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zLe Journal des Gilets Jaunes N°1 Février Mars 2019 .pdf



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Nouveau

Le Journal des

Gilets jaunes

N° 1

57% du PIB, record mondial !

OÙ VA L’ARGENT
PUBLIC ?

L 11381 - 1 - F: 2,90 € - RD

Bimestriel N°1 - Février - Mars 2019

POUVOIR D’ACHAT
FISCALITÉ
IMMIGRATION
DÉPENSES…
Le journal du
Grand Débat

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C
I
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le

2 L’ÉDITORIAL DE ROBERT LAFONT
Le Journal des

Gilets jaunes
Rédacteur en chef :
René Chiche
rchiche@hotmail.com
Chef de fabrication Maquettiste :
Jean-Éric Signoret
Illustrations :
KCS Presse.
Rédaction : Éric Boukriss,
Caroline Finzarelli,
Valérie Fontaine, Daniel
Fiblonski, Robin Gerson.
> RÉDACTION
26 Développement

> ADMINISTRATION
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Le journal des Gilets jaunes
est édité par Entreprendre S.A
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la publication
Robert Lafont
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Toute reproduction, même
partielle, des articles et iconographies publiés dans Le
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1957 sur la propriété littéraire
et artistique. La rédaction ne
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adressés pour appréciation.
N° de commission
paritaire : En cours
N°ISSN : En cours - Dépôt
légal à parution
Avertissement : L’éditeur
se réserve la possibilité de
republier certaines enquête
­­ou reportages des titres
Lafont presse.­

Un référendum pour les Gilets jaunes !
L’idée de Référendum
d’Initiative Citoyenne
est une idée à explorer.
Regardons aussi ce que
font nos voisins suisses.
On ne peut plus gouverner contre une lame de
fond. C’est cela qui aurait
dû alerter nos dirigeants
technos, coupés de la base,
et qui croient se protéger
en gouvernant à coups
de sondages et de conseils
d’experts en communication. Autre signe, on
voit très peu de chômeurs
ou de bénéficiaires du
RSA sur les ronds-points
des Gilets jaunes…Mais
des petits cadres, ouvriers,
artisans, entrepreneurs,
retraités, et aussi pas mal

de femmes. Ce n’est pas
fréquent et pose la question de la rémunération
du travail. Celui qui bosse
ne gagne pas assez par rapport à celui qui « bulle ». Il
y a 500 000 emplois non
pourvus en France et tout
le monde connaît des faux
chômeurs…Cette France
active silencieuse durant
des décennies, on ne l’entendait pas ! Et ne parlons
pas des corps intermédiaires : plus minoritaires
que jamais ! Moins de 2
% des salariés du secteur
privé adhèrent aux syndicats (subventionnés). Je
vous épargne le couplet
sur les médias enfermés
dans leur bulle. Tout se

passe comme si le mouvement du Président
de la République, « En
Marche », n’avait été
qu’une bouée de sauvetage, certes utile, pour faire
sortir de nouvelles têtes,
issues de la société civile.
Les nouveaux « marcheurs » sont rapidement
devenus godillots et la
démocratie participative
dont ils avaient empli leurs
discours a été remplacée
par un langage énarchique
qu’ils ont vite appris à
manier. Pour s’en tirer
dans la crise actuelle, le
pouvoir exécutif n’a pas
beaucoup de portes de sortie…Il en a une : renverser
la table. Celle des dépenses

publiques, et les reprendre
une par une en les passant
au peigne fin. La gabegie
est phénoménale et on
peut très vite redresser
nos finances publiques
tant le pays croule sous
les prélèvements. C’est la
seule manière de redonner
des marges à la France
qui bosse et entreprend.
Si Emmanuel Macron ose
le faire, il fera ce qu’aucun de ses prédécesseurs
n’aura réussi à faire avant
lui depuis 30 ans et il passera ainsi dans l’Histoire et
la postérité. Bonne chance
au pays et bonne année
à tous ! On ne réussira
qu’ensemble.
Robert Lafont

Les Français soutiennent-ils le mouvement ?
Même s’ils ne représentent pas la majorité
des citoyens et que certains débordements lors
des manifestations, sur
les ronds-points, dans les
médias ou sur les réseaux
sociaux ont pu décrédibiliser leur action, les Gilets
jaunes bénéficient toujours du soutien de l’opinion publique. On veut
évidemment parler des
Gilets jaunes pacifistes,
républicains et exprimant
leurs revendications sans
violence. Ni les fêtes de
fin d’année, ni les vœux
le 31 décembre 2018 du
Président Emmanuel
Macron, n’ont changé
l’opinion des Français.
Au moment où nous
mettions sous presse ce
journal, ils étaient encore
55% à souhaiter que le
mouvement des Gilets
jaunes se poursuive, un
chiffre quasiment stable
(+1 point), selon un
sondage Odoxa Dentsu

réalisé les 2 et 3 janvier
et publié jeudi 3 janvier
2019 en soirée. 45%
des personnes interrogées souhaitaient au
contraire que le mouvement s’arrête, soit
un point de moins que
lors d’une précédente
enquête parue au début
du mois de décembre
2018. En ce début d’année 2019, le Président de
la République doit impérativement retrouver en
priorité « la confiance et
de la crédibilité auprès
des Français » pour 63%
d’entre eux, « prouver
qu’il est parvenu à baisser
les impôts et à améliorer le pouvoir d’achat »
(55%) et « mettre un
terme à la crise des
Gilets jaunes (pour
48% des sondés), selon
cette enquête pour nos
confrères « Le Figaro »
et la chaîne de télévision et de radio, France
Info. L’augmentation du

pouvoir d’achat (54%)
s’inscrit en tête des priorités des Français, qui
veulent également voir
« diminuer la pauvreté
et la précarité en France »
(45%) et « baisser le
niveau des impôts et des
taxes » (41%), plusieurs
réponses étaient possibles. La baisse du chômage, régulièrement en
tête des préoccupations
des Français, est cette fois
reléguée au quatrième
rang des priorités (32%).
Avec la crise des Gilets
jaunes, la confiance
dans le gouvernement
d’Édouard Philippe s’est
effondrée : seuls 25%
des Français interrogés
se disaient « satisfaits »
de l’action du pouvoir
exécutif depuis l’élection
d’Emmanuel Macron
en mai 2017, soit 15
points de moins qu’en
avril 2018. 75% (+16
points) se déclaraient en
revanche « mécontents »

du chef de l’État. Juste
avant Noël, le soutien des
Français à la mobilisation
des Gilets jaunes s’élevait à 70%, sauf chez les
cadres, où il avait baissé
de 20 points à 47%,
selon un sondage Elabe
pour BFM TV paru le 19
décembre. Les opinions
favorables dépassaient
alors le seuil de 70% dans
les communes rurales
et les petites agglomérations et de 60% dans
les grandes agglomérations, y compris Paris.
Sur le plan politique, seul
l’électorat d’Emmanuel
Macron (42% de soutien)
était majoritairement
opposé au mouvement
né d’une protestation
contre la hausse des prix
du carburant qui a depuis
étendu ses revendications
au pouvoir d’achat en
général et à la démocratie
participative.
Daniel Fiblonski

Des Infos et des News
n Le gilet jaune était utilisé
dans un premier temps par
les professionnels, en particulier sur les chantiers,
les sites industriels ou les
travaux publics. Une norme
européenne de 1989 fixa
les règles à respecter pour
cet équipement de protection individuelle. Mais
le gilet jaune acquiert sa
popularité en 2008. Cette
année-là, il devient obligatoire de disposer d’un
exemplaire à bord de son
véhicule, en complément
du triangle de pré-signalisation. En cas d’accident, le
conducteur doit le revêtir
lorsqu’il sort de son véhicule, afin d’être visible des
usagers de la route. En plus
du jaune flashy, le gilet dit
« de haute visibilité » s’accompagne de bandes réfléchissantes horizontales.
n Ghislain Coutard est
« l’inventeur » du symbole de la protestation
qui a donné son nom au
mouvement. Technicien
mécanicien vivant près de
Narbonne âgé de 36 ans
et originaire de Grigny, il
parcourt tous les jours 500
kilomètres. Il gagne entre 1
800 et 2 300 euros net, ne
se plaint pas pour lui mais
pour ses copains « en galère
». Le 24 octobre 2018, il
avait passé une mauvaise
journée. En rentrant chez
lui, il tombe sur la page
Facebook d’un appel au blocage pour le 17 novembre
2018. Pendant près d’1
minute 30, il se filme dans
son camion, exprimant son
ras-le-bol et demandant
aux gens d’utiliser leur gilet
jaune pour montrer leur
mécontentement . Et poste
la vidéo à 18 heures. Une
diffusion réservée aux amis.
Un quart d’heure plus tard,
un collègue lui conseille de
changer la confidentialité et
de la rendre publique. A 21
heures, il enregistrait déjà
200 000 vues !

n La Belgique est le pays
étranger où le mouvement
des Gilets jaunes s’est le
plus installé, en particulier
dans la région francophone
de Wallonie. En décembre
dernier, entre 2000 et 3000
Gilets jaunes avaient manifesté à Bruxelles, dans le
calme cette fois. Deux précédents rassemblements
avaient dégénéré. 400 personnes sur 1000 avaient été
arrêtées une semaine plus
tôt et certains protestataires
avaient tenté d’entrer dans
le Parlement européen.
Le 14 décembre 2018, des
Gilets jaunes bloquant plusieurs axes routiers avaient
été aidés par d’autres manifestants répondant à une
journée de mobilisation
syndicale pour le pouvoir
d’achat et contre la réforme
des retraites. Un automobiliste a été tué ce même jour à
Erquelinnes, une commune
frontalière belge, en percutant un camion arrêté par
un barrage de Gilets jaunes
mobilisés côté français.
n D’autres pays comme
la Hongrie, la Pologne,
l’Irlande, l’Angleterre et le
Portugal ont aussi enregistrés des actions de
Gilets jaunes, certes moins
importantes qu’en France.
En Bulgarie, des blocages
d’axes routiers étaient intervenus au mois de novembre
pour protester contre la
flambée du prix des carburants. Dans le reste du
monde, des Gilets jaunes
ont manifesté il y a quelques
semaines en Israël, sur la
place Yitzhak Rabin à Tel
Aviv, contre l’augmentation du coût de la vie, sept
ans après un large mouvement de contestation sociale
contre la vie chère. D’autres
tenues fluorescentes ont été
aperçues dans des manifestations au Liban, en Afrique
du Sud, en Russie et même
en Irak, à Bassora, deuxième
ville du pays.

COMMENT TOUT A COMMENCÉ

Une vidéo et une pétition
sur les réseaux sociaux
Dans une vidéo sur
Facebook postée le 18
octobre 2018, devenue rapidement virale, une inconnue, Jacline Mouraud,
interpelle « Monsieur
Macron », dénonçant « la
traque aux conducteurs ».
La pétition « Pour la baisse
du prix des carburants », 
lancée par une autre inconnue, Priscillia Ludosky,
connaît ensuite un grand
succès sur internet.  La
contestation anti-taxes sur
le carburant se structure.
Des centaines de groupes
pullulent sur Facebook
pour tenter d’organiser
le mouvement de lutte
contre le prix trop élevé
des carburants.Le samedi
17 novembre, la 1ère journée de blocages de routes
rassemble en France près
de 300 000 manifestants
arborant un gilet jaune
fluorescent. Une manifestante meurt en Savoie,
fauchée par une automobiliste et on dénombrera 409
personnes blessées, dont
14 gravement. L’action des
Gilets jaunes est organisée
en dehors de tout parti
ou syndicat. Sentant que

le mouvement est profond, les leaders politiques
d’opposition annoncent
leur soutien ou leur mobilisation aux cotés des
Gilets jaunes. Marine Le
Pen, Laurent Wauquiez,
Nicolas Dupont-Aignan
et Jean-Luc Mélenchon
sont de ceux-là. « Depuis
le tout début, nous soutenons cette journée du 17
novembre, je vois d’ailleurs
que nous avons fait des
émules » assure la présidente du Rassemblement
national. « Je serai aux côtés
des manifestants, je n’ai
pas l’habitude de me dérober » lui répond Laurent
Wauquiez, le président
de LR. « Le 17 novembre
est une auto-organisation
populaire dont je souhaite
le succès »,affirme Jean-Luc
Mélenchon. Le lendemain
sur France 2, le Premier
ministre Édouard Philippe
assure que « le cap est bon »
et que le gouvernement
« va le tenir ».   La proposition de Laurent Berger,
le chef de la CFDT, d’une
conférence pour un pacte
social de la conversion
écologique, est écartée par

La mobilisation
grâce à internet
et les portables
« La force des gilets jaunes, c’est celle
des réseaux sociaux, des pétitions en
ligne et de Facebook. La colère est réelle
mais l’outil, lui, reste virtuel », analysait
récemment Bernard Vivier, directeur
de l’Institut supérieur du Travail, au
micro d’Europe 1. Pour Stéphane
Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux et du syndicalisme,
« cette forme de mobilisation avec une
telle ampleur est inédite dans le champ
social ». « On entend beaucoup de comparaisons avec le mouvement poujadiste
ou les jacqueries moyenâgeuses. Il me
semble que cela atteint vite ses limites »,
explique cet expert reconnu. « Si comparaison il faut faire, même si là aussi
cela va trouver une limite, c’est plutôt
avec les printemps arabes. Parce qu’on
a quelque chose de commun : le fait
que tout est parti, s’est organisé via les
réseaux sociaux, de manière totalement
horizontale. ». Et c’est certainement
cela qui est inédit. « Dans la façon dont
la mayonnaise a pris, on est là face à un
objet nouveau en France, mais pas si
nouveau si on va voir ailleurs », estime
Stéphane Sirot. Plus que d’autres,
toutes les mouvances des Gilets jaunes
ont su utiliser les nouvelles technologies, créant ainsi un nouveau moyen de
se mobiliser et de revendiquer.
E.B

le Premier ministre. Des
manifestations et des blocages ont lieu à partir de ce
jour dans toute la France,
quotidiennement. L’île de
La Réunion est secouée par
une flambée de violence,
due notamment à de jeunes
casseurs.  Bruno Le Maire
écarte tout « geste » de la
part du gouvernement. Le
ministre de l’Economie
et des Finances considère
qu’ « un centime ici, deux
centimes là sur le prix du
carburant n’apaiseront pas
la colère des manifestants »,
assure-t-il. Face au mouvement des Gilets jaunes,
« nous gagnerons collectivement par la cohérence,
la constance et la détermination», affirme de son
coté Edouard Philippe à
la réunion de groupe des
députés LREM. En déplacement en Belgique, le
Président Macron déclare
que le gouvernement « va
continuer à expliquer sa stratégie, qui est d’une part de
taxer davantage les énergies
fossiles et d’autre part d’avoir
un accompagnement des plus
modestes ».
Éric Boukriss

3

Un Gilet jaune en
grève de la faim à
Matignon
F

atigué par ses difficultés financières, Patrick
de Perglas, un quinquagénaire, en pleine
grève de la faim, décide de se rendre à Paris avec
un objectif : être reçu au palais de l’Élysée par le
chef de l’État. L’aventure a commencé à Chalonsur-Saône, dans le département de Saône-et-Loire.
Le 19 novembre 2018, sa parka jaune sur le dos,
Patrick de Perglas, alias « Gépy », gare son camion
sur le rond-point proche du centre des finances
publiques de la ville. L’ancien artisan de 55 ans
espérait porter auprès du maire de sa commune ou
de toute autre figure de l’Etat la voix des Français
qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Espérant
donner du poids à sa demande, il avait entamé une
grève de la faim, mais personne n’était venu à sa
rencontre. Il est alors parti à Paris pour se faire
entendre au plus haut sommet de la République.
«  Gépy » a été finalement accueilli à sa demande
le 4 décembre 2018 par un membre du cabinet de
la présidence, quelques jours après avoir été reçu
le 29 novembre par le Premier ministre Édouard
Philippe. « Emmanuel Macron est passé le saluer et a
eu un court échange avec lui », avait précisé l’Elysée. Il
s’agissait d’une démarche individuelle initiée par
« Gépy » et non de la réception d’une délégation
de Gilets jaunes à l’Élysée. Patrick de Perglas se
présente comme un pacifiste qui dit avoir mené une
grève de la faim de 11 jours et marché de Châlon à
Paris en soutien aux Gilets jaunes.
E.B

Infos

Les premiers
blocages
sur les axes
routiers

La circulation est perturbée en plusieurs points du
réseau routier. Les forces
de l’ordre interviennent
dans les Bouches-duRhône pour libérer les
accès au port pétrolier et
au dépôt pétrolier de Fossur-Mer et l’accès à la raffinerie Total de La Mède.
Puis au dépôt pétrolier
Total de Lespinasse, au
nord de Toulouse.
À La Réunion, le préfet instaure une mesure
d’interdiction de circuler
de 21h00 à 06h00 dans
la moitié des communes
de l’île, bloquée par de
nombreux barrages routiers. « La crise des Gilets
jaunes était évitable »,
assure Nicolas Hulot sur
France 2, confiant que
le gouvernement n’a pas
« entendu » ses propositions pour un meilleur
accompagnement social

de la transition écologique.

Une volonté
inédite de
restaurer la
démocratie

Pour l’écrivain et essayiste
Yves Mamou, ancien
journaliste au « Monde »,
« la révolte des Gilets
jaunes n’est pas une révolution. Elle est même en
réalité tout le contraire.
Il s’agit d’un mouvement
de restauration nationale,
un mouvement de restauration de la démocratie
et un rejet de la révolution, la vraie, celle que
les élites politiques, économiques et administratives ont imposée trente
années durant au peuple
de France. La mondialisation des économies,
l’euro, Schengen, l’immigration musulmane
ont été les outils des partis politiques, gauche et
droite confondus, pour
révolutionner en profondeur la société française ».

4 LES LEADERS

I

Éric Drouet : le meneur
veut aller jusqu’au bout

l est devenu, en
quelques semaines,
une figure incontournable des Gilets jaunes.
Éric Drouet, 33 ans, peut
se targuer d’une certaine
légitimité. Ce chauffeur
routier fut en effet l’un des
premiers à appeler à une
journée de mobilisation le
17 novembre 2018 contre
la flambée des prix du carburant. Depuis, la mobilisation s’est transformée en
un véritable mouvement,
les Gilets jaunes sont un
peu partout et Éric Drouet
est devenu un habitué des
plateaux de télévision. Et
en quelques semaines,
il a évolué à l’image de
la révolte, élargissant le
champ des revendications, relayant volontiers
des thèses complotistes,
et surtout radicalisant
sensiblement son propos.
Jusqu’à appeler en plein
cœur de la révolte et lors
d’une émission spéciale
sur BFMTV, à marcher
sur l’Elysée un samedi de
mobilisation (celui du
8 décembre 2018 exactement) et à entrer d’autorité dans le palais présidentiel. Des propos face
aux ministres François de
Rugy et Marlène Schiappa
qui lui valent une enquête
ouverte par le parquet de
Paris pour « provocation
à la commission d’un
crime ». Résidant à Melun,
Eric Drouet est un chauffeur routier, père d’une
petite fille et fan de tuning.
Membre d’une association
d’automobilistes, le Muster
Crew, il relaye régulièrement, avec un collègue,
son mécontentement face

à la hausse des prix du
carburant. En tombant
au début du mois de
novembre 2018 sur la pétition de Priscillia Ludosky,
autre figure importante
et historique des Gilets
jaunes, il décide de lancer
une journée de mobilisation le 17 novembre. « On
organisait souvent des réunions de passionnés de voitures où on roulait ensemble.
Pour le 17 novembre, l’idée
à la base, c’était d’organiser
un road-trip sur le périphérique de Paris mais, cette
fois, pour dénoncer la hausse
des prix », expliquait-il à
France Info au mois de
novembre. On connaît
la suite. Le mouvement

fait tache d’huile, et Éric
Drouet devient l’un des
visages de la contestation.
Ses débuts médiatiques
sont toutefois difficiles.
Après un passage compliqué sur BFMTV le 13
novembre, il disparaîtra
même des radars quelques
jours. Avant de faire son
retour via les réseaux
sociaux. Il créé régulièrement des pages Facebook,
pour l’acte 2 de la mobilisation, le 24 novembre 2018
par exemple. Et c’est « La
France en colère !!! » qui
rencontre le plus de succès, avec près de 230.000
membres.  Le moyen de
communication privilégié
par Éric Drouet ? Les vidéos,

à travers des Facebook Live
réalisés depuis son camion.
Mais après une légère
diète médiatique, Drouet
revient début décembre
sur le devant de la chaîne,
multipliant les interventions télé ou radio. Si Éric
Drouet est devenu aussi
présent médiatiquement,
c’est parce qu’il est identifié
par le grand public comme
l’un des porte-parole du
mouvement. Or, ce titre,
le jeune homme semble
avoir parfois du mal à l’assumer. Ainsi, quand il fait
partie des huit personnes
désignées pour incarner le mouvement le 26
novembre 2018, il accepta
de rencontrer François

de Rugy, ministre de la
Transition écologique dès
le lendemain (et filma l’entretien avec son téléphone
portable sans en informer ses interlocuteurs),
mais refusa l’invitation du
Premier ministre quelques
jours plus tard. « Aucune
délégation n’a encore le
rôle de représenter les Gilets
jaunes », expliquai-t-il sur
Facebook. Pour certains
Gilets jaunes, Éric Drouet
est un véritable « héros »,
mais pour d’autres, il va
trop loin et nuit à l’image
du mouvement par ses
actions et ses démêlés avec
la justice.
Daniel Fiblonski

Le 9 janvier, Éric Drouet
a lancé une cagnotte pour
les manifestants blessés,
après le succès de celles
lancées d’un côté pour
soutenir l’ancien boxeur
Christophe Dettinger qui
boxa un gendarme à Paris
le 5 janvier, de l’autre
pour aider les forces de
l’ordre. « Cagnotte officielle
pour les blessés Gilets jaunes
de France !! Sont invitées
à participer toutes les personnes qui disent soutenir
la cause des Gilets jaunes
plus particulièrement les
personnes médiatiques, cela
prouverait leur sincérité
!! », a écrit sur Facebook
le chauffeur routier pour
présenter cette cagnotte.

Peu après 14 heures, plus
de 8700 euros avaient déja
été rassemblés. Cette collecte intervient alors que
pro et anti Gilets jaunes
ont nourri une vive polémique par cagnottes interposées. Celle en faveur
de Christophe Dettinger,
soupçonné d’avoir agressé
2 gendarmes à Paris le 5
janvier, a choqué le gouvernement et une partie
de la classe politique. En
moins de 48 heures, des
internautes favorables à
l’ex-boxeur avaient rassemblé plus de 117.000
euros, avant que la plateforme Leetchi ne ferme la
cagnotte.
D.F

Un Gilet jaune
aux prises
avec la justice

L

Maxime Nicolle surnommé « Fly Rider »

Proche d’Éric Drouet,
Maxime Nicolle, âgé de 31 ans
et intérimaire dans le secteur
des transports en Bretagne,
fait régulièrement parler de
lui. Membre de la délégation
éphémère des 8 représentants
des Gilets jaunes, ce militant
controversé s’est une nouvelle
fois exprimé, il y a quelques
jours, via un live sur sa page
Facebook quant à l’avenir du
mouvement qu’il envisage
plus violent que ces dernières
semaines. Si la mobilisation
s’est globalement réduite, celui

Il a créé une
cagnotte qui fait
polémique

qui se fait appeler « Fly Rider  »
sur les réseaux sociaux estimequ’un « soulèvement national se prépare. « Beaucoup de
gens dans ce mouvement sont
prêts à perdre la vie pour que
notre futur soit meilleur. Des
gens préparent un soulèvement
national avec des armes »,
annonçait-t-il au moment où
nous mettions sous presse ce
journal. Si Maxime Nicolle
espère malgré tout que cela
n’arrive pas, il ajoutait : « Il
y a des gens qui se préparent à
être beaucoup moins pacifiques,

voire plus du tout pacifiques  ».
Tout comme Éric Drouet célébré par Jean-Luc Mélenchon
et placé en garde à vue pour
organisation d’une manifestation sans déclaration préalable,
Maxime Nicolle explique avoir
visionné un documentaire intitulé « Winter on Fire » consacré
à la révolution ukrainienne
de 2014. Drouet a partagé ce
message avec son commentaire : « À regarder ! ! ! Très
éloquent ! ! ! » Réputé pour
son côté complotiste, le jeune
homme à la casquette donna

son avis dans une vidéo sur
l’attentat à Strasbourg du 11
décembre 2018 : « Il y a eu des
coups de feu, il y a eu des blessés,
il y a peut-être un décès, ça se
trouve c’est juste un fou ! Si c’était
un attentat, dites-vous bien que
le mec n’attend pas qu’il y ait 3
personnes dans une rue le soir
à 20h. Il va en plein milieu des
Champs-Elysées quand il y a des
millions de personnes et il se fait
exploser, ça c’est un vrai attentat
! Le reste, c’est des effets pour faire
peur », disait-t-il avant de se
rétracter.
C.F

e 2 janvier dernier, c’était sa
seconde arrestation en une
dizaine de jours. Éric
Drouet avait été interpellé
mercredi soir près des
Champs-Elysées à Paris et
placé en garde à vue pour
organisation d’une manifestation sans déclaration
préalable, selon le parquet
de Paris. Drouet avait été
arrêté près du restaurant
« Maxim’s », proche de
la place de la Concorde,
alors qu’il se dirigeait vers
les Champs-Elysées où il
avait appelé d’autres sympathisants à se rassembler
pour allumer des bougies
en hommage à tous les
morts et blessés depuis
le début du mouvement.
Et le 22 décembre 2018,
il avait déja passé la nuit
au dépôt du Tribunal de
grande instance de Paris,
avant d’être présenté à un
juge le lendemain. Drouet
sera jugé le 5 juin avait
indiqué une source judiciaire. Dans l’attente de
ce procès, il a été placé
sous contrôle judiciaire
avec interdiction de porter une arme. Le chauffeur
routier de Melun, l’une
des figures du mouvement depuis l’acte 1, n’est

cependant pas interdit
de se présenter à Paris
contrairement à ce que
le parquet de Paris avait
demandé, a-t-on appris
auprès de son avocat.
Selon cette même source,
il sera jugé pour « port
d’arme prohibé de catégorie D » et « participation
à un groupement formé
en vue de violences ou
de dégradations ». Les
policiers qui l’ont interpellé le 22 décembre
à Paris lors de l’acte 6
ont retrouvé sur lui une
« sorte de matraque ». 
Dans un communiqué,
son défenseur Maître
Kheops Lara a évoqué
« un bout de bois que son
client conserve toujours
habituellement dans son
camion pour se défendre ».
Son conseil dénonce
« une manoeuvre grossière visant à le discréditer aux yeux de l’opinion
publique pour le faire
passer pour un vulgaire
casseur qu’il n’a jamais
été ». Selon son avocat,
le seul motif politique
explique les arrestations
ciblées d’Éric Drouet.
Caroline Finzarelli

LES LEADERS

5

Priscillia Ludosky, une des têtes pensantes

M

oins présente dans
les médias
que les
autres leaders, elle n’en est
pas moins l’une des plus
actives. Son visage apparaît comme une figure de
la mobilisation des Gilets
jaunes. Malgré un nom à
consonnance polonaise,
Priscillia Ludosky a des
racines martiniquaises, née
de parents originaires du

Gros-Morne et de Trinité.
La jeune femme de 33 ans,
qui vit en région parisienne, avait lancé le 29
mai dernier une pétition
en ligne contre la hausse
des carburants. Au mois
de novembre, cette dernière comptabilisait plus
de 938 325 signataires sur
internet.  « Au départ, tout
est parti d’une incompréhension, je ne comprenais pas
pourquoi le carburant aug-

mentait autant. J’ai commencé à faire des recherches
et découvert certaines incohérences dans la justification
de la hausse des taxes »,
raconte Priscillia Ludosky,
qui soutient ne « pas croire
à l’argument écologique ». 
Elle partage d’abord sa
pétition à son entourage,
puis la laisse vivre entre
juin et septembre 2018. «
Ce n’est qu’en septembre que
j’ai commencé à la relancer

«Je ne crois pas à
l’argument écologique pour les taxes»
plus activement ». Priscillia
Ludosky multiplie les
partages sur les réseaux
sociaux, contacte la presse
locale et est bientôt sollicitée par les médias nationaux. Un article du journal
« Le Parisien », à la fin
du mois d’octobre, lança

réellement la machine.
« Un président d’association, passionné d’automobile et domicilié en Seineet-Marne, m’a contactée. Il
avait appelé à manifester à
Paris contre la hausse des
carburants » s’est souvenue
dans une interview cette

figure de proue du mouvement. Les deux mouvements, totalement apolitiques, se rejoignent et font
des émules. « Rapidement,
les régions de France ont
aussi voulu participer et créer
leur propre manifestation »,
rappelle l’ex-employée
de banque, spécialisée en
finances internationales,
aujourd’hui reconvertie
dans la vente en ligne de
produits cosmétiques, qui

devient une sorte de symbole. Lors des premières
mobilisations du samedi,
Prscillia Ludosky avait été
au coeur de l’opération
escargot sur le périphérique parisien. Et elle avait
été reçue avec Éric Drouet
le 26 novembre par le
ministre de la Transition
écologique, François de
Rugy.
Valérie Fontaine

Infos

L’aide soignante et
mère célibataire

Depuis le début du mouvement,
Ingrid Levavasseur a « crevé »
l’écran. Au point que BFM TV avait
voulu la recruter comme chroniqueuse pour une émission dominicale avant de renoncer en raison
des menaces sur la jolie rousse
et des protestations de plusieurs
journalistes de la chaîne. Gilet
jaune habitant dans l’Eure, cette
aide-soignante de formation et
mère élevant seule ses deux enfants,
indiquait lors d’une émission spéciale sur BFM TV en novembre
2018 gagner 1.250 euros par mois,
expliquant être au-dessus du seuil
permettant de percevoir des aides
sociales. La jeune femme avait présenté un tableau de ses ressources,
pour montrer que sa situation ne
lui permettait pas de faire face à
de nouvelles dépenses, dont une
hausse des prix du carburant.
Présente lors de la manifestation
du 24 novembre sur les ChampsElysées, elle affirma que les mani-

festants « avaient été immédiatement
gazés » par les forces de l’ordre.
R.G

L’appel au général
Pierre de Villiers

«  Je verrais bien un général de Villiers
à la tête du gouvernement. Il a servi
la France de gauche ou de droite.
Aujourd’hui, c’est un homme de
poigne qu’il faut à la tête du gouvernement », disait en décembre 2018
Christophe Chalençon, l’un des
leaders des Gilets jaunes. L’ex chef
d’état-major des armées Pierre de
Villiers avait démissionné avec
fracas le 19 juillet 2017 après avoir
été recadré par Emmanuel Macron.
Le militaire avait critiqué les économies réclamées aux armées. Sa
démission fût la première crise
du quinquennat Macron. « Nous
demandons à avoir un véritable commandant, c’est-à-dire une femme ou
un homme qui va prendre au sérieux
le devenir de la France », précisa
Chalençon.

Priscillia Ludosky

Ils ont aussi émergé dans l’opinion
À côté des groupes plus
radicaux ou de personnalités clivantes comme Éric
Drouet, Maxime Nicolle
ou Priscillia Ludosky, des
Gilets jaunes se disent
modérés et tentent de
créer des embryons de
mouvements politiques
ou associatifs. Mais ils forment un pôle hétéroclite et
dispersé. Leurs revendications sont similaires aux
autres Gilets jaunes mais
ils prônent une méthode
différente : investir le
champ politique plutôt
que la rue et éventuellement présenter une liste
aux élections européennes.
Plusieurs font partie
du collectif des Gilets
jaunes libres qui appelaient, dans « Le Journal
du Dimanche » du 2
décembre dernier, à
cesser les violences et à
trouver « une porte de sor-

tie » avec le gouvernement. Parmi eux, outre
Jacline Mouraud, on peut
citer Benjamin Cauchy,
très impliqué d’abord à
Montpellier, puis sur le
plan national. Le groupe
le plus important est celui
d’Hayk Shahinyan. Ce
jeune entrepreneur a
fondé l’association « Gilets
jaunes Le Mouvement ».
Avec environ 26.000 abonnés sur Facebook pour
l’instant, son audience
est dérisoire par rapport au trio Ludosky,
Drouet et Nicolle.
Malgré tout, « Gilets
jaunes Le Mouvement »
engrange quelques soutiens, familiers des plateaux télé, comme
Christophe Chalençon,
Jean-François Barnaba,
Côme Dunis ou le Gilet
jaune marseillais Paul
Marra. Dernièrement, il

a été rejoint par Ingrid
Levavasseur, la Gilet jaune
très populaire, engagée
sur le terrain dans l’Eure.
Le 20 décembre 2018, la
troupe avait annoncé la

naissance d’une coordination nationale des Gilets
jaunes. Celle-ci rassemble
les membres de « Gilets
jaunes Le Mouvement »
et d’autres personna-

lités, comme l’écrivain
Alexandre Jardin. Les
élections européennes
semblent clairement en
ligne de mire.
D.F

Jacline Mouraud
a choisi la
modération

L

a médiatique
figure des Gilets
jaunes veut
désormais proposer une autre alternative aux traditionnels
mouvements politiques,
après avoir fait le buzz
sur internet au mois d’octobre 2018 en s’adressant au Président Macron
sur l’argent des impôts
et sur les taxes. Jacline
Mouraud va lancer « Les
Émergents ». « C’est tout
frais. Pour l’instant, les
statuts ne sont pas déposés mais on va essayer de
le faire le plus rapidement
possible », indiquait il y a
quelques jours cette Gilet
jaune du premier jour.
Jacline Mouraud assure
avoir reçu beaucoup
de retours favorables. «
Les gens m’écrivent sur
Facebook, j’y passe mes
soirées ! », dit-elle. Elle

souhaite organiser une
grande rencontre avec
les Français intéressés, à
la fois pour entériner le
nom du parti, mais aussi
pour dresser les grandes
lignes du programme. L’
hypnothérapeute de profession a déjà quelques
idées comme la sanctuarisation des retraites. «
Les gens ont travaillé toute
leur vie. On ne doit pas
toucher à leur retraite»,
estime Jacline Mouraud
qui se dit aussi opposée
à l’idée d’un référendum
d’initiative citoyenne
(RIC), pourtant une des
principales revendications des Gilets jaunes.
Elle déclare : « On ne
soutiendra pas la mise en
place de référendums qui
permettent de destituer le
gouvernement ».
Daniel Fiblonski

6 LES PRINCIPAUX GROUPES DES GILETS JAUNES

Les
ambitions
de « Gilets
jaunes le
Mouvement »
Avec « Gilets jaunes le
Mouvement », c’est un
groupe plus modéré et
qui a des ambitions politiques, comme l’a précisé
il y a quelques jours l’un
de ses principaux dirigeants, Hayk Shahinyan.
À 29 ans, Hayk Shahinyan
a vécu quelques années à
Dieppe (Seine-Maritime)
où il a notamment
été membre du MJS
(Mouvement des jeunes
socialistes). « Pendant un
an seulement et ça m’a suffi
pour me faire comprendre
que la façon dont les partis
politiques sont structurés ne
me convient pas », explique
Shahinyan. Aujourd’hui,
il vit entre Paris et Lyon
où il tient un restaurant.
Il est surtout celui qui, le
lundi 10 décembre 2018,
avait annoncé sur France
2 que le mouvement se
préparait à présenter
une liste aux élections
européennes. Mardi 11
décembre dernier, il allait
même plus loin : « Nous
allons nous structurer et
nous préparer pour être présents aux législatives, mais
aussi aux municipales.»
Mais il y a quelques jours,
sur l’antenne d’Europe
1, le fondateur de cette
association a précisé sa
stratégie : « Encore un peu
trop tôt pour constituer une
liste. » Celui qui n’a jamais
vraiment caché son envie
de voir les Gilets jaunes
investir le champ politique n’entend pas pour
autant précipiter les événements. S’il admet que
les européennes vont être
un moment important,
Hayk Shahinyan estime
toutefois qu’il est « encore
un peu trop tôt » pour
prendre une décision formelle. Celle-ci sera quoi
qu’il arrive horizontale :
« Si les adhérents décident
qu’il faut y aller, on ira.
S’ils pensent que non, on
n’ira pas ».
D.F

« La France en colère ! »
est le plus populaire
Dans la galaxie des Gilets jaunes, il existe des
courants, des tendances et des entités qui se
différencient par leurs actions, leurs discours et
leurs leaders. Plusieurs groupes se sont constitués ces dernières semaines avec des objectifs
variés, parfois contestables, et celui d’Éric
Drouet reste de loin le plus suivi.

A

vec près de 400.000
sympathisants
ou suiveurs sur
Facebook et les réseaux
sociaux, le groupe « La
France en colère ! », créé
par Éric Drouet, représente
la mouvance la plus importante des Gilets jaunes.
En même temps, Drouet
illustre l’une des difficultés
des Gilets jaunes : se structurer et faire émerger des
leaders légitimes aux yeux
de tous. Pour l’heure, tous
sont contestés. D’ailleurs,
le chauffeur routier a mis
en avant ces divisions
pour expliquer pourquoi
il avait accepté l’invitation
de BFM pour une émission spéciale au mois de
novembre dernier. « Sinon
ta des Cauchy et Mouraud
qui y vont !! », écrivait-il
sur la page Facebook La
France énervée, en référence à Benjamin Cauchy
et Jacline Mouraud, eux
aussi très présents dans
les médias. « Je suis pas le
meilleure je sais et je m’en
passerais bien mais voilà ils
sont pas loin donc je serai

là !!! Les plateaux c’est pas
facile mais on fait avec
!! Confiance en personne
donc voilà ! », poursuivait-il dans ce message non
exempts, comme tous les
autres, de fautes d’orthographe.  Le cas Drouet est
aussi révélateur parce qu’il
symbolise la radicalisation
du mouvement des Gilets
jaunes. S’il reste méfiant
vis-à-vis de la plupart
des thèses complotistes
qui nourrissent parfois la
colère comme celles sur
le pacte de Marrakech
ou celle assurant que la
France n’avait plus de
Constitution depuis le
1er janvier 2017, il adhère
volontiers à d’autres. Dans
l’une de ses vidéos, Éric
Drouet évoque ainsi l’influence des médias lors
de la dernière présidentielle. « Les candidats n’ont
pas les mêmes moyens
financiers car les banques
achètent les médias pour
faire monter leurs candidats. Ceux-ci médiatisent
légèrement les autres pour
faire croire qu’ils ont tous

L’action passe d’abord
par le numérique

la même chance », disait-il
face caméra. Mais depuis
plusieurs semaines, Eric
Drouet illustre aussi la
radicalisation de certains
Gilets jaunes, ainsi quand
il appelait à aller à l’Elysée.
«Tous les gens veulent aller
là-haut, c’est le symbole de
ce gouvernement», avait
lancé le leader sur BFMTV,
avec un léger sourire. Et
une fois devant ? « On
rentre dedans pour être
écoutés », insistait-t-il.
Beaucoup ont interprété
cette sortie, simple relais
d’un message posté sur
Facebook quelques jours
plus tôt, comme des
attaques à l’encontre de

la République et comme
un appel gravissime au
putsch, en premier lieu
les ministres Marlène
Schiappa et François de
Rugy, présents sur le plateau de BFM TV ce soir-là.
Eric Drouet avait assumé
sur Facebook peu de temps
après la fin de l’émission. :
« Ne jamais mettre en cause
ma détermination ça serais
mal me connaître !! Je croit
plus en cette république dsl
(désolé) !! », écrivait-il. «La
France a mon sens besoin de
renouveau !! Beaucoup trop
de gens ce meurt !!! »
Caroline Finzarelli

Au départ du mouvement,
la hausse du prix des carburants et une vidéo sur
Facebook celle de Jacline
Mouraud, interpellant
« Monsieur Macron » pour
dénoncer « la traque aux
conducteurs ». Les automobilistes mécontents se
structurent alors autour
de groupes Facebook en
vue d’organiser leur 1ère
journée de mobilisation, le
17 novembre.  « Facebook
est l’espace idéal de floraison
pour ce type de mouvement
déstructuré, atomisé et sans
véritable représentant », a
expliqué à l’AFP Tristan
Mendès France, enseignant en cultures numériques. « Comme eux,
Facebook n’a pas de centre,
il repose sur des communautés ». La diversité des

« Gilets jaunes
Libres » prône
le dialogue
L

Le fondateur de « La France en colère ! » avec son avocat au début du mois de janvier.

groupes présents sur la
toile bleue est à l’image
d’un mouvement dont
les membres ont des profils aussi variés que leurs
revendications. Pour s’informer, se mettre d’accord,
s’organiser, se retrouver.
« Facebook nous sert pour
absolument tout », dit
Chloé Tissier, modératrice du groupe « Les automobilistes de Normandie
en colère », qui compte
plus de 50.000 membres. 
« Si Facebook n’était pas là,
cette détresse sociale incontestable n’aurait jamais
pu atteindre la proportion
qu’elle a atteint en termes
de visibilité », note Olivier
Ertzscheid, enseignant à
l’université de Nantes.
C.F

eur mot d’ordre : parler
d’une seule voix et être
représentatif des millions
de Français qui expriment
leur ras-le-bol depuis plusieurs mois. C’est l’objectif
du collectif autoproclamé
des « Gilets jaunes libres ».
Ils se présentent comme
des  « citoyens engagés
et libres  qui   participent
depuis le début du mouvement à promouvoir des
revendications sérieuses »
et condamnent toute
forme de violence. Le collectif s’emploie à recentrer
les revendications qui se
sont multipliées à foison.
Pour être plus audibles
du gouvernement, à qui
ils proposent une  porte
de sortie. Ils ont demandé
l’arrêt de la hausse des
taxes sur le carburant,
la mise en place d’États
généraux sur la fiscalité,

l’annulation de l’alourdissement du contrôle
technique et la mise en
place de référendums réguliers sur les grands enjeux
sociétaux. Ces membres se
définissent comme  « une
représentation honnête
de la France qui souffre et
se sent délaissée ». Parmi
les trois fondateurs, on
retrouve des figures qui
ont écumé les plateaux de
télévision, surtout au début
comme Jacline Mouraud.
Cette Morbihanaise
de 51 ans, veut aussi
créer « Les Émergents »
comme nous l’avons écrit.
L’automobiliste bretonne
a fait le buzz avec sa vidéo
visionnée plus de 6 millions de fois depuis sa diffusion le 18 octobre, dans
laquelle elle dénonçait la 
« traque aux conducteurs »
Valérie Fontaine

LE SOUTIEN DES « PEOPLE »

Comment
« Nanard » juge
la situation

Bernard Tapie les
aide et les conseille

E

n dépit de ses ennuis
de santé, l’ex-patron de
l’Olympique de Marseille
n’ a rien perdu de son
énergie pour s’impliquer dans la
vie publique. Et la crise engendrée
par l’action des Gilets jaunes ne
pouvait que l’interpeller. Quelques
jours avant Noël, Bernard Tapie
avait apporté son soutien aux
Gilets jaunes. Sur France Inter,
l’homme d’affaires déclara : « Ils
viennent de redécouvrir qu’ils sont
importants et qu’ils existent. Si 75%
des Français soutiennent les Gilets
jaunes, ça veut dire que c’est un mouvement qui dit des choses que tout le
monde pense ou a envie de penser. »
Comment Tapie explique-t-il
leur colère ? « Aujourd’hui, tout est
payant. Moi j’ai vécu une jeunesse où
on pouvait être pauvre et heureux,
plus maintenant. Aujourd’hui, c’est
quasiment impossible : internet, le
téléphone portable, tout ça, si vous
ne l’avez pas vous n’êtes plus dans la

société. Or ça coûte. Et quand tu es
pauvre aujourd’hui tu ne peux pas
être heureux. » Et pour les aider,
l’ex ministre a proposé aux Gilets
jaunes de se réunir dans les locaux
de son journal « La Provence »
comme ce fût le cas pour la première fois le 5 janvier dernier. Si
Bernard Tapie, après avoir fourni
table, chaises et service d’ordre,
avait précisé qu’il ne s’immiscerait
pas dans cette journée, le PDG de
« La Provence », Jean-Christophe
Serfati, ainsi que le directeur éditorial Franz-Olivier Giesbert étaient
quant à eux bien présents. Le PDG
servant même d’intermédiaire
dans l’après-midi pour proposer à
quelques contestataires de participer à la réunion. Ce dernier a également affirmé que les journalistes
du titre avaient été consultés et ne
s’étaient pas opposés à la venue des
Gilets jaunes.

Pour certains observateurs, l’engagement des
personnalités semble sincère, mais pour d’autres,
ces vedettes ne voudraient pas être en porte à faux
avec ces Français qui constituent leur public.
Outre ces pros Gilets jaunes que nous vous présentons, on pourrait aussi citer l’acteur Philippe
Lellouche, Brigitte Bardot, les chanteur Pierre
Perret, Michel Polnareff et Bernard Lavilliers, les
écrivains Alexandre Jardin et Alain Finkielkraut
ou l’imitateur Gérald Dahan. En ce qui concerne
Bernard Tapie, il s’agit d’une implication à la fois
politique et concrète sur le terrain.

Éric Boukriss

Le chanteur Francis Lalanne s’engage à 100 %

P

our Francis Lalanne,
«le miracle du soulèvement des jaunes, c’est
que tout le monde a réalisé que l’homme providentiel n’existe pas ! ». L’interprète
de « La maison du bonheur » n’a
rien perdu de sa « grande gueule »,
comme il le dit lui-même. L’artiste,
âgé de 60 ans, avait donné rendez-vous avec quelques « Gilets
jaunes citoyens », du nom provisoire qu’ils se sont donné, dans
une brasserie parisienne, le lundi
17 décembre, pour présenter la
liste qu’ils souhaitent lancer aux
élections européennes le 26 mai.
«C’est le droit et le devoir du peuple
de se révolter ! », explique celui

qui s’est présenté plusieurs fois,
avec des scores marginaux, à des
scrutins. « Les européennes ne sont
pas l’enjeu principal mais le but est
de compter nos forces. Ces élections
seront le moyen de faire valoir les
revendications des Gilets jaunes
sur le plan institutionnel », affirme
Francis Lalanne qui a composé
une chanson en guise d’hymne de
campagne. De son côté, l’acteur
Franck Dubosc déclara dès le
début du mouvement : « Il faut
que l’on soit avec vous, nous les
favorisés ». En novembre dernier,
le héros de « Camping »  publia
un message « aux gilets jaunes et
à vous tous qui souffrez ». « Il faut
qu’on trouve quelque chose. J’en

La banque du cœur d’Hanouna
Le 4 décembre 2018, l’animateur
Cyril Hanouna annonça durant
son émission quotidienne sur
C8, « Touche Pas à Mon Poste »
son projet de lancer ce qu’il
appelle une banque du coeur
: « J’ai eu la chance de très bien
réussir en France, je me suis dit,
pourquoi ne pas créer une banque
du coeur pour les gens qui ont du
mal à terminer leurs fins de mois,
peut-être prendre les plus riches,
les entreprises, les artistes, et peutêtre monter une banque du coeur
qui pourrait aider ceux qui ont
du mal, ceux à qui il manque 50,
100 euros pour terminer le mois. »
Touché par les revendications
des manifestants à qui il a donné
régulièrement la parole dans
« TPMP »ou dans « Balance
ton Post », son talk show du
vendredi soir à 22 h 30, Cyril
Hanouna a poursuivi: « Je ne
peux pas vous laisser comme ça.

Ça me ronge de ne rien faire. Je
fais appel aux plus aisés. Si des
artistes veulent travailler avec moi,
ils sont les bienvenus ». Une idée
déja validée par Elie Semoun
ou Franck Dubosc. Cette idée
de « banque du cœur » rappelle
« Les Restaurants du cœur »,
initiée par Coluche dans les
années 1980 et le présentateur-vedette de C8 n’a jamais
caché son admiration pour l’humoriste disparu en 1986. Cyril
Hanouna reste populaire chez
les Gilets jaunes car il a organisé
de nombreux débats sur C8 en
invitant toutes les figures du
mouvement. Et lui-même a
toujours exprimé ouvertement
son soutien aux Gilets jaunes
en expliquant qu’il fallait aider
les Français qui ont du mal à
joindre les deux bouts ou ont
des problèmes à la fin du mois.
V.F

parle aux copains », ajouta l’acteur
même si quelques jours après,
il provoqua la polémique en se
désolidarisant maladroitement
du mouvement en raison des
violences en décembre. Une autre
star de l’humour, le comédien
Arnaud Ducret, vedette de la
série « Parents mode d’emploi »
avait dû annuler un déplacement pour un festival à l’île de la
Réunion. En l’annonçant dans une
vidéo, il assura les gilets jaunes
de son soutien. « Je suis avec vous,
que ce soit la métropole ou les Dom
Tom, on est tous ensemble dans la
même galère. On en a marre de
casquer comme des porcs ! » Pour
Patrick Sébastien, impossible de

7

ne pas se sentir proche de l’action des Gilets jaunes durant ces
dernières semaines : « Les gens qui
sont aujourd’hui dans la rue, c’est
ma France, c’est les miens, c’est ces
gens-là que l’on méprise, que l’on
met de côté et c’est pour ça que je les
comprends. On ne peux pas mépriser et abandonner les gens et dire :
voilà, il y a une caste supérieure la
caste qui décide que tout le reste doit
dégager. Il y a en France trois trucs
qui sont merveilleux, c’est la sécurité,
l’écologie et la santé ; pour piquer du
pognon c’est formidable… », ainsi
que l’animateur l’exprima sur TV5
au mois de décembre.
Valérie Fontaine

Au-delà de la crise des
Gilets jaunes, Bernard
Tapie s’adresse également
à Emmanuel Macron,
dont le gouvernement
n’avait, selon lui, pas
d’autre choix que de
céder aux manifestants
en suspendant d’un an
la hausse de la taxe carbone. Puisque « les Gilets
jaunes demandent un
changement de société »,
le chef de l’État ne peut
plus faire la sourde oreille.
« Tout ce mouvement doit
faire prendre conscience à
Macron qu’il faut qu’il renverse la table », déclare-t-il.
« Il y a des milliards d’euros
à cesser de gaspiller. On ne
peut pas demander aux gens
de tels efforts quand on voit
que la fiscalité des grandes
entreprises au CAC 40 est de
seulement 8% ».Persuadé
que ce « point culminant de
la mobilisation […] risque
au final d’être très positif »,
l’ex-propriétaire d’Adidas, qui se bat aujourd’hui
contre un double cancer, l’assure : « On joue
notre avenir. Ceux qui
manifestent ont pour la
plupart un travail. Ce ne
sont pas les plus pauvres »,

explique-t-il. « Les plus
pauvres, eux, se cachent
et pleurent ! ». L’homme
d’affaires leur avait promis son aide comme on l’a
écrit précédemment. En
dépit de la grogne de plusieurs journalistes de « La
Provence », Bernard Tapie
met à disposition des
Gilets jaunes les locaux
de son quotidien pour
des réunions. Un mélange
des genres, qui pose problème à certains salariés
du journal, surtout que
la première réunion du 5
janvier avait pour objectif
de créer un mouvement
politique. Elle se déroula
dans le grand hangar à
papier du journal, juste
à côté du bâtiment des
rotatives. Bernard Tapie
avait lancé les invitations.
En revanche, le quotidien
régional prend en charge
les cafés, les sandwichs,
ainsi que les 4 agents de
sécurité qui encadreront
ces réunions et offre une
tribune libre aux Gilets
jaunes chaque semaine
pendant 1 mois.
E.B

8 LES REVENDICATIONS

Des propositions dans
tous les domaines
L

e mouvement des Gilets
jaunes rassemble des
profils divers, des Français
de tous bords politiques et
de tous âges, dans toute la
France. Lancé au départ
pour protester contre la
hausse des prix des carburants, le mouvement
a agrégé de nombreuses
revendications. Les différents porte-parole des Gilets
jaunes ont ainsi envoyé aux
médias et aux députés un
communiqué listant leurs
demandes. On y trouve
des propositions sur de
nombreux domaines, du
prix des péages en passant
par l’éducation, les salaires,
ou encore les droits de succession. En voici quelquesuns :
• Zéro SDF en France.
• Impôt sur le revenu
davantage progressif (plus
de tranches).
• SMIC à 1300 euros net.

D

• Favoriser les petits com-

merces des villages et
centres-villes. (Cesser la
construction des grosses
zones commerciales autour
des grandes villes qui tuent
le petit commerce) + de
parkings gratuits dans les
centres-villes.
• Grand Plan d’Isolation des
logements. (Faire de l’écologie en faisant faire des
économie aux ménages).
• Que les GROS (Mac
Donald’s, Google, Amazon,
Carrefour...) payent GROS
et que les petits (artisans,TPE,PME) payent petit.
• Même système de sécurité
social pour tous (y compris
artisans et autoentrepreneurs) et fin du RSI.
• Le système de retraite doit
demeurer solidaire et donc
socialisé. (Pas de retraite à
point).
• Fin de la hausse des taxes

sur le carburant.

• Pas de retraite en dessous

de 1 200 euros.
• Tout représentant élu
aura le droit au salaire
médian. Ses frais de transports seront surveillés et
remboursés s’ils sont justifiés. Droit au ticket restaurant et au chèque vacances.
• Les salaires de tous les
Français ainsi que les
retraites et les allocations
doivent être indexés à l’inflation.
• Protéger l’industrie française : interdire les délocalisations. Protéger notre
industrie c’est protéger
notre savoir-faire et nos
emplois.
• Fin du travail détaché. Il
est anormal qu’une personne qui travaille sur le
territoire français ne bénéficie pas du même salaire
et des mêmes droits. Toute
personne étant autorisée à

travailler sur le territoire
français doit être à égalité
avec un citoyen français et
son employeur doit cotiser
à la même hauteur qu’un
employeur français.
• Pour la sécurité de l’emploi : limiter davantage
le nombre de CDD pour
les grosses entreprises avec
plus de CDI.
• Fin du CICE. Utilisation
de cet argent pour le lancement d’une industrie française de la voiture à hydrogène (qui est véritablement
écologique, contrairement
à la voiture électrique.)
• Fin de la politique d’austérité. On cesse de rembourser les intérêts de la
dette qui sont déclarés illégitimes et on commence à
rembourser la dette sans
prendre l’argent des pauvres
et des moins pauvres mais
en allant chercher les 80
milliards de fraude fiscale.

• Que les causes des migra-

tions forcées soient traitées.
Que les demandeurs
d’asiles soient bien traités. Nous leur devons le
logement, la sécurité, l’alimentation ainsi que l’éducation pour les mineurs.
Travaillez avec l’ONU pour
que des camps d’accueil
soient ouverts dans de
nombreux pays du monde,
dans l’attente du résultat de
la demande d’asile.
• Qu’une réelle politique
d’intégration soit mise en
oeuvre. Vivre en France
implique de devenir français (cours de langue française, cours d’Histoire de la
France et cours d’éducation
civique avec une certification à la fin du parcours).
• Salaire mensuel maximum fixé à 15 000 euros.



Daniel Fiblonski

La presse n’a pas compris le mouvement

’après une étude réalisée
par un laboratoire de
Toulouse, les revendications des Gilets jaunes, « qui ne
semblaient au départ concerner
que l’usager automobiliste », se
sont transformées en « revendications citoyennes ». Mais
ces dernières, qui concernent
notamment « les inégalités fiscales et une critique sociale »,
ont été « minorées » dans les
médias. Ce travail est particulièrement critique à l’égard
du traitement médiatique des
Gilets jaunes. Selon une enquête

du Laboratoire d’études et
de recherches appliquées en
sciences sociales de l’Université Paul Sabatier, à Toulouse,
les préoccupations des Gilets
jaunes ont été mal perçues par
la presse. Les chercheurs ont
notamment analysé plus de 700
articles produits par les journaux
nationaux publiés entre le 5 et le
26 novembre 2018. En parallèle,
ils ont passé au crible un grand
nombre de commentaires et
réactions publiés sur différentes
plateformes et réseaux sociaux.
Les chercheurs montrent que

la hausse du prix de l’essence
est loin de constituer la seule
préoccupation des Gilets jaunes.
Ce coup de gueule initial a,
disent-ils, évolué vers des revendications beaucoup plus larges
et politiques. Lesquelles n’ont
trouvé que peu d’échos dans
les médias. « Au départ, il y a eu
une tentative de cadrage et une
vision simplifiée des médias qui
tentent d’expliquer sous l’angle de
la pédagogie pourquoi la transition
écologique est nécessaire, souligne
Nikos Smyrnaios, un des coauteurs
de l’étude, Alors qu’au cœur des

préoccupations des Gilets jaunes,
il y a la question des inégalités
fiscales et une critique sociale. Mais
cela est minoré dans les médias. »
Pour le laboratoire toulousain, la
presse n’a globalement pas suffisamment évoqué cette montée
et cette éclosion des « revendications citoyennes » des Gilets
jaunes. Des demandes qui ne
semblaient au départ concerner
que l’usager automobiliste et qui
peu à peu se sont transformées
en revendications citoyennes.
D.F

Infos

D’autres
idées des
Gilets

Les Gilets jaunes veulent
également : Que les
déboutés du droit d’asile
soient reconduits dans
leur pays d’origine. Que
des emplois soient crées
pour les chômeurs.
Augmentation des allocations handicapés.
Limitation des loyers. + de
logement à loyers modérés (notamment pour les
étudiants et les travailleurs
précaires).Interdiction de
vendre les biens appartenant à la France (barrage,
aéroport…). Des moyens
conséquents accordés à
la justice, à la police, à la
gendarmerie et à l’armée
et que les heures supplémentaires des forces de
l’ordre soient payées ou
récupérées.

Réformer enfin
les institutions
Pour les Gilets jaunes,
des changements doivent
s’opérer dans le secteur
des institutions. Pour
eux, le référendum populaire doit entrer dans la
Constitution. Ils souhaitent la création d’un
site lisible et efficace,
encadré par un organisme
indépendant de contrôle
où les citoyens pourront
faire une proposition de
loi. Si cette proposition de
loi obtient 700 000 signatures alors cette proposition devra être discutée,
complétée ou amendée
par les députés de l’Assemblée Nationale qui
aura l’obligation, (un an
jour pour jour après l’obtention des 700 000 signatures) de la soumettre au
vote de l’intégralité des
Français avant qu’elle n’
entre en vigueur.

Pour des
mesures
Ils veulent
immédiates aussi…
Retour à un mandat de 7
L’intégralité de l’argent
gagné par les péages des
autoroutes devra servir à
l’entretien des autoroutes
et routes de France ainsi
qu’à la sécurité routière.
Le prix du gaz et l’électricité ayant augmenté
depuis qu’il y a eu privatisation, nous voulons qu’ils
redeviennent publics et
que les prix baissent de
manière conséquente. Fin
immédiate de la fermeture des petites lignes,
des bureaux de poste, des
écoles et des maternités.
Apportons du bien-être
à nos personnes âgées.
Interdiction de faire de
l’argent sur les personnes
âgées. L’or gris, c’est fini.
L’ère du bien-être gris
commence.

ans pour le Président de
la République. L’élection
des députés 2 ans après
l’élection du Président de
la République permettait
d’envoyer un signal positif
ou négatif concernant sa
politique. Cela permettrait de faire entendre la
voix du peuple. Retraite
à 60 ans et pour toutes les
personnes ayant travaillé
dans un métier usant le
corps (maçon ou désosseur par exemple) et droit
à la retraite à 55 ans. Un
enfant de 6 ans ne se gardant pas seul, continuation du système des aides
PAJEMPLOI jusqu’à ce
que l’enfant ait 10 ans. Pas
de prélèvement à la source.
D.F

LES GRANDES MANIFESTATIONS

L’Acte 1 démarra le samedi
17 novembre 2018

L

a mobilisation des
Gilets jaunes dans
les rues aura donc
commencé le 17 novembre
dernier. Selon un bilan
publié par le ministère
de l’Intérieur ce jour là
à 19h, quelque 282.710
personnes avaient participé
aux différentes manifestations organisées partout
en France pour protester
contre la hausse des taxes
sur les carburants. Mais
de nombreux incidents
avaient émaillé la journée
entre manifestants et automobilistes excédés par les
barrages. Une personne
était décédée à un point de
blocage en Savoie et plus de
227 furent blessées, dont
cinq grièvement. Une centaine de personnes avaient
été interpellées dont 77
placées en garde à vue. De
Marseille à Brest, de Pont-à
Mousson à Châtellerault,
en passant par Chambéry,
Quimper, Sablé,
Montluçon, Bordeaux,
Tarbes, Perpignan, Orange,
Caen, Angoulême ou
Porto-Vecchio, les Gilets
jaunes ont laissé éclater
leur « colère noire », blo-

quant des routes, des accès
à des stations service, aéroports ou supermarchés,
laissant passer les automobilistes au compte-goutte
aux péages, dans les tunnels
ou sur les ronds-points du
territoire, organisant des
opérations escargots sur
les rocades et autoroutes
ou empêchant d’accéder
à plusieurs centres villes.
Au total, plus de 2.000
manifestations avaient été
recensées, la plupart non
déclarées en préfecture,
ce qui compliqua l’intervention des forces de
l’ordre. La tension monta
très vite entre manifestants et automobilistes,
certains prenant à partie
policiers et gendarmes,
d’autres perdant patience
et n’hésitant pas à forcer
les barrages. C’est ce qui se
passa à Pont-de-Beauvoisin
(Savoie), peu avant 10h du
matin ce 17 novembre : une
manifestante d’une cinquantaine d’années avait
été tuée, fauchée par une
voiture dont la conductrice
fut prise de panique quand
des Gilets jaunes se mirent
à frapper sur sa voiture. La

L’Arc de
Triomphe est
saccagé
Le samedi 1er décembre 2018 et l’acte
3 du mouvement des Gilets jaunes
resteront comme l’un des moments
graves et intenses de cette crise. Plus
encore que les vitrines brisées, les
images de l’Arc de Triomphe, tagué
et vandalisé par les casseurs en cette
journée, ont marqué les esprits et
singulièrement ce moulage de la
Victoire à l’effigie de Marianne défiguré. Président du Centre des monuments nationaux et responsable à ce
titre de l’Arc de Triomphe, Philippe
Bélaval dressa le bilan des dégradations commises dans ce monument
des Champs-Élysées et haut lieu touristique : « C’est de l’ordre du million
d’euros. Le problème est moins dans
le chiffrage que dans les réparations et
la remise en ordre. Le moulage de la
Victoire qui représente Marianne, reproduction en plâtre des années 1890 d’un
haut-relief en pierre sculpté par François
Rude sur la façade, a été défiguré mais
nous allons le restaurer. Même chose
pour le buste en marbre de Napoléon
qui a été décapité. En revanche, j’émets
de grandes réserves sur la maquette en
plâtre de l’Arc de Triomphe. » 13 personnes, dont un mineur, soupçonnées
d’avoir commis ces dégradations,
avaient été présentées le 4 décembre
à un juge d’instruction en vue d’une
éventuelle mise en examen.

situation restait très tendue en début de soirée aux
abords de l’Élysée, à Paris.
« Environ 400 personnes sont
toujours regroupées dans le
secteur de la Concorde, protégé par un dispositif de sécurité », annonça le ministère de l’Intérieur dans un
communiqué. Plusieurs
centaines de manifestants s’étaient retrouvés
dans la journée sur les
Champs-Élysées et la rue
du Faubourg Saint-Honoré
où se trouve le Palais de
l’Elysée et ont affronté les
CRS, déployés en nombre.
Plusieurs manifestants
annoncèrent qu’ils comptaient passer la nuit sur les
barrages et souhaitaient
poursuivre le mouvement
le dimanche, notamment
autour de certains centres
commerciaux. Cette journée du 17 novembre fut un
succès, même si l’affluence
du 22 mars 2018 lors de la
journée de manifestation
et de grève des fonctionnaires avait fait mieux, avec
323.000 manifestants dans
l’Hexagone.
Valérie Fontaine

9

Gérald Darmanin,
ministre de
l’Action et des
Comptes publics.

Le préfet de police
a-t-il fait les bons
choix ?

A

ncien camarade de François Hollande à
l’ENA, le préfet de police de Paris, Michel
Delpuech, est critiqué pour sa gestion des
manifestations. Maître de l’ordre à Paris est un
poste aussi influent qu’exposé. Nombreux sont les
ministres de l’Intérieur qui ont rêvé de réformer le
principe même de la Préfecture de police de Paris,
au fonctionnement très indépendant. En vain.
Mais, au moindre accroc, c’est le « PP » lui même
qui est sur un siège éjectable. Michel Delpuech avait
déjà été fragilisé au moment de l’affaire Benalla.
Les Gilets jaunes pourraient être la polémique de
trop et à 64 ans, il serait sur le départ.

Il ont dit

« La peste
brune »
pour Gérald
Darmanin

Une semaine après le 1er
acte du mouvement des
Gilets jaunes, celui du 24
novembre était encore plus
violent. Invité du «Grand
Jury RTL-Le FigaroLCI» le lendemain, le
ministre de l’Action et des
Comptes publics, Gérald
Darmanin, dénonça les «
casseurs professionnels de la
République qui ont été vus
à l’œuvre lors des manifestations de samedi ». Tout
en assimilant les fauteurs
de troubles, notamment
sur les Champs-Élysées à
Paris à la « peste brune»,
le ministre avait tenu à
les distinguer des « honnêtes gens que l’on trouve
chez les Gilets jaunes ». Des
positions très proches de
celles exprimées par le
ministre de l’Intérieur,
Christophe Castaner et

par Emmanuel Macron
via Twitter.

L’ultra
fermeté pour
Christophe
Castaner

Le successeur de Gérard
Collomb, place Beauvau,
n’a pas hérité d’un fauteuil facile en prenant la
tête des forces de l’ordre,
à fortiori avec le mouvement des Gilets jaunes.
Le gouvernement veut
opposer l’ultra fermeté 
à  l’ultra violence  déclara
le ministre de l’Intérieur
Christophe Castaner le 7
janvier, alors que l’exécutif devait dévoiler de
nouvelles mesures d’ordre
public  après une une série
de violences lors de l’acte
8 des Gilets jaunes le 5
janvier. Lors de ses vœux
pour la nouvelle année aux
forces de l’ordre à Paris,
le premier flic de France a
estimé « qu’il faut repenser
le maintien de l’ordre ».

Christophe Castaner

10 TOUT SUR LE RIC

Pour ou contre le Référendum
d’Initiative Citoyenne

C

’est sans aucun
doute l’une des
revendivcations les
plus importantes parmi
celles réclamées par le
mouvement des Gilets
jaunes. Ce référendum
d’initiative citoyenne
(RIC) est demandé par les
Gilets Jaunes, via la liste des
42 revendications diffusée
fin novembre 2018. Cette
idée de référendum citoyen
s’appuie sur l’article 3 de
la Constitution, où il est
spécifié que « la souveraineté nationale appartient
au peuple, qui l’exerce par
ses représentants et par la
voie du référendum ». Les
Gilets Jaunes réclament
d’introduire le RIC « dans
toute matière », ce qui
permettrait notamment
de « donner au peuple le
droit de rédiger ou d’abroger une loi sur le sujet
qu’il choisit. » Le but du
RIC est bien de faciliter la
consultation du peuple. Le
samedi 15 décembre 2018,
devant l’Opéra Garnier à
Paris, des représentants
des Gilets Jaunes cités par
le quotidien régional « Le
Midi Libre » avaient de
nouveau réclamé ce dispositif, insistant sur la nécessité de « rendre au peuple
son rôle souverain ». Ce
référendum s’inspire
entre autres des votations
citoyennes en Suisse,
mises en place depuis
près d’un siècle. Dans la
Confédération, « les initiatives populaires fédérales
sont possibles, plus de 300
ont été soumises au vote,
même si la grande majorité a été rejetée », expliquait le magazine « Lyon

Capitale ». Dans les faits,
si 100.000 citoyens signent
une pétition comportant
un projet dans un délai de
18 mois, l’État fédéral se
doit d’organiser un vote.
La Suisse dispose aussi
du référendum populaire,
systématique lorsque le
Parlement veut modifier la Constitution, ou
du référendum populaire
facultatif, qui permet aux
citoyens de rejeter une loi
avant qu’elle n’entre en
vigueur. 50.000 signatures
de citoyens suisses en 100
jours sont ici nécessaires
pour déclencher le vote.
« Ce système serait tout
à fait exportable, il existe
déjà dans de grands Etats

américains, par exemple en
Californie et ses 40 millions
d’habitants », a commenté
le chercheur Antoine
Chollet, spécialiste de la
démocratie participative,
dans « Le Parisien ». « Le
premier référendum date
de 1793, de la Révolution
française », a rappelé Jean
Garrigues, historien de la
vie politique sur Europe
1. Cette idée dérivait selon
lui de la pensée de JeanJacques Rousseau, qui
considérait que dès lors
qu’il y avait représentation
parlementaire, le citoyen
devenait esclave. Puis,
en 1871, la Commune
de Paris a appliqué cette
démocratie directe, ajoute

«Le Monde». Dans notre
histoire moderne et bien
avant les Gilets Jaunes, ils
sont quelques-uns à avoir
déjà proposé un référendum participatif. Dès 2001,
Arnaud Montebourg estimait que « chaque collectivité territoriale peut consulter sa population sur les
questions qui relèvent de
leur compétence. La même
disposition de référendum
d’initiative populaire est
établie pour la proposition
ou l’abrogation des lois de
la République ». Jean-Luc
Mélenchon, leader de LFI,
prévoyait pour sa part dans
son programme présidentiel de 2017 la création
d’un référendum révoca-

toire d’initiative populaire.
Marine Le Pen, toujours
au moment de la présidentielle, s’engageait à
créer « un véritable référendum d’initiative populaire, sur proposition d’au
moins 500.000 électeurs ».
Tout comme, Nicolas
Dupont-Aignan (Debout
La France) et François
Asselineau (Union populaire républicaine) qui portaient eux aussi les mêmes
propositions. Nul doute
que les échanges autour
du référendum d’initiative
citoyenne seront au centre
du grand débat national
qui a démarré le 15 janvier.
Daniel Fiblonski

Le RIC est soutenu par
l’opinion publique.
Selon un sondage Harris
Interactive publié le 2
janvier 2019, 80% des
Français sont favorables
à un RIC législatif, soit
la possibilité pour les
Français de proposer une
loi, 72% au RIC abrogatoire permettant de supprimer une loi et 63% au
RIC révocatoire entraînant la fin du mandat d’un
élu. Le dispositif suscite en
revanche un tir de barrage dans les rangs de la
majorité. « C’est dangereux et contre-productif »,
juge le député LREM du
Rhône Bruno Bonnell.
« Si hier on avait proposé

un référendum sur l’avortement, la loi Veil n’aurait
jamais été votée. Si demain
on interroge les Français
sur la peine de mort après
un fait divers atroce, quelle
sera leur réponse ? » dit-il.
Un argument balayé par
l’opposition. « Le RIC fait
peur à ceux qui préfèrent un
peuple qui s’abstient car c’est
plus pratique pour imposer
les politiques néo-libérales »,
note la secrétaire nationale du Parti de gauche
Martine Billard. Pour certains députés de la majorité, les Gilets jaunes ont
habilement joué du RIC
pour mettre de côté leurs
divergences politiques.
V.F

Comment
l’idée du RIC
s’est imposée

L

D’autres formes de référendums existent déja

Le Premier Ministre Edouard
Philippe a prévenu : « Ce débat
aussi, nous allons l’avoir, mais il
ne pourra pas se faire sur n’importe quel sujet ni dans n’importe
quelles conditions ». De son côté,
la députée MoDem Isabelle
Florennes explique que son
groupe a « toujours été favorable » au référendum d’initiative citoyenne, mais seulement
à la condition qu’il soit « encadré et adossé à un Parlement
fort ». « La révocation de la
Constitution ne fait pas partie
des possibilités car c’est «anti-

Un projet
plébiscité par
les Français

constitutionnel », ajoute cette
élue. Le mensuel « Regards »
désigne le problème : « Que faire
de la proposition des Gilets jaunes
selon laquelle une loi avalisée par
le RIC ne peut plus être remise
en cause. Imaginez maintenant
un référendum national pour
ou contre la GPA, la peine de
mort, l’avortement, le voile... »
Plusieurs types de référendums
existent déjà en France, hormis
le référendum classique décidé
et organisé par l’exécutif – « utilisé dix fois depuis 1958, dont la
dernière en 2005 pour la mise

en place d’une Constitution
européenne » -, soulignait « Le
Parisien ». Dernier exemple en
date : le référendum d’initiative
partagée créé lors de la réforme
constitutionnelle de 2008. Il
prévoit que si 186 parlementaires et 4,5 millions d’habitants
s’accordent pour proposer un
texte, le peuple sera amené à
le voter. La décision de l’organiser revient donc à la fois aux
citoyens et aux élus. Mis en
place depuis 2015, il n’a jamais
servi, ses conditions d’utilisation étant drastiques. La France

organise également des référendums locaux, rendus plus
faciles depuis 2003, comme
celui sur l’autodétermination
de la Nouvelle-Calédonie, en
novembre dernier. Ces derniers
sont à l’initiative des collectivités territoriales. Ce type de
scrutin est en revanche non
contraignant : malgré la victoire
dans les urnes des partisans à
l’aéroport de Notre-Dame-desLandes en 2016, le projet a été
abandonné par le gouvernement actuel.
C.F

’histoire du RIC,
c’est peut-être
celle de la seule
récupération
politique qui a vraiment
réussi avec le mouvement des Gilets jaunes
né le 17 novembre 2018.
Et celle d’une nébuleuse
de militants de la «démocratie réelle» sur le Web,
dont Etienne Chouard est
la figure la plus connue.
Tout est parti, aux premiers jours de la mobilisation, avec une photo
de profil sur Facebook.
On y voit un gilet jaune
avec une mention «la
France a besoin de démocratie, exigeons le RIC».
Le 22 novembre 2018, Léo
Girod, militant de longue
date pour cette mesure,
voit passer l’image par
hasard dans son fil d’actualités. Jusqu’à présent,
lui et ses amis du Clic
(Comité de liaison pour
l’initiative citoyenne) sont
très sceptiques face aux
Gilets jaunes. Après des
années à prêcher dans le
vide sur le Web, Léo Girod
voit avec satisfaction
qu’un sympathisant des
Gilets jaunes s’approprie
le RIC. Séduit, il reprend
l’image et la poste à son
tour en photo de profil.

« A tous les gilets jaunes, la
convergence des luttes a un
nom : RIC», écrit-il sur
Twitter. Ses amis militants
de la «démocratie réelle»
s’approprient l’image,
qui devient le profil de
centaines d’utilisateurs.
La viralité de Facebook
fait le reste, l’image
est partagée 900 fois.
Événement dans cette
sphère alternative d’Internet, le 24 novembre :
Etienne Chouard adopte
le visuel après sept ans
à traîner la même vieille
photo de profil. Ostracisé
dans les médias depuis
qu’il a dangereusement
flirté avec Alain Soral,
ce professeur d’économie de lycée, chantre
du non au référendum
européen de 2005, reste
une véritable star sur la
contre-scène politique
qui s’est constituée sur
le Web. Tous les réseaux
proches de lui s’activent
alors pour faire passer le
message chez les Gilets
jaunes, notamment sur
leurs groupes Facebook :
le RIC devient la principale revendication.
Caroline Finzarelli

LE GRAND DÉBAT NATIONAL 11

Un défi pour le gouvernement

U

n Grand débat national pour quoi faire ?
Si 81 % des Français
ont entendu parler de
la concertation qui a commencé
le 15 janvier dernier, 70 % d’entre
eux pensent qu’elle ne sera pas
utile pour le pays, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting
pour nos confrères « Le Figaro »
et « France Info ». Peu optimistes sur l’initiative lancée par
le Président Emmanuel Macron
pour apaiser la colère des Gilets
jaunes, 80 % des Français pensent
qu’elle ne permettra pas d’appréhender tous les sujets. Le débat
doit en effet s’articuler autour
de quatre grands thèmes : la
transition écologique, la fiscalité,

l’organisation de l’État et des
collectivités publiques et le débat
démocratique. « Pour les sujets
hors de ces thèmes, il n’y a aucun
engagement même si le gouvernement écoutera les propositions
», estime un ministre du gouvernement Philippe. Un encadrement qui fait dire à 77 % des
Français que le débat ne sera pas
mené « de façon indépendante
du pouvoir », contrairement à
ce que promet le chef de l’État.
Dans ce contexte, seuls 32 % des
Français « comptent participer »
à l’exercice. « C’est la conséquence
logique des nombreuses erreurs de
communication faites au sujet du
débat et des annonces du gouvernement lui-même indiquant que de

nombreux sujets en seraient exclus
d’office », analyse Gaël Sliman,
le dirigeant d’Odoxa, prenant
l’exemple du mariage pour tous.
Il y a quelques jours, plusieurs
autres ministres avaient vivement
rejeté l’idée d’ouvrir le débat sur
son éventuelle abrogation. Autre
point à noter : ce sont les sympathisants de La France Insoumise
qui souhaitent le plus s’impliquer
dans la consultation (53 %),
devant ceux de La République en
marche (46 %) et ceux du reste
de l’opposition (37 % pour les
sympathisants RN, 29 % pour
ceux du PS, 22 % pour ceux de
LR). Jean-Luc Mélenchon ne
voit pourtant derrière l’initiative
qu’un « exercice pipeauté ». « On

est dans un exercice totalement
inédit. Donc, que le pouvoir réfléchisse à la meilleure façon dont
il va pouvoir s’y prendre, sans le
contraindre ni l’empêcher, c’est
plutôt une bonne chose », dit un élu
macroniste. À Matignon, on se
rassure aussi : « On peut attendre
encore quelques jours de plus, on
n’a pas atteint le schéma critique. ».
Pour un conseiller ministériel, «
ça patouille aussi parce qu’il y
a des divergences substantielles
dans l’appréhension de l’objet
entre l’Élysée et Matignon »,
notamment sur la participation
des ministres aux débats qui sont
organisés.
Éric Boukriss

Pourquoi
Chantal
Jouanno a jeté
l’éponge
Après la polémique suscitée par son salaire, la présidente de la Commission
nationale du débat public
a finalement décidé de
se retirer du pilotage du
Grand Débat national
qu’elle était chargée d’organiser. Chantal Jouanno
a donc choisi de ne plus
diriger le Grand débat
national, destiné à sortir de la crise des Gilets
jaunes, après la polémique
autour de son salaire. La
présidente de la CNDP
l’avait annoncé sur France
2 le 8 janvier. « C’est une
décision que j’ai prise parce
que je crois en ce débat plus
que nécessaire », a expliqué l’ancienne ministre
sarkozyste. Estimant que
« les conditions de sérénité nécessaires pour ce

débat » n’étaient plus
réunies et reconnaissant comme « légitimes » les questions
autour de sa rémunération (14.666 euros bruts
par mois), Chantal
Jouanno reste à la tête
de la Commission nationale du débat public (au
moment où nous mettions
sous presse ce journal).

« Ceci dit, je remets dans les
mains du Président et du
gouvernement, le niveau
de rémunération de la présidente de la CNDP qu’il
leur appartiendra d’arbitrer, comme les autres
niveaux de rémunérations
des présidents des autorités
indépendantes et des hauts
fonctionnaires », a-t-elle
ajouté. Elle avait en effet

L’exemple de Sarkozy et
l’identité nationale
En 2009, le Président Nicolas Sarkozy voulut également lancer un
grand débat pendant deux mois pour réfléchir à ce que signifiait
l’identité nationale de la France. Le ministre de l’Immigration, l’ancien socialiste Éric Besson, avait été chargé de mettre en place le
calendrier et les modalités de cette autre grande discussion.
Cette réflexion nationale, associant
les forces vives de la nation (associations, syndicats, enseignants,
parents, élèves, élus locaux),
démarra le 2 janvier 2010 pour
s’achever le 28 février 2010 par la
présentation d’une synthèse. Les
participants devaient répondre
à 2 questions générales : « Pour
vous, qu’est-ce qu’être français
aujourd’hui ?» et « Quel est l’apport de l’immigration à l’iden-

tité nationale ? » et à d’autres
points précis. Au programme : la
définition de « notre nation», la
solidarité nationale, la laïcité ou
l’opportunité d’obliger les jeunes
à chanter au moins une fois par
an « La Marseillaise ». Les réunions
devaient se dérouler dans les 100
préfectures et les 350  sous-préfectures. Mais ce débat fut rapidement
avorté en raison de nombreux
excès.
V.F

rappelé que son salaire était
« fixé par les autorités pour
les présidents de la CNDP,
quels qu’ils soient ». « Cela
ne dépend pas de moi et ça
n’est pas du tout lié au grand
débat national », avait-elle
précisé. Chantal Jouanno
a assuré ne toucher aucune
rémunération spécifique
pour l’organisation du
Grand débat. Le gouver-

nement avait annoncé qu’il
proposerait à l’issue du
séminaire gouvernemental
du 9 janvier « une organisation et un mode de
pilotage du Grand débat
national qui présenteront
des garanties équivalentes
en termes d’indépendance
et de neutralité ». 
E.B

Ce qu’ils en pensent

Benjamin
Griveaux, le
proche de
Macron

« Le Gr and débat national
objet politique très intéressant », selon Benjamin
Griveaux. Invité à l’antenne de RTL le jeudi 10
janvier, le porte-parole du
gouvernement a défendu
l’événement, en rappelant
toutefois « qu’il ne s’agit
pas d’un grand déballage. C’est la première fois
que la Vème République
va sortir de son cadre traditionnel. Le Président de
la République fera dans la
lettre qu’il a évoquée lors
de ses vœux un rappel des
thèmes qui sont ceux de ce
Grand débat », a expliqué
celui qui reste l’un des
ministres les plus critiqués par le mouvement
des Gilets jaunes en raison
de ses déclarations jugées
provocantes par les manifestants. Son ministère,
rue de Grenelle, avait été
attaqué le 5 janvier avec un
engin de travaux publics.

comme « le coupable de
la situation ». Marine Le
Pen estime aussi que « le
gouvernement est l’unique
responsable de la situation.
C’est lui qui est en réalité
l’auteur du désordre ».

L’avis de
Priscillia
Ludosky

Annoncé par le Président
de la République lors de
son intervention télévisée
du 10 décembre 2018, le
Grand débat national se
tient du 15 janvier au 15
mars. Á ce titre, Priscillia
Ludosky, une des figures
du mouvement des Gilets
jaunes, avait reçu un mail
de Chantal Jouanno l’invitant à participer au Grand
débat.  Aux dernières nouvelles, la jeune femme, qui
est l’une des figures historiques des Gilets jaunes,
se disait prête à y aller, si
les 3 sujets que portent
les Gilets jaunes étaient
discutés : RIC en toutes
matières, baisse des taxes
et baisse des privilèges. Un
mail que Priscillia Ludosky
partagea sur les réseaux
sociaux.

Marine Le
Pen dit non Jean-Luc
àPourcette
idée Mélenchon
la Présidente du
Rassemblement national, n’y croit pas
Marine Le Pen, cette proposition du Grand débat
national n’a pas d’intérêt : « Ce Grand débat
a été lancé sous l’égide
d’une gigantesque hypocrisie. Les débats seront
illusoires car le gouvernement a expliqué à maintes
reprises que de toute
façon ils ne changeront
pas, qu’ils continueront
et que la politique du gouvernement a vocation à
se radicaliser. Interrogée
sur Radio Classique le 8
janvier, la dirigeante du
RN a désigné l’exécutif

Fidèle à son style et
adoptant son attitude
de premier opposant
à Macron, le chef de la
France Insoumise, JeanLuc Mélenchon a jugé
sur son compte Facebook
que cette « concertation
sentant la naphtaline était
un exercice pipeauté avec
lequel la macronie aux
gros sabots prévoit de donner un nouvel emballage
à son projet de réforme
constitutionnelle ». Pour
l’ex candidat aux présidentielles, ce débat ne présente
aucun intérêt.

12 LES ENJEUX DU GRAND DÉBAT

Donner la parole au
peuple, mais après ?
Ce Grand débat national
se déroule depuis le 15 janvier jusqu’à à la mi-mars,
partout en France sous des
formes multiples : débats
dans les mairies, sur les
marchés ou lieux de travail. « Chacun peut organiser un débat, à l’échelle du
quartier, de la commune, de
la région, d’une association
en s’aidant d’un kit pour
la tenue des débats proposé
par la CNDP », précise la
Commission. Une plateforme en ligne recueillera
les contributions au niveau
national et des conférences de citoyens tirés
au sort seront mises en
place dans chaque région
pour échanger sur les analyses et les propositions»,
selon la CNDP. Hormis les
insultes et attaques personnelles, « toutes les positions auront une place dans

L

notre synthèse. Y compris les
fausses affirmations, les propositions qui existent déjà
ou les paroles des extrêmes,
sinon on ne serait pas crédibles », expliquait Chantal
Jouanno, à l’époque
encore en charge de l’organisation de ce débat. 
Les modalités finales de ce
débat ont été présentées le
14 janvier, après d’ultimes
réunions à Matignon avec
les partenaires sociaux
et les élus. Plusieurs éléments sont déjà connus
et ont été confirmés par
le chef du gouvernement:
des réunions d’initiatives
locales, avec un grand rôle
joué par les maires, des
stands mobiles mis à la
disposition de ceux qui
veulent participer à l’organisation, un site Internet,
mais aussi des conférences
citoyennes régionales.

Composée d’une centaine
de Français tirés au sort
dans chaque région, elles
seront amenées à donner
leur avis sur les remontées
à la fin du processus du
débat. Quant à l’indépendance d’un débat dont
l’exécutif assure vouloir
garantir la neutralité,
« nous procéderons à la
nomination de garants
incontestables » a déclaré
Édouard Philippe.  Le
gouvernement en a fixé
4 : « Mieux accompagner
les Français pour se loger,
se déplacer, se chauffer » ;
« Rendre notre fiscalité
plus juste, plus efficace,
plus compétitive » ; « Faire
évoluer la pratique de la
démocratie » et « Rendre
l’État et les services
publics plus proches des
Français et plus efficaces ».
L’immigration, d’abord

annoncée par Emmanuel
Macron comme un thème
en soi, a finalement
été intégrée au thème
« citoyenneté ». Entre
3.000 et 5.000 communes
avaient déjà recueilli au
moment où nous mettions
sous presse ce journal les
requêtes de ses administrés
depuis début décembre
2018. L’Association des
maires ruraux de France
(AMRF) en a fait une synthèse mi-janvier 2019 pour
l’ajouter aux conclusions
du Grand débat. L’IVG,
la peine de mort et le
mariage pour tous ne sont
pas sur la table du Grand
débat national. . « L’IVG,
la peine de mort et le
mariage pour tous sont
des sujets inscrits dans
notre droit et conformes
aux valeurs portées
par le président de la

Infos

L’avertissement La CNDP n’a pas
réussi dans le
du Président

République. Il a porté un
projet démocrate, humaniste et progressiste. Ces
valeurs sont intangibles
à nos yeux », avait indiqué le porte-parole du
gouvernement Benjamin
Griveaux sur RTL début
janvier. Dans une consultation en ligne lancée par
le Conseil économique,
social et environnemental,
la contribution la plus
votée réclame l’abrogation
du mariage pour tous,
après la mobilisation de
réseaux militants très marqués à droite. À noter que
les opposants au mariage
pour tous profitent des
brèches ouvertes par les
Gilets jaunes pour imposer leurs revendications
dans le débat public tout
en récusant toute récupération.
Valérie Fontaine

Le symbole de l’Impôt sur la fortune (l’ISF)

e rétablissement de l’Impôt
de solidarité sur la fortune,
transformé l’an dernier
en Impôt sur la fortune immobilière, est l’une des revendications des Gilets jaunes. L’idée
est reprise par des personnalités
politiques de tous bords et des
syndicalistes. Le gouvernement
ne ferme pas totalement la porte.
Il figure en bonne place de la
quarantaine de revendications
des Gilets jaunes. Le rétablissement de l’ISF revient dans
les discussions politiques, alors
que la crise s’enlise. Sa transfor-

mation en Impôt sur la fortune
immobilière (IFI) était l’une des
mesures symboliques du début
du quinquennat Macron. Elle
était aussi très critiquée par une
partie de l’opposition y voyant
un « cadeau » aux plus riches.
Le retour de l’ISF pourrait dessiner une piste de sortie de crise.
Si bien que des personnalités
de tous bords s’en emparent,
d’Olivier Faure chef du PS à
Marine Le Pen. La proposition
est également mise sur la table
par la CGT. Laurent Berger,
leader de la CFDT, regrette que

le gouvernement ait pris « dès
le départ une mesure d’aide aux
foyers les plus riches ». Empêtré
dans un conflit qui s’éternise, il
ne ferme pas la porte, tout en
restant évasif. « Il faudra évaluer
le dispositif, ce qui est le rôle
du Parlement », a dit Benjamin
Griveaux, le porte-parole du
gouvernement. « L’ISF nuit au
dynamisme de l’économie »,
écrivait le candidat Emmanuel
Macron avant son élection. Pour
le Président, taxer les placements
financiers revient à dissuader
les investisseurs d’acheter des

actions pour financer les entreprises. En supprimant l’ISF,
il souhaitait donc favoriser la
création d’emplois. Les économistes sont divisés. Selon Michel
Didier, le Président de l’institut
Rexecode, « rétablir l’ISF aurait
un impact dévastateur. Son taux
rendait cet impôt confiscatoire.
500 redevables de l’ISF s’expatriaient chaque année pour créer
des entreprises à l’étranger. Soit
40 milliards de richesse nationale
perdus par an. »
V.F

C’est Laurent Fabius, alors ministre du Budget, qui créa l’Impôt sur les grandes fortunes (IGF) en 1982.

Emmanuel Macron a déjà
tracé des lignes rouges pour
le Grand débat national :
pas question de « détricoter » les réformes décidées
depuis 18 mois, comme la
suppression de l’ISF. Ni
de renoncer aux réformes
prévues ( notamment
celles en préparation sur
les retraites, les fonctionnaires, les minimas sociaux
ou l’assurance chômage).
Des élus de la majorité
évoquent également la
tenue d’un référendum
à questions multiples sur
le vote blanc, la proportionnelle, la réduction du
nombre de parlementaires
et le cumul des mandats.
Des idées que le chef d’État
aurait approuvées.

passé

Les 2 derniers exemples de
débats publics organisés
par la CNDP portaient sur
des sujets de controverse :
les débats sur l’autorisation des nanotechnologies
et ceux sur l’enfouissement
des déchets nucléaires,
notamment à Bure, à la fin
des années 2000 et dans les
années 2010. Les 2 avaient
été catastrophiques. Il y a
eu des appels au boycott,
des intrusions d’opposants lors des réunions
publiques. De nombreuses
réunions avaient dû être
annulées et cela se termina par un flop. Il est
donc difficile d’être optimiste sur le futur débat
national, compte tenu des
crispations actuelles et de
l’absence de légitimité du
gouvernement aux yeux
des Gilets jaunes.

Le collectif
« On ne lâche
rien ! »
Des maires
Avec près de 5.900 votes, la
proposition « Abrogation
de la loi Taubira ! » est
arrivée largement en
tête d’une consultation.
Un succès obtenu en 2
jours « grâce à de bonnes
listes de contacts dans nos
fichiers mails », a expliqué
Fabien Bouglé, l’un des
fondateurs et porte-paroles du collectif « On ne
lâche rien », né du combat
contre le mariage pour
tous en 2013. D’ailleurs,
il assume cette action de
communication et d’agitation. Le débat se contente
de recenser les opinions
puis c’est au gouvernement de décider ce qu’il en
fait ou pas. Sur ce thème,
cette idée ne sera pas retenue.

sceptiques

Les maires ne sont pas
tous enclins à jouer le jeu,
d’autant qu’ils gardent
une dent contre le chef
de l’État, avec qui les rapports sont tendus. « Ce
grand débat, c’est une
manœuvre de diversion.
On a l’impression que c’est
panique à bord et qu’il
faut trouver un sujet pour
détourner l’attention des
problèmes de fond», estime
François Roussel, maire
LR de Neuvic (Dordogne).
« Moi je laisse Macron et
ses députés organiser ce
débat », dit Laurent Jaoul,
maire sans étiquette de
Saint-Bresse (Hérault). Ce
sentiment est partagé par
de nombreux élus, hormis
ceux de la majorité.
D.F

LES GILETS JAUNES ET LES MÉDIAS 13

Un sentiment de défiance envers la presse
C’est un fait : depuis le
début du mouvement, les
Gilets jaunes laissent libre
cours à leur acrimonie
contre les médias, et contre
BFMTV tout particulièrement à qui les manifestants
reprochent des méthodes
de travail aux angles choisis et où tout est matière
à contestation. «BFM
Macron» : sur le terrain
comme dans les groupes
de discussion en ligne, l’expression revient en boucle

dans la bouche des Gilets
jaunes. Mais la chaîne
d’information en continu,
propriété du groupe Altice
de Patrick Drahi (qui a
fait l’objet d’insultes antisémites sur certaines pancartes de ronds-points des
Gilets jaunes) n’est pas le
seul média à encaisser les
reproches depuis le début
du mouvement il y a deux
mois. Accusés d’être le
bras armé du pouvoir,
beaucoup de journalistes

font face à une animosité qui a parfois pris des
proportions violentes. Au

« On n’a jamais
été autant
menacés que ces
derniers mois »
mois de décembre 2018,
des équipes de BFM et
CNews avaient échappé
à ce qui s’était apparenté

à un début de lynchage à
Toulouse. Ces incidents
sont heureusement restés
isolés, (il y en a eu encore
en janvier) mais la rhétorique anti-média est une
constante dans le discours
des Gilets jaunes. « Dès
que j’arrive quelque part, je
ressens d’emblée une grande
hostilité envers ma chaîne»,
confirme l’un des reporters
de BFMTV qui a couvert
toutes les manifestations.
Tous les journalistes inter-

rogés sont unanimes: la
colère se concentre sur les
chaînes télévisées, et sur
BFMTV en particulier.
« On nous reproche d’être la
voix d’Emmanuel Macron,
de mentir sciemment dans
nos reportages pour essorer
leur mouvement», poursuit l’une des journalistes
de BFM TV. Pour elle, le
niveau de défiance atteindrait des proportions inédites.
Daniel Fiblonski

BFM TV voulait recruter une Gilet jaune
L’une des figures des
Gilets jaunes, Ingrid
Levavasseur, qui devait
intervenir comme chroniqueuse dans une
émission de BFMTV,
a annoncé qu’elle y
renonçait à la suite des
critiques dont elle a
fait l’objet sur internet.
«STOPPPPPPP arrêtez
avec vos messages cyniques,
j’ai refusé cette offre !! Vous
n’imaginez même pas le
mal que vous faites aux
gens qui se battent pour
vous!! Débrouillez-vous
entre vous puisque vous
avez les solutions...», avait

menter cette vidéo. « Un
mot-clé, c’est menteur. Je
crois que c’est le mot le plus
important. Beaucoup de
Gilets jaunes, mais pas tous,
pensent que les journalistes
mentent », a dit le journaliste. Et de poursuivre :
« Pourquoi pensent-ils cela
? Je ne citerai pas des noms.
Depuis des années, des gens
racontent aux citoyens que
les journaux étant possédés
par neuf milliardaires, les
journalistes sont au service
du capital. » Selon lui,
ces propos donnent une
« forme d’agressivité »
aux gens qui « prennent
à partie » les journalistes.
« Des gens pensent maintenant qu’on leur ment tout
le temps. Quand quelqu’un
vous dit vous êtes un menteur, si vous dites non, il ne
va pas vous croire puisque
vous êtes un menteur ! », a
lancé Apathie.
D.F

dont elle fait l’objet sur
internet», a dit la journaliste. La secrétaire d’État à
l’Égalité entre les femmes
et les hommes Marlène
Schiappa a «déploré»
elle aussi, dans un tweet,
qu’Ingrid Levavasseur
ne puisse finalement pas
tenir de chronique sur
BFMTV «car elle porte des
choses intéressantes notamment sur les mères isolées».
La jeune aide-soignante
vit en Normandie et élève
seule ses 2 enfants.
Caroline Finzarelli

La chaîne RT
France profite
du mouvement

« Après avoir protesté devant
le siège de France Télévisions
à Paris, les manifestants
“gilets jaunes” ont croisé
l’équipe de RT et continué
à marcher dans la rue en
scandant “Merci RT !” » La
chaîne publique russe ne
s’est pas privée de mettre
en ligne, avec cette description, la courte vidéo
filmée par l’un de ses
journalistes lors d’une des
dernières manifestations
des Gilets jaunes. Alors
que les contestataires se
défient des médias traditionnels comme BFMTV
en priorité, mais aussi
France 2, la déclinaison
française de l’ex-Russia
Today est l’un des médias
qui trouvent grâce à leurs
yeux. Financée par le gouvernement de Vladimir
Poutine, cette télévision
à l’audience pourtant
minuscule jouit d’une
bonne réputation au
sein des Gilets jaunes qui
acceptent volontiers d’apparaître sur RT France.

Le grand
succès de
« Brut »

Parmi les médias qui
couvrent les actions des
Gilets jaunes depuis le 17
novembre, « Brut », média
100% vidéo uniquement
présent sur les réseaux
sociaux, est sur le pied de
guerre pour décrypter ce
mouvement citoyen. Créé
en 2016 par Renaud Le
Van Kim (ancien producteur du « Grand Journal »),
Guillaume Lacroix, Roger
Coste et Laurent Lucas
(ex- du « Petit Journal »),
« Brut » propose un traitement de l’information

Quand Jean-Michel
Apathie est pris à partie
Le 9 janvier dernier, le
journaliste d’Europe 1
et France 5, Jean-Michel
Apathie p u bl iait s u r
Twitter une vidéo d’un
Gilet jaune l’ayant interpellé dans la rue. Dans
cette séquence, le journaliste est filmé sans son
accord et est la cible de
nombreuses attaques.
L’éditorialiste d’Europe
1 est accusé d’être « un
menteur et un millionnaire » vivant dans le
XVIème arrondissement
de Paris. Le journaliste
politique n’est pas le seul
à avoir été filmé dans
la rue et interpellé de
cette manière puisque le
Gilet jaune s’en est aussi
pris à François Lenglet,
Audrey Crespo-Mara ou
Thomas Sotto, A la suite
de son tweet, Jean-Michel
Apathie s’était rendu sur
le plateau de « C à vous »
sur France 5 pour com-

écrit cette aide-soignante
sur sa page Facebook.
La présentatrice de
BFMTV Apolline de
Malherbe qui avait eu
l’idée de proposer à la
jeune femme de devenir
chroniqueuse dans son
magazine dominical « Et
en même temps » a expliqué : «Ingrid Levavasseur
nous a fait part hier soir
des menaces physiques
la visant si elle venait à
BFMTV. Elle a décidé de
renoncer. Nous avons compris sa décision et nous ne
l’avons pas retenue face au
déferlement de violences

News

Patrick Drahi,
propriétaire
de la chaîne
BFM TV.

différent des médias classiques. Avec des vidéos en
direct et des décryptages
décalés, « Brut »estime
que le mouvement des
Gilets jaunes lui permet
d’exprimer son potentiel.
Et les Gilets jaunes plébiscitent « Brut ».

Hanouna
leur donne la
parole

Touché par les revendications des manifestants
à qui il a donné régulièrement la parole dans
« Touche Pas à Mon
Poste »ou dans « Balance
ton Post », son talk show
du vendredi soir à 22 h
30 sur la chaîne C8, Cyril
Hanouna est l’un des rares
animateurs du petit écran
à trouver grâce aux yeux
des Gilets. Les principaux
leaders du mouvement
ont été invités dans les
émissions du présentateur-vedette de C8, ainsi
que des policiers ou des
élus politiques lors de
nombreux débats.

Christophe
Barbier
impopulaire

L’éditorialiste politique de
BFM TV, qui écrit aussi
chaque semaine dans
« L’Express » ou qu’on
peut régulièrement voir
dans « C dans l’air » sur
France 5 entre 17 h 50 et 19
h, est l’un des journalistes
que les Gilets jaunes ont
dans leur ligne de mire. Ils
estiment que Christophe
Barbier tient des propos
insultants contre leurs
actions et qu’il serait « à la
solde de Macron ». Des critiques que Barbier réfute
totalement en insistant
sur sa totale objectivité
concernant ce mouvement.

14 LA LETTRE DU PRÉSIDENT

Un cadre avec des lignes
rouges et des conséquences

D

ans sa lettre aux
Français sur le
Grand débat
national diffusée le 13
janvier dans la soirée, le
Président de la République
a proposé d’encadrer cette
consultation autour d’une
trentaine de questions,
qu’il formule précisément,
sur des thèmes comme la
démocratie, la transition
écologique, la fiscalité ou
l’immigration. Il a tracé
aussi des lignes rouges,
comme la suppression de
l’ISF ou la protection du
droit d’asile aux étrangers,
mais a ouvert la porte à
des réformes importantes
comme le référendum
d’initiative citoyenne.
« Nous ne reviendrons pas sur
les mesures afin d’encourager
l’investissement et faire que
le travail paie davantage »,
indique-t-il en référence à
la suppression de l’Impôt
de Solidarité sur la Fortune
(ISF) et à la hausse de la
CSG pour réduire des cotisations sociales.Elles viennent
d’être votées et commencent
à peine à livrer leurs effets.
Le Parlement les évaluera de
manière transparente et avec
le recul indispensable. Nous
ne pouvons poursuivre les
baisses d’impôt sans baisser
le niveau global de notre
dépense publique. Le devoir
de l’asile ne saurait être remis
en cause ». Les questions
suggérées par le chef de
l’État pour la mis en place
de ce Grand débat national concernent plusieurs
thèmes. Pour les impôts :
Comment pourrait-on
rendre notre fiscalité plus
juste et plus efficace ?
Quels impôts faut-il à vos

yeux baisser en priorité ?
Pour les services publics :
Quelles sont les économies qui vous semblent
prioritaires à faire ? Faut-il
supprimer certains services publics qui seraient
dépassés ou trop chers par
rapport à leur utilité ? À
l’inverse, voyez-vous des
besoins nouveaux de services publics et comment
les financer ? Sur le modèle
social : Comment mieux
organiser notre pacte
social ? Quels objectifs
définir en priorité ? Au
sujet de l’organisation de
l’État : Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de
niveaux de collectivités
locales ? Faut-il renforcer la

décentralisation et donner
plus de pouvoir de décision
et d’action au plus près des
citoyens ? A quels niveaux
et pour quels services ?
Comment voudriez-vous
que l’État soit organisé et
comment peut-il améliorer
son action ? Faut-il revoir
le fonctionnement de l’administration et comment ?
Comment l’État et les collectivités locales peuventils s’améliorer pour mieux
répondre aux défis de nos
territoires les plus en difficulté et que proposez-vous
? Emmanuel Macron
demande également aux
Français de débattre sur
la transition écologique
avec les interrogations

suivantes : Comment
finance-t-on la transition
écologique : par l’impôt,
par les taxes et qui doit
être concerné en priorité
? Comment rend-on les
solutions concrètes accessibles à tous, par exemple
pour remplacer sa vieille
chaudière ou sa vieille
voiture ? Quelles sont les
solutions les plus simples
et les plus supportables
sur un plan financier ?
Quelles sont les solutions
pour se déplacer, se loger,
se chauffer, se nourrir qui
doivent être conçues plutôt au niveau local que
national ? Quelles propositions concrètes feriez-vous
pour accélérer notre tran-

sition environnementale
? Enfin, pour la biodiversité, le Président interroge :
Comment devons-nous
garantir scientifiquement les choix que nous
devons faire à cet égard
? Comment faire partager ces choix à l’échelon
européen et international
pour que nos producteurs
ne soient pas pénalisés par
rapport à leurs concurrents
étrangers ? Il reste maintenant à savoir si les citoyens
auront envie de participer
à ces discussions pendant
deux mois.
R.G

Avant Emmanuel Macron,
2 présidents ont adressé
une « Lettre aux Français »
sous la Vème République :
François Mitterrand en
1988 et Nicolas Sarkozy en
2012. Les lettres diffusées
par François Mitterrand
en avril 1988 et Nicolas
Sarkozy en avril 2012
avaient une tonalité programmatique : il s’agissait pour ces 2 candidats
à leur réélection, d’exposer leur projet à quelques
semaines du scrutin.
Avec sa « Lettre à tous
les Français », le 7 avril
1988, François Mitterrand
s’exprimait - comme la
loi l’y autorisait encore dans plusieurs journaux

nationaux et régionaux.
En avril 2012, le même
procédé est utilisé en avril
par le candidat-Président
Sarkozy avec sa « Lettre au
peuple français ». La missive de 34 pages était cette
fois diffusée sous forme
numérique, envoyée par
mail, mais aussi imprimée
à 6 millions d’exemplaires,
puis distribuée par des
élus et des militants. « Je
veux m’adresser à vous sans
aucun intermédiaire », écrivait l’ancien Président sortant. « Je veux le faire par
écrit, car l’écrit demeure,
l’écrit engage », insistait-t-il avant d’exposer
son programme.
D.F

Des questions sur
la démocratie et
l’immigration

L

L’opinion d’un pro de la communication

Peut-on s’attendre à ce que la
lettre « parle » aux Gilets jaunes
? Je ne le pense pas. Les mots
de cette lettre, trop longue, ne
peuvent pas suffire à apaiser les
maux des Gilets Jaunes. Pourquoi
? Parce que les Gilets Jaunes sont
d’abord une crise de nerfs d’une
partie de l’opinion publique. Or,
une crise de nerf n’est pas une
opinion. Elle ne doit donc pas
s’analyser comme un mouvement d’opinion. Elle doit l’être
comme une humeur. Elle doit
donc d’abord être canalisée puis
apaisée. Le Grand Débat a été

Sur les traces
de Mitterrand et
Sarkozy

conçu pour la canaliser. Sa lettre
a été conçue pour l’apaiser. Si les
deux choix théoriques sont intéressants, leur exécution pratique
est maladroite. D’abord, la lettre
contient trop peu d’émotion
et trop peu d’empathie. Trop
peu d’humanité en transpire.
Le Président de la République
semble prisonnier du « syndrome
anti-Hollande ». Emmanuel
Macron a en effet justement
compris que son prédécesseur
avait décroché dans l’opinion
publique pour ne pas avoir su
redonner un sens à son action

publique. En miroir, Emmanuel
Macron a donc choisi de systématiquement mettre en scène
le fait qu’il maintient un cap.
Seulement, à vouloir apparaître
comme le capitaine du navire
qui maintient un cap, Emmanuel
Macron se prive d’un atout :
celui de faire transpirer sa détermination à faire de la « grande
politique ». Oui, montrer que
sa politique est grande parce
qu’elle s’intéresse aux « petits »
… Les nombreuses questions
posées révèlent la stratégie de
communication politique d’Em-

manuel Macron. Elles servent
d’abord à casser l’image d’un
homme perçu comme arrogant.
Elles servent aussi à mettre en
scène un débat en s’appropriant
notamment les propositions
de la Droite Républicaine pour
mieux la maintenir dans son état
d’asphyxie. Les communicants
politiques d’Emmanuel Macron
auraient sans doute du relire plus
attentivement la lettre de François
Mitterrand qui était bien plus
efficace sur le fond comme sur la
forme.
Florian Silnicki

e Président n’oublie pas d’autres
thèmes comme
l’expression
démocratique et la politique migratoire. Sur la
démocratie, Emmanuel
Macron interpelle : Faut-il
reconnaître le vote blanc
? Faut-il rendre le vote
obligatoire ? Quelle est
la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour
une représentation plus
juste de tous les projets politiques ? Faut-il,
et dans quelles proportions, limiter le nombre
de parlementaires ou
autres catégories d’élus
? Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et
le Conseil Économique,
Social et Environnemental
doivent-ils jouer pour
représenter nos territoires
et la société civile ? Faut-il
les transformer ? Quelles
évolutions souhaitez-vous
pour rendre la participation citoyenne plus active,
la démocratie plus participative ? Faut-il associer
davantage des citoyens
non élus, par exemple
tirés au sort, à la décision publique ? Faut-il
accroître le recours aux
référendums et qui doit

en avoir l’initiative ? Sur
l’immigration : Que proposez-vous pour améliorer l’intégration dans
notre Nation ? En matière
d’immigration, une fois
nos obligations d’asile
remplies, souhaitez-vous
que nous puissions nous
fixer des objectifs annuels
définis par le Parlement ?
Pour la laïcité : Comment
renforcer les principes de
la laïcité française, dans le
rapport entre l’État et les
religions de notre pays ?
Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et
des valeurs intangibles de
la République ? Et Macron
l’écrit : « J’entends transformer avec vous les colères en
solutions. Vos propositions
permettront donc de bâtir
un nouveau contrat pour
la Nation, de structurer
l’action du Gouvernement
et du Parlement, mais aussi
les positions de la France au
niveau européen et international. Je vous en rendrai
compte directement dans
le mois qui suivra la fin du
débat ».
C.F

LES PARTIS POLITIQUES FACE AU MOUVEMENT 15

Marine Le Pen juge son projet proche des Gilets jaunes
Devant l’apparition des
Gilets jaunes dans le débat
démocratiques, des partis
comme le Rassemblement
national, La France
Insoumise ou Debout la
France soutiennent et
encouragent les manifestants et leurs revendications.
Avec une arrière-pensée de
récupération qu’ils n’osent
pas avouer officiellement.

On a même le sentiment que le gouvernement souhaite que les choses
dérapent », ajoutait la finaliste de
la présidentielle en mai 2017, estimant « inappropriées les menaces
d’interpellations, d’amendes et de
peines d’emprisonnement contre
tous ceux qui tenteraient de bloquer le pays samedi. Tout cela est
hors de proportions ». Marine Le
Pen promettait par avance que
les annonces que devait faire le
Premier ministre quelques jours
après sur RTL « seront dérisoires et
Dès le début des manifestations des totalement déconnectées des réalités
Gilets jaunes au mois de novembre de ce que vivent les Français ». La
2018, Marine Le Pen avait déclaré fille de Jean-Marie Le Pen clamait
que « le gouvernement traitait avec également que  « les électeurs
un grand mépris voire violence du Rassemblement national se
le mouvement des Gilets jaunes  retrouvent dans les Gilets jaunes. »
contre la hausse des prix des car- En fait, tout en appuyant le mouveburants, jugeant inappropriées ment de protestation, la Présidente
les menaces d’interpellations ». du RN garde une distance avec lui
Dans un entretien publié sur le site pour mieux le récupérer. Si Marine
du « Parisien », la Présidente du Le Pen a choisi de ne pas s’afficher
Rassemblement national se disait dans la rue aux côtés des Gilets
« étonnée de voir comment le gouver- jaunes en expliquant que « ce n’est
nement traite avec un grand mépris pas la place pour un chef de parti », la
cette manifestation. Il y a même une leader du Rassemblement national
forme d’hostilité, voire de violence… a étalé la chasuble fluo, bien en

vue, derrière le pare-brise de son
monospace Citroën. Comme un
symbole de son positionnement
politique vis-à-vis de cette contestation populaire qu’elle appuie
sans réserve, mais avec une légère
distance. « On soutient sans ambiguïté, on ne cherche pas à se l’approprier », résume un cadre du
Rassemblement national (ex Front
National). Un positionnement
stratégique qui avait été arrêté
officiellement lors d’un bureau
exécutif à Nanterre le 19 novembre
2018.  Il faut dire qu’un soutien
trop appuyé du Rassemblement
national aurait pu être un baiser
de la mort pour les Gilets jaunes.
Dès leur naissance, ils ont été
soupçonnés d’être manipulés par
l’extrême droite. Alors que certains
des visages les plus médiatisés du
mouvement se révèlent avoir eu
des liens avec le Rassemblement
national ou Debout La France
dirigé par Nicolas Dupont-Aignan,
d’autres ont clamé haut et fort
leur volonté de ne pas être récupérés.  Un message que Marine Le
Pen a reçu cinq sur cinq. Et il y a

quelques jours, la Présidente du
Rassemblement national a assuré
ne pas être «dans une démarche
de récupération des Gilets jaunes»
et ne pas craindre la constitution
d’une liste par ce mouvement en
vue des élections européennes du
26 mai 2019. «Je ne suis pas dans
une démarche de récupération, je ne
suis pas dans une démarche électoraliste», avait affirmé Mme Le Pen
sur RTL. «Je note que j’ai parlé de
cette France des oubliés depuis
des années et des années et que
l’intégralité des revendications qui
sont exprimées par les Gilets jaunes
étaient intégrées dans le projet
présidentiel qui était le mien», avait
ajouté celle qui est aussi député
des Hauts-de-France. Interrogée
sur l’éventualité d’une liste Gilets
jaunes qui pourrait concurrencer
celle du Rassemblement national
avec Jordan Bardella en tête de
gondole lors du scrutin de mai
prochain, Marine Le Pen a affirmé
n’avoir « absolument pas peur de la
démocratie ».
Daniel Fiblonski

Jean-Luc Mélenchon peine à convaincre
Pour le leader de La France
insoumise qui tente par
tous les moyens de s’attirer
la sympathie des Gilets
jaunes, la partie est plus
compliquée et ses stratégies semblent vaines. JeanLuc Mélenchon ne semble
pas, pour l’instant, profiter
politiquement d’un effet
« gilets jaunes ». Malgré
ses efforts, la sauce mélenchoniste ne prend pas.
« Ce n’est pas un texte de
Mélenchon qui va changer
notre cause », avait déclaré
Eric Drouet, figure médiatique des Gilets jaunes,
après un hommage appuyé
que lui avait adressé le
Président de LFI. « Le
drame de Mélenchon est de
ne pas être le débouché Gilets
jaunes, jugea au « Journal
du Dimanche » l’ex-Premier secrétaire du PS, JeanChristophe Cambadélis.
Alors il tente par tous les
moyens de reprendre pied
dans ce mouvement qui ne
veut de personne. À force d’en
appeler au dégagisme, il est
à son tour dégagé. » Ancien
ministre et sénateur, JeanLuc Mélenchon incarne
malgré lui la « caste » que
les Gilets jaunes rejettent,
estime de son côté la sénatrice PS et ex-ministre
des Familles Laurence
Rossignol. Même dans son
propre camp les soutiens
se fendillent: « LFI ne s’y
prend pas si mal, mais il
faut aussi apprendre à se
taire, comme Marine Le
Pen », souligne une figure

du parti qui constate :
« Mélenchon surjoue
beaucoup, c’est sa nature,
il veut être Robespierre
avant, pendant et après.
Mais il ne peut pas l’être
pour ce mouvement ».  Un
échec qui se ressent également dans les sondages.
Déjà peu encourageants
avant les fêtes avec des
intentions de vote à peine
plus élevées que 10% pour
les européennes de mai,
ils continuent à être peu
flatteurs en ce début d’année. Mi-janvier, la cote
d’avenir prêtée au patron
des députés Insoumis
par Kantar-Sofres pour
« Le Figaro Magazine » a
accusé une spectaculaire
chute de 6 points, à 23%;
sa popularité a aussi enregistré -3 points, à 20%,
selon Elabe/« Les Echos ».
Peut-être plus préoccupant encore pour LFI: elle
n’est plus la formation qui
« incarne le mieux l’opposition » au chef de l’Etat,
selon une enquête publiée
mardi par l’Ifop. Seuls
30% des sondés le pensent
désormais (-12 points en
4 mois), contre 35% pour
le Rassemblement national de Marine Le Pen. De
quoi donner du grain à
moudre à Benoît Hamon
(Génération-s), qui a
déclaré : « Aujourd’hui
Mélenchon parle et c’est
Le Pen qui va récolter les
voix ». Certains Insoumis
relativisent les sondages,
comme Manuel Bompard,

le directeur opérationnel
de la formation: « Rien n’a
de valeur en cette période.
Mais j’observe avec plaisir
que nos thèmes, ceux de
justice fiscale et de rénovation démocratique, sont
repris ». Il lit différemment
l’attitude de Jean-Luc
Mélenchon: il s’agit pour
LFI d’être « des protecteurs
pour ce mouvement qui

n’est pas en recherche de
représentation ». La colère
de Mélenchon en octobre
2018 contre les perquisitions, notamment à son
domicile et au siège de LFI
a peut-être joué un rôle.
« Mélenchon a perdu sa
dimension de chef d’Etat
auprès de beaucoup de
gens alors qu’il aurait pu
jouer la carte du recours.

Il n’attendait que ça, cette
vague, mais elle est arrivée au moment où il a les
pieds dans le ciment »,
analysait l’ex porte-parole
François Cocq, avant son
exclusion de LFI, par un
simple tweet, ce qui a jeté
le trouble dans les rangs du
parti des Insoumis.
E.B

Nicolas DupontAignan clame haut
et fort son soutien

L

e fondateur
de Debout
la France,
N i c o l a s
DupontAignan, avait souhaité
dans ses vœux du 31
décembre 2018 que « le
cri légitime des Gilets
jaunes soit entendu en
2019 », en présentant
son message de bonne
année aux côtés de militants de ce mouvement
à Auxerre, dans l’Yonne.
« Quelles que soient leur
origine sociale, leur appartenance politique, les Gilets
jaunes incarnent le réveil
de la nation française et
d’un peuple qui, à juste
raison, ne supporte plus
l’injustice et veut tout
simplement pouvoir vivre
de son travail », avait
déclaré Dupont-Aignan,
un badge des Gilets jaunes
accroché au revers de
sa veste, dans une vidéo
publiée sur son compte
Twitter. Le député de
l’Essonne estime que « la
France est à la croisée
de chemins. Soit le gouvernement étouffe, par
de fausses mesures et la
propagande sur les Gilets
jaunes et alors la désespérance populaire mènera
le pays au chaos. Soit
nous entendons en 2019

ce cri légitime des Gilets
jaunes, nous mettons en
oeuvre leurs propositions de bon sens, pour
plus de justice et plus
de démocratie », plaida
l’ancien allié de Marine
Le Pen au second tour
de la présidentielle en
mai 2017. Pour Nicolas
Dupont-Aignan, « tout
a été fait pour salir ce
mouvement mais malgré les manipulations
du gouvernement, trois
quarts des Français s’y
reconnaissent ». Nicolas
Dupont-Aignan, qui
conduira une liste aux
élections européennes
de mai 2019, propose
notamment de réindexer
les pensions de retraite
sur l’inflation, d’instaurer un référendum
d’initiative citoyenne, de
maitriser l’immigration
et de fermer les mosquées
salafistes. L’ex maire de
Yerres, en Essonne, de
1995 à 2017, n’a jamais
caché qu’il était également prêt à accueillir
des représentants des
Gilets jaunes sur sa liste
pour le futur scrutin du
26 mai. Mais les Gilets
jaunes répondront-ils à
son appel ?
Caroline Finzarelli

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