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Dictionnaire des concepts .pdf



Nom original: Dictionnaire des concepts.pdf
Auteur: Julien

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Dictionnaire des concepts
Par Johnathan R. Razorback.
Version du 15 mars 2019.

Absolu: "[...] 1. vul. a) qui ne comporte ni exception ni restriction ; ex.
nécessité absolue, pouvoir absolu ; b) total, intégral ; ex. vide absolu.
2. Méta. Adj ou subst. (opp. relatif): a) ce qui est en soi et par soi,
indépendamment de toute autre chose ; ex. la substance par rapport à l'accident
; b) ce qui a en soi-même sa raison d'être et qui n'a besoin ni pour être conçu ni
pour exister d'aucune autre chose ; l'Etre absolu de qui tout dépend, c.-à.-d. à
quoi tout autre être est relatif: Dieu ; c) syn. de chose en soi, ce qu'est la chose
en elle-même et non telle qu'elle est donnée comme représentation dans le
phénomène (Kant) ; d) syn. d'inconnaissable pour le positivisme [...]
3. Cosm. Indépendant de tout repère conventionnel. Mouvement absolu: qui ne
peut être référé à un point fixe de l'espace ; espace absolu: indépendant des
objets qui le remplissent ; temps absolu: indépendant des phénomènes qui s'y
passent." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences
humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.7.
Abstraction: "lat. de abstrahere, tirer de, séparer de).
Psy. a) opération de l'esprit qui isole, pour la considérer à part, un élément
d'une représentation qui n'est pas ni peut être donné séparément dans la réalité
; ex: la forme d'un objet indépendamment de sa couleur ; b): résultat de cette
opération: "Un point géométrique est une abstraction de l'esprit." (Voltaire)." Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines,
Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.8.
Abstrait: "1. Log.Psy (opp. concret) qui constitue une abstraction ; se dit
notamment d'une idée obtenue par abstraction et du terme qui l'exprime. Idée
abstraite: celle qui s'applique à une essence considérée en elle-même et qui est
tirée par abstraction de divers sujets qui la possèdent ; ex. la blancheur,
l'orgueil, la sagesse ; dist. l'idée générale ; ex. vivant est plus abstrait qu'animal
puisqu'il comprend aussi le végétal ; elle est moins abstraite qu'une autre si sa
compréhension est plus grande ; ex. l'animal a tous les caractères qui
1

appartiennent au vivant, mais il a en outre ses propriétés spécifiques.
2. Epist. Sciences abstraites: expression qui désigne ordinairement les sciences
faisant abstraction, soit, comme la la mathématique, de toutes les propriétés des
choses, hormis la quantité et l'ordre, soit, comme les sciences expérimentales,
des propriétés individuelles des corps.
3. Est. Art abstrait ou non figuratif: celui qui, en peinture ou en sculpture, vise à
provoquer le sentiment esthétique par la seule composition des formes ou des
couleurs, sans représenter ou imiter la réalité sensible. L'emploi de l'expression
"art abstrait" s'est généralisé malgré le non-sens qu'elle qu'elle implique ; opp.
art figuratif." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des
sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.8.
Accident: "(du lat. accidere, survenir ou s'ajouter).
1. Méta. (opp. essence ou substance) ce qui existe non en soi-même mais en une
autre chose ; ex, la forme ou la couleur appartiennent à une chose qui subsiste
en elle-même ; par suite, ce qui peut être modifié ou supprimé sans que la chose
elle-même change de nature ou disparaisse.
2. Log. form. Sophisme de l'accident: consiste à conclure d'un caractère
accidentel à un caractère essentiel ; ex. définir la matière par l'état solide." Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines,
Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.9.
Acte: (lat. actum, le fait accompli, d'agere, agir, faire).
[...] 2. Hist. (Méta.) chez Aristote, (ctr puissance) l'être en acte est l'être
pleinement réalisé, opp. l'être en voie ou en puissance de devenir (potentialité).
Ex: la plante est l'acte de la graine (mais celle-ci reste en puissance tant qu'elle
n'est pas mise en terre). L'Acte pur: l'Etre qui ne comporte aucune puissance ou
potentialité et qui est soustrait au devenir, Dieu." -Louis-Marie Morfaux,
Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris,
1980, 400 pages, p.9-10.
Action: "1. Vulg. a) (opp. pensée) le fait d'agir ; ex. l'action de marcher, un
homme d'action ; b) activité d'un être dont il est expressément cause et par
laquelle il modifie soit son entourage physique ou humain, soit lui-même (opp.
passion, passivité)." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et
des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.10.
2

Actualisation: "1. Hist. (Méta.) Passage de la puissance à l'acte ; on dit aussi
actuation.
2. Psy. Passage de l'état virtuel à l'état réel ; ex. l'actualisation des souvenirs." Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines,
Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.10.
Adéquat: "(lat. adaequatus, o.p de adaequare, rendre égal).
1. Gén. qui correspond exactement à son objet ou au but visé. [...]
3. Hist. (Crit.) a) chez Spinoza, l'idée adéquate est celle qui possède toutes les
propriétés intrinsèques de l'idée vraie ; b) chez Leibniz, l'idée adéquate d'une
chose est la connaissance distincte par l'analyse de toutes ses déterminations." Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines,
Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.11.
Adventice: (lat. adventitius, qui vient du dehors).
Hist (Crit.) Idée adventices: chez Descartes, représentations qui viennent des
sens. "Entre mes idées, les unes me semblent nées avec moi (innatae) ; les autres
être étrangères et venir du dehors (adventitiae) ; et les autres, être faites et
inventées par moi-même (factitiae)." (Med.III)." -Louis-Marie Morfaux,
Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris,
1980, 400 pages, p.12.
Agôn: "Quand le politique se joue dans le registre du moralisme, la démocratie
est en danger. Non seulement la moralisation du politique nous interdit
d’appréhender correctement la nature et les causes des conflits présents, mais
elle donne naissance à des antagonismes qui ne peuvent plus être gérés par le
processus démocratique ou redéfinis sur un mode que je propose de qualifier
d’« agonistique », pour désigner un conflit non pas entre des ennemis mais entre
des « adversaires » qui respectent le droit légitime des opposants à défendre
leurs positions .
Il est clair que lorsque l’opposant est défini en termes moraux, il ne peut plus
être considéré que comme un ennemi et non comme un adversaire. Avec le « mal
», aucun débat agonistique n’est concevable." -Chantal Mouffe, « La " fin du
politique " et le défi du populisme de droite », Revue du MAUSS, 2/2002 (no
20), p. 178-194.
"Opposition entre personnes ou entités." -Wikipédia, article "Conflit".
3

"Le conflit n'est pas violence : il peut être géré de façon non-violente comme il
peut dégénérer dans la violence." -Wikipédia, article "Violence".
Aliénation: "(du lat. alienus, étranger, de alius, autre).
1: Psy. path. Aliénation mentale: trouble profond de l'esprit qui rend l'individu
comme étranger à la société de ses semblables et à lui-même. Ce terme, en
raison de son imprécision, n'est plus guère employé que dans le langage
judiciaire.
2. Hist. (Phil.) Chez Hegel, action de devenir autre, soit en se posant comme
chose (Entaüsserung ou Veraüsserung), soit en devenant étranger à soi-même
(Entfremdung)." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des
sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.14.
"Chez Marx, la notion d'aliénation [Entfremdung ou Entäusserung en allemand]
désigne: a) une séparation (séparation de l'homme avec sa nature, séparation
du travailleur d'avec ses produits) ; b) une inversion (inversion des rapports de
l'homme et de Dieu, de la vie sociale et de la vie politique, de l'activité humaine
et des rapports économiques) ; et c) une oppression du sujet par l'objet
(soumission des hommes aux représentations religieuses, domination de la vie
sociale par l'Etat, oppression des travailleurs par le capital)." -Gérard Duménil,
Michael Löwy et Emmanuel Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll
"Que sais-je ?", 2009, 126 pages, p.10.
Altérité: "(du lat. alter, autre).
1. Gén. Caractère de ce qui est autre, opp. identité.
2. Psy. soc. Qualité essentielle de l'Autre, comme autre ; l'être-autre." -LouisMarie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines,
Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.15.
Altruisme: "(lat. alter, l'autre, terme créé par A. Comte pour désigner l'amour
d'autrui par opposition à l'égoïsme).
Psy. Mor. a) sentiment d'affection pour les autres qui dispose à se dévouer pour
eux ; b) morale altruiste: doctrine morale qui pose l'intérêt de nos semblables
comme but de la conduite morale." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la
philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages,
p.15.
4

Amoral, amoralité: "(comp. du gr a, priv., et du lat, mores, moeurs).
1. Mor. Qui n'est pas susceptible d'être qualifié moralement ; étranger au
domaine de la morale ; ex. les animaux sont amoraux." -Louis-Marie Morfaux,
Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris,
1980, 400 pages, p.15.
Amour: "(lat. amor, amour, affection).
1. Psy. a) tendance de la sensibilité qui nous porte vers un être ou un objet
reconnu ou ressenti comme bon ; ex. l'amour maternel, l'amour de la gloire, des
richesses ; b) inclination vers une personne sous toutes ses formes et à tous ses
degrés, de l'amour-désir (inclination sexuelle) à l'amour-passion et à l'amour
sentiment. [...]
2. Péd. Amour captatif (du lat. captare, chercher à prendre): celui qui cherche à
accaparer l'autre pour se l'approprier affectivement ; ex. de l'amour de certains
enfants à l'égard de leur mère, syn. possessif ; amour oblatif (du lat. offere,
offrir): celui qui tend à se donner à l'autre et à se dévouer pour lui." -LouisMarie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines,
Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages, p.15.
"Attirance, affective ou physique, qu'en raison d'une certaine affinité, un être
éprouve pour un autre être, auquel il est uni ou qu'il cherche à s'unir par un lien
généralement étroit." -TLFI, "Amour".
"Si X aime Y..., X ne doit pas seulement trouver que Y est attirant..., il doit
vouloir certaines choses qui concernent Y. X doit vouloir être avec Y, faire
plaisir à Y, le chérir, vouloir que Y l'aime aussi, et qu'il pense du bien de lui." William Lyons, Emotion, Cambridge, Cambridge University Press, 1980, p.64.
"L’homme ne peut pas vivre sans « liens affectifs » au sens large du terme. On le
sait pertinemment en ce qui concerne le bébé. Si personne ne le regarde de
manière personnelle, ne le touche, ne s’intéresse à lui, il dépérit. Si quelque
chose, donc, donne vraiment sens à notre vie, riches ou pauvres, hier ou
aujourd’hui, ici ou ailleurs, c’est l’amour. Toutes les recherches philosophiques
ou religieuses nous laisseront dans une sensation de vide existentiel si notre vie
est sans amour. La vie est viable parce que quelqu’un, ne serait-ce qu’une
seule fois, nous a regardé avec amour.

5

Je n’oublierai jamais cette scène bouleversante à laquelle j’ai assisté, il y une
vingtaine d’années, lors d’un voyage en Inde. Je travaillais comme volontaire
chez les sœurs de Mère Teresa. Un bébé, trouvé dans une poubelle, avait été
amené à l’orphelinat de Calcutta. Il refusait de s’alimenter, n’exprimait aucune
émotion. Il était comme mort. Malgré les premiers soins médicaux et
nutritionnels, son état ne s’était guère amélioré. L’une des religieuses le prit
dans ses bras, le frictionna vivement, le serra, lui parla, tenta de le faire rire.
Rien n’y fit. Serrant l’enfant contre son cœur, elle s’immobilisa longuement les
yeux fermés. Il émanait d’elle une force étonnante. Puis, lentement, ses mains
recommencèrent à pétrir le bébé. Inlassablement, elle le massa de la tête aux
pieds, avec un mélange parfaitement dosé de force et de délicatesse. Elle se
remit à faire sauter l’enfant sur ses genoux et son air grave se transforma en
une cascade de rires. Et là, sous nos yeux, un miracle de l’amour se produisit.
Le regard de l’enfant commença à s’éclairer. L’absent devenait présent. Et,
doucement, un sourire s’esquissa accompagné de quelques petits cris de
bonheur. Le bébé avait choisi de vivre. Son sourire témoignait que l’amour est
le seul motif qui donne vraiment sens à une existence." -Frédéric Lenoir, Le sens
de la vie, Psychologies Magazine, avril 2002.
« On ne peut vivre, on ne peut pas respirer en ce monde si on ne se sent pas
aimé. » -Paul Veyne, Entretien avec Laure Adler, Émission “Hors-champs”,
France Culture, 21 septembre 2015.
« [L'amour est] une maladie dont le malade se délecte, un tourment qu'il désire.
Quiconque en est atteint ne souhaite pas de guérir ; qui en souffre n'en veut pas
être délivré. » -Ibn Hazm de Cordoue, Collier de la colombe sur l'amour et les
amants.
« Le monde est en vérité empli de périls, et il y a en lui maints lieux sombres ;
mais il y en a encore beaucoup de beaux, et quoique dans tous les pays l'amour
se mêle maintenant d'affliction, il n'en devient peut-être que plus grand. » Tolkien, La communauté de l'Anneau.
« Fais de l'amour un jeu ; mais ne va pas aimer sérieusement un homme. » William Shakespeare, Comme il vous plaira, I, 2, 1599.
« Il n’y a pas d’expérience amoureuse sans confrontation au tragique. » Clotilde Leguil, France inter, Permis de Penser, « Permis d’aimer », 2 janvier
2016.
6

« L'érotisme, c'est de donner au corps les prestiges de l'esprit. » -Georges
Perros.
« Un amour malheureux est encore un bonheur. » -Adélaïde-Gillette Dufrénoy,
Élégies, 1813.
« Y-a-t-il amour plus délicieux, qu'un amour condamné ? » -Jim Fergus, Mille
femmes blanches, 1998.
« On devrait toujours être amoureux. C'est la raison pour laquelle on ne devrait
jamais se marier. » -Oscar Wilde, Une femme sans importance.
« L'amour fantasmé vaut bien mieux que l'amour vécu. Ne pas passer à l'acte,
c'est très excitant. » -Andy Warhol.
« L'amour platonique. C'est pourtant l'amour parfait, dans le sens cathare. » Julien Green, Entretien avec Pierre Assouline, Septembre 1993.
« En amour, on préfère les grâces du corps à celles de l'esprit. » -Michel de
Montaigne, Pensées diverses, 1580.
« Amour est le grand point, qu'importe la maîtresse? - Qu'importe le flacon
pourvu qu'on ait l'ivresse ! » -Alfred de Musset, La Coupe et les Lèvres.
« La prudence et l'amour ne sont pas faits l'un pour l'autre: à mesure que
l'amour croît, la prudence diminue. » -La Rochefoucauld.
"C'est dans l'épuisement que l'on augmente ses forces.
C'est dans l'abandon que l'on devient prince, et dans l'éclat de mourir que l'on
découvre ce plus noble éclat de l'amour." -Christian Bobin, Le huitième jour de
la semaine.
"Il n'y a pas d'autre amour que celui qui consiste à donner sa vie pour ceux
qu'on aime." -Léon Tolstoï.
"L'Amour est un genre de suicide." -Jacques Lacan.
"L’amour qui ne ravage pas n’est pas l’amour." -Omar Khayyâm.
"Il n'y a pas d'amour sans souffrance." -Pierre Reverdy, Le gant de crin, 1927.
"L'amour donne le vertige, mais son vertige, si intolérable qu'il soit, est un
délice infini." -Hubert Aquin.
7

« L'amour est une fantaisie ardente qui ne s'exalte qu'avec les obstacles. » George Sand, Melchior, 1832.
"C'est cela l'amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.
« L'amour, c'est l'amour absolu, la joie pure et solitaire, c'est celui qui me brûle.
» -Albert Camus, Les Justes, 1949.
« L'amour qui ne prend pas tout n'est pas de l'amour. » -Anne Barratin, De vous
à moi, 1892.
« Le plus parfait amour est le toi et le moi devenus synonymes. » -Robert
Sabatier, Le livre de la déraison souriante, 1991.
"Tout amour est une servitude." -Henry de Montherlant, Un incompris, 1943.
"L’amour véritable n’est jamais malheureux." -Louis Scutenaire, Mes
inscriptions III.
"L'amour, s'il unit les êtres, ne les dissout pas l'un dans l'autre." -Georges Dor.
"L'Amour est une folie de l'échange." -Pascal Quignard.
« L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique ellemême. » -Stendhal, De l'amour , 1822.
"Toutes les dettes reçoivent quelque compensation, mais seul l'amour peut payer
l'amour." -Fernando de Rojas.
"Lorsque deux nobles cœurs se sont vraiment aimés. Leur amour est plus fort
que la mort elle-même. Cueillons les souvenirs que nous avons semés. Et
l'absence après tout n'est rien lorsque l'on s'aime." -Guillaume Apollinaire.
« L'amour veut l'amour, il souffre s'il n'est aimé. » -François Mauriac,
Lacordaire, 1976.
"L'Amour et l'amitié s'excluent l'un l'autre." -Jean de La Bruyère, Les
Caractères, 1696.
« Il n’y a rien d’impossible quand on s’aime. » -George Sand.
"Toute existence tire sa valeur de la qualité de l'amour: « Dis-moi quel est ton
amour et je te dirai qui tu es »." -Jean-Paul II.
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"Le sexe n'est pas l'amour, ce n'est qu'un territoire que l'amour s'approprie." Milan Kundera.
« L'amour de sa flamme honore et purifie toutes ses caresses ; la décence et
l'honnêteté l'accompagnent au sein de la volupté même, et lui seul sait tout
accorder aux désirs sans rien ôter à la pudeur. » -Jean-Jacques Rousseau,
Esprit, maximes et principes , 1764.
« L'amour est un sentiment de joie accompagné de l'idée de sa cause extérieure.
» -Baruch Spinoza, L'Éthique , 1677.
« L'amour apporte la paix aux hommes, le calme à la mer, un lit et le sommeil à
la douleur. » -Platon, Le Banquet.
"Les deux ailes de l’intelligence sont l’érudition et l’amour." -Nicolás Gómez
Dávila.
"Et là où l'amour n'existe pas, la raison, elle aussi, est absente." -Dostoïevski,
Dans mon souterrain.
"Le narcissisme est indispensable pour se construire une nouvelle personnalité.
Avant de pouvoir aimer quelqu’un il faut s’aimer soi-même. Une fois le voyage
au pays de la séduction engagé, tu verra que le narcissisme s’estompera
naturellement et progressivement. Plus que tu sera aimée par les autres, moins
tu en auras besoin."
"L’amour : S’aider mutuellement à accéder à la satisfaction des sens et au
partage des sentiments et des valeurs." -isabelle183, La fille aux cheveux noirs.
"Enfin voilà deux jeunes corps enlacés qui jouissent de leur jeunesse en fleur ;
déjà ils pressentent les joies de la volupté et Vénus va ensemencer le champ de
la jeune femme. Les amants se pressent avidement, mêlent leur salive et
confondent leur souffle en entrechoquant leurs dents. Vains efforts, puisque
aucun des deux ne peut rien détacher du corps de l'autre, non plus qu'y pénétrer
et s'y fondre tout entier. Car tel est quelquefois le but de leur lutte, on le voit à la
passion qu'ils mettent à serrer étroitement les liens de Vénus, quand tout l'être
se pâme de volupté. Enfin quand le désir concentré dans les veines a fait
irruption, un court moment d'apaisement succède à l'ardeur violente ; puis c'est
un nouvel accès de rage, une nouvelle frénésie. Car savent-ils ce qu'ils désirent,

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ces insensés ? Ils ne peuvent trouver le remède capable de vaincre leur mal, ils
souffrent d'une blessure secrète et inconnaissable.
Ce n'est pas tout : les forces s'épuisent et succombent à la peine. Ce n'est pas
tout encore : la vie de l'amant est vouée à l'esclavage. Il voit son bien se fondre,
s'en aller en tapis de Babylone, il néglige ses devoirs ; sa réputation s'altère et
chancelle. Tout cela pour des parfums, pour de belles chaussures de Sicyone qui
rient aux pieds d'une maîtresse, pour d'énormes émeraudes dont la transparence
s'enchâsse dans l'or ; pour de la pourpre sans cesse pressée et qui boit sans
répit la sueur de Vénus. L'héritage des pères se convertit en bandeaux, en
diadèmes, en robes, en tissus d'Alindes et de Céos. Tout s'en va en étoffes rares,
en festins, en jeux ; ce ne sont que coupes pleines, parfums, couronnes,
guirlandes . . . mais à quoi bon tout cela ? De la source même du plaisir on ne
sait quelle amertume jaillit qui verse l'angoisse à l'amant jusque dans les fleurs.
Tantôt c'est la conscience qui inspire le remords d'une oisiveté traînée dans la
débauche ; tantôt c'est un mot équivoque laissé par la maîtresse à la minute du
départ et qui s'enfonce dans un cœur comme un feu qui le consumera ; tantôt
encore c'est le jeu des regards qui fait soupçonner un rival ou bien c'est sur le
visage aimé une trace de sourire.
Encore est-ce là le triste spectacle d'un amour heureux ; mais les maux d'un
amour malheureux et sans espoir apparaîtraient aux yeux fermés ; ils sont
innombrables. La sagesse est donc de se tenir sur ses gardes, comme je l'ai
enseigné, pour échapper au piège. Car éviter les filets de l'amour est plus aisé
que d'en sortir une fois pris : les nœuds puissants de Vénus tiennent bien leur
proie." -Lucrèce, De Natura rerum.
"Tous les hommes sont perfides, inconstants, faux, bavards, hypocrites,
orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides,
artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout
sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des
montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est
l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en
amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur
le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai
souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai
vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." -Alfred de
Musset, On ne Badine pas avec l’Amour, seconde partie, scène première.
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"Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession, lequel apporte les
pires souffrances. Car au contraire de l’opinion commune, l’amour ne fait point
souffrir. Mais l’instinct de propriété fait souffrir, qui est le contraire de
l’amour.[…] L’amour véritable commence là où tu n’attends plus rien en
retour." -Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle.
"Avant que les troubadours et les romanciers de la Table Ronde aient donné un
langage, une expression à l’amour, on n’en parlait pas ; donc, il y a bien des
chances pour que les gens n’aient pas éprouvés ces sentiments, puisqu’ils ne
savaient pas les dire." -Denis de Rougemont, Entretient avec Gaston Nicole et
Roland Bahy (8 novembre 1971).
« Etre amoureux n’est pas nécessairement aimer. Etre amoureux est un état ;
aimer, un acte. On subit un état, mais on décide d’un acte. » -Denis de
Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « L’Amour Action, ou de la
Fidélité », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445
pages, p.335.
« L’amour éclaire l’empire des ténèbres ; l’enfer est soumis à la magie
puissante de l’amour : le regard de Pluton s’adoucit au sourire de la fille de
Cérès. » -Schiller, Groupe du Tartare.
Anarchie: "Il n'y a plus de police et de choses de ce genre. Nous avons le choix,
Dora. Nous pouvons rester ici tranquillement et tirer sur toutes les voitures qui
veulent passer ; ou bien partir et laisser les autres tirer sur nous. Quel que soit
le parti que nous choisissons, cela revient au même." -Hermann Hesse, Le Loup
des steppes, Calmann-Lévy, 2004 (1927 pour la première édition allemande),
312 pages, p.271.
Anarchisme: « On méconnaît ordinairement la différence fondamentale qu'il y
a entre l'idée libérale et l'idée anarchiste. L'anarchisme rejette toute
organisation de contrainte sociale, il rejette la contrainte en tant que moyen de
technique sociale. Il veut vraiment supprimer l'État et l'ordre juridique, parce
qu'il est d'avis que la société pourrait s'en passer sans dommage. De l'anarchie
il ne redoute pas le désordre, car il croit que les hommes, même sans contrainte,
s'uniraient pour une action sociale commune, en tenant compte de toutes les
exigences de la vie en société. En soi l'anarchisme n'est ni libéral ni socialiste ;
il se meut sur un autre plan. Celui qui tient l'idée essentielle de l'anarchisme
11

pour une erreur, considère comme une utopie la possibilité que jamais les
hommes puissent s'unir pour une action commune et paisible sans la contrainte
d'un ordre juridique et de ses obligations ; celui-là, qu'il soit socialiste ou
libéral, repoussera les idées anarchistes. Toutes les théories libérales ou
socialistes, qui ne font pas fi de l'enchaînement logique des idées ont édifié leur
système en écartant consciemment, énergiquement, l'anarchisme. Le contenu et
l'ampleur de l'ordre juridique diffèrent dans le libéralisme et dans le socialisme,
mais tous deux en reconnaissent la nécessité. Si le libéralisme restreint le
domaine de l'activité de l'État, il ne songe pas à contester la nécessité d'un ordre
juridique. Il n'est pas anti-étatiste, il ne considère pas l'État comme un mal
même nécessaire. » -Ludwig von Mises, Le Socialisme, 1922.
"Nous estimons que les anarchistes sont les ennemis véritables du marxisme.
Par conséquent, nous reconnaissons aussi qu'il faut mener une lutte véritable
contre de véritables ennemis." -Joseph Staline, Anarchisme ou socialisme ?,
1906.
Antithèse: "(gr. antithesis, opposition).
1. Log. Opposition de contrariété entre deux termes ou deux propositions.
2. Hist. (Crit.) a) chez Kant, proposition contraire à la thèse [...] b) chez Hegel,
deuxième moment de la dialectique entre la thèse et la synthèse, qui réalise
l'accord des deux premiers moments ; ex. le non-être est l'antithèse de l'être,
leur synthèse étant le devenir." -Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la
philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980, 400 pages,
p.21.
"Aporie: (gr. aporia, impasse ; sans issue, d'où difficulté en principe impossible
à surmonter).
1. Hist. (Crit). a) chez Aristote, difficulté résultant de l'égalité des
raisonnements contraires, qui met l'esprit dans l'incertitude sur l'action à
entreprendre ; b) chez les sceptiques, difficulté arrêtant le progrès de la
recherche.
2. Phil. auj, surtout au plur, difficultés irréductibles soit dans une question
philosophique, soit dans une doctrine déterminée." -Louis-Marie Morfaux,
Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris,
1980, 400 pages, p.23.
12

Art: "subst. masc. [...]
Ensemble de moyens, de procédés conscients par lesquels l'homme tend à une
certaine fin, cherche à atteindre un certain résultat. [...]
I. [Cette activité en tant qu'elle cherche une fin utilitaire]
A. [En parlant de mét., d'activités ou de techn. diverses] Synon. de
technique.[...]
II. [La finalité de cette activité est de caractère esthétique, désintéressée, non
utilitaire]
A. Expression dans les œuvres humaines d'un idéal de beauté. [...]
B. [P. oppos. aux mét. qui ont pour objet la production de choses utiles et p.
oppos. à la nature, à ce qui est naturel] Ensemble des règles, des moyens, des
pratiques ayant pour objet la production de choses belles. [...]
III. Au plur.
A. [La finalité est de caractère utilitaire]
1. Arts mécaniques. Ceux qui exigent un effort manuel ou un travail mécanique.
Arts industriels, arts et métiers. Arts ménagers. Ensemble des techniques qui
procurent le bien-être matériel en facilitant la tâche de la ménagère.
2. Arts libéraux. [P. oppos. aux arts mécaniques] Ceux où l'esprit et
l'intelligence ont le plus de part.
[Dans les anc. universités] Les sept arts libéraux. Les sept arts du trivium
(grammaire, dialectique, rhétorique) et du quadrivium (arithmétique, géométrie,
histoire, musique)." -"TLFI".
"L'artiste vise à enrichir le monde, à l'enchanter, alors que le révolutionnaire
veut le transformer." -Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur,
Flammarion, 2015.
« Le beau n’est pas dégradé pour avoir servi à la liberté et à l’amélioration des
multitudes humaines. Un peuple affranchi n’est point une mauvaise fin de
strophe. » -Victor Hugo, William Shakespeare, 1864.
"L'œuvre d'art naît du renoncement de l'intelligence à ordonner le concret. Elle
marque le triomphe du charnel. [...] L'œuvre absurde exige un artiste conscient
de ces limites et un art où le concret ne signifie rien de plus que lui-même."
(p.312)

13

"Une œuvre absurde [...] ne fournit pas de réponse." (p.321)
-Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe. Essai sur l'absurde, 1942. Repris dans
Albert Camus, Œuvre, Gallimard, Coll. Quarto, 2013, 1526 pages.
« Le but du développement artistique, c’est la libération des valeurs humaines,
par la transformation des qualités humaines en valeurs réelles. […] La valeur
de l’art est ainsi une contre-valeur par rapport aux valeurs pratiques, et se
mesure en sens inverse de celles-ci. L’art est l’invitation à une dépense
d’énergie, sans but précis en dehors de celui que le spectateur lui-même peut y
apporter. C’est la prodigalité...on s’est pourtant imaginé que la valeur de l’art
était dans sa durée, sa qualité. […] Alors que l’œuvre d’art n’est rien que la
confirmation de l’homme comme essentielle source de valeur. » L’Internationale situationniste, n°4.
« Primitif, exotique, populaire, « gothique », brut, naïf, l’art se charge lui-même
de faire éclater, dans le temps et l’espace, toute définition canonique du beau,
que chaque élargissement du « Musée imaginaire » fait apparaître comme un
préjugé. » -Jean Lacoste.
http://hydra.forumactif.org/t4977-principes-de-philosophie-esthetique#5937
Barbarie: "Le terme même de « barbarie » apparaît pour la première fois chez
Homère, au chant II de l’Iliade, à propos du peuple des Cariens, alliés aux
Troyens lors du siège de leur ville, qui sont qualifiés de « barbarophones ».
Leur langue est constituée, du moins pour une oreille grecque, de grognements
et de borborygmes qui les rendent inaptes à se faire comprendre, le mot de barbar étant une onomatopée rude et redoublée. Étymologiquement, le barbare est
donc celui qui n’articule pas sa parole parce que sa pensée est elle-même
inarticulée. On notera que cette caractéristique du langage des Cariens
n’engage que ce peuple, et non les autres armées asiatiques qui défendent leur
territoire ; Hector ou Andromaque, comme les autres Troyens, parlent une
langue parfaite chez Homère. Dans cette première occurrence, le mot n’a donc
pas la signification ethnologique qu’il prendra ultérieurement pour désigner ce
qui n’est pas grec, par exemple chez Hérodote ou chez Eschyle, mais sans
aucune péjoration des peuples concernés. C’est avec Platon, dans le contexte
philosophique du livre VII de la République, en 533 d, que le mot prendra une
inflexion négative. L’âme humaine, incapable de s’élever vers le Bien suprême
en se dirigeant vers le « haut », anô, risque de s’affaisser « dans un bourbier
14

barbare », en borboro barbariko. Seule la dialectique, en dirigeant son regard
vers le monde céleste, permet au prisonnier de la caverne de s’arracher à cette
pesanteur de l’existence qui lui interdit de s’ouvrir à la hauteur. La même image
reviendra chez Plotin dans les Énnéades8 et prend sans doute sa source dans
d’anciens textes orphiques sur la boue de l’Hadès et la boue des Enfers où se
perdent les criminels après leur mort.
À Rome, la barbaria prendra une signification plus politique et deviendra, sous
le double visage de la feritas, la « férocité », et de la vanitas, la « vacuité », la
notion opposée à la romanitas, la civilisation fondée sur la loi, les deux
domaines étant topographiquement séparés par la frontière du limes dont nous
avons fait notre « limite ». Le terme s’opposera en même temps à la cultura telle
que la définit pour la première fois Cicéron, dans les Tusculanes, en transposant
la signification du mot agricultura, le soin de la terre – colere signifie « soigner
» – en cultura, dans l’expression nouvelle de cultura animi, la « culture de
l’âme ». Dans la lignée de Platon qui ouvrait la paideia sur la lumière du Bien,
en conclusion de l’allégorie de la caverne, la cultura, tracée dans l’âme
humaine par le soc de la réflexion comme le soc de la charrue laisse son sillon
dans la glèbe, est dépendante d’une extériorité première. Le rayon de lumière
ou le soc de la charrue ouvrent, par une intervention extérieure, la pensée sur le
monde et lui permettent de produire des fruits. [...]
La culture se présente donc toujours comme l’apport d’un élément exogène. Dès
l’enfance, la langue et les connaissances nous sont transmises de l’extérieur par
la famille et la société pour relier notre présent au passé de ceux qui nous ont
précédés. Ce processus implique, au sens propre du terme, l’existence d’une
autorité, auctoritas, qui « augmente » les pouvoirs intellectuels de l’homme et sa
maîtrise des connaissances. Or l’autorité – ainsi l’autorité d’un auctor quand
nous lisons son livre – témoigne toujours d’une source extérieure. La barbarie,
au contraire, consiste à refuser de reconnaître une autorité qui élève l’homme et
à dénier en lui l’existence de cette altérité constitutive : le barbare, c’est celui
qui, à force d’intérioriser toutes choses, se referme sur sa stérilité. Pour
reprendre l’image de Cicéron, dans la barbarie, aucune semence n’est jetée en
terre pour produire plus tard, après une lente maturité, les fruits qui donnent un
sens au soin du laboureur ; la terre, laissée à l’abandon, se couvre de ronces et
de mauvaises herbes. La barbarie de la culture est le refus délibéré de
l’extériorité et de l’altérité, comprises comme les conditions d’une fécondation
de la pensée, désormais repliée sur elle-même et inarticulée." -Jean-François
15

Mattéi, « La barbarie de la culture et la culture de la barbarie », Noesis, 18 |
2011, 179-189.
Bonheur: "B. [Au sens large et gén. à la forme abs.] Le bonheur.
1. État essentiellement moral atteint généralement par l'homme lorsqu'il a obtenu
tout ce qui lui paraît bon et qu'il a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir
totalement ses diverses aspirations, trouver l'équilibre dans l'épanouissement
harmonieux de sa personnalité." -TFLI, "Bonheur".
"Le bonheur est un état de satisfaction complète caractérisé par sa stabilité et sa
durabilité. Il ne suffit pas de ressentir un bref contentement pour être heureux.
Une joie intense n’est pas le bonheur. Un plaisir éphémère non plus. Le bonheur
est un état global. L’homme heureux est comblé. Il vit une forme de plénitude.
Sa situation est stable : elle présente un équilibre et seul un élément extérieur
pourrait la modifier."
-Dicophilo.
"On appelle heureux celui qui se trouve dans un rapport harmonieux avec luimême." -Hegel, La Raison dans l'Histoire, trad. Kostas Papaioannou, Paris,
Plon, coll. 10/18, 1965, 311 pages, p.115-116.
"Le bonheur ne consiste point dans des instants isolés d'énergie, de volupté ou
d'oubli. Le bonheur est une succession presque continue, et durable comme nos
jours, de cet heureux concours de paix et d'activité, de cette harmonie douce et
austère qui est la vie du sage. Toute joie vive est instantanée, et dès-lors funeste
ou du moins inutile; le seul bonheur réel c'est de vivre sans souffrir, ou, plus
exactement encore, être heureux, c'est vivre : tout mal est étranger à la
plénitude de la vie, et toute souffrance a pour principe des causes de
destruction. La douleur est contraire à l'existence; quiconque souffre ne vit pas
pleinement et entièrement." -Senancour, Rêveries, 1799, pp. 91-92.
"Lorsque le rapport avec le monde extérieur nous est agréable, nous l’appelons
plaisir : mais cet état passager n’est pas le bonheur. Nous entendons par
bonheur un état qui serait tel que nous en désirassions la durée sans
changement. Or voyons ce qui arriverait si un tel état était possible. Pour qu’il
le fût absolument, il faudrait que le monde extérieur s’arrêtât et s’immobilisât.
Mais alors nous n’aurions plus de désir, puisque nous n’aurions plus aucune
raison pour modifier le monde, dont le repos nous satisferait et nous remplirait.
16

Nous n’aurions plus par conséquent ni activité, ni personnalité. Ce serait donc
le repos, l’inertie, la mort, pour nous, comme pour le monde." -Pierre Leroux,
Philosophie. — Du Bonheur, Revue des Deux Mondes, Période Initiale, tome 5,
1836, pp. 421-482, p.427.
"No one can be perfectly happy till all are happy." -Herbert Spencer.
"Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d'horreur,
que l'homme heureux n'y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et
pourtant ne peut rien pour le bonheur d'autrui celui qui ne sait être heureux luimême. Je sens en moi l'impérieuse obligation d'être heureux. Mais tout bonheur
me paraît haïssable qui ne s'obtient qu'aux dépens d'autrui et par des
possessions dont on le prive. (...). Pour moi j'ai pris en aversion toute possession
exclusive; c'est de don qu'est fait le bonheur, et la mort ne me retirera des mains
pas grand-chose. (...) Mon bonheur est d'augmenter celui des autres. J'ai besoin
du bonheur de tous pour être heureux." -André Gide, Les Nourritures terrestres,
1897, pp. 268-270.
"Par ailleurs, est final, disons-nous, le bien digne de poursuite en lui-même,
plutôt que le bien poursuivi en raison d'un autre ; de même, celui qui n'est
jamais objet de choix en raison d'un autre, plutôt que les biens dignes de choix
et en eux-mêmes et en raison d'un autre ; et donc, est simplement final le bien
digne de choix en lui-même en permanence et jamais en raison d'un autre. Or ce
genre de bien, c'est dans le bonheur surtout qu'il consiste, semble-t-il. Nous le
voulons, en effet, toujours en raison de lui-même et jamais en raison d'autre
chose. L'honneur, en revanche, le plaisir, l'intelligence et n'importe quelle vertu,
nous les voulons certes aussi en raison d'eux-mêmes (car rien n'en résulterait-il,
nous voudrions chacun d'entre eux), mais nous les voulons encore dans l'optique
du bonheur, dans l'idée que, par leur truchement, nous pouvons être heureux,
tandis que le bonheur, nul ne le veut en considération de ces biens-là, ni
globalement, en raison d'autre chose." (p.67)
"Le bonheur paraît quelque chose de final et d'autosuffisant, étant la fin de tout
ce qu'on peut exécuter." (p.68)
"Nul ne dirait juste celui qui n'a pas de joie à faire la justice, ni généreux celui
qui n'en a pas aux actions généreuses [...] les actions vertueuses sont plaisantes,
mais aussi bonnes et belles." (p.77)
17

"Nous avons posé que la fin de la politique est le bien suprême. Or la politique
met le plus grand soin à faire que les citoyens possèdent certaines qualités,
qu'ils soient bons et en mesure d'exécuter ce qui est beau.
Notre sentiment a donc de l'allure quand nous refusons de dire heureux un bœuf,
un cheval ou n'importe quel autre animal, car nul d'entre eux n'est en mesure
d'avoir en partage ce genre d'activité. Et c'est pour ce motif que même un enfant
n'est pas heureux, parce qu'il n'est pas encore capable d'exécuter de telles
actions, vu son âge." (p.81)
"Si l'on ne veut pas déclarer heureux les gens en vie, c'est en raison des
vicissitudes de la vie et parce qu'on se fait du bonheur l'idée d'une chose ferme
et malaisée à renverser de quelque façon que ce soit, alors que la roue de la
fortune tourne souvent pour les mêmes individus. Il est clair, en effet, que si
nous suivons pas à pas les caprices de la fortune, nous allons souvent dire que
le même individu et heureux et malheureux tour à tour, donnant de l'homme
heureux l'image d'une sorte de caméléon et d'édifice branlant.
Ne faut-il pas plutôt dire que s'en remettre, pour en juger, aux caprices de la
fortune est incorrect de toutes les façons ? Ce n'est pas à eux que tient, en effet,
le fait de vivre bien ou mal. Au contraire, ils offrent le supplément dont a besoin
l'existence humaine, comme nous le disions. Et ce qui en décide souverainement,
ce sont les actes vertueux dans le cas du bonheur et les actes contraires à la
vertu dans le contraire." (p.83-84)
"[L'homme heureux] supportera aussi les caprices de la fortune avec le plus
beau visage et restera partout entièrement à son affaire, du moins s'il est
véritablement bon "et d'une carrure irréprochable".
Cependant, bien des choses se produisent au gré de la fortune et il y a une
différence entre les grands et les petits aléas.
Quand elles sont petites, les marques d'une bonne fortune et pareillement d'une
fortune opposée ne pèsent évidemment pas lourd dans la vie.
Quand ce sont, en revanche, de grandes faveurs et qu'elles se répètent souvent,
elles peuvent accroitre considérablement la félicité de l'existence, car elles
l'assortissent naturellement ainsi d'une parure en supplément et l'on en peut
faire un bel usage et vertueux.
A l'inverse, si ce sont des revers, ils entament et gâtent la félicité car ils
accumulent chagrins et obstacles à bien des activités. Et pourtant, même dans
ces cas, on voit dans tout son éclat ce qui est beau, chaque fois que quelqu'un
18

supporte sans aigreur des infortunes nombreuses et de taille, non par
insensibilité à la douleur, mais parce qu'il possède noblesse et grandeur d'âme."
(p.85)
"On ne peut être, en effet, arraché au bonheur aisément, ni par n'importe quel
revers. Au contraire, cela nécessite de grandes infortunes, qui se multiplient.
Après de telles infortunes, on ne peut pas non plus recouvrer le bonheur en peu
de temps." (p.86)
-Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre I, traduction Richard Bodéüs, GF
Flammarion, 2004, 560 pages.
"Vivre heureux [...] qui ne le désire !" -Sénèque, De Vita Beata (La Vie
heureuse), traduction François Rosso, Arléa, 1995, 193 pages, p.15.
"Tous sans exception, nous voulons être heureux ! [...]
Mais qu’est ceci ? Que l’on demande à deux hommes s’ils veulent être soldats,
et il peut se faire que l’un réponde oui, l’autre non ; mais qu’on leur demande
s’ils veulent être heureux, et tous les deux aussitôt sans la moindre hésitation
disent qu’ils le souhaitent, et même, le seul but que poursuive le premier en
voulant être soldat, le seul but que poursuive le second en ne le voulant pas,
c’est d’être heureux. Serait-ce donc que l’on prend sa joie, l’un ici, l’autre là ?
Oui, tous les hommes s’accordent pour déclarer qu’ils veulent être heureux,
comme s’ils s’accorderaient pour déclarer, si on le leur demandait, qu’ils
veulent se réjouir, et c’est la joie elle-même qu’ils appellent vie heureuse. Et
même si l’un passe ici, l’autre là pour l’atteindre, il n’y a pourtant qu’un seul
but où tous s’efforcent de parvenir : la joie." -Saint Augustin, Les Confessions,
354-430.
"Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques
différents moyens qu’ils y emploient. Ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que les
hommes vont à la guerre et que les autres n’y vont pas est ce même désir qui est
dans tous les deux accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la
moindre démarche que vers cet objet. C’est le motif de toutes les actions de tous
les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre." -Blaise Pascal, Pensées, 138,
édition Michel Le Guern.
« La satisfaction, le bonheur, comme l’appellent les hommes, n’est au propre et
dans son essence rien que de négatif ; en elle, rien de positif. Il n’y a pas de
19

satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous :
il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la
condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir,
et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement, ne
sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin (...) Tout
bonheur est négatif, sans rien de positif ; nulle satisfaction, nul contentement,
par suite, ne peut être de durée: au fond ils ne sont que la cessation d’une
douleur ou d’une privation. » -Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté
et comme représentation, livre IV, chapitre 58, traduction Burdeau revue par
Richard Roos, PUF, Paris, 2004, pp.403-404.
"Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (aussi bien extensive, à
l'égard de leur variété, qu'intensive, quant à leur degré, et même protensive, du
point de vue de leur durée)." -Emmanuel Kant, Critique de la raison pure,
traduction Alain Renaut, GF-Flammarion, 2006, 749 pages, p.659.
"Il y a cependant une fin que l'on peut supposer réelle chez tous les êtres
raisonnables [...] un but qui n'est pas pour eux-mêmes une simple possibilité,
mais dont on peut simplement admettre que tous se le proposent effectivement en
vertu d'une nécessité naturelle et ce but est le bonheur." -Kant, Fondements de
la métaphysique des mœurs.
"Le bonheur positif et parfait est impossible. Il faut simplement s'attendre à un
état comparativement moins douloureux."
"Vivre heureux peut seulement signifier ceci: vivre le moins malheureux possible
ou en bref vivre de manière supportable." -Arthur Schopenhauer, L'Art d'être
heureux.
"L’homme ne se contente pas de survivre ou de vivre bien, il veut encore être
heureux."
"Il faut se disposer au bonheur. Et la première condition pour s’y disposer, c’est
d’abandonner ce fantasme d’un Bonheur qui serait annulation de toutes nos
tensions, satisfaction de tous nos désirs." -Vincent Citot, « Matérialisme,
spiritualisme et scepticisme : prolégomènes à une philosophie du bonheur », Le
Philosophoire, 2006/1 (n° 26), p. 37-54.

20

« Le bonheur des méchants qui réussissent a toujours été l'un des faits les plus
gênants de la vie, qu'il n'apporte rien d'expliquer. » -Hannah Arendt,
Responsabilité et jugement, trad. Jean-Luc Fidel, Paris, Payot, 2005, p.181.
« Le bonheur est le souci du plaisir. » -Vladimir Jankélévitch, La mort, Éditions
Flammarion, col. Champ essais, 1977, 474 pages, p.49.
"Le plaisir peut s'appuyer sur l'illusion, mais le bonheur repose sur la réalité." Chamfort.
"De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d'extérieur à soi, de rien
sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure, on se suffit à
soi-même comme Dieu." -Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du Promeneurs
Solitaire.
"Le bonheur ça ne se mesure pas. C’est impossible." -Denis de Rougemont,
Entretient avec Gaston Nicole et Roland Bahy (8 novembre 1971).
"S’il est assez difficile de définir en général le bonheur, le problème devient
insoluble dès que s’y ajoute la volonté moderne d’être le maître de son bonheur,
ou ce qui revient peut-être au même, de sentir de quoi il est fait, de l’analyser et
de le goûter afin de pouvoir l’améliorer par des retouches bien calculées. Votre
bonheur, répètent les prêches des magazines, dépend de ceci, exige cela –et ceci
ou cela, c’est toujours quelque chose qu’il faut acquérir, par de l’argent le plus
souvent. Le résultat de cette propagande est à la fois de nous obséder par l’idée
d’un bonheur facile, et du même coup de nous rendre inaptes à le posséder. Car
tout ce qu’on nous propose nous introduit dans le monde de la comparaison, où
nul bonheur ne saurait s’établir, tant que l’homme ne sera pas Dieu. Le bonheur
est une Eurydice : on l’a perdu dès qu’on veut le saisir. Il ne peut vivre que dans
l’acceptation, et meurt dans la revendication. C’est qu’il dépend de l’être et non
de l’avoir : les moralistes de tous les temps l’ont répété, et notre temps
n’apporte rien qui doive nous faire changer d’avis. Tout bonheur que l’on veut
sentir, que l’on veut tenir à sa merci –au lieu d’y être comme par grâce- se
transforme instantanément en une absence insupportable." -Denis de
Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII « Le Mythe contre le Mariage »,
Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour la première édition), 445 pages,
p.303.

21

"Le bonheur ou le malheur est une question très subjective. Personne ne peut
juger du bonheur ou du malheur d’un autre à sa place." -Le bloggeur
"Descartes", 06/09/2016 (cf: http://descartes.over-blog.fr/2016/08/ensemblemais-separes.html ).
"Le fait d'être satisfait n'a rien du charme magique d'une bonne lutte contre le
malheur, rien du pittoresque d'un combat contre la tentation, ou d'une défaite
fatale sous les coups de la passion ou du doute. Le bonheur n'est jamais
grandiose." -Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes.
"Le bonheur repose toujours sur la sécurité, c'est-à-dire sur une limitation
apparemment confortable de nos possibilités. La joie, elle, est traversée par le
désespoir qui, en bout de course, la rejoint. Alors que le bonheur est un
sentiment égal, monotone, dérivant de la sécurité, la joie exprime pleinement et
simultanément tout un spectre: joie à un extrême, désespoir au centre, puis joie
encore." -David Cooper, Mort de la famille, Éditions du Seuil, 1972 (1971 pour
la première édition anglaise), 156 pages, p.53.
"[Alabanda:] Grâce à Dieu, je n'aurai pas une fin ordinaire. Etre heureux, dans
la bouche des valets, c'est somnoler. Etre heureux ! J'ai l'impression d'avoir de
la bouillie et de l'eau tiède sur la langue, quand vous me parlez d'être heureux.
C'est tellement niais et abominable, tout ce pour quoi vous sacrifiez vos
couronnes de laurier, et votre immortalité." -Friedrich Hölderlin, Hypérion ou
l'Ermite de Grèce, trad. Jean-Pierre Lefebvre, GF Flammarion, 2005 (1797-1799
pour la première édition allemande), 281 pages, p.96.
"L'homme n'aspire pas au bonheur ; il n'y a que l'Anglais qui fait cela." Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles, suivi de Le cas Wagner, trad.
Henri Albert, GF-Flammarion, 1985 (1889 pour la première édition allemande),
250 pages, p.73, §12.
"On devient homme non par le biais de la science, de l'art ou de la religion,
mais par le refus lucide du bonheur, par notre inaptitude foncière à être
heureux." -Emil Cioran, Des larmes et des saints (1937). In Œuvres, Gallimard,
coll. Quarto, 1995, 1818 pages, p.328.
"Quels sont les desseins et les objectifs vitaux trahis par la conduite des
hommes, que demandent-ils à la vie, et à quoi tendent-ils ? On n'a guère de
chance de se tromper en répondant: ils tendent au bonheur ; les hommes veulent
22

être heureux et le rester. Cette aspiration a deux faces, un but négatif et un but
positif: d'un côté éviter douleur et privation de joie, de l'autre rechercher de
fortes jouissances. En un sens plus étroit, le terme "bonheur" signifie seulement
que ce second but a été atteint. [...]
Ce qu'on nomme bonheur, au sens le plus strict, résulte d'une satisfaction plutôt
soudaine de besoins ayant atteint une haute tension, et n'est possible de par sa
nature que sous forme de phénomène épisodique." -Sigmund Freud, Malaise
dans la civilisation, tr. fr. Ch. et J. Odier, PUF, 1971, p. 20.
« [Le bonheur] est la forme et la signification d'ensemble d'une vie qui se
considère réflexivement elle-même comme comblée et comme signifiante, et qui
s'éprouve elle-même comme telle. Le bonheur est le sentiment vécu de la
conscience lorsqu'elle se dépasse actuellement vers une partie plus ou moins
longue de sa vie, et qu'elle saisit tout ou partie du temps qu'elle a vécu et qu'elle
est en train de vivre. Le bonheur est donc à la fois une appréhension réflexive de
la vie de l'individu dans sa durée, par l'individu existant dans son actualité
présente, et un sentiment qualitatif de plénitude et de satisfaction concernant ce
Tout de l'existence, saisi par la conscience actuelle. » -Robert Misrahi, Le
bonheur. Essai sur la joie, Hatier, 1994, p. 52.
« Le bonheur n’est que plaisir continué. Nous ne pouvons douter que l’homme
ne le cherche dans tous les instants de sa durée ; d’où il suit que le bonheur le
plus durable, le plus solide, est celui qui convient le plus à l’homme. La morale
[…] est faite pour lui indiquer le bonheur ou le plaisir le plus durable, le plus
réel, le plus vrai, et lui montrer qu’il doit le préférer à celui qui n’est que
passager, apparent et trompeur. […]
L’homme pour se conserver et pour jouir du bonheur, vit en société avec des
hommes qui ont les mêmes désirs et les mêmes aversions que lui. La morale lui
montrera que pour se rendre heureux lui-même, il est obligé de s’occuper du
bonheur de ceux dont il a besoin pour son propre bonheur. Elle lui prouvera
que de tous les êtres, le plus nécessaire à l’homme, c’est l’homme. » -Paul-Henri
Thiry d’Holbach, Système social ou Principes naturels de la Morale & de la
Politique avec un Examen de l’Influence du Gouvernement sur les Mœurs, 1773
in Œuvres philosophiques 1773-1790, Éditions coda, 2004, 842 pages, p.39.
Bien: "I. Le bien (de), du bien. Ce qui favorise l'équilibre, l'épanouissement d'un
individu, d'une collectivité ou d'une entreprise humaine (à tous points de vue).
23

A. PHILOS., THÉOL., absol. Ce qui correspond aux aspirations essentielles de
la nature humaine; ensemble de facteurs propres à amener et maintenir chaque
être au summum de son accomplissement vital notamment par la voie du
perfectionnement spirituel. [...]
B. Domaine éthique
1. Ensemble des valeurs positives fondamentales (respect de la vie et de la
dignité humaine, justice, assistance mutuelle, etc.) prônées par une société
donnée comme utiles à l'harmonieux développement, au progrès moral des
individus, de la communauté.." -TLFI, "Bien (subst. masc)".
Capital: "Comme le capital social ou culturel, on peut proposer la notion de
capital spatial c’est-à-dire la capacité à accumuler des expériences, à les
valoriser, à s’affranchir des cadres de proximité; enfin à maîtriser
l’information. Ce capital spatial dont l’élément central est la mobilité forme un
système où s’articulent mouvement et stabilité. L’exemple de la Haute
bourgeoisie l’illustre bien. L’enracinement symbolique et la maîtrise
intergénérationelle de la Haute bourgeoisie se construit à partir des patrimoines
de la terre, de la pierre aux portefeuilles d’actions, qui contrastent avec une
aptitude à être très mobile pour la formation, les loisirs ou la sociabilité. Elle
s’appuie aussi sur une fixité et des pratiques de l’espace au quotidien liées à
l’entre-soi dans les « beaux quartiers » pour reprendre le titre de l’ouvrage de
M. Pinçon–Charlot et M. Charlot (1989). La mobilité spatiale choisie des élites
combinée à leur enracinement forment leur capital spatial. S’y opposent la
mobilité subie des migrants, leur difficulté à s’établir durablement à un endroit,
ou au contraire leur difficulté à en partir. À la différence des élites, les groupes
défavorisés ne capitalisent pas leurs pratiques spatiales; leur connaissance de
divers espaces ne forme pas une plus-value, un avantage ou un atout. On peut
ainsi dire que les inégalités sont construites en fonction de l’accès au capital
économique (biens financiers et patrimoine), au capital social (relations,
réseaux d’influence), au capital culturel (diplômes, niveau linguistique, etc.) et
au capital spatial défini par les pratiques de l’espace, les capacités à utiliser
l’espace, les informations gagnées par les déplacements et les voyages, etc. et
surtout à en tirer parti pour l’ascension sociale." -Benoît Raoulx et Jean-Marc
Fournier, « La géographie sociale, géographie des inégalités », ESO Travaux et
Documents, n°20, 2004, Rennes/Nantes, p.25-32, p.31-32.
Capitalisme: "Autrefois l'ordre économique fondé sur la terre était limité mais
24

ferme, inébranlable ; aujourd'hui il est agité, secoué par tous les flots, les vents
et tempêtes de la mer." -Jean Jaurès, Les origines du socialisme allemand,
traduction par Adrien Veber de la thèse latine, in Revue Socialiste (de Benoît
Malon), 1892.
"Plus qu'à l'époque de Marx ou de Weber, nous sommes soumis au pouvoir total
de forces impersonnelles -le marché, la finance, la dette, la crise, le chômagequi s'imposent aux individus comme un destin implacable." -Michael Löwy, La
cage d'acier: Max Weber et le marxisme wébérien, Paris, Éditions Stock, coll. «
Un ordre d'idées », 2013.
"Ce qui distingue le mode de production capitaliste des modes de production
antérieurs, c'est sa tendance interne à s'étendre à toute la terre et à chasser
toute autre forme de société plus ancienne." -Rosa Luxembourg, Introduction à
l'économie politique, Chapitre 6 « Les tendances de l'économie mondiale. »,
1907.
« Toute l'histoire du capitalisme est l'histoire d'un prodigieux développement de
la productivité, à travers le développement de la technologie. » -Louis
Althusser, Avertissement aux lecteurs du Livre I du Capital.
"A la différence des modes de production précédents, le capitalisme accumule,
au lieu de revenir toujours au même point."
-Anselm Jappe, Guy Debord.
« S’il y a bien eu des « marchés » et des « entreprises » dans de nombreux
contextes historiques –par exemple dans la Rome ancienne, dans le Chine
impériale, en URSS-, il n’est pas faux de dire que les économies non capitalistes
reposent sur des manières d’allouer les ressources qui, en gros, ne sont pas
marchandes, à cause du rôle important qu’y jouent l’autoproduction, le
prélèvement contraignant, l’extorsion directe, les flux d’échange enchâssés dans
des rapports sociaux préexistants, les échanges non monétaires. Quant à la
production de biens et de services, elle n’est pas, dans les sociétés non
capitalistes, majoritairement ou hégémoniquement assurée par des
organisations conçues en fonction de la recherche du profit, c’est-à-dire de
l’anticipation de futurs investissements productifs. Globalement, une économie
devient capitaliste lorsque, un seuil critique ayant été franchi, les logiques, les
25

possibilités d’action et les contraintes inhérentes au marché et à l’entreprise
commencent à peser d’un poids déterminant sur la production et, à partir de là,
sur l’organisation sociale. A partir de ce seuil critique, se produisent des
phénomènes de diffusion, d’élargissement, d’escalade concurrentielles, etc, dont
l’influence devient marquante. » -Stéphane Haber, Penser le néocapitalisme.
Vie, capital et aliénation, Les Prairies Ordinaires, coll. « Essais », 2013, 344
pages, p.47.
"Le fait que les produits du travail deviennent des marchandises suppose qu'ils
soient fabriqués en vue d'être présentés sur un marché pour y être échangés.
C'est le résultat d'un ensemble de pratiques sociales. La transformation
générale des produits en marchandises ne se réalise pleinement que dans le
mode de production capitaliste." -Gérard Duménil, Michael Löwy et Emmanuel
Renault, Les 100 mots du marxisme, PUF, coll "Que sais-je ?", 2009, 126 pages,
p.76.
"Le capitalisme n’est rien d’autre que la recherche de l’accumulation d’argent
comme but en soi." -Robert Kurz, Le dernier stade du capitalisme d'Etat, article
publié le 28 septembre 2008, par le quotidien brésilien Folha de Sao Polo.
"Plusieurs dictionnaires définissent simplement le capitalisme comme un
système qui met en jeu marchés et propriété privée. Or ces institutions existent
depuis des millénaires. Des échanges commerciaux avaient déjà lieu entre
tribus il y a des dizaines de milliers d’années. La propriété privée prit
véritablement forme lorsque le système juridique des premières civilisations
codifia les droits de propriété individuelle et les contrats. Les marchés, au sens
précis d’un espace public où les biens ou les services sont échangés de manière
récurrente, datent quant à eux du VIe siècle avant J.-C, en Grèce et au MoyenOrient (d’après la Bible et Hérodote). Un de mes anciens étudiants chinois
(Xueqi Zhang) a par ailleurs fait remonter l’existence de marchés organisés en
Chine à 3000 ans avant J.-C.
Ainsi, si l’on définit simplement le capitalisme en termes de propriété privée et
de marchés, et même si l’on s’en tient à une définition stricte de ces termes,
c’est-à-dire que la propriété privée implique non seulement l’acte de possession,
mais aussi un véritable cadre juridique, et que les marchés sont non seulement
un exemple de commerce, mais aussi des forums d’échange organisés, alors le
26

capitalisme existerait depuis presque cinq mille ans et aurait été bien établi en
Grèce, à Rome et en Chine pendant l’antiquité. Il faut donc ajouter certains
éléments à la définition du capitalisme pour qu’elle corresponde plus
précisément au système dont l’émergence date du XVIIIe siècle. [...]
Je propose une définition du capitalisme qui inclut la propriété privée, la
généralisation des marchés et des contrats de travail, et l’existence
d’institutions financières bien développées. Ces dernières font partie de la
définition pour les raisons citées précédemment, c’est-à-dire parce que le
capitalisme est avant tout un système basé sur la finance. C’est pourquoi le
développement d’institutions financières joua un rôle essentiel dans son
émergence puis dans son essor." -Geoffrey Hodgson, « Comprendre le
capitalisme. Comment le mauvais usage de concepts clés nous empêche de
comprendre les économies modernes », La Vie des idées, 17 mars 2016.
"L’importance de la construction juridique de la possibilité des marchés
financiers ne va aucunement à l’encontre de l’importance de l’évolution
matérielle des modes de production. Et ceux-ci s’expriment en termes de forces.
Dire que le capitalisme se définit par sa capacité à organiser juridiquement la
finance ne disqualifie en rien une analyse de l’infrastructure qui a nécessité
cette construction juridique pour se développer. Et ce d’autant plus que rien
n’indique dans le raisonnement de l’auteur que cette construction juridique
serait venue d’autre chose que des besoins créés par une production dont
l’évolution s’est trouvée en butte à la question de la finance. Cette évolution
institutionnelle de la finance serait alors le fruit de l’évolution de la production
et des rapports de force sociaux qu’elle engendre. [...]
Même si les institutions ne découlent pas de manière déterministe des conditions
matérielles de production, celles-ci jouent très fortement dans leur
établissement.." -Clément Carbonnier, « Pour une défense du matérialisme », La
Vie des idées, 27 septembre 2016.
Causalité: "Le principe de causalité signifie qu’il y a des séquences
d’événements qui se répètent de façon invariable dans le temps. Si un événement
du type A a lieu à un moment donné, toutes choses égales d’ailleurs, un
événement du type B s’ensuivra dans tous les cas." -Jacques Bouveresse , «
Déterminisme et causalité », Les Études philosophiques, 3/2001 (n° 58), p. 335348.
27

Christianisme: "Le christianisme est un pessimisme radical, en ce qu'il nous
enseigne à désespérer du seul monde dont nous soyons sûrs qu'il existe, pour
nous inviter à mettre notre espoir en un autre dont on ne sait s'il existera
jamais." -Étienne Gilson, L'esprit de la philosophie médiéval, 1931, p.111.
« Le christianisme a déclaré « superstition » les fondements de la cité antique
au nom d’une transcendance radicale et d’un accomplissement de l’homme
comme tel. » -Pierre Gisel, Qu’est-ce qu’une religion ?, Paris, Librairie
philosophique J. Vrin, 2007, 128 pages, p.67.
« Le contrepoids de l'individu à tout holisme peut s'observer dans plusieurs
systèmes sociaux du Moyen Age. Mais, pour l'Église, il est la définition même de
sa constitution. Alors que, dans des cas extrêmes, l'individu peut être absorbé
par la "Cité" politique, l'Église, elle, ne peut le sacrifier sans se priver d'une
dernière instance de sa légitimité, car son ultime raison n'est pas le salut public,
mais le salut éternel des âmes individuelles. Aujourd'hui encore, le Corpus iuris
canonici se termine par le canon salus animarum in Ecclesia suprema semper
lex esse debet ("le salut des âmes doit être la loi suprême de Église"), contrepied exact de la devise fondamentale du droit romain, salus publica suprema lex
esto ("que le salut public soit la loi suprême"). » -Peter Von Moos, « L’individu
ou les limites de l’institution ecclésiale », Brigitte Miriam Bedos-Rezak &
Dominique Iogna-Prat (dir), L'Individu au Moyen Age. Individuation et
individualisation avant la modernité, Mayenne, Éditions Flammarion, Aubier,
2005, 380 pages, p.271-272.
"Je crois en effet que l'Église a toujours défini sa nature et son existence d'une
manière historique, comme étant le lien dans le temps entre la vie humaine du
Christ et son avènement final. Dans cette perspective, la pensée chrétienne a été
animée par la vision d'un monde en évolution, d'un peuple en marche vers
l'accomplissement du Royaume de Dieu. Ce monde temporel, dans lequel œuvre
l'Église, elle cherche depuis ses origines à le dégager de toutes les contraintes
aliénantes, à la fois matérielles et spirituelles, pour le préparer à la rencontre
finale avec son Créateur.
Il m'apparaît donc que l'idéologie révolutionnaire qui domine la pensée en ce
moment et qui propose la réalisation d'une société toujours en état de
28

contestation d'elle-même, sous la forme plus ou moins utopique de la révolution
permanente, a ses origines les plus profondes et les plus authentiques dans la
pensée chrétienne. Au-delà du marxisme, du socialisme, du freudisme, du
transformisme scientifique, l'idéologie du changement et l'idéologie
révolutionnaire poussent leurs racines dans la vieille tradition judéo-chrétienne
qui, depuis 4,000 ans, a perçu le monde à travers une historicité où se mêlent,
d'une manière plus ou moins cohérente et parfois violente, l'action de l'homme
et l'intervention de Dieu." -Guy Rocher, « L'idéologie du changement comme
facteur de mutation sociale », SociologieS [En ligne], Découvertes /
Redécouvertes, Guy Rocher, mis en ligne le 28 octobre 2008, consulté le 18 juin
2016.
"La volonté chrétienne de transformer le pécheur dans son âme et dans sa
conduite a entraîné en Occident l’idée de transformer le milieu humain (d’où le
mythe de la révolution), et l’idée de transformer le milieu naturel (d’où la
technique)." -Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident, Livre VII «
L’Amour Action, ou de la Fidélité », Plon, Bibliothèque 10/18, 1972 (1939 pour
la première édition), 445 pages, p.343.
Civilisation (et barbarie): « Mais que faut-il entendre par « civilisation » ? Au
sens large, le terme n'implique pas seulement la jouissance des améliorations
dues au progrès dans la vie de tous les jours, mais aussi le développement des
connaissances et la pratique de la vertu afin d'élever la vie humaine à un plan
supérieur. Autrement dit, le terme « désigne à la fois l'acquisition du bien-être
matériel et l'élévation de l'esprit humain » mais, « comme le bien-être et le
raffinement de l'humanité sont le résultat du savoir et de la vertu, la civilisation
se définit, en dernière analyse, comme le progrès de l’humanité dans la
connaissance et la vertu. » » -Fukuzawa Yukichi, Ébauche d’une théorie de la
civilisation, 1875.
"Au début du Manifeste communiste [...] Marx dit que la guerre des classes
"finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout
entière, soit par la destruction des deux classes en lutte", alternative que semble
bien illustrer la chute de l'Empire romain, submergé par l'invasion de peuples
barbares." (p.18)
"Si barbarie s'oppose à civilisation, ce mot ne peut plus désigner un peuple ou
29

une race, il ne peut s'appliquer qu'à telle ou telle façon d'agir ou de penser -qui
n'épargne aucun peuple et peut s'emparer des esprits dans des pays de très
vielle et haute culture: Français et Allemands, Espagnols et Italiens sont bien
placés pour le savoir." (p.19)
-Jean-Louis Prat, Introduction à Castoriadis, Éditions La Découverte, coll.
Repères, Paris, 2007.
Collectif: "Si l’on résume, « collectif » (collectum, supin de colligere qui
signifie « réunir ») s’entend pour l’essentiel de deux manières : 1) ou bien la
réunion de plusieurs éléments forme un ensemble, littéralement une collection,
quel que soit le lien existant entre les éléments eux-mêmes, ce qui peut fort bien
signifier que ce lien est adventice et extérieur aux individus, c’est-à-dire
uniquement le fait d’un acte de dénombrement qui aurait pu tout aussi bien ne
pas exister ; 2) ou bien la réunion produit un être totalement différent (toto
genere) de ses éléments qui acquiert par là une vie et une existence
indépendante en tant que tout, il s’agit donc du tout en tant qu’il est irréductible
à une simple collection, donc de l’être collectif comme être moral ou spirituel
supérieur à l’individu : la « Nation », la « Société », la « Collectivité », la «
Communauté », de quelque nom qu’on le baptise, l’« Humanité » de Pierre
Leroux ou le « Grand Être » d’Auguste Comte, etc. Toute la question est alors
de savoir quel est le statut qu’il faut accorder à cet être moral. Pour toute une
tradition de philosophie politique (de Hobbes à Renan en passant par
Rousseau), un tel être est lui-même un individu de degré supérieur : comme tout
il est un individu qui est fait d’individus, il est, très exactement, un « individu
collectif », selon l’expression de Vincent Descombes reprise de Louis Dumont.
Par exemple, on dira d’une nation qu’elle constitue, dans ses rapports avec
l’étranger, c’est-à-dire avec les autres nations, un individu (Rousseau parle
même d’« être simple »), alors que, dans son rapport interne à ses membres que
sont les citoyens, elle n’est jamais qu’une « collection d’individus  ». D’où le
problème de la réalité d’une entité comme l’Humanité : dans la mesure où cette
dernière peut difficilement prétendre constituer à son tour un individu composé
de ces individus que sont les nations ? puisque lui fait défaut cette relation à un
autre individu du même genre qui lui serait extérieur ? faut-il se résoudre à ne
voir en elle qu’une simple fiction ? Bref, tant que le collectif se réduit à la
pluralité indéfinie de la collection, aucune opposition n’est concevable entre le
collectif et l’individuel. Mais dès l’instant que le collectif prend par totalisation
et intégration la figure d’un individu ou d’un organisme supérieur à ses
30

membres, l’opposition ne peut que se cristalliser. Tout est ici fonction de la
façon dont on conçoit les deux figures du collectif : d’un côté, une collection
d’individus qui ne doivent d’être réunis qu’au fait de partager une propriété
commune, ce que le latin exprimera par le distributif omnis, de l’autre, un tout
intégral auquel ne manque aucune de ses parties, ce que le latin exprimera par
totus ; ainsi, comme le note Vincent Descombes, omnis homo, tout homme au
sens de chaque homme, renvoie à un tout distributif, tandis que totus homo, un
homme total, renvoie à un tout collectif ou intégral ." -Pierre Dardot , « La
subjectivation à l'épreuve de la partition individuel-collectif », Revue du
MAUSS 2/2011 (n° 38) , p. 235-258.
Colère: "Cela ne surprendra personne : peu de philosophes défendent la colère.
Elle est pour Aristote, ou pour un stoïcien comme Sénèque qui lui consacre tout
un traité, le cas d’école de l’emportement par lequel l’homme ajoute inutilement
du mal au mal. Elle est chez Spinoza la conséquence de la haine, elle-même
conséquence de la tristesse, autant dire la pire des passions tristes, la preuve
que nous n’entendons rien au projet spinoziste : « Ni rire ni pleurer, mais
comprendre. » Viser la joie, la béatitude ou la sagesse, c’est donc d’abord
apprendre, chère Pauline, à ne pas se mettre en colère. Elle est aussi inutile
dans une pensée du destin que dans une philosophie de la contingence. Si le
monde est un destin, alors la colère ne sert à rien. Si les choses sont
contingentes, alors il n’y a plus de raison de se mettre en colère : employonsnous plutôt à les changer, ce que nous ferons mieux sans colère. L’expression
« se mettre en colère » suffisait d’ailleurs à attirer le soupçon : elle porte l’idée
d’une décision incompatible avec la pureté de l’élan, d’une théâtralisation
incompatible avec le caractère insoutenable de l’injustice.
Pourtant, nous sentons tous qu’il y a parfois dans notre colère quelque chose de
sain, de libérateur, voire de joyeux. Par ma colère, en effet, je m’affirme. Que
j’aie tort ou raison n’est pas l’essentiel, je crie que j’existe et cela fait du bien.
Que l’injustice dont je m’estime victime en soit vraiment une ou pas, peu
importe : seul importe, dans le jaillissement de ma colère, l’affirmation d’une
limite que j’estime ne pas devoir être franchie. Ce n’est pas une limite objective,
c’est la limite pour moi. La colère est bien affirmation d’une subjectivité et c’est
à ce titre qu’elle est belle. Seul Dieu, pour les chrétiens, a le droit de se mettre
en colère : la colère figure au sein des sept péchés capitaux. On comprend
pourquoi : quand la colère me prend, je n’ai plus ni Dieu ni maître.
31

La colère a une fonction : elle vient désigner le « non-négociable ». Souvenonsnous de la grande colère de Meursault face à l’aumônier, à la fin de L’Étranger
d’Albert Camus. Il y a tant de choses qui indiffèrent Meursault, il peut supporter
la prison et la bêtise des hommes, l’éloignement de Marie et le rapprochement
de l’échéance de la guillotine, mais qu’un aumônier vienne lui gâcher ses
derniers instants d’existence en lui répétant ses balivernes, cela, il ne peut
l’accepter. Voilà à quoi sert la colère : à indiquer aux autres en même temps
qu’à soi-même ce qui est vraiment important, ce sur quoi on ne lâchera pas – ou
plus. C’est vrai d’un individu comme d’un peuple." -Charles Pépin (cf:
http://www.philomag.com/lepoque/cest-une-question-que-je-me-pose-a-chaquefois-que-je-me-mets-en-colere-a-quoi-ca-sert-8485 ).
Collectivisme: "Pour ne pas philosopher sur ce chapitre à perte de vue et nous
en tenir à nos sociétés actuelles, nous dirons qu’il ne faut pas voir en elles une
somme d’individus juxtaposés, des archipels d’îles peuplées de Robinsons, selon
l’expression d’un philosophe contemporain. Chacune d’elles forme un être
nouveau, un vrai tout, individuel à son tour et à sa manière, se comportant en
tant que corps autrement que ses membres isolés, parce que ceux-ci ont
constamment entre eux des rapports qui les rendent dépendants les uns des
autres."
"C’est d’abord qu’aux yeux des promoteurs de la doctrine, le mot de solidarité
exprime avec force l’union très ferme, indissoluble, des individus en un tout, et
la volonté de substituer de plus en plus la considération de la société, ce bloc
vivant et agissant, à celle de l’individu."
"Il y a une part de notre liberté, de notre propriété, de notre personne même
dont nous sommes redevables à l’effort commun des générations antérieures et
de nos contemporains. Il ne suffit pas de constater le fait et d’y voir une
merveilleuse loi d’harmonie qui lie toutes les existences humaines ; cette
réflexion amène à reconnaître le principe d’une dette. On n’est un être social
qu’autant qu’on l’accepte et qu’on consent à l’acquitter."
"Cette dette, imposée par l’esprit de justice, une fois acquittée au moyen de
l’impôt, alors la liberté commence vraiment, la propriété individuelle devient
respectable."
32

"S’il en résulte que la philosophie de la solidarité n’existe encore qu’à l’état
d’essai, elle n’est pas moins digne de nous séduire par la grandeur et la
noblesse de ses aperçus. Elle n’est peut-être, pour le moment, qu’une manière
de penser, ainsi qu’on l’a dit modestement ; mais n’est-ce donc rien, quand cette
manière se rattache par des liens intimes et étroits à cette formule féconde de la
morale de Kant : « Agis de telle façon que tu traites l’humanité, aussi bien dans
ta personne que dans celle d’autrui, toujours comme une fin, jamais comme un
moyen » ?" -Joseph Drioux, De la solidarité sociale, 1902.
"[Ces autorités] intellectuelles sont elles-mêmes le jeu de forces agissant à leur
insu. Plus précisément, elles sont gratifiées d’un salaire et d’une reconnaissance
par des individus qui tirent avantage de leur pouvoir. Elles œuvrent au sein de
l’État. Elles vivent de la taxation. Bref, elles constituent un groupe ayant intérêt
à légitimer, c’est-à-dire enchanter une forme de contrainte quelconque, surtout
économique.
Lorsque je leur reflète cet état de choses, ils m’accusent d’être paranoïaque. La
remarque est savoureuse d’ironie, car ils passent la plupart de leur temps à
analyser le reste de la société civile de cette manière. C’est seulement lorsque je
retourne cette méthode contre eux qu’ils invoquent la pleine maîtrise qu’ils ont
d’eux-mêmes contre les déterminismes de leur environnement." -Gabriel
Lacoste, Qu’est-ce que la liberté ? (cf:
http://www.contrepoints.org/2016/05/22/253757-quest-ce-que-la-liberte ).
Communisme: "[Le] communisme villageois n'[est] pas une “ particularité
ethnique ” d'une race ou d'un continent, mais la forme générale de la société
humaine à une certaine étape du développement de la civilisation." -Rosa
Luxembourg, Introduction à l'économie politique, chapitre 2 « La société
communiste primitive », section I, 1907.
"La société communiste primitive ignorait les principes généraux valables pour
tous les hommes; son égalité et sa solidarité naissaient des traditions communes
de liens du sang et de la propriété commune des moyens de production. L'égalité
de droits et la solidarité des intérêts n'allaient pas plus loin que n'allaient ces
liens du sang et cette propriété. Tout ce qui se trouvait hors de ces limites - qui
n'allaient pas plus loin que les quatre pieux du village ou, plus largement, que
33

les frontières du territoire d'une tribu -était étranger et pouvait même être
ennemi." -Rosa Luxembourg, Introduction à l'économie politique, Chapitre 3 «
La dissolution de la société communiste primitive », section I, 1907.
"Seule une classe déterminée, à savoir les ouvriers des villes et, en général, les
ouvriers d'usine, les ouvriers industriels, est capable de diriger toute la masse
des travailleurs et des exploités dans la lutte pour renverser le joug du Capital,
au cours même de ce renversement, dans la lutte pour conserver et consolider la
victoire, dans l'œuvre de création d'un ordre social nouveau, socialiste, dans
toute la lutte pour supprimer totalement les classes. (Remarquons entre
parenthèses: la distinction scientifique entre socialisme et communisme est
simplement que le premier terme signifie la première phase de la nouvelle
société sortant du capitalisme; la seconde, c'est la phase suivante, supérieure,
de cette société.)." -Lénine, La grande initiative, 1919.
Communauté: "Ensemble de personnes vivant ensemble." -Wikipédia, article
"Communauté."
"A group of people) who have something in common, such as norms, values, or
identity." -Wikipédia, article "Community".
« Corps d’hommes et de femmes liés ensemble par des traditions et/ou des
pratiques morales communes organisées autour d’une conception partagée de
la vie bonne, qui leur permet de collaborer en tant qu’amis moraux. » -Tristram
Engelhardt, The Foundations of Bioethics, New York, OUP, 1996, p.7.
Communautés politiques: "Ensemble de personnes regroupé sous les même
lois /subordonné à un pouvoir politique commun."
"L’État n’administre pas des individus nus – de purs citoyens –, mais des êtres
humains qui ont une histoire commune et des projets communs. [...] Mener une
vie signifiante implique qu’on réalise les projets qui nous tiennent à cœur et qui
contribuent à modeler notre identité. Or, les diverses communautés politiques
constituent justement le milieu où cela est possible, car ce sont elles qui
fournissent le cadre des actions possibles et les biens qui en permettent la
réalisation." -Bernard Baertschi, Protéger les citoyens contre la violence :
la raison d’être d’un État libéral ?, www.contrepointphilosophiques.cf, juin
34

2004, p.11-12.
« Communisme. Une égalité d’aigles et de moineaux, de colibris et de chauvessouris, qui consisterait à mettre toutes les envergures dans la même cage et
toutes les prunelles dans le même crépuscule, je n’en veux pas […]
Communisme. Rêve de quelques uns et cauchemar de tous. » -Victor Hugo,
Dossier "Idées ça et là", VI, publié par Henri Guillemin, en 1951 dans Pierres.
« La vision communiste du capitalisme contemporain nous offre la version
sécularisée de cette croyance très ancienne qui veut que l’aube du Millénium
soit immédiatement précédée d’un âge d’angoisse et de tyrannie inouïes :
dernier et furieux effort des pouvoirs sataniques, régime monstrueux de
l’Antéchrist. » -Norman Cohn, Les fanatiques de l’Apocalypse. Courants
millénaristes révolutionnaires du XIème au XVIème siècle, Bruxelles, Editions
Aden, coll. « Opium du peuple », 2011 (1957 pour la première édition anglaise),
469 pages, p.420.
Concept: « Le concept se définit par sa consistance, endo-consistance et exoconsistance, mais il n’a pas de référence : il est auto-référentiel, il se pose luimême et pose son objet en même temps qu’il est créé » -Gilles Deleuze & Félix
Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris : Éd. de Minuit, 1991, p.27.
Connaissance: « Définie minimalement, la connaissance est la mise en relation
d’un sujet et d’un objet par le truchement d’une structure opératoire. C’est en
ces termes que Jean Piaget caractérise le processus cognitif. » (p.25)
« La théorie de la connaissance s’interroge sur l’origine et la nature des
structures que le sujet doit solliciter pour décrire l’objet auquel il est confronté.
Il est dès lors loisible d’envisager les cadres généraux d’une typologie. En effet,
les structures en question pourront appartenir : 1/ au sujet ; 2/ à l’objet ; 3/ à la
fois au sujet et à l’objet ; 4/ exclusivement à leur relation ; ou bien 5/ ne relever
ni de l’un ni de l’autre. Autant de théories résulteront de ces possibilités, que
l’on peut sommairement qualifier pour l’instant : 1/ un idéalisme ; 2/ un
empirisme ; 3/ un constructivisme ; 4/ un structuralisme ; ou bien 5/ un
idéalisme de type platonicien. » (p.26)
« La réflexion philosophique sur l’acte de connaître a eu tôt fait de poser une
35

alternative : ou bien la connaissance n’est que le résultat de l’enregistrement
dans le sujet d’informations déjà organisées dans le monde extérieur, ou bien
elle est produit par le sujet qui possède la faculté d’agencer les données
immédiates de la perception. » (p.27)
-Jean-Michel Besnier, Les Théories de la connaissance, PUF, coll « Que sais-je
? », 2011 (2005 pour la première édition), 128 pages.
Conscience: "La conscience est en même temps conscience de quelque chose et
conscience d'elle-même." (p.64)
-Raymond Aron, Introduction à la philosophie de l'histoire. Essai sur les limites
de l'objectivité historique, Gallimard, 1986 (1938 pour la première édition), 521
pages.
"Aucune série causale matérielle, chimique, physico-chimique, biologique, ne
rendra jamais compte de la conscience. Non que cette dernière soit une entité
spirituelle autosuffisante, mais qu’elle surgit de l’indétermination de la matière.
L’avènement de la conscience est assurément contingent, mais dès lors qu’elle
est advenue, il est nécessaire (au sens strictement logique) de distinguer entre
les deux ordres d’être, l’être en soi et l’être pour soi. En d’autres termes, de
confondre conscience et liberté." -Michel Kail et Richard Sobel, « Le marxisme
est un humanisme », Les Temps Modernes 4/2005 (n° 632-633-634), p. 505-521.
"La conscience est apparue grâce aux instants de liberté et de paresse. Lorsque
tu es étendu, les yeux fixés sur le ciel ou sur un point quelconque, entre toi et le
monde un vide se crée sans lequel la conscience n'existerait pas." -Emil Cioran,
Des larmes et des saints (1937). In Œuvres, Gallimard, coll. Quarto, 1995, 1818
pages, p.295.
Conservatisme: « La liberté (premier terme de la trilogie révolutionnaire) doit
être comprise et défendue de façon qualitative à la mesure de chaque personne :
à chacun doit être dévolu la liberté qui lui revient, mesuré par la stature et la
dignité de sa personne et non par le fait abstrait et élémentaire de son état
d'homme ou de citoyen. » -Julius Evola, Les Hommes au milieu des ruines
(1953).
"La pratique de l’alsacien doit être soutenue parce que ce qui existe depuis
longtemps, et qui n’a jamais été contesté comme nocif, doit être préservé. C’est
36

une démarche conservatoire." -Alain Favaletto, La fin des dialectes ?, blog de
l'auteur, 16 juillet 2015.
Contrainte: "[2, A]: Violence physique ou morale exercée contre une personne
afin de l'obliger à agir contre sa volonté. [...]
[2, A, 1]: État de gêne ou d'asservissement qui résulte de cette violence. [...]
[2, A, 2]: État de domination exercé par les circonstances sur une personne en
la mettant dans la nécessité d'agir malgré soi." -TLFI, "Contrainte".
Corps: « Nous serons purs, étant séparés de cette chose insensée qu’est le
corps. » -Platon, Phédon, 67a.
Cosmopolitisme: "L’idée d’une cosmo-politique est si peu évidente que les
premières occurrences du thème de la citoyenneté mondiale sont clairement
antipolitiques. Il suffit, pour s’en convaincre, de citer la réponse de Diogène le
Cynique à la question d’Alexandre lui demandant de quelle cité il était
originaire : « Je suis un citoyen du monde (kosmopolitès) ». Cette revendication
apparaît comme un défi adressé non seulement à la puissance du conquérant,
mais encore aux classifications politiques en usage dans la Grèce antique. Le
cosmopolitisme de Diogène est d’essence individualiste et anarchiste : pour lui,
être « citoyen du monde » signifie d’abord n’appartenir à aucune cité, n’être
soumis à aucune grandeur d’établissement. De ce point de vue, l’absence
d’institution mondiale n’est pas un argument contre le cosmopolitisme, mais au
contraire une garantie d’indépendance absolue. C’est parce qu’il échappe à
l’institution que le monde constitue un espace adéquat à l’individualisme
cynique." -Michaël Foessel, « Être citoyen du monde : horizon ou abîme du
politique ? », La Vie des idées , 18 juin 2013. ISSN : 2105-3030. URL :
http://www.laviedesidees.fr/Etre-citoyen-du-monde-horizon-ou.html
Crise(s): "La crise dans tout groupe social est [...] ce moment à haute densité
intensive, ce kairos propice à la brusque révélation de ce qui, dans et par ce
groupe, était inhibé et refoulé ; mais c'est aussi, indissociablement, cet instant
où doivent être prises les décisions qui orienteront radicalement l'avenir du
groupe et où pourtant domine l'indécision résultant de ce que l'incertitude, en
raison de la déroute des routines et du dévoilement soudain de la pluralité
vertigineuse des possibles, y es portée à son faîte." -André Béjin,
Différenciation, complexification, évolution des sociétés, Communications,
37

1974, Volume 22, Numéro 1, pp. 109-118, p.117.
« Les crises sont révélatrices du fonctionnement d’un système politique. » Pierre Cosme, L'année des quatre empereurs, 2012, Fayard, 344 pages, p.259.
"Toute crise devrait permettre d'améliorer le jugement." -Françoise Bonardel,
La crise de l'identité européenne, 24 juin 2017.
Culture: "On peut définir la culture comme l'ensemble des instruments par
lesquels une société se pense et se montre à elle-même ; et donc choisit tous les
aspects de l'emploi de sa plus-value disponible, c'est-à-dire l'organisation de
tout ce qui dépasse les nécessités immédiates de sa reproduction." -Guy Debord,
Préliminaires pour une définition de l'unité du programme révolutionnaire,
1960.
"Culture, c'est-à-dire un ensemble de procédures qui permettent d'améliorer la
vie, qui tiennent lieu de ces conduites instinctives [animales] que nous n'avons
plus." -Pierre Chaunu, Histoire et Décadence, Paris, Perrin, 1981, 360 pages,
p.47.
"On parle toujours de culture, mais la culture a rapport, bien sûr avec l'histoire
-elle a aussi rapport avec ce qu'on pourrait appeler des raisons techniques, de
l'utilité, de l'intelligence. Et elle a rapport enfin avec la nature ambiante. On ne
fait pas l'outil avec n'importe quoi." -Gilbert Simondon, Entretien sur la
mécanologie, avec Jean Le Moyne, 1968.
"La culture, n'est-ce-pas pas d'abord cela, l'acquisition et la compréhension de
l'héritage, pour bâtir d'autre futurs ?" -Serge Chaumier, L'Inculture pour tous.
La nouvelle utopie des politiques culturelles, L'Harmattan, 2010, 228 pages,
p.12.
"Chaque culture a ses possibilités d'expression particulières qui apparaissent,
mûrissent, se fanent, et ne reviennent jamais... Ces cultures, êtres vivants du
rang le plus élevé, grandissent sans la moindre finalité, comme les fleurs des
champs. Elles font partie, comme les fleurs des champs, de la nature vivante de
Goethe et non de la nature morte de Newton." -Oswald Spengler, Le Déclin de
l'Occident, Paris, 1948 (1918 pour la première édition allemande), Tome I, p.33.
38

"Créer une nouvelle culture ne signifie pas seulement faire individuellement des
découvertes « originales », cela signifie aussi et surtout diffuser critiquement
des vérités déjà découvertes, les « socialiser » pour ainsi dire et faire par conséquent qu'elles deviennent des bases d'actions vitales, éléments de coordination
et d'ordre intellectuel et moral. Qu'une masse d'hommes soit amenée à penser
d'une manière cohérente et unitaire la réalité présente, est un fait «
philosophique » bien plus important et original que la découverte faite par un «
génie » philosophique d'une nouvelle vérité qui reste le patrimoine de petits
groupes intellectuels." -Antonio Gramsci, La philosophie de la praxis face à la
réduction mécaniste du matérialisme historique. L'anti-Boukharine (cahier 11),
1. Introduction à l'étude de la philosophie. Quelques points de référence
préliminaires, 1932-1933.
"The scientific culture really is a culture, not only in an intellectual but also in
an anthropological sense.That is, its members need not, and of course often do
not, always completely understand each other; biologists more often than not
will have a pretty hazy idea of contemporary physics; but there are common
attitudes, comnon standards and patterns of behaviour, common approaches
and assumptions. This goes surprisingly wide and deep. It cuts across other
mental patterns. such as those of religion or politics or class." -Charles Percy
Snow, The Two Cultures, 1959, page 9.
"Culture is the attempt by man to realize the conceivable in the possible. Man's
consciousness of himself within his environment distinguishes him from the
lower animals, and turns him into the only animal capable of culture. This
consciousness, his highest faculty, allows him to project mentally states of being
that do not exist at the moment. Able to construct a past and future, he becomes
a creature of time -a historian and a prophet. More than this, he can imagine
objects and states of being that have never existed ans may never exist in the
real world -he becomes a maker of art. Thus, for example, though the ancient
Greeks did not know how to fly, still they could imagine it." -Shulamith
Firestone, The Dialectic of Sex: The Case for Feminist Revolution, 1970, p.172.
Déduction: « Deux démarches sont traditionnellement invoquées comme étant
caractéristiques des philosophies empiriste et rationaliste : d’une part, la
déduction qui subordonne la vérité à l’enchaînement de propositions à partir de
39

prémisses présumées indiscutables ; d’autre part, l’induction qui s’attache à
prospecter le terrain de l’expérience pour établir par généralisations les lois
recherchées. Il s’agit là de deux opérations logiques intervenant dans les
raisonnements les plus élémentaires : on s’élève, dans l’induction, à des
considérations générales après avoir observé la répétition de cas particuliers ;
on s’applique, dans la déduction, à interpréter ces cas particuliers à partir du
point de vue général. Cela dit, il serait arbitraire d’opposer absolument ces
deux attitudes car elles coopèrent dans le moindre de nos jugements, comme il
est aisé de le montrer. L’exemple suivant est devenu canonique : mon grandpère, mon oncle, mes amis Patrick et Lucien sont morts ; j’en peux induire la
proposition générale : « Tous les hommes sont mortels », et il me faut désormais
en déduire que, moi-même, qui ressemble par plus d’un trait à mon grand-père,
mon oncle et à mes amis, je devrai un jour mourir. Pas de déduction sans une
induction préalable, ni d’induction sans la visée d’une déduction. » -JeanMichel Besnier, Les Théories de la connaissance, PUF, coll « Que sais-je ? »,
2011 (2005 pour la première édition), 128 pages, p.36.
Démocratie: "Une fois que l’on a ainsi distingué entre antagonisme (rapport à
l’ennemi) et agonisme (rapport à l’adversaire), on est en mesure de comprendre
pourquoi l’affrontement agonal, loin de représenter un danger pour la
démocratie, est en réalité sa condition même d’existence. La démocratie ne peut,
certes, survivre sans certaines formes de consensus — qui doivent porter sur
l’adhésion aux valeurs éthico-politiques qui constituent ses principes de
légitimité et sur les institutions où elles s’inscrivent — mais elle doit aussi
permettre au conflit de s’exprimer et cela requiert la constitution d’identités
collectives autour de positions bien différenciées. Il faut que les citoyens aient
vraiment la possibilité de choisir entre de réelles alternatives ." -Chantal
Mouffe, "Le libéralisme américain et ses critiques", in Le politique et ses enjeux,
La Découverte/Mauss, Paris, 1994, p. 14.
"“Democratic” in its original meaning [refers to] unlimited majority rule . . . a
social system in which one’s work, one’s property, one’s mind, and one’s life
are at the mercy of any gang that may muster the vote of a majority at any
moment for any purpose." -Ayn Rand, “How to Read (and Not to Write),” The
Ayn Rand Letter, I, 26, 4.
"Liberal democracy is a necessary extension of Objectivist political theory." -D.
40

Moskovitz, What is the Objectvist View on Democracy ?, atlassociety.org, 29
june 2010.
"La démocratie est faite pour les Etats-Nations, pour les peuples qui vivent
toujours dans l'illusion que les affaires humaines sont mieux tranchées dans la
rivalité et dans le conflit entre des partis politiques en concurrence." Christopher Booker & Richard North, La Grande Dissimulation, L'Artilleur,
coll. "Interventions", 2016 (2003 pour la première édition anglaise), 832 pages,
p.800.
Désir: "Tendance spontanée et consciente vers une fin connue ou imaginée.
Le désir repose donc sur la tendance dont il est un cas particulier et plus
complexe. Il s'oppose d'autre part à la volonté (ou à la volition) en ce que celleci suppose de plus: 1: la coordination au moins momentanée des tendances ; 2:
l'opposition du sujet et de l'objet ; 3: la conscience de sa propre efficacité ; 4: la
pensée des moyens par lesquels se réalisera la fin voulue. Enfin, selon certains
philosophes, il y a encore dans la volonté un fiat d'une nature spéciale,
irréductible aux tendances, et qui constitue la liberté." -André Lalande,
Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 2016 (1926 pour la
première édition), 1376 pages, p.218-219.
"[Socrate]: Quiconque éprouve le désir de quelque chose, désire ce dont il ne
dispose pas et ce qui n'est pas présent ; et ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas luimême, ce dont il manque, tel est le genre de choses vers quoi vont son désir et
son amour." -Platon, Le Banquet, GF Flammarion, Paris, 2016 (1998 pour la
première édition), 285 pages, p.134.
« Pour ce qui est des désirs, des plaisirs et des peines qui sont simples et
mesurés, ceux qui bien sûr sont dirigés par un raisonnement soutenu par
l’intellect et l’opinion droite, tu les rencontreras chez le petit nombre, chez ceux
qui sont doués d’un naturel excellent et qui ont pu recevoir la meilleure
éducation. » (p.234)
« Si [l’âme] se trouve dans un état de soif et que quelque chose l’entraîne dans
une autre direction, c’est qu’il existe en elle autre chose que cet être assoiffée et
se démenant comme une bête pour parvenir à boire : car il n’est pas possible,
nous l’avons reconnu, que la même chose puisse, par la même partie d’elle41

même et au égard au même objet, produire des effets contraires. […]
-Ne devons-nous pas reconnaître qu’il y a parfois des personnes qui ont soif et
qui ne veulent pas boire ?
-Bien sûr, dit-il, on en trouve plusieurs et souvent.
-Alors, dis-je, comment faudrait-il présenter leur état, si ce n’est pas en
affirmant qu’il se trouve dans leur âme quelque chose qui leur commande de
boire, et une autre qui les en empêche ? Cette dernière n’est-elle pas différente
de la première, ne l’emporte-t-elle pas sur la chose qui commande ?
-Si, dit-il, c’est bien mon avis.
-N’est-ce donc pas que le principe qui empêche de telles actions, lorsqu’il
intervient, est le résultat du raisonnement, alors que ce qui s’agite et pousse
vers l’action se produit par l’entremise des passions et des troubles maladifs ?
-Il semble bien.
-Nous n’aurions donc pas tort, repris-je, de soutenir qu’il s’agit de deux
principes, et qu’ils diffèrent l’un de l’autre : l’un, celui par lequel l’âme
raisonne, nous le nommerons le principe rationnel de l’âme ; l’autre, celui par
lequel elle aime, a faim, a soif et qui l’excite de tous les désirs, celui-là, nous le
nommerons le principe dépourvu de raison et désirant, lui qui accompagne un
ensemble de satisfactions et de plaisirs. » (p.248)
-Platon, La République, Livre IV. Traduction Georges Leroux, Paris, GF
Flammarion, 2004 (2002 pour la première édition), 801 pages.
« Quant à ceux qui recherchent les honneurs, à mon avis, tu peux observer que
s’ils ne parviennent pas à devenir stratèges, ils deviennent les chefs d’un tiers de
tribu, et que lorsqu’ils n’arrivent pas à se faire honorer par des gens importants
et respectables, ils se contentent d’être honorés par des gens de moindre
importance et plus ordinaires, puisqu’ils se montrent avides de l’honneur en
général.
-Oui, parfaitement.
-Faut-il dès lors affirmer ou nier le point suivant ? Celui que nous disons
possédé du désir de quelque chose, affirmerons-nous qu’il désire toute l’espèce
de cette chose, ou qu’il désire tel élément et non tel autre ?
-Toute l’espèce.
-Par conséquent, le philosophe lui aussi, nous dirons qu’il est possédé du désir
de la sagesse, non pas de tel ou tel élément, mais de la sagesse toute entière ?
-C’est vrai. » (p.303)
-Platon, La République, Livre V. Traduction Georges Leroux, Paris, GF
42

Flammarion, 2004 (2002 pour la première édition), 801 pages.
« [Les désirs] que nous ne serions pas en mesure de repousser, il conviendrait
de les appeler nécessaires, et de même tous ceux qu’il est utile de satisfaire ?
Car c’est pour nous une nécessité naturelle que d’éprouver ces deux types de
désirs, n’est-ce-pas ?
-Oui, certainement.
-C’est donc à juste titre que nous les désignons de ce nom, « nécessaires » ?
-A juste titre, oui.
-Eh bien, pour ceux dont on peut débarrasser, si on s’y applique quand on est
jeune, ceux-là dont l’expérience ne produit aucun bien et entraîne même le
contraire, à tous ceux-là donnons le nom de désirs non nécessaires. » (p.426)
-Platon, La République, Livre VIII. Traduction Georges Leroux, Paris, GF
Flammarion, 2004 (2002 pour la première édition), 801 pages.
« Parmi les plaisirs et les désirs qui ne sont pas nécessaires, certains me
semblent déréglés. Ils surgiront probablement en chacun, mais s’ils sont
réprimés par les lois et par les désirs meilleurs, en accord avec la raison, ils
pourront être entièrement éliminés chez certains hommes, ou demeurer affaiblis
et réduits, tandis que chez les autres, ils seront plus forts et plus nombreux.
-Mais de quels désirs et de quels plaisirs parles-tu ? demanda-t-il.
-De ceux qui s’éveillent durant le sommeil, répondis-je, chaque fois que l’autre
partie de l’âme –la partie qui est rationnelle, sereine et faite pour diriger- est
endormie et que la partie bestiale et sauvage, repue d’aliments et de boissons,
s’agite et repoussant le sommeil cherche à se frayer un chemin et à assouvir ses
penchants habituels. Tu sais que dans cet état elle a l’audace de tout
entreprendre, comme si elle était déliée et libérée de toute pudeur et de toute
sagesse rationnelle. Elle n’hésite aucunement à faire le projet, selon ce qu’elle
se représente, de s’unir à sa mère, ou à n’importe qui d’autre, homme, dieu,
animal ; elle se souille de n’importe quelle ignominie, elle ne renonce à aucune
nourriture, et pour le dire en un mot, elle ne recule devant aucune folie ni
aucune infamie.
-C’est tout à fait vrai, dit-il.
-Mais selon moi, lorsqu’un homme adopte pour lui-même un comportement sain
et modéré et qu’il ne s’abandonne au sommeil qu’après avoir mis la partie
rationnelle de son âme en éveil et l’avoir nourrie de beaux discours et de belles
réflexions, en se livrant pour lui-même à l’exercice spirituel intérieur, sans
43

avoir toutefois soumis la partie désirante ni à la privation ni à l’excès, de sorte
qu’elle trouve le repos et ne cause à la partie supérieure aucun trouble par sa
jouissance et sa souffrance ; lorsqu’il laisse cette partie supérieure seule, pure,
et par elle-même faire son examen et se porter vers la saisie de ce qu’elle ne
connaît pas, qu’il s’agisse de quelque chose des faits passés, ou alors des êtres
présents, ou encore de ce qui doit advenir ; lorsque de cette manière il a adouci
l’élément d’ardeur <de son âme> et qu’il s’endort sans s’être mis en colère
contre personne et d’un cœur serein ; lorsqu’il a apaisé ces deux parties de
l’âme et qu’il a mis en mouvement la troisième, celle où réside la pensée, et que
dans cet état il s’abandonne au repos, c’est alors, tu le sais, que cet homme
atteint le mieux la vérité, et c’est alors que les visions des songes qui
envahissent l’imagination sont le moins déréglées. » (p.445-446)
« Il existe en chacun de nous une espèce de désirs qui est terrible, sauvage et
sans égards pour les lois. On la trouve même chez le petit nombre de ceux qui
sont selon toute apparence mesurés, et c’est cela justement qui devient manifeste
à travers les songes. » (p.447)
-Platon, La République, Livre VIII. Traduction Georges Leroux, Paris, GF
Flammarion, 2004 (2002 pour la première édition), 801 pages.
"Tous les hommes ont par nature le désir de connaître." -Aristote, Métaphysique
989a.
"Et si d'un autre côté ils estimaient qu'il [le sage] demeure maître de lui dans la
mesure où il écarte par la raison de mauvais jugements qu'il a formés, ils
devraient d'abord reconnaître que la sagesse ne lui a servi à rien puisqu'il
connaît les troubles du désir et a besoin d'assistance ; et ensuite accorder qu'il
est plus malheureux que les gens sans moralité. Car il est on ne peut plus
troublé par la tentation et, en tant qu'il exerce le contrôle de la raison, il retient
le mal en son for intérieur et est en cela bien plus troublé que l'homme sans
moralité qui s'en débarrasse aussitôt, car celui-ci, après avoir ressenti le
trouble de la tentation, voit, sitôt assouvi son désir, son trouble disparaître peu
à peu." -Sextus Empiricus, Contre les moralistes, in Les Sceptiques grecs, PUF,
1966, p.202.
« [Sophie] : Aimer et désirer sont deux effets de la volonté, contraires l’un à
l’autre. […]
44

Nous aimons les choses par nous estimées bonnes, les ayant en notre puissance :
et, à faute de les avoir, les désirons : tellement que le désir précède l’amour, et
après que la chose désirée nous est octroyée, l’amour commence et le désir
prend fin. […]
Ne vois-tu que, étant malades, nous désirons la santé laquelle nous défaut ? et
qui est-ce qui dirait que nous l’aimons alors ? Vois-tu aussi que, soudain qu’elle
nous est rendue, nous l’aimons, toutefois ne la désirons plus. Les joyaux,
héritages et autres richesses, avant qu’être possédées, sont affectionnément
désirées, mais non encore aimées : puis, tombées entre les mains de celui qui les
désirait, le désir cessant, curieusement aimées. […]
C’est improprement parlé, dire que vouloir avoir une chose signifie aimer : car
ce, vouloir avoir, n’est autre chose que le désir : pour ce que l’amour est assis
en la même chose aimée, à laquelle le désir, quand on ne l’a, aspire seulement ;
donc, à mon jugement, l’amour et le désir ne peuvent demeurer ensemble. […]
L’amant a ce qu’il aime, et celui qui désire n’est encore possesseur de son bien
désiré. Quel exemple plus familier se peut offrir que des enfants ? Lesquels, de
qui ne les a, ne peuvent être aimés, mais bien sont désirés : ni, de qui les a,
peuvent être désirés, toutefois sont aimés. » (p.55-56)
« [Sophie] : L’amour ne reçoit pour son sujet que les choses qui sont, et le désir,
celles qui ne sont point. […]
Nécessairement la connaissance précède l’amour : car nulle chose peut-être
aimée, si pour bonne elle n’est premièrement connue. » (p.58)
« [Philon] : Nous ne pouvons désirer chose qui ne soit réellement, pour ce que
notre désir ne s’étend qu’aux choses lesquelles la connaissance nous fait juger
être bonnes. Et à cet occasion définit un grand philosophe [Aristote], cela être
bon qui est désiré de chacun, puisque la connaissance est de choses ayant
essence. […]
La connaissance de la chose, soit aimée, soit désirée, précède et l’amour et le
désir, j’entends cette connaissance qui persuade et imprime un jugement de
bonté : autrement telle connaissance ferait haïr et avoir en horreur la chose
connue, et non pas aimer ou désirer. Or donc, l’amour et le désir, l’un comme
l’autre, présupposent l’essence de la chose tant en effet qu’en connaissance. »
(p.59)
-Juda Abravanel, Dialogues d’Amour, 1535 (première publication). Tome
premier, « De l’Amour ».
"§73. Le désir (appetitio) est l'autodétermination du pouvoir d'un sujet par la
45

représentation de quelque chose qui est à venir et qui constituerait l'effet de ce
pouvoir. Le désir sensible qui a la dimension d'une habitude se nomme
inclination. Le fait de désirer sans qu'on applique un quelconque pouvoir à
produire l'objet est le souhait. Celui-ci peut apporter sur des objets dont le sujet
sent lui-même qu'il est incapable de se les procurer, et c'est alors un souhait
vain (oiseux). Le vain souhait de pouvoir annuler le temps qui sépare le désir et
la possession de l'objet désiré est l'impatience. Le désir qui reste indéterminé
quand à son objet (appetitio vaga) et qui pousse simplement le sujet à s'extraire
de son état présent sans savoir dans lequel il veut entrer peut être nommé
souhait capricieux (que rien ne satisfait).
L'inclination qui n'est maîtrisée que difficilement, ou ne parvient pas à l'être,
par la raison du sujet est la passion. En revanche, le sentiment d'un plaisir ou
d'un déplaisir que l'on éprouve dans l'état présent et qui ne laisse pas la
réflexion (la représentation de la raison selon laquelle on devrait s'abandonner
à ce sentiment ou se refuser à lui) se faire jour chez le sujet est l'affect.
Etre soumis à des affects et à des passions est sans nul doute toujours une
maladie de l'âme, parce que, dans les deux cas, la maîtrise de la raison est
exclue. Les affects et les passions ont en outre le même degré de violence ; mais
c'est du point de vue qualitatif qu'ils sont essentiellement différents, aussi bien
dans la méthode que le médecin de l'âme aurait à employer pour les prévenir
que dans celle qu'il devrait utiliser pour les guérir.
80. La possibilité subjective que vienne à naître un certain désir qui précède la
représentation de son objet est le penchant (propensio) ; la contrainte intérieure
de la faculté de désirer à prendre possession de cet objet avant même qu'on le
connaisse correspond à l'instinct (comme l'instinct sexuel ou l'instinct parental
de l'animal à protéger ses petits, etc.). Le désir sensible qui sert de règle au
sujet (habitude) s'appelle l'inclination (inclinatio). L'inclination qui interdit à la
raison de la comparer, dans l'optique d'un certain choix, avec la somme de
toutes les inclinations est la passion (passio animi).
On perçoit aisément que, dans la mesure où les passions se laissent associer à
la réflexion la plus calme et ne peuvent être donc irréfléchies comme l'est
l'affect, ni être impétueuses et passagères, mais peuvent, en s'enracinant,
coexister même avec la ratiocination, elles font le plus grand tort à la liberté ; et
si l'affect est une ivresse, la passion est une maladie qui abhorre toute
médication et est par conséquent largement plus grave que tous les mouvements
passagers de l'esprit qui font naître du moins le projet de se rendre meilleur -au
46

milieu de quoi la passion est un ensorcellement qui exclut même l'idée
d'amélioration.
On désigne aussi la passion du terme de manie (manie des honneurs, manie de
la vengeance, manie du pouvoir, etc.), à l'exception de celle de l'amour telle
qu'elle consiste dans le fait d'être épris de quelqu'un. La raison en est qu'une
fois que ce désir a été satisfait (par la jouissance), il cesse aussitôt, du moins
vis-à-vis de la même personne: on peut bien, par conséquent, présenter comme
une passion le fait d'être passionnément épris (aussi longtemps que l'autre
partie persiste à se refuser), mais non point l'amour physique, parce que ce
dernier, en ce qui concerne son objet, ne contient nul principe de fidélité. La
passion suppose toujours chez le sujet une maxime qui est d'agir selon une fin
qui lui est prescrite par l'inclination. Elle est donc toujours associée en lui à la
raison, et à de simples animaux on ne peut attribuer de passions, pas plus qu'à
des êtres purement rationnels. La manie des honneurs, la manie de la
vengeance, etc., parce qu'elles ne sont jamais parfaitement satisfaites, sont au
nombre des passions, au sens où elles constituent des maladies contre lesquelles
il n'y a que des palliatifs.
§81. Les passions sont des gangrènes pour la raison pratique pure et, dans la
plupart des cas, elles sont incurables, parce que le malade ne veut pas être guéri
et se soustrait à la domination du principe d'après lequel seulement la guérison
pourrait advenir. Dans le domaine de la sensibilité pratique aussi, la raison va
de l'universel au particulier en suivant le principe selon lequel il faut éviter, par
complaisance pour une inclination unique, de rejeter toutes les autres dans
l'ombre ou de les tenir à l'écart, mais veiller au contraire à ce qu'elle puisse
coexister avec la somme de toutes les inclinations. L'ambition d'un homme peut
certes toujours être une orientation, approuvée par la raison, de son inclination
; mais l'ambitieux veut néanmoins aussi être aimé des autres, il a besoin d'un
commerce agréable avec autrui, de maintenir l'état de sa fortune, etc. Mais il est
passionnément ambitieux, il est aveugle à l'égard de ces fins que ses inclinations
l'invitent pourtant à prendre aussi en compte, et la haine que les autres
pourraient lui porter, la manière dont ses relations pourraient le fuir ou la façon
dont ses dépenses pourraient l'exposer à la ruine -tout cela, il le néglige. C'est
là une folie (prendre ce qui n'est qu'une partie de ce qu'il vise pour la totalité de
ses fins) qui contredit directement la raison elle-même dans son principe formel.
De là vient que les passions ne sont pas seulement, comme les affects, des états
d'âme malheureux porteurs de beaucoup de maux, mais des dispositions
mauvaises sans exception -et le désir qui procède du meilleur naturel, quand
47

bien même ce qu'il vise relève (dans sa matière) de la vertu, par exemple la
bienfaisance, est cependant (dans sa forme), dès lors qu'il tourne en passion,
non seulement pernicieux du point de vue pragmatique, mais même moralement
condamnable.
L'affect porte un préjudice momentané à la liberté et à la maîtrise de soi-même.
La passion ne s'en préoccupe pas et trouve son plaisir et sa satisfaction dans
l'esclavage. Puisque la raison, cependant, ne faiblit pas dans l'appel qu'elle
lance à la liberté intérieure, le malheureux soupire sous ses chaînes, auxquelles
il ne peut pourtant s'arracher: car elles ne font désormais, pour ainsi dire, plus
qu'un avec ses membres.
Néanmoins, les passions ont aussi trouvé leurs laudateurs (de fait, où ne s'en
trouve-t-il pas, une fois que la méchanceté s'est installée dans les principes ?),
et l'on dit que "jamais rien de grand n'a été accompli dans le monde sans
passions violentes, et que c'est dans la Providence elle-même qui les a avec
sagesse implantées dans la nature comme autant de ressort". Ce qu'on peut sans
doute accorder à propos des multiples inclinations dont la nature vivante (même
celle de l'homme) ne peut se dispenser, dans la mesure où elles constituent
comme un besoin naturel et animal. Mais qu'elles puissent, voire qu'elles
doivent, devenir passions, la Providence ne l'a pas voulu, et si l'on peut
pardonner à un poète de les représenter sous cet angle (de dire par exemple
avec Pope: "Si la raison est une boussole, les passions sont les vents"), en
revanche il n'est pas permis au philosophe de se laisser convaincre par ce
principe, fût-ce pour louer les passions comme une disposition provisoire de la
Providence qui les auraient installées intentionnellement dans la nature des
hommes en attendant que l'espèce humaine eût atteint le degré convenable de
culture." -Emmanuel Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, III, §73,
80, 81, trad. A. Renaut, GF-Flammarion, 1993, p.217-218, et p.236-239.
"Adolescente j’ai hésité à m’engager dans l’armée par goût pour une discipline
poussée que j’aime autant subir qu’imposer." -isabelle183, La fille aux cheveux
noirs (cf: http://autourdelafessee.over-blog.com/article-20462272.html ).
"Moi la révoltée, la querelleuse, j’étais une soumise qui s’ignorait ! J’obéirais
et je jouirais comme ne jouiraient jamais ceux qui méconnaissent la jouissance
à laquelle prédispose l’obéissance." -Ian Cecil, La Soubrette, 20 décembre
2014, p.16-17 (cf: http://www.amazon.fr/Soubrette-suivi-Scorpion-Ian-Cecilebook/dp/B00R4WI8QK/ref=asap_bc?ie=UTF8 ).
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"Elle se sentait vraiment objet ainsi, face à lui, et il lui fallait reconnaître que
c'était terriblement excitant." -Eva Delambre, L'Esclave, 2014, Tabou Éditions,
206 pages, p.33.
"Le désir de fusion rencontre toujours un obstacle infranchissable." -Jan
Marejko, Jean-Jacques Rousseau et la dérive totalitaire, Éditions L'Age
d'Homme, 1984.
Destin: "L'enchaînement nécessaire des causes [...] n'est autre que le Destin." Pierre Hadot, Études de philosophie ancienne, Les Belles Lettres, coll. L’âne
d’or, 2010 (1998 pour la première édition), 384 pages, p.218.
"Le destin a des bottes de sept lieues. Il frappe de loin." -Fernand Braudel, La
dynamique du capitalisme, Flammarion, coll. Champ.Histoire, 2008 (1985 pour
la première édition), 122 pages, p.98.
Déterminisme: « Le déterminisme exact est évidemment absolument irréfutable,
et en tant qu'irréfutable, il est stérile. [...]
Il exigerait, pour être réfuté, que nous puissions montrer que deux
configurations absolument identiques peuvent avoir des suites différentes. » Laurence Bouquiaux, L'harmonie et le chaos. Le rationalisme leibnizien et la
"nouvelle science", Louvain - Paris, Éditions Peeters, 1994, 329 pages, p.97.
Dualisme: "Nous entendons comme dualistes tous les systèmes où la création du
monde et son gouvernement légitime (c'est-à-dire fondé sur des motifs de
constitution intime de la nature, du corps humain, etc.) sont le fait de deux
puissances, conçues comme contradictoires, bien que parfois complémentaires.
[...] Le Christianisme [...] lui, n'est pas dualiste." -Ugo Bianchi, Le dualisme en
histoire des religions, Revue de l'histoire des religions Année, 1961, 159-1 pp. 146, p.7-8.
Échange: "La répartition des produits et l'échange ne peuvent être que des
phénomènes dérivés. Pour que les produits puissent être répartis ou échangés
entre consommateurs, il faut avant tout qu'ils soient fabriqués. La production est
donc le premier et le plus important facteur de la vie économique de la société."
-Rosa Luxembourg, Introduction à l'économie politique, chapitre 2 « La société
communiste primitive », section IV, 1907.
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