Mémoire de Philosophie Raphaël Bessis L'Entrepreneur.pdf


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Première Révolution Industrielle à la fin du XVIIIème siècle. C’est donc tant par des critères
objectifs et phénoménologiques d’une part que par des critères théoriques d’autre part que le
choix du point de départ de notre analyse fixé autour de la moitié du XVIIIème siècle nous
paraît raisonnable.
L’appartenance de la notion d’entrepreneur au champ de l’économie paraîtrait justifiée
donc par sa fixation théorique par les économistes, mais également par l’activité de
l’entrepreneur qui est bien économique puisqu’elle vise à fonder une entreprise. Pourtant,
apparaît là une contradiction et un premier paradoxe. En effet, les économistes ont peiné à
s’accorder sur un dénominateur commun au sujet de la définition de l’entrepreneur. Certains
l’ont associé au preneur de risque, d’autres à la détention des moyens de production, d’autres
enfin à la direction même de l’entreprise. Le seul point de convergence entre les visions des
économistes est la définition de l’entrepreneur par sa fonction économique. L’entrepreneur
entretient l’entreprise et le circuit économique, il a un rôle économique et a donc par là même
une fonction économique – de prise des risques, de détention du capital, de direction –, c’est
ce qui semblerait le caractériser le plus.
La dissension des économistes au sujet de la définition de l’entrepreneur semble mettre en
échec le prétendu monopole théorique des sciences économiques sur l’entrepreneur. Leur
désaccord théorique montre qu’à bien des égards l’entrepreneur est une figure qui échappe à
une définition rigide et réductrice. Si l’entrepreneur est tantôt le capitaliste (lequel investit un
capital et détient les moyens de production), tantôt le manager (lequel assure la gestion et
l’utilisation des ressources travail et capital dans l’entreprise et a une fonction de
commandement), tantôt l’innovateur (lequel commercialise une invention dont il peut être
l’auteur), apparaît alors le caractère insaisissable de l’entrepreneur. Définir l’entrepreneur par
sa fonction économique, le définir comme un agent économique apparaît dès lors comme une
facilité théorique qui manque ce qu’est vraiment l’entrepreneur. Du fait précisément de ce
caractère volatile et irréductible, apparaît alors que l’entrepreneur est une figure de la liberté,
car, tout comme la liberté, il est celui qui ne saurait être réduit et figé par la nécessité à un rôle
purement économique. L’entrepreneur ne saurait être réduit à un agent économique car là où
il y a un agent, il y a nécessairement un conditionnement qu’exerce un système sur ce dernier.
Parce qu’il est mouvement constant, l’entrepreneur échappe au conditionnement de
l’économie pensée comme système. Néanmoins, faire l’inventaire de la pensée économique
traitant des fonctions de l’entrepreneur dans l’économie nous paraît indispensable pour
comprendre l’entrepreneur de prime abord.
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