de la liberte et de sa signification dans la peinture des icones .pdf



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Le père Grégoire Kroug, un prophète de la beauté incréée.
De la liberté et de sa signification dans la peinture des icônes

"Voici, je fais toutes choses nouvelles..." 
Apocalypse, 21, 5

Le moine iconographe Grégoire fut dès sa vie sur cette terre unanimement reconnu
comme une personnalité hors du commun. Et lorsqu'il devint moine, sa dimension spirituelle
fut aux yeux de tous celle d'un grand mystique. Après les cinquante ans qui nous séparent de
son rappel à Dieu, nous ne devrions jamais l'oublier. Et lorsque nous évoquons sa mémoire,
nous  devons  garder   à l'esprit  que son art, et  particulièrement  la  liberté qui est  la sienne,
s'enracinent dans des profondeurs spirituelles rarement atteintes.
Bien que ce soit un artiste exceptionnel, sa liberté n'est pas d'ordre artistique. C'est une
liberté spirituelle qu'il a acquise à travers de grandes épreuves, par son renoncement à lui­
même et aux choses de la terre, par une obéissance monastique sans faille, vivant dans une
humble   soumission   à   un   père   spirituel   tout   aussi   exceptionnel,   l'archimandrite   Serge
(Chévitch), de bienheureuse mémoire. 
Le Seigneur a accordé le père Grégoire à notre génération comme une icône du peintre
d'icône. Si ceux qui ne l'ont pas connu ne croient pas en lui, « croyons du moins à ces œuvres1
»  qui témoignent que le Christ est en lui et qu'il est dans le Christ.
Qu'est­ce que l'icône sinon la représentation de la Ressemblance retrouvée de l'Image
de Dieu, que le Seigneur nous a révélée lors de la Transfiguration, lorsqu'il manifesta dans Sa
personne l'union de la divinité et de l'humanité?
Comment peindre cette Ressemblance si nous  ne pouvons  porter les yeux sur elle
quand   nous   peignons,   si   nous   n'en   possédons   pas   le   reflet   dans   notre   âme?   Comment
composer par nos propres forces, concevoir dans notre imagination humaine déchue, cette
Transfiguration de notre nature si nous n'en avons pas fait l'expérience? Comment l'homme
déchu pourrait­il réaliser par ses seules ressources ce miracle entre tous les miracles? Est­ce
sans raison que c'est le Seigneur Lui­même qui a imprimé la ressemblance de Son visage sur
le Mandylion d'Edesse?
Car, en effet, le seul canon iconographique que les Pères aient jamais édicté est la
ième
82   règle   du   Concile   Quinisexte2  qui   nous   prescrit   seulement,   en   peignant   l'icône   du
Sauveur, de manifester la gloire de Dieu dans la forme du serviteur, à travers l’humilité du
Christ incarné. L’icône doit démontrer que « Jésus est le Christ, le Fils de Dieu », pleinement
1 Saint Jean, 10, 38.
2 A ce sujet cf. Léonide Ouspensky, La théologie de l'icône dans l'Eglise Orthodoxe, Paris, 
1982, pp. 71­81.
1

homme et pleinement Dieu. L’Humanité doit  être représentée resplendissante d'une gloire
"comme   la   gloire   du   Fils   unique   venu   du   Père3»   qui   a   brillé   sur   les   Apôtres   lors   de   la
Transfiguration. 
Les   moyens   qui   sont   mis   à   notre   disposition   par   la   Tradition   sont   des   moyens
spirituels, il n'y en a pas d'autres. Comme le dit le saint Apôtre Paul, « nous n'avons pas reçu
l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que
Dieu nous a données par Sa grâce. Et nous en parlons, non avec des discours qu'enseigne la
sagesse humaine, mais ceux qu'enseigne l'Esprit, employant un langage spirituel pour des
choses spirituelles.4 »
La vie de père Grégoire, qui a passé sa vie d'anachorète à peindre quasiment nuit et
jour, nous enseigne que c'est en tant que peintre et dans son travail de peintre, que doit porter
essentiellement le travail ascétique de l'iconographe sur lui­même.
« Nous tous qui sommes hommes, nous sommes à l'image de Dieu; mais d'être à Sa
Ressemblance, cela n'appartient qu'à ceux qui par une abondance d'amour ont asservi leur
liberté à Dieu. En effet, lorsque nous ne nous appartenons pas, nous ressemblons à Celui
qui nous a réconciliés avec Lui par l'amour5. »
C'est   en   renonçant   librement   à   sa   propre   liberté,   que   le   peintre   parvient   à   la
Ressemblance de l'image et qu'il accède à la liberté spirituelle. La vision de la Ressemblance
est alors révélée à l'âme du peintre par l'Esprit Saint. Pour recevoir cette vision, le peintre doit
purifier lui même et son art, et faire pour cela la rude ascension de la Montagne du Thabor
aux côtés du Seigneur. Le peintre doit devenir ressemblant pour peindre la ressemblance.
« Quand l'homme a transgressé le commandement, le diable a recouvert l'âme toute
entière d'un sombre voile. Quand donc vient la grâce, elle enlève complètement le voile. Alors
l'âme purifiée et rentrée en possession de sa propre nature, créée irréprochable et pure,
contemple sans cesse en toute pureté, avec des yeux purifiés, la gloire de la vraie lumière et
le vrai soleil de justice, qui brille dans le cœur lui­même6. »
C'est l'état décrit ici  par saint Macaire qui permettait à père Grégoire de peindre les
images   envoyées   par   Dieu   dans   son  âme   sans   interférence,   et   de   mettre   ainsi   les   fidèles
directement en communion avec Dieu, la lumière passant de son cœur dans sa main, de sa
main sur son icône et de son icône dans le cœur des hommes. 
Cette   lumière   qui   habitait   père   Grégoire   est   aussi   beauté   de   Dieu.   Il   était   déjà
ressuscité   sur   cette   terre,   « le   corps   glorifié   par   la   lumière   ineffable   qui   habitait   dès
3 Saint Jean, 1,14.
4 1 Corinthiens, 2, 12­13.
5 Saint Diadoque de Photicée, Cent chapitres gnostiques, IV, S.C. n°5bis, p. 86, 10­16.
6 Saint Macaire le Grand, Ibid., Homélie XVII, 3, p.211.
2

maintenant   en   lui,   c'est­à­dire   par   la   vertu   du   Saint   Esprit   qui   était   pour   lui   vêtement,
nourriture, boisson, allégresse, joie et paix, ornement et vie  éternelle.  L'Esprit divin qu'il
avait été jugé digne de recevoir dès maintenant devint  pour lui beauté totale et éclatante et
splendeur céleste7. »
En effet, "de même que l'œil corporel, s'il est pur, voit nettement et sans cesse le
soleil, ainsi l'intellect parfaitement purifié voit­il continuellement la gloire lumineuse du
Christ, il est avec le Seigneur jour et nuit, de la même façon que le corps du Seigneur, uni à
Sa   divinité,   est   toujours   avec   le   Saint   Esprit.   Cependant   les   hommes   n'atteignent   pas
immédiatement à ces degrés, mais ils y parviennent par beaucoup de peines, de tribulations et
de combats8." Père Grégoire en effet, comme le dit saint Macaire, dut affronter beaucoup de
peines, de tribulations et de combats.
Lorsque l'homme se consacre totalement à la peinture, ces épreuves et ce combat ont
lieu dans l'icône elle­même; c'est l'activité même de peindre qui doit être purifiée de toute
passion pour que le miracle soit possible. Il faut que le peintre meure dans l'icône elle­même
pour ressusciter en elle quand Dieu le voudra. Le renoncement à la liberté artistique est une
mort à soi­même dans le processus entier de l'élaboration de l'icône, depuis  le choix des
modèles d'inspiration jusqu'au dernières finitions de l'œuvre. 
Le développement de la liberté artistique chez les iconographes, au contraire, est une
grave catastrophe pour l'Eglise.
Le renoncement à la liberté artistique
C'est  le  culte  de  cette  liberté  qui a  détruit  complètement  la  nature  prophétique  de
l'icône en la remplaçant par une œuvre humaine et relative, toujours  datée et limitée. Le
résultat de cette tendance est qu'il y a autant de variantes que de peintres,  chacun ayant
substitué   à  l'art  de  l'Eglise  sa  propre  posture  esthétique, sa  propre pose  maniériste.  Et,
mutatis mutandis, on peut leur appliquer les critiques qu'Ouspensky adressait jadis aux tenants
de l'art religieux.9: 
"Cette liberté consiste en une expression de la personnalité de l'artiste, de son moi. La
piété   personnelle,   les   [goûts]   individuels,  l'expérience   de   telle   ou   telle   personne
humaine passent avant la confession de la vérité objective de la révélation divine [dans
l'image qui, par là, n'est plus qu'un prétexte à la création de l'artiste]. C'est, en réalité,
le culte de l’arbitraire. Ajoutons que, dans une image [de ce type], cette liberté s'exerce
aux dépens de celle des spectateurs [qui sont également sollicités selon leurs goûts
7 Saint Macaire le Grand, Ibid., V, (9) 23, p.133.
8 Saint Macaire le Grand, Ibid., XVII, 4, p.211­212.
9 Nous avons introduit entre crochets dans le texte d'Ouspensky des ajouts qui explicitent en 
quoi la critique d'Ouspensky, bien qu'adressée  à l'art religieux, concerne tout autant les 
peintres contemporains.
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personnels et appelés à donner leur adhésion esthétique au style de tel ou tel peintre.
L'adhésion au plaisir esthétique devant l'image se substitue à la communion de prière
et à l'oubli de soi qui l'accompagne. Les fidèles sont privés de ce que la liturgie devrait
leur   apporter]: l'artiste   leur   présente   sa   personnalité   qui   s'interpose   entre   eux   et   la
réalité de l'Église, [l'artiste s'interpose entre eux et Dieu]. Ceci ne peut que provoquer
[­ peut­être après un enthousiasme esthétique passager ­ une indifférence, une fatigue,
une lassitude, une distraction et un éloignement de Dieu et des Saints, avec lesquels le
contact se révèle secondaire, au lieu d'un renouvellement]; et ce qui était destiné à
stimuler la piété des croyants, confirme les incroyants dans leur impiété. Un artiste
qui, consciemment ou inconsciemment, s'engage dans cette voie, est esclave [de ses
goûts, du plaisir esthétique et donc de son ego, de sa réussite en tant qu'artiste, par
suite forcément de sa gloire et finalement de l'argent qui l'accompagne]. L'image créée
par   lui   perd   inévitablement   sa   valeur   liturgique   [comme   sa   force   spirituelle   et
pastorale]. 
« De plus, la conception individualiste de l'art détruit forcément son unité et prive les
artistes du lien qui les unit les uns aux autres et à l'Église. La catholicité cède le pas au
culte du personnel, de l'exclusif, de l'original. 
« Tout autre [devrait être] le chemin suivi par la peinture liturgique orthodoxe. C'est la
voie de la soumission ascétique, de la prière contemplative, [de la pauvreté]. La beauté
d'une   icône,   quoique   comprise   par   chacun   de   ceux   qui   la   regardent   à   sa   façon
personnelle,   dans   la   mesure   de   ses   possibilités,   est   exprimée   par   l'artiste
objectivement,  selon   le   refus   conscient   de   son   moi,   s'effaçant   devant   la   vérité
révélée. La liberté ici consiste en la « libération de toutes les passions, et de tous les
désirs de ce monde et de la chair », suivant saint Syméon le Nouveau Théologien.
C'est la liberté spirituelle, celle dont parle saint Paul : « Là où est l'Esprit du Seigneur,
là est la liberté10. » La qualité liturgique et spirituelle de l'art est proportionnée au
degré   de   liberté   spirituelle   de   l'artiste.   Cette   voie   est   la   seule   qui   mène   la
personnalité de l'artiste à la plénitude de son importance réelle11. » 
Cette liberté n'est accordée au peintre que par l'Esprit Saint. La grâce collabore à la
réalisation d'images qui sont révélées au peintre d'en haut, qui apparaissent en lui sans qu'il
fasse aucun effort pour cela12. Il est simplement disposé à les recevoir par son amour pour
Dieu et son humilité. Sur le plan psychologique, l'exercice de sa volonté consiste à ne pas
10  2 Corinthiens. 3, 17
11 Léonide Ouspensky, « Quelques mots sur le sens dogmatique de l’icône », dans L’Église 
des Trois Saints Hiérarques et l’œuvre de Léonide A. Ouspensky et du moine Grégoire 
(Krug) , Patriarcat de Moscou, Diocèse de Chersonèse, Paris, 2001, p. 121­122.
12  St Luc, 12,27; St Matthieu, 6, 24­34
4

faire obstacle ­ par des choix personnels, des goûts, un perfectionnisme tout humain ­  au don
de Dieu. 
La liberté spirituelle consiste à ne faire plus qu'un avec la grâce de Dieu.  Comme   le
dit saint Silouane: « Voici la vraie liberté, c'est d'être en Dieu  ». (...) La douceur du Saint
Esprit régénère l'homme tout entier et lui donne d'aimer Dieu parfaitement. 13. » Tant que cette
grâce n'est pas encore accordée, le Seigneur, dans Sa sagesse, envoie toujours ses dons d'une
manière mortifiante pour le peintre.
Le but de l'icône, sa fonction liturgique et spirituelle, en mettant Dieu en relation avec
les hommes, est de conformer l'être de l'homme à la Ressemblance avec le Christ, guider
l'image de Dieu sur cette voie. Le peintre ne peut le faire que si Dieu le fait en lui et avec lui.
« Le Fils ne peut rien faire de Lui­même qu'Il ne le voit faire au Père; ce que fait Celui­ci, le
Fils le fait pareillement car le Père aime le Fils et Lui montre tout ce qu'Il fait 14. Mais le Fils
Unique   devint   le   Fils   de   l'Homme   ;   Il   devint   en   toutes   choses   semblable   à   nous.   C'est
pourquoi tout ce qu'Il dit à propos du Fils de l'Homme, sur Lui­Même, peut s'appliquer à
chacun d'entre nous. Et donc, puisque le Père nous aime, Il nous montrera toutes les choses
qu'Il fait et comment Il les fait. Cela veut dire qu'en dernière analyse,  chacun de nous est
appelé à la collaboration à l'acte créateur éternel du Père.15 » 
Il n'y a que par un repentir profond que le peintre peut s'approcher de la Ressemblance.
« La prière de repentir accompagnée de pleurs profonds,  nous arrache au péché
sous toutes ses formes. En purifiant l'intellect et le cœur, elle les rend capables de percevoir
les opérations de l'Esprit Divin, même jusqu'à voir la lumière incréée. C'est précisément dans
cet état que l'homme qui prie devient théologien, car il contemple les réalités du monde d'en
haut comme des évidences. C'est cela vivre la théologie16. » 
Avec le père Grégoire qui a ainsi accédé à  la théologie comme état, l'icône devient
alors pleinement théologie et nous révèle les mystères de Dieu. Comme le Bon Larron sur la

13 Saint Silouane, "De la volonté de Dieu et de la liberté", Saint Silouane, vie, doctrine, 
écrits, Paris, 2016, pp.315­317
14 Saint Jean, 5, 19
15 Archimandrite Sophrony, Préface à Wisdom from Mount Athos, traduit en français dans 
Vie chrétienne et inspiration créatrice, Buisson ardent, Cahier Saint Silouane l'Athonite, 
n°23, pp. 10­11. C'est nous qui soulignons.
16 Archimandrite Sophrony, La prière expérience de l'Eternité, Paris, 1998, p.166
5

Croix, le peintre parvient par sa confession  à  la connaissance de la Parole de Dieu 17. Et
« lorsque la mort est morte, le disciple de la théologie est illuminé18 ».
Dans cette optique ascétique et mystique que nous indique père Grégoire, l’approche 
ou l’éloignement de l'humilité constitue la boussole du peintre. Comme le dit Saint Silouane 
de l'Athos: « Je désire la vraie liberté et je la cherche jour et nuit. J'ai compris qu'elle est 
auprès de Dieu et que Dieu la donne à ceux qui ont le cœur humble, qui se sont repentis et qui
ont retranché leur volonté propre devant Lui. (...) Quand le Saint Esprit nous pardonne nos 
péchés, l'âme reçoit la liberté de prier avec un esprit pur; alors elle contemple librement Dieu
et demeure paisible et joyeuse en Lui. C'est cela la vraie liberté19.» C'est ainsi seulement que 
l'iconographe peut reproduire sur sa planche l'image que reflète le miroir de son âme. C'est 
pourquoi, de telles icônes nous montrent la beauté de Dieu, elles nous montrent le projet de 
Dieu sur l'homme devenu ressemblant au Christ qui communique à Sa créature Sa propre 
Beauté, la Beauté incréée. 
Tel Moïse, « rayonnant de gloire, (...) l'ardent amant de la beauté, recevant ce qui lui apparait
continuellement comme une image de ce qu'il désire, aspire à se remplir de l'empreinte même de
l'Archétype; et la demande audacieuse de l'âme qui monte la Montagne du désir, c'est de ne pas jouir
de la beauté par des miroirs et des reflets, mais face à face20 ». L'icône met ainsi, paradoxalement, le
fidèle en communion Face à face avec son créateur. Le peintre qui s'est totalement effacé dans son
travail, unit le fidèle à Dieu sans intermédiaire.

L'objet et l'action d'une telle icône est celle de la Sainte Ecriture: prêcher la Bonne
Nouvelle à toute la création! Aux hommes, elle annonce la Bonne Nouvelle du salut.
A la recherche d'une icône catholique
L'icône est une œuvre divino­humaine et ne supporte rien d'étranger à la grâce. Ce
n'est que la lute contre le péché et la mort, dans l'image elle­même, et contre l'égoïsme sous
toutes ses formes, pour obtenir la collaboration de la grâce de Dieu, qui permet d'accéder à la
liberté spirituelle ­ à travers laquelle s'affirme et se révèle A SON INSU la personnalité du
véritable iconographe, et qu'il parvient sans le vouloir à la catholicité de l'image:
"Par l'ascèse, suprême Ressemblance, écrit père Grégoire, l'image de Dieu s'inscrit  
dans le tréfonds de l'homme et cet effort constructif, ininterrompu et inaliénable est la 

17 Cf. Ordinaire de carême, Neuvième heure, second tropaire.
18 Saint Jean Climaque, L'Echelle, 30, 23, Traduction Deseille, Bellefontaine, 1978, p. 308.
19 Saint Silouane, De la volonté de Dieu et de la liberté, Ibidem, pp.315
20 Saint Grégoire de Nysse, La vie de Moïse, 403D­404C, SC. n°1bis, p.106­3108.
6

condition fondamentale de la vie de l'homme, une sorte d'empreinte de l'image du  
Christ sur les  fondements de l'âme21."
C'est alors seulement qu'une icône du Christ est vraiment ressemblante au Seigneur
et   qu'en   retour   apparait   réellement,   comme   le   dit   Ouspensky,   « avec   la   plénitude   de   son
importance réelle», la personne de l'iconographe: « Aussi vrai que Je vis, dit le Seigneur, Je
glorifierai ceux qui Me glorifient» 22 et cela, d'une manière qui le rend représentatif de toute
l'Eglise, non individuellement mais hypostatiquement.  
Par le travail accompli dans l'image, par le ministère prophétique qu'il assume dans
l'Eglise, corps du Christ, le peintre accède à l'unité spirituelle avec tous les hommes dans la
communion du Saint Esprit.  A l'insu du peintre, les  caractéristiques individuelles  de son
travail prennent alors une dimension universelle où tous se reconnaissent, comme si elle était
leur bien propre, comme si elle représentait la forme à laquelle le désir de tous  aspire  à
parvenir. Elle apparait à chacun comme son expression naturelle, tous peuvent se l'approprier
sans   aliénation.   Elle   est   suffisamment   souple,   sobre   et   perméable   à   la   grâce   pour   que  le
Seigneur s'y manifeste immédiatement, tant sur le plan de la forme que du contenu. Pour que
s'y manifeste la liberté de l'Esprit.
C'est pour cela que l'œuvre d'un tel peintre devient  catholique. Par l'action de Dieu,
l'image   créée   par   lui   devient   comme   l'expression   hypostatique   de   tous,   l'icône   où   tous
reconnaissent leur Christ et se reconnaissent dans le Christ.
Et   c'est   à   ce   prix   qu'une   icône   peut­être   à   la   fois   pleinement   traditionnelle   et
pleinement contemporaine. 
Autrement, il s'agit seulement d'un style "à la mode"...
Pour ceux qui ont l'œil un peu exercé, Dieu sait combien les icônes de père Grégoire et
celles d'Ouspensky sont différentes. Elles se distinguent au premier coup d'œil et pourtant,
l'unité d'inspiration est évidente. Ni l'un ni l'autre ne voulaient entendre parler de style. Ils ne
pouvaient pas peindre autrement; tout simplement, ils n'avaient pas le choix. La question ne se
posait pas pour eux, ils peignaient avec leur être même, c'était pour eux une question de vie
ou   de   mort   spirituelle.   Comment,   dans   ces   conditions,   adopter   telle   ou   telle   posture
esthétique? Ils cherchaient seulement une icône qui les sauve; l'important était le but, l'union à
Dieu. Ils n'ont pas cherché à se copier l'un l'autre mais chacun, dans sa quête, explorait les
sentiers ouverts par l'autre.
Et pourtant, leur peinture, encore trop peu connue, souvent placée sous le boisseau,
marque notre  époque. En dehors de Kroug et d'Ouspensky, en effet, personne encore n'a
réussi   à   créer   de   "style"   iconographique   contemporain,   autrement   dit  une   forme

21 Moine Grégoire Kroug, Des représentations sacrées, Carnets d'un peintre d'icône, 
Lausanne, 1983, p. 35.
22 1 Samuel, 2, 30
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iconographique   contemporaine   qui   devienne   catholique,   c'est­à­dire   dont   l'évidence
s'impose naturellement à toute une génération, sinon plusieurs.  
Conclusion
Chez   père   Grégoire,   par   suite   de   la   période   de   souffrances   et   de   ténèbres   qu'il   a
traversée et qui l'a totalement vidé de lui­même et de son ego, le renoncement à la liberté
artistique n'a pas été premier, mais plutôt la nécessité de se retrouver lui­même et de laisser
l'inspiration d'en haut le posséder tout entier. Pour lui qui était d'un tempérament artistique
profondément   réaliste,   par   l'entrée   progressive   dans   la   contemplation   de   la   création
transfigurée, dans la vision des hommes et des choses couverts de la lumière divine, la liberté
spirituelle s'est accomplie dans une liberté artistique d'un autre ordre, transfigurée elle aussi
par la riche bénédiction de Dieu. La liberté artistique « lui a été rendue dès ce siècle­ci avec
des persécutions23», et son art présente un réalisme d'un autre ordre, spirituel, selon lequel il
peignait « d'après la nature» transfigurée de la nouvelle création, telle qu'elle vit dans l'éternité
de Dieu. 
« Affranchi qu'il était de la servitude de la corruption »,  rempli de « la liberté de la
gloire des enfants de Dieu,24» sa liberté spirituelle est le garant de la Vérité et de la Sainteté
des images qu'il nous a transmises. Car « le Seigneur, c'est l'Esprit; et là où est l'Esprit du
Seigneur, là est la liberté.25»
Pour les peintres d'icône qui veulent cheminer sur les traces de père Grégoire, le but
est donc d'acquérir l'Esprit du Seigneur sans Qui la liberté n'est qu'une illusion. Aussi, comme
nous le dit saint Macaire, « mettons notre foi dans le Dieu tout puissant, approchons nous
avec un cœur simple et sans complication de Celui qui accorde la participation à l'Esprit au
moyen de la foi et non en proportion des œuvres de la nature. (...) Et ainsi nous éprouverons
la certitude intime de l'Esprit26.»
Renonçons donc à mettre notre confiance dans « les œuvres de la nature» c'est­à­dire
dans la virtuosité technique, dans notre expérience de peintre, dans nos choix esthétiques,
dans notre  érudition historique, dans  notre talent, dans le raffinement de nos  goûts, mais
levant les yeux vers le Seigneur Christ, demandons Lui avec simplicité son Esprit Saint et
qu'Il inspire et emplisse notre cœur et notre peinture de Sa grâce, pour le salut de ceux qui
prient.
23 St Marc, 10, 29­30
24 Romains, 8, 21
25 2 Corinthiens, 3, 17
26 Saint Macaire d'Egypte, Homélies spirituelles,  XXXVII, 7. Traduction Deseille, 
Bellefontaine, 1984, p308.
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