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Nom original: article_802133.pdf
Titre: Julian Assange, l’histoire d’une déchéance
Auteur: Par Jérôme Hourdeaux

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Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

aujourd’hui dans une prison, accusé de piratage,
d’espionnage pour le compte de la Russie et
d’agressions sexuelles.

Julian Assange, l’histoire d’une déchéance
PAR JÉRÔME HOURDEAUX
ARTICLE PUBLIÉ LE DIMANCHE 14 AVRIL 2019

Julian Assange, au balcon de l'ambassade d'Equateur à Londres, le 19 mai 2017. © Reuters

L’arrestation de Julian Assange.

Le 19 juin 2012, Julian Assange se réfugie
dans l’ambassade équatorienne de Londres. Hacker
légendaire, il a réussi à révolutionner la presse en
lançant la première plateforme de « leaks ». Sept ans
plus tard, c’est un homme diminué physiquement et
tombé en disgrâce qui ressort escorté de policiers. Il
fait l’objet d’une demande d’extradition de la part des
États-Unis où il est poursuivi pour « conspiration en
vue d’une intrusion informatique ».

L’histoire de Julian Assange commence le 3 juillet
1971 à Townsville, dans le Queensland en Australie.
Il est l’enfant d’une artiste visuelle, Christine Ann
Hawkins, et d’un père constructeur et militant
antiguerre qui partira avant sa naissance. Alors qu’il
n’a encore qu’un an, sa mère se marie avec Richard
Brett Assange, un acteur avec qui elle tiendra un
petit théâtre. C’est lui que Julian Hawkins considérera
comme son père, au point de prendre son nom.

Les images ont presque sept années d’écart, et leur
comparaison est terrible. Le 19 août 2012, Julian
Assange se trouve sur un balcon de l’ambassade
équatorienne à Londres où il est réfugié depuis deux
mois et lit un communiqué, en chemise et cravate,
la coupe soignée et la tête haute. Le 11 avril 2019,
le même homme, visiblement affaibli, arborant une
longue barbe blanche, apparaît dans l’embrasure de
la porte de l’ambassade, traîné par deux policiers qui
l’emmènent de force dans un fourgon.

En 1979, le couple divorce et, peu après, Christine
Assange entame une relation tumultueuse avec Leif
Meynel, que Julian Assange déteste. L’homme, par
ailleurs membre de la secte australienne The Family,
frappe régulièrement sa compagne et son fils. Ceux-ci
déménagent à plusieurs reprises mais, à chaque fois,
Leif Meynel retrouve leur trace et la relation reprend.
De cette relation naîtra en 1980 un fils. Au bout de
quelques années, alors que Julian Assange a environ
16 ans, sa mère parvient à échapper à l’emprise de Leif
Meynel et change de nom.

Entre ces deux images, une déchéance, celle d’un
hacktiviste australien, d’un petit génie passionné
d’informatique, devenu hacker légendaire puis
rédacteur en chef d’un site à l’origine de certains
des plus gros scoops de la décennie, et croupissant

Cette vie de bohème a contraint l’adolescent à
changer très souvent d’école. Il étudiera plus tard
la programmation, les mathématiques et la physique
à l’université, mais sans obtenir de diplôme. Il est
cependant décrit comme extrêmement doué. Dès l’âge
de 13-14 ans, il commence à apprendre par lui-même
l’informatique et la programmation. Quelques années
plus tard, Julian Assange est déjà un hacker reconnu.
Il vit alors avec sa mère dans la banlieue de Melbourne

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où il fréquente le milieu hacktiviste. C’est également
à cette époque que, à 17 ans, il se marie avec sa petite
amie, âgée de 16 ans, avec qui il a un enfant.

dans un but criminel et l’autorise à rester à liberté
en échange d’une caution pour « bonne conduite »
de 5 000 dollars et le condamne à 2 100 euros de
dédommagement.

Au sein du milieu hacker australien, Julian Assange va
s’épanouir et devenir, dès cette époque, une légende
sous le pseudo de Mendax, l’un des membres, avec
ses amis Trax et Prime Suspect, du groupe de hackers
International Subversives. L’épopée du trio a été
racontée dès 1997 dans le livre Underground de la
chercheuse australienne Suelette Dreyfus, qui a, par la
suite, été adapté en documentaire.

Julian Assange le 19 août 2012. © Reuters

Malgré ses déboires judiciaires et personnels, Julian
Assange multiplie les projets. En 1993, il collabore
même avec la police australienne en tant que
conseiller technique dans une enquête sur un réseau
pédopornographique sur internet. La même année, il
participe à la création du premier fournisseur public
d’accès à internet d’Australie, Suburbia Public Access
Network. En 1997, il est le co-auteur de Rubberhose,
un système de chiffrement dit « niable » destiné
aux défenseurs des droits de l’homme, torturés afin
d’obtenir les mots de passe de leurs dossiers chiffrés.

Les International Subersives sont notamment
suspectés d’avoir infiltré, en octobre 1989, le réseau
de la NASA, alors que l’agence spatiale américaine
s’apprêtait à réaliser un lancement, l’obligeant
à reporter celui-ci. L’attaque, qui n’a pas été
revendiquée, avait été menée dans le cadre d’une
contestation antinucléaire.
Le livre Underground détaille un autre fait d’armes du
trio. « Utilisant un programme appelé Sycophant écrit
par Mendax, les hackers de l’IS ont mené des attaques
massives contre l’armée américaine », raconte
Suelette Dreyfus dans son livre. Le programme
développé par Assange permettait de contrôler huit
ordinateurs afin que ceux-ci attaquent des centaines
d’autres, créant ainsi « un réseau d’ordinateurs pour
attaquer l’ensemble d’internet en masse ». « Et ce
n’était que le début, poursuit Underground. Ils étaient
entrés sur tellement de sites qu’ils ne pouvaient
souvent pas se souvenir s’ils avaient hacké un
ordinateur en particulier. Les endroits dont ils se
souviennent ressemblent à un Who’s Who du complexe
militaro-industriel. »

Ce dernier projet traduit l’intérêt grandissant du jeune
homme pour la cryptographie et ses implications
politiques. Au milieu des années 1990, il rejoint le club
fermé des membres de la mailing-list Cypherpunk, un
groupe de hackers convaincu que le développement
et la diffusion d’outils de chiffrements sont la clef
pour inverser le rapport de force entre le peuple et
les gouvernants. Parmi les membres de cette mailinglist, on retrouve quelques-uns des plus grands noms de
l’hacktivisme, comme le co-fondateur de l’Electronic
Frontier Foundation John Gilmore, le créateur de la
cryptomonnaie Bitcoin Satoshi Nakamoto, l’expert en
cybersécurité Bruce Schneier, le créateur du logiciel
de chiffrement PGP Philip Zimmermann ou encore
le créateur de système de téléchargement BitTorrent
Bram Cohen.

Inévitablement, les International Subersives attirent
l’attention des autorités. En octobre 1991, la police
perquisitionne le domicile de Mendax. Ces premiers
ennuis judiciaires interviennent alors que Julian
Assange vient tout juste de se séparer de sa femme qui
l’a quitté avec leur fils. Le jeune homme est effondré.
Il décrit dans Underground l’année 1992 comme « la
pire année de sa vie ». Julian Assange est jugé en 1996
et risque dix ans de prison. Mais le juge retient dans sa
décision que les hackers n’ont pas mené leurs attaques

Les contributions de Julian Assange à Cypherpunk,
qui ont été archivées, donnent un bon aperçu de sa
vision du monde et de la démocratie. Des convictions
qu’il a développées à plusieurs reprises notamment
dans le livre, sorti en 2012, Cypherpunks: Freedom

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and the future of the internet, co-écrit avec les
hactivistes Jacob Appelbaum, Andy Müller-Maguhn
et Jérémie Zimmermann et traduit en français sous le
titre Menace sur nos libertés. Comment internet nous
espionne. Comment résister (Robert Laffont, mars
2013).

rendent extrêmement vulnérables à ceux qui cherchent
à les remplacer par des formes de gouvernance plus
ouvertes. »
La note est accompagnée de deux textes, dont l’un,
Conspiracy as Governance, dénonce l’utilisation de
la conspiration comme mode de contrôle du peuple
par les partis politiques et imagine comment les
combattre. « Considérez ce qui arriverait si un
de ces partis abandonnait ses téléphones portables,
fax et messageries emails – sans parler de son
système informatique qui gère ses abonnés, ses
donateurs, sondages, centres d’appels et campagnes
de mailing ? Il tomberait immédiatement dans une
stupeur organisationnelle. »

« Le monde n’est pas simplement en train de dériver
vers une dystopie transnationale sans précédent – il
s’y précipite, écrit Julian Assange en introduction.
Hors des milieux qui s’occupent de la sécurité
nationale, cette situation n’a pas été pleinement
perçue, occultée par le secret, la complexité et
l’ampleur qui la caractérisent. Internet, le meilleur
de nos instruments d’émancipation, est devenu le
plus redoutable auxiliaire du totalitarisme qu’on n’ait
jamais connu. »
En tant que cypherpunk, Assange est convaincu que
la solution à cette crise démocratique passe par un
renversement de l’asymétrie de l’information entre
gouvernements et grandes entreprises d’un côté, et
le peuple de l’autre. Et ce renversement passe par le
chiffrement. « Nous avons fait une découverte, écritil. Celle de notre espoir d’échapper à la domination
totale. Un espoir qu’avec un peu de courage, de
perspicacité et de solidarité, nous pourrons résister.
Une étrange propriété de l’univers physique dans
lequel nous vivons. L’univers croit au cryptage. Il
est plus facile de crypter l’information que de la
décrypter. Nous avons compris qu’il était possible
d’utiliser cette étrange propriété pour créer les lois
d’un nouveau monde. »

La photo de Julian Assange sur son blog IQ.org

Le même mois que la publication de ce texte,
WikiLeaks, dont le nom de domaine a été déposé en
octobre 2006, sort son premier « leak » : un ordre
d’assassinat de membres du gouvernement somalien
signé par un homme politique, Hassan Dahir Aweys.
En août 2007, le Guardian reprend des documents
de WikiLeaks détaillant la corruption au sein de la
famille de l’ancien président du Kenya Daniel arap
Moi. En novembre 2007, l’organisation publie le
manuel à destination des gardiens de la prison militaire
américaine de Guantanomo détaillant les mauvais
traitements infligés aux prisonniers.

L’épopée d’un cypherpunk
Julian Assange développera également ses idées sur le
blog IQ.org, qu’il tient de juillet 2006 à août 2007, une
période cruciale pour lui, celle où il prépare la mise
en ligne de son nouveau projet : WikiLeaks. Dans une
note publiée le 3 décembre 2016, il explique : « Dans
un monde où les fuites sont faciles, les systèmes secrets
ou injustes sont frappés de manière non linéaire
par rapport aux systèmes justes et ouverts. Étant
donné que les systèmes injustes, de par leur nature,
suscitent des opposants, et qu’à de nombreux endroits,
ils ont à peine l’avantage, les fuites massives les

Début 2008, WikiLeaks est ciblé par sa première
plainte, déposée par la banque suisse Julius Baer
dont l’organisation a dévoilé les activités illégales
dans les îles Caïmans. La banque tentera, en vain,
de faire fermer le site. Au mois de mars, elle publie
des vidéos d’arrestations de civils tibétains par la
police chinoise et des documents internes de l’église
de scientologie. Au mois de septembre, ce sont les

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mails de la candidate à l’investiture républicaine pour
l’élection présidentielle Sarah Palin qui sont postés sur
WikiLeaks.

ceux venant secourir les blessés, tuant entre 12 et 18
civils, dont deux journalistes, et blessant gravement
deux enfants.

La même année, le site publie un autre document
prémonitoire, un mémo de l’armée américaine
qualifiant l’organisation de « menace » et comment
éliminer celle-ci. « Les sites tels que WikiLeaks ont
fait de la confiance le centre de gravité le plus
important en protégeant l’anonymat et l’identité des
insiders, leakers ou lanceurs d’alerte. La réussite de
l’identification, des poursuites, du licenciement et de
l’exposition » des sources de WikiLeaks « pourrait
endommager et potentiellement détruire ce centre de
gravité », prédit le mémo.

« J'ai dû regarder la vidéo des dizaines de fois », se
souvient Fabio* (voir la Boîte noire), qui se présente
comme « un compagnon de Julian Assange ayant été
longtemps à ses côtés ». « J'en ai pleuré. Je n’ai pas
pu dormir. Je rêvais de roquettes et de ces gros cons
nourris aux hormones se croyant dans un jeu vidéo
en dégommant des enfants… » Fabio n’est pas le seul
à être traumatisé par ces images qui font le tour du
monde et consacrent WikiLeaks comme le phénomène
médiatique du début du XXIe siècle.
« C’était le premier leak sous la forme d’une vidéo
avec un tel impact, bien plus fort qu'un gros pavé de
600 pages bourré d'acronymes, explique Fabio. C'était
une preuve indéniable de meurtres. Des personnes qui
n'avaient pas à mourir qui se faisaient buter, sous
nos yeux en toute impunité, donc avec une charge
émotionnelle immense. Et il y avait pour la première
fois un site dédié et des partenariats avec la presse
pour maximiser l'impact. »

Durant l’année 2009, l’organisation enchaîne avec
pas moins de 12 « leaks ». Julian Assange n’est pas
encore le personnage public qu’il est aujourd’hui. Les
premiers succès de WikiLeaks lui ont en revanche
acquis la fidélité de toute une communauté de
militants. La reconnaissance médiatique interviendra
en 2010. À partir du mois de février, le site commence
à publier les documents fournis par le soldat Chelsea
Manning sur les opérations militaires en Irak et en
Afghanistan.

Le reste de l’année 2010 sera rythmé par la publication
de plusieurs dizaines de milliers de documents
confidentiels de l’armée américaine détaillant ses
opérations en Irak et en Afghanistan. L’année se
termine par la publication, en partenariat avec
les principaux journaux du monde entier, de
251 287 câbles diplomatiques, des notes envoyées
au département d’État américain par ses ambassades,
consulats et missions diplomatiques.

À cette époque, Julian Assange voyage sans cesse
à travers le monde en fonction des activités de
WikiLeaks. Le 30 mars 2010, il est en Islande où
il loue une maison à Reykjavik pour y installer son
QG temporaire, surnommé « le bunker », en vue du
prochain coup de WikiLeaks : le « projet B ». En
quelques jours, racontés par le journaliste du New
Yorker Raffi Kahtchadouria, entouré d’hacktivistes,
dont la députée islandaise Birgitta Jónsdóttir, Julian
Assange planifie soigneusement l’édition et la mise en
ligne de la vidéo « Collateral Murder ».

Annoncée quelques jours à l’avance sur Twitter
par Julian Assange, cette publication agace
particulièrement la secrétaire d’État de l’époque,
Hillary Clinton, qui deviendra l’une des plus farouches
opposantes à WikiLeaks. « Cette divulgation n’est
pas juste une attaque contre la politique étrangères
américaine ; c’est une attaque contre la communauté
internationale, les alliances, les partenariats, les
conventions et les négociations qui protègent
la sécurité mondiale et favorisent la prospérité
économique », déclarait-elle à CNN. En octobre
2016, le blog conservateur True Pundit, citant des

Celle-ci est présentée le 5 avril lors d’une conférence
de presse et mise en ligne sur un site internet
spécialement dédié. Elle montre les images de la
caméra embarquée et fait entendre les conversations
des pilotes d’un hélicoptère de l’armée américaine
survolant un quartier de Bagdad et ouvrant le feu à
plusieurs reprises sur un groupe de personnes, puis sur

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Le tournant des DNC Leaks
L’année 2010 est celle de la consécration pour Julian
Assange. Après avoir reçu, l’année précédente, le
« New Media Award » d’Amnesty International, le
rédacteur en chef de WikiLeaks est élu, en décembre
2010, personnalité de l’année par le magazine Time
et homme de l’année par le quotidien Le Monde.
Julian Assange ne profitera pas très longtemps de
cette nouvelle notoriété. À peine arrivée à son apogée,
WikiLeaks est confrontée à plusieurs crises.

sources au sein du Département d’état, affirmait même
que la secrétaire d’État avait évoqué ouvertement à
cette époque la possibilité d’ordonner une attaque de
drone contre WikiLeaks et Julian Assange. Hillary
Clinton avait réagit en affirmant ne se souvenir
« d’aucune blague » à ce sujet. « Ca aurait été une
blague si ça avait été dit, mais je ne m’en rappelle
pas ».
Cette période marque également une étape essentielle
dans la professionnalisation de WikiLeaks. « Il y a
toujours eu une adaptation permanente du concept,
explique Fabio. Durant la période 2006-2008, le site
fonctionnait comme un “wiki” sur lequel ils postaient
les documents. Mais il est vite apparu que lorsque les
journalistes trouvent un document de 600 pages sur
internet, ils se disent “old news” même si personne
n’a encore écrit dessus, simplement parce que c’est
déjà public. Entre 2008 et 2010, WikiLeaks tente donc
de maximiser son impact. Ils s'entendent avec les
sources pour identifier des journalistes et des organes
de prédilection afin de leur accorder des fenêtres
d'exclusivité avant de publier les leaks. »

Tout d’abord, Chelsea Manning est interpellée le
27 mai après avoir été trahie par Adrian Lamo, un
ancien hacker auprès de qui elle s’est confiée lors de
discussions sur internet. Ensuite, Julian Assange se
voit accusé d’agressions sexuelles en Suède.
Les faits reprochés à Julian Assange remontent au
mois d’août 2010 alors qu’il se trouve à Stockholm
pour donner des conférences. Le 20 août, deux femmes
se présentent dans un commissariat de police de la ville
et demandent s’il est possible de contraindre Julian
Assange à effectuer un test de dépistage de maladies
sexuellement transmissibles. Elles expliquent avoir
eu des relations sexuelles avec lui. Celles-ci étaient
consenties, mais il n’aurait pas utilisé de protection et
les deux femmes craignent pour leur santé.

« Lors de la publication de “Collateral Murder”,
le titre a été une erreur, poursuit Fabio. WikiLeaks
a été accusé d’avoir trop éditorialisé avec le mot
“meurtre”. Les leaks suivants s’appellent “Afghan
War Diary”. Avec “Irak War logs”, WikiLeaks publie
trop de documents, beaucoup trop complexes, en
partie parce qu’il y avait eu un gros effort pour
ne publier aucun nom propre. La presse s’essouffle
vite et ne suit plus. Personne ne va fouiller dans ce
coffre à trésors. Par la suite, ils vont publier petit
à petit, à mesure d'une capacité d'analyse négociée,
proportionnelle à l'accès, avec les partenaires. À
chaque fois, WikiLeaks s’est adapté aux défauts de
la presse pour coller au plus près à leurs besoins,
quitte à parfois faire le boulot à leur place. Je
me souviens notamment avoir vu Julian, après une
conférence de presse, prendre une heure et demie pour
donner un cours de data-journalisme à une centaine
de journalistes. C’est la preuve qu’il s’agit bien d’un
organe de presse. »

Selon leurs déclarations, que The Guardian avait pu
consulter, dans l’un des cas Julian Assange aurait « fait
quelque chose » au préservatif pour l’endommager ;
dans l’autre, il aurait profité de l’endormissement de
sa partenaire pour ne pas mettre de préservatif, sans la
prévenir.
En Suède, ces faits sont assimilés à une forme de
viol et, le 30 août, l’hacktiviste est convoqué par la
police suédoise. Lors de son interrogatoire, il reconnaît
les relations sexuelles mais affirme qu’elles étaient
totalement consenties et dément avoir volontairement
imposé des relations non protégées. Julian Assange est
alors relâché et, le 1er septembre 2010, il quitte libre
la Suède pour se rendre en Grande-Bretagne. Mais le
18 novembre, la procureure Marianne Ny qui a pris
en charge l’enquête ordonne sa détention et obtient la
délivrance d’un mandat d’arrêt européen.

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Depuis Londres, le fondateur de WikiLeaks annonce
qu’il refuse de se rendre en Suède au motif que cette
procédure n’est qu’un prétexte. Selon lui, dès qu’il
foulera le sol suédois, les États-Unis demanderont
son extradition pour être jugé pour espionnage,
crime passible de la peine capitale. Sous le coup
d’une procédure d’extradition accordée par la justice
anglaise, Julian Assange va tout d’abord mener
une bataille juridique pour en obtenir l’annulation.
Une fois tous les recours épuisés, il se réfugie, le
19 juin 2012, dans les locaux de l’ambassade de
l’Équateur qui lui accorde l’asile politique. Il y restera
cantonné dans une pièce de l’immeuble sans pouvoir
sortir au risque d’être immédiatement interpellé
par les policiers britanniques qui le surveillent en
permanence.

Assange dans un livre paru en 2011, Inside WikiLeaks.
Dans les coulisses du site internet le plus dangereux
du monde (Grasset, 2011).
En début d’année 2011, un autre collaborateur
de WikiLeaks, Julian Ball, claque la porte de
l’organisation trois mois après y être entré. Il rejoint
le Guardian et décrit, dans un article publié en
septembre 2011, un Julian Assange tyrannique, plus
préoccupé par sa propre défense que par les idéaux de
WikiLeaks. En 2014, c’est Andrew O’Hagan, l’auteur
d'une Autobiographie non autorisée publiée en 2011,
qui se répand dans la presse. « Il voit chaque idée
comme une simple étincelle venant d’un feu dans
son propre esprit. Cette sorte de folie, bien sûr, et
l’étendue des mensonges de Julian m’ont convaincu
qu’il était probablement un petit peu fou, triste et
mauvais, malgré toute la gloire de WikiLeaks en tant
que projet », affirme-t-il.

Avec ces accusations sexuelles, Julian Assange
tombe de son piédestal. Son image de chevalier
blanc se fissure et, même au sein de WikiLeaks,
des langues se dénouent, dévoilant un tout autre
visage. De nombreux témoignages décrivent un
homme égocentrique, intransigeant et exigeant de ses
collaborateurs une obéissance absolue.

Beaucoup s’interrogent également sur la ligne
éditoriale de Julian Assange. Le rédacteur en chef
de WikiLeaks est notamment accusé d’être trop
indulgent, voire trop proche, de la Russie, pays sur
lequel l’organisation n’a publié que peu de documents.
Plusieurs interventions de Julian Assange surprennent,
comme lorsqu’il assure, durant quelques mois en
2012, une émission de géopolitique sur la chaîne
Russia Today (RT), The Julian Assange Show. Ou
lorsque, à l’occasion d’une table ronde organisée
pour les dix ans de RT, il livre un discours dans lequel
il appelle « à oublier le concept de liberté individuelle,
qui n’existe plus ».

Dès septembre 2010, plusieurs membres de
WikiLeaks quittent l’organisation en raison d’un
désaccord sur la manière dont Julian Assange gère
la publication des « leaks » et son refus de toute
critique. Selon le site Wired, six volontaires ont
quitté l’organisation à ce moment-là. Sur le tchat
interne de l’organisation, Julian Assange leur aurait
lancé : « Je suis le cœur de cette organisation, son
fondateur, philosophe, porte-parole, codeur original,
organisateur, financeur et tout le reste. Si vous avez
un problème avec moi, faites chier. »

La question de la proximité de WikiLeaks avec la
Russie va devenir centrale avec la publication, en
2016, des DNC Leaks. Le 22 juillet, trois jours
avant l’ouverture de la convention annuelle du Parti
démocrate, WikiLeaks publie 19 252 mails piratés
dans les ordinateurs de sa direction, le Democratic
National Committee (DNC). La convention doit
justement entériner l’investiture d’Hillary Clinton
comme candidate démocrate à l’élection présidentielle
américaine. Or, les mails révèlent une collusion dans
la direction du parti visant à défavoriser son principal
concurrent, Bernie Sanders.

Parmi les défections, figure celle de Daniel Schmitt,
porte-parole de WikiLeaks, qui annonce sa démission
dans les colonnes du Spiegel.« Julian Assange réagit
à toute critique avec l’allégation que je lui ai désobéi
et que j’ai été déloyal vis-à-vis du projet. Il y a quatre
jours, il m’a suspendu – agissant comme le procureur,
le juge et le bourreau en une personne », accuse-til. Daniel Schmitt racontera en détail son conflit avec

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Les DNC Leaks vont empoisonner la campagne
d’Hillary Clinton et faire le délice de son adversaire
républicain Donald Trump qui ira jusqu’à déclarer : « I
Love WikiLeaks. » Le malaise est encore accentué par
les déclarations de Julian Assange qui assume avoir
publié ces « leaks » afin de nuire à Hillary Clinton,
qu’il voit comme « un problème pour la liberté
de la presse », et reconnaît avoir volontairement
fait coïncider leur publication avec la convention
démocrate.

l'impact, ce que tout journaliste a forcément en tête
en faisant son métier. Sa détestation de Clinton est
cela étant manifeste, poursuit Fabio. Peut-on détester
Clinton sans être un soutien de Trump ? Est-ce que
Julian s'est retrouvé capturé dans la binarité du
système politique bipartisan des US ? Peut-être… »
L’isolement et le discrédit
WikiLeaks s’isole encore plus lorsque l’enquête sur le
piratage des mails de la direction du Parti démocrate
révèle que celui-ci a été réalisé par un groupe de
hackers, Guccifer 2.0, lié aux services secrets russes,
le GRU. Julian Assange démentira formellement
que sa source soit des hackers et les différentes
enquêtes ne permettront pas d’établir un lien direct
entre WikiLeaks et Moscou. Mais pour beaucoup, la
ficelle est trop grosse. Que Julian Assange se soit
rendu complice, même à son insu, d’une opération
de déstabilisation russe est la goutte d’eau qui fait
déborder le vase.

Avec ce « leak », Julian Assange se brouille avec
certains de ses meilleurs soutiens. « Démocratiser
l’information n’a jamais été aussi vital, et WikiLeaks
y a aidé. Mais leur hostilité à la plus modeste
“curation” est une erreur », attaque le 16 juillet
2016 Edward Snowden sur Twitter. Le compte
officiel de WikiLeaks lui réplique immédiatement :
« L’opportunisme ne te fera pas gagner une grâce de
Clinton et la curation ce n’est pas la censure des flux
financiers des partis dirigeants. »

« Je crois Julian lorsqu’il dit qu’il n’a pas le moyen
de savoir qui sont ces sources. L’ambassade est
constamment surveillée et c’est une mesure de survie
pour lui. Je sais qu’il a développé des méthodes
pour cela, explique Fabio qui reconnaît la possibilité
d’une manipulation de la part des services russes.
« Oui, peut-être. Après, même Le Canard enchaîné
(et probablement Mediapart) se fait instrumentaliser
lorsque des sources envoient des infos au moment
opportun, pour déstabiliser un adversaire politique,
estime-t-il. De plus, ça ne prouve pas pour autant
que ce leak ait fait pencher la balance et l'intérêt du
matériau reste manifeste. Ce qui s'est passé au DNC
est cinquante fois plus gros que le Watergate. Ce qui
est exposé est que le clan Clinton, en faisant tout y
compris les manœuvres les plus basses contre Sanders,
s'est tiré une balle dans le pied. »

En novembre 2017, le journal The Atlantic révèle
que le compte Twitter de WikiLeaks a entretenu des
échanges réguliers durant la campagne présidentielle,
via des messages privés, avec Donald Trump Jr., le
fils du candidat républicain. « Fuck you Assange »,
s’emporte sur Twitter Barrett Brown, journaliste et
hacker ayant lui-même été emprisonné, entre janvier
2015 et novembre 2016, pour un piratage.
Dans un autre tweet, cette figure de l’hacktivisme
développe : « J’ai défendu WikiLeaks pour avoir
publié les mails du DNC parce que c’était une
chose appropriée à faire pour une organisation
de transparence. Mais travailler avec un leader
autoritaire en devenir afin de tromper le public est
indéfendable et dégoûtant. »
« Son rôle autour de la campagne américaine a été
dérangeant pour beaucoup, reconnaît Fabio. Mais
ce qu'il a fait ressortir était tout de même dix fois
plus gros que le Watergate. Ça a été en couverture
du New York Times pendant plus d'une semaine
d'affilée, preuve s'il en était nécessaire, qu'il s'agissait
d'un travail journalistique, plaide-t-il. Le timing qui
lui a été reproché visait principalement à maximiser

Au fur et à mesure des années, Julian Assange fait
peu à peu le vide autour de lui. Les personnalités,
telles que Michael Moore ou Oliver Stone, sont
moins nombreuses à lui rendre visite. Prendre sa
défense devient de plus en plus difficile. Certes,
WikiLeaks continue à publier des documents, comme
ceux détaillant la surveillance de dirigeants français

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Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

durant la campagne pour l’élection présidentielle de
2012, en partenariat avec Mediapart et Libération. Et
en 2013, l’organisation apportera une aide décisive à
Edward Snowden en lui envoyant sa journaliste Sarah
Harrison à Hong Kong pour organiser sa fuite. Mais
les « leaks » importants se font de plus en plus rares.

lesquels on a été beaucoup de ses soutiens à se dire
qu'il aurait dû tourner 7 fois son “draft” dans son
champ texte avant de tweeter… que s'il avait été mieux
entouré, mieux conseillé, moins isolé, il aurait fait
moins de ce qui apparaît comme peut-être des erreurs
de communication. »
« Twitter est une de ses seules fenêtres sur le monde, et
c'est un espace toxique où tout le monde rivalise pour
l'attention, la rapidité, le scoop, poursuit Fabio. Vu que
son exposition est le principal moyen de sa survie, il se
retrouve pris dans ce tourbillon. Je ne cherche pas à
le défendre à tout prix. J'ai lu des trucs sur son compte
Twitter qui m'ont foutu les boules. Je ne soutiens pas
tout ce qu'il dit, loin de là. Mais je prends ça avec un
peu de recul : si j'avais été enfermé pendant six ans
sans une promenade et sans voir la lumière du jour,
je me serais probablement pendu bien plus tôt et/ou
j'aurais dit des trucs encore plus délirants que cela… »

Edward Snowden et Sarah Harrison. © Wikileaks

« L’exil dans l’ambassade a considérablement réduit
la marge de manœuvre de l'organisation, aussi
en termes de développement, car ça a “ancré”
l'organisation autour de lui et sa situation, analyse
Fabio. Ça a rendu toutes les opérations beaucoup plus
compliquées à cause des implications de sécurité liées
à la surveillance permanente du lieu. Ça a également
contribué à focaliser l'attention sur sa personne
plutôt que sur l'organisation, le travail. Enfin, ça
a considérablement dégradé sa santé physique et
mentale. »

Difficile de dire ce que va maintenant devenir
WikiLeaks. « Ce qui adviendra de l'organisation,
je n'en ai pas la moindre idée, on verra. Ce
ne sont pas les organisations qui comptent, mais
les idées et les actes…, estime Fabio. L'héritage
de WikiLeaks est déjà à l'œuvre. Sans WikiLeaks,
il n’y aurait pas eu FrenchLeaks, FootballLeaks,
PanamaPapers, etc. Les nombreux journalistes et
individus inspirés par WikiLeaks, qui en resteront
inspirés et continueront d'agir quoi qu'il arrive.
J'espère que l'histoire retiendra cela plutôt que les
tweets écrits sous pression et en captivité par Julian. »

Pour ne rien arranger, Julian Assange multiplie
les prises de position polémiques, voire parfois
difficilement compréhensibles. En septembre 2017,
il affirme par exemple, chiffres à l’appui, que
le capitalisme, l’athéisme et le féminisme sont
responsables de la stérilité de nos sociétés qui, ellemême, est la cause de l’immigration.

Boite noire
* Le prénom a été modifié.

Au lendemain de l’élection présidentielle française, le
compte Defend Julian Assange se demande également,
dans un sondage proposé aux internautes, si Marine
Le Pen a perdu « à cause du sexisme ». Peu après, il
précise : « D’abord Hillary, maintenant Marine. C’est
2017 et l’emprise du patriarcat est aussi forte que
jamais. »

Mise à jour du 14 avril. Ajout de détails sur les propos
attribués à Hillary Clinton par le blog True Pundit sur
une attaque de drone contre Julian Assange.
Prolonger
a

« Peu à peu, sa détention l'a de plus en plus isolé,
dégradant sa santé, souligne Fabio. On a vu de plus
en plus de tweets publiés souvent tard la nuit pour

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Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

Directeur de la publication : Edwy Plenel
Directeur éditorial : François Bonnet
Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS).
Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007.
Capital social : 24 864,88€.
Immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS. Numéro de Commission paritaire des
publications et agences de presse : 1214Y90071 et 1219Y90071.
Conseil d'administration : François Bonnet, Michel Broué, Laurent Mauduit, Edwy Plenel
(Président), Sébastien Sassolas, Marie-Hélène Smiéjan, Thierry Wilhelm. Actionnaires
directs et indirects : Godefroy Beauvallet, François Bonnet, Laurent Mauduit, Edwy Plenel,
Marie-Hélène Smiéjan ; Laurent Chemla, F. Vitrani ; Société Ecofinance, Société Doxa,
Société des Amis de Mediapart.

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Rédaction et administration : 8 passage Brulon 75012 Paris
Courriel : contact@mediapart.fr
Téléphone : + 33 (0) 1 44 68 99 08
Télécopie : + 33 (0) 1 44 68 01 90
Propriétaire, éditeur, imprimeur : la Société Editrice de Mediapart, Société par actions
simplifiée au capital de 24 864,88€, immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS,
dont le siège social est situé au 8 passage Brulon, 75012 Paris.
Abonnement : pour toute information, question ou conseil, le service abonné de Mediapart
peut être contacté par courriel à l’adresse : serviceabonnement@mediapart.fr. ou par courrier
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également adresser vos courriers à Société Editrice de Mediapart, 8 passage Brulon, 75012
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