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L’ENCYCLOPÉDIE
de Diderot et d’Alembert
et les projets encyclopédiques du XVIIIe siècle

L’ORIZZONTE
Collana fondata e diretta da
Giovanni Dotoli, Encarnatión Medina Arjona, Mario Selvaggio
www.lorizzonte.fr
44

L’ENCYCLOPÉDIE
de Diderot et d’Alembert
et les projets encyclopédistes du XVIIIe siècle

Actes de la Journée de Meaux
Lycée Bossuet 19 mars 2018

Sous la direction de
GIOVANNI DOTOLI, MARIO SELVAGGIO
ÉRIC JACOBÉE-SIVRY, JOCELYNE VERGUIN

En couverture
Page de titre du premier volume de l’Encyclopédie, 1752.

© AGA Arti Grafiche Alberobello
70011 Alberobello (I - Ba)
Contrada Popoleto, nc - tél. 00390804322044
www.editriceaga.it - info@editriceaga.it
ISBN 978-88-9355-062-8
© L’Harmattan, 2018
5-7 rue de l’École-Polytechnique
75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN 978-2-343-15514-2

FRÉDÉRIC-GAËL THEURIAU

L’ODYSSÉE D’ENCYCLOPÉDIE

1. Introduction
En latin médiéval, selon La Grande Encyclopédie (1885-1902)
dirigée par une société de savants et de gens de lettres, dans les
titres d’ouvrages, le mot « Encyclopaedia » est employé au même
titre que certains termes et expressions équivalents
comme Speculum, Summa, Cyclopaedia ou Orbis disciplinarum.
En français, d’après le Centre National de Ressources Textuelles et
Lexicales, « almanach », « dictionnaire », « somme » et « traité »
sont les quatre mots synonymes les plus proches
d’ « encyclopédie ». Parfois l’usage de ces mots ne représente pas
forcément l’esprit encyclopédique même s’ils sont employés dans
les titres ou dans les textes. Mais d’autres fois, la dimension encyclopédique est présente même si le terme « encyclopédie » n’est
marqué nulle part.
L’odyssée d’Encyclopédie, dans l’esprit, commence dans la
Grèce antique où l’on trouve des écrits de Leucippe (IVe siècle
avant J.-C.), de Démocrite (IVe siècle avant J.-C.), des traités de
Speusippe (IVe siècle avant J.-C.) et d’Aristote (IVe siècle avant J.C.). L’Empire romain ne fut pas en reste avec l’œuvre de Varon
(Ier siècle avant J.-C.), le De architectura de Vitruve (Ier siècle
avant J.-C.), le Naturalis historia de Pline l’Ancien (Ier siècle), les
Noctes atticae d’Aulu-Gelle (IIe siècle) et les textes de Stobée (Ve
siècle). Vinrent ensuite, pour l’Occident médiéval, les Etymologiae
de l’espagnol Isidore (VIIe siècle), le De universo du germain Raban Maur (IXe siècle) et le Speculum historiale, naturale et doctrinale (Le Miroir historique, naturel et moral) du français Vincent
de Beauvais (XIIIe siècle) qui ferment la marche de l’encyclopédie
au sens ancien. L’encyclopédie moderne, survenue au milieu du
XVIIIe siècle en France, aurait été marquée par les Lucubrationes
(Travaux de nuit) du Flamand Joachim Sterck van Ringelbergh

41

(XVIe siècle) et le De dignitate et de augmentis scientiarum de
l’anglais Francis Bacon (XVIIe siècle)1.
Étymologiquement le mot désigne l’ensemble (ἐγ = ég) du
cercle (κύκλιος = kouklios) des connaissances et de la transmission
du savoir à l’enfance (παιδεία = paidéïa), ce qui définit à peu près
son projet global. Encyclopédie mérite ainsi un examen pour
mieux cerner comment l’esprit encyclopédique apparut.
L’établissement de son évolution depuis ses origines ainsi que
l’exploration de ses dérivés les plus proches constituent les deux
axes à envisager.
2. Évolution du mot « encyclopédie »
2.1. Ses ancêtres : maman grecque et papa latin
Le mot « encyclopédie » est totalement construit d’après une
expression du grec ancien « ἐγκύκλιος παιδεία » (égkouklios paidéïa) dont il adopte les caractéristiques de chacune des trois parties
qui la composent. Il est difficile de trouver dans la littérature
grecque antique une attestation écrite datant d’avant notre ère. Cependant il est certain que l’expression en deux mots existait dans le
langage oral.
Le grec Plutarque est peut-être le premier auteur à la retranscrire dans De la musique, une œuvre écrite alors qu’il n’avait pas
vingt ans, un peu avant 662, pour désigner littéralement « tout le
cercle des connaissances humaines » :
« Après vous avoir parlé, dans la mesure de mes forces, de
la musique primitive, de ses premiers inventeurs, de ceux
qui, de siècle en siècle, l’ont enrichie de leurs découvertes,
j’arrêterai ici mon exposé et je passerai la parole au camarade Sotérichos, qui, lui, n’a pas borné ses études à la mu1
En grande partie d’après la « Préface » du premier volume de La
Grande Encyclopédie : Inventaire raisonné des sciences, des lettres et des
arts, Berthelot et alii (dir.), Paris, H. Lamirault et C ie, 1886-1902.
2
Plutarque, De la musique, introduction de Théodore Reinach, Paris,
Ernest Leroux, 1900, p. XXXI.

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sique seule, mais les a étendues à tout le cercle des connaissances humaines […]. »3
Peu après, dans l’esprit du pédagogue romain Quintilien, le mot
signifiait « cours, circuit d’études, ensemble des sciences qui constituent une éducation complète »4. L’encyclopédie se définit
comme « le parcours du cercle de science », explique-t-il dans son
De institutione oratoria (De l’institution oratoire) en 92 :
« Je vais maintenant ajouter un mot sur les autres arts dont
je crois la connaissance utile aux enfants avant qu’ils ne
passent entre les mains du rhéteur, afin de parcourir le cercle
de science que les Grecs appellent ἐγκύκλιον παιδείαν
[…]. »5
Pour le latin classique la seule expression qui se rapproche le
plus du grec est « encyclios disciplina » sous la plume de Vitruve
dans son De architectura, vers 15 avant notre ère, pour désigner
l’ « ensemble des études » formant un tout bien que composé de
diverses ramifications disciplinaires :
« En effet, l’ensemble des études, tel un corps, est composé
de ses parties. »6

3

Plutarque, De la musique, ibid., VIII, 126-127 : « Εἰρηκὼς κατὰ
δύναμιν περί τε τῆς πρώτης μουσικῆς καὶ τῶν πρῶτον εὑρόντων αὐτήν,
καὶ ὑπὸ τίνων κατὰ χρόνους ταῖς προσεξευρέσεσιν ηὔξηται, καταπαύσω
τὸν λόγον καὶ παραδώσω τῷ ἑταίρῳ Σωτηρίχῳ, ἐσπουδακότι οὐ μόνον
περὶ μουσικήν, ἀλλὰ καὶ περὶ τὴν ἄλλην ἐγκύκλιον παιδείαν […] » (c’est
nous qui soulignons).
4
Jean-Claude Boulanger, Les Inventeurs de dictionnaires, Ottawa
(Canada), Presses de l’Université d’Ottawa, 2003, p. 185.
5
Quintilien, De institutione oratoria, Livre I, chapitre 10, 1 : « Nunc
de ceteris artibus, quibus instituendos, priusquam rhetori tradantur, pueros existimo, strictim subiungam, ut efficiatur orbis ille doctrinae, quem
Graeci ἐγκύκλιον παιδείαν uocant […] » (c’est nous qui soulignons).
6
Vitruve, De architectura, I, I, 12 : « Encyclios enim disciplina, uti
corpus unum, ex his membris est composita » (c’est nous qui soulignons).

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L’expression fut introduite ensuite par l’Humaniste français
Guillaume Budé (1468-1540) par le biais du latin savant médiéval
sans doute à la suite d’une lecture erronée du mot grec, d’une erreur d’un quelconque copiste de manuscrits anciens ou pourquoi
pas d’un usage oral qui se serait déformé. Au lieu de devenir « encyclios paedia », il devint « encyclopaedia » en un mot. Il se
trouve dans les Annotationes in Pandectas (Annotations sur les
Pandectes) de 15087. Dans ce « recueil juridique », c’est le sens du
mot « pandecte », considéré comme fondateur dans les sciences juridiques, Budé établit une somme sur le droit et la législation en
vingt-quatre livres. On trouve d’abord cinq fois la forme encyclopaedia8, avec le ae, et une seule fois la forme encyclopędia9 où le
ae est remplacé par le e ogonek, c’est-à-dire le e avec, en dessous,
une petite queue en forme de cédille inversée. Cette dernière forme
abrégée a vraisemblablement abouti au mot français.
Il semble, en outre, que de manière concomitante, le terme
« encyclopaedia » soit apparu dans un ouvrage imprimé à Strasbourg de Jacobus Philomusus, connu sous le nom de Jacob Locher
(1471-1528). Le Margarite philosophica encyclopaediam exhibens
(1508) comporte pour la première fois un titre avec le mot « encyclopaedia ».
2.2. Sa naissance : bébé français
C’est à partir de la forme latine abrégée que provient
l’orthographe française d’ « encyclopedie » – sans accent aigu sur
le « e » – dont le concepteur est encore Budé. L’Humaniste
l’affuble d’un E majuscule dans Le Livre de l’institution du Prince
écrit et offert à François Ier sous forme manuscrite en 1519 puis
publié, en 1547, à titre posthume 10. Il s’agit de réflexions sur
7

Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le
Robert, 2006, p. 1236.
8
Guillaume Budé, Annotationes in Pandectas, Paris, 1508 : folio III
(2 fois), folio CVII (1 fois), folio CXXXI (2 fois).
9
Ibid. : folio CXXVII (1 fois).
10
Guillaume Budé, Le Livre de l’institution du Prince, Paris, Iehan
Foucher, 1547, p. 67b.

44

l’Homme et les mœurs des époques antiques et modernes dont la
portée est pédagogique. Budé expose la définition qui pourrait se
résumer en une « circulaire érudition » dans les arts libéraux et les
sciences politiques :
« […] faisant d’icelle vn cercle des artz liberaulx, &
sciences politiques appellée Encyclopedie, qui signifie, selon son nom en vn mot, circulaire erudition […]. »11
L’ « encyclopedie » réapparaît, en 1532, sous la plume de François Rabelais (1494-1553), dans le chapitre XIV du Pantagruel,
sans qu’il soit possible d’établir, de manière certaine, un emprunt
direct à Budé12. Cependant, Rabelais l’estimait beaucoup alors
qu’il étudiait le grec et les humanités au couvent franciscain de
Fontenay-le-Comte où il était moine. À cette époque, il lui avait
envoyé une première missive, le 4 mars 1521, qui est par ailleurs le
premier texte connu du futur romancier, lettre dans laquelle il lui
manifestait son admiration. Avec l’échange épistolaire qui
s’instaura par la suite, il aurait très bien pu être confronté au mot
« encyclopedie » qui désigne le savoir complet que possède Panurge, à l’exemple de son compagnon Pantagruel, et résume en un
mot l’idéal d’étude dont, au chapitre VIII, Gargantua avait défini
les principes en traçant, dans une lettre à son fils Pantagruel, le
programme pédagogique qu’il désirait qu’il suive afin d’admirer en
lui « ung abysme de science »13. Et au chapitre XIV, Thaumaste
déclare de Panurge :
« […] je vous peux asseurer qu’il m’ha ouvert le vray puits
et abysme de l’encyclopedie. »14
11

Idem (c’est nous qui soulignons).
Jacky Vellin, dans son incontournable Dictionnaire des néologismes
de Rabelais, Joué-lès-Tours, La Simarre, 2017, p. 101, se trompe en attribuant l’invention du mot à Rabelais.
13
François Rabelais, Pantagruel, Lyon, Claude Nourry, 1532, chapitre
VIII.
14
Ibid., chapitre XIV, indiqué par erreur XIII (c’est nous qui soulignons).
12

45

À sa conception en moyen français, le terme « encyclopedie »
est doublement préfixé. Il est formé de l’addition de « en- », préposition qui évoque l’idée de totalité, et de « -cyclo- », substantif qui
signifie « cercle », le tout fixé au radical « -pedie », substantif qui
désigne le « savoir ». On ne peut pas le considérer comme provenant d’une formation parasynthétique (préfixe-radical-suffixe) car
l’élément minimal qui contient le sens principal du mot se situe en
dernière position.
Le mot toujours non accentué fait son entrée dans le Dictionnaire universel de Furetière avec, en 1690, la définition suivante :
« ENCYCLOPEDIE. s. f. Science universelle, recueil ou
enchaisnement de toutes les sciences ensemble. »
Le Dictionnaire de l’Académie française, première édition de
1694, reprend mot pour mot la définition à l’orthographe près. Il
fallut attendre la troisième édition, en 1740, pour trouver l’accent
avec une définition à peine revisitée par rapport à celle de Furetière :
« ENCYCLOPÉDIE. s. f. Terme dogmatique. Enchaînement de toutes les sciences. »
Le sens moderne, qui apparaît finalement avec l’Encyclopédie
de Diderot et D’Alembert au milieu du XVIIIe siècle, n’arrive que
dans la sixième édition de 1835 du Dictionnaire de l’Académie
française :
« ENCYCLOPÉDIE. s. f. T. didactique. Ensemble, enchaînement de toutes les sciences. […]. Il se dit plus ordinairement d’Un ouvrage où l’on traite de toutes les sciences et de
tous les arts, soit par ordre alphabétique, soit méthodiquement, et surtout Du grand ouvrage de ce genre, qui fut composé, dans le dernier siècle, sous la direction de Diderot et
de D’Alembert. […]. Il se dit quelquefois, par extension,
d’un ouvrage qui embrasse beaucoup de sciences, beaucoup
d’objets, quel que soit d’ailleurs le titre qu’il porte. »

46

Encyclopédie connut ainsi une évolution singulière tant du
point de vue de sa construction lexicale que du sens : ἐγκύκλιος
παιδεία (egkouklïos paidéïa = tout le cercle des connaissances humaines, parcours du cercle de science), encyclopaedia,
encyclopędia, encyclopedie (circulaire érudition, savoir complet),
encyclopédie (enchaînement de toutes les sciences). Par ailleurs sa
famille s’agrandit au cours du temps.
3. Les dérivés du mot « encyclopédie »
3.1. La démarche : des premiers pas aux sauts d’obstacles
Dès le début de son existence en français, au XVIe,
l’ « encyclopedie » désignait des manuels, des traités et un ensemble de connaissances ayant comme projet une « mémoire collective pour une pédagogie […] ouverte sur le monde »15. Sa popularité fut telle qu’il fallut trouver comment le qualifier et en parler,
d’où l’arrivée de dérivés.
Le caractère « encyclopedique », qui concerne l’encyclopédie
(1554) puis qui consiste à recouvrir un ensemble de connaissances
(1565), se retrouve dans l’Encyclopédisme médiéval (1100-XVe
siècle), l’Humanisme renaissant (1470-1596) et les Lumières
(1715-1780), reliant ainsi ces trois courants littéraires d’une caractéristique commune. Ce n’est qu’en 1683 que l’ « encyclopediste »,
en tant que personne réelle ayant des connaissances dans beaucoup
de domaines, apparaît, et qu’en 1751 ce substantif affublé de
l’accent aigu désigne un collaborateur de l’entreprise de Diderot et
de D’Alembert16. Quoi qu’il en soit la feuille de route est inscrite
dès les premières lignes de l’article « Encyclopédie » rédigé par
Denis Diderot et revêt le caractère très humaniste de la transmission d’un savoir ancestral, dans les sciences et les arts, destiné aux
hommes et aux générations futures pour le bien de l’humanité :

15

Encyclopaedia universalis, article « Encyclopédie » écrit par Alain

Rey.
16

Alain Rey, op. cit., p. 1236.

47

« […] le but d’une Encyclopédie est de rassembler les connoissances éparses sur la surface de la terre ; d’en exposer le
système général aux hommes avec qui nous vivons, & de le
transmettre aux hommes qui viendront après nous ; afin que
les travaux des siecles passés n’aient pas été des travaux
inutiles pour les siecles qui succéderont ; que nos neveux,
devenant plus instruits, deviennent en même tems plus vertueux & plus heureux, & que nous ne mourions pas sans
avoir bien mérité du genre humain. »17
Quant à l’ « encyclopédisme », la critique forgea ce dérivé en
1801 pour désigner le système des encyclopédistes des Lumières,
lequel est également pratique pour qualifier le mouvement médiéval.
3.2. La concurrence : le petit cousin
À la Renaissance, le terme grec « κυκλοπαιδεία » (kouklopaidéïa) survint pour concurrencer l’ « encyclopaedia » latin. Puis
« cyclopaedia » que l’on pourrait traduire par « cyclopédie » fit
son apparition au XVIIIe siècle dans le sens de « cercle des arts et
des sciences »18, pour se spécialiser au XIXe uniquement sur les
personnalités. Mais il ne semble pas être un concurrent dangereux
pour « encyclopédie » devenu courant.
Après les Lucubrationes de Ringelbergh en 1528, première encyclopédie moderne de l’histoire, et le De dignitate et de augmentis scientiarum de Bacon en 1620, le Lexicon Technicum de
l’anglais John Harris (1666-1719), paru en 1704, influença la Cyclopaedia de Chambers, en 1728, qui servit elle-même de canevas
à l’Encyclopédie19 de Diderot et D’Alembert. En effet, le publiciste
17

Denis Diderot et Jean le Rond D’Alembert (dir.), Encyclopédie, Paris, Briasson, David, Le Breton, Durand, t. V, 1755, p. 635.
18
Ephraïm Chambers. Cyclopaedia. London: Knapton, 1728: “Cyclopaedia [denotes] the circle, or compass of arts and sciences”.
19
Alain Cernuschi, « La Cyclopaedia, un intermédiaire entre les Mémoires de l’Académie des sciences et l’Encyclopédie », in Recherches sur
Diderot et sur l’Encyclopédie, 2010, p. 131-145.

48

et franc-maçon anglais Ephraïm Chambers (ca 1680-1740) fut
l’auteur de la Cyclopaedia, or, An Universal Dictionary of Arts
and Sciences en deux volumes. Au total, plus de 2 500 pages de
texte et de planches. En 1747, après le succès de cinq éditions 20 de
l’ouvrage anglais, Diderot se lança dans la traduction de cette
œuvre et comprit immédiatement qu’il tenait là une magnifique
opportunité de transformer le projet en véritable entreprise grâce à
son réseau de connaissances. Il décupla la force initiale en créant,
avec D’Alembert, son propre label qu’il nomma Encyclopédie ou
Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers,
d’abord en reprenant in extenso, ensuite en modifiant, enfin en
améliorant largement les données de Chambers parfois mis à mal
par Diderot :
« […] en jettant les premiers fondemens d’un pareil ouvrage, l’on a été forcé de prendre pour base un mauvais auteur […], Chambers […]. »21
La conjugaison d’une cent soixantaine d’esprits talentueux nécessaires pour couvrir tous les champs du savoir permit de différencier l’œuvre de tous les prédécesseurs dont le but rejoignait celui de Rabelais : libérer l’Homme de l’ignorance en brisant tout ce
qui a un rapport avec l’intolérance, la superstition, le fanatisme et
la tyrannie à travers ses 17 volumes de texte et 11 de planches.
Le terme « κυκλοπαιδεία » (kouklopaidéïa) apparut, en 1528, en
grec dans le titre long latin des Lucubrationes du flamand Ringelbergh (1499-1531)22. Selon des sources anglaises, le terme en latin
« cyclopaedia » serait arrivé seulement vers 1630 et la version
« cyclopedia » en 1922. « Cyclopédie »23 apparut en français
comme traduction synonyme d’ « encyclopédie », en 1754, dans
l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert. Une quinzaine
20

En 1728, 1738, 1740, 1741 (2 éditions).
Diderot et D’Alembert (dir.), op. cit., p. 644.
22
Joachim Sterck van Ringelbergh, Lucubrationes vel potius absolutissima κυκλοπαιδεία, nempe liber de ratione studii…, Basle, 1528.
23
Denis Diderot et Jean le Rond D’Alembert (dir.), Encyclopédie, Paris, Briasson, David, Le Breton, Durand, t. IV, 1754, p. 592.
21

49

d’ouvrages seulement contient le terme de « cyclopaedia », essentiellement au XIXe siècle, et seulement des ouvrages en anglais :
Rees’s Cyclopædia (Abraham Rees, 1802-1820), Penny Cyclopaedia (George Long, 1833-1843), Tomlinson’s Cyclopaedia of Useful
Arts (Charles Tomlinson, 1852-1854), New American Cyclopaedia
(George Ripley et Charles A. Dana, 1857-1863), The English Cyclopaedia (Charles Knight, 1866), American Cyclopaedia (George
Ripley et Charles A. Dana, 1873-1876), Johnson’s New Universal
Cyclopaedia (Frederick Barnard et Arnold Guyot, 1876), Cyclopedia of Universal History (John Clark Ridpath, 1880-1884), Johnson’s Universal Cyclopaedia (Charles Kendall Adams, 1893),
Pears Cyclopaedia (Pears Soap, 1897), Universal Cyclopaedia
(Charles Kendall Adams, 1900), Universal Cyclopaedia and Atlas
(Rossiter Johnson, 1902), The Baseball Cyclopedia (Ernest J. Lanigan, 1922), Taber’s Cyclopedic Medical Dictionary (Clarence
Wibur Taber, 1940).
Pour résumer, les dérivés français du mot « encyclopedie »
(1519) dont les définitions évoluent également sont au nombre de
quatre : « encyclopedique » (1554 et 1565), « encyclopediste »
(1683 et 1751), « cyclopédie » (1754) et « encyclopédisme »
(1801), sachant que pour ce qui concerne l’orthographe de ces
mots, l’apparition de l’accent aigu date du début du XVIII e siècle.
4. Conclusion
En définitive, ayant visité la Grèce antique, l’expression fut utilisée telle quelle sur les terres de la Rome antique sans qu’un mot
latin soit fabriqué avant d’arriver en France pour subir une transformation qui le fit devenir mot latin médiéval en 1508. Naquit
ainsi un terme français qui rencontra plusieurs petits cousins dont
un seul, « cyclopédie », aurait pu lui faire une sérieuse concurrence. « Encyclopédie » eut donc une vie pleine d’aventures puisqu’il fut le produit d’une construction latine artificielle basée sur
une erreur de copie et non sur une évolution naturelle du grec au
latin puis au français. Mais le terme ne se contenta pas de finir son
voyage en France. Il décida de poursuivre sa route en Angleterre
où, en 1531, « Encyclopedia » apparut dans The Boke Named the

50

Gouernour, un traité de Thomas Elyot, pour désigner le « cercle de
la science » ou le « cercle de la doctrine » :
“whiche of some is called the worlde of science, of other the
circle of doctrine, whiche is in one worde of greke Encyclopedia”24
La formation de l’esprit encyclopédique fut donc évolutive en
passant par le grec, le latin, le français et par la fabrication de divers signifiants et signifiés, sans parler de son cousin concurrent
davantage utilisé dans le monde anglo-saxon. « Encyclopédie » se
distingue de « Dictionnaire » puisque ce dernier, comme l’écrit
Alain Rey, se centre plutôt sur la langue et son lexique 25. Il n’en
demeure pas moins que l’on trouve aussi des dictionnaires des
noms propres et même des dictionnaires encyclopédiques. En fait,
l’encyclopédie révèlerait un mode de pensée spécifique selon
l’époque et la société dans la visée de rassembler, classer, coordonner, ordonner et relier des éléments (faits et idées) entre eux.
Le dictionnaire aurait un but moins élevé en se bornant « à réunir
le plus de renseignements possibles sur un sujet donné »26. L’esprit
encyclopédique se poursuivit en France au XVIII e siècle surfant
sur la vague philosophique27.
Depuis 2003, le mot « encyclopedia » est employé dans
l’expression Encyclopedia of DNA Elements (ENCODE) et vise le
24

Thomas Elyot, The Boke Named the Gouernour, London, Kegan
Paul, Trench, & co, 1883 [1531], p. 118. L’Humaniste évoque les problèmes éthiques liés à l’éducation à la Renaissance.
25
Encyclopaedia universalis, article « Encyclopédie » écrit par Alain
Rey.
26
Article « Encyclopédie (Généralités et L’Encyclopédie) », in La
Grande Encyclopédie : Inventaire raisonné des sciences, des lettres et des
arts, op. cit., t. 15, p. 1008.
27
Dans les années 1830, à l’instar de l’Encyclopédie des Lumières,
Pierre Leroux et Jean Reynaud se lancèrent dans l’élaboration d’une suite,
l’Encyclopédie nouvelle, qui fut publiée lacunaire en huit volumes (18361842). Leur ambition répondait à la définition d’une encyclopédie puisque
qu’elle fut adaptée au XIXe siècle et qu’elle reflétait la vision utopique,
socialiste et religieuse d’une démocratie.

51

séquençage biochimique du génome humain28 permettant au final
une connaissance suprême de la diversité des génomes et de donner une « définition » de chaque individu vu qu’il y a autant de génomes que d’êtres humains. Autrement dit nous sommes
l’encyclopédie et l’encyclopédie coule dans nos veines ! À propos
de séquençage, dans le domaine textuel, il est intéressant de noter
que les deux mots en grec ancien ἐγκύκλιος παιδεία (égkouklios
paidéïa) attesté vers 66 puis transformés en un seul mot, encyclopaedia, en latin savant médiéval en 1508 pose problème. En effet,
tous les textes manuscrits grecs et latins avaient un aspect compact
nommé scriptura continua. Ce ne fut qu’entre le VIIe et le XVe
siècle que les langues, progressivement, introduisirent des polices
de caractères plus lisibles, des espaces qui étaient placés un peu
aléatoirement au départ, puis des signes de ponctuation. Peu à peu
s’amorçait un séquençage du texte et de la phrase pour donner du
sens et aboutir à une réflexion sur le concept de mot. Ainsi donc,
prétendre qu’en grec il y avait deux termes est une vue de l’esprit
moderne. Il aurait très bien pu y avoir un séquençage en 1, 2 ou 3
mots.

28

Denis Duboule, professeur au département de génétique et évolution
à la Faculté des sciences de l’Université de Genève, explique qu’il n’y a
pas de génome humain de référence vu que nous sommes tous différents
et que « chaque population humaine a évolué au cours des millénaires
dans des conditions environnementales spécifiques », d’où les « variations
génétiques » constatées (Le Magazine de l’Université de Genève, n°128,
mars 2017, p. 22-23).

52

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partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de
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Giovanni Dotoli, Dialogue imaginaire avec Vénus Khoury-Ghata, Editrice
AGA - Le Nouvel Athanor, 2017, 68 p.
Mario Selvaggio, Tempo e memoria in Giovanni Dotoli poeta, con un ritratto
di Alain Béral, Editrice AGA, 2017, 116 p.
Frédéric-Gaël Theuriau, Pierre-Fidèle Bretonneau : À l’origine du renouvellement de la pensée médicale, Editrice AGA - Le Nouvel Athanor, 2017, 80
p.
Giovanni Dotoli, Poème de la recherche, [con alcune testimonianze],
premessa, traduzione in italiano e cura di Mario Selvaggio, ritratti di Alain
Béral e alcune fotografie a colori dello scrittore, [volume pubblicato in
occasione dei 75 anni dell’Autore], Editrice AGA, 2017, 130 p.
Frédéric-Gaël Theuriau, Les dégagements phrénologiques du XIXe siècle. :
Le corps-esprit entre erreur et vérité, Editrice AGA - Éditions Fernand Lanore, 2017, 80 p.
Nicole Barrière, Eaux prémonitoires / Acque premonitrici, traduction [de] /
traduzione [di] Mario Selvaggio, Editrice AGA - Éditions L’Harmattan,
2017, 80 p.
Luciano Ponzio, L’immagine e la parola nell’arte tra letterarietà e
raffigurazione, Editrice AGA, 2017, 132 p.
Josep M. Sala-Valldaura, Passages, traduit du catalan par Nathalie BittounDebruyne, Editrice AGA - Alain Baudry et Cie, 2017, 68 p.
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince / Il Piccolo Principe, préface [de]
/ prefazione [di] Giovanni Dotoli, traduction [de] / traduzione [di] Mario
Selvaggio, illustrations [de] / illustrazioni [di] Antoine de Saint-Exupéry &
Nicole Durand, Editrice AGA - Le Nouvel Athanor, 2018, 242 p.

Giovanni Dotoli, Dizionario poetico della civiltà contadina, tableaux-poèmes
di Michele Damiani, Editrice AGA, 2018, 152 p.
Bibliographie de Giovanni Dotoli poète bilingue de langue française et italienne et critique de la poésie, par le poète lui-même, sous la direction de
Mario Selvaggio, Editrice AGA - Éditions L’Harmattan, 2018, 364 p.
Immaginario e realtà. Percorsi di religione, a cura di Angelo Rella e
Sebastiano Valerio, Editrice AGA, 2018, 376 p.
André Prodhomme, Entre métier et fonction. Le poète, cet irréductible, Editrice AGA - Éditions L’Harmattan, 2018, 100 p.
Giovanni Dotoli, Dictionnaire et jardin, Editrice AGA – Éditions
L’Harmattan, 2018, 144 p.
M. J. Muratore, The Weave of Fragmentation. Discursive Struggle in Novels
of Assia Djebar, Sabhir Khemir, Rachida Madani, Editrice AGA – Éditions
L’Harmattan. À paraître 2018.
Diana Del Mastro - Wiesław Dyk, Emozione. L’altro lato del sapere /
Emocje. Druga Strona Wiedzy, Editrice AGA. À paraître 2018.
Giovanni Dotoli, L’Encyclopédie entre théorie et pratique, Editrice AGA Éditions L’Harmattan, 2018, 128 p.
Bernard Franco, L’Europe, une idée littéraire, Editrice AGA – Éditions
L’Harmattan. À paraître 2018.
Encarnación Medina Arjona, Leyendo Las Flores del mal, Editrice AGA Éditions L’Harmattan. À paraître 2018.
Claude-Antoine Schmidt, Fictions fatales / Fatal Fictions, Editrice AGA Éditions L’Harmattan. À paraître 2019.
Adrien Cannamela, Le Petit Prince aux douze pieds, Editrice AGA - Éditions
L’Harmattan, 2018, 128 p.
Alain Rey, Un poète, messager du langage, Giovanni Dotoli, Editrice AGA Éditions L’Harmattan, 2018, 100 p.
Jean-Michel Delaunay, Sémiotique du poème hivernal. Fantasmes et juxtapositions, Editrice AGA - Éditions L’Harmattan. À paraître 2019.

Alexandrine-Sophie de Bawr, Storie per ragazzi (La moneta da cinquecento
centesimi - Il vecchio cieco), introduzione, traduzione e cura di Martina
Matteu, illustrazioni [di] Bertall, Editrice AGA, 2018, 124 p.
Louis Lemercier de Neuville, Storie abracadabranti, introduzione,
traduzione e cura di Valeria Aresu, illustrazioni [di] Donato Selvaggio,
Editrice AGA, 2018, 104 p.
Meredith Ann Wyden, Solitude Renewed. The Path Toward Individuation,
Introduction by Jean-Michel Frémont, Editrice AGA – Éditions L’Harmattan.
À paraître 2019.
Rachida Madani, The Story Can Wait, English translation by M. J. Muratore
and Ida Sophie Winter, introductory essay by M. J. Muratore, Editrice AGA Éditions L’Harmattan. À paraître 2019.
Miguel Rueda, El otro lenguaje cervantino. Una lectura semióticonarratológica, prólogo de Luis Alberto Ugarte, Editrice AGA - Éditions
L’Harmattan. À paraître 2019.
Aim-A, Mère si ... à corps père dû. Manifeste, introduction de Valentin de
Carbonnières, préface de Giovanni Dotoli, Editrice AGA – Éditions
L’Harmattan, 2018, 168 p.
Mario Selvaggio, A vele spiegate nel Mediterraneo. Identità e nomadismo in
Bouraoui, Editrice AGA. À paraître 2019.
Giovanni Dotoli, Cosa è successo?, Editrice AGA. À paraître 2018.
Poésie et poétique dans l’Encyclopédie. Six entrées, par Mario Selvaggio,
Editrice AGA - Éditions L’Harmattan, 2018, 212 p.
Jean-Christophe Naudet, Textes pour rien. Les enjeux du discours beckettien,
préface de Marie-Claude Dussaux, Editrice AGA - Éditions L’Harmattan. À
paraître 2020.
M. J. Muratore, Weapons of Word-Play in « Une vie de boy » and « La Rue
Cases-Nègres », Editrice AGA - Éditions L’Harmattan. À paraître 2020.
Ilda Tomas, À l’infini…, Editrice AGA - Éditions L’Harmattan, 2018, 220 p.
Giovanni Dotoli - Mario Selvaggio - Éric Jacobée-Sivry - Jocelyne Verguin,
sous la direction de, L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et les projets
encyclopédistes du XVIIIe siècle, Actes de la Journée de Meaux, Lycée Bossuet 19 mars 2018, Editrice AGA - Éditions L’Harmattan, 2018, 108 p.



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