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Auteur: Valentin Popesco

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Autodétermination et
décision partagée
dans les phases critiques
du rétablissement
Pratiques et contenus du
plan de crise conjoint en santé mentale

Pascale Ferrari
Pierre Lequin
Marion Milovan
Caroline Suter
Philippe Golay
Christine Besse
Mathilde Chinet
Charles Bonsack
Jérôme Favrod

Publication n°11
Décembre 2018
1

en collaboration avec
les Services de psychiatrie communautaire
et de
psychiatrie générale du DP-CHUV
et
l’Institut et Haute Ecole de Santé La Source

Autodétermination et décision partagée
dans les phases critiques du rétablissement
Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

Pascale Ferrari
Pierre Lequin
Marion Milovan
Caroline Suter
Philippe Golay
Christine Besse
Mathilde Chinet
Charles Bonsack
Jérôme Favrod

Publication N° 11 – Décembre 2018

Réseau Santé
Région Lausanne

T. 021 341 72 50

info@rsrl.ch
www.rsrl.ch

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

2

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

ETUDE DES PRATIQUES ET CONTENUS DU PLAN DE CRISE CONJOINT
En plus des soutiens du Réseau Santé Région Lausanne, des Services de psychiatrie communautaire et psychiatrie générale du Département de psychiatrie du CHUV et de l’Institut et Haute Ecole de Santé La Source,
l’étude exploratoire des pratiques et contenus du plan de crise conjoint a bénéficié d’un fonds du domaine santé
de la recherche appliquée et du développement de la HES-SO.
Etendue à un périmètre cantonal, cette étude a reçu l’approbation de la Commission cantonale d’Ethique de la
recherche sur l’être humain du canton de Vaud (2016-00768).
Elle s’est déroulée au cours de l’année 2017 et s’est terminée par une présentation orale des résultats au niveau cantonal en février 2018.

Requérante principale :

Pascale Ferrari, Infirmière spécialiste clinique & Maître d’enseignement1,2

Equipe de recherche :

Pierre Lequin, Infirmier clinicien spécialisé3 ; Marion Milovan, infirmière assistante de recherche1 ; Caroline Suter, paire-praticienne en santé mentale1 ;
Christine Besse, médecin cheffe de clinique2 ; Philippe Golay, psychologue chef
de projets de recherche2,3

Comité de pilotage :

M. Chinet (RSRL), A. Roman (SASH-filière cantonale), V. Dénériaz (CCIcP), T.
Brutto-Koller (APREMADOL), R. Philippoz (PGE), S. El-Ghanami (PGE-DPCHUV), S. Morandi (PCO-DP-CHUV)

Comité scientifique :

J. Favrod (LER SMP HEdS La Source), C. Bonsack (PCO, DP-CHUV),
P. Conus (PGE, DP-CHUV), M. Hansford (Fondation du Levant, Obs psy +), M.
Israël (GRAAP), J. Dubouchet puis A. Zinder (PMS), A. Leroy (L’Ilôt),
I. McCluskey (Re-Pairs), C. Mock (GRAAP), S. Ley (AVASAD)

Direction de projet RSRL :

P. Anhorn (RSRL), M. Chinet (RSRL), A. Birchmeier (MF Vaud), C. Bonsack
(PCO, DP-CHUV), T. Brutto Koller (APREMADOL), P. Conus (PGE, DPCHUV), S. Juilland (GPPV), J. Noël (EPSM), M. Vannotti (SVM)

Auteurs :

P. Ferrari (DP-CHUV/ HEdS La Source), P. Lequin (DP-CHUV), M. Milovan
(HEdS La Source), C Suter (HEdS La Source), P. Golay (DP-CHUV),
C. Besse (DP-CHUV), M. Chinet (RSRL), C. Bonsack (DP-CHUV), J. Favrod
(HEdS La Source)

Impressum : © RSRL
Date de publication : décembre 2018
Cette publication est disponible en format PDF en français à l’adresse suivante :
https://www.reseau-sante-region-lausanne.ch/publications-scientifiques

1
2
3

Institut et Haute Ecole de santé La Source, HES-SO
Service de psychiatrie communautaire du Département de psychiatrie du CHUV
Service de psychiatrie générale du Département de psychiatrie du CHUV

3

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

4

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

REMERCIEMENTS
Un grand nombre de personnes et d’institutions ont été impliquées de près ou de loin dans cette étude et nous
ne pourrons pas toutes les nommer, en particulier afin de garantir le critère de l’anonymat.
Nous souhaitons cependant et en premier lieu chaleureusement remercier les usagers et les professionnels qui
ont participé aux entretiens, d’une part pour la confiance qu’ils nous ont accordée, d'autre part, pour la richesse,
la diversité et la sincérité de leurs propos sur un outil et une pratique qui, bien que plutôt récents, démontre
l’importance de partager et confronter les vécus et les points de vue, pour contribuer à l’amélioration de la qualité des soins.
Notre reconnaissance s’adresse également aux institutions participantes et à leurs directions qui ont accepté de
mettre à disposition leurs données, conscientes qu’une étude exploratoire de ce type est susceptible de soulever des critiques qu’elles soient positives ou négatives d’ailleurs sur les pratiques en vigueur. Nous en profitons
pour remercier indirectement les usagers, les cliniciens et les proches qui ont, ensemble, œuvré dans une démarche de plan de crise conjoint explorant et s’exposant par là-même à une modification des rapports de force
entre soignants et soignés dans le sens du partenariat. C’est grâce à leur engagement réciproque dans la clinique du quotidien que peuvent évoluer les pratiques et que cette étude a été rendue possible.
Les organismes faîtiers des institutions socio-sanitaires du canton, de même que les associations d’usagers et
de proches ont permis d’approcher, de recruter et de sélectionner les terrains et les personnes en vue de la
concrétisation de cette étude, démontrant une fois de plus la place accordée à la recherche dans ce domaine et
nous ne pouvons que les en remercier. Anouchka Roman et Mathilde Chinet respectivement de la filière psychiatrique et du RSRL, ont contribué à la diffusion des résultats de cette étude en organisant une séance cantonale au bâtiment administratif de la Pontaise en février dernier.
Cette étude a eu la chance de pouvoir bénéficier d’un comité scientifique et d’un comité de pilotage tous deux
formés autant de professionnels de terrain que de professionnels issus du milieu académique, de disciplines
diverses et représentant tous les contextes impliqués, de même que d’usagers et de pairs praticiens, ce qui a
sans aucun doute contribué non seulement à sa rigueur scientifique, mais également à sa faisabilité et à son
déroulement dans de bonnes conditions.
L’accès aux colloques de recherche de la section de psychiatrie sociale aura été l’occasion de partager nos
questionnements et nos doutes, et aussi d’apprendre de l’expertise scientifique de professionnels externes au
projet, ce qui a favorisé une prise de recul parfois salutaire. En outre, un encadrement de qualité lors de la prise
en main et de l’utilisation du logiciel Nvivo par Benedetta Silva, assistante de recherche expérimentée de la
section, a été une ressource précieuse et inestimable pour l’équipe de recherche. Cette dernière a également
pu bénéficier de l’aide de psychologues alors en stage de master dans la section, notamment pour la saisie des
questionnaires ou encore comme ressource supplémentaire lors de la retranscription des entretiens. Il s’agit de
Virginie Détry, Hélène Beuchat et Lara Benvenuti.
Notre reconnaissance s’adresse également au DP-CHUV qui a, par son engagement, marqué son soutien à la
recherche infirmière tout en mettant à disposition du projet les compétences pluridisciplinaires transverses aux
services de psychiatrie communautaire et générale.
L’équipe de recherche souhaite adresser ses vifs remerciements au Laboratoire d’enseignement et de recherche en santé mentale et psychiatrie (LER SMP) de l’Institut et Haute Ecole de santé La Source et en particulier à Jérôme Favrod son responsable pour avoir non seulement soutenu le projet et sa valorisation et, de
surcroît offert la possibilité d’intégrer une paire praticienne au sein de l’équipe de recherche. Cela a représenté
une opportunité inattendue d’enrichir le projet par le regard d’une experte par expérience à toutes les étapes de
son déroulement, et, au surplus, une aventure humaine extraordinaire. Nous ne pouvons qu’espérer une pérennisation et une généralisation de ce genre de collaboration à l’avenir dans le domaine de recherche qui est le
nôtre.
Finalement, nous tenons à remercier les autorités politiques et sanitaires, en particulier les Services de la santé
publique et des assurances sociales et de l’hébergement, ainsi que les Réseaux Santé Vaud de leur soutien
dans l’accompagnement et le développement des suites du projet.
Nous ne saurions terminer ces remerciements sans en adresser à Joëlle-Pascale Ulrich pour sa précieuse relecture, à Jocelyne Balet, secrétaire au RSRL pour la mise en page de ce rapport et ses liens avec l’éditeur et à
Philippe Anhorn, directeur du RSRL, pour nous offrir l’opportunité de cette publication, signe renouvelé d’une
collaboration interinstitutionnelle étroite, fructueuse et durable.

5

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

6

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

PRÉFACE
Décision partagée et soins centrés sur le patient font partie du vocabulaire courant utilisé dans le milieu de la
santé depuis maintenant plusieurs décennies. La décision partagée peut être définie comme une approche où
patients et professionnels partagent les meilleures connaissances existantes au moment de devoir faire un
choix thérapeutique et où les patients sont encouragés à considérer les différentes options envisageables avant
de prendre leur décision2. La décision partagée est également une des pierres angulaires des soins centrés sur
le patient. Dans cette perspective, des soins de qualité impliquent le respect des valeurs, des préférences et
des besoins exprimés par les patients3. Si ces concepts sont relativement aisés à appréhender et à valider
théoriquement, ils s’avèrent parfois bien plus difficiles à mettre en œuvre cliniquement.
Le plan de crise conjoint présenté au fil de cette publication est un outil qui aide les patients et les professionnels à travailler ensemble à la réalisation de ces objectifs. Aux premiers, le plan de crise conjoint offre
l’opportunité de décrire de manière détaillée leur vécu des situations de crise, le sens qu’ils donnent à ces dernières et de faire entendre leur voix quant aux stratégies qu’ils souhaitent adopter ou qu’ils envisagent pour y
faire face. Aux seconds, le plan de crise conjoint permet de trouver dans et hors du champ médical les moyens
les plus appropriés pour aider les patients à y parvenir.
Actuellement, implanter largement et durablement le plan de crise conjoint amène encore à devoir relever plusieurs défis. Sur le plan clinique, la crainte avérée ou fantasmée de réactiver la crise par le simple fait d’en parler peut conduire patients et professionnels à ne pas recourir à cet outil si l’encadrement de la démarche est
insuffisant. Dans un système de santé qui préconise la rationalisation, le fait de s’attarder sur la crise qui, au
moment où on l’aborde, a déjà été résolue peut sembler contre-intuitif et représenter une perte de temps, si l’on
fait abstraction des avantages que cela peut représenter en termes d’amélioration de la qualité de vie des patients et des soins qui leur sont prodigués sur le plus long terme. Le support sur lequel est réalisé le plan de
crise conjoint, l’accès à ce dernier, sa conservation ou sa diffusion soulèvent également des questions techniques. Enfin, la place, au niveau légal, du plan de crise conjoint reste encore à définir.
Pour qui parvient à dépasser ces barrières à l’utilisation du plan de crise conjoint et accepte de s’en servir, ce
document représente un outil qui donne aux patients la possibilité d’exprimer leurs difficultés et leurs besoins
dans les moments de crise, ainsi que leurs préférences en termes de stratégies pour en sortir. Ces stratégies
intègrent généralement de manière nuancée et adaptée les propositions thérapeutiques des soignants. Pour
ceux parmi ces derniers qui osent s’y risquer, le plan de crise conjoint permet de dépasser la simple contemplation des demandes et attentes des patients pour se lancer avec eux sur le chemin du rétablissement dans un
véritable processus de décision partagée.
Stéphane Morandi
Médecin cantonal adjoint

2

Elwyn G, Edwards A, Kinnersley P, Grol R. Shared decision making and the concept of equipoise: the competences of involving patients in
healthcare choices. Br J Gen Pract. 2000;50(460):892-9
3
Barry MJ, Edgman-Levitan S. Shared decision making-The pinnacle of patient-centered care. N Engl J Med. 2012;366(9):780-81

7

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

8

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

ABRÉVIATIONS
APREMADOL

Association pour la prévention et le maintien à domicile dans l'Ouest lausannois

APROMAD

Association pour la promotion de la santé et le maintien à domicile de la Couronne lausannoise

AVASAD

Association vaudoise des soins à somicile

CCIcP

Centrale cantonale d’information et de coordination psychiatrique

CER

Commission cantonale d’éthique de la recherche sur l’être humain du canton de Vaud

CMLH

Case management de liaison hébergement

CMS

Centre médico-social

CMT

Case management de transition

DA

Directives anticipées

DP-CHUV

Département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire vaudois

DMST

Document médico-social de transmission

EPSM

Etablissement psycho-social médicalisé

GPPV

Groupement des psychiatres et psychothérapeutes vaudois

GRAAP

Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique

HEdS La Source

Institut et Haute Ecole de Santé La Source

HES-SO

Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale

LER SMP

Laboratoire d’enseignement et de recherche santé mentale et psychiatrie

MF Vaud

Médecin de famille Vaud

N

Nombre

Np

Nombre de professionnels

Nu

Nombre d’usagers

Obs Psy +

Observatoire psychiatrique « Plus »

P ou p

Professionnel

PCC

Plan de crise conjoint

PCO

Service de psychiatrie communautaire

PCPCC

Pratiques et contenus du Plan de crise conjoint

PGE

Service de psychiatrie générale

PLAFA

Placement à des fins d’assistance

PMS

Pro mente sana

PPSM

Pair praticien en santé mentale

ReViM

Reprendre sa vie en main

RESSORT

Réseau de soutien et d'orientation vers le travail

RSRL

Réseau santé Région Lausanne

SASH

Service des assurances sociales et de l’hébergement

SVM

Société Vaudoise de Médecine

U ou u

Usager

WRAP

Wellness and recovery action plan

9

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

1

RÉSUMÉ

Soutenue par un consensus éthique international, l’implantation du modèle du rétablissement, dont les principes
d’empowerment et d’autodétermination en sont constitutifs, reste un défi majeur pour les services de santé
mentale. S’appuyer sur des outils structurés et structurants aide les professionnels à mieux prendre en compte
les expertises en présence pour favoriser un processus de décisison partagée et ainsi modifier leur posture
dans le sens du partenariat. Le plan de crise conjoint (PCC) est une forme récente et validée qui permet
d’inscrire l’appropriation de la santé par le patient dans une perspective temporelle, en anticipant la survenue
d’une crise ultérieure. Contrairement aux directives anticipées, ce dernier n’a pas de valeur légale et doit nécessairement être rédigé conjointement, au minimum entre l’usager et un professionnel, voire un proche, les
rôles de chacun étant identifiés en amont. Plus synthétique, il offre l’avantage de pouvoir être rédigé dans des
phases précoces des troubles psychiatriques. Né des mouvements de self-help et d’avocacy des usagers, le
PCC est une forme de déclarations anticipées permettant à l’usager de définir ses préférences en termes de
soins et de traitements.
A l’heure actuelle, les déclarations anticipées sont relevées, dans la littérature scientifique, comme les seules
interventions ayant un impact sur le recours et le vécu de la contrainte. L’implantation de tels outils dans le canton de Vaud constitue donc un enjeu important, puisqu’il possède le taux de soins sans consentement le plus
élevé de Suisse, elle-même avec un taux relativement élevé en comparaison internationale. Selon les études, le
PCC favorise une meilleure connaissance des troubles psychiques et de leur gestion, renforce l’alliance thérapeutique, favorise une meilleure utilisation des ressources socio-sanitaires à disposition, ainsi qu’une tendance
à la baisse des coûts de prise en charge.
Dans le canton de Vaud, le PCC est encore peu connu et implanté de manière très hétérogène, bien que son
utilisation soit recommandée par la filière psychiatrique cantonale adulte. Dans le but de mieux comprendre les
obstacles à son implantation et émettre des recommandations pour la chaîne de soins, une étude exploratoire a
été conduite en 2017 avec le soutien financier de l’Unité de recherche appliquée du domaine santé de la HESSO. Elle est le fruit d’une collaboration entre la Haute Ecole de Santé La Source, le Département de psychiatrie
adulte du CHUV et le Réseau de soins de la région lausannoise.
Le but de cette étude était d’explorer quantitativement et qualitativement les contenus et les pratiques du plan
de crise conjoint au moyen d’un devis mixte, dans quatre contextes de soins°: l’hôpital, l’ambulatoire, le domicile
et l’hébergement. Elle s’est déroulée en deux étapes°: la première, rétrospective sur dossier, a porté sur
l’analyse des contenus des PCC et de leur qualité°; la seconde, à l’aide d’entretiens semi-structurés auprès
d’usagers et de professionnels, a analysé la pratique du PCC
Au total, 184 PCC ont été analysés et 24 entretiens, répartis à parts égales entre usagers et professionnels, ont
été réalisés. Les résultats de l’analyse des pratiques confirment l’utilité et la pertinence du PCC. Les usagers le
perçoivent en premier lieu comme un outil d’autogestion de la maladie et d’empowerment, qui fasse mieux entendre et respecter leurs volontés en termes de soins et de traitements. Pour les professionnels, le PCC est
davantage perçu comme un outil de prévention de rechutes qui va aider à limiter les ré-hospitalisations. Les
deux parties s’accordent sur le fait qu’il permet d’améliorer la communication sur la maladie, y compris avec les
proches, et de réduire le sentiment d’urgence en cas de crise. Il a également été identifié comme un outil favorisant l’alliance thérapeutique et étant au service de la transmission, de la continuité et de la coordination des
soins.
En ce qui concerne l’analyse des contenus, les résultats montrent l’existence de sept supports différents en
circulation, dont certains ne comprennent pas toutes les rubriques originellement constitutives du PCC. Certains
supports comportent des logos institutionnels et prescrivent le contenu. Le contenu renseigné par les usagers
est cohérent dans 98% des cas et globalement de bonne qualité. Les thématiques sur l’identification des symptômes, des facteurs déclenchants, des stratégies et personnes à contacter en cas de crise sont les plus fréquemment et les mieux documentées. Les thématiques qui se réfèrent aux aspects administratifs et contractuels (sujet, date, signature) le sont le moins, ce qui soulève plusieurs questions comme la valeur accordée au
document, l’engagement réciproque des parties et le processus de décision partagée en pratique. Quant aux
thématiques sur les soins et traitements à préférer ou à éviter, elles gagnent à être plus détaillées et mieux explicitées, en priorisant les interventions, en les justifiant et en nommant systématiquement des alternatives en
cas de refus.
Enfin, les obstacles suivants à son implantation sont le manque de sens perçu du PCC et d’appropriation de la
démarche, l’absence d’informations, de formation et de processus d’implantation, de même qu’une difficulté
d’accessiblité en cas de besoin. La rédaction du PCC est faisable dans n’importe quel contexte de soins sans
restriction diagnostique, si ce n’est la présence de troubles cognitifs, de déficience intellectuelle et de démence.
De façon générale il est recommandé que le PCC soit réalisé en post-crise, indépendamment du diagnostic et
du lieu de soins, de même que pour des usagers qui expriment des préférences en termes de soins et de trai10

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
tements ou encore qui ont expérimenté des effets secondaires majeurs aux soins et traitements. De façon plus
spécifique, il doit être recommandé dans les phases critiques du rétablissement, dans des situations complexes
et instables, nécessitant la coopération et la coordination de plusieurs professionnels et/ou un recours fréquents
aux soins aigus, en cas de difficulté d’engagement dans les soins et dans les transitions organisationnelles, soit
d’un lieu de soins à un autre ou encore d’un intervenant à un autre
Le PCC doit être uniformisé au niveau cantonal, afin d’être connu par l’ensemble des acteurs du réseau sociosanitaire et pouvoir suivre le patient dans sa trajectoire de soins.
Pour son implantation, il importe que les institutions se positionnent clairement, élaborent des directives internes et un processus qualité. La formation à l’outil semble indispensable et doit toucher les directions
d’établissements, les cadres ainsi que l’ensemble des équipes pluridisciplinaires. Pour sensibiliser rapidement
un grand nombre de cliniciens, une formation de base doit être disponible en ligne. Cependant, l’enjeu étant de
faire évoluer les pratiques et de favoriser une culture commune autour du partenariat et des décisions partagées, il faudrait compléter celle-ci par une session en présentiel axée sur l’expérimentation pratique. Afin de
renforcer les collaborations interinstitutionnelles, elle devrait être dispensée au sein des réseaux de soins du
canton de Vaud et en binôme avec des pairs-praticiens en santé mentale, voire en collaboration avec des
proches, pour garantir le respect des valeurs du rétablissement. Une plateforme web sécurisée accompagnée
d'une application mobile vont être développées en collaboration avec des ingénieurs, pour garantir
l’accessibilité du PCC et faciliter sa consultation et son application en cas de besoin.
Vu ses nombreux avantages, le plan de crise conjoint doit être promu dans une perspective cantonale et de
santé publique. Dans la continuité de cette étude, un projet de développement et d’implantation efficiente dans
le canton, le projet ProPCC a d’ores et déjà été déposé par les réseaux de soins du canton auprès de Promotion santé suisse, dans le cadre d’un appel à projet visant la prévention dans les soins. Ce projet, soutenu par
les associations d’usagers, de proches, de pairs-praticiens et par la santé publique, a passé toutes les étapes
de sélection au niveau national et obtenu un financement pour son déploiement sur deux ans, soit de 2019 à
2020.
Ce n’est qu’une fois le PCC intégré à la pratique du quotidien qu’une étude randomisée et multi-sites pourra
être conduite à plus large échelle dans notre contexte, afin d’en mesurer les impacts aussi bien en termes de
contraintes et de ré-hospitalisations qu’en termes économiques, pour déjouer les biais principaux relevés dans
la littérature scientifique. Les résultats qualitatifs de notre étude resteront à confirmer dans un dispositif de plus
grande envergure afin d’en permettre une généralisation. Il importera d’y intégrer également d’autres mesures
qualitatives centrées aussi bien sur le processus de rétablissement et la qualité de vie des usagers, que sur
ceux de la décision partagée et de la continuité des soins.

11

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

TABLE DES MATIÈRES
1

Résumé.............................................................................................................................................10

2

Introduction......................................................................................................................................15

3
3.1
3.2

Déclarations anticipées ..................................................................................................................16
Directives anticipées .........................................................................................................................16
Plan de crise conjoint (PCC) .............................................................................................................16

4

Etat des lieux des connaissances sur le plan de crise conjoint ................................................17

5

Contexte local et problématique ....................................................................................................18

6

Etude PCPCC : Questions de recherche et objectifs ..................................................................19

7
7.1
7.2
7.3
7.4
7.5
7.6
7.7

Méthodologie ...................................................................................................................................20
Design de l’étude ...............................................................................................................................20
Recrutement ......................................................................................................................................20
Echantillon .........................................................................................................................................21
Phase 1 : Récolte de données retrospectives sur dossier (contenus PCC) .....................................21
Phase 2 : Récolte de données par entretiens et questionnaires ......................................................21
Analyses des données ......................................................................................................................22
Considérations éthiques ....................................................................................................................23

8
8.1

Résultats ..........................................................................................................................................24
Phase 1 : Résultats partie rétrospective sur dossier .........................................................................24
8.1.1
Profil sociodémographique des patients dont le PCC a été inclus dans l’étude .............. 24
8.1.2
Profils cliniques et légaux des usagers avec un PCC inclus dans l’étude ....................... 24
8.1.3
Contenus des PCC ........................................................................................................... 25
Phase 2 : Résultats issus des entretiens ..........................................................................................40
8.2.1
Profil des usagers ............................................................................................................. 40
8.2.2
Profil des professionnels ................................................................................................... 40
8.2.3
Contenus des entretiens ................................................................................................... 40
Phase 2 : Résultats issus des questionnaires...................................................................................55
8.3.1
Pratique du plan de crise conjoint ..................................................................................... 55
8.3.2
Prise en considération de l’expertise de l’usager dans la démarche PCC ....................... 56
8.3.3
Utilité perçue et satisfaction du PCC ................................................................................ 56
8.3.4
Directives institutionnelles et processus d’implantation .................................................... 57
Résultats de la prévalence des PCC dans les institutions/programmes ayant participé à
l’étude ................................................................................................................................................57

8.2

8.3

8.4

9
9.1
9.2

9.3
9.4

9.5

12

Discussion .......................................................................................................................................58
Définition et intérêts du PCC .............................................................................................................58
Indications et limites du PCC ............................................................................................................61
9.2.1
Population cible du PCC ................................................................................................... 61
9.2.2
Faisabilité du PCC ............................................................................................................ 62
Supports PCC....................................................................................................................................63
Contenus des PCC ............................................................................................................................64
9.4.1
Contenus administratifs .................................................................................................... 64
9.4.2
Contenus de promotion de la santé mentale .................................................................... 65
9.4.3
Contenus des soins et des traitements ............................................................................. 66
9.4.4
Contenus des mesures pratiques et sociales ................................................................... 68
Pratique du PCC ...............................................................................................................................68
9.5.1
Rédaction du PCC ............................................................................................................ 69
9.5.2
Consultation ou Application du PCC ................................................................................. 70
9.5.3
Révision du PCC ............................................................................................................... 70

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
10

Forces et limites de l’étude ............................................................................................................72

11

Conclusion et perspectives............................................................................................................74

12
Recommandations ..........................................................................................................................76
12.1 Valeurs et normes : De l’approche centrée patient au partenariat de soins .....................................76
12.1.1 Recommandation : Systématiser le recours au PCC dans les phases critiques du
rétablissement ................................................................................................................... 76
12.1.2 Recommandation : Considérer le PCC comme un outil incontournable d’aide au
processus de décision partagée et en faciliter l’appropriation par la formation ................ 76
12.2 Processus : Transformer les pratiques professionnelles par la mise en œuvre des valeurs du
rétablissement ...................................................................................................................................77
12.2.1 Recommandation : Etablir un document de références des bonnes pratiques en
matière de PCC ................................................................................................................ 77
12.2.2 Recommandation : Soutenir et accompagner l’implantation du PCC et de sa
pratique dans le réseau socio-sanitaire vaudois, dans le but de consolider la
coordination des soins ...................................................................................................... 77
12.2.3 Recommandation : Garantir l’accessibilité au PCC par l’élaboration de directives et
procédures institutionnelles et par le développement de nouvelles technologies ............ 78
12.2.4 Recommandation : Positionner le PCC comme une forme de déclarations
anticipées et en clarifier les valeurs légales et juridiques ................................................. 78
12.3 Interaction : Vers la santé personnalisée ..........................................................................................78
12.3.1 Recommandation : Développer, implanter et promouvoir un support unique et
transverse du PCC au service de la trajectoire de soins des usagers dans une
perspective de rétablissement .......................................................................................... 78
12.3.2 Recommandation : Faciliter l’appropriation de la santé mentale des usagers dans
une perspective de prévention et de promotion de la santé au service de leur
qualité de vie ..................................................................................................................... 79
13

Bibliographie....................................................................................................................................80

14
14.1
14.2
14.3
14.4
14.5
14.6
14.7
14.8
14.9
14.10
14.11

ANNEXES .........................................................................................................................................84
Guide d’entretien des professionnels – 1ère partie, entretien enregistré ...........................................84
Questionnaire des professionnels – 2e partie de l’entretien, non enregistré.....................................86
Guide d’entretien des usagers – 1ère partie, entretien enregistré......................................................88
Questionnaire des usagers – 2e partie de l’entretien, non enregistré ...............................................90
Guide d’entretien des proches – 1ère partie, entretien enregistré......................................................92
Questionnaire des proches – 2e partie de l’entretien, non enregistré ...............................................94
Questionnaire socio-démographique, clinique et légal .....................................................................96
Arborescence du codage des PCC ...................................................................................................99
Arborescence du codage des entretiens PCC ................................................................................101
Check list qualité des contenus PCC ..............................................................................................102
Plan de crise conjoint ......................................................................................................................103

13

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

14

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

2

INTRODUCTION

L’évolution des soins en santé mentale nécessite d’intégrer l’évolution des perceptions et des rôles des usagers
des services de santé mentale et de leurs proches. Les patients passifs ne sachant pas ce qui est bon pour
eux, entièrement dépendants du savoir et des décisions des professionnels de santé, sont devenus des usagers actifs de plus en plus impliqués dans leurs soins et leur rétablissement (1). Le modèle du rétablissement a
récemment inspiré la conceptualisation et l’orientation des systèmes de santé de nombreux pays industrialisés
(2, 3). Conçu à partir des témoignages de personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères, le modèle
psychologique du rétablissement occupe aujourd’hui une place grandissante dans les soins psychiatriques (4).
Si l’espoir est le catalyseur central du processus de rétablissement, la revendication du droit et du respect à
l’autodétermination en est constitutive et implique que le pouvoir de choisir, de décider et d’agir soit restauré
(5). Ce changement de paradigme nécessite la remise en question des rapports thérapeutiques entre patients
et soignants au profit d’une démarche partenariale. Cette dernière ne va cependant pas toujours de soi dans la
pratique quotidienne tant la mobilisation d’anciennes références à la chronicité sont tenaces (6, 7). En effet,
malgré un consensus international sur la nécessité d’implanter le modèle du rétablissement, son application
dans la pratique clinique reste un défi important, divers abus et « mésusages » de ce modèle étant régulièrement constatés (8).
Bien que le partenariat s’impose aujourd’hui comme un impératif éthique, que ce soit au niveau politique pour
inspirer la planification sanitaire, dans le domaine de la recherche ou dans les soins directs, il rencontre encore
de nombreux obstacles, et ce, aussi bien du côté des soignants que dans une moindre mesure du côté des
patients (7, 9, 10). Pourtant, la recherche a permis de mettre en évidence que les personnes souffrant de
troubles psychiatriques exprimaient davantage de préférence à participer à un processus de décision partagée
qu’en médecine somatique (11). Les domaines dans lesquels les usagers des services de santé mentale demandent à participer en priorité sont ceux qui concernent la médication et les hospitalisations (12). Par ailleurs,
contrairement aux idées reçues, dans la majorité des cas, les personnes souffrant de troubles psychiatriques
sévères ont les capacités de faire des choix et de prendre des décisions rationnelles, pour autant qu’elles aient
pu accéder à des informations objectives et diversifiées (13).

15

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

3

DÉCLARATIONS ANTICIPÉES

Les déclarations anticipées sont une entité générique qui regroupe divers documents et pratiques visant à défendre les droits et les intérêts des usagers. La valeur et la reconnaissance qui leur sont attribuées dépend de
la législation en vigueur des pays, voire des cantons ou Etats (14). Elles peuvent être élaborées indépendamment ou facilitées par un logiciel ou un médiateur. Elles comprennent le plus souvent les directives anticipées,
parfois également appelées contrats d’Ulysse en référence à la mythologie grecque, les représentants légaux
ou dits thérapeutiques et les plans de crise conjoints.
3.1

Directives anticipées

Pour pallier les situations temporaires d’incapacité de discernement (par exemple lors d’un épisode psychotique
aigu), les directives anticipées (DA) peuvent s’avérer d’une grande utilité (15). Au-delà des aspects pratiques,
ces dernières répondent aujourd’hui également à des exigences légales dans bon nombre de pays industrialisés. Les directives sont des documents rédigés de façon anticipée qui précisent les préférences d’un patient en
terme de soins et de traitement en cas de perte de capacité de discernement avec incapacité consécutive à
effectuer des choix de manière éclairée, qu’elle soit liée à une pathologie physique et/ou psychique, ou encore
aux situations de fin de vie (16, 17). En psychiatrie, elles contribuent à maintenir une certaine forme de contrôle
par l’usager sur son traitement en cas d’incapacité (18), de même qu’à soutenir son processus d’empowerment
et à potentiellement diminuer son sentiment de contrainte (19). Bien qu’elles soient souvent rédigées en collaboration avec un professionnel, les DA peuvent théoriquement l’être sans aucune assistance. En outre, l’usager
peut y stipuler l’existence d’un représentant thérapeutique qui sera légitimement à même, en cas d’incapacité,
de prendre des décisions pour lui.
3.2

Plan de crise conjoint (PCC)

Malgré les avantages des directives anticipées, et devant le constat de leur faible prévalence, de nouvelles
formes de déclarations anticipées ont vu le jour (20). Le Plan de crise conjoint (PCC) en est l’une des formes
les plus abouties et les mieux étudiées (14). Tout comme les DA, le PCC permet d’inscrire l’appropriation de la
santé par le patient dans une perspective temporelle en anticipant la survenue d’une crise ultérieure (21). Il se
distingue des DA en ce sens qu’il n’a pas de valeur légale, mais surtout parce qu’il implique de façon conjointe,
comme son nom l’indique et ce systématiquement, au minimum un usager et un professionnel. Le rôle de chacun des partenaires que le patient a souhaité impliquer à l’avenir afin de prévenir et gérer au mieux une éventuelle future crise, qu’ils soient proches et/ou professionnels, doit nécessairement être négocié entre les parties
au préalable.
Historiquement le PCC est apparu pour la première fois dans les années 1990 au Royaume-Uni pour répondre
à la demande des usagers des services de santé mentale d’être aidés dans le processus de son élaboration
considéré comme complexe (22). Son origine est cependant plus ancienne et est attribuable au mouvement de
self-help et d’advocacy des patients dans les années 80. C’est dans un contexte plus global de revendication
des droits que sont nées les « crisis cards » qui contenaient, outre les coordonnées des patients, celles de leurs
« avocats », à contacter en cas d’urgence, pour que ces derniers soient en mesure de défendre les droits et
intérêts de leurs clients (23). Le PCC peut donc être considéré comme une forme récente de processus de
décision partagée innovante entre patients et professionnels, qui soutient activement le processus du rétablissement (24).

16

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

4

ETAT DES LIEUX DES CONNAISSANCES
SUR LE PLAN DE CRISE CONJOINT

Bien que la première étude pilote visant à mesurer l’impact de l’introduction du PCC sur les réhospitalisations,
notamment sous contrainte, ainsi que sur les coûts de la santé, se soit révélée prometteuse (25), les études
randomisées subséquentes, multicentriques, ciblant principalement les personnes souffrant de troubles psychotiques, bipolaires et de la personnalité ayant expérimenté la contrainte, n’ont pas permis de confirmer ces résultats (26-30). Il s’en dégage toutefois une tendance à la diminution des coûts globaux de prise en charge (31).
Une étude plus récente conduite en Angleterre a mis en évidence une différence en termes d’impact économique selon l’origine ethnique des participants (32). Ce dernier est considéré comme positivement relié au fait
d’appartenir à la communauté noire. Selon diverses études épidémiologiques, la principale hypothèse explicative serait en lien avec une difficulté d’accès aux soins encore plus marquée pour cette population. Le PCC
favorise donc potentiellement l’accès aux soins et une meilleure utilisation des ressources socio-sanitaires à
disposition pour des populations migrantes, particulièrement vulnérables. Les études précitées n’ont pas non
plus permis de mettre en évidence un impact significatif sur l’évitement d’une crise ou de la diminution de certains symptômes, comme par exemple dans le cas des personnes souffrant de troubles de la personnalité de
type borderline, de diminuer les automutilations ou encore le recours à l’alcool (30).
De façon générale cependant, ce n’est pas tant l’outil PCC qui est remis en cause par les chercheurs, mais bien
plus les obstacles organisationnels à son implantation, de même que les résistances à son introduction, entre
autre le fait, pour les professionnels de se sentir menacés dans leur expertise, qui induisent des biais importants capables de modifier les résultats dans le sens d’une réduction des effets entre les groupes contrôles et
les groupes expérimentaux (26). En effet, toutes mettent en évidence la perception positive de l’outil par la
grande majorité des patients. Les bénéfices identifiés sont un renforcement du sentiment de sécurité, de meilleur contrôle sur leur santé mentale et leur vie en général, une meilleure connaissance de leurs troubles psychiques, une motivation augmentée dans la poursuite des soins et du traitement, le sentiment d’une meilleure
alliance thérapeutique et une bonne satisfaction à l’égard de l’outil en général (26-30, 33). Une étude de faisabilité dans une consultation ambulatoire du canton de Genève, la seule étude à notre connaissance terminée à ce
jour dans le monde francophone, a aussi mis en exergue les bénéfices perçus par les soignants à l’introduction
du PCC, notamment la perception d’une meilleure adhérence médicamenteuse par les patients, mais également de leur points de vue d’une meilleure alliance thérapeutique, d’une meilleure prise en compte des troubles
psychiques et de ses répercussions au quotidien, ainsi qu’une modification effective des rapports de force entre
patients et soignants (34).
Ces résultats suggèrent la nécessité et l’importance de prendre en considération le contexte d’introduction d’un
tel outil qui doit par ailleurs s’accompagner de formations et mesures organisationnelles pour augmenter son
efficience (35). C’est en tous cas ce que préconisent les études qui ont porté sur l’identification des obstacles à
l’introduction des directives anticipées alors même qu’elles relèvent du cadre légal (36, 37).

17

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

5

CONTEXTE LOCAL ET PROBLÉMATIQUE

Le PCC a été introduit dans le Département de psychiatrie du CHUV au sein du Service de psychiatrie communautaire (PCO) en 2010. L’équipe du programme d’accompagnement des sorties d’hôpital psychiatrique adulte,
intitulé Case Management de Transition (CMT), l’a établi comme outil systématique dans la préparation à la
phase de sortie de l’hôpital et de de retour dans la communauté (6), phase considérée comme particulièrement
critique en termes de rechute, de passage à l’acte suicidaire et de ré-hospitalisation précoce (38). Au départ,
l’équipe a souhaité laisser libre champ au patient pour élaborer son propre PCC, estimant qu’un outil individualisé refléterait de manière authentique les préférences et souhaits des patients en matière de soins et de traitements, de même que l’identification des signes précurseurs d’une rechute. Après plusieurs mois d’expérience
néanmoins, force a été de constater que les patients n’étaient pas pris au sérieux lorsqu’ils présentaient leur
PCC, donnant tout son sens au constat de Skuza (2012, p. 80), « ce qui est exclu par la société, y compris
après l’effondrement des murs des asiles, ce n’est pas tant le corps du fou que son expérience et sa parole »
(39). Il est alors devenu évident qu’un support validé scientifiquement devait soutenir l’expérience et la parole
des patients afin qu’ils soient entendus et reconnus. L’équipe s’est dans un premier temps inspirée du modèle
genevois précité, le seul existant à sa connaissance en français à ce moment-là. Très vite que ce feuillet de
trois pages s’est montré peu fonctionnel car trop long. Une brève recherche au sein de la littérature a permis à
l’équipe d’identifier les thématiques indispensables et les plus fréquemment rencontrées à intégrer dans le
PCC : « les soins actuels et plans de traitement », « les soins en cas de crise » (préférences et refus), « l’aide
pratique en cas de crise », « les personnes de contact », la rubrique « autre » permettant au patient d’ajouter ce
qu’il souhaite, « document à transmettre à » et « signature des personnes impliquées » (23). Travaillant avec le
modèle du rétablissement psychologique, l’équipe a souhaité introduire une rubrique qui lui paraissait essentielle mais manquante dans certains descriptifs de PCC dans la littérature, à savoir « les ressources mobilisables en cas de crise », incluant les ressources d’abord personnelles, puis celles de l’entourage et, enfin, en
dernier lieu, celles liées au système socio-sanitaire. L’outil a ensuite été expérimenté pendant une année. Les
patients ont largement contribué à son évolution : par exemple, ils ont suggéré l’utilisation de termes vulgarisés
comme « crise » plutôt que « décompensation », « manifestation du mal-être » plutôt que « symptômes », « situation de stress » plutôt que « facteur déclenchant » mettant en évidence la prédominance de la vision des
professionnels. Cette version a ensuite été introduite également dans un programme de Case management de
liaison avec l’hébergement (CMLH) en 2012, accompagnant les transitions entre l’hôpital et les Etablissement
psycho-sociaux médicalisés (EPSM) du canton. Un rapport contenant des données quantitatives aidant à une
meilleure comprhéension du phénomène de transition entre hôpital et hébergement psychiatrique du point de
vue des patients et de leurs proches a souligné les plus-values de cette intervention et permis d’élaborer des
recommandations pour la constitution de la filière psychiatrique cantonale (40). L’implantation du PCC en fait
partie, notamment parce que les usagers ont mis en avantun vécu très fort de contrainte quant à l’hébergement
institutionnel ainsi qu’une absence de considération de leur principe d’autodétermination ; de plus, c’est un outil
qui favorise la mise en réseau des professionnels et permet l’implication des proches.
Malgré les données probantes de la littérature internationale et les injonctions institutionnelles et politiques vaudoises, l’introduction de cet outil innovant semble davantage le fait d’initiatives éparses et isolées laissant supposer un certain nombre d’obstacles à son implantation qu’il y a lieu d’explorer avant de pouvoir envisager ultérieurement une étude d’impact rendant possible sa conduite dans de bonnes conditions, pour, en particulier,
afin notamment de contourner les biais préalablement cités. Or l’introduction du PCC dans la pratique clinique
et l’évaluation de ses impacts est un défi de taille en Suisse où le taux de placements forcés y est relativement
élevé en comparaison internationale (41) et a fortiori dans le canton de Vaud reconnu comme le plus prescriptif
en la matière au niveau national (42). En effet, une revue de littérature systématique et une méta-analyse datant de 2016 ont porté sur l’efficacité des interventions visant à diminuer les admissions sous contrainte en milieu psychiatrique adulte. Il en ressort que les déclarations anticipées, que ce soient des directives anticipées ou
des plans de crise conjoints, sont les seules interventions ayant un effet cliniquement et statistiquement significatif avec une réduction de près de 23% des admissions sans consentement (43).
En dépit du constat globalement positif de l’évolution des pratiques professionnelles, les barrières à
l’implantation de processus de décisions partagées et d’outils cliniques innovants permettant leur opérationnalisation sont encore nombreuses ; plusieurs études recommandent le développement de recherches visant à
mieux les comprendre et les appréhender (12, 24).

18

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

6

ETUDE PCPCC : QUESTIONS DE RECHERCHE ET OBJECTIFS

En regard de ce qui précède, voici les questions de recherche que nous avons formulées dans l’étude des pratiques et contenus du plan de crise conjoint (étude PCPCC) :
Sur les contenus PCC
 Quels sont les supports PCC en circulation ?
 Quels sont les contenus thématiques des PCC ? Comment les PCC sont-ils remplis ? Quelle en est leur
fréquence ? Leur qualité ? Sont-ils cohérents avec les problématiques et manifestations cliniques des bénéficiaires ?
Sur les pratiques du PCC
 Quelles sont les pratiques en vigueur en matière de PCC ? Qui impliquent-elles ? Dans quels contextes ?
Quel est le profil des usagers au bénéfice d’un PCC ?
 Quelles sont les compétences spécifiques requises pour l’élaboration des PCC ? Comment le PCC est-il
perçu en termes de pertinence, d’utilité et de satisfaction ? Quelles sont ses plus-values et ses limites ?
 Quelle est la fréquence d’élaboration des PCC et comment l’interpréter ? Quels sont les obstacles versus les
facteurs facilitant leur implantation ?

De ces questions découlent divers objectifs que voici :
Objectif général
L’objectif visé est une exploration qualitative et quantitative des contenus et des pratiques liées aux PCC dans
le canton de Vaud dans le but d’élaborer des recommandations en vue d’une implantation efficiente.
Objectifs spécifiques
A. Décrire et analyser les supports PCC en circulation
B. Décrire et analyser les contenus des PCC (thématiques, fréquences, qualité et clarté des informations, cohérence)
C. Mesurer et décrire la fréquence d’élaboration des PCC (lorsque c’est possible et adéquat)
D. Décrire l’intervention PCC, les compétences requises ou pré-requises et ce, tant pour les usagers et les
proches que pour les professionnels
E. Identifier la pertinence, l’utilité et la satisfaction perçue, les plus-values et limites du PCC et ce, tant pour les
usagers et les proches que pour les professionnels.
F. Evaluer la faisabilité du PCC dans différents contextes
G. Identifier les facteurs facilitant versus les obstacles à la pratique du PCC.

19

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

7

MÉTHODOLOGIE

7.1

Design de l’étude

Afin d’explorer au mieux la problématique et de répondre aux questions soulevées de l’étude, c’est une approche mixte combinant les méthodes qualitatives et quantitatives qui a été retenue ainsi qu’un design de type
séquentiel (44).
L’étude s’est en effet déroulée en deux phases successives mais interdépendantes (schéma 1).
La première a permis l’analyse des données issues des PCC récoltées rétrospectivement sur dossier, en 2016
pour les institutions ou programmes ayant une directive interne liée à la pratique du PCC et sur début 2017 pour
les autres.
La seconde phase a consisté en une passation d’entretiens et de questionnaires dès mi 2017 auprès des personnes concernées par les PCC, à savoir les professionnels, les usagers, et les proches.
Les résultats de la première phase et l’analyse d’un entretien conduit selon la méthode d’instruction au sosie
(45) ont tous deux rendu possible l’élaboration de la trame d’entretien et du questionnaire favorisant
l’exploration des pratiques du PCC (annexes 14.1 à 14.6). Cette méthode consiste en un entretien
d’explicitation d’une pratique spécifique par un expert selon l’objet d’étude, ici en l’occurrence de la pratique du
PCC, de sorte que si l’interviewé devait prendre sa place un jour, ce dernier soit capable de dupliquer cette
pratique sans que personne ne s’aperçoive du changement.
Schéma 1 - Méthodologie mixte avec design séquentiel

Récolte des
données
rétrospectives
sur dossier

SPSS/N’Vivo
Analyse

Entretien
du sosie

Phase 1

7.2

Pratiques du PCC SPSS/N’Vivo
Grilles
d’entretien et
questionnaires
données

Passation en
entretiens
(enregistrés)

Transcription
et analyse

Résultats

Contenus PCC

Phase 2

Recrutement

Au vu des buts de l’étude, notre recrutement a ciblé des terrains aptes à nous fournir un échantillonnage raisonné s’approchant au mieux d’un échantillonnage à variation maximale (46). Pour ce faire nous avons suivi la
proposition Duschene & Haegel (47) de s’appuyer sur une institution, un réseau associatif, la presse spécialisée
ou encore des programmes d’action publique lorsque les personnes ou les institutions qu’on cherche à contacter sont relativement ciblées. Cette démarche permet de les cibler aisément et garantir une variation maximale.
Les paramètres pris en considération ont été, comme préconisé dans la littérature, les caractéristiques ou les
expériences des personnes et/ou institutions invitées à participer, le milieu dans lequel elles évoluent et leurs
expériences personnelles. Pour l’étude portant sur l’analyse des pratiques et des contenus du PCC, nous avons
ciblé les terrains où les données existaient, pour garantir sa faisabilité. Etant donné l’introduction et de la pratique relativement récente du PCC, le projet d’étude a été présenté aux principaux organismes faîtiers du système socio-sanitaire psychiatrique vaudois (DP-CHUV, AVDEMS, AVOP, AVASAD, RSRL, SASH), de même
qu’auprès des associations de patients et de proches concernés par un trouble psychiatrique (GRAAP, L’Ilôt)
dans le but d’identifier les terrains participants. Cette étape a démontré cette dernière était systématisée par
endroits et embryonnaire à d’autres. Ainsi, dans la mesure du possible, tous les contextes de soins collaborant
à la filière psychiatrique adulte cantonale vaudoise devaient être représentés, de même que des programmes
spécifiques recourant au PCC s’il en existait, qu’ils aient une longue expérience de la pratique du PCC ou non,
qu’il y ait une présence de directive institutionnelle la concernant ou non. Quant aux personnes à interviewer,
elles devaient au minimum avoir expérimenté le PCC et être issues de ces divers contextes. Les critères supplémentaires en vue de la variation maximale de ces dernières étaient de souffrir de troubles psychiatriques
diversifiés pour les usagers, d’être de professions et de type différents respectivement pour les professionnels
et pour les proches.

20

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
7.3

Echantillon

Nous avions initialement projeté une taille d’échantillon de 184 PCC pour la phase 1 (récolte de données rétrospectives sur dossier), répartis dans quatre contextes de soin différents. Cette taille prenait en compte les
données disponibles ou projetés par les terrains concernés, dans le temps imparti de l’étude, afin d’obtenir suffisamment de données pour effectuer d’éventuelles comparaisons interinstitutionnelles si elles se révélaient
indiquées. Au vu de l’hétérogénéité des PCC nous n’avons finalement pas effectué de telles comparaisons.
En fin de compte, 184 PCC ont pu être récoltés et analysés, dont 100 issus du milieu hospitalier, 29 de
l’ambulatoire et 55 de l’hébergement. Ils proviennent de 11 institutions et de deux programmes de soins spécifiques répartis comme suit :
Contexte hospitalier
 1 service hospitalier
 1 programme de soins de transition à la sortie de l’hôpital
Contexte ambulatoire
 1 programme de réinsertion à l’emploi
 3 associations de soins à domicile
Contexte de l’hébergement
 3 établissements psycho-sociaux et médicaux (EPSM) avec une mission de maintien et de réhabilitation
 3 EPSM avec une mission de réduction des risques et engagement
 1 EPSM de court séjour
 1 établissement hors filière
Quant à la projection d’interviewer 32 personnes, soit 12 usagers, 12 professionnels et 8 proches, elle a dû être
revue à la baisse, aucun proche n’ayant pu être inclus dans l’étude malgré une relance via l’association cantonale. Etant un résultat en soi, les raisons seront développées dans la partie résultat. Ce sont ainsi 24 personnes
qui ont participé aux entretiens, soit les 12 usagers et les 12 professionnels initialement prévus.
7.4

Phase 1 : Récolte de données retrospectives sur dossier (contenus PCC)

Les PCC ont été récoltés rétrospectivement dans les dossiers des usagers des services/programmes ou institutions de soins inclus dans l’étude. Ils ont été transmis anonymisés à l’équipe de recherche et un numéro
d’identification leur a été attribué. Afin d’éviter certains biais, notamment permettant l’identification potentielle du
titulaire du PCC par son écriture ou de l’institution en cas de présence d’un logo, ils ont tous été retranscrits en
format Word par l’assistante de recherche avant d’être introduits de façon aléatoirement dans le logiciel en vue
de l’analyse par les deux chercheurs principaux. En outre, pour supprimer d’éventuelles données sensibles
telles que les numéros de téléphone et les noms des personnes ressources y figurant éventuellement encore,
seules les initiales et leur rôle, si elles étaient présentes, ont été retenus. Enfin, la présence de logo, la ou les
signature(s) étai(en)t relevée(s) par un X si présente(s) et l’espace laissé blanc si absente(s).
Les données cliniques, légales et sociodémographiques des usagers dont le PCC a été inclus dans l’étude ont
été récoltées via les données relevées pour les statistiques nationales de l’OFS pour le service hospitalier et le
programme de Case management de transition et anonymisées. Dans les autres contextes de soins, ces données ont été récoltées au moyen du questionnaire traduit et validé du CSSRI-EU (48) dans sa forme abrégée
(annexe 14.7), préalablement complété de façon anonyme par les thérapeutes référents des usagers concernés. En vue de garantir une homogénéité entre les données, la question du mode d’entrée dans le programme,
le suivi ou l’institution, une question y a été rajoutée.
7.5

Phase 2 : Récolte de données par entretiens et questionnaires

Les entretiens semi-directifs ont été menés par les chercheurs principaux, d’abord en binôme pour avaliser une
homogénéité dans la passation des entretiens, puis isolément sur le lieu de préférence choisi par les participants. Le premier temps des entretiens était l’entretien semi-structuré et le second la passation d’un questionnaire. L’entretien semi-structuré était basé sur une trame préalablement définie (annexes 14.1, 14.3 et 0). Il a
été enregistré après accord des participants, puis retranscrit dans son intégralité avant d’être introduit dans le
logiciel d’analyse N’Vivo. Les données du questionnaire (annexe 14.7) ont été relevées sur Excel puis introduites dans le logiciel SPSS en vue des analyses descriptives.
La trame de l’entretien comporte des questions ouvertes en vue de récolter l’expérience subjective des interviewés sans influencer leur vécu, et aussi des questions de relance plus pointues si les informations amenées
par les participants ne sont pas suffisamment précises. Cette trame d’entretien et le questionnaire, ont été conçus selon une méthode d’instrumentation mixte (49). Cette méthode a été privilégiée, étant donné la nature
exploratoire et largement descriptive de l’étude, pour limiter les biais induits par une instrumentalisation initiale
massive, suivant les indications de Miles & Hubermann (2013) (p. 73). Selon ces auteurs, si le manque de fami21

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
liarité avec le phénomène ou le milieu permet une décentration enrichissante, il engendre aussi une recherche
de terrain relativement naïve, surchargée de données, avec le risque constant de se fourvoyer et de s’égarer.
Le problème est de dépasser le superficiel ou l’anecdotique et de devenir « empiriquement » cultivé » (p. 78).
Ainsi trame d’entretien et questionnaire ont été élaborés à partir des données issues de la littérature et suite à
l’analyse de l’entretien du sosie, méthode utilisée dans le champ de l’analyse du travail, pour permettre de répondre aux questions de l’étude. Le questionnaire comporte quant à lui quelques données sociodémographiques et des questions plus précises avec réponses à choix ou cotation sur une échelle graduée. Il vise la
récolte de données quantitatives qui elles sont complétées par des questions ouvertes visant une meilleure
compréhension de la réponse des participants ou un développement de leur point de vue.
7.6

Analyses des données

Nous avons effectué des analyses descriptives pour les profils des participants, puis des analyses de contenu
par une approche hybride, inductive et déductive (sur les PCC récoltés rétrospectivement, et sur les entretiens
menés).
Les analyses statistiques descriptives des profils des participants ont été réalisées au moyen du logiciel SPSS.
Les analyses de contenus des PCC et des entretiens ont été réalisées au moyen du logiciel N’Vivo. Dans ce
cas de figure, et afin de garantir la rigueur scientifique, les données ont été soumises dans un premier temps à
un double codage. Les différences ont été discutées et comparées en vue d’affiner l’analyse en faisant appel à
une stratégie de triangulation par l’intermédiaire d’un troisième chercheur (44). Ce procédé a été répété jusqu’à
l’obtention d’une bonne fidélité inter-juge (50, 51). Celle-ci ayant été atteinte après trois répétitions de ce processus, la suite des données ayant alors été codée par un seul chercheur. Au total, ce sont 40 PCC et 10 entretiens qui auront été soumis au double codage. Pour les analyses thématiques des contenus des PCC et des
entretiens, toujours selon les principes d’instrumentation mixte, une approche hybride a été utilisée : déductive
dans un premier temps, puis inductive (52). C’est la méthode de la théorie ancrée qui a guidé cette dernière
(53). Ce second niveau d’analyse, a été re-soumis à un double codage, comparé et discuté dans une séance
de triangulation. Les nouveaux éléments émergeants ont alors été amalgamés et organisés par ordre
d’importance selon leur fréquence et la suprématie de leurs contenus après discussion en équipe (54). Finalement, ces thématiques ont fait l’objet d’une quantification, pour rendre compte de leur fréquence d’apparition.
L’analyse des PCC s’est basée sur les thématiques présentes sur le premier outil PCC conçu au DP-CHUV,
elles-mêmes issues de la littérature scientifique (approche déductive), enrichies et de celle des stratégies qui
ont émergé du codage des PCC. Nous avons retenu 12 thématiques, qui étaient « le sujet », « le suivi ou traitement actuel », « les facteurs déclencheurs », « les manifestations », « les stratégies », « les personnes ressources », « les soins et traitements souhaités en cas de crise », « les soins et traitements à éviter en cas de
crise », « les mesures de préservation de l’environnement », « la date », « la signature patient » et « les signatures autres ». Les PCC, déjà synthétiques (une page A4 recto-verso), n’ont ainsi pas révélés de nouvelles
thématiques principales ce qui n’est pas étonnant, puisqu’elles constituent la trame de PCC qui organise et
induit d’une certaine façon leur contenu. Il a cependant été nécessaire de discuter de correspondance ou
d’équivalence entre documents PCC, étant donné la présence de 7 supports de PCC différents. Les thématiques principales ont par contre été recodées en sous-catégories qui feront l’objet de la partie résultat et discussion de ce rapport. L’arborescence des différents niveaux de codage des PCC se trouve dans les annexes
14.8 et 14.9).
Les contenus des entretiens ont été soumis à une première lecture, dans le but de filtrer les contenus inappropriés dans le sens des « hors-sujet ». Cette étape préalable a été nécessaire en raison de leur contenu très
dense et des ressources disponibles limitées à ce stade de l’étude (49). Pour limiter d’éventuels biais
d’interprétation, elle a été conduite en commun par les deux chercheurs principaux. Les entretiens ont alors été
enregistrés sous un nouveau numéro d’identification pour leur intégration au logiciel N’VIVO, puis codés. Nous
avons effectué un premier niveau de codage à partir des grandes thématiques prédéfinies dans la trame
d’entretien, à savoir « connaissance du PCC », « élaboration du PCC », « application du PCC », « révision du
PCC », « plus-value du PCC », « limites du PCC », « facteurs facilitant son implantation », « obstacles à son
implantation », « proposition d’amélioration » et « définition du PCC ». A ce premier niveau de codage a été
rajoutée une dernière thématique centrale émergeant des contenus et jusque-là ignorée, soit celle des « directives anticipées ». Des sous-catégories sont ensuite apparues dans plusieurs thématiques, faisant surgir des
étapes-clés transverses constitutives de la démarche PCC. Elles seront présentées dans la partie résultat.
L’arborescence des différents niveaux de codage des entretiens des PCC se trouve également dans les annexes 14.8 et 14.9).
Les contenus des PCC ont quant à eux également été analysés sous l’angle de la qualité au moyen d’une
échelle traduite et adaptée de la Quality of crisis plan check-list élaborée par Ruschlewska et al. (2014) (55)
(annexe 14.10). Cet instrument permet d’établir un score (0, 1, 2 ou 3) sur une échelle de Lickert (pas
d’information ou information vague, information plutôt vague, information assez complète, information complète)
pour chacune des 12 thématiques principales du PCC et d’établir un score total. Il est donc à même d’évaluer si
22

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
le contenu d’un PCC est suffisamment étayé et précis pour être compris et appliqué en situation de crise par
une personne ne connaissant pas l’usager concerné au préalable, ce qui constitue un enjeu essentiel. Cette
analyse a elle aussi été soumise à un double codage jusqu’à l’obtention d’une fidélité inter-juge et d’un coefficient de corrélation intra-classe de bon niveau (50, 51).
Quant à la cohérence des contenus PCC, il s’agit davantage d’une estimation globale et en équipe après lecture de chacun des PCC dans son entier. Elle a été évaluée, en particulier, entre les manifestations cliniques
et/ou symptômes décrits en cas de crise et les soins et traitements à préférer ou à éviter en cas de crise selon
la proposition de Srebnik et al. (2005) (56). Une attention particulière a été portée aux contenus et à la faisabilité des préférences en termes de soins et de traitements selon les bonnes pratiques préconisées.
7.7

Considérations éthiques

Cette étude fait partie d’un ensemble d’études menées et prévues par, ou en collaboration avec la Section de
Psychiatrie Sociale du DP-CHUV, visant l’évaluation systémique du virage communautaire en psychiatrie dans
le canton de Vaud. A ces fins, un protocole de recherche général a été soumis à la Commission d’éthique de la
recherche du canton de Vaud, validé et autorisé par cette dernière (CER n° 2016-00768). Comme prévu par ce
protocole, chacune des études entrant dans ce cadre a dû présenter les documents d’information, de consentement, les trames d’entretien et les cahiers de passation des questionnaires utilisés par les chercheurs pour
information et préavis scientifique uniquement. La récolte des données rétrospectives sur dossier n’a nécessité
aucun consentement préalable, les usagers n’ayant pas été impliqués dans cette partie-là. Concernant les participants aux entretiens, ils ont été informés oralement et par écrit des buts de l’étude par les membres de
l’équipe de recherche. Leur consentement a été évalué et attesté au moyen d’un formulaire ad hoc. L’entier du
processus et des outils utilisés a été validé par ladite commission.

23

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

8

RÉSULTATS

8.1

Phase 1 : Résultats partie rétrospective sur dossier

Cent huitante-quatre plans de crise conjoints ont été inclus dans cette étude. Pour rappel, les usagers des services de santé mentale (appelés ci-après, « les usagers ») dont les plans de crise conjoints ont été analysés
proviennent des trois contextes de soins que sont l’hôpital, l’ambulatoire et l’hébergement avec une répartition
respective de 100, 29 et 55 PCC inclus.
8.1.1

Profil sociodémographique des patients dont le PCC a été inclus dans l’étude

Les profils sociodémographiques sont présentés en détail pour l’échantillon des 184 usagers dans le tableau 1
ci-dessous. De façon générale, les usagers avec un PCC sont âgés en moyenne de 43 ans et sont des femmes
pour un peu plus de la moitié (52.5%). Les célibataires sont les plus représentés et les personnes en couple
sont minoritaires avec respectivement 56.9% et 16.6%. Les trois-quarts sont d’origine suisse (71.6%), la majorité d’entre eux a effectué une formation de niveau CFC (43.2%), une personne sur cinq n’a d’autre formation
que l’école obligatoire et moins de 10% a suivi une formation de niveau tertiaire. Un peu moins de la moitié est
au bénéfice d’une rente invalidité (46.1%). Bien que les personnes insérées dans le premier marché de l’emploi
soient minoritaires, leur répartition est très proche de la catégorie sans emploi, avec respectivement 24.8% et
28.5%. Un tiers des usagers au bénéfice d’un PCC vit dans un ménage privé à plusieurs, un tiers vit seul et le
dernier tiers habite en hébergement communautaire.
Tableau 1- Profil sociodémographique des usagers au bénéfice d’un PCC
Nombre
N=184

Variables

Type

Sexe
N = 183

Homme

87

(47.5)

Femme

96

(52.5)

Situation familiale
N = 181

Célibataire

103

(56.9)

30

(16.6)

Marié, pacsé ou en couple
Séparé ou divorcé

Nationalité
N = 183

Suisse

Education
N = 176

Aucune menée à terme

Autre

Lieu de vie
N = 177

48

(26.5)

131

(71.6)

52

(28.4)

8

(4.5)

Scolarité obligatoire

38

(21.6)

Apprentissage (CFC), Ecole prof.

76

(43.2)

Maturité ou diplôme étude sec.

12

(6.8)

3

(1.7)

Avec activité prof. (temps plein ou
partiel), formation

41

(24.8)

Sans emploi, RI ou chômage

47

(28.5)

Rentier AI, travail en milieu protégé

76

(46.1)

Seul

57

(32.2)

Ménage privé
à plusieurs

59

(33.3)

Hébergement

55

(31.1)

1

(0.6)

HES ou université
Statut professionnel
N = 165

SDF

Moyenne
Age

8.1.2

(%)

42. 6

Déviation
standard
(12.12)

Profils cliniques et légaux des usagers avec un PCC inclus dans l’étude

Les profils cliniques pour l’échantillon global des 184 usagers dont le PCC a été inclus dans l’étude sont présentés à la figure 1 et le statut légal en détail dans le tableau 2 ci-dessous.
Seuls les diagnostics principaux ont été pris en considération pour établir le profil clinique des bénéficiaires d’un
PCC. C’est la catégorie des abus de substances qui est la plus représentée avec 45% des cas, suivie de la
24

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
psychose pour un peu plus d’un tiers d’entre eux (36%) et des troubles de l’humeur avec seulement 15%. A
noter que les données disponibles ne permettent pas de distinguer les troubles de l’humeur unipolaire ou bipolaire.
Figure 1 - Répartition diagnostique des usagers titulaires d’un PCC
2% 1%

1%
Abus de substances

15%

Psychose

45%

Troubles de l'humeur
Troubles anxieux
Troubles de la
personnalité

36%

Démence

Par statut légal du suivi il faut entendre le statut avec lequel l’usager a été admis dans l’institution de soin,
comme l’hôpital ou l’hébergement par exemple, ou encore, ou, pour le contexte ambulatoire, dans un programme de soins comme par exemple le programme de soutien à l’emploi ou encore le suivi du centre médicosocial. La majorité des personnes ayant un PCC est suivie ou a été admise à l’hôpital ou en hébergement sur
un mode volontaire (74%) et environ un quart des personnes l’a été sans consentement (23.8%). Les deux tiers
d’entre elles n’ont pas de représentant légal (68.6%), et celles qui en ont un sont pour la plupart sous une mesure de curatelle de portée générale (29.2%).
Tableau 2 - Profil légal des usagers au bénéfice d’un PCC
Variables

Type

Statut légal du suivi

Volontaire

N= 181

Sans consentement

Représentant légal

Aucun représentant légal

N = 175

Représentant thérapeutique
Curatelle (portée générale ou autre)

8.1.3

Nombre N =

(%)

134

(74.0)

43

(23.8)

120

(68.6)

3

(1.7)

51

(29.2)

Contenus des PCC

Ce chapitre comprend cinq parties distinctes. La première présente les résultats de l’analyse des supports papier PCC existants, soit leurs thématiques principales et leurs intitulés. La deuxième s’attarde sur la description
qualitative et quantitative des contenus de ces rubriques thématiques renseignées par les usagers. La troisième
porte sur la qualité des informations rédigées, la quatrième et dernière partie de ce chapitre présente la fréquence de remplissage de ces rubriques thématiques.
8.1.3.1

Support PCC

L’étude a permis de mettre en évidence la coexistence d’au moins sept formats de support, ou outil PCC différents en circulation dans le canton de Vaud. Quatre d’entre eux contiennent le logo de l’institution à laquelle ils
sont rattachés, tandis que trois d’entre eux n’en ont pas. Le nombre de pages des divers formats de PCC varient entre une page A4 recto à trois pages recto-verso. Tous les supports, à l’exception de deux d’entre eux,
s’intitulent « Plan de crise conjoint ». Les deux autres comprennent un titre mixant directives anticipées et PCC
(« Formulaire directives anticipées et plan de crise conjoint », « Mes directives anticipées PCC »). L’un de ces
deux modèles possède une page de garde expliquant ce que sont les directives anticipées et rappelant le cadre
légal auquel elles se réfèrent. A la différence de tous les autres PCC, il contient une rubrique « Mon actuelle
pleine capacité de discernement est attestée par mon médecin traitant » avec une sous-rubrique pour les coordonnées et la signature du médecin traitant en cas d’attestation positive de ce dernier. Enfin, deux modèles sur
sept sont rédigés à la première personne du singulier, ce qui leur confère un caractère personnalisé et marque

25

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
une appropriation de l’outil par l’usager titulaire du PCC, les autres sont rédigés à la deuxième personne du
pluriel, en tant que formule de politesse.
Les principales thématiques contenues dans les PCC selon la littérature internationale sont : le sujet, la situation ou l’objet de soins (le traitement actuel étant facultatif), les facteurs déclenchants, les manifestations, les
personnes ressources, les soins et traitements de préférence en cas de crise, les soins et traitements à éviter
en cas de crise, la préservation de l’environnement, la date et les signatures. Ces thématiques ont été utilisées
comme trame d’analyse des supports et des contenus des PCC récoltés dans la phase rétrospective sur dossier. La thématique des stratégies de résolution ou de gestion de crise a été rajoutée car elle figure de façon
transverse dans les sept formats analysés. Le tableau 3 ci-dessous renseigne quant à leur fréquence
d’apparition parmi les 184 PCC inclus dans l’étude rétrospective sur dossier selon qu’elles sont présentes ou
non. Il révèle en outre les différents intitulés des sept supports de PCC en circulation et leur fréquence
d’apparition parmi les PCC étudiés.
Tableau 3 - Thématiques principales des PCC et fréquence d’apparition ; Intitulés et fréquence d’apparition
Thématiques
principales
Sujet

Motif du suivi
et/ou du
traitement
actuel

Facteurs
déclenchants

Manifestations

26

Fréquence
d’apparition/184
N* =
184

155

176

184

%
100%

84%

96%

100%

Intitulés

Fréquence
d’apparition/7

Nom, prénom, date de naissance, n° identification, etiquette

N** =
1

Ce document a été élaboré pour

1

Résident

1

Nom, prénom, date de naissance, domicile

1

Mme/M., date de naissance, n° de téléphone

1

Nom, prénom, date naissance, n° de téléphone

1

Nom, prénom, date naissance

1

Description de la situation qui a motivé le suivi (événements, conséquences, antécédents)

2

Description de la situation qui a motivé le suivi (antécédents, événements, conséquences, symptômes)

1

Traitement habituel

1

Absent

3

Qu’est ce qui pourrait provoquer un stress qui vous dépasse, et vous
mettre en situation de crise ?

2

Qu’est ce qui pourrait provoquer un stress qui vous dépasse, et vous
mettre en situation de crise (ex : situations, conflits,..) ?

1

Qu’est ce qui pourrait vous mener à une situation qui vous dépasse ?

1

Quels sont les facteurs déclencheurs, les situations à risque ?

1

Absent

2

Comment cela se manifeste-t-il concrètement pour vous ? (pensées,
émotions, réactions physiques, comportements)

3

Comment cela se manifeste-t-il concrètement pour vous ? (pensées,
émotions, réactions physiques, comportements)
Y a-t-il d’autres signes qui apparaissent selon vous et votre entourage ?

1

Comment cela se manifeste-t-il concrètement pour vous ? (pensées,
émotions, réactions physiques, comportements)
Quels sont les signes alarmants auxquels l’équipe socio-éducative du
foyer doit être attentive ? (comportement dans le quotidien, symptômes visibles, propos, …)

1

Quels seraient les tous premiers signes montrant que vous commencez à être dépassé (e) (pensées, émotions, réactions physiques,
comportements ; ex : troubles du sommeil, irritabilité, repli sur soi) ?
Comment cela se manifeste-t-il concrètement pour vous ? (pensées,
émotions, réactions physiques, comportements)

1

Quels sont les signes quand je vais moins bien ?
Quels sont les signes quand je ne vais pas bien du tout ?

1

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
Stratégies

Personnes
ressources

Traitement de
préférence en
cas de crise

Traitement à
éviter en cas
de crise

Mesures de
préservation
de l’environnement

Date

Signature du
titulaire du
PCC

Signature(s)
de la ou des
autres personnes impliquée(s)

184

184

184

151

155

172

172

144

100%

100%

100%

82%

84%

93%

93%

78%

Quelles stratégies personnelles ou avec votre entourage proche utilisez-vous lorsque ces signes apparaissent ? (moyen de diminuer le
stress)

2

Et comment les gérez-vous concrètement ? (en référence à l’intitulé
manifestations)

1

Quelles stratégies personnelles utilisez-vous lorsque ces signes apparaissent ? (moyen de diminuer le stress)

1

Quels moyens de diminuer le stress utilisez-vous lorsque ces signes
apparaissent ? (ex : m’isoler un moment, discuter avec quelqu’un,
faire du sport, se concentrer sur une activité, prendre mes réserves
de médicaments)

1

Que puis-je faire lorsque cela arrive ? (stratégies immédiates)

1

Mes techniques d’adaptation et stratégies pour éviter l’hospitalisation

1

A qui pouvez-vous demande de l’aide dans votre entourage (proches
et professionnels) ? (nom, prénom, tél., rôle)

4

En cas de besoin, à qui pouvez-vous demande de l’aide ? (nom,
nature du lien, tél.)

1

Contacts pour les mesures d’urgence

1

Personnes à avertir :
Personnes que je refuse que l’on contacte :

1

En situation de crise, comment souhaiteriez-vous que les soins et
traitements soient adaptés ? (fréquence des rdz-vs, médication, recours aux urgences)

3

Quand vous allez moins bien, quels soins souhaiteriez-vous ?

1

Mesures concrètes à prendre (par ordre croissant du degré de sévérité de la crise)

1

Que peuvent-ils (proches) faire pour m’aider ? et si cela ne marche
pas ? (spécifier contacts d’urgence)

1

Si je devais être hospitalisé, le traitement dont je souhaiterais bénéficier

1

En situation de crise, quels soins ou traitements souhaiteriez-vous
éviter ? raisons ? Quelles sont les alternatives?

4

Le traitement que je refuse ou mes intolérances allergiques

1

Absent

2

Mesures concrètes à prendre en situation de crise pour préserver
votre environnement (courrier, garde d’enfants, animaux, domicile,
travail)

2

Dans une situation de crise, que souhaiteriez-vous organiser pour
préserver votre environnement ? (courrier, garde d’enfants, animaux,
domicile, travail)

1

Famille/personne à prévenir en cas d’urgence

1

Absent

3

Lieu et date

5

Fait le

1

Absent

1

Rôles et signatures

3

Signature du résident

1

Signature

2

Absent

1

Rôles et signatures

3

Fonction/Signature

1

Absent

3

N* = Fréquence de la thématique présente selon les PCC analysés dans l’étude : Ntot = 184/ N** = Fréquence d’apparition de l’intitulé selon le type de support : Ntot = 7

27

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
Tous les supports des PCC en circulation inclus dans l’étude comprennent les cinq thématiques principales que
sont « sujet », « manifestations », « stratégies », « personnes ressources » et « traitement de préférence en cas
de crise », raison pour laquelle ils sont présents dans les 184 PCC analysés. Les rubriques « mesures de préservation de l’environnement » et « signature(s) de la ou les autres personnes impliquées » sont absentes de
trois supports. Au total, respectivement 84% et 78% des PCC analysés les contiennent. Celles de « facteurs
déclenchants » et « traitement à éviter en cas de crise » sont absentes de 2 supports. Ces thématiques sont
présentes respectivement dans 96% et 82% des PCC analysés. Finalement, les thématiques « date », « signature du titulaire du PCC » et « suivi ou traitement actuel » sont absentes d’un seul support. Respectivement
93%, 93% et 84% des PCC analysés contiennent ces 3 thématiques. Les rubriques absentes sont le fait de
quatre supports PCC différents émanant du contexte hébergement. Trois d’entre eux cumulent 2 absences,
alors que le quatrième n’en comprend qu’une seule.
Les intitulés de la thématique « sujet » se distinguent pour cinq d’entre eux par le degré de précision
d’informations demandées avec les données nom, prénom et date de naissance pour la totalité d’entre eux.
Deux sont encore complétés par le numéro de téléphone, un autre par domicile et le dernier par des informations institutionnelles, numéro d’identification, étiquette. Enfin, un sixième intitulé, résident, bien qu’il suggère
d’être complété par le nom de la personne concernée, se réfère davantage au statut ou à l’identité institutionnelle de cette dernière. Enfin, l’appellation du dernier intitulé, ce document a été élaboré pour, bien que suggérant également d’être complété par le nom de la personne titulaire du PCC, se distingue par tous les autres
dans le sens qu’il place cette dernière dans une situation passive, le PCC étant élaboré pour et non par ou encore avec elle.
Les intitulés de la thématique « suivi et traitement actuel » sont rigoureusement les mêmes dans 2 supports
PCC, soit description de la situation qui a motivé le suivi (événements, conséquences, antécédents) et très
semblables à un troisième, la seule distinction étant les exemples contenus entre parenthèses : description de
la situation qui a motivé le suivi (antécédents, événements, conséquences, symptômes). Les exemples de ces
deux intitulés suggèrent des notions contextuelles de l’entrée en soin ou de la dernière crise, alors que dans le
dernier support à comprendre cette thématique, l‘information demandée est centrée sur la notion de soin, traitement habituel.
En ce qui concerne les « facteurs déclenchants », trois intitulés sont quasi identiques, Qu’est ce qui pourrait
provoquer un stress qui vous dépasse, et vous mettre en situation de crise ?, l’un d’entre eux étant complété
par des exemples entre parenthèses: situations, conflits, … Dans un autre support, l’intitulé est très semblable,
mais ne comprend pas la notion de crise, Qu’est ce qui pourrait provoquer un stress qui vous dépasse ? Le
dernier reprend la notion de facteur déclenchant, Quels sont les facteurs déclenchants, les situations à risque ?
Quant à la rubrique « manifestations », les intitulés de quatre supports PCC sont équivalents, Comment cela se
manifeste-t-il concrètement pour vous ? (pensées, émotions, réactions physiques, comportements) ?, dont deux
rigoureusement identiques. Deux autres sont complétés par l’intégration des personnes de l’entourage. Dans un
cas, c’est de la référence aux proches dont il s’agit, Y a-t-il d’autres signes qui apparaissent selon vous et votre
entourage ?, et dans l’autre ce sont les professionnels de l’hébergement, Quels sont les signes alarmants auxquels l’équipe socio-éducative du foyer doit être attentive ? (comportements dans le quotidien, symptômes visibles, propos) ? Le dernier intègre une notion de progression et de temporalité : Quels seraient les tous premiers signes montrant que vous commencez à être dépassé(e) ? (pensées, émotions, réactions physiques,
comportements, ex : troubles du sommeil, irritabilité, repli sur soi). Enfin, le dernier support se réfère également
à la question de signes avant-coureurs, mais est tourné de façon plus personnalisée : Quels sont les signes
quand je vais moins bien ? Quels sont les signes quand je ne vais pas bien du tout ?
La thématique des « stratégies » se décline en six versions différentes. Deux se distinguent par un adressage
personnalisé, Que puis-je faire lorsque cela arrive (stratégies immédiates) ?, ou encore Mes techniques
d’adaptation et stratégies pour éviter l’hospitalisation ? Ce dernier intitulé est également prescriptif. Il est le seul
parmi tous à être relié à un type de prise en charge spécifique, en l’occurrence, l’hospitalisation. Trois autres
sont presque identiques, deux complètement : Quelles stratégies personnelles utilisez-vous lorsque ces signes
apparaissent ? (moyens de diminuer le stress) ?, le troisième étant complété par l’intégration de ressources de
l’entourage : Quelles stratégies personnelles ou avec votre entourage proche utilisez-vous lorsque ces signes
apparaissent ? (moyens de diminuer le stress) ?. Enfin les deux derniers énoncés ne contiennent pas le terme
stratégie mais évoquent celui de technique de gestion ou de moyens mobilisés, avec pour ce dernier de nombreux exemples de moyens : Et comment les gérez-vous concrètement ?, Quels moyens de diminuer le stress
utilisez-vous lorsque ces signes apparaissent ? (ex : m’isoler un moment, discuter avec quelqu’un, faire du
sport, se concentrer sur une activité, prendre mes réserves de médicaments).
En ce qui concerne la thématique des « personnes ressources », on retrouve quatre intitulés différents, dont
deux relativement proches : A qui pouvez-vous demander de l’aide dans votre entourage (proches et professionnels) ? (nom, téléphone, rôle) et En cas de besoin, à qui pouvez-vous demander de l’aide (nom, nature du
lien, téléphone) ?, le premier étant présent dans quatre supports du PCC et le second dans un seul. Ils se distinguent par les précisions attendues lors du remplissage de la rubrique, par ce qui est entendu sous « entou28

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
rage ». Dans les trois autres formats du PCC, cette thématique est davantage centrée sur l’entourage à informer (ou pas) pour l’un d’entre eux, plutôt que sur l’idée de mobilisation de personnes ressources : Personnes à
avertir, Personnes que je refuse que l’on contacte, ou alors l’intitulé évoque un contexte spécifique : contacts
pour les mesures d’urgence.
Il y a cinq intitulés différents dans le cadre de la thématique « traitement de préférence en cas de crise ». Celui
qui se retrouve le plus souvent, soit trois fois, est : En situation de crise comment souhaiteriez-vous que les
soins et traitements soient adaptés (fréquence des rdv, médication, recours aux urgences) ?. Bien que la formulation soit différente, l’intitulé Quand vous allez moins bien, quels soins souhaiteriez-vous ?, l’idée principale est
la même, exemples en moins. Les trois derniers intitulés évoquent un contenu sensiblement pour le premier,
voire complètement différent pour les deux autres. Celui qui s’en rapproche le plus en raison de la présence de
la notion de traitement est Si je devais être hospitalisé, le traitement dont je souhaiterais bénéficier. Sa portée
est plus ciblée, excluant les soins et traitements en dehors d’une hospitalisation. L’intitulé Mesures concrètes à
prendre (par ordre croissant du degré de sévérité de la crise) est, à l’inverse, très large et pourrait être confondu
avec celui des mesures de préservation de l’environnement. Quant au dernier, il aborde les soins qui pourraient
être apportés par les proches avant de donner des informations non pas sur les soins ou traitements par les
professionnels, mais les contacts de ces derniers : Que peuvent-ils (les proches) faire pour m’aider ? et si cela
ne marche pas ? (spécifier contacts d’urgence).
Pour la thématique « traitement à éviter en cas de crise », il y a deux versions en circulation, la première apparaissant quatre fois : En situation de crise, quels soins ou traitements souhaiteriez-vous éviter ? Raisons ?
Quelles sont les alternatives ? Le second intitulé est quant à lui circonscrit au traitement, mais ajoute la notion
d’allergies en plus : Le traitement que je refuse ou mes intolérances allergiques.
En ce qui concerne les « Mesures de préservation de l’environnement », il y a trois formulations. La première,
Mesures concrètes à prendre en situation de crise pour préserver l’environnement (courrier, garde d’enfants,
animaux, domicile, travail) se trouve dans deux supports différents. La deuxième, Dans une situation de crise,
que souhaiteriez-vous organiser pour préserver votre environnement ? (courrier, garde d’enfants, animaux,
domicile, travail), comprend les mêmes exemples entre parenthèses en étant formulée différemment. La dernière précise une seule mesure à entreprendre, soit l’information en cas d’urgence, Famille/personne à prévenir
en cas d’urgence.
Quant à la thématique « date », deux formulations différentes sont présentes dans les supports rencontrés,
l’une incluant également le lieu de la rédaction du PCC : Lieu et date et Fait le.
L’analyse de la thématique « Signatures » a permis de mettre en évidence deux sous-catégories soit « Signature du titulaire du PCC » et « Signature de la ou des autres personnes impliquées ». Au vu de l‘importance que
revêt la question de la signature pour certifier la co-construction et la validation de la version du PCC en question, nous les avons cependant traitées comme deux thématiques différentes. L’intitulé Rôles et signatures est
présent dans les deux cas dans trois supports différents. Les intitulés Signature au singulier et Signature du
résident se retrouvent dans la catégorie concernant le titulaire du PCC, le second évoquant également son statut dans l’institution en question. Respectivement deux et un format de PCC les contiennent. Enfin, la formulation Fonctions/signatures, se retrouve dans un seul support. Si elle a été attribuée aux autres personnes impliquées dans la rédaction du PCC c’est parce que ce même support comprend également l’intitulé signature seul.
8.1.3.2

Contenus thématiques des PCC

Les contenus de chacune des thématiques principales (rubriques PCC) renseignées par les usagers en collaboration avec les professionnels, voire les proches sont présentés en deux parties. La première contient des tableaux qui montrent les sous-catégories avec pour chacune d’elles le nombre de personnes qui se sont exprimées (sources), le nombre de citations (fréquence) et une illustration par verbatim. La deuxième partie, sous
forme de texte, présente une synthèse descriptive des résultats obtenus pour chacune de ces catégories.
Les thématiques « sujet », « date » et « signature du titulaire du PCC » étant sans équivoques, elles ne sont
pas exposées dans cette partie.
L’accord entre chercheurs lors du codage qualitatif des PCC a été évalué sur les 12 thématiques principales à
l’aide du coefficient Kappa. Variant entre 0.62 (bon) et 1 (excellent), le coefficient Kappa moyen étant de 0.97, il
peut donc être estimé comme excellent (1, 2).
8.1.3.2.1

Suivi ou traitement actuel

Les sous-catégories identifiées à partir de l’analyse de contenu représentent les raisons principales pour lesquelles les usagers ont exprimé avoir un suivi ou un traitement psychiatrique à l’heure actuelle.

29

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement

Suivi ou traitement actuel

Tableau 4 - Répartition du suivi ou traitement actuel
Souscatégories

Sources
N = 142

Fréquence
N = 626

Verbatims

Santé

113

379

« Dépression à tendance suicidaire »
« Je suis déconnecté de la réalité, je ne sais plus ce que je fais »
« J’avais beaucoup d’énergie avec une perte de sommeil »

Social

65

131

« Antécédent de burn-out avec décompensation psychotique en lien avec
une surcharge de travail »

Relationnel

57

116

« Situation familiale compliquée, contacts inexistants ou conflictuels »
« Situation de violence psychologique et physique »

Sur les 142 PCC analysés comprenant la thématique du suivi ou traitement actuel, trois types de raisons ont été
identifiés. Il s’agit, dans un ordre décroissant, de la santé, du social et des questions relationnelles. A noter que
les usagers peuvent n’avoir nommé qu’un seul type de raison, mais également deux différents, voire les trois.
C’est la dimension évoquant des problèmes de santé qui est la plus représentée. Elle est là, en effet présente
dans 80% des cas avec une moyenne de 3,3 types de problèmes de santé différents par personne.
Le plus souvent (N=148), ce sont des signes ou des symptômes psychiatriques spécifiques qui sont nommés.
Les plus fréquemment cités sont les symptômes de type dépressif (N=43), « Tristesse », « Manque de confiance en soi et culpabilité », « Insomnie ». Viennent ensuite les idées suicidaires (N=42), « J’ai eu des idées
noires », « Envies de passage à l’acte » ou encore « Idées suicidaires », puis les symptômes de type psychotique (N=33), « Idées de persécution », « Sentiment que mon studio était modifié », « Délire mystique ». A 18
reprises, ce sont des symptômes d’anxiété qui ressortent, « J’étais angoissée, tous les matins je disais que
j’avais peur », « Sentiment de panique totale », puis à 10 reprises les symptômes maniformes (N=10) « Idées
bizarres, fuite des idées », « Comportement désinhibé », « Ça se bousculait dans ma tête, je parlais vite ». A
noter que dans cette sous-catégorie, 3 personnes mentionnent des symptômes liés à des effets secondaires de
médicaments, « Symptômes du médicament précédent », « Les effets secondaires de l’haldol sont terribles,
rapidement ».
Les symptômes somatiques sont quant à eux mentionnés à 19 reprises : « Douleurs cervicales importantes ».
Ensuite, certains libellés sont uniques mais rapportent des données très générales (N=38) comme « Stress
important » ou encore « Péjoration de l’état clinique ».
Parfois encore ce sont les diagnostics qui sont cités en tant que tels (N=45): « Schizophrénie paranoïde découverte à 17 ans », « Etat dépressif » ou encore « Décompensation maniaque ».
En dernier lieu, par ordre décroissant d’apparition, 18 personnes ont évoqué des problématiques de substances
(=19), que ce soit d’alcool, de drogues ou encore des deux : « Consommation d’alcool avec ivresse quotidienne
et chutes », « Consommation de cannabis » ou encore « Début de consommation de drogues quotidienne (ecstasy, MDMA, LSD, cocaïne) ». A 19 reprises c’est une hospitalisation qui est citée comme raison du suivi actuel.
Huit personnes font référence à un arrêt de leur traitement, « J’ai arrêté soudainement mes traitements (antidépresseur, anxiolytique) pendant trois jours, je voulais évaluer mon état sans traitement », « Dès que j’arrête des
traitements, je ne dors plus et je suis hospitalisée » ; 3 à des traumatismes « Contrainte sexuelle suivie d’une
grossesse interrompue par curetage » ou « Photos intimes postées sur internet » ; 2 personnes à une obligation
de soins. Enfin, 2 intitulés indirects suggèrent une situation de déni ou d’incompréhension de la situation par les
usagers: « Monsieur ne comprend pas pourquoi il a été hospitalisé. Il comprend qu’il a mal répondu aux éducateurs » et « Selon Madame, aucun lien avec médicaments, aucun événement de crise ».
Le second domaine le plus évoqué dans les raisons du suivi actuel est celui du social (N=65). Il concerne 46%
des personnes et chacun a exprimé en moyenne deux raisons différentes dans ce champ précis. La très grande
majorité des personnes (N=51) évoquent des raisons liées au contexte professionnel, que ce soit principalement suite à une surcharge (N=20) « Trop de stress au travail », « Burn out », à une perte ou à l’absence
d’emploi (N=19) « Mon licenciement a créé une situation choquante et pour y faire face à cela, j’ai créé une
réalité pour expliquer à ma façon l’événement et me suis convaincu que c’était une promotion », « Pas d’activité
professionnelle, sept ans sans activité… conséquences : péter les plombs » ou encore la perspective d’un nouvel emploi (N=7) « Débute un nouvel emploi prochainement », « Premier poste en tant que psychologue assistante ».
Seize personnes invoquent un changement de lieu de vie comme événement associé à leurs problèmes psychiques, que celui-ci en soit la cause ou la conséquence des troubles : « Déménagement », « Fermeture de
l’unité où Madame vivait, recherche d’une nouvelle structure adaptée ».
Suivent les problèmes financiers ou administratifs qui sont présents à 11 reprises « Face au manque d’argent »,
« Gestion administrative trop conséquente », et les problèmes juridiques ou judiciaires (N=4) « Procédures juri30

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
diques en cours », « Annonce par l’avocat du prochain classement de la plainte pénale pour violences. Non
reconnaissance des maltraitances subies toute la vie ».
Puis, les 14 dernières personnes parlent d’une surcharge générale, qu’elle soit réelle ou ressentie, sans pour
autant évoquer le monde du travail.
Les problématiques relationnelles (N=57) sont évoquées dans 40% des cas avec en moyenne deux raisons par
personne :. La cause qui apparaît le plus souvent est celle des ruptures sentimentales, des séparations conjugales, voire des divorces (N=25) : « Ruptures amoureuse », « Séparation avec le conjoint, seule avec trois enfants », « Divorce douloureux ». Viennent ensuite les situations de violence ou de maltraitance (N=13) « J’ai
reçu des menaces de mort », « Viol », « Bagarres avec les autres résidents », puis les conflits intrafamiliaux
(N=11), « Je me suis disputée avec mon père », « Difficultés relationnelles avec mes enfants ». Les situations
de décès sont présentes 6 fois « Décès de mon fils, « Deuil », « Entourage avec suicides récents qui m’ont
renvoyé à revivre des sentiments de mort ». La maladie d’un proche se retrouve quant à elle à 5 reprises, « Découverte de la maladie de mon frère », « Problèmes de santé de mon mari » au même titre que l’éloignement
d’un proche : « Ma meilleure amie est partie pendant six mois en Allemagne », « Pendant l’absence de mes
parents je ne me suis sentie pas bien », « Son fils partait en vacances au Portugal ».
8.1.3.2.2

Facteurs déclenchants

Les facteurs déclenchants susceptibles de plonger la personne dans une situation de crise ont été répartis en
quatre catégories, soit les trois mêmes que précédemment (relationnel, social, santé) et une catégorie « autre »
regroupant des contenus très divers, mais rencontrés de manière isolée. Cent soixante-sept PCC comprenant
cette thématique ont été répertoriés et 95% de ces derniers renseignent cette question. Chaque personne a
signalé en moyenne 4,3 déclencheurs différents.
Tableau 5 - Répartition des facteurs déclencheurs

Facteurs déclencheurs d’une crise

Souscatégories

Sources
N=167

Fréquence
N=723

Verbatims

Relationnel

101

222

« Des conflits avec mes proches ainsi que des conflits au travail »
« Qu’on me rabaisse »
« Peur de la solitude »

Social

78

158

« Tout ce qui touche au travail, chômage, AI… »
« Un problème administratif ou financier »
« Lieu de vie précaire »
« Les visites au SPOP tous les deux mois »

Santé

56

112

« Je change d’humeur rapidement et il suffit de pas grand-chose »
« Hallucinations auditives avec ordre de se faire du mal ou d’en faire à
mes enfants (ça reste un fantasme) »
« Alcoolisation »

Autre

104

231

« Les regrets de la vie »
« Des scènes de violences dans la rue »
« Les difficultés créatives actuelles»

C’est au domaine relationnel qu’il est le plus souvent fait référence en termes de facteurs déclenchants, qu’ils
soient réels ou potentiels puisque cela concerne 60,5% des cas. Dans plus de la moitié des cas (N=53) des
conflits relationnels dans divers contextes, mais principalement dans le couple « Conflits relationnels, principalement avec mon ex-mari », la famille « Conflits intrafamiliaux » ou encore au travail, « Des conflits éventuels
avec les collègues ». Des comportements spécifiques à l’égard de la personne sont mentionnés dans 41 cas
comme le fait « D’être dénigré », « Se sentir mis de côté », « D’être déjà mort pour les vivants (on ne me donne
pas de signe de vie, mon fils ne répond pas à mes SMS) » ou encore au contraire lorsqu’il y a trop de sollicitations (N= 6), « Trop d’agitation autour de moi », « Pression de la famille par rapport à la réinsertion professionnelle », « Un manque de soutien », « Le manque d’écoute de la part des proches par rapport à des besoins
personnels importants (famille, conjoint) créant un inconfort » ou un sentiment de jugement « Discussions « jugeantes » autour de ma situation traumatique ». La maladie ou le décès d’un proche est cité à 18 reprises, « La
déclaration d’un problème de santé dans ma famille », « La mort d’une personne que j’aime » ; suivis par le
sentiment de solitude (N=14), « Etre seul », « La solitude dans sa chambre d’hôtel le soir» (lui rappelle de mauvais souvenirs) ; les situations de ruptures (N=7) « Rupture sentimentale » ou à l’inverse le fait d’être mal à
l’aise lorsqu’il y a trop de monde autour de la personne (N=6), « Etre dans un endroit très fréquenté », « Etre
avec beaucoup de monde que je ne connais pas ».
Dans 47% des cas, ce sont les questions sociales qui sont invoquées comme déclencheurs (N=78) avec en
moyenne deux raisons par personne. C’est le contexte professionnel qui est le plus souvent en cause (N=52)
31

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
dans 2/3 des cas et ce que ce soit en lien avec l’absence d’activité « Ne pas trouver de stages, ni de travail »,
« L’échec du travail quand j’en cherche et que je ne trouve pas », l’inquiétude face à l’avenir professionnel
« L’inconnu au niveau du travail », « Perte ou incertitude concernant mon travail en milieu protégé », une perte
d’emploi « Les soucis dus à la perte de mon travail », « La précarité : travail et argent, le fin des allocations de
chômage » ou encore lié à une problématique de surcharge « Trop de tâches sur un laps de temps donné »,
« Trop de responsabilités » ou organisationnelle « Horaires irréguliers (coupés) ». Les questions financières et
administratives sont également fréquentes, puisqu’elles sont citées 37 fois avec des teintes qui peuvent être
très diverses: « Trop peu d’argent pour pouvoir m’offrir des vacances », « L’office des poursuites », « La non
obtention d’une pension alimentaire », « Mon curateur qui ne paie pas les factures », « Les payements sont
aussi un facteur de stress » ou encore « La gestion administrative trop conséquente », « Aller voir des autorités », « Ouvrir le courrier ». La précarité du lieu de vie est quant à elle citée 13 fois, « Se retrouver sans domicile fixe », « Pas de lieu de vie », « Aller en foyer » ou encore que « Des squatteurs envahissent mon appartement ». Les questions de régularité en termes de statut social inquiètent sept personnes, « Ne pas avoir le renouvellement de mon permis B », « La pression du SPOP, de rester sur le territoire lausannois illégalement »
ou encore « Les problèmes avec la police en lien avec mon statut ». Finalement, six personnes parlent des
questions en lien avec la justice « Les démêlés avec la justice », « Un jugement injuste ».
Les questions liées à la santé viennent en dernière position, étant présentes dans un tiers des cas (N=56). Sont
le plus souvent mentionnés les symptômes de type psychiatriques (N=48), sous-catégorie dans laquelle les
problèmes de sommeil sont surreprésentés « Mauvaises nuits », « Troubles du sommeil », « Insomnies », « Si
je manque trop longtemps de sommeil » ou encore « Angoisses », « Ruminations », « Hallucinations auditives », « Flashbacks », « Tristesse », « Idées suicidaires ». Les problématiques somatiques sont quant à elles
invoquées à 17 reprises, « Dyspnée plus marquée », « Maladie (incapacité à dormir, à avoir une vie normale
sans plusieurs hypo et hyperglycémies en un jour et sans avoir à penser au diabète », « Crise de fibromyalgie », « Douleurs neuropathiques », « Maux de tête ». Il est fait 10 fois référence à la médication, que ce soit
l’introduction d’un traitement « Introduction de Zyprexa® » ou d’un dosage trop élevé « Trop de Zyprexa® me
rend nerveux » ou au contraire trop bas « Manque de méthadone », ou encore l’oubli d’une prise « L’oubli de la
prise du médicament » ou son arrêt en raison d’effets secondaires « Quand j’arrête les traitements (car trop
d’effets secondaires, baisse de la libido, difficile quand on est en couple, une fatigue importante) » de même
qu’aux consommations de substances « Reprise de consommations de drogues », « Augmentation de la consommation d’alcool » ou encore « La consommation de cannabis ». Enfin il est fait mention à des problématiques de stress très générales (8 fois), à des difficultés de gestion émotionnelles (N=2) ainsi qu’au contexte de
sortie de l’hôpital (N=2) avec la crainte de ne pas bénéficier de suivi médical.
Finalement 104 personnes ont identifié des facteurs déclenchants d’un autre ordre. Ceux-ci étant aussi divers
que variés, en voici un aperçu non exhaustif : « Le bruit de gens qui chantent dans la rue », « Avoir des regrets
subits par rapport aux gestes autodestructeurs ayant eu lieu par le passé (défenestration et immolation) »,
« L’hypocrisie », « Une frustration trop importante », « Le fait d’être en société quand les gens boivent », « J’ai
beaucoup de peine à supporter le contact physique », « Certains climats tels que de grosses chaleurs »,
« Lorsque je suis en dehors de ma zone de confort ; se traduit par ce que je connais », « Difficulté d’avancer en
âge quand il n’y a pas d’améliorations », « Les transports publics », « Insatisfactions personnelles répétées
(sentiment d’illégitimité, d’imposture, de culpabilité) », « Je veux avoir raison », « L’orgueil » ou encore « La
peur de l’échec ».
8.1.3.2.3

Manifestations

Les manifestations de la crise ont été documentées dans presque tous les PCC (N=182) et chaque personne
en a exprimé en moyenne plus de huit. Elles ont été réparties en trois grandes catégories, les manifestations
symptomatiques, les manifestations comportementales et les manifestations relationnelles. La catégorie autre
regroupe des manifestations diverses et variées non homogènes.

32

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale

Manifestations et signes avant-coureurs d’une crise

Tableau 6 - Répartition des manifestations en cas de crise
Souscatégories

Sources Fréquence Verbatims
N = 182 N = 1570

Symptomatiques

157

782

« Pensées négatives »
« Agitation psychomotrice »
« Crises d’angoisse »
« Eléments de persécution (surveillance, micros, caméras, …),
interprétations »
« Vomissements »
« Idées suicidaires »

Comportementales

136

507

« Je ne réponds plus au téléphone, à peine aux sms »
« Pétage de plombs à retardement »
« Je mange de tout et n’importe quoi jusqu’à ce que je n’arrive plus rien à
manger »
« Je me réfugie dans le sommeil »

Relationnelles

38

58

« J’ai besoin d’une présence constante »
« Je demande à ce qu’on ne me parle pas »
« Irritabilité dans les interactions personnelles »

Autres

109

241

« Bouillonnement incontrôlable »
« A fleur de peau »

Les manifestations symptomatiques sont mentionnées dans 86% des cas (N=157) avec une moyenne de 8,7
symptômes par personne. Elles recouvrent les principaux troubles psychiatriques. La majorité d’entre elles sont
attribuables aux troubles dépressifs (N=228) « Humeur triste », « Perte de plaisir », « Je n’ai plus d’énergie »,
suivies par des manifestations somatiques (N=101) « Douleurs musculaires », « Vomissements », la plupart
pouvant être attribuées aux troubles anxieux, « Difficulté à respirer », « Tachycardie », « Cela ressurgit sous
forme de douleur dans la poitrine ». Viennent ensuite les manifestations de type maniformes (N=64) « Accélération des pensées », « idées de grandeur », « Projets mégalomaniaques ». Les manifestations d’anxiété autres
que somatiques sont présentes à 68 reprises, « J’ai des angoisses diurnes de plus en plus fortes», « Je souffre
de TOCs de vérification ». Les idées suicidaires, qu’elles soient scénarisées ou non apparaissent 63 fois, « ça
peut m’arriver d’avoir des idées suicidaires non scénarisées », « Une envie très forte, presque incontrôlable de
quitter la vie, qui tourne en boucle », « Tentamen ». Quant aux manifestations de type psychotique, elles sont
citées 59 fois « Hallucinations visuelles (animaux dans le ciel), voix /pensées qui disent, par exemple, comment
s’habiller », « Des autres personnes peuvent lire mes pensées », « Bizarrerie du comportement » et finalement
les automutilations à 6 reprises.
Les manifestations de type comportementales sont quant à elles présentes dans 72% des situations (N=136).
Chaque personne en a mentionné en moyenne au moins trois différentes. Dans la majorité des cas (N=65), les
personnes adoptent des comportements de retrait à même de se manifester sous diverses formes, soit de retrait en soi ou sur soi (N=105) « En retrait dans ma chambre, je ne réponds pas au téléphone », « Je me renferme », « Repliée sur elle-même ». Cela peut aller jusqu’à complètement couper le lien avec l’extérieur : « Je
ne sors plus de ma chambre et reste étendue pendant des heures », « Je ne réponds pas à mon Natel », « Je
ne réponds pas à mes mails », « Je ne viens plus aux rendez-vous », voire même perdre sa propre autonomie.
« Je ne suis plus autonome ». Le refuge dans le lit et/ou dans le sommeil est évoqué à 12 reprises « « Passe
beaucoup de temps couché », « Dors beaucoup pour fuir les pensées ». Le retrait ou l’abandon d’activités se
retrouvent à 29 reprises, « Je ne vais pas au travail et reste à la maison », « Ne plus faire d’activité de la vie
quotidienne (ménage, courses, repas) », « Je ne prends plus soin de moi, de mes affaires ».
Ces manifestations peuvent être mises en opposition avec celles d’un comportement plus bruyant, agressif,
voire violent, même (N=88), « Enervé physiquement (mouvements, casser des choses, crier, fuir) », « Nerveux », « Crise clastique (forte agitation comportementale) », de même qu’à celui actif de recourir à des produits (N=23) « Mise en danger avec consommation de produits », « Les personnes de mon entourage me
voient descendre ou boire verre sur verre de rosé ».
Ensuite, certaines personnes modifient leurs comportements alimentaires (N=14), que ce soit dans l’excès
« Manger de manière compulsive tout la journée », ou au contraire dans la restriction, « Je ne me nourris pas
ou très peu », « Je saute des repas ».
Finalement, de nombreux autres comportements sont identifiés (N=150), mais inclassables car très hétérogènes comme par exemple « Je tourne en rond dans mon appartement », « Dégoût », « Je commence à trembler quand je sors et que je vois quelqu’un qui me raconte quelque chose », « Je parle toute seule, ainsi je suis

33

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
reliée au réel » ou encore « Je joue plus aux jeux vidéo », « Je jette des photos ou des petits objets me rappelant mon passé ».
La sous-catégorie des manifestations dites relationnelles regroupe tout comportement qui implique une recherche active de contacts « Je demande beaucoup plus d’aide aux collègues », « Recherche de contact » ou
qui suppose une attitude particulière « Je ne supporte aucune réflexion ». Cela concerne 20 personnes et ce, à
30 reprises.
Pour terminer, la sous-catégorie autre collecte plutôt des sensations, sentiments ou émotions propres à la personne mais non imputables à un trouble en particulier (N=241) et qui sont exprimées de façon très diverses :
« Je suis plus sensible à tout ce qui m’entoure », « J’ai l’impression que je dégage quelque chose de négatif »
ou encore « Je me sens sale, un gros mal-être ». cent neuf personnes différentes ont signalé ce genre de manifestations dans leur plan de crise.
8.1.3.2.4

Stratégies

La catégorie des stratégies mobilisées ou mobilisables par la personne en cas de crise a été renseignée 178
fois, chaque personne en ayant identifié en moyenne 5. Les sous-catégories retenues sont accomplir une activité spécifique, avoir une relation avec quelqu’un, de prendre une médication, de recourir à des techniques spécifiques de gestion des émotions ou encore de consommer des substances psychoactives.
Tableau 7 - Répartition des stratégies

Stratégies personnelles mobilisées ou
mobilisables pour gérer une crise

Sous-catégories

Sources
N=178

Fréquence
N = 970

Verbatims

Faire une activité

158

545

« Aller marcher »
« J’écoute de la musique »
« Faire des exercices avec ma batte de baseball »
« Bain relaxant »

Avoir ou être en
relation

108

234

« Appeler un ami et aller boire un café »
« Discuter avec les professionnels pour trouver une solution »
« Raconter, causer »

Prendre un
médicament

72

107

« Utilisation de réserves de Temesta® »
« Augmentation momentanée de l’Abilify® »
« Prendre une réserve médicamenteuse »
« Ne pas faire de changements de médicaments dans ces moments de crise »

Techniques spécifiques de gestion
des émotions

36

70

« Technique de relaxation : comptage, respirations (crise de calme,
vagale), lieu sécure »
« Faire l’exercice de pleine conscience de 5 minutes »

Consommer des
substances
psychoactives

11

14

« Boire de l’alcool tout seul »
« Je fume plus que d’habitude, la cigarette étant un puissant antidépresseur »
« THC »

La plus grande partie des personnes (N=158), soit 89% d’entre elles, relèvent l’importance d’être occupé,
d’avoir ou de pratiquer une activité pour se décentrer de ses difficultés. dans cette catégorie, c’est le fait de
sortir ou aller marcher qui rencontre le plus de succès (N=78), soit presque la moitié des personnes : « Aller me
promener par n’importe quel temps », « Prendre l’air en marchant », « Je vais boire un café à l’extérieur ». Faire
du sport est également très couru (N=42), « Faire de la course à pied », « Natation », « Se dépenser physiquement », suivi de très près par la musique (N=41), en écouter « Ecouter de la musique classique », « J’écoute la
radio », « Musique relaxante pour limiter les voix » ou en faire « Je joue de la guitare », « Jouer du piano ».
Regarder un film ou lire est mentionné à 32 reprises, « Je regarde des trucs marrants à la télévision », « Aller
au cinéma avec mes enfants », « me poser un moment et lire un livre (un roman, entrer dans une histoire) ».
Prendre un bain ou une douche revient à 29 reprises « Prendre un bain avec des huiles essentielles, « une
douche chaude » et les activités de type créatives 26 fois « « Peinture », « Dessiner ou colorier qui permet de
vider le stress », « Broderie, crochet » ou encore « Faire de la photo ».
Se retirer, s’isoler est également mentionné comme stratégie (N=24) « Je me mets dans mon cocon », « Je
m’isole dans ma chambre car quand je suis seule je vais mieux » ou encore « Je dors pour oublier ». Quant aux
activités associées à la spiritualité, elles se retrouvent à 11 reprises « Prier », « Aller à la messe, pratiquer la
foi ». Finalement, la sous-catégorie autre (N=177) révèle des activités disparates et uniques comme par
exemple « Prendre un thé », « Cuisiner », « Structurer mes journées », « Travailler les pensées positives »,
« Donner des coups de main aux voisins du camping » ou encore « Faire une sieste ».
34

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
Contacter quelqu’un comme étant une stratégie pour gérer une crise est présent dans plus de 60% des cas
(N=108) avec plus de 2 personnes cibles par cas (N=234). Ce sont les contacts avec les proches qui se retrouvent le plus fréquemment (N=79), « Je peux appeler mon père », « Rencontrer de amis », « Je téléphone ou
vais rendre visite à mes proches », suivis de très près par les professionnels (N=71), « J’appelle mon infirmier
ou mon psychiatre ». Enfin, dans 37 cas la personne avec qui entrer en contact n’est pas mentionnée, « Conversation » ou encore « Augmenter les contacts sociaux ».
Le recours à une médication en cas de crise a été nommé à 107 reprises comme une stratégie et concerne 72
personnes, soit 40% des participants. La majeure partie du temps (N=37), il est fait expressément référence aux
anxiolytiques : « Prendre une réserve d’Anxiolit® », « Prise de Tranxilium® » et à 10 reprises aux neuroleptiques, que le nom soit spécifié ou non, « Demander une adaptation du Xeplion® », « Reprendre les neuroleptiques ». La prise d’une médication sans préciser lequel apparaît 21 fois, « Prendre des réserves au besoin ».
La catégorie autre (N=20) réunit, soit des substances comme la « Mélatonine », soit une médication de type
somatique, « Réserves Irfen® (douleurs tête après les pleurs) » ou encore, fait allusion à une adaptation de la
médication « Réévaluation du traitement médicamenteux ».
Les techniques spécifiques de gestion des émotions ou du stress sont évoquées par 36 personnes qui ont
presque toutes plusieurs techniques à leur actif, soit « Méditation pleine conscience », « Relaxation », « yoga »,
« Visualisation positive » ou encore de simples « Exercices de respiration ».
La stratégie la moins invoquée est celle de recourir à une substance psychoactive (N=11), l’alcool étant la plus
citée puisqu’elle apparaît à 7 reprises.
8.1.3.2.5

Personnes ressources

Plus de 94% des participants (N=173) ont mentionné des personnes ressources (N=891), soit une moyenne de
5 personnes chacune.

Personnes ressources mobilisables en cas de crise

Tableau 8 - Répartition des personnes ressources
Sous-catégories

Sources
N=173

Fréquence
N=891

Verbatims

professionnels

157

464

« Psychiatre, Dresse X, 021/******* »
« Référente infirmière, M. «
« Equipe du foyer »
« Urgences psychiatrique, 021/******* »

proches

146

427

« Ma maman, 076/******* »
« Mon père par communication vidéo (est au Portugal) ou appel »
« Julien, ami, 021/******, à Lausanne »

Une très faible majorité (N=157) de ces personnes a singalé davantage de ressources parmi les professionnels
du champ de la psychiatrie (N=464) avec deux à trois contacts chacune. Ce sont les psychiatres qui sont le plus
souvent nommés (N=78), suivi des infirmiers (N=72). Viennent ensuite le service des urgences psychiatriques
avec une fréquence de 43, les professionnels du socio-éducatif (N=36), puis les médecins généralistes qui sont
cités à 32 reprises, des psychologues (N=15) et les associations (N=13). Les curateurs et médecins de garde
de la ville sont également cités avec respectivement 8 et 6 références.
L’entourage proche a quant à lui été indiqué à 427 reprises par 146 personnes. Parmi les proches, c’est la famille qui est la plus souvent évoquée (N=197), les parents étant les membres les plus sollicités (N=72). Les
amis, voisins ou encore collègues de travail apparaissent, quant à eux,142 fois. A noter que dans 8 PCC, on a
également fait mention de membres de la famille à ne surtout pas contacter.
8.1.3.2.6

Traitements ou soins de préférence en cas de crise

Chacune des personnes ayant exprimé des soins ou traitements de préférence (N=167) en a exprimé plus de
trois différents (moyenne de 3,7/pers.). Dans l’ordre d’importance, les contenus des PCC à ce sujet reflètent le
souhait de mobiliser en premier lieu le réseau professionnel existant (N=156), en second lieu de modifier, en
général d’augmenter le traitement (N=151). Ce sont ensuite des attitudes particulières qui sont demandées
(N=106), puis des souhaits en rapport à l’hospitalisation (N=50). Les offres alternatives sont évoquées à 23
reprises et la contrainte est évoquée dans 10 cas de figure.

35

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
Tableau 9 - Répartition des soins et traitements de préférence en cas de crise

Traitement ou soins de préférence en cas de crise

Sous-catégories

Sources Fréquence
N=167
N=614

Verbatims

Mobilisation du
réseau de soins
actuels

112

156

« 1 à 2 séances auprès de ma psychiatre la Dresse X »
« Plus d’entretien avec le personnel infirmier »
« Augmenter la fréquence des entretiens à domicile »

Médicaments

84

151

« Augmentation momentanée de l’Abilfy®»
« Privilégier si possible les anxiolytiques »
« Le passage aux gouttes si besoin est »
« Recevoir du zolpidem® pour dormir »

Attitudes
particulières

60

106

« Etre à l’écoute »
« Me rassurer »
« Me soutenir sans me juger »
« Etre plus directif avec moi »
« Me dire ce qu’on veut faire de moi »

Hospitalisations

45

50

« J’accepte d’être hospitalisé en cas de besoin »
« Hospitalisation en admission volontaire en dernier recours »
« Si malgré tout une hospitalisation, alors une chambre seule »

Offre alternative

18

23

« Contacter la maison X car je ne veux pas être hospitalisé »
« Suivi intensif : 3 à 5 entretiens médico-infirmier par semaine à la
consultation ou à domicile selon l’état de la patiente »
« Privilégier au cas où un centre de jour »
« Médecines alternatives »

Contrainte

8

10

« J’aimerais bénéficier en premier recours d’injection en cas
d’agitation »
« Aller en chambre de soins pendant 1 semaine ou 2 au maximum »

Presque les deux tiers des personnes ayant exprimé des préférences en matière de soins et de traitement
(N=112) souhaitent pouvoir augmenter la fréquence et l’intensivité du suivi par le réseau professionnel déjà en
place, ce point apparaissant jusqu’à 156 fois avec parfois des nuances ou spécificités soit reliées au type de
professionnels, soit au lieu des rendez-vous : « Je souhaite voir plus régulièrement mon psychiatre et mon
infirmier et pouvoir appeler en cas de besoin », « Un entretien par jour par un soignant me paraît nécessaire », « Le passage du CMS matin et soir ».
Un moins grand nombre de personnes (N=84), soit environ une personne sur deux, ont une préférence pour la
médication, mais lorsqu’elles en ont, elles expriment une telle préférence, il y a bien plus d’un souhait (N=151). :
les indications vont d’une expression généralisée d’introduire ou d’augmenter une médication, « Intensifier la
médication », « Avoir de réserves » et c’est une majorité (N=71), à des préférences plus précises, le médicament ou le type de traitement souhaité étant alors nommé : « Seroquel® et Temesta® en réserve », « Les injections de Xeplion me conviennent très bien », « Médicaments apaisants : Akineton® + Anxiolit® », « Comme
traitement le clopixol me convient très bien, mais je souhaite le prendre à court terme et reprendre ma médication habituelle le plus rapidement possible ». Les catégories de traitement les plus souvent évoquées sont les
anxiolytiques (N=24), suivies des neuroleptiques (N=16), des antidépresseurs (N=5) et des stabilisateurs de
l’humeur (N=3). Parfois il est également fait mention du type de prise « Des calmants par voie orale », « Eventuellement une injection » ou encore « Si je dois aller en chambre de soins intensifs, je désire un traitement
d’urgence de Clopixol®/Akineton®/ Temesta® ». Enfin, deux personnes spécifient qu’elles ne veulent pas de
médicaments et deux autres qu’elles ne souhaitent surtout pas toucher à leur traitement.
Des attitudes particulières sont souhaitées de la part de 60 personnes différentes qui en décrivent parfois plus
d’une (N=106) : la majorité de ces attitudes se réfèrent à des compétences d’écoute et de transparence, « J’ai
besoin d’écoute », « Prendre le temps de m’écouter », « Surtout les entretiens plus que les médicaments »,
« Qu’on soit adéquat avec moi », « Etre compréhensif », « Lui laisser une marge de manœuvre (pas trop envahissant) », « Que les intervenants me fassent part de leurs observations », « Me parler pour savoir ce qu’il se
passe ». Certaines personnes nomment d’autres types d’approche comme « Un massage pourrait me faire du
bien », le fait d’aller les chercher : « Venir me trouver », « Prendre de mes nouvelles » ou au contraire d’être
plus directif : « d’insister pour me mettre en phase de dialoguer », « de mettre un cadre contenant, aller un moment dans une chambre ». Trois personnes demandent également de l’aide et du soutien pour l’entretien de
leur ménage.
L’hospitalisation est évoquée à 50 reprises dans les PCC. Si 12 personnes expriment explicitement le souhait
d’être hospitalisées si nécessaire «Eventuellement une hospitalisation », « Envisager une courte hospitalisation
36

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
si trop d’envies suicidaires », 9 autres ne souhaitent l’être que sur un mode volontaire et/ou en dernier recours :
« J’aimerais une hospitalisation de décharge volontaire (une semaine) afin de me protéger de moi-même »,
« Hospitalisation en admission volontaire en dernier recours », « Hospitalisation en dernière instance », et l’une
exprime le souhait de ne pas être hospitalisée « Eviter l’hospitalisation psy ». De surcroît, nombreux sont les
patients (N=20) qui précisent que s’il devait malgré tout y avoir une hospitalisation, alors ils aimeraient que ce
soit dans un lieu précis déjà connu : « Je préfère une hospitalisation à X où se trouve mon réseau et où j’ai mes
repères » ou encore des dispositions particulières « Si malgré tout une hospitalisation  une chambre seule ».
Vingt-trois alternatives au réseau habituel ou à l’hospitalisation sont désirées par les usagers, certaines en lien
avec des lieux d’accueil ou associations spécifiques, 1 en court séjour, 1 en centre de jour et 5 nécessitant
l’intervention d’une équipe mobile ou d’un infirmier à domicile.
Enfin 4 personnes nomment comme souhait des interventions généralement associées à de la contrainte : « Si
je suis très décompensée, j’ai besoin de la chambre de soins, sinon la normale », « Je souhaite qu’on me fasse
une injection d’Haldol® avant d’utiliser la contention physique (selon la législation sur le droit des patients), car
je sais que cela me calme et me fait dormir ». Deux autres émettent le souhait suivant, si malgré tout elles se
retrouvaient en chambre de soins : « En CSI, je désire que l’on vienne me voir régulièrement et pouvoir regarder la TV car cela m’apaise ». Deux autres indications suggèrent qu’il ne s’agit pas du choix de la personne
concernée « Aucune alternative proposée par la patiente  si pas de réponse aux entretiens  PLAFA » ou
encore « Police si réfractaire, patiente avisée ».
8.1.3.2.7

Traitements ou soins à éviter en cas de crise

L’analyse des données a mis en évidence que 109 personnes ont exprimé des désirs quant aux soins et traitements à éviter (N=247), avec une moyenne de 2,3 par personne. Ces derniers peuvent être classés selon qu’il
s’agit de médicaments ce qui concerne 40% des personnes qui se sont exprimées dans cette rubrique, de contraintes, et cela concerne un peu moins de 40% d’entre elles et d’hospitalisations dans 25% des cas.

Traitement ou soins à éviter en cas de crise

Tableau 10 - Répartition des soins ou traitements à éviter en cas de crise
Souscatégories

Sources Fréquence
N=109
N=247

Verbatims

Médicaments

45

91

« Solian® car provoque des impatiences et sédation »
« Les injections »
« Surdosage médicamenteux : je ne veux pas être un légume »

Contrainte

41

68

« Eviter la chambre de soins »
« La police »
« Qu’on m’attache »
« Hospitalisation en PLAFA car c’est dur de se dire que c’est quelqu’un
qui décide pour nous de ce qui est bon »

Hôpital

28

30

« Ne pas revenir à l’hôpital je souhaite être suivi en ambulatoire »
« Pas d’hospitalisation à l’hôpital de X »

Autres

29

32

« Ne pas être considéré que comme un alcoolique »
« Je ne veux pas que les autres fassent des démarches à ma place »
« Acharnement thérapeutique »

Ce que les personnes souhaitent le plus éviter en cas de crise ce sont certains médicaments (N=91). Dans la
majorité des cas (N=28), des effets secondaires sont décrits « Le Clopixol®, parce que c’est un traitement lourd
(beaucoup d’effets secondaires, fatigue plus que les autres traitements », « Seroquel® » : il provoque des
troubles de l’élocution et une baisse de tonus », « Pas de fluoxétine car phase maniaque rapidement », mais
dans 18 autres situations, les raisons ne sont pas précisées « Abilify® », « Trittico® ». Ce sont majoritairement
les neuroleptiques qui sont incriminés. A 13 occasions, c’est le type de prise médicamenteuse qui est cité
comme problématique, pas toujours argumenté, « Les injections, c’est trop intrusif », « Je ne souhaiterais pas
reprendre de médicament par voie orale, sentiment qu’il reste coincé dans la gorge, nausée » et à 13 autres, il
est fait référence au dosage « Je ne souhaite pas me retrouver apathique en raison de prises de neuroleptiques
à hautes doses », « Eviter un dosage trop élevé, cela fait déjà dix ans que j’en prends ». Parfois, également il
est fait allusion à des expériences passées difficiles « Médicaments…ma mère s’est droguée aux médocs, et a
essayé de suicider avec (pendant des années) ».
En deuxième lieu, c’est la contrainte que les personnes voudraient éviter (N=68). C’est à la chambre de soins
intensifs qu’il est fait le plus souvent allusion (N=23), « Chambre de soins. Aucun intérêt », « Il faut me laisser
seule, mais surtout pas la chambre de soins, je me retiens comme un lion en cage, encore plus en colère »,
« La chambre de soins avec injections de neuroleptiques serait la pire des choses vu que je perçois ce traitement comme de la torture ». A 9 reprises, il est fait référence à des attitudes à éviter « L’enfermement parce
37

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
que je n’aimerais pas être enfermé », « De l’agressivité envers moi », « Ne pas me forcer à changer de décision » et 2 d’entre elles sont liées à l’intervention de la police « Je souhaite éviter l’intervention de la police dans
la mesure du possible car je trouve cela très humiliant et violent ». Viennent ensuite les contentions physiques
ou mécaniques (N=5), « Contention (attaches ou chambre de soins intensifs) qui me procurent beaucoup
d’angoisses » ou encore « Camisole de force ». En fin de compte, c’est l’hospitalisation sans consentement qui
est non souhaitée à 4 reprises « « Etre hospitalisé sans mon accord, je ne voudrais plus revivre ça. Il faudrait
me parler avant de m’hospitaliser sans mon accord, me dire ce qu’on veut faire de moi ».
Un quart des personnes ayant renseigné la rubrique des soins et traitements à éviter mentionne l’hôpital, que
ce soit de façon générale « Eviter d’être hospitalisé car j’ai un sentiment de prison », « J’aimerais tout simplement éviter de retourner à l’hôpital », « Cherche d’éviter l’hôpital dans un premier temps, d’en parler avec ma
référente, parce que l’hôpital me fait peur et d’après moi ça n’apporte rien. Vu les stratégies que j’ai déjà essayées, ça n’apporte rien bien au contraire. Ça ne rapporte rien et je me sens triste, et ma fille ça la rend triste
et ce n’est pas une bonne idée après avoir essayé une dizaine de fois » ou fait référence à un établissement
hospitalier en particulier.
Dans la catégorie autre, il est fait mention d’attitudes spécifiques ou de contextes particulier à éviter « Ne pas
me comparer avec quelqu’un d’autre », « Exposition devant plusieurs étudiants », « Ne pas dire que les voix
télépathiques n’existent pas » ou encore « Eviter le changement de médecin qui perturbe ».
8.1.3.2.8

Mesures de préservation de l’environnement

Un peu moins de 60% des plans de crise conjoints (N=108) comportent des informations dans la rubrique des
mesures à prendre pour préserver l’environnement de la personne en cas de crise. Ces dernières, entre deux et
trois par personne, peuvent être réparties en quatre sous-catégories qui sont les personnes à informer (N=144),
les mesures administratives concrètes à prendre (N=46), les mesures visant la préservation du domicile (N=42)
et enfin celles visant le travail (N=24).

Mesures de préservation de l’environnement

Tableau 11 - Répartition des mesures de préservation de l’environnement
Sous-catégories

Sources
N=108

Fréquence
N=256

Verbatims

Personnes à
informer

96

144

« Contacter Mme I., curatrice (021/*******) »
« Prévenir l’institut et mes parents »
« Mon psychiatre »

Mesures visant
les tâches
administratives

30

46

« Me transmettre mon courrier, mon PC, ma carte de paiement
jaune avec le boîtier pour saisir le code »
« Je suis d’accord que mon référent du foyer ouvre mon courrier et le transmette à mon curateur le cas échéant »
« Une assistante sociale pour effectuer les paiements et suivi
de courrier »

Mesures visant
l’entretien du
domicile

26

42

« Reprendre mes clés de mon logement si je suis hospitalisé
(afin que personne ne squatte mon logement) »
« Contacter ma cousine et ma mère qui se déplacera du Portugal pour gérer la maison et mes enfants, je ne veux pas qu’ils
soient placés en foyer »
« Pour mes fleurs et plantes d’appartement, soit la concierge,
soit une voisine »
« Confier mon chat à la SPA »

Mesures visant le
milieu professionnel

17

24

« Avertir l’employeur le plus vite possible »
« Que mon travail ne soit pas averti »

La catégorie des personnes à informer est la plus fréquemment citée (N=144). Elle comporte soit des noms ou
des rôles avec un niveau de précisions très divers, « Jean-Michel », « Contacter ma mère », « Avertir M. F.,
curateur, enfants », « M, Y. téléphoner, le prévenir en cas d’hospitalisation, tél : 078/******* », et même avec des
prescriptions spécifiques comme « Fille pourrait apporter le nécessaire de toilette, vêtements ». Pour les mesures visant à la gestion des tâches administratives (N=42), elles comprennent soit des informations quant au
courrier, « X. relève mon courrier et le dépose dans mon studio », « Le courrier sera transféré à X. (adresse,
nom et n° de tél. » soit concernant les factures « Voir rapidement une assistante sociale pour les factures »,
« Payements, loyer, assurances ». Concernant la mesure spécifique visant à préserver le domicile et tout ce qui
s’y rapporte comme les enfants et les animaux domestiques (N=42), la plupart du temps, il s’agit ce sont des
personnes qui sont désignées pour le faire : « Mes proches ont la clé, ils s’occupent de l’appartement », « Je
souhaite que mon enfant soit pris en charge par mes parents, son père ou la garderie » ou encore « Nourriture
et de l’eau pour mes animaux de compagnie ».
38

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
Quant aux mesures visant le monde professionnel (N=24), elles précisent soit de demander un certificat de
travail « Avertir l’employeur de l’arrêt maladie », soit d’informer l’employeur ou un collègue sans pour autant
préciser la teneur du contenu des informations à donner « Prévenir mon employeur », « Prendre contact avec
ma collègue N. au 076/******* ». A une seule reprise il est demandé au contraire de ne pas l’avertir.
Dans la majeure partie des cas cités dans la rubrique des mesures concrètes à prendre, il n’y a pas de coordonnées pour joindre les personnes désignées lorsqu’il y en a pour effectuer les tâches déléguées par les usagers.
8.1.3.3

Qualité des contenus PCC

Le tableau 12 ci-dessous présente les scores qualité pour 10 des 12 thématiques principales du PCC, soit
celles qui font sens et pour lesquelles il y a plusieurs niveaux de qualité d’informations potentiellement attendus
ou demandés dans le support, et s’accompagne de quelques commentaires. Pour rappel, il s’agit de l’évaluation
de la qualité des informations contenues dans les PCC avec des scores allant de 0 lorsque l’information est
absente ou très vague, à trois au maximum lorsque l’information est complète et suffisamment claire pour être
utilisée, appliquée ou comprise par quelqu’un de complètement externe à la situation. A titre d’exemple, les
données contenues sous « personnes ressources » étaient évaluées à 0 si aucune information n’était présente,
à 1 s’il y avait soit le nom ou le prénom ou le rôle de la personne en question, à 2 s’il y avait nom ou prénom et
n° de téléphone et à 3 s’il y avait nom ou prénom, n° de téléphone et rôle. Autre exemple dans la catégorie des
« soins et traitements à éviter », le score était de 0 s’il n’y avait aucune indication, de 1 s’il s’agissait d’une information vague ou générale comme une classe de médicaments ou une hospitalisation, à 2 si le nom du médicament ou le type d’hospitalisation était spécifié et à 3 si ces informations s’accompagnaient des raisons du
refus, en particulier des effets secondaires précis ou du vécu ou des antécédents spécifiques en lien avec la
mention hospitalisation. Ici à nouveau ces scores ont été ajustés en fonction de la présence ou non de cette
rubrique dans les supports PCC, sans quoi les résultats seraient complètement biaisés. En effet, une rubrique
absente donnerait forcément un score de 0, alors qu’il s’agit d’une information complètement différente de la
situation où la rubrique est présente mais ne contient aucune information, ou seulement des informations très
vagues, raison pour laquelle nous y avons donc ajouté une colonne indiquant la présence ou non de la rubrique.
L’accord entre chercheurs lors du codage qualitatif des contenus des PCC a quant à lui été évalué sur
l’ensemble des 12 thématiques principales à l’aide d’un coefficient Kappa pondéré. Variant entre 0.72 (bon) et 1
(excellent) le coefficient Kappa pondéré moyen étant légèrement supérieur à 0.90, il peut donc être estimé
comme très bon (1, 2). La fidélité interjuge du score total a été évaluée à l’aide du coefficient de corrélation
intra-classe (ICC (2,1)) et peut être considérée comme excellente avec un score total de 0.946.
Tableau 12 - Scores qualité ajustés des contenus PCC
Thématiques

Présence (N)

Score qualité ajusté (moyennes)

Suivi actuel

155

2.19

Facteurs déclenchants

176

1.96

Manifestations

184

2.54

Stratégies

184

2.22

Personnes ressources

184

2.13

TTT de préférence en cas de crise

184

1.68

TTT à éviter en cas de crise

151

1.33

Préservation de l’environnement

155

1.11

Signature patient

172

1.78

Signature autre

144

1.35

Score qualité total/PCC (moyenne)

8.1.3.4

21.84

Fréquence de remplissage des rubriques du PCC

Le tableau 13 ci-dessous présente la fréquence de remplissage des diverses rubriques thématiques constitutives des PCC après ajustement des résultats selon que la thématique était présente ou non dans le document
analysé. En effet, la fréquence de remplissage serait nulle si la thématique n’y figurait pas, ce qui fausserait par
conséquent les résultats. Pour rappel, nous y avons donc ajouté une colonne indiquant la présence ou non de
la rubrique. Le tableau est suivi d’une description synthétique des données.

39

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
Tableau 13 - Fréquence de remplissage des rubriques du PCC
Thématiques

Présence (N)

Fréquence % (ajustée)

Sujet

184

63.6%

Suivi actuel

155

91.6%

Facteurs déclencheurs

176

94.8%

Manifestations

184

98.9%

Stratégies

184

96.7%

Personnes ressources

184

94.0%

TTT de préférence en cas de crise

184

90.7%

TTT à éviter en cas de crise

151

72.1%

Préservation de l’environnement

155

69.7%

Date

172

44.1%

Signature patient

172

45.9%

Signature autre

144

42.4%

Les données mettent en évidence de très bons, voire d’excellents taux de remplissage des rubriques « suivi
actuel », « facteurs déclenchants », « manifestations », « stratégies », « personnes ressources » et « soins et
traitements de préférence en cas de crise » puisqu’ils sont tous au-delà de 90%, allant de 90.7% à 98.9%. Ce
taux reste bon, autour des 70% en ce qui concerne les rubriques « soins et traitements à éviter en cas de
crise » et « préservation de l’environnement » avec respectivement 72.1 et 69.7%. Il chute à 63% pour la rubrique « sujet », et descend en dessous de 50% pour ce qui est de la date et des signatures patient et autre
avec respectivement 44.1%, 45.9% et 42.4%.
8.1.3.5

Cohérence des contenus

A la lecture des PCC, les contenus apparaissent cohérents et consistants dans le sens où ils suivent la trame
logique interne des documents PCC, où aucun usager n’a totalement refusé toute forme de soins ou de traitements et où les préférences sont conformes aux standards de soins accessibles et en vigueur.
8.2

Phase 2 : Résultats issus des entretiens

Au total, 24 personnes ont participé aux entretiens avec une répartition à parts égales entre usagers et professionnels. Aucun proche n’a participé à l’étude. En effet, dans la majorité des cas, les proches n’ont pas figuré
dans le PCC. L’Ilot, association de proches des troubles psychiques, a été sollicité pour contribuer aux recrutements. Les deux proches recrutés par l’Ilot ont refusé de participer, le premier, en raison d’un conflit avec le
proche malade qui a rédigé le plan de crise conjoint et, le second, en raison d’une fragilité psychique personnelle.
8.2.1

Profil des usagers

L’âge moyen des usagers interviewés est de 45.8 ans et la majorité sont des femmes (9/12). Les trois contextes
de soins sont représentés avec la répartition suivante : hôpital (1), ambulatoire (6) et hébergement (5). En ce
qui concerne leur profil clinique, la majorité est concernée par une maladie psychiatrique depuis onze ans ou
plus (7/12) contre 3 depuis ix à dix ans et 2 depuis moins de cinq ans. La répartition des diagnostics est la suivante : 4 troubles de l’humeur, 3 psychoses, 1 trouble anxieux, 1 troubles de la personnalité, 1 abus de substances, 1 syndrome d’Asperger et 1 trouble alimentaire. Enfin, la majorité des usagers détient un PCC depuis
moins d’une année (8/12) contre 2 depuis un à trois ans et 2 depuis trois à cinq ans.
8.2.2

Profil des professionnels

L’âge moyen des professionnels interviewés est de 36.9 ans et la majorité sont des femmes (11/12). Les trois
contextes de soins sont représentés avec la répartition suivante : hôpital (5), ambulatoire (3) et hébergement
(4). La majorité d’entre eux sont des infirmières (8/12) avec ensuite, un professionnel de chaque corps de métier suivant : assistante sociale, éducatrice, ergothérapeute, psychologue. Pour le nombre d’années
d’expériences professionnelles, la répartition est la suivante : 6 entre six et dix ans, 4 entre onze ans et plus et 2
depuis moins de cinq ans. En ce qui concerne le PCC, la majorité n’a pas reçu de formation (9/12).
8.2.3

Contenus des entretiens

Les résultats sont présentés selon les thématiques principales issues des entretiens. Des verbatims viennent
les étayer, qu’ils soient issus des entretiens de professionnels ou des entretiens d’usagers. Ils apparaissent en
40

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
italique dans le texte, précédés de la lettre P ou U selon qu’il s’agit respectivement des propos d’un professionnel ou d’un usager : cet ordre a été défini de façon arbitraire et ne signifie en aucun cas que les verbatims des
professionnels sont plus importants que ceux des usagers. Chaque fois que c’est possible, donc chaque fois
qu’une personne est concernée, au moins un verbatim issu de chacun d’eux est exposé, et plus même, selon
leur répartition numérique. En outre, lorsque les usagers se sont davantage exprimés que les professionnels
sur une thématique, les verbatims d’usagers viennent alors en première position. Lorsque des sous-catégories
thématiques ont été identifiées, un tableau vient compléter le texte. Ce dernier comprend des données quantitatives montrant la fréquence d’apparition de ces sous-catégories et des verbatims viennent les illustrer mais ne
sont pas forcément représentatifs, raison pour laquelle une description quantitative et qualitative plus exhaustive des données est présentée pour chaque catégorie de façon à rendre compte de leur diversité.
L’accord entre chercheurs lors du codage qualitatif des entretiens a été évalué sur les 10 thématiques principales à l’aide du coefficient Kappa. Variant entre 0.5 (modéré) et 1 (excellent), le coefficient Kappa moyen étant
de 0.95, il peut donc être estimé comme excellent (1, 2).
8.2.3.1

Définitions

Usagers et professionnels ont été invités, en fin d’entretien, à donner leur définition du plan de crise conjoint au
moyen de la question suivante : « Finalement, quel serait votre définition du plan de crise conjoint ? ».
Le PCC est majoritairement perçu par les professionnels comme un outil de prévention et de gestion des rechutes (Np=8). Pour certains, il prévient les ré-hospitalisations et permet, lorsque celles-ci sont nécessaire,s
qu’elles se passent dans de bonnes conditions afin de limiter un éventuel vécu traumatique (Np= 3).
P : …, je le vois vraiment comme un outil pour éviter les rechutes et s’il y en a, comment éviter l’hospitalisation,
et s’il y en a pour que ce ne soit pas trop traumatisant.
P : Ce serait un outil qui permet d’éviter la rechute, ce serait un outil qui permet d’échanger avec le patient de
ce qu’il peut faire pour prendre soin de lui et continuer à aller mieux. Vraiment j’aurais en tête outil de prévention, puis outil qui travaille autour de l’alliance.
Pour les usagers, le PCC est majoritairement perçu comme un outil personnel utile et pragmatique auquel il est
possible de se référer à tout moment (Nu=7). Le fait qu’il contribue à la gestion des rechutes est évoqué alors
que son utilité lors d’hospitalisations n’apparaît pas dans les définitions données par les usagers
U : Un outil utile et pratique, qu’on peut utiliser tous les jours pour garder la tête hors de l’eau, oui vraiment.
U : C’est un pense-bête. C’est comme ça que je vois les choses.
Le PCC est aussi perçu par les professionnels et, dans une moindre mesure, par les usagers, comme un outil
de communication et de collaboration entre l’usager, les professionnels et les proches, notamment sur les stratégies à adopter en cas de crise (Np=7, Nu=2).
P : …, et puis ce papier lui appartient, ce document lui appartient et il pourra le transmettre à des soignants, à
son réseau de professionnels, …
P : C’est un outil pratique qui permet de prévenir et de gérer au mieux les situations qui pourraient être compliquées et avec la collaboration de qui ils veulent.
U : C’est un plan de secours qui permet à ma famille d’être rassurée aussi, (…). Avec ça ils ont une méthode et
ils ont l’autorisation d’agir, donc c’est aussi un soulagement pour eux.
Enfin, le PCC est perçu par les deux parties comme un outil personnel qui favorise l’alliance thérapeutique et,
qui permet au patient de faire entendre et respecter sa volonté et ses choix (Np=5, Nu=3).
P : …, qui est quand même un document axé sur les besoins du patient, on respecte la volonté du patient dans
la mesure du possible, …
U : …, et qui sont des questions très constructives pour moi et puis en même temps, les réponses sont individuelles aussi donc c’est important, …
8.2.3.2

Démarche PCC

Usagers et professionnels ont été invités à raconter leur expérience pour chacune des trois étapes principales
que comporte la démarche soit : L’élaboration du PCC, l’application du PCC et la révision du PCC. Pour chaque
étape, les résultats sont présentés en deux parties. La première, présentée sous forme de tableau, contient les
sous-catégories, avec pour chacune le nombre de personnes qui se sont exprimées (sources), le nombre de
citations (fréquence) et une illustration par verbatim. La deuxième, sous forme de texte, présente la synthèse
des résultats.

41

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
8.2.3.3

Elaboration

La première étape qu’est la rédaction a été investiguée avec la question principale suivante : « Racontez-nous,
s’il vous plait, votre expérience dans l’élaboration des plans de crises conjoints ». Des questions de relance
ouvertes ont permis d’investiguer les sous-catégories. Le contexte dans lequel a été élaboré le PCC a été investigué. Les participants ont ensuite été amenés à mentionner sur l’initiative de qui et avec qui le PCC a été
élaboré pour ensuite raconter comment l’outil a été présenté. La sous-catégorie « appropriation » traite du sens
que les participants donnent à l’outil. Enfin, les participants ont finalement été amenés à s’exprimer sur les modalités de sauvegarde et de diffusion du PCC.
Tableau 14 - Répartition des sous-catégories de la thématique élaboration
Sous-catégories

Sources
N=23

Fréquence
N=280

Verbatims

Contexte

20

40

P : …, je l’ai proposé à plusieurs personnes, dans des contextes et des
pathologies, des problématiques différentes, pour différents objectifs, et
puis ça s’est fait en entretien individuel pour laisser le plus possible à la
personne la guidance de l’élaboration.

Initiative

9

20

P : …, Ça part toujours d’une proposition de ma part

Avec qui

16

32

U : J’ai rempli une partie seul et une partie avec ma référente,…

Présentation

20

32

U : On me l’a présenté pour pas que j’aille en chambre de soin quand
j’étais hospitalisée. On a discuté, on a établi des stratégies,

Appropriation

11

29

P : …, en gros pour moi, c’est de travailler autour des symptômes et puis
des signes annonciateurs de la maladie, d’élaborer autour vraiment des
premiers signes, à quel moment on s’alarme, qu’est- ce qu’on peut mettre
en place pour le patient, qu’est-ce qui est utile pour lui, qu’est-ce qui peut
l’aider ou ne pas l’aider.

Rédaction

23

61

P : Oui, c’est le patient qui note. Alors, pour certains patients ils préfèrent le
remplir dans une chambre et puis on me l’amène et on retravaille dessus et
on élabore un peu plus loin. Parfois ça s’est fait à deux, parce qu’ils avaient
besoin de l’aide. Je demande au patient d’écrire.

Sauvegarde

14

22

U : Oui, et puis après ça j’ai mes parents qui ont une copie, j’ai ma sœur
qui a une copie et puis j’ai tout l’entourage de la fondation qui m’entoure,
donc mon infirmière, mon référent le représentant de la fondation X.

Diffusion

23

53

U : On m’a envoyé une copie. Ah oui ils l’ont donnée à Mr. K., mon psychologue, et mon psychiatre aussi je pense.

En tant qu’outil transverse, le PCC est utilisé dans différents contextes. Pour certains professionnels, la pratique
du PCC s’inscrit dans le cadre d’une injonction institutionnelle. Comme évoqué précédemment, l’engagement
des deux parties dans le processus est perçu comme important. Il en résulte que le PCC n’est pas élaboré avec
chaque patient. Pour les patients hospitalisés, le PCC est principalement réalisé dans la phase de préparation à
la sortie (Np=4).
P : La première étape, en règle générale c’est une semaine avant la sortie qu’on le propose au patient.
P : Donc je le présente au patient, c’est plutôt le dernier outil qu’on utilise, c’est pendant que le patient est hospitalisé, c’est proche de la sortie de l’hôpital en général.
En ce qui concerne l’engagement des deux parties, le sens d’utiliser un PCC survient majoritairement au décours d’une crise et/ou de période de fragilité (Np=5, Nu=5).
P : …, ou alors je le fais quand une personne a commencé à travailler et qu'il commence à se passer des
choses, des symptômes ou des manifestations et que la personne est un peu perdue…enfin ne sait pas comment faire avec, …
U : Par rapport à mes problèmes de santé, elle a essayé de gérer mes crises d’angoisse et tout ça et mes traitements. (…). Et puis c’était dans une période assez difficile de ma vie, donc elle m’a parlé de ça.
P : …, dans l’après-coup, j’ai souvent l’impression qu’il y a eu une crise, une hospitalisation d’urgence et puis
que pour en sortir, pour éviter un peu ce type de situation, on décide d’en faire un avec le résident.
Le PCC est aussi utilisé avec des patients rétablis dans le contexte de prise en charge au long court dans un
contexte d’hébergement ou à domicile (Np=2).
P : …, Parce qu’on a un groupe de parole ici où on tourne avec quelques thèmes et puis régulièrement on le
présente, et si les gens sont intéressés, on poursuit dans le cadre d’un entretien individuel.
42

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
P : …, j’ai des clients et clientes qui, depuis sept ans n’ont pas été ré-hospitalisés pour certains, pour d’autres
oui, mais avec ces clients-là, à chaque entretien la question de la rechute et la question de repérer les premiers
signes de décompensation ou d’éviter les facteurs de stress sont abordées pendant quasi toute l’année.
En ce qui concerne l’initiative d’utilisation, elle provient principalement des professionnels (Np=6, Nu=1). Deux
professionnels précisent que la demande peut aussi venir des proches.
P : …, Je dirais que, souvent mon expérience a montré que c’étaient les proches qui étaient aussi assez demandeurs de vers qui se tourner si cela n’allait va pas, comment faire, et puis là on se réfère au plan de crise
conjoint, …
U : L’infirmière, mais je ne me souviens plus trop bien…
L’étape de la rédaction se démarque par sa complexité. Elle comprend en effet elle-même plusieurs sousétapes, mais est toujours réalisée au minimum à deux, un patient et un professionnel (Np=9, Nu=6). Les
proches sont parfois intégrés à la démarche sur demande du professionnel ou du patient mais dans un second
temps. Un soignant rapporte l’avoir réalisé en présence du compagnon ; un autre, lors d’un entretien de réseau.
P : Oui. Je l’ai toujours construit avec des patients, puis quelquefois, j’ai intégré les proches dans un second
temps.
P : …, on reprend avec le patient à la sortie au réseau ou qu’on fait même pendant le réseau.
U : J’ai rempli une partie seul et une partie avec ma référente. On a fait comme ça.
Le PCC est présenté aux patients par les professionnels comme un outil personnel concret qui contient les stratégies individuelles et/ou avec les proches et les professionnels à mettre en place en cas de crise (Np=5,
Nu=6).
U : Que c’était un document qui pouvait être utile à l’entourage pour réagir en cas de problèmes psychologiques, en cas de dépression, ça dépend des gens, des problèmes qu’on peut avoir, mais effectivement comment réagir, comment reconnaître les symptômes, …
P : C’est vrai que moi j’essaie de le présenter au patient pour que ce soit une ressource pour lui, pour qu’il
puisse avoir des références de personnes à qui s’adresser quand ça ne va pas. Pour avoir un peu les signes
annonciateurs et puis aussi les stratégies qu’il peut mettre en place dans les situations de crise ou de pré-crise.
Un patient rapporte que le PCC lui a été présenté comme un outil de prévention pour éviter une mise en
chambre de soins intensifs et donc l’exercice de la contrainte.
U : On me l’a présenté pour pas que j’aille en chambre de soin quand j’étais hospitalisée. On a discuté, on a
établi des stratégies. Comme quoi si jamais j’avais besoin de…de plus de médicaments je devais les demander
de mon propre chef, sinon j’allais en chambre de soin, …
Pour les professionnels, rédiger un plan de crise conjoint n’est pas systématique dans la mesure où il est important que les deux parties, professionnels et patients, y mettent du sens dans un contexte donné. L’engagement
du patient dans le processus semble important et nécessite plusieurs entretiens : présentation de l’outil, réponses aux questions du patient, discussion du sens, etc. (Np=9, Nu=4).
P : Après je ne le propose pas à chaque fois, c’est vraiment dans la discussion que, en général, je parle de cet
outil, je montre la feuille et puis je demande si c’est quelque chose qui pourrait les intéresser, ou pas. Et ce sont
eux, finalement qui décident. Donc moi je conseille, je propose ça et puis ce sont les personnes qui décident.
P : Je l’utilise parce qu’on est obligé de l’utiliser mais je pense vraiment que c’est quelque chose d’utile, donc
j’arrive assez bien à vendre le truc, mais après voilà ça dépend plutôt du patient je dirais.
U : Donc, il m’a de nouveau réexpliqué à quoi ça servait, donc les différentes parties, etc., un peu les sujets
qu’on allait aborder, comment les questions étaient tournées, …
U : Donc c’était un peu, j’ai rempli ce machin, comme je remplis tout ce qu’il faut remplir à X. D’ailleurs c’est
toujours les mêmes choses, j’étais un peu étonnée. Mais j’ai cru que c’était plutôt à l’interne, je ne sais pas, je
n’ai pas vraiment compris et je ne me suis pas vraiment intéressée à ça.
Pragmatiquement, la rédaction est réalisée en deux étapes (Np=7, Nu=8). Dans un premier temps, le PCC est
presque systématiquement remis au patient pour qu’il prenne connaissance du document. Au cours de cette
étape, des informations sont données sur son utilité et sur ses rubriques. Ensuite l’usager commence à le compléter seul de son côté.
U : Donc elle me l’a présenté une première fois, on a lu le document ensemble, elle m’a demandé si j’étais
d’accord d’y participer et puis je suis revenu au rendez-vous suivant, donc deux à trois semaines après, en
ayant rempli moi-même le document à la maison en fait.

43

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
P : On donne le document en premier lieu au patient, pour que lui-même tente de le remplir tout seul. C’est un
document qu’on reprend après quelques jours avec lui, pour justement discuter, développer des réponses selon
les besoins ou voilà donner plus d’informations ou réfléchir avec lui à d’autres alternatives pour qu’il soit finalement prêt et finalisé le jour de sa sortie.
Ensuite, le document est repris et complété en entretien avec le professionnel. Le contenu des différentes parties est mis en commun et des précisions éventuelles sont apportées. Pour les professionnels, cette étape permet de confronter les points de vue sur la gestion de la crise ce qui amène à un document plus abouti. Souvent,
c’est le patient lui-même qui complète le document, avec ses propres mots. Parfois, il est retranscrit sous format
électronique.
U : Après, on a regardé ensemble le document et exactement comment ça s’est passé je ne sais pas, mais
plusieurs fois il a été revu et j’ai rajouté des éléments, et puis il y avait aussi la doctoresse qui me suivait à
l’époque qui a supervisé le document et qui a pu me conseiller pour rajouter des éléments importants dans le
document en plus de ce que j’avais déjà fait comme travail avec l’infirmière.
P : Certains qui sont réticents et au contraire on voit que cette réticence elle tombe quand on retravaille avec,
quand on reprend les différents éléments, ils y voient plus de sens en fait donc je dirais que de manière générale il est rempli en grande partie seul par le patient et repris, complété avec nous dans un deuxième
temps…bon même des fois il n’a pas besoin d’être complété, il y a des personnes qui le complètent de façon
très précise et ça suffit finalement.
Enfin, le temps accordé pour la rédaction s’étend la plupart du temps au-delà d’un entretien. Il est en effet souvent réalisé sur plusieurs rencontres, deux voire trois, ce qui représente un certain investissement.
U : …, il m’a fallu quand-même un certain temps, je dirais sur trois semaines à peu près, avec l’aide de ma référente aussi par moment. Mais autrement ça s’est fait assez facilement. Je commence après 50 ans à bien connaître tous mes symptômes et comment je réagis à chaque fois.
P : Ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire en une heure, en une période d’entretien, mais ce serait
quelque chose dans l’idéal pour laquelle il faudrait prendre le temps de plusieurs entretiens.
En ce qui concerne la sauvegarde, le PCC est toujours enregistré soit directement dans le dossier informatique
du patient, soit dans un répertoire informatique prévu à cet effet (Np=9, Nu=2). Le PCC peut être retranscrit ou
directement scanné.
P : Et puis après bien sûr il est rentré de manière informatique dans la base de données de X. Alors il reste
dans le dossier avec le code barre, donc en principe il est après enregistré, scanné par les secrétaires.
U : Alors en fait c’est elle qui a rempli par informatique, elle l’a gardé dans son ordinateur.
P : …, ce que je propose au patient : du coup le patient garde bien sûr son PCC avec lui et puis je lui demande
s’il est d’accord qu’on le mette nous dans notre dossier informatique. Ce qui fait, du coup, que si c’est une collègue à moi qui me remplace et qui va à domicile, elle a accès au PCC et y a un petit onglet ou je marque qu’il y
a un PCC qui a été fait.
Enfin, le PCC est diffusé. Le patient garde a priori un exemplaire et, presque toujours le PCC est diffusé auprès
du réseau professionnel (Np=7, Nu=9). Il l’est aussi dans une moindre mesure auprès de la famille ou d’autres
proches identifiés comme personnes ressources et de confiance. L’accord du patient est demandé et pour certains professionnels, il appartient au patient lui-même de le diffuser.
U : …, parce que moi j’ai une curatrice volontaire, et puis à mon médecin traitant. Alors ils l’ont reçu, ils étaient
contents, ils m’ont félicité.
U : Oui, et puis après ça j’ai mes parents qui ont une copie, j’ai ma sœur qui a une copie et puis j’ai tout
l’entourage de la fondation qui m’entoure, donc mon infirmière, mon référent le représentant de la fondation X.
P : Après il sera transféré, transmis en fait aux personnes concernées du réseau extérieur, y compris des
membres de la famille, mais dans ce cas-là c’est souvent au patient que je propose de le transmettre directement aux personnes proches autour de lui, …
P : Alors non, partant du principe que c’est à la personne de pouvoir le partager avec les gens qu’elle fait figurer
comme des personnes ressources pour elle.
8.2.3.4

Application

L’étape de l’application a été investiguée avec la question principale suivante : « Racontez-nous, s’il vous plait,
votre expérience dans l’application des plans de crises conjoints ». L’étape de l’application fait référence à
toutes les actions concrètes entreprises pour mettre en œuvre la ligne de conduite, préalablement définie, à
tenir en cas de crise. La sous-catégorie « pratique » traite des actions pragmatiques mises en œuvre pour appliquer le PCC.
44

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
Tableau 15 - Répartition des sous-catégories de la thématique application
Sous-catégories

Sources Fréquence
N=20
N=87

Verbatims

Contexte

12

18

P : …, si on observe qu’un moment de crise se prépare, approche, devient
quelque chose d’un peu plus aigu, c’est clair qu’on peut reprendre ça en
rappelant à la personne qu’on a discuté ensemble des mesures…

Initiative

12

26

U : En général j’arrive quand-même justement à utiliser ce qu’on a pu
mettre en évidence, par exemple je me lève un moment, je vais respirer l’air
frais, je bois un peu d’eau, j’essaie vraiment de me convaincre dans ma
tête que je… oui, je l’applique.

Avec qui

2

3

P : Quand un patient va moins bien, c’est l’équipe qui commence à le remarquer en fait, on en parle d’abord en meeting, on se demande ce qu’on
va faire et puis à ce moment-là il est reçu par l’intervenant de première
ligne, …

Pratique

17

41

U : Là la doctoresse a voulu introduire le médicament que je refusais…qui
était noté dans le document et puis je lui ai dit non c’est marqué dans le
PCC que je le veux pas, et puis elle m’a dit : « Ah ! je n’ai pas lu le document mais je vous fais confiance » et puis du coup elle n’a pas introduit
cette molécule dans mon traitement, et puis voilà donc ...même s’il n’a pas
été lu, il a de nouveau été respecté pour moi.

Professionnels et usagers consultent le PCC lorsqu’une péjoration de l’état de santé se manifeste (Np=3,
Nu=3).
P : Maintenant si on observe qu’un moment de crise se prépare, approche, devient quelque chose d’un peu
plus aigu, c’est clair qu’on peut reprendre ça en rappelant à la personne qu’on a discuté ensemble des mesures
qu’on pouvait prendre pour accompagner le moment plus difficile …
U : …, quand je ne me sentais pas bien je me disais : « Est ce que tu es en train de retomber malade ? » Donc
je le regardais, puis je retrouvais deux-trois trucs dedans qui me motivaient à continuer à aller voir le psychologue.
P : Nous on a aussi comme mission réduction des risques et engagement, on est vraiment au tout tout début du
concept et puis parfois l’engagement dans le soin c’est aussi aller à l’hôpital quelque temps quand ça devient
un peu tendu. On y parvient mais plutôt sur du moyen-long terme, c’est-à-dire qu’il faut 3-4 fois pour qu’on
puisse arriver à une hospitalisation programmée. C’est quelque chose qui nous prend pas mal de temps.
Pour les professionnels, l’application du PCC relève majoritairement de leur initiative (Np=4) bien que l’un
d’entre eux rapporte que l’initiative est partagée avec le patient.
P : Enfin, jusqu’à présent, je n’ai jamais vu d’emblée quelqu’un dire : « Ah ! tiens, je me sens aller un peu plus
dans les décors, si on peut dire, et j’aurais besoin qu’on mette en place ce qu’on avait discuté ». C’est vrai que
ça c’est…on a peut-être des personnes qui n’ont pas suffisamment de recul parfois par rapport à leurs sensations, leur vécu. Ça vient plutôt à notre initiative.
P : Alors il y a besoin de rappeler que le document est là de temps en temps, mais sinon, oui elle s’en sert un
petit peu.
Tous les usagers expriment quant à eux que la consultation et l’application du PCC revêt de leur initiative
(Nu=7), ce qui contraste avec le point de vue des professionnels. Comme pour ces derniers, l’un d’entre eux
rapporte que l’initiative est partagée avec le professionnel. Pour un usager, la prise d’initiative sur l’application
du PCC lui a permis de faire entendre et respecter ses choix.
U : Oui. Je l’ouvre sur l’ordinateur et puis je le relis en disant, voilà si je l’ai fait c’est pour ça, pour me mettre
face à ce problème et que cette vague qui va à la baisse, il faut que je la travaille et donc après ça je vais sur la
4ème question « qu’est-ce que je peux faire quand cela arrive » et c’est effectivement d’en parler à mon référent ou à mon infirmière, …
U : Madame X me le rappelle aussi des fois et puis moi aussi je m’en souviens.
U : Puis je lui ai dit non, c’est marqué dans le PCC que je le veux pas, et puis elle m’a dit : « Ah ! je n’ai pas lu
le document mais je vous fais confiance » et puis n’a pas introduit cette molécule dans mon traitement.
Seule une minorité des professionnels qui se sont exprimés a eu l’occasion de mettre en application le PCC
(Np=2). Tous deux travaillent en hébergement. Lorsque le PCC est appliqué, les stratégies préalablement identifiées sont discutées directement entre l’usager et le soignant puis mises en place.

45

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
P : Oui, on le regarde ensemble et je lui dis : « Vous vous souvenez ce que vous aviez évoqué, est-ce que pour
vous c’est toujours d’actualité, oui ou non ? », et puis ensuite je dis bon voilà qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qui
serait la meilleure chose pour vous là maintenant et on met en place certaines stratégies.
Deux professionnels rapportent qu’il peut être difficile de mettre le PCC en application en raison d’une symptomatologie trop présente ou de mécanismes de déni.
P : Souvent on est face à une population agissante, ce sont des ruptures de cadre hyper fréquentes qui mettent
en péril la place à l’intérieur du foyer, c’est souvent ça. C’est souvent cet axe-là qu’on utilise, en disant ok nous
ce qu’on constate c’est qu’il y a ça et ça et on essaie de l’amener en disant que le plan de crise se serait bien…,
globalement ça a peu d’effet.
Tous les usagers qui se sont exprimés ont eu l’occasion de mettre en application le PCC avec ou sans la collaboration et/ou l’intervention des professionnels (Nu=9). Parmi les manières de procéder, la relecture du document, de même que l’appel au réseau proche et/ou professionnel sont rapportés. L’application du PCC revêt
majoritairement d’une initiative de l’usager lui-même (Nu=6).
U : Je l’ai l’appliqué parce que j’ai eu un moment où ça n’allait pas bien donc j’ai fait appel à ma sœur, qui est
un de mes proches sur lequel je peux compter et puis je prends du temps pour moi, je fais effectivement de la
peinture, des promenades, voilà des choses que j’avais… des ressources que j’ai en moi et que je peux appliquer pour me détendre ou pour me calmer ou pour me faire du bien simplement.
U : Non ils (comprendre les professionnels) ne l’ont pas appliqué, mais par contre, moi, j’ai demandé par
exemple à être vue plus souvent, à être suivie à plus haute de fréquence. Oui, ça a pu se faire, pour éviter justement l’hospitalisation.
U : Alors j’ai appliqué le plan de crise à l’établissement comme si j’étais hospitalisée. Je me suis mis en cadre
étage comme si j’étais en chambre de soin, mais ici. Sans avoir de contact avec les autres personnes, les
autres résidents. Parce que quand vous êtes en chambre de soin, on vous amène vos plats en chambre, tout
se fait en chambre, vous sortez juste pour fumer une cigarette. Alors, j’ai fait la même chose ici.
8.2.3.5

Révision

La troisième étape qu’est la rédaction a été investiguée avec la question principale suivante : « Racontez-nous,
s’il vous plait, votre expérience dans la révision des plans de crises conjoints ». La révision fait référence à
toutes actions concrètes entreprises pour actualiser et tenir à jour le plan de crise conjoint.
Tableau 16 - Répartition des sous-catégories de la thématique révision
Sous-catégories

Sources Fréquence
N=18
N=66

Verbatims

Contexte

16

30

P : …, disons que je le fais quand j’ai l’impression que les choses ont changé qu’il y a eu une évolution et qu’il ne serait peut-être plus tout à fait à jour.

Initiative

7

16

U : Oui, quand je suis arrivé ici, j’ai refait le PCC

Avec qui

3

4

P : Concrètement, souvent ça se fait en lien avec le psychiatre

Pratique

9

20

U : Par exemple, je ne pensais pas que l’hôpital de jour ça pouvait être une
solution intéressante pour moi, j’avais oublié de le noter. Puis, au début, je
crois que j’avais surtout noté les choses que je ne voulais pas en fait. Donc
là j’ai peut-être plus rajouté des choses qui pouvaient m’aider en cas de
moins bien…

Tous les professionnels qui se sont exprimés ont révisé le PCC, seul trois usagers l’ont évoqué (Np=9, Nu=3).
Dans la majorité des cas, la révision du PCC s’est faite lorsqu’il y a un changement dans l’évolution de la santé
du patient et/ou de son réseau de soutien (Np=5, Nu=1). La révision du PCC est également pratiquée au décours d’une nouvelle crise. Dans ce cas, l’efficacité des stratégies prédéfinies utilisées est évaluée et des modifications y sont apportées (Np=4).
P : Comme je disais, après la phase de crise, on peut réfléchir ensemble à ce qu’il s’est passé, est-ce qu’il y a
des nouveautés, est-ce que ça sort du schéma habituel du patient, qu’est-ce qu’il peut rajouter ou pas, parfois
on ne rajoute pas forcément. Aussi, s’il y a des changements de thérapeutes, on peut mettre des noms, des
nouvelles choses genre médication, voilà.
P : Justement, ça arrive que le patient à la sortie de l’hôpital revive des situations compliquées et on en discute
ensemble, et à ce moment-là j’essaie de reprendre le PCC, qu’on regarde ça pour la seconde fois ensemble…
qu’à ce moment-là on reprenne les points pour voir ce qui a pu être utile ou pas, et puis qu’on essaie de changer un petit peu.

46

Pratiques et contenus du plan de crise conjoint en santé mentale
U : …, au bout de quelque temps se dire, bon on reprend le plan de crise, est-ce qu’il y a des choses qui ont
changé, que ça devienne toujours un plan de crise, mais que ça évolue en fonction de notre évolution aussi.
Tous les professionnels expriment que la révision du PCC se fait sur leur initiative et qu’il est rare que l’initiative
vienne de l’usager. Pour le seul usager qui s’est exprimé, l’initiative est venue de lui-même dans le cadre de
l’intégration d’un appartement protégé.
P : Réviser ou compléter…Ce sera toujours sur mon initiative en général. Ce serait idéal quelqu’un qui
s’approprie vraiment l’outil et qui dirait « Ah faudrait qu’on revoie ça, rajoute ça », mais ça ne m’est pas arrivé.
U : Oui, quand je suis arrivé dans les apparts, donc à X, que je suis arrivé ici, j’ai refait le PCC surtout au niveau
des questions 4, 5, 6 où on met les gens qu’il faut joindre en cas de problème. J’ai remis à jour la question 4 et
la 7.
Pratiquement, la révision du PCC se fait sur la base du document existant, soit en le complétant, soit en rédigeant un nouveau PCC. Un professionnel rapporte le faire dans le cadre d’entretiens de réseau. Pour les
autres, le PCC est révisé en entretien individuel.
P : Alors, en réseau, en tout cas, moi, assez souvent je dirais, je reparle du PCC.
P : C’est-à-dire qu’on en refait un nouveau et à la fin du nouveau, on regarde sur l’ancien s’il y a des choses qui
ont changé, s’il y a des choses qui sont toujours d’actualité, des choses auxquelles on n’a pas pensé du tout…
U : Et puis aussi, j’ai aussi enlevé mon diagnostic en première question parce que….oui….j’avais fait une sorte
de longue phrase … mais je ne trouvais pas très intéressant de mettre une étiquette etc., j’ai plus regroupé
sous le terme de psychose qui, pour moi, veut dire plus de choses que …qu’il y a plus d’éléments qui entourent
le fait de n’être pas bien que juste le diagnostic.
8.2.3.6

Plus-values des PCC

Les participants ont été amené à donner leur avis sur les plus-values qu’ils perçoivent du PCC et ce pour les
usagers, les professionnels et les proches.
Tableau 17 - Répartition des sous-catégories de la thématique plus-values
Sous-catégories

Sources Fréquence
N=23
N=139

Verbatims

Patient

21

85

U : …, que mes volontés, mes choix soient un peu respectés et que …je
pense c’est aussi une sécurité un peu quelque part,

Proche

5

8

P : …, qu’ils (les proches) s’autorisent aussi un peu mieux à intervenir quand
ils voient que la personne va moins bien et là à dire écoute on devrait peutêtre faire quelque chose. ça les légitime un peu quelque part dans leurs
interventions.

Professionnel

13

39

U : C’est justement le fait que maintenant les personnes qui sont autour de
moi, que ce soit famille ou entourage thérapeutique, puissent agir, de leur
propre gré en cas de problème,…

Autre

8

11

P : C’est aussi rassurant pour les CMS avec qui on… en tant qu’infirmière on
travaille plus étroitement qu’avec les médecins privés. Donc c’est vrai que je
crois que c’est vu positivement par l’ensemble des participants et y compris
par nous qui le questionnons avec les patients.

De façon générale, le PCC est perçu par les patients et les professionnels (Np=10, Nu=8) et, par témoignage
indirect, par les familles (Np=3, Nu=3) comme un outil pertinent, rassurant et étayant, notamment parce qu’il est
concret et propose un fil conducteur.
P : …, pour le patient, pour vraiment qu’il puisse avoir des outils concrets, des stratégies concrètes sur la gestion d’éventuels symptômes qui pourraient se manifester par la suite, savoir concrètement vers qui se tourner,
quoi faire, ça c’est la grosse plus-value, …
U : …, donc je trouve que c’est intéressant de mettre ça noir sur blanc, de voir quelles sont nos ressources,
quels sont nos points faibles etc., quelles sont les situations qui pourraient nous stresser ou pas, d’analyser un
peu ces choses soi-même. C’est clair que ça peut évoluer après en fonction de la maladie, en fonction
d’évènements ou des choses comme ça, mais je trouve que c’est vraiment concret, pour moi c’est ça qui est
important, c’est ça qui a été très positif.
P : …, les retours des patients sont positifs et ceux des familles aussi. C’est souvent un soulagement qu’ils sachent qu’il y a ce plan de crise qui est élaboré.

47

Autodétermination et décision partagée dans les phases critiques du rétablissement
En plus des avantages précités, le PCC est perçu comme un outil qui permet d’améliorer la transmission
d’informations entre patients, professionnels et proches et la coordination des interventions, qu’elles soient prodiguées par des proches ou des professionnels (Np=7, Nu=5).
P : …, c’est vrai que c’est quelque chose qui est agréable parce qu’on a quand-même des numéros de téléphone pour contacter les gens rapidement, on n’a pas besoin d’aller chercher une liste ou je ne sais quoi, sur
l’ordinateur ou je ne sais pas quoi, donc ça c’est…je trouve, il est précis, on a des informations très claires et
qui sont…c’est le résident qui est acteur de ce document, donc ça c’est important, …
Disposer d’un PCC contribue à réduire le sentiment d’urgence lorsqu’une intervention est nécessaire en cas de
crise ou lorsque les symptômes sont devenus envahissants (Np=6, Nu=6). Le fait qu’il contribue à éviter les
hospitalisations notamment sous contrainte, ou à ce que celles-ci se passent dans de bonnes conditions, est
aussi rapporté (Np=1, Nu=1).
P : …, surtout pour les situations les plus complexes ou les plus fragiles, oui, qui peuvent vraiment avoir des
fois dans une même journée, dans une même semaine, un peu tous les états qui viennent, donc ça peut aider
d’avoir une approche plus … enfin moins ce sentiment d’urgence qui fait que ça peut être un peu déstabilisant.
U : …, c’est vraiment un très bon outil parce que justement dans les problèmes psychologiques ou quand on a
des déprimes ou autres on est tellement envahi par des pensées parasites et des fois des pensées qui sont
irréelles, que c’est bien d’avoir quelque chose qui nous remette les pieds sur terre.
P : …, il est vraiment utile dans la pratique et puis dans une continuité, éviter au maximum les réhospitalisations, …
U : …, ça m’évite d’être hospitalisée à X, …
Le PCC est perçu par les patients et les professionnels comme un outil psychoéducatif qui aide à aborder la
maladie, les symptômes, le traitement et les attitudes adéquates à tenir en cas de crise (Np=6, Nu=6). Perçu
comme facilitateur pour aborder ces sujets, le PCC autorise aussi patients et professionnels à communiquer sur
les visions différentes mais complémentaires qu’ils peuvent avoir de la maladie ; il semble ainsi contribuer à
renforcer l’alliance thérapeutique et le partenariat (Np=5, Nu=5).
P : …, pour l’alliance thérapeutique c’est aussi un bon outil. Dans le sens où c’est vraiment…enfin la manière
dont on le présente ça se fait vraiment en partenariat et comme justement il n’y a rien d’imposé, c’est vraiment
volontaire, c’est…à partir du moment où cette personne prend cette proposition, c’est qu’elle me fait confiance.
Elle me dit des choses qui sont assez personnelles donc en général quand on en est à ça, ça permet d’aller un
peu plus loin dans la relation, …
U : ..., je sais que si je suis à l’hôpital, que je suis dans un endroit protégé je dirais et que je recevrais les soins
dont j’aurais parlé avec ma référente dans le plan de crise et puis ça me rassurerait quelque part.
En ce qui concerne la prévention et la gestion des crises, plusieurs avantages sont rapportés. Pour les usagers,
principalement, le PCC fait entendre et respecter leurs choix, ce qui augmente leur confiance dans la gestion de
la maladie et dans le système de santé (Np=1, Nu=5).
U : Donc moi je trouve que c’est quelque chose de très utile parce que c’est nous-mêmes qui nous exprimons
en tant que malades, ce n’est pas le médecin qui nous dit faut prendre tel ou tel médicament, …
P : …, c’est le résident qui est acteur de ce document, donc ça c’est important. C’est quelque chose pour moi
auquel je suis sensible. C’est vraiment leur volonté et puis c’est de respecter leur volonté au maximum.
Finalement, le PCC est aussi un outil qui peut être utilisé plus largement, notamment dans le domaine de
l’emploi pour autant que la personne concernée soit d’accord (Np=1).
P : Si moi je réfléchis aussi à l’employeur, si par exemple il faut aller présenter une situation, ça pourrait être
des éléments, en accord avec la personne, que je pourrais reprendre pour présenter un profil. Et franchement
pour l’emploi c’est vraiment un outil…
8.2.3.7

Limites et obstacles du PCC

Usagers et professionnels ont été invités à raconter leur expérience dans les limites et les obstacles rencontrés
au sein de la démarche du plan de crise conjoint et ce par rapport aux trois étapes principales et par rapport à
la diffusion.

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