cette phase,
la psychoe´ducation doit donc se focaliser sur l’engagement dans les
soins et la re´gulation e´motionnelle, par exemple en « normalisant »
les symptoˆmes psychotiques. En phase de conscience, les
interventions doivent de´velopper la prise de conscience des
proble`mes et des ressources et introduire de l’espoir, par exemple
avec la participation de pairs aidants dans le cadre d’un
programme de psychoe´ducation oriente´ vers le re´tablissement
[22]. En phase de pre´paration, le de´fi sera de distinguer ce qui fait
partie de la maladie et ce qui fait partie de la personne, en adoptant
des strate´gies qui permettent de changer le rapport a` l’expe´rience
des troubles comme l’entraıˆnement me´tacognitif [12]. En phase de
reconstruction, les personnes seront encourage´es a` e´tendre leurs
acquis dans des situations sociales naturelles dans la communaute´
et a` s’autonomiser des structures de soins.
3. Efficacite´
La plupart des comite´s d’experts sur les traitements psychologiques de la schizophre´nie recommandent la psychoe´ducation
comme un traitement base´ sur des preuves scientifiques [8]. Les
me´ta-analyses re´centes mettent en e´vidence l’efficacite´ de la

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psychoe´ducation familiale dans plusieurs domaines de sante´
mentale [20]. Pour la schizophre´nie, la plupart des me´ta-analyses
parviennent a` des conclusions similaires [23,30] : la psychoe´ducation familiale est une intervention clinique pour la schizophre´nie
solidement base´e sur des preuves scientifiques et efficace pour
re´duire les rechutes et les hospitalisations, et ame´liorer plusieurs
aspects de fonctionnement lorsqu’elle est associe´e a` une me´dication efficace. Les effets de la psychoe´ducation semblent comparables pour les troubles bipolaires [14]. Selon les e´tudes, les
interventions familiales pour la schizophre´nie devraient durer au
moins six a` neuf mois et devraient inclure un enseignement sur la
maladie, des interventions de crise, un soutien e´motionnel et un
entraıˆnement des compe´tences pour faire face [8]. Bien que le
champ de la psychoe´ducation familiale ait e´te´ e´tendu a` de
nombreux troubles, chaque programme est en ge´ne´ral spe´cifique a`
un diagnostic. Toutefois, l’expe´rience montre que l’usage des
informations, l’acquisition de compe´tences, la capacite´ a` re´soudre
les proble`mes, le soutien social et la re´duction de l’isolement social
sont des facteurs communs a` toutes les interventions de
psychoe´ducation familiale. En effet, quels que soient les diagnostics, les troubles psychiques impliquent des expe´riences
communes telles qu’une perturbation familiale et personnelle ;
un changement des roˆles familiaux ; une modification des
possibilite´s et des attentes, des relations et des roˆles sociaux ;
une pression e´conomique ; des de´fis pour naviguer dans le syste`me
de sante´ mentale et les traitements ; un isolement social et de la
stigmatisation [9].
Pour la psychoe´ducation centre´e sur le patient, les e´tudes sont
moins nombreuses. Les revues re´centes de litte´rature [30]
indiquent : que la psychoe´ducation dans la schizophre´nie est
devenue courante et montre des re´sultats comparables a` ceux
obtenus dans des cadres expe´rimentaux ; que des interventions
psychoe´ducatives bre`ves peuvent avoir des effets a` long terme sur
les rechutes et le taux de re´hospitalisation ; et que plusieurs
diagnostics peuvent se combiner dans des formats psychoe´ducatifs
pre´coces et brefs, destine´s e´galement a` des services desservant des
populations trop petites pour offrir des programmes spe´cialise´s. Les
connaissances sur la maladie et les traitements semblent mieux
acquises, et l’alliance the´rapeutique renforce´e [31]. Des programmes
psychoe´ducatifs pour les familles et les patients ont aussi e´te´
de´veloppe´s, anime´s par des pairs, inte´grant des e´le´ments de
sensibilite´ culturelle, le point de vue des patients, des aspects de
qualite´ de vie ou de la sexualite´. Les effets sur les rechutes et les
re´hospitalisations sont augmente´s lorsque les patients et les familles
participent tous deux. Enfin, meˆme si l’aspect the´rapeutique de la
psychoe´ducation reste au premier plan dans les re´sultats recherche´s
(diminution des re´admissions et des rechutes), les autres aspects de
la psychoe´ducation telles l’appropriation du pouvoir, les de´cisions
partage´es, la reconstruction de l’identite´, la diffe´rentiation entre les
parties saines et malades de la personne et la possibilite´ d’e´changes
entre pairs apparaissent des e´le´ments plus importants aux yeux des
patients et de leurs proches.

4. Conclusion
La psychoe´ducation ne se substitue pas aux psychothe´rapies et
s’ajoute a` d’autres formes de traitement tels les me´dicaments ou la
re´habilitation psychosociale pour eˆtre efficace. De`s l’origine, ce
mode d’intervention a modifie´ le rapport entre les soignants, les
patients et les proches pour en faire des partenaires dans le
traitement et pour augmenter leur pouvoir d’agir [7]. Contrairement a` d’autres formes de psychothe´rapie, la psychoe´ducation se
focalise sur « l’objet maladie » et ses conse´quences, tout en aidant la
personne ou ses proches a` la distinguer du « sujet malade » et a` faire
des liens avec leur expe´rience personnelle. Pratique´e en groupe,

elle permet de sortir de la solitude, normalise l’expe´rience de la
maladie et facilite les e´changes entre pairs, ainsi que la recherche
de soutien social. La psychoe´ducation pre´sente ne´anmoins
quelques limitations.
Premie`rement, la psychoe´ducation n’est pas accessible syste´matiquement aux patients et aux familles. Elle suppose le partage
pre´alable d’informations sur le diagnostic entre the´rapeute, patient
et proches [6]. Malgre´ la simplicite´ apparente de ses interventions,
elle ne´cessite une formation et peut rester complexe a` mettre en
œuvre de manie`re fiable. De plus, certains mode`les the´rapeutiques
sont hostiles a` l’inte´grer, de´nonc¸ant le « re´ductionnisme » d’une
telle approche, ou craignent que l’interaction avec des proches ne
nuise aux inte´reˆts de la personne malade [17]. La complexite´ des
troubles psychiatriques ou le contenu (des de´lires par exemple)
refle`tent l’identite´ de la personne, ses convictions, sa manie`re
d’eˆtre, mais la forme et la conse´quence de la maladie ne´cessitent de
constamment diffe´rencier les deux niveaux. Mal utilise´e et mal
comprise, la psychoe´ducation peut amener a` re´duire le sujet a` un
objet malade. Enfin, dans les rapports de pouvoir, la psychoe´ducation a pu apparaıˆtre parfois comme un exercice du pouvoir du
me´decin et de l’industrie pharmaceutique pour imposer une
conception de la maladie mentale.
Deuxie`mement, la psychoe´ducation n’a jamais e´te´ conc¸ue
comme une the´rapie en soi mais plutoˆt comme une adjonction a`
d’autres the´rapies, comme le traitement me´dicamenteux, l’entraıˆnement des compe´tences ou la psychothe´rapie. La combinaison
habituelle avec d’autres ingre´dients tels que l’enseignement
d’habilete´s de communication et de re´solution de proble`mes ne
permet pas de savoir quelle est la contribution spe´cifique de celleci sur le pronostic des patients [12].
Troisie`mement, les buts et les re´sultats attendus de la
psychoe´ducation se sont modifie´s au cours du temps et le contenu
de certains programmes continue a` ve´hiculer des notions
incompatibles avec une perspective de re´tablissement, telles que
la « chronicite´ », l’incapacite´ a` jouer un roˆle social ou la ne´cessite´
d’une me´dication a` vie. En effet, bien que les e´tudes aient montre´
que les aspects dysfonctionnels des familles tendent a` se
de´velopper en conse´quence du trouble mental plutoˆt que de le
pre´ce´der [29], les interventions de psychoe´ducation ont essentiellement e´te´ conc¸ues pour des phases tardives de l’e´volution des
troubles. Les programmes de psychoe´ducation devraient eˆtre
adapte´s aux besoins des patients [33], dans une phase plus pre´coce
des troubles [5,11] et dans une perspective de re´tablissement,
c’est-a`-dire ve´hiculer l’espoir, favoriser l’appropriation du pouvoir
par les personnes atteintes de troubles psychiques et leurs familles,
faciliter les connexions et l’acquisition d’un roˆle social, et
contribuer a` la reconstruction de l’identite´ bouleverse´e par la
maladie [13]. De plus, des interventions bre`ves inde´pendantes du
diagnostic ne sont pas encore suffisamment de´veloppe´es pour
s’ajuster aux besoins des phases pre´coces des troubles [28].
Enfin, la psychoe´ducation rejoint d’autres pre´occupations
actuelles qui de´passent le cadre de la sante´ mentale. Les notions
de « consentement e´claire´ », de « de´cisions partage´es », notamment,
supposent une part e´ducative importante dans le partage d’informations avec le patient et un partage du savoir et du pouvoir entre le
soignant et le soigne´. Le concept de « litte´ratie en sante´ mentale »,
touche, quant a` lui, les connaissances ne´cessaires au public pour
de´passer les ste´re´otypes et la stigmatisation. Cette e´volution montre
que les patients et leurs proches se sont approprie´ la psychoe´ducation au-dela` du champ the´rapeutique comme une source de savoir,
de pouvoir et de lutte pour leur existence sociale.
ˆ ts
De´claration d’inte´re
Les auteurs de´clarent ne pas avoir de conflits d’inte´reˆts en
relation avec cet article.

C. Bonsack et al. / Annales Me´dico-Psychologiques 173 (2015) 79–84

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Discussion
Dr Paul Houillon.– Je tiens a` remercier le Pr Bonsack pour la
synthe`se qu’il vient de nous pre´senter sur l’historique et l’inte´reˆt
de la psychoe´ducation.
Ma premie`re question porte sur l’un des buts qui lui a e´te´
assigne´, a` savoir une action sur le climat e´motionnel familial.
L’e´motion partage´e (ou l’e´motion retenue) ne peut-elle pas eˆtre
ˆ r de la
aussi bien utile que nocive. Dans quel sens est-on su
mobiliser ? Comment de´terminer, sans risque de se tromper, la
meilleure position a` adopter ?
Re´ponse du Rapporteur.– Dans l’histoire de la psychoe´ducation,
cette question est fondamentale et a e´te´ largement de´battue
dans les anne´es qui ont suivi les premie`res publications sur le
sujet. Premie`rement, la psychoe´ducation prenait en effet
ouvertement le contre-pied des the´rapies familiales en vogue
dans les anne´es 1970, qui parlaient de « patient de´signe´ » et qui
attribuaient une large part des troubles a` un dysfonctionnement
familial. Le terme meˆme de « psychoe´ducation » a e´te´ choisi pour
se distinguer de la « the´rapie familiale » afin d’assurer une
meilleure collaboration des familles. Pour les auteurs, l’acquisition de compe´tences par les familles a un effet positif sur le
climat familial sans passer par un e´change e´motionnel.
Deuxie`mement, le terme « d’e´motions exprime´es » a parfois
e´te´ mal compris comme la ne´cessite´ de « contenir » les e´motions
ne´gatives. Or, la notion « d’e´motion exprime´e » consiste
seulement a` ope´rationnaliser le niveau e´motionnel observable
dans un cadre de recherche. Ce n’est donc pas le controˆle de
l’expression des e´motions qui est en jeu, mais les e´motions

elles-meˆmes, leur expression n’en e´tant que la partie mesurable
objectivement par un observateur neutre.
Dr Paul Houillon.– Ma deuxie`me question porte sur la
distinction qui a e´te´ faite entre la maladie et le patient avec son
environnement. Faire preuve d’objectivite´ vis-a`-vis de la maladie
et de singularite´ vis-a`-vis du patient, serait-ce incompatible ? N’at-on pas a` s’efforcer de « traiter » (au sens de re´soudre ou tenter de
re´soudre un proble`me) la premie`re et de soigner (veiller au bieneˆtre) le second. Ce qui est signifie´ ici, c’est sans doute aussi que la
psychoe´ducation constitue une me´thode pe´dagogique invitant le
patient a` prendre ses distances avec « la » (« sa ») maladie. Mais s’il
faut l’encourager dans ce sens, faut-il pour autant que le soignant
prenne ses distances avec le patient. . . tout en ayant toujours
pre´sent a` l’esprit que la distance ade´quate est toujours a`
rechercher, a` construire parfois et souvent a` re´tablir.
Re´ponse du Rapporteur.– Je ne pense pas que la distanciation de
la maladie implique une distance avec le patient. Comme dans
d’autres formes de the´rapie cognitivo-comportementale, le the´rapeute et le patient sont proches, dans une position de
collaboration bienveillante face a` un proble`me commun. Le
soignant est ainsi proche d’une partie saine du patient. Par ailleurs,
la psychoe´ducation s’ajoute a` d’autres formes de the´rapies qui
peuvent mieux valoriser la singularite´ de la personne. La
psychoe´ducation aide a` faire le tri entre la maladie et l’identite´
singulie`re de la personne. Les patients ou les familles en
psychoe´ducation commencent souvent par constater avec soulagement qu’ils ne sont pas tout seuls a` vivre les meˆmes difficulte´s.

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Ensuite, ils diffe´rencient beaucoup plus clairement leur manie`re
originale de re´agir et peuvent en de´battre entre pairs ou la
« soigner » dans le cadre d’une the´rapie individuelle. Les proble`mes
existent ne´anmoins lorsque la psychoe´ducation est utilise´e de
manie`re de´fensive et qu’au contraire, la personne est identifie´e ou
s’identifie a` la maladie. Elle devient alors un objet a` re´parer et non
plus un eˆtre humain a` part entie`re.
DOI de l’article original :
http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.12.001
0003-4487/
http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.12.002

Mme Dominique Willard.– L’e´tude de Hogartz en 2002 montrait
une nette ame´lioration quand on propose l’ETP au patient et un
programme ETP pour les familles dans le cas de la schizophre´nie.
Re´ponse du Rapporteur.– Je ne connais pas cette e´tude. En effet,
une me´ta-analyse de Lincoln et al. (2007) sugge`re que la
psychoe´ducation des patients n’est pas efficace seule et devrait
eˆtre associe´e a` une psychoe´ducation familiale.



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