Mémoire de Philosophie Raphaël Bessis L'Entrepreneur.pdf


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Figure de la liberté, l’entrepreneur reste néanmoins une notion incarnée. L’entrepreneur
s’incarne bien par l’acte de fondation de l’entreprise qu’il crée et par l’action dont il est auteur
en érigeant puis en dirigeant son entreprise. Il s’en suit que ce dernier est bien une figure de
l’action, qui est précisément de la liberté en actes. L’échec des économistes à définir
l’entrepreneur autrement que par sa fonction dans un système annonce le glissement
nécessaire de la notion de l’entrepreneur dans le champ de l’action. La grille de lecture de la
philosophie de l’action nous amène alors à réellement comprendre qui est l’entrepreneur, ses
motifs et les modalités de son action.
Défini comme homme d’action dont l’action s’incarne nécessairement par la création d’une
entreprise, l’entrepreneur se voit ainsi doté d’un halo de motifs nouveaux dont vient se parer
son action. Son action est tout d’abord bien économique et la recherche de profits constitue
l’un des motifs qu’il poursuit. Son action sur l’économie devient alors clairvoyante et non
plus mécanique puisque c’est sous son impulsion que se constituent les marchés et que
s’expliquent les cycles de l’économie. Plus encore, sous une quantité de motifs extraéconomiques tels que la recherche d’indépendance, le désir de puissance, la recherche d’une
existence libre ou bien encore le bien de la société, l’action de l’entrepreneur se voit
considérablement enrichie et peut être vue à la lumière d’un éclairage aussi méconnu
qu’essentiel. L’action de l’entrepreneur est d’abord sociale, et cela s’incarne aussi bien chez
l’entrepreneur social que chez tout entrepreneur qui par son action confère des rôles à toutes
les parties prenantes à son action, assouvit des besoins humains fondamentaux, œuvre pour la
justice sociale et essaime les graines de la confiance dans un tissu social donné. L’action de
l’entrepreneur résonne enfin avec l’action véritablement démocratique car elle est celle qui
résout le problème du principal-agent et qui combat l’aléa moral. L’action de l’entrepreneur
est ainsi intensément féconde voire démiurgique car elle préside à ériger de nombreux pans du
monde matériel et symbolique qui nous entoure.
Pris dans le champ de l’action humaine, l’entrepreneur apparaît ainsi de prime abord
comme tout être humain agissant. Or cela serait considérer l’action de l’entrepreneur comme
une action quelconque. Il n’en est rien puisque dans son action, l’entrepreneur révèle la vérité
de l’action. En étant auteur d’une action à la fois éminemment audacieuse et murement
réfléchie, fondamentalement incertaine car en proie à une contingence absolue, aussi bien
matérielle dans l’acte de création d’une entreprise que féconde dans l’acte de création d’un
monde symbolique, l’entrepreneur advient comme le dépositaire de l’action dans son
acception la plus noble et coïncide avec la vérité de l’action. Plus encore, dans une humanité
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