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Petite Chronique des Guiot de Fresnes sur Escaut .pdf



Nom original: Petite Chronique des Guiot de Fresnes-sur-Escaut.pdf
Titre: Petite Chronique des Guiot de Fresnes sur Escaut
Auteur: Thérèse Guiot

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Petite Chronique

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Petite Chronique des Guiot
de Fresnes-sur-Escaut
par Thérèse Guiot (the.houdart@orange.fr)

Fouiller dans les archives en déchiffrant les actes de naissance, de mariage et de décès, c'est
comme lire une étude en pointillé sur la population d'un village ou comme visiter un immense
cimetière dont les tombes seraient restées intactes pendant plus de trois siècles. On commence
par repérer des noms qui reviennent régulièrement pendant toute la période, puis on s'attarde à
regarder l'âge auquel les gens sont décédés et leur profession, on remarque des parentés et on
essaie de reconstituer des familles.
Aujourd'hui, notre lignée s'est éteinte avec le dernier fils de Lucien Guiot, notre ancêtre
paternel, et il ne reste plus aucun Guiot inscrit dans l'annuaire du téléphone à Fresnes ni à
Condé sur Escaut, et seulement quatre ou cinq à Valenciennes et alentours. C'est le moment
d'écrire l'histoire de notre lignée. Aussi loin que l'on remonte dans l'arbre généalogique des
Guiot aboutissant à Lucien Guiot, on ne quitte jamais Fresnes-sur-Escaut. Or les archives du
département du Nord ont été récemment mises en ligne. C'est une chance extraordinaire, car,
malgré quelques lacunes malheureuses, ces copieuses archives remontent depuis 1932 jusqu'à
l'année 1650, autrement dit jusqu'au règne de Louis XIV.
À cette époque Fresnes n'était encore qu'un hameau rural dépendant de Condé sur Escaut.
Louis XIV monta sur le trône en 1643 à l'âge de cinq ans mais il ne régna personnellement qu'à
la mort du cardinal Mazarin en 1661. Il meurt en 1715. Nous pouvons ainsi remonter notre
arbre généalogique pratiquement jusqu'au début du règne du Roi-Soleil, puisque nous
retrouvons des Guiot nés en 1645 qui sont nos ancêtres en ligne directe. Au-delà de 1932, nous

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n'avons plus d'archives contenant les actes de naissance, mariage et décès. Mais nous en savons
déjà suffisamment pour arriver jusqu'à Lucien Guiot, né en 1861.
La famille n'a laissé qu'une seule trace à Fresnes, les Sirops Guiot, une petite entreprise créée
par un lointain cousin en 1871, dont je ferai plus loin l'historique. L'entreprise emploie
aujourd'hui une trentaine de salariés pour un chiffre d'affaires de 12 M€ et nous achetons leurs
produits sans le savoir sous la marque des grands distributeurs (Casino ou autre) qui
commercialisent incognito les 3/4 de sa production.

Ce qui frappe au premier abord quand on ouvre ces registres, c'est l'écriture des curés, qui
furent dans l'ensemble des gens instruits, à l'orthographe impeccable, et dont le travail semble
avoir été incessant sinon harassant : jusqu'à sept inhumations par jour à certaines périodes,
notamment en 1849… sans compter les mariages et surtout les innombrables baptêmes. Le
premier à apparaître, en 1686, est le bien nommé abbé A. JESU. Il signera les registres jusqu'en
1717 (il meurt en 1731). Les premiers temps, il se contente de noter une date et un nom et son
écriture est encore un peu raide et brusque, comme dans cet acte daté de l'année 1686, notant le
décès d'une certaine Marguerite Guiot, âgée de 16 ans, qui serait donc née en 1670.

Cet acte est le premier de tous concernant un personne du nom de Guiot à Fresnes-surEscaut. L'acte est difficile à lire. Il dit : "le 27 du dit est aussi morte Marguerite Guiot âgée de
16 ans, enterrée dans le cimetière", signé A. Jesu. Malheureusement, il est impossible, avec si
peu de renseignements, d’être certain que cette Marguerite faisait partie de nos ancêtres, mais
c’est tout de même fort probable car tous les Guiot qui viendront après elle sont apparentés.

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A la fin de son sacerdoce, l'abbé Jesu rédigera des actes beaucoup plus complets, où l'on
apprendra le nom des parents de la personne en question, sa profession ainsi que les noms et
professions de plusieurs témoins, souvent apparentés au mort ou au nouveau-né, ce qui
constituera une mine de renseignements sur sa famille. L'écriture de l'abbé deviendra souple et
très sophistiquée au fil du temps, jusqu'à devenir presque une œuvre d'art (ci-dessous un acte
de 1714 notant la naissance de Jeanne Trellecat dont je parlerai plus loin). C'est l'écriture d'un
homme intelligent et cultivé, qui avait certainement quelques notions de grec, car il forme ses
"e" à la façon d'un epsilon. Cependant, la sophistication de cette écriture trahit un esprit quelque
peu tortueux.

Ce curé fut en effet, presque certainement, un redoutable séducteur, car dans la commune
voisine de Rumegies (mais pas à Fresnes !) furent enregistrées à son époque de nombreuses
naissances de citoyens portant le patronyme révélateur JESUSPRET… qui désigne ce prêtre
plus précisément (de mon point de vue) que bien d'autres patronymes courants à toutes les
époques et dans toute la France tels DOMINE, CURÉ, LEPRÊTRE, LEMOINE, L'EVÊQUE,
voire L'ARCHEVÊQUE, etc.

À partir de 1717, le nouveau curé s'appelle Van Opstal (ce qui veut dire "du bâtiment" et non
pas "de l'hôpital"). Sa signature est envahissante et trahit son arrogance. Ce personnage, qui
cherche à en imposer, est aussi très peu scrupuleux quand il rédige ses actes. Il les fait d'ailleurs

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régulièrement rédiger par un clerc, dont l'écriture simple contraste fortement avec celle du
signataire (ci-dessous). Ce clerc était probablement notre ancêtre Michel Guiot, comme on le
verra plus loin. De nombreux enfants sans nom, inscrits comme "enfant à untel", sont inhumés
à son époque, de même que des adultes dont l'abbé ne note que le prénom, usant et abusant des
points de suspension (ex. "Jules… valet chez monsieur de Campagné"). Il lui arrive même
d'enterrer des gens dont il ne connaît ni le nom ni le prénom : "le trois de mai 1722 est décédé
… et a été inhumé…". Il indique parfois la profession du décédé, mais jamais son âge ni les
noms de ses père et mère. Quand il s'agit d'une jeune femme adulte, il inscrit "fille à marier" ou
tout simplement "Louise Untel à marier". Il meurt en 1731, comme son prédécesseur et…
comme notre ancêtre.

Un nouveau curé, dont l'écriture est hésitante, arrive dès 1728. Celui-ci ne note plus que la
date et, quand il le connaît, le prénom du bébé ou du décédé ! Bref, un curé qui ne semble pas
non plus bien intégré à sa paroisse. Quelques temps plus tard apparaît enfin l'inimitable abbé
Deruesne, le plus extraordinaire de tous les curés de Fresnes qui officiera jusqu'en 1764, un
sacerdoce de près de trente-cinq ans… Ses actes sont pleins de ratures et son écriture valse pas
mal. L'abbé avait probablement un penchant pour la bouteille, mais l'alcool ne l'a manifestement
pas tué ! Il écrit "juillette" pour "juillet", mais il ne dit plus "femme à untel", mais "femme de"…
L'acte ci-dessous enregistre la mort de notre plus ancien ancêtre connu, Michel Guiot
(1645-1731), dont je vais enfin parler tout de suite.

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Les premières générations
Le premier Guiot dont on est assuré qu'il était notre ancêtre est certainement Michel Guiot,
dont on retrouve la trace à l’occasion de sa mort en 1731 et une ou deux fois en tant que témoin
d’une naissance ou d’un décès. Nous ne savons rien des parents de ce Michel Guiot, dont le
prénom est souvent suivi du mot "clercq" (que j'ai lu "Thiery" pendant longtemps…). L'abbé
Deruesnes précise même que ce Michel avait été "clerc dans cette commune l'espace de
cinquante quatre ans", autrement dit depuis 1677. Michel avait donc trente deux ans quand il
commença à faire fonction de clerc pour sa paroisse, et ce jusqu'à sa mort en 1731, qui eut lieu
huit mois après celle de son curé Antoine Van Opstal dont il pourrait avoir rédigé l'acte de
décès. On remarque en effet que tous les actes précédant de quelques mois la mort de ce curé
sont d'une main inconnue jusque-là. Celle de Michel ? C'est probable, c'est même presque
certain, vu la similitude des écritures : en 1724 – il avait alors près de 80 ans –, il apposa sa
signature au bas d'un acte, nous laissant par là une énigme, car sa signature est accompagnée
d'un signe bizarre, marquant peut-être son appartenance à une confrérie quelconque. La francmaçonnerie ? Ce serait étonnant pour un clerc clérical. Je penche pour l'explication que m'a
donnée un ami : un façon de signifier que le signataire est un clerc, autrement dit un lettré. Ces
calligraphies permettaient en effet au signataire, tout en certifiant l'authenticité de l’acte, de se
distinguer des autres qui ne savaient pas écrire et de montrer leur habileté à l’écriture.

Signature de Michel Guiot, clerc, notre plus lointain ancêtre, datée de 1724

Qu'est-ce qu'un clerc ? Sous l'Ancien Régime, un clerc était un laïc choisi parmi les membres
de la paroisse. Il ne faisait pas partie du clergé. Il n'avait pas prononcé de voeux monastiques. Il
pouvait exercer d'autres fonctions (tailleur d'habits ou cultivateur par exemple). Il devait avoir
une bonne connaissance de la liturgie, être pieux, savoir lire et écrire, connaître le latin. Le clerc
laïc était entièrement soumis au prêtre de sa paroisse. Il pouvait être sonneur, bedeau, il était
chargé de l'enseignement religieux, de la lecture et de l'écriture auprès des enfants, aidait le curé
aux offices, rédigeait parfois les actes sur les registres paroissiaux (l'abbé van Opstal en
profitera régulièrement), et il pouvait servir de témoin. Il était parfois appelé "magister" ou
"clerc de la paroisse" ou "clerc lai". Michel Guiot fut donc un clerc, c'est-à-dire un homme
instruit et influent dans son village. On s'apercevra bientôt que ses descendants le furent aussi et
que, au moins jusqu'à la Révolution, tous surent écrire sans difficultés, y compris les femmes,
et que plusieurs de ses descendants furent également clerc paroissial et ensuite officier
municipal, le dernier en date étant, à ma connaissance, Augustin Guiot, actif jusque dans les
années 1870. Faut-il faire remonter cette tradition jusqu'au clerc Guiot qui recopia les œuvres de
Chrétien de Troyes au XIIIe siècle, au poète satiriste Guiot de Provins ou à Guiot de Dijon,
trouvère bourguignon du début du XIII siècle ? Ce serait difficile à prouver, mais on peut en
rêver… Il ne serait pas impossible en tout cas que Michel Guiot ait appris le latin à l'abbaye
toute proche de Saint-Amand-les-Eaux (à 10 km env.), l'une des plus importantes abbayes du
Nord de la France, célèbre pour son scriptorium et sa bibliothèque. C'est là que fut copié au IXe

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siècle la Cantilène de Sainte Eulalie, premier poème en langue romane. Fondée vers 635 par
saint Amand, l'évangélisateur de la Gaule belgique sous le patronage du roi Dagobert, l'abbaye
fut entièrement reconstruite vers 1650. Michel Guiot n'était alors qu'un enfant. Le cardinal
François-Marie de Médicis en fut l'abbé entre 1705 et 1709, ce qui dut impressionner notre
clerc.

Enluminure de la Vie de Saint-Amand et l'abbaye au XVIIe s. avant sa destruction à la
Révolution

Michel Guiot fut aussi un personnage exceptionnel pour l'époque, parce qu'il est mort "alors
âgé de 86 ans", le 1er novembre 1731. Il était donc né en 1645. Louis XIV avait alors tout juste
sept ans. L'année suivante, on construisait à Fresnes l'église Saint-Géry. L'abbé Deruesnes, qui
n'avait jamais enterré que des enfants en bas âge ou des gens ne dépassant pas la quarantaine,
prit soin de noter son âge, ce qu'il faisait exceptionnellement, et il précisa même, chose qu'il
n'eut pas une seconde fois l'occasion de faire au cours de sa très longue carrière, que ce diable
de Michel "avait eu quatre femmes". On connaît leurs noms, ce qui relève presque du miracle,
surtout pour la première, car l'acte qui la nomme à l'occasion de son décès en 1690 est si
difficile à lire que l'on devine plutôt un nom comme Adrienne Billmann "en son vivant femme à
Michel Guiot clercq". L'abbé Jesu indique son âge : "42 ans ou environ". Elle était donc née
vers 1648. Nos premières archives ne remontent pas jusque-là. Mais par recoupements et après
de longues recherches, j'ai compris que la première lettre de son nom était un W et j'ai
finalement découvert dans une liste le nom d'Adrienne Wilmart. En fait, son vrai nom devait
être Adrienne Wilmant, sans doute native de Thivencelle, une commune jouxtant celle de
Fresnes, où il y eut de très nombreux Wilmant par la suite, mais il y eut aussi quelques Wilmart
à Boussu en Belgique, à 10 km de Condé-sur-Escaut.
1645 Michel Clerq GUIOT † 1/11/1731 X 1.—Adrienne Wilmant °1648 † 25/03/1690
1665 André GUIOT, laboureur puis cabaretier, † 22/03/1742
1670 Marguerite † 1686
1672 Jeanne Marie épouse un veuf Jacques Mosin † 1715
1674 Marie Catherine † 1704 épouse Jean François DAYEZ (2 enfants)
1677 Nicolas † 1695
1686 Jacques Antoine †1695

C'est encore indirectement que j'ai appris qu'elle eut un fils nommé André, notre ancêtre direct,
né aux alentours de 1665. Supposons donc qu'elle avait épousé Michel Guiot en 1664 ou 1665,
alors qu'il avait moins de 20 ans. On devine que leur union fut un peu précipitée car Adrienne

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n'avait que 17 ans… Néanmoins, ils restèrent unis pendant vingt-cinq ans et eurent encore,
après notre André, cinq enfants dont aucun garçon ne dépassa l'âge de 18 ans. Seules deux de
ses filles eurent le temps de se marier et de faire quelques enfants.
Veuf à 45 ans, Michel ne tarda pas à se remarier avec une jeune femme de douze ans sa
cadette, Jacqueline de Langre, qui le laissa encore veuf cinq ou six ans plus tard, avec un seul
enfant vivant sur les quatre que cette Jacqueline mit au monde. Michel épousa ensuite, vers
1700, Martine De Le Court (nom qui évolue en De Lecourt puis Delcourt) qui avait cette fois
vingt-deux ans de moins que lui… qui en avait 55, et qui ne resta à ses côtés que pendant sept
ou huit ans. Elle mourut probablement en couche comme la précédente et au même âge, "âgée
de quarante ans ou environ", selon l'estimation du curé.
Michel Clerq GUIOT 1645 † 1/11/1731
X 2— Jacqueline de Langue ca 1657 - 1697
1693 Marie Marguerite † 1693
1695 Un fils † 1695
1696 André Joseph † 1697
1697 Pierre Joseph manouvrier X Anne Marie MERCIER > 8 enfants
X 3— Martine de Le Court ca 1668 - 1708
v.1700 Pierre-François †1769 X Marie DOZON
1702 Jacques Michel † 1702
1708 Jeanne Cécile † 1711
1708 Marie Magdelaine † 1708
X 4—Jeanne de Frasnes ca 1677 - 1746

Michel ne s'en remaria pas moins avec Jeanne de Frasnes vers 1710. Le bonhomme avait
alors 65 ans ! Jeanne, âgée de 33 ans, avait presque trente ans de moins que lui… Frasnes est
l'ancien nom de Fresnes, signifiant "les frênes", mais il existe aussi un village nommé Frasnes
en Belgique. J'ignore d'où venait cette Jeanne, qui resta tout de même auprès de son époux
pendant une vingtaine d'années, mais cette fois-ci, ce fut le mari qui mourut le premier. Jeanne
avait cinquante-quatre ans. Deux mois tout juste après avoir enterré son vieux mari de 86 ans,
elle se remaria – un moment qu'elle devait attendre depuis longtemps… – avec le "maître
chirurgien de l'hôpital de Condé", le fameux Antoine Paillot, qui sévit également comme "sagehomme" – ainsi disait-on alors (cf. ci-dessous) – pendant des années à Fresnes et perdit luimême en l'espace de cinq ans les quatre enfants que sa femme mit au monde…

Michel était-il natif de Fresnes ? Et si non, d'où venait-il ? Je me le suis demandé pendant
longtemps, puisque le lieu de sa naissance n'est indiqué dans aucun acte le concernant
directement. J'ai imaginé qu'il aurait pu venir de l'actuelle Belgique, puisque c'est dans le
Hainaut qu'on rencontre le plus grand nombre de Guiot. Dans les archives qui nous restent,
incomplètes au début, le curé dit bien que : "il manque des feuillets, d'autres déchirés et
d'autres dont on n'a pu déchiffrer pour l'encre être trop blanche et usée". Je n'y ai trouvé par
exemple aucune trace de ses quatre mariages (vers 1665, 1692, 1700 et 1710), mais peut-être
n'ai-je pas bien cherché, car pour ces années-là il faut lire tous les actes les uns après les autres,
ce qui n'est pas une mince affaire, vu l'écriture des curés. L'absence d'archives antérieures à
1650 ainsi que ces failles dans les archives sont sans doute imputables aussi au fait que, à
l'époque de Louis XIV, la guerre faisait rage dans la région de Condé-sur-Escaut. Quand la

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paix reviendra enfin en 1713, la conservation des archives posera moins de problème.
C'est un internaute perspicace et intéressé par la question, puisqu'il s'appelle Guiot lui aussi,
qui a finalement trouvé le lieu de naissance de cet ancêtre fameux. Le brave, l'incomparable curé
Deruesnes a noté en "l'an de grâce dix sept cent quarante huit", à la fin d'un acte de mariage,
que Catherine Joseph Guiot était la "fille de Michel natif de Landrecies et de Martine Delcourt".
Pas de doute ! et ce n'est donc pas de Belgique mais de ce petit village de Landrecies au bord de
la Sambre, entre Maroilles et Le Cateau-Cambrésis, qu'est issue toute la dynastie fresnoise des
Guiot ! Pourtant, comme à Fresnes, il n'y a plus aucun Guiot aujourd'hui à Landrecies. Le nom
de ceux qui habitent aux environs s'écrit toujours avec un "y".
L'histoire de ce lieu est, comme celle de Fresnes, pleine de drames. L'encyclopédie en ligne
explique que dix ans avant la naissance de Michel en 1645, Landrécies était une ville espagnole.
Quand la France déclara la guerre à l'Espagne en 1635, la ville fut en première ligne des
incursions et bombardements des troupes de Louis XIII. Mais les Espagnols reprirent la ville,
puis les Français la reprirent. Un traité (dit "des Pyrénées") fut signé en 1659 et Vauban vint à
Landrecies pour y faire construire de nouveaux remparts. Michel avait alors 14 ans. Il en a 19
quand il séduit une jeune fille de Fresnes… vers 1664, juste avant la guerre de Dévolution, la
première grande guerre du jeune Louis XIV, qui éclate en 1667.
Avant d'être françaises, Fresnes et Landrecies faisaient partie du Hainaut qui fut longtemps
sous contrôle espagnol. Les provinces des Pays-Bas avaient été autrefois réunies sous une
même couronne par les ducs de Bourgogne, puis par Charles Quint. Quand cet empereur
abdiqua en 1555, il transmit les Pays-Bas à son fils Philippe, roi d'Espagne. Mais les
Provinces-Unies se révoltèrent contre la couronne espagnole et se déclarèrent indépendantes en
1581. Une guerre de quatre-vingts ans s'en suivit, et ce n'est qu'en 1648 que la paix fut signée
(traité de Westphalie), mais la paix dura peu, car le roi Philippe mourut en 1665. Quand Louis
XIV prend en main le royaume en 1661, Paris est à la merci d'une invasion espagnole par le
Nord. En 1639, les Espagnols s'étaient déjà avancés jusqu'à Corbie, à 120 km de Paris. Une des
préoccupations majeures du souverain fut donc de verrouiller sa frontière nord. Sous prétexte
d'échanger le Hainaut, le Brabant et le Limbourg contre la dot de sa femme, 500 000 écus d'or
promis mais jamais payés (la Dévolution), Louis XIV s'empare en 1667-1668 d'un certain
nombre de places fortes dont Lille, Douai, Tournai, Binche, Charleroi (traité d'Aix-la-Chapelle).
Quatre ans plus tard, il repart en guerre contre la Hollande. Toutes les grandes puissances de
l'époque (Angleterre, Suède, Allemagne, Espagne), se coalisent alors contre lui de 1672 à 1678.

En 1677, l'année où Michel Guiot se manifeste en tant que clerc, la guerre fait donc rage aux
alentours de Valenciennes, Cambrai, Charleroi, puis elle s'éloigne vers Gand. Le traité de
Nimègue signé en août 1678 permet à Louis XIV de stabiliser sa frontière grosso modo dans

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ses limites actuelles et de récupérer Condé sur Escaut, Cambrai, Valenciennes et Bavay. Mais la
révocation de l'Édit de Nantes en 1685 remet le feu aux poudres. Les armées passent et
repassent dans la région jusqu'en 1713. La paix d'Utrecht ramènera enfin la frontière aux points
déjà fixés trente ans plus tôt.
Le bourg de Condé-sur-Escaut (rien à voir avec Condé-en-Brie, entre Meaux et Reims, fief
des princes du même nom), situé au confluent – d'où son nom, du celtique condat "confluent" –
de l'Escaut et de la rivière Haine, fut donc une place forte âprement disputée. Précisons que
l'Escaut est une rivière qui se jette directement dans la mer du Nord en passant (du sud au nord)
par Cambrai, Valenciennes, Fresnes et Condé, puis Tournai en Belgique, Gand et Anvers. La
domination espagnolo-flamande avant le traité de Nimègue peut se lire jusque dans les noms
des curés successifs, d'origine espagnole pour l'abbé Jesu, hollandaise pour l'abbé Van Opstal.
Après que le Roi Soleil s'est emparé de Condé, le curé porte maintenant un nom français,
comme si la charge était attribuée par le pouvoir… Il s'appelle Deruesne, qui signifie "natif de
Ruesnes", un village au sud de Valenciennes. Lui succéderont l'abbé Le Boucq, puis, pendant la
révolution, l'abbé Longpied. Mais depuis le début, les habitants portent des noms bien français
ou plus exactement picards (le futur ch'ti), désignant le plus souvent soit le lieu d'origine de leur
famille comme pour ce curé ou pour Jacqueline de Frasnes, soit une caractéristique physique
comme Legrand ou encore une profession : Mercier, Procureur, Mesureur, etc. noms qu'on
retrouve dans notre arbre généalogique.

Plan d'une bataille autour de Condé en 1695, année du décès de deux enfants de Michel Guiot

Michel Guiot, né vers 1645, fut en tout cas l'un des personnages les plus remarquables
retrouvés dans les archives de Fresnes. Or, le plus étonnant de tout est que les deux cents Guiot
de Fresnes dont j'ai retrouvé la trace sur deux siècles et demi descendent tous de lui ! Et
pourtant, l'espoir que son nom survive était mince, étant donné que toutes ses femmes et tous

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ses enfants moururent les uns après les autres. Voyons cela d'un peu plus près.
Ses quatre femmes lui donnèrent au moins treize enfants. Sa première lui en donna cinq, dont
un seul, André, notre ancêtre, put transmettre son nom. Marguerite mourut à 16 ans
(1670-1686) et Marie Catherine à l'âge de trente ans (1674-1704), Nicolas ne vécut que jusqu'à
18 ans (1677-1695) et Jacques Antoine jusqu'à 9 ans seulement. Marie Catherine eut le temps
de se marier, mais ses deux enfants s'appelèrent Dayez et non Guiot, évidemment.
Il n'eut pas beaucoup plus de chance avec sa seconde femme Jacqueline de Langre (ou
Langue ou Langle, selon l'oreille des curés), dont les trois premiers enfants moururent en très
bas âge : Marie Marguerite en 1693 âgée de 6 jours, "un fils" en 1695 à moins d'un mois et
André Joseph en 1697 âgé de 20 mois. L'année suivante naquit Pierre Joseph, mais Jacqueline
sa mère, elle, mourut l'année même de sa naissance. Né en 1697, Pierre Joseph vécut jusqu'à
l'âge de 74 ans. Il fut manouvrier et épousa Anne Marie Mercier qui lui donna huit enfants,
dont trois paires de jumeaux. Néanmoins, aucun de ces enfants ne semble avoir survécu (au
moins 5 sur 8 moururent avant un an et je n'ai pas retrouvé la trace des autres…), si bien que, à
cinquante-cinq ans, le pauvre Michel ne pouvait encore compter que sur un seul de ses fils pour
transmettre le nom de Guiot, toujours le même, son fils aîné André.
Des quatre enfants que lui donna sa troisième femme Martine De Le Court, un seul, Pierre
François, vécut au-delà de trois ans. Né en 1700, il mourut à l'âge de 69 ans, mais je n'ai pas
trouvé trace de sa descendance non plus. Son petit frère Jacques Michel né en 1702 mourut au
bout de 8 jours, sa petite sœur Marie Magdelaine née en 1708 mourut à l'âge de trois mois, et
Jeanne Cécile, la jumelle de Marie Madgdelaine, décéda à l'âge de quatre ans et demi. Leur mère
était déjà morte. Elle s'était éteinte deux mois après la naissance de ces jumelles. Michel n'en
avait gagné qu'un fils qui resta probablement célibataire, et donc toujours aucun petit-fils. Il ne
s'en remaria pas moins avec Jeanne de Frasnes dix ans plus tard mais, à 65 ans, il avait sans
doute passé l'âge de procréer, car les archives se taisent sur son compte à cette date. Quel
bonhomme ! En résumé, Michel Guiot, le clerc paroissial, n'eut que trois fils qui survécurent
sur ses treize enfants mais un seul et unique héritier : André Guiot (1665-1742).
GUIOT Michel Clerq 1645 † 1/11/1731 > 11 enfants morts avant leur majorité plus trois survivants :
> 1665 André GUIOT † 22/03/1742
> 1697 Pierre Joseph †1771, manouvrier, sans héritier connu
> 1700 Pierre François † 1769, sans héritier connu

Son destin et celui de sa famille est exemplaire pour l'époque : soit les gens mouraient avant
d'avoir atteint l'âge adulte, soit ils mouraient très, très vieux, telle notre arrière grand-père
François qui mourut à 90 ans ou notre grand-mère Palmyre, morte à 94 ans et sa fille Yvonne à
96 ans passés. On oublie souvent qu'il n'y avait pas que les enfants qui mouraient
prématurément. Les femmes aussi dépassaient rarement l'âge de 30 ans, car la plupart mouraient
des suites d'un accouchement. L'avantage pour ces messieurs était évident : ils pouvaient se
remarier plusieurs fois, comme notre ancêtre Michel, avec une nouvelle jeune femme !
Notre second ancêtre, après Michel le clerc, est donc André, l'enfant de l'amour, né vers
1665, et seul héritier du nom. Nous n'avons pas son acte de naissance, c'est pourquoi j'imagine
qu'il est né chez sa mère à Thivencelle ou à Boussu, dont les archives ne remontent pas jusquelà. Mais par son acte de décès du 22 mars 1742, on apprend qu'il était "laboureur de son stil",
c'est-à-dire "de son état" et qu'il est mort à l'âge respectable de "septante sept" ans. Par
"laboureur" on entend à cette époque un paysan qui possède la terre qu'il cultive et au moins un
attelage, cheval ou paire de bœufs et une charrue. Les laboureurs représentaient alors l'élite de la

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paysannerie. C'étaient par conséquent des notables et certains pouvaient être très riches. A la fin
de sa vie, André tint sans doute un "bistrot", car il se déclara "cabaretier", un métier assez
courant à l'époque.

Ce personnage n'a pas laissé beaucoup de traces, à part une très jolie signature datée de 1710,
révélant un homme cultivé et intelligent. Cette signature, de loin la plus déliée de toutes, était
suivie du même signe cruciforme que son père tracera en 1724, le "blason" de la famille ou la
marque du clerc ? En revanche, il a laissé une nombreuse descendance, dont nous sommes.
André épousa, lui, deux femmes, et non pas quatre comme son père. La première, nommée
Marie Catherine Haÿnaut, mourut en 1710, après une douzaine d'années de mariage et trois
enfants dont deux jumeaux, "étant âgée de 35 à 36 ans". La seconde s'appelait Marie
Augustine Dubreucq et c'est elle qui est l'aïeule de notre famille. Je parlerai de la seconde après
avoir dit plusieurs petites choses que j'ai trouvées intéressantes au sujet des descendants de
Marie Catherine Haÿnaut, l'épouse n° 1 d'André.
GUIOT Michel Clerq 1645 † 1/11/1731
> André, laboureur (1665 - 1742)
X– épouse (n°1) Marie Catherine Haÿnaut
> 1695 Jacques André, laboureur, voiturier, censier et échevin † 1769
> 1700 Guillaume François † 1700
> 1700 Catherine (jumelle) épouse Philippe LECLERCQ dont Jeanne (née en 1733)
X- épouse (n°2) Marie Augustine Dubroeucq

Épousée vers 1693, Marie Catherine Haynaut n'eut que deux fils, dont le second mourut
"étant âgé de deux mois et dix jours". Le premier en revanche, Jacques André, né selon mes
sources vers 1694, eut une très nombreuse descendance. Selon une autre source douteuse (sur
le net), qu'il m'est impossible de vérifier, Jacques André serait né à Gilly (aujourd'hui un
quartier de Charleroi) en Belgique, trois avant le mariage de ses parent en 1697… encore un
enfant de l'amour ? peu importe. Jacques André mourut comme son père à l'âge de 77 ans,
après avoir donné à sa première épouse Marie Renelde Gilliart, onze enfants, qui eurent à leur
tour, pour la plupart d'entre eux, le temps de se marier et de procréer des fils et des filles
(soixante et un retrouvés). Après la mort de sa première femme en 1748, Jacques André se
remaria avec Marie Catherine Legrand, qu'il enterra elle aussi vingt ans plus tard en 1769, mais
de cette femme, je ne sais rien de plus, sinon que son époux ne lui survivra pratiquement pas, il
meurt huit mois après elle.

Annonce des fiançailles de Jacques André et Marie Renelde Gilliart en 1719

Jacques André semble avoir bénéficié d'une certaine chance dans la vie, car, après avoir

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commencé comme voiturier, il devint censier (à la mort de son père ?), ce qui signifie soit qu'il
payait le cens, un impôt sur la terre dû par les vilains, soit qu'il recevait cet impôt en tant que
seigneur censier, ce qui était probablement son cas, car il devint ensuite échevin. À l'époque, les
municipalités étaient gérées par un bailli (ou maire) et six ou huit échevins. Ce titre correspond
donc à peu près aujourd'hui à celui de conseiller municipal. Jacques André fut ainsi un petit
notable de village, digne héritier de ses père et grand-père, bien que son écriture soit
apparemment moins déliée que celle de ses aînés. Celle de ses enfants en revanche sera
carrément maladroite, comme tremblée. On devine que l'instruction fut un peu négligée de ce
côté-ci de la famille, qui compta surtout des cultivateurs (à ne pas confondre avec les
laboureurs-propriétaires) et, contrairement aux membres de l'autre branche des Guiot, ils le
restèrent après la Révolution.

Signature de Jacques-André et de plusieurs de ses descendants

De Jacques André et de sa très nombreuse descendance, que j'ai pu suivre jusqu'au XXe
siècle (cf. fiche n°2), je parlerai un peu longuement, bien que ses descendants soient tout de
même de très lointains cousins remontant à l'époque de Louis XV et, qui plus est, des demicousins puisque nés d'un autre lit (nos ancêtres ne descendent pas de Marie Catherine Haÿnaut,
première épouse d'André Guiot). Car ce sont eux qui, à la troisième génération, nous mèneront
aux Sirops Guiot.
> 1695 Jacques André, voiturier puis censier et échevin † 1769 X-1719 Marie Ronalde GILLIART °1697 †1748
> 1720 Marie Adrienne °Fresnes 1720 † 1793 X François VILLÉ † 1796 > 5 enfants "Villé"
>1722 Jean François ° Villers-Pol 1722 † Fresnes ap.1746 X Marie Joseph CORNETTE > 1 fille
> 1724 Marie Augustine † 1792 X Jacques Joseph LEGRAND (°v1723)
> 1726 Marie Catherine Joseph °Fresnes 1726 † 1773 X en 1748 Jean François DORVILLÉ > 8 enf.
> 1729 Jean Baptiste †1796 cultivateur épouse Marie Rose Alglave née en 1750 > 6 enf.
> 1735 Pierre Joseph † 17/02/1788 X-1772 Marie MARBAIX † 1804 > 3 enf.
> 1737 Laurent-Joseph
> 1737 Marie-Philippe †1737
> 1737 Jean Laurent ° déc. 1737 † janv. 1738
> 1738 Marie-Philippe † 26/ 03/ 1814 X-1768 Rémy CÉLISSE 1732-1808
> 1742 Jean Chrisostome
Jacques André, X- Marie Catherine LEGRAND † avril 1769

La première génération comptait cinq filles et six garçons mais la lignée de Jacques André
s'est perpétuée principalement grâce à son troisième fils Pierre Joseph, celui qui nous intéresse
le plus à cause des Sirops. Mais avant d'en venir à lui, je voudrais tout de même dire deux mots
d'un autre de ses fils, non pas du premier, Jean François, qui n'eut qu'une fille, mais du second,
Jean-Baptiste. Ce Jean-Baptiste avait eu ses enfants tardivement : il avait épousé à quarante
ans passés une jeune femme d'une vingtaine d'années (donc plus jeune que lui de vingt et un
ans). Il en eut six enfants, dont quatre furent cultivateurs et trois restèrent célibataires. Quand il
mourut en 1796, les jeunes gens tout juste majeurs restèrent à cultiver la terre avec leur mère,
une veuve sans doute tyrannique et jalouse, qui vécut jusqu'à 91 ans. Un seul de ses fils se
maria, celui qui s'appelait comme son père Jean-Baptiste. Mais même la descendance de ce
second Jean-Baptiste s'interrompt en 1887 avec son fils Michel Joseph, longtemps premier

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adjoint au maire (distinction exceptionnelle et pourtant traditionnelle dans la famille qui fera plus
loin l'objet d'un commentaire). Un autre choisit une autre voie, et c'est le destin tragique de cet
original que je voudrais évoquer en passant. Il s'appelait Jean Joseph et c'était le deuxième des
cinq fils de Jean-Baptiste.
> 1729 Jean Baptiste †1796 cultivateur épouse Marie Rose Alglave née en 1750
> 1773 Marie Joseph † 1866 épouse FENZY
> 1777 Pierre Joseph, cultivateur célibataire † 1855
> 1780 Jean Joseph, dragon † 1810
> 1781 Charles Joseph, cultivateur célibataire † 1857
> 1787 Jean Baptiste, cultivateur † 1863 épouse Sophie DEFOSSÉ
1817 Michel Joseph, adjoint au maire † 1887
> 1791 François Joseph, cultivateur célibataire † 1870

Ce Jean Joseph Guiot, né en 1780, avait seize ans quand son père mourut en 1796 et peutêtre n'avait-il pas une vocation d'agriculteur comme ses frères. Quoiqu'il en soit, il choisit de
quitter les lieux. Il s'engagea comme dragon dans l'armée napoléonienne, armée encore
glorieuse dans années-là (vers 1800) et servit sous les ordres du général Dupont de l'Étang (ce
"de l'Etang" n'a rien d'un titre nobiliaire : le général l'avait ajouté à son nom pour qu'on ne le
confonde pas avec son frère).
Or en juillet 1808, le vingt-cinquième régiment de dragons que commandait ce général
Dupont fut vaincu à la bataille de Bailén (Espagne), point culminant du soulèvement de
l'Andalousie contre l'envahisseur français. Vingt mille Français durent mettre bas les armes ; ils
auraient dû être rapatriés en France, mais l'Espagne ne tint pas sa parole et les retint prisonniers
sur des pontons dans la rade de Cadix, où ils moururent tous les uns après les autres.

Ci-dessus : le général Dupont de l'Étang, vaincu à la bataille de Bailén, responsable de la mort en
captivité de Jean-Joseph Guiot en 1810.

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Pauvre Jeannot… Après un an et demi de misères, il décéda comme tous ses camarades,
"prisonnier de guerre à bord du ponton La Hurca en rade devant Cadix, dans le courant du
mois de mars 1810, d'après la déclaration qui nous a été faite par les trois témoins mâles et
majeurs voulus par la loi". L'acte signé Robillon, sur lequel je suis tombée par hasard, date du
4 novembre 1814 et fut enregistré à la mairie de Fresnes le 8 janvier 1815, si bien qu'on se
demande si la nouvelle de sa mort a vraiment mis cinq ans pour parvenir à Fresnes…
Son malheureux père Jean-Baptiste avait un frère nommé Pierre Joseph dont la progéniture
nous intéresse tout spécialement, puisque c'est par lui qu'on arrivera enfin aux fameux Sirops
Guiot de Fresnes, dont j'ai mis longtemps à découvrir le fondateur, car personne dans notre
lignée n'en avait entendu parler, et pour cause ! Nos liens de parenté remontent au fameux
Jacques André au début du XVIIIe siècle ! C'est bien la preuve que le sentiment de parenté ne
dépasse pas trois générations… Cette part de notre famille fut si bien occultée qu'aucun Guiot
de notre lignée ne travailla pour les sirops Guiot, du moins avant 1906… c'est-à-dire pendant
les trente années qui suivirent sa création. Les Guiot de notre branche préférèrent sans doute
descendre au fond de la mine plutôt de de travailler dans le sucre…
Dans un bourg de la taille de Fresnes-sur-Escaut, le nom de Guiot était certainement loin
d'être inconnu mais les frasques du créateur des Sirops n'ont peut-être pas contribué à sa
renommée !
Histoire des Sirops Guiot
Quelques lignes glanées sur internet nous apprirent que l'entreprise de Sirops Guiot est une
entreprise familiale, fondée par Augustin Guiot en 1871, qui fournissait à l’origine les
limonadiers en sucre liquide et travaillait également, ponctuellement, avec les brasseurs de la
région. L'entreprise est aujourd'hui numéro deux national des sirops hauts de gamme.
Cet Augustin Guiot fut assez difficile à retrouver parce qu'il s'avéra que cinq Augustin
étaient nés entre 1818 et 1842. Lequel était le bon ? Ce fut celui qui était né en 1842, de Joseph
Guiot et Virginie Aldebert. C'était donc un lointain descendant (à la cinquième génération) du
premier Guiot connu, Michel le clerc. Son grand père était un cousin du pauvre dragon devenu
galérien dont il vient d'être question.
Augustin est donc issu d'une longue lignée de cultivateurs : l'arrière-grand-père (Pierre
Joseph), le grand-père (Pierre François) et le père (Joseph), tous furent cultivateurs à Fresnes.
En 1842 enfin, Joseph engendra Augustin, après qu'un premier Augustin né deux ans
auparavant soit décédé à l'âge de 6 mois. Voilà enfin notre homme !
GUIOT Michel Clerq 1645 † 1/11/1731 > 11 enfants morts avant leur majorité plus trois survivants :
> 1695 Jacques André, voiturier puis censier et échevin † 1769 X-1719 Marie Ronalde GILLIART °1697 †1748
>11 enfants dont…
1735 Pierre Joseph † 1788 Marie MARBAIX † 1804 (1 fructidor an XII)
1778 Pierre François, cultivateur † 14/06/1848 X 1811 Marie Ant. MESUREUR
1815 Joseph GUIOT †? X–19/05/1837 Virginie ALDEBERT 1812-1887
1842 Augustin (sirops) X-1885 Selvina ANDRIS

L'histoire de cet Augustin ne se laissa pas facilement reconstituer parce que la vie
sentimentale de l'entrepreneur fut assez compliquée : à 29 ans, il fonde l'entreprise des Sirops
qui porte son nom et, la même année 1871, il fait un enfant à une femme mariée Selvina Andris,
épouse Boucquiaux. Trois ans plus tard, Augustin et elle auront un second enfant qui
s'appellera encore Augustin (le sixième). On peut donc raisonnablement supposer que Selvina

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n'était pas une épouse fidèle… Qui donc était cette femme qu'il n'épousera que 15 ans plus
tard ?

Signature d'Augustin Guiot et de Selvina Andris

Selvina avait épousé à Fresnes en 1866 (elle avait 21 ans) Oscar Boucquiaux (qui en avait
25), souffleur de verre, né près de Birmingham en Grande-Bretagne. Tous deux appartenaient à
de vieilles familles de verriers. La famille Andris, celle de Selvina, est l'une de ces célèbres
familles de gentilshommes verriers dont les généalogistes ont réussi à démontrer la très
lointaine origine italienne : vers 1626 une Joanna de Andreis épousa à Trente un maître verrier
nommé Jean André. Par la suite, la famille Andris, dont le nom s'écrivit aussi Andris, Andrisse,
Andreis, etc. remonta vers l'Allemagne puis la Belgique et enfin la France (les Ardennes puis le
Nord) en passant par l'Angleterre. Où que cette très prolifique famille ait posé ses valises, un
de ses membres se retrouve pourtant presque à chaque génération allié à un membre de notre
branche maternelle (côté Desguin). Ainsi, une Mathilde Andris (fille de Louis), contemporaine
de Selvina (fille de Louis Joseph), épousa en 1867 (presque la même année) un Auguste
Desguin, né près de Bristol en Grande-Bretagne. En revanche une alliance, même adultérine,
entre Selvina et Augustin Guiot devait ressembler à une mésalliance, puisque les Guiot n'étaient
pas issus de la tradition verrière… Ne serait-ce pas un peu l'histoire du légendaire Cambrinus,
amoureux de la fille de son souffleur ?
De la famille Boucquiaux, j'ai retrouvé à Fresnes un maître de verrerie et plusieurs souffleurs
dont Oscar, le mari. Originaire de Belgique, la famille Boucquiaux est venue à Fresnes après un
détour par l'Angleterre dans les années 1840. Du fait de l'attachement des gentilshommes
verriers à la couronne de France, de nombreuses familles de verriers avaient émigré en
Angleterre après la Révolution, et il est possible que les Andris, les Boucquiaux et les Desguin
soient partis outre-Manche pour cette raison, s'installant l'une à l'ouest (les Andris), l'autre au
centre (les Boucquiaux) et les derniers sur la côté est de l'Angleterre (les Desguin).
Les raisons du désaccord entre Oscar Boucquiaux et son épouse Selvina Andris sont peutêtre à rechercher dans l'acte de décès d'Oscar : il est précisé en effet qu'il mourut le 23 décembre
1883, âgé de 42 ans, à Paris, 1 rue Cabanis dans le 14e arrondissement. Or cette adresse est
celle de l'hôpital psychiatrique bien connu des Parisiens, l'hôpital Sainte-Anne, l'hôpital des
fous. On peut donc faire deux suppositions : soit le désaccord entre Oscar et Selvina était dû au
fait qu'Oscar était fragile mentalement, soit l'infidélité de Selvina a rendu Oscar fou… En
l'absence d'autres indications, il faut se contenter de ces hypothèses.
Ce qui est certain, c'est qu'Oscar était au courant des fredaines de sa femme, car il refusa de
reconnaître les enfants que Selvina mit au monde en 1871 et en 1874. Le premier avait été
déclaré à sa naissance sous le nom de Fernand Boucquiaux, mais un jugement du Tribunal de
Valenciennes en date du 31.1.1872 lui refusa ce patronyme : "l’enfant né le 21.7.1871 sous le
nom de Fernand, n’est pas né des oeuvres de Oscar Boucquiaux et ne pourra pas porter le
nom de Boucquiaux". L'enfant reprend alors le nom de sa mère et s'appelle désormais Fernand
Andris. La même procédure se déroulera pour le second enfant de Selvina et Augustin Guiot :
il s'appellera Augustin Andris car Oscar Boucquiaux refusera à nouveau d'en endosser la

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paternité.
En réalité, les époux Boucquiaux-Andris étaient séparés depuis longtemps… Mariés en
février 1866, ils se séparent en avril 1867 et leur séparation fut si orageuse que Silvina se
retrouva en prison pendant trois mois pour adultère, comme on peut le lire dans les attendus du
jugement :
"Par jugement du tribunal civil de Valenciennes en date du 25 avril 1867, confirmé par arrêt
de la cour d'appel de Douai du 20 janvier 1868, la séparation de corps d'entre les époux
Boucquiaux-Andris a été prononcée sur la demande et à la requête du mari et la Dame Silvina
Andris épouse Boucquiaux condamnée à la réclusion pendant trois mois dans une maison de
correction par suite des faits d'adultère relevés à sa charge. Attendu que postérieurement et par
un second jugement du tribunal de ? du 31 janvier 1872 rendu entre les parties et passé en force
de chose jugée un nouvel adultère de la Dame Bouquiaux a été constaté et le mineur Fernand
issu de son commerce délictueux déclaré adultérin sur l'action en désaveu d'icelui introduit par le
mari. Attendu que par un troisième jugement toujours du tribunal de Céans? en date du 5 mars
1873 … un nouvel et troisième adultère de cette femme a été constaté et le mineur Augustin Léon
issu de son commerce délictueux déclaré adultérin sur la nouvelle action en désaveu introduite
par le mari. Attendu que depuis lors et enhardie de l'impunité dont elle a joui en l'absence de
poursuites à la requête du ministère public en ces circonstances la Dame Silvina Andris ne paraît
pas prête de lasser d'obliger son mari à venir pour ainsi dire annuellement former semblable
action devant le tribunal que en effet à un an d'intervalle du précédent jugement qui l'a
condamnée elle est encore accouchée à Fresnes le 27 mai 1874 en son domicile particulier d'un
enfant de sexe masculin qui a été inscrit le lendemain 28 mars sur le registre de l'Etat civil de la
commune de Fresnes sous les prénoms de Augustin Léon et comme issu en légitime mariage des
époux Bouquiaux-Andris, que par acte extra-judiciaire notifié à la Dame Silvina Andris par …"

Quinze ans passèrent, puis Oscar Boucquiaux finit par mourir à Paris le 22 décembre 1883.
Un an plus tard, Selvina et Augustin purent enfin se marier (le 17 janvier 1885). Mais les
problèmes d'identité des deux enfants du couple, Fernand et Augustin-junior n'étaient pas
encore terminés : c'est encore sous le nom d'Andris-Guiot que Fernand se marie à 27 ans en
1898 et que Augustin se mariera le 28 janvier 1904. Finalement, après publication d'une loi de
1907 permettant à un enfant adultérin de jouir de tous les droits d'un enfant légitime, leurs
parents les reconnaîtront officiellement le 11 mars 1908, comme on peut le lire dans les
archives : "En exécution de la loi du 7 novembre 1907, Augustin Guiot et Selvina Andris ont
reconnu Fernand [et Augustin] pour leurs fils légitimes."
Pourtant, les parents avaient divorcé depuis dix ans, comme on l'apprend dans une note en
marge de leur acte de mariage : "le divorce de Augustin GUIOT et de Sylvina Andris a été
prononcé le 28.7.1897". Il n'est donc pas exclu que le caractère de Selvina ait été difficile et que
ni Oscar Boucquiaux ni Augustin Guiot n'aient réussi à la retenir auprès d'eux.
1842 Augustin (sirops) X-1885 Selvina ANDRIS
1871 Fernand X-1898 Emma BOURBON
1899 Norbert
1874 Augustin Léon (sirops) X -1904 Anna PIETTE
1905 René (sirops)
1906 Marcel X Madeleine DOUBRY
1932 Philippe
1934 Régine
1937 Pierre
1946 Bernard (sirops)

Qui héritera finalement des sirops Guiot à la mort du fondateur Augustin ? Ce ne sera pas
son premier fils Fernand mais le second, celui qu'il s'est appelé Augustin et qui décédera le
27/01/1935 "pendant une partie de cartes dans un café" (selon l'acte de son décès)… Il n'avait

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pas encore 50 ans. A cette date, ce second Augustin avait déjà deux fils, René et Marcel. René
reprit le premier l'entreprise, devenant ainsi le troisième patron des sirops jusqu'en 1970. Après
quoi son neveu Bernard, fils de Marcel, prend la tête de la société.
Dans les années 1970, Bernard Guiot, 4ème directeur de l'usine, décide de recentrer son
activité autour de la conception, la fabrication et la distribution de sirops hauts de gamme. En
alliant tradition et innovation, l’entreprise se fait rapidement une place au soleil, au point d’être,
aujourd’hui, le deuxième fabricant national de ces produits. Préparant un départ progressif à la
retraite à l'horizon 2010, Bernard Guiot, 59 ans, pour préserver l'avenir de son entreprise et les
emplois de ses salariés, revend en 2006 son entreprise au groupe Monin (170 salariés) basé à
Bourges avec un centre de production secondaire en Floride (E.-U.). Avec cette acquisition,
Monin prenait la deuxième place des producteurs de sirops derrière Teisseire et devant Routin.
Les Sirops Guiot emploient encore aujourd'hui une trentaine de salariés pour 12 M€ de CA.
Les 3/4 de ses ventes se font sous forme de marques de distributeurs (MDD). Le reste de la
distribution est assuré par le réseau des cafés et hôtels-restaurants, ainsi qu’à l’export, en
Europe et en Asie principalement. L’entreprise fresnoise peut en outre s’enorgueillir de
n’utiliser que des produits naturels et de qualité ; elle a ainsi banni de sa production les
conservateurs et autres édulcorants, ses sirops se composant exclusivement de sucre liquide, jus
de fruits concentrés et d'arômes mélangés selon une « recette maison ». Les sirops Guiot sont
actuellement conditionnés en bouteilles de verre. L’entreprise devrait investir cette année dans
une ligne de conditionnement en bidon plastique de 2 à 5 litres pour un développement sur le
marché des produits alimentaires intermédiaires (PAI).

L'usine des Sirops Guiot à Fresnes aujourd'hui

Revenons maintenant à notre lignée directe, issue d'André Guiot, fils de Michel le clerc
(premier ancêtre connu) et de sa seconde épouse, Marie Augustine Du Broeucq (écrit par la
suite Dubreucq, terme d'origine germanique qui signifie "du marais"), jeune femme sur laquelle
je n'ai malheureusement trouvé aucun renseignement, bien que le nom de sa famille soit
extrêmement courant à Fresnes et à Escautpont dès les premiers temps des archives et jusqu'à
nos jours.
Deux ans "ou environ" après la mort de sa première épouse, André se remaria donc avec
Marie Augustine Du Broeucq, qui accoucha bientôt d'un premier fils, Jean Baptiste Guiot,
notre arrière-arrière-arrière…

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1645 Michel Guiot, clerc
> 1665 André †1742 épouse (n°2) Marie Augustine Dubroeucq
> 1714 Jean-Baptiste GUIOT
> 1715 Marie Joseph †1716
> 1717 Jacques Joseph †1741
> 1718 Un fils †1718
> 1719 Marie Joseph épouse Pierre Antoine GILMANT
> 1722 Marguerite Joseph †1741

Jean Baptiste, fils de laboureur et petit-fils de clerc, fut lui aussi clerc et censier. Étant donc
propriétaire d'un domaine, il était probablement, toutes proportions gardées, une sorte de
notable local. Sa vie avait commencée un an avant la mort de Louis XIV en 1714. Rédigé de sa
plus belle écriture par l'abbé Jesu, trois ans avant que ce curé ne passe la main à son vicaire,
l'acte de naissance de Jean Baptiste Guiot disait :
Le cinquième jour du mois de novembre mil sept cent quatorze, je A. Jesu curé de la
paroisse de Fresnes sur Escaut soussigné ay baptisé (…?) le fils né le même jour en légitime
mariage d'André Guiot laboureur et de Marie Augustine du Broeucq, ses père et mère, auquel
on a imposé le nom Jean Baptiste, le parin Jean Baptiste Gabez à marier, fils de Pierre,
manouvrier, et de Jeanne Ciniez?, et la maraine Marie Jeanne Villé, femme de Jean Thomas,
bourgeois de Condé …etc.

Jean Baptiste mourut à Fresnes trois ans avant la Révolution française, le 30/09/1786, âgé
de 72 ans. Sa femme lui avait donné six enfants, mais trois moururent en bas âge et deux autres
entre 19 et 24 ans. À la fin de sa vie, il ne lui restait plus que notre ancêtre François Joseph
pour perpétuer le nom et une fille, Marie Joseph, épouse Gilmant (variante de Wilmant, nom de
sa grand-mère)… Néanmoins, l'état de la famille Guiot atteignit pendant l'époque de ce JeanBaptiste des sommets qu'elle ne regagna plus par la suite
Il est certain que Jean-Baptiste était un home cultivé. C'est d'une écriture très élégante et
même un peu maniérée "à la Louis XV" qu'il a signé le registre contenant l'acte de décès de son
père (ci-dessous). Il apparaît même que c'est lui qui rédigea l'acte, car l'écriture de l'acte et celle
de la signature sont identiques. C'est pourquoi j'en ai conclu qu'il fut, comme ses ancêtres, le
clerc de son curé, au moins occasionnellement. Peut-être est-ce pourquoi il n'a pas ajouté à son

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nom le signe cruciforme que ses père et grand-père, clercs officiels, traçaient à côté de leur
signature.
Il n'est pas indifférent de noter à ce sujet que les Guiot, tant qu'ils furent "laboureurs", ont
tous su écrire leur nom et prénom à la fin de chaque acte, y compris les femmes, et que certains
d'entre eux, tel André, le père de Jean-Baptiste, écrivaient même avec une aisance remarquable.
C'était loin d'être le cas pour le commun. La plupart des actes portent des croix avec la mention
"marque de untel" portée de la main du curé. Mais dès qu'ils descendirent dans la mine, au
siècle suivant (le dix-neuvième), presque tous désapprirent à écrire. Un seul se distingua de ses
parents incultes en devenant secrétaire de mairie, équivalent laïc de l'ancien clerc paroissial.
J'aurai l'occasion d'en reparler.

Acte de décès d'André Guiot, rédigé par le clerc Jean-Baptiste Guiot en 1742

Jean Baptiste assistera pendant sa vie à un changement radical de son environnement. Le
paisible village rural, assez peu peuplé (quelques centaines d'habitants) que devait être Fresnessur-Escaut au moment de sa naissance, devint en l'espace d'une décennie un centre industriel
considérable quand une première verrerie fut construite par Gédéon Désandrouin en 1710 et
que du charbon fut découvert pour la première fois à Fresnes par le fils de ce Gédéon, JeanJacques Désandrouin et l'ingénieur Jacques Mathieu en 1720, ce qui valut à Gédéon le titre de
vicomte, titre auquel il ajoutera le nom d'une de ses terres "des Noillers". Ce personnage est à
l'origine de la révolution industrielle qui modifia complètement le paysage de la France du
Nord. Comme il arrive souvent, un homme seul est responsable d'énormes bouleversements…

Plan 1.–De Fresnes-sur-Escaut à Charleroi : env. 60 km
Gédéon Desandrouin, maître verrier natif de Clermont-Ferrand et officier de Louis XIV,

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s'installe en Belgique après la prise de Charleroi en 1667. Il épouse Marie de Condé, fille de
Jean de Condé, célèbre maître verrier originaire de Lorraine, fondateur en 1669 de la première
verrerie de Charleroi. Héritant de la verrerie de son beau-père, Gédéon Desandrouin se lance
dans l’industrie verrière.
La fortune des Desandrouin va se constituer progressivement autour d’un nombre de plus en
plus important de verreries, dont celle de Fresnes, et par l’achat de bien fonciers. « Les
Desandrouin sont le symbole parfait de ce que furent ces hommes d'affaires géniaux et parfois
peu scrupuleux, qui transformèrent de fond en comble la région de Charleroi », écrit Hervé
Hasquin. Plus d’une centaine de verreries sont déjà installées aux alentours de la ville belge au
début du XVIIIe siècle. Vers le milieu du même siècle, le Pays de Charleroi se spécialise dans
la fabrication de verre à vitre ordinaire et en devient le plus grand producteur mondial. Mais
Gédéon rêve d'alimenter ses verreries avec de la houille. Il va donc, le premier, faire exploiter à
grande échelle les premiers gisements de charbon découverts sur le territoire français par son
fils Jean-Jacques et ses ingénieurs.
En 1712, le fils de Gédéon, Jean-Jacques Désandrouin (1681-1761) – pardon : le vicomte
Jean-Jacques Désandrouin (photo) – obtient du roi Louis XIV la permission de mettre en
œuvre des recherches de houille à Fresnes-sur-Escaut. Le vicomte quitte donc Charleroi dont il
était le bailli pour venir s'établir à Fresnes. Le 1er juillet 1716, son ingénieur Jacques Mathieu
(1684-1749) creuse, avec son équipe de mineurs venus de Charleroi, deux puits appelés "Point
du jour" le long de la route de Valenciennes à Condé : échec. Reprise en août 1718 "dans la
pâture de Jeanne Collard" à Fresnes-sur-Escaut : victoire ! Jacques Mathieu avait découvert la
première veine de charbon de France. C'était une veine de charbon maigre de 1,20 m d'épaisseur
à 70 m de profondeur. On raconte que, dans la journée, on en remonta deux charrettes pleines.

Le vicomte Jean-Jacques Désandrouin et la tour du Sarteau (pompe à eau), restaurée en 2007.

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L'événement fit accourir des gens de partout, certains emportèrent chez eux quelques
précieuses gaillettes (diminutif de gaille « noix »). Mais le 24 décembre 1720, les deux fosses
de Fresnes s'éboulent sous l'invasion des eaux. Les registres paroissiaux ne commencent
pourtant à mentionner des accidents dans la fosse qu'en septembre 1722… Ensuite, tous les ans
ou à peu près, le curé note le décès d'un homme "tombé dans les fosses" ou "tué aux fosses".
La majorité des accidents avaient lieu lors de la descente dans les puits ou la remontée le long
d'échelles en bois verticales, notamment quand les hommes ou les enfants étaient épuisés (les
enfants commençaient à travailler à la fosse dès l'âge de 7 ans).Après cet accident, le vicomte fit
installer à Fresnes la première "machine à feu" de France, une machine à vapeur inventée par
l'Anglais Newcomen, servant à faire fonctionner des pompes d’extraction des eaux. De la
première machine installée avec succès en 1732, il ne reste rien, mais on peut encore voir à
Fresnes la tour Sarteau, imposante construction en briques à créneaux et mâchicoulis érigée
entre 1823 et 1855, qui fut transformée en ouvrage militaire au cours de la première Guerre
mondiale et modernisé en 1938. Le 22 mai 1940, l’édifice, alors tenu par les Français, est pris
d’assaut par les Allemands avant d’être repris par une contre-attaque.
Cette tour pseudo-gothique est d'abord et avant tout un témoin, unique dans la région, de la
lutte incessante que les mineurs de Fresnes – et d'ailleurs – ont menée contre les eaux. Le
gisement sur lequel se trouve la fosse du Sarteau est en effet situé à proximité immédiate de
l’ancien bras de l’Escaut dont les eaux ne cessaient de s'infiltrer dans ce puits, le plus ancien site
d’extraction de la région Nord-Pas de Calais (1720). La fosse atteignit la profondeur de 165
mètres et fut fermée en 1860.

Le château des Douaniers à Fresnes, ancienne gentilhommière du vicomte Jean-Jacques Désandrouin,
avant sa restauration..

Ceci fait, le vicomte, qui approche de la cinquantaine, épouse en 1932 Marie-Charlotte de
Houelle de Pommeray qui meurt malencontreusement deux ans après. Il se remarie rapidement
(en 1936) avec Jourdaine Madeleine Julie le Tirant de Villiers († 1805), pour laquelle, sans
doute, il fait construire ce somptueux château à Fresnes (photo). Le vicomte, dont les armes

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étaient encore visibles récemment à l'intérieur, avait su choisir des épouses avec des noms à
rallonge. Ayant hérité en outre des titres paternels de vicomte et de bailli de Charleroi
(équivalent du maire actuel), il avait certainement atteint la position de ses rêves. La
gentilhommière de Jean-Jacques existe toujours. Classée monument historique depuis 1982,
elle s'appelle dorénavant le "château des Douaniers", car ce sont ces fonctionnaires qui l'ont
dernièrement occupé et ainsi préservé de la ruine.
Pourtant, l'essentiel du mérite, en ce qui concerne l'extraction du charbon en France, revenait
à Jacques Mathieu (1684-1749), l'ingénieur qui découvrit la veine de Fresnes en 1720 et
inventa par la suite un procédé permettant de rendre étanche le cuvelage des puits, de façon à
pouvoir traverser des terrains aquifères. En 1734, Pierre Mathieu (1704-1778), fils de Jacques
l'ingénieur, trouve à Anzin (à 6 km de Fresnes) une nouvelle veine de charbon à 75 m de
profondeur, une superbe veine droite baptisée pour cette raison "la Grande Droiteuse". C'était
du charbon gras d'excellente qualité cette fois. Cette découverte marqua le début de l'exploitation
minière dans le Nord-Pas-de-Calais. Ensemble, les Mathieu et les Désandrouin créèrent en
1757 la Compagnie des mines d'Anzin, alors la plus grande entreprise industrielle d'Europe, qui
emploiera jusqu'à 1500 ouvriers. Cette Compagnie des mines d'Anzin sera dirigée ensuite par
les grands noms du capitalisme et de la politique (dont Jean Casimir-Périer et Adolphe Thiers).
En 1832, une compagnie semblable sera créée à Douchy près de Denain par Charles Mathieu,
héritier des précédents, avec dix-sept mineurs d'Anzin. Plusieurs de nos ancêtres y travaillèrent.
Cette compagnie servit de modèle à Emile Zola pour son roman Germinal et devint tristement
célèbre par la catastrophe qui causa la mort de 1099 mineurs en mars 1906, dont Jules Guiot,
un cousin de notre grand-père Lucien.

Plans 2 et 3.– De Fresnes à Anzin : 6 km. De Fresnes à Bernissart : 2 km.
De Douchy à Anzin : env. 6 km aussi.

Les hommes qui travaillaient dans ce qu'on appelait à l'époque une "fosse à charbon de terre"
étaient qualifiés de "charbonniers". On rencontre même des "charbonnières" dans les actes
d'état civil. Le travail dans les "fosses" attira du monde de partout. Dès 1717, plusieurs
"homes" ou "filles" dits "passagers" et deux soldats trouvés noyés dans l'Escaut sont enterrés
incognito dans le "cemetière" de Fresnes. En 1728 apparaissent pour la première fois à Fresnes
des gens de Fumay, un village des Ardennes célèbre pour sa verrerie, où naquit Laurent Sourd,

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le père de notre grand-mère Guiot, qui fit partie des migrants. Un habitant sur trois est natif
d'ailleurs, l'un est même venu de Bordeaux… Cet afflux de main d'œuvre étrangère au pays
engendra sans doute des tensions entre les gens. On remarque ainsi dans les actes de décès
pour l'année 1753 la mention d'un "petit garçon qu'on a trouvez dans la rivière de l'Escaut
avec une petite corde au col", et six semaines plus tard, un enfant de neuf à dix ans fut à
nouveau trouvé noyé dans l'Escaut et enterré "par ordre des messieurs du baillage de Condé".
Une affaire qui rappelle celle du petit Grégory… En 1800, Fresnes comptera 2000 habitants, il
en compte aujourd'hui 8000, dont 30% de chômeurs…
Dans l'année qui suivit l'accident de 1720, la mortalité infantile fut considérable. Cinq enfants
rien qu'en janv.-fév. 1721, trois en novembre 1722. Et à nouveau 11 enfants morts en l'espace
de quatre mois, entre oct. 1723 et février 1724 ! La sage-femme est alors un "chirurgien" – on
ne dit plus "sage-homme" comme au siècle précédent – nommé Antoine Paillot. Ceci explique
cela ? En 1723, on inhume beaucoup de gens dans l'église (et non dans le cimetière). Dieu sait
pourquoi ! En 1733 encore, des nouveaux-nés y sont enterrés "sous condition", ce qui signifie
qu'on avait "pris des assurances [que] l'enfant avait été baptisé par la sage femme". Après 1730,
la mortalité infantile régresse nettement, jusqu'aux années 1770, catastrophiques de ce point de
vue, à cause d'une épidémie de choléra.
Si j'ai tellement insisté sur l'œuvre de la famille Mathieu, c'est non seulement parce que cette
famille d'ingénieurs eut un rôle primordial dans l'histoire de l'extraction du charbon en France et
en plus particulièrement dans l'histoire du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, une histoire
qui commence à Fresnes, mais parce que nous sommes apparentés aux Mathieu par notre
grand-mère Guiot, fille de "dame" Palmyre Florentine DESGUIN (je l'expliquerai plus loin),
issue d'une famille de verriers de Charleroi. En 1706, un certain Pierre Mathieu (1686-1774),
frère cadet de l'ingénieur Jacques Mathieu, avait en effet épousé, sans doute à Charleroi où
résidait encore la famille Mathieu, une certaine Marie Catherine Desguin (née en 1687 et
décédée en 1774 à Anzin), qui est l'une de nos très lointaines parentes (elle était le petite-fille de
Christophe Desguin, le plus ancien Desguin connu en ligne directe. Une alliance entre les
familles Mathieu et Desguin n'a rien d'étonnant, puisque ces deux familles étaient, comme les
Désandrouin, d'abord et avant tout des verriers. Or les verriers se mariaient toujours entre eux
dans ces temps-là, transmettant à leurs enfants de génération en génération les secrets du métier.
Je parlerai de ces familles de verriers dans ma seconde partie.
Dernier ancêtre avant la Révolution
Revenons à Jean Baptiste. Bien que les fosses à charbon aient commencé à fonctionner peu
après sa naissance en 1714, il ne céda pas aux sirènes de la mine. L'accident initial, sans doute,
l'avait vacciné dès l'enfance contre cette tentation (il avait alors 6 ans). Son état de laboureur
aussi, certainement. Laboureur il était (au sens ancien), laboureur il resta. Il fut le dernier
propriétaire terrien de cette branche de la famille. Miraculeusement, en tout cas, Jean-Baptiste et
ses enfants échappèrent également à la "terrifiante" épidémie de dysenterie de 1779, qui dévasta
des cantons entiers de la Flandre, décimant notamment les enfants de moins de dix ans qui
représentèrent la moitié des victimes. Cette catastrophe fut rangée dans les mémoires au même
rang douloureux que les grandes pestes ou que l'épidémie de choléra en 1832.
Jean-Baptiste épousa à Fresnes Jeanne Joseph Trellecat (ou Trelcat), 29 ans, le 16 août
1744. Lui-même avait juste trente ans. Née à Fresnes le 13/12/1716, Jeanne était la fille
d’Ignace Trellecat, laboureur, et de Marie Jeanne Boudin, native de Bernissart, une commune

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sur la frontière franco-belge, côté belge, à 3 km de Fresnes (cf. plan 2). Sur Jeanne Trellecat (ou
Trelcat), je sais seulement qu'elle venait d'une famille nombreuse, estimée et bien représentée à
Fresnes depuis au moins un siècle, comptant des cultivateurs et des notables, dont les membres
sont souvent appelés comme témoins lors d'une naissance ou d'un décès, de même que son
époux Jean-Baptiste. Jeanne lui donna dix enfants, dont le troisième (mais premier mâle)
François Joseph sera notre ancêtre.
Je ne peux pas dire énormément de choses sur les dix enfants de Jean-Baptiste. La lecture des
registres de cette époque est presque impossible, car les cahiers ont pris l'eau… et ils ne
contiennent pas de listes récapitulatives, dites listes décennales. J'ai tout de même glané
quelques informations copiées ci-dessous.
1714 Jean Baptiste GUIOT & Jeanne TRELLECAT née en 1716
1744 Marie Françoise † ap. 1761
1746 Jeanne Catherine † 1746 (à 5 mois)
1747 François Joseph GUIOT, journalier puis chartier aux mines † 1824
1749 Jacques Ignace † 1751 (à 2 ans 1/2)
1751 Marie Elisabeth † 1837 (à 86 ans), épouse Jean DEVILLEZ
1753 Marie Catherine
1755 Jean Joseph, aubergiste † 1793
1757 Jacques Ignace, bourrelier aux mines, célibataire †1826 (à 69 ans)
1758 Joachim Eugène † 1764 (à 6 ans)
1761 Alexandre

On voit déjà que trois des enfants sont morts en bas âge (Jeanne, Jacques et Joachim) et tout
juste connaît-on la date de naissance de trois autres (Marie Françoise, Marie Catherine et
Alexandre). Restent quatre enfants, dont une fille Marie Elisabeth, décédée à 86 ans, mère de je
ne sais combien d'enfants, qui épousa un "facteur de verrerie". Notre ancêtre François-Joseph
mis à part (j'en parle plus bas), j'ai retrouvé la profession de deux des garçons, Jean Joseph qui
fut aubergiste, et Jacques Ignace, qui fut bourrelier aux fosses (c.-à-d. aux mines), un homme
certainement très sociable, car on l'a souvent sollicité pour être témoin d'une naissance. Tous les
deux sont restés célibataires. Le dernier et seul fils qui, n'étant peut-être pas mineur comme
notre ancêtre, aurait pu éventuellement reprendre le domaine paternel, s'il en existait encore un,
serait Alexandre, le seul sur lequel, à part sa date de naissance, le 23 septembre 1761, et le nom
de sa maraine, sa "grande" sœur âgée de 10 ans, Marie Elisabeth, je n'ai strictement rien
trouvé… pour l'instant. Mais restait-il encore un domaine après la révolution ? Apparemment
non.
Propriétaire foncier, cultivateur et lettré, cet état dut être difficile à vivre à l'époque de la
Révolution, du moins pour certains et notamment pour les fils de Jean-Baptiste, dont trois
vécurent assez longtemps pour la connaître mais ne succombèrent pas à la Terreur. Il y avait
pourtant de quoi avoir peur : à Mauriac dans le Cantal, un soldat fut emprisonné le 19 ventôse
an VI pour avoir chanté la Marseillaise ! Conflit avec les autorités civiles… tandis que Condésur-Escaut protégeait les émigrés et qu'Armentières, Bavay, Dunkerque et Bouchain étaient
encore des municipalités royalistes…
Toujours est-il qu'aucun des jeunes Guiot ne prit la suite du père, en tant que cultivateurlaboureur et en tant que clerc. La famille a-t-elle été spoliée de ses biens ? C'est assez probable.
Il suffit de lire ce qui s'est passé au couvent des Ursulines de Valenciennes, à seulement 10 km
de Fresnes, pour deviner que le danger guettait partout les hommes d'église :
"En 1791, les réformateurs anti-catholiques avaient aboli tous les cloîtres. La persécution
allant toujours croissant, la mère Clotilde PAILLOT, supérieure du couvent des Ursulines de

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Valenciennes, passa à Mons, qui n'est qu'à huit lieues de Valenciennes, mais qui étoit hors de
France et ses filles l'y suivirent. Elles crurent devoir revenir à Valenciennes après que les
troupes autrichiennes eurent soustrait cette ville à la tyrannie sacrilège et meurtrière de la
Convention le 1er août 1793. Vers l'automne de l'année suivante, quand […] les Autrichiens
se retirèrent de Valenciennes, le 1er septembre 1794, la mère Clotilde et ses religieuses
crurent qu'elles n'avoient pas de dangers à courir en restant dans cette ville. Bientôt, elles
durent comprendre que la persécution subsistoit toujours. Les proconsuls de la Convention,
arrivés à Valenciennes, se hâtèrent de les faire arrêter, ainsi que tous les prêtres, et de les
livrer à une commission militaire chargée de les faire périr, en dissimulant toutefois, autant
qu'elle le pourroit, leur haine de la religion. Déjà cinq des religieuses de la mère Clotilde
avoient été immolées par cet impie et sanguinaire tribunal, six jours auparavant, lorsqu'elle fut
amenée devant les mêmes juges, le 2 brumaire an III (23 octobre 1794), avec deux de ses filles
et deux religieuses Urbanistes… La procédure n'étoit qu'une vaine formalité… La sentence de
mort fut prononcée…", (d'après l'abbé Aimé Guillon, "Les Martyrs de la foi pendant la
Révolution française, tome IV, p. 179).
Un mystère demeure : on peut lire sur le site "les guillotinés de la Révolution" qu'un seul
Guiot fut décapité : "GUIOT Jean Joseph, domicilié à Nantes, département de la Loire
Inférieure, condamné à mort, le 9 nivôse an 2, par la commission militaire séante à Nantes,
comme brigand de la Vendée." Or l'un des fils de Jean-Baptiste s'appelait justement Jean
Joseph et son décès a été déclaré à Fresnes le 8 mai 1793 (an 2), tandis que le décapité l'est à
Nantes au mois de nivôse (correspondant au signe du zodiaque du Capricorne, qui va du 21
décembre 1792 au 19 janvier 1793), donc six mois plus tôt. Etrange tout de même, car il n'y
avait aucun Guiot à Nantes avant la Révolution et aucun de ceux qui vécurent dans la région et
figurent dans les arbres généalogiques publiés sur la toile ne portent ce prénom…
Les premiers "charbonniers" de la famille
Venons-en donc enfin à notre ancêtre François Joseph, qui se situe, en cette fin du XVIIIe
siècle, à la quatrième génération, celle de tous les chambardements. C'est à cette génération que
l'on rencontre pour la première fois des membres de la famille travaillant aux fosses à charbon,
alors que la mine fonctionne depuis 1720. Et c'est la première fois aussi qu'un verrier (le facteur
de verrerie Jean Devillez) entre dans la famille, en épousant l'une des sœurs de François
Joseph, Marie Elisabeth (1751-1837) qui atteignit l'âge vénérable, une fois de plus, de 86 ans.
Cette dernière profession prendra par la suite une grande importance dans la légende familiale,
comme on le sait. Mais pour l'instant le rapport avec la verrerie reste anecdotique en ce qui
concerne la famille.
1645 Michel Clerq †1731
> 1665 André †1742
> 1714 Jean-Baptiste † après 1761
> 1747 François Joseph †1824

Entre 1716 (découverte du charbon à Fresnes) et 1775 (première mention d'un Guiot
travaillant aux fosses), la ville de Fresnes était passée du statut de hameau à celui de cité minière
et industrielle, malgré un nouvel accident à la fosse du Gros Caillou de Vieux-Condé en juillet
1756 qui fit onze victimes. Ensuite, la révolution devait encore passer par là, avec ses guerres et
ses misères, plus une nouvelle catastrophe sur une fosse de Vieux-Condé en 1805 qui fit à

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nouveau onze victimes. À la mort de François-Joseph, dans les années 1820, Fresnes sera une
cité industrieuse, grosse d'environ 4000 habitants (2000 au recensement de 1789… la
population avait donc doublé en trente ans !), avec sa fabrique de sucre, ses trois verreries, ses
quatre brasseries, sa scierie, sa clouterie, ses dix chantiers de construction de bateaux, etc.
Fresnes sera même en 1824, la deuxième ville de France (après Lyon) à éclairer ses rues au gaz.
Le premier à prendre son poste aux fosses à charbon serait, si l'on s'en tient aux données des
registres, Jacques Ignace (le second portant ce prénom, car le premier mourut à deux ans 1/2). Il
y travailla comme bourrelier, mais son grand frère François, son aîné de deux ans, l'y avait
probablement précédé. Ce serait donc lui, notre 5 fois arrière…-grand-père, le premier "mineur"
de la famille ou plutôt employé aux mines, car, à cette génération, aucun Guiot ne descendit au
fond. On verra que le fils aîné de François fut le premier à descendre et qu'il en mourut à 28
ans.
François Joseph Guiot (1747-1824) est l'arrière-grand-père de Lucien Guiot, notre grandpère. On se rapproche maintenant des membres connus de notre famille, mais on ne sait pas
encore grand-chose sur cet ancêtre, sinon qu'il est né le 1er août 1747. En tant qu'aîné masculin
de la famille, il aurait pu ou dû hériter du domaine paternel, si domaine il y avait. Or on le
rencontre d'abord comme "journalier", puis, quand naît son premier fils en 1795 (en pleine
révolution française…), alors qu'il est âgé de bientôt cinquante ans, il n'est inscrit sur les
registres ni comme propriétaire ni comme cultivateur ou laboureur et encore moins en tant que
clerc, mais comme "chartier aux mines de charbon de terre". Aurait-il au moins conservé le
cheval de la ferme familiale ? Ensuite, en 1807 –il a maintenant 60 ans – il se déclare
simplement "mineur" dans un acte où il est nommé en tant que témoin, mais on ne dit pas à quel
poste. On apprend cependant que, en 1818, il était palefrenier – cet homme aimait certainement
les chevaux ! – et ceci jusqu'en 1820 (il avait alors 73 ans)… Les temps sont durs ! On peut
vraiment parler là de déchéance.
François Joseph vécut en tout cas jusqu'à 78 ans et fut, comme son frère le bourrelier, ouvrier
aux mines toute sa vie, mais tous deux étaient encore capables de signer leur nom sans difficulté
apparente. Ce ne sera plus le cas à la génération suivante. La famille ne compte désormais plus
aucun cultivateur (si l'on excepte le cas non résolu d'Alexandre).

Signatures de François Joseph et de son frère Jacques Ignace, le bourrelier

Autre mystère de la biographie de François Joseph : pourquoi épousa-t-il si tardivement – à
42 ans – cette Françoise Fourdain, une fille de mineur native de Fresnes ? Certes, les
circonstances étaient pour le moins assez mouvementées : il se marie en septembre 1789 et son
premier enfant naît en 1792, en pleine révolution ! Françoise Fourdain était une jeunesse de 24
ans (elle avait donc 18 ans de moins que lui) qui ne lui donna "que" sept enfants. On voit que
les naissances sont maintenant moins nombreuses qu'aux générations précédentes. La vie est
dure dans la mine, à l'usine, à la verrerie… Que dire de cette femme, sinon qu'elle était
journalière avant son mariage, qu'elle fut ménagère ensuite, et qu'elle mourut à 87 ans… une
longévité décidément habituelle chez les femmes du Nord ! Elle avait aussi une sœur, dont je
parlerai plus loin. Ajoutons que le parrain et la maraine de Françoise étaient tous deux natifs de

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Charleroi, ce qui prouve simplement que, malgré les douaniers, les gens se fréquentaient de part
et d'autre des frontières, comme ce fut toujours le cas, le passage entre les deux pays se faisant
sans difficultés particulières à cette époque.
François et Françoise eurent sept enfants en l'espace de quinze ans. Celui qui devait devenir
notre ancêtre fut leur dernier fils, Pierre Joseph (1804-1870). Mais avant notre Pierre Joseph,
un premier Pierre-Joseph était mort à l'âge de six ans. Après ce décès, le premier garçon qui
naquit reçut à son tour le même prénom, un procédé très courant à l'époque. Auparavant étaient
nés Jean-Baptiste en 1792 (quatrième du nom… il y en eut sept en tout dans la lignée des
Guiot), puis Ignace, Alexandre, Rosalie et une petite dernière, Marie Joseph, née trois ans après
notre ancêtre en 1807.
1747 François Joseph GUIOT † 1824 épouse Françoise FOURDAIN (1765-1852)
>1792 Jean-Baptiste, mineur à Fresnes † 1820 épouse Rosalie SENECAUT, dont 2 enfants
>1793 Pierre Joseph † 1799 à 6 ans
>1795 Ignace, mineur à Fresnes célibataire † 1855
>1797 Alexandre, mineur † 1854 à Denain, épouse Julie TAHON 1800- 1873, dont 3 enfants
>1799 Rosalie † à 80 ans passés, épouse Jean-Baptiste HOUDART
>1804 Pierre Joseph GUIOT, mineur à Fresnes † 1870 épouse Rosalie LEBRUN,>7 enfants
>1807 Marie Joseph † 1891 épouse Romain DELZANT, maçon

Nous avons quelques renseignements sur ces frères et sœurs de Pierre-Joseph et sur leur
descendance. On sait par exemple que les trois garçons, Ignace, Jean-Baptiste et Alexandre,
furent tous les trois ouvriers mineurs (on ne disait déjà plus "charbonniers"), tous analphabètes,
et que l'aîné Jean-Baptiste mourut dans des circonstances dramatiques.
"Le 7 juin 1820, Joachim Fontaine et François Moreau, mineurs, ont déclaré que le jour
précédent, à l'heure de midi, Jean-Baptiste Joseph Guiot, âgé de 28 ans, mineur, fils de
François Joseph Guiot, âgé de soixante douze ans, mineur, et de Françoise Fourdain, âgée de
cinquante un ans, journalière ; & époux de Rosalie Senecaut, âgée de trente quatre ans,
journalière, domiciliés en cette commune, est décédé au lieu dit la fosse des Rameaux, en cette
commune".

La fosse des Rameaux où mourut Jean-Baptiste Guiot, le frère de notre ancêtre Pierre Joseph.
Ouverte le lundi des Rameaux, le 10 Avril 1786, elle fut arrêtée en 1843.
Signature d'Augustin Guiot, fils de Jean-Baptiste et secrétaire puis adjoint au maire de Fresnes de 1840-1870

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De ce puits, il ne reste aujourd'hui qu'une plaque rappelant son emplacement (photo). JeanBaptiste laissait deux enfants en bas âge, Jean-Baptiste, qui devint mesureur aux mines (†
1880), et Augustin († 1884), qui fut négociant en vins à Fresnes, rue de Saint-Amand,
propriétaire et adjoint au maire pendant plusieurs années (au moins de 1865 à 1870), reprenant
ainsi la tradition de ses ancêtres, clercs de paroisse. Tout compte fait, ces deux orphelins s'en
sont plutôt mieux sortis que bien d'autres.C'est à cette génération que la famille commence à se
disperser. Jusque-là, la sédentarité était de règle et les mariages se faisaient entre gens de la
même commune. J'ai été surprise de découvrir à Lecelles (plan 4), commune limitrophe de
Fresnes, une lignée de Guiot à laquelle ceux de Fresnes ne se sont jamais mêlés. Cette autre
branche des Guiot, dont l'origine me reste encore obscure à ce jour, compta surtout des
cultivateurs analphabètes, des domestiques et des journaliers.

Plan 4.– : Lecelles, un autre foyer de Guiot. Plan 5.– : Denain, au sud-ouest de Fresnes

Cependant, nos nouveaux migrants n'allèrent pas très loin. Le premier à partir fut l'un des fils
de Pierre Joseph, Alexandre, qui s'en alla à Denain (plan 5), à une quinzaine de kilomètres de
Fresnes, après y avoir épousé Julie Tahon, native de Fresnes et âgée de 18 ans (lui-même en
avait 19), dont il eut six enfants "en légitime mariage". Le fils aîné de ces deux jeunes gens
s'appellera évidemment Alexandre (né en 1823), deviendra porion (maître ouvrier mineur) et
restera célibataire, contrairement à leur autre fils, François, né en 1830, qui devint également
porion mais se mariera deux fois (on ne trouve pourtant pas trace de son second mariage, s'il
eut lieu, dont il eut tout de même un fils nommé Auguste, né en 1879). Quant à ses trois filles,
Zoé et Elisa ne vécurent pas longtemps et d'Honorine je ne sais rien d'autre que sa date de
naissance en 1826.
Pourquoi aller à Denain, la ville aujourd'hui la plus pauvre du département du Nord ?
Mystère ! Car la première mine de charbon ne s'ouvrit à Douchy, dans la banlieue de Denain
(plan 5), qu'en 1832. Alexandre était déjà ouvrier mineur à Fresnes quand il se maria à 19 ans
en 1816 et c'est sans doute dans les années 1830 qu'il déménagea. Ses deux fils descendirent
certainement au fond, puisqu'ils devinrent porion. À Denain, le nom de Guiot se mua en Guyot
vers 1830, preuve que les fils Guiot ne savaient même plus écrire correctement leur nom. Lors
d'un mariage, un secrétaire de mairie s'émut de cette mutation vocalique, mais personne ne
pouvant lui en donner l'explication, il adopta l'orthographe qui lui parut la meilleure. Ainsi
naquit une lignée de Guyot à Denain, qui prospéra et perdure encore mais s'est installée hors de

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la ville, dans les proches environs (39 réponses dans l'annuaire du téléphone).
Voici les premiers GUYOT de Denain, fils d'Alexandre, dont deux seulement se marièrent
(et eurent une descendance : 13 enfants à eux deux) :
1797 Alexandre, mineur à Denain † 1854 X-1816 Julie TAHON (1798-1872 à Denain)
1823 Alexandre, porion † 1887 célibataire
1826 Honorine †?
1830 François, porion † 1890 X-1/+ X-2/> 9 enf.
1834 Marie Joseph † 1834
1835 Evariste,, mineur X- Adèle FIÉVET
1837 Zoé † 1842
1842 Elisa †1849

À Fresnes, Pierre Joseph avait encore un frère Ignace, mineur, qui est resté célibataire, et
deux sœurs, dont l'une, Rosalie, épousa un certain Jean-Baptiste Houdart en 1831 ! Déjà au
XIXe siècle, une union Guiot-Houdart… Et le plus amusant, c'est que Rosalie épousait en
réalité son cousin ! Car "il était une fois" deux sœurs Fourdain, Françoise et Marie-Anne, la
première épousa un Guiot, la seconde un Houdart. Quand elles eurent chacune des enfants, une
fille des Fourdain-Guiot épousa le fils des Fourdain-Houdart, soit : Rosalie Guiot épousa son
cousin Jean-Baptiste Houdart et ils eurent un fils qu'ils nommèrent Laurent (Houdart), né le 11
août 1836…
Marie Anne FOURDAIN
épouse Jean-Baptiste HOUDART
dont
Jean-Baptiste HOUDART

épouse
dont
Laurent HOUDART

Françoise FOURDAIN
épouse François GUIOT
dont
Rosalie GUIOT

Quant à Marie Joseph, la benjamine, elle s'est mariée à 26 ans avec Romain Delzant, un
jeune homme presque sans famille (ses père, grand-père et grand-mère étaient tous morts),
maçon de son état. La famille Delzant était bien connue à Fresnes depuis longtemps et l'un des
leurs, prénommé Eleuthère, se fit remarquer lors la Révolution en devenant officier d'état civil
au début de la première République, au temps où la commune de Fresnes faisait partie du
"canton de Nord libre" (à cette époque, beaucoup de communes changèrent de nom pour
effacer toute trace de religiosité ou d'origine monarchique). Sa femme Marie Joseph déclara une
profession peu commune le jour de son mariage, "fille de confiance". De qui ? se demande-ton ! Elle eut au moins cinq enfants et elle est morte en 1891, âgée de 83 ans, un bel âge, n'est-ce
pas, digne des Guiot ! Mais madame sa mère avait fait encore mieux : 87 ans !
À la naissance de cette petite dernière, sa mère Françoise Fourdain déclara travailler comme
fileuse. Elle avait quarante trois ans et sera veuve à soixante. Ses deux jeunes brus, Rosalie et
Julie, épouses de Jean-Baptiste et d'Alexandre, se dirent aussi "fileuses" comme leur bellemère, le jour de leur mariage. Est-ce qu'une filature s'était installée à Fresnes ? Non pas une,
mais deux filatures de laine. Était-ce bien rémunérateur ? On peut en douter…
Parlons maintenant de leur frère, Pierre Joseph Guiot. Le grand-père de notre grandpère(Lucien Guiot) fut, si l'on peut dire, l'ouvrier mineur type. Il est né en 1804, l'année du
couronnement de l'empereur, on disait encore l'an XII. Il n'avait plus beaucoup de famille quand
il fut en âge de travailler et de se marier. Il avait perdu son père à l'âge de 20 ans, deux de ses
frères étaient morts, l'un à six ans, l'autre à vingt-huit à la mine, un autre s'en étaient allé vivre à
Denain, mais il lui restait encore sa mère, ses deux soeurs et un frère de dix ans son aîné,

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Ignace, qui resta célibataire. Pierre Joseph épousa à 23 ans, le 9 juin 1827 à Fresnes, une fille
d'ouvriers (on disait plutôt "manouvrier" en ces temps-là), Rosalie Lebrun, et ils eurent en tout
six enfants.
1804 Pierre Joseph †1870 épouse Rosalie LEBRUN, dont :
> 1828 Pierre Joseph, ouvrier aux mines, épouse Catherine Offre > 4 enfants
> 1830 Léopold † 1862 à Denain, ouvrier aux mines, épouse Victorine Bruneau > 6 enf.
> 1834 François, grenadier, puis ouvrier aux mines, † 1924 <2 épouses, 6 enfants
> 1838 Henri † 1890, ouvrier aux mines, épouse Joséphine Hurbain > 2 enfant
> 1840 Augustin, ouvrier aux mines, épouse Florine Routard >2 enfants
> 1843 Alidor, ouvrier aux mines, épouse Fidéline Tahon
>1 enfant
> 1845 Jules, ouvrier mineur, épouse Adolphine Corroënne > 4 enfants

Quoique ouvrier mineur, Pierre Joseph était encore capable d'écrire – péniblement – son
nom, bien qu'il fut un grand ami du clerc clérical de l'époque, Henri Charles Boutique, témoin à
son mariage. Dans cette famille Boutique, on était clerc de père en fils au moins depuis 1735
(depuis que les Guiot avaient passé la main ?), ce qui ne les empêchait pas d'exercer diverses
professions, dont celle de cordonnier.

.
Chez les Guiot en revanche, on n'apprit guère à écrire à cette génération. La mère de Pierre
Joseph (Françoise Fourdain, fille et petite-fille de mineur) ne savait pas écrire, ni son épouse
Rosalie Lebrun, ni les père et mère de cette Rosalie. Aucun n'a pu signer le registre le jour de
leur mariage, le 9 juin 1827. Aucun de leurs enfants ne le surent. Augustin et Henri par
exemple, tous deux mineurs, ne purent signer l'acte de décès de leur père. Ils avaient
respectivement 30 et 32 ans, et leur père, Pierre Joseph, avait 67 ans et 4 mois, un bel âge pour
un "ouvrier mineur pensionné", comme il est dit dans l'acte, rédigé par un secrétaire de mairie
qui s'appelait pourtant… Augustin Guiot ! Mais cet Augustin Guiot, qui fut adjoint au maire
jusqu'aux environs de 1870, descendait du frère aîné de Pierre Joseph. C'était le fils de l'homme
qui était mort dans la fosse à charbon à 28 ans, Jean-Baptiste l'orphelin… ou, si l'on préfère, le
cousin de "grand-père Guiot" (notre arrière-grand-père).
Comme on peut le constater sur le tableau ci-dessus, tous les enfants de Pierre Joseph
suivirent l'exemple de leur père et travaillèrent comme "houillers" aux "mines de charbon de
terre", comme on disait alors. On est mal renseigné sur la dure vie de tous ces cousins du XIXe
siècle. On aimerait savoir si c'étaient des "gueules noires", c'est-à-dire s'ils descendaient au fond
de la mine, car l'appellation "ouvrier aux mines" recouvre bien d'autres professions. Il y avait
une foule de métiers différents sur le carreau (voiturier, charpentier, bourrelier, etc.). Tout ce
qu'on sait, c'est que les deux aînés partirent travailler à Denain dans les années 1860, peut-être à
l'exemple de leur oncle Alexandre, le pionnier ou le premier "déserteur", si l'on préfère. Tous se
marièrent et eurent un, deux, jusqu'à six enfants. On connaît le nom de toutes leurs épouses,
mais on ignore souvent le lieu et la date de leur mort, puisque les archives se taisent en 1907.
L'un des fils de l'aîné, un nommé Jules, est resté dans les mémoires parce qu'il mourut à 52 ans
avec son fils Léonard âgé de 21 ans lors de la fameuse catastrophe de la mine de Courrières en
1906 qui fit 1098 morts.
1804 Pierre Joseph †1870 épouse Rosalie LEBRUN, dont :

1- 1828 Pierre Joseph, ouvrier aux mines, épouse Catherine Offre > 4 enfants dont
>1853 Jules († 1906 à Courrières) ép. Marie BERNARD
> 1885 Léonard († 1906 à Courrières)

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Courrières, tout en haut à gauche (en A), à l'ouest de Douai

Léopold, son second fils, avait épousé à Denain la jeune Victorine Bruneau et mourut très
jeune en 1862, âgé de seulement 32 ans, en laissant quatre orphelins vivants sur ses six enfants
nés. Il ne savait pas écrire.
1804 Pierre Joseph †1870 épouse Rosalie LEBRUN, dont :

2- > 1830 Léopold mineur à Denain † 2/12/1862 X- Victorine BRUNEAU
1852 Xavier †1852
1852 Léopold, verrier X-1879 Maria-Désirée DUPIN (1858 -?)
1882 Ambroise † 1883 à Denain
1854 Jules
1858 Florine † 1860
1859 Rosalie
1861 Maria

Après Léopold et François Joseph vint Henri, qui fut ouvrier mineur à Fresnes et pensionné
dès 1892 (à 54 ans). Il eut deux enfants, Henri et Ernest, l'époux de Lucia Bouillez, dont la
petite-fille Yvette demeure toujours à Valenciennes. Je l'appelai un jour au téléphone sans
savoir sur qui j'allais tomber. Je cherchais alors à identifier le propriétaire des Sirops Guiot et je
tentai ma chance auprès de tous les Guiot de Valenciennes inscrits dans l'annuaire du téléphone
pour en savoir plus, puisque Valenciennes était la grande ville la plus proche de Fresnes et qu'il
n'y avait plus de Guiot à Fresnes. Yvette avait une voix douce et charmante avec cet accent du
Nord qui m'est familier, cette intonation spécifique, plutôt. Elle fut ravie de mon appel et reste
une de mes fidèles correspondantes. L'histoire de notre famille, dont je lui envoyai un résumé,
l'intéressa énormément et fut, me semble-t-il, comme un rayon de soleil dans sa vie monotone
de vieille dame à la santé apparemment fragile. Son mari me remercia chaleureusement de mon
appel. Il s'appelle Edouard Breucq – "pas Dubreucq" me fit-il remarquer – et il était marchand
de vins de son état.
1804 Pierre Joseph †1870 épouse Rosalie LEBRUN, dont :

4- >1838 Henri, mineur à Fresnes † 1890 X-1865 Adélaïde MARÉCHAL (1843- 1889)
1866 Henri, mineur à Fresnes X-1892 Elisa DESTREBECQ
1891 Maria
1869 Ernest, mineur X- Lucia BOUILLIEZ
v.1903 Arthur
Yvette X-v.1957 Edouard BREUCQ

Yvette me raconta que son grand-père Ernest tenait un café avant la guerre de 1914-18 pendant
laquelle il fut gazé, et que son père Arthur avait été gendarme. Elle était particulièrement fière de
m'apprendre qu'une rue de Beuvrages (en banlieue de Valenciennes) porte le nom d'Edgar
Vilain, un ancien résistant arrêté par la Gestapo apparenté aux Bouilliez, sa famille maternelle.
Après Henri, vinrent encore trois garçons, qui furent tous les trois ouvriers mineurs.

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1838
1840
1843
1845

Henri, mineur né à Fresnes † après 1906 X-1865 Adélaïde MARÉCHAL > 3 enfants
Augustin, mineur né à Fresnes †? X-1867 à Fresnes Florine ROUTARD > 2 enfants
Alidor Adolphe, mineur né à Fresnes X-1863 à Fresnes Fidéline TAHON > 1 enfant
Jules mineur né à Fresnes †? X-1867 à Fresnes Adolphine CORROENNE > 6 enfants

On s'aperçoit ainsi, après ce bref tour d'horizon, que notre grand-père Lucien n'eut pas une
seule tante mais qu'il ne manquait ni d'oncles ni de cousins : 6 oncles et 19 cousins dénombrés,
dont cinq Jules et deux Rosalie. Sauf erreur, Lucien aurait pu connaître tous ses oncles sauf
Léopold, décédé en 1862 alors qu'il n'avait qu'un an, mais pour la plupart des cousins, la date de
leur mort reste inconnue et, du fait qu'il s'était isolé d'eux après son mariage en s'installant à
Fourmies, il est probable qu'il ne les fréquenta pas beaucoup. Ce sont en tout cas des parents
dont nous n'avions jamais imaginé le nombre ni même l'existence .
J'ai parlé de tous les oncles et cousins de Lucien Guiot, mais je n'ai encore rien dit de la vie
nettement plus mouvementée de son père, le héros de la guerre de Crimée, François
(1834-1924), troisième fils de Pierre Joseph.

François Guiot dans les années 1910 (à gauche) et en 1923

Seul de sa fratrie, il suivit un chemin tout à fait nouveau : au lieu d'aller travailler sous terre
pour les houillères ou peut-être pour s'en échapper – car les enfants commençaient à y travailler
tout jeunots, parfois dès leur sixième année, le plus souvent tout de même à partir de dix-douze
ans comme "galibots" (aides au service des voies) – François Guiot s'enrôla dès sa vingtième
année dans l'armée napoléonienne (de Napoléon III) et participa à la campagne d'Italie comme
grenadier du 3e bataillon de la Garde Impériale, 6e compagnie, numéro matricule 4080. Tous
ces détails figurent sur le diplôme accompagnant la médaille qui lui a été décernée par l'Empire
Français le 30 septembre 1859. La médaille était en argent et portait la légende Campagne
d'Italie 1859 avec la liste des batailles livrées : Montebello en Lombardie (20 mai, 80 morts côté

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franco-piémontais), Palestro (31 mai, 600 morts), Turbigo en Lombardie, Magenta près de
Novare (4 juin, 657 morts), Marignan, Solférino (au sud du lac de Garde (24 juin, 2492 morts).
Malheureusement, nous ne possédons que le diplôme, la médaille semble perdue, mais on peut
en voir sur internet le revers avec l'effigie de Napoléon III.
Cette guerre d'indépendance italienne fut initiée par Cavour et se déroula d'abord en Crimée
(1853-1856), puis en Italie (1859). Le 1er régiment de grenadiers avait été créé en 1854. Un de
ses bataillon fut envoyé en Crimée et y débarqua le 28/1/1855, le régiment entier le rejoignit en
mai. Son baptême du feu eut lieu le 6 juin 1855 lors de l'attaque du Mamelon vert. Le régiment
prit également part à la prise de Malakov. En Italie durant la campagne de 1859, le régiment se
distingua le 4 juin 1859 à Magenta en prenant le Ponte Nuovo et en y défendant ses maisons
contre un ennemi très supérieur en nombre. Après quoi on peut supposer que les soldats furent
démobilisés et que notre grenadier rentra chez lui, fin 1859, avec sa ou ses médailles.

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Par la famille, nous avons eu quelques échos de cette virée en Orient dont l'authenticité est
sujette à caution. On racontait par exemple que "grand-père" avait perdu un bras et gagné une
femme à la guerre. Or, sur une photo de lui datant des années 1920 (page suivante), on pourrait
croire en effet qu'il lui manque le bras gauche mais sur une autre photo conservée par sa petitefille Irène Luce, on voit nettement qu'il avait encore ses deux mains ! Il est néanmoins possible
qu'il ait été blessé au bras, mais nul n'en a gardé le souvenir. Quant à la femme… Étonnamment,
une légende tenace voulait que nous ayons du sang russe dans les veines ! C'est même cette
rumeur qui a motivé mes premières recherches généalogiques. Je voulais en avoir le cœur net
une fois pour toutes. Or, pour que du sang russe coule dans nos veines, il aurait fallu que notre
grenadier soit revenu de Crimée avec femme et enfant ou au moins avec l'enfant d'une femme
russe, ce qui n'aurait pas été simple en passant par la Lombardie où son père devait encore se
distinguer lors de la bataille de Marengo, et il aurait encore fallu que l'enfant soit né pendant ou
juste après la campagne de Crimée ! Je n'ai absolument rien trouvé pour conforter cette rumeur.

L'état-major du 1er régiment de grenadiers de la Garde Impériale en 1861

Nous avons bien son diplôme confirmant sa participation à la guerre en Italie, mais est-il
vraiment certain que François Guiot ait participé à la guerre de Crimée (prélude à la campagne
d'Italie) qui débuta en 1855, alors qu'il n'avait pas encore 21 ans ? Là encore, je n'ai retrouvé
aucun document qui le prouve, à part un article paru dans la presse en 1923, pieusement
conservé par notre cousine Irène Luce.
En 1923, un journaliste vint en effet à Dorignies-lez-Douai voir ce "vieux brave combattant
des guerres du Second Empire", alors âgé de 89 ans et rédigea un petit article assez amusant
intitulé "Un survivant des guerres du Second Empire" : "Originaire de Fresnes, M. François
Guiot, ancien fondeur de verrerie, est venu se fixer à Dorignies il y a environ 25 ans … Très
robuste encore pour son âge, doué d'un appétit formidable, il n'a, comme infirmité, qu'une
surdité assez prononcée… Il servit au 1er régiment de la Garde Impériale, un corps d'élite
avec lequel il participa aux opérations du siège de Sébastopol. Le grenadier Guiot était de
l'attaque du Mamelon Vert. M. François Guiot est titulaire des médailles de Crimée et

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d'Italie… Pendant la guerre [de 1914-18], il est demeuré ici, dit son fils Rodolphe, et jamais
les Boches n'ont pu l'intimider."
Tout ceci correspond donc aux affirmations de l'interviewé. Si l'épisode de son combat en
Crimée semble finalement assuré, il est absolument certain en revanche que notre arrière-grandpère était sourd comme un pot mais ne supportait pas qu'on lui en fasse la remarque, On raconte
que, à table, il martelait frénétiquement son assiette avec sa fourchette par impatience. Beaucoup
d'entre ses descendants, hélas, lui doivent sans doute leur surdité plus ou moins accentuée mais
de nos jours, heureusement, les appareils auditifs nous retiendraient de jouer du tambour sur
notre assiette.
À son retour de Crimée, François quitta son bel uniforme, rejoignit ses frères à la mine, puis
épousa Florimonde Manderlier (écrit tantôt Manderiez, tantôt Manderier), dont il avait déjà un
fils âgé de cinq mois, notre grand-père Lucien… Encore un enfant de l'amour ! L'acte de
naissance de notre grand-père est clair sur ce point. D'après ce qui fut déclaré à la mairie, Lucien
est bien né à Fresnes de François Guiot et Florimonde Manderlier, très exactement le 10 août
1861 et fut donc conçu en février 1861, un an environ après la fin de la campagne d'Italie. Sur
son acte de naissance, le maire de Fresnes, Lucien Maréchal, a noté dans la marge que "Suivant
l'acte de mariage en date du 27 janvier 1862… Lucien Guiot a été reconnu pour être le fils
légitime de François Guiot et de Florimonde Louise Manderlier. Fait à la mairie de Fresnes le
28 janvier 1862". Voilà donc qui met un point final à la légende sur notre ascendance russe. Ou
bien alors, l'habileté pour dissimuler la vérité serait quasiment diabolique ! L'acte a été signé par
Florimonde et par son témoin nommé Lambert Charles, verrier, mais pas par le père de l'enfant,
François ayant "déclaré ne le savoir". Il avait alors 27 ans et était ouvrier mineur.
Un an après avoir régularisé sa situation en passant chez monsieur le maire, Florimonde mit
au monde à Fresnes un enfant "sans vie", le 31 décembre 1862. Quelques jours plus tôt, le 5
décembre, son époux François perdait son frère aîné Léopold, âgé de 32 ans, décédé chez leur
père à Fresnes, laissant à Denain quatre petits orphelins à la charge de sa veuve Victorine
Bruneau. François et Florimonde eurent ensuite encore deux enfants, Rodolphe en 1864 et
François en 1868.
Bien que fille d'un cordonnier belge analphabète, Florimonde savait écrire. Et tous ses enfants
surent eux aussi très bien écrire. La seconde femme de François, Aimée Hutin, maniera la
plume encore plus joliment. Laquelle de ces deux femmes apprendra finalement à écrire à son
époux ? Très probablement la seconde, car ce n'est qu'en 1890 que la signature de François
Guiot, certes maladroite mais authentique, apparaît pour la première fois sur un acte, miracle !
L'homme avait 56 ans et c'est l'année où il maria ses deux fils aînés.
.

1834 François GUIOT soldat, mineur puis verrier, né à Fresnes † 1924 à Douai
X-1862 à Fresnes Florimonde MANDERLIER née en 1835 à Saint-Denis (B) † à Aniche en 1868
1861 Lucien né à Fresnes † Fourmies 1913 X-1890 à Fresnes Palmyre SOURD
1862 enfant sans vie
1864 Rodolphe né à Marchienne-au-Pont (B) † 1929 à Douai X-1890 Georgina HOYEZ
1868 François né à Aniche † ap. 1890

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Premiers verriers et derniers mineurs
L'ancien grenadier Guiot a-t-il eu des difficultés à trouver du travail à la mine ? Il semble
avoir eu un peu la bougeotte. Ses excursions à travers l'Europe lui avaient peut-être donné aussi
le goût des voyages ! Après son mariage, on le trouve à Fresnes où Lucien était né mais où les
mines fermaient les unes après les autres : le puits des Rameaux où était mort son oncle JeanBaptiste avait fermé en 1843, celui du Sarteau ferma en 1860, alors que la construction de la
tour servant à pomper l'eau n'était terminée que depuis 5 ans. Soixante-six puits avaient été
ouverts sur le territoire de Fresnes-sur-Escaut depuis 1720, il n'en restait plus que six en 1862.
La plupart avaient d'ailleurs fermé dès avant la Révolution.
On retrouve ensuite l'ex-grenadier François, à l'occasion de la naissance ou le mariage de ses
enfants, d'abord à Marchienne-au-Pont dans la banlieue de Charleroi en 1864 (à la naissance de
Rodolphe), où des charbonnages avaient été créés en 1824 par le baron de Cartier, mais la
production des trois puits de Marchienne-au-Pont (Saint-Martin, Sainte-Sophie et SainteBarbe), qui était au plus haut dans les années 1850, déclinait depuis 1869 à cause des
infiltrations. François, peut-être débauché pour cette raison, quittera bientôt la Belgique.
Quand il revient en France dans les années 1865-68, il y avait depuis peu à Fresnes une
verrerie à bouteilles ouverte en 1851 par le souffleur belge Jean-Joseph Deheinzelin de
Braucourt (qui en fonda ensuite une autre à Charleroi en 1860). Une autre grande verrerie
industrielle fut créée à Aniche (à 7 km de Denain) en 1864 par Adolphe Patoux (ancien
souffleur de verre), la verrerie de l'Ancre (carte postale ci-dessous).

La verrerie de l'Ancre, l'une des sept verreries d'Aniche

C'est probablement cette dernière verrerie qui embaucha François Guiot, l'ancien mineur.
Les premières verreries d'Aniche remontent à 1823, mais au milieu du siècle, Aniche était
devenue la capitale française de l'industrie du verre à vitres par le soufflage à bouche avec la
construction de sept nouvelles verreries, une gobeleterie (fabrique de verres à boire, carafes,

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flacons, cornues, etc.), une fabrique de produits chimiques et une grande manufacture de glaces
coulées et soufflées (tout cela sera systématiquement détruit par l'ennemi en octobre 1918). Il y
avait certainement là de l'embauche pour un vieux dur de trente ans. La ville doublera d'ailleurs
sa population entre 1841 et 1861, passant de 2030 à 4106 habitants, soit en l'espace de
seulement vingt ans.
C'est en effet à Aniche qu'on retrouve la trace de François-père au moment de la naissance
de son petit dernier François-fils en 1868, et c'est à cette date qu'il déclare pour la première fois
travailler non plus comme mineur mais comme verrier et c'est probablement lui qui initiera ses
trois fils Lucien, Rodolphe et François, au métier de verrier.

Aniche (en A) à l'ouest de Denain et de Valenciennes, assez loin de Fresnes-les- Condé

Voilà qui est tout de même très intriguant ! Les temps avaient-ils changé ? Le métier de
verrier était autrefois réservé à une "élite", aux seuls fils de verriers, détenteurs des secrets de
fabrication. L'histoire remonte loin dans le temps : selon la légende, des marchands de natron
d'Égypte (carbonate de soude) relâchant sur le littoral du fleuve Belus (Phénicie) auraient, par
hasard, fabriqué pour la première fois un véritable verre en faisant cuire leurs aliments sur le
sable du rivage, se servant de deux blocs de natron pour supporter leur marmite. L'action de la
chaleur, déterminant la combinaison de la silice du sable avec la soude du natron, aurait produit
une substance vitreuse transparente et fusible, le verre... C'est pourquoi on attribua aux
Phéniciens la découverte du verre. Connue des Égyptiens comme des Phéniciens, la fabrication
du verre fut introduite en Gaule bien avant la conquête romaine. Longtemps après, au Xe siècle,
les ducs de Normandie créèrent des privilèges en faveur des verriers dont l'industrie était
économiquement très rentable. Comme tout privilège se rapportait à cette époque à la caste
nobiliaire, les ducs imaginèrent d'accorder celui-ci exclusivement à des familles nobles, dont la
position de fortune était des plus précaires : de là, les gentilshommes verriers.
Avant 1789, les gentilshommes verriers ne sortaient jamais sans leur épée. Lorsque survint
la Révolution de 1789 qui abolit les privilèges, la verrerie devint un commerce libre, comme
toutes les industries. Ceci expliquerait-il la supposée intronisation de notre arrière-grand-père,
ancien ouvrier mineur, dans la confrérie autrefois si fermée des verriers ? Le fait que notre
grand-père ait pu porter l'épée encore dans les années 1910, faisant l'orgueil de sa fille Yvonne,
relève probablement plus de la fiction familiale que de la tradition, à moins que cette tradition ait
perduré contre vents et marées, la même qui permet aux académiciens du XXIe siècle de porter
encore l'épée !

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Un siècle a passé depuis la Révolution. En 1877, François-père s'installe au plus près des
verreries où travaillent certainement aussi ses fils, semble-t-il. D'abord installé à Lourches
(banlieue de Denain), il finit par se fixer à Denain même, au plus tard en 1890. Il déménagera
encore une dernière fois, sans doute dans les années 1910 (à près de 80 ans), pour venir auprès
de son fils Rodolphe à Dorignies-les-Douai où il mourra en 1824 à l'âge de 90 ans, un an tout
juste après son interview par le fameux journaliste. Rodolphe mourut cinq ans plus tard. Son
frère Lucien, lui, était mort depuis longtemps (en 1913) et son autre fils François probablement
aussi, mais je n'en ai pas la preuve.
François père et fils auraient-ils travaillé pour l'usine Houtard de Denain ? Créée en 1870,
l'usine fabriqua pour la première fois du verre à vitre à l'échelle industrielle. La famille logeaitelle au coron Houtard ? Qui sait…

Lucien avait trois ans de plus que son frère Rodolphe et il n'avait que 7 ans et demi quand
naquit son dernier petit frère. Dix-huit jours après la naissance de ce petit François, leur mère
Florimonde Manderlier mourait, le 27 janvier 1868, très probablement des suites de cet
accouchement, comme tant de femmes avant elle et quelques-unes encore après elle… Il ne
fallut pourtant pas longtemps à son père pour retrouver une compagne. Ce fut Aimée Hutin,
une jeunesse de 21 ans (lui en avait 35), domiciliée à Denain comme lui mais née à
Pecquencourt (sur la route de Douai) qu'il épousa le 4 août 1869.
Aimée était une enfant naturelle, fille de Aimée Desoubry et d'un journalier, François Hutin.
Ce père ingrat ne la reconnut jamais, alors qu'il avait reconnu son frère aîné Emile, né trois ans
plus tôt. Pourquoi ? Mystère ! Néanmoins, tout le monde l'appelait Aimée Hutin… et ellemême, quand elle se mariera, se déclara ainsi devant Monsieur le maire, lequel notera sans rien
demander de plus, qu'elle était "fille majeure et légitime de François Hutin, âgé de 53 ans,
voiturier." Mais de sa reconnaissance par son père naturel (qui avait entre temps monté un
échelon dans l'échelle sociale), il n'y a de trace nulle part…

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Quoiqu'il en soit, Aimée Hutin devint la mère adoptive de Lucien, Rodolphe et François.
Elle fut aussi, jusqu'à sa mort, l'épouse fidèle, effacée et dévouée de son "maître" François.
C'est ainsi qu'on ressent sa personnalité sur la photo du couple qui nous est parvenue, prise
dans les années 1920, où l'on voit Angèle et Rodolphe, deux des enfants de Florimonde, la
première femme de François, avec leur famille.

François Guiot et Aimée Hutin au premier plan.
Entre eux leur petit-fils Eugène, fils d'Angèle Guiot, au second plan, à gauche (née de sa première femme).
A droite d'Angèle Guiot, son frère Rodolphe Guiot avec sa femme Georgina Hoyez.
Tout à fait à droite, le mari d'Angèle Guiot, Hector Luce avec, à sa gauche, sa fille Angèle et son fils
François.

Aimée fut aussi la mère de deux enfants, Jules, né à peine 9 mois après leur mariage… dont
on perd la trace dans les archives (un source peu sûre signale son mariage en 1925 alors qu'il
avait 55 ans et sa mort en 1932), et d'une fille, Angèle, née 7 ans plus tard, quand la famille
arrive à Lourches. Cette Angèle est l'ancêtre de toute la lignée des Luce, nos demi-cousins, qui
compte aujourd'hui d'innombrables membres dispersés dans toute la France, dont il n'est pas
possible de parler ici en détail. Disons seulement qu'Angèle épousa Hector Luce (à droite sur la
photo) et fut, entre autres, la mère d'un Hector et d'une Angèle, dont les prénoms identiques à
ceux de leurs parents furent la source de fréquentes confusions et nous ont souvent fait perdre
le nord !
1834 François GUIOT soldat, mineur puis verrier, né à Fresnes † 1924 à Douai
X-1869 Aimée HUTIN
1870 Jules GUIOT né à Aniche
1877 Angèle GUIOT née à Lourches †1973 X-1897 Hector LUCE
1899 Hector LUCE
1904 Angèle LUCE épouse René DELVAL

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Il est difficile d'imaginer quelle fut l'éducation que notre grand-père Lucien Guiot reçut dans
son enfance. Dans la tradition verrière, les enfants n'allaient pas ou peu à l'école et
commençaient à travailler vers l'âge de 10-12 ans, alimentant les fours pour leurs pères jusqu'à
l'âge de 15 ans environ, âge auquel on commençait à leur enseigner les rudiments du métier,
dont l'apprentissage durait sept ans. À la naissance de Lucien, en 1861, bien que la verrerie soit
déjà passée à un stade industriel, les enfants de verriers ne devaient pas davantage aller à l'école
et sans doute aurait-on pu dire de Lucien comme de Cafougnette, personnage tout droit sorti de
l'imagination du poète Jules Mousseron, mineur à Denain et contemporain de Lucien Guiot à
peu de chose près (il est plus jeune que Lucien de 7 ans) : "A l'école i' n' va point souvint, et
pour l'instruir', ch' n'est point commote".

Jules Mousseron né le 1 janvier 1868, l'auteur de Cafougnette

Cependant, on peut penser que Lucien et ses frères reçurent un minimum d'instruction,
puisque tous surent écrire et signer leur nom avec une certaine aisance.

Signatures des trois enfants de François Guiot, Lucien, Rodolphe et François

Avec tous les déménagement successifs de sa famille, Lucien dut avoir une enfance quelque
peu chahutée. Né à Fresnes, il se retrouve à l'âge de 3 ans à Marchienne-au-Pont en Belgique.
Trois ans plus tard la famille déménage pour Aniche, où son père se remarie et a un fils Jules,
puis tout le monde, dont Lucien en pleine adolescence, part s'installer à Lourches où naîtra
encore Angèle, sept ans plus tard. Toutes ces bourgades où Lucien a passé son enfance sont en
fait assez proches les unes des autres à l'exception de Marchienne-au-Pont qui est à une
soixantaine de km de la frontière, près de Charleroi.

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On ne sait pas exactement quand, entre 1877 et 1890, Lucien Guiot quitta Lourches pour
Denain, à 2 km de là, avec sa nouvelle famille recomposée. Mais Lucien avait presque
certainement fréquenté et fréquenta encore ensuite ses nombreux cousins de Denain, puisque
Denain est très proche de Lourches où il vécut toute sa jeunesse. À l'époque, les jeunes gens ne
craignaient pas de faire à pied de longues distances (Denain, Lourches et Aniche sont à environ
10-15 km à l'ouest de Valenciennes, tandis que Fresnes est à 10 km à l'est de la même ville),
Les deux frères aînés de son père, Pierre et Léopold, s'y étaient installés avec leurs 10 enfants
(dont 8 encore vivants en 1900). En voici la liste :
1828 Pierre, né à Fresnes, mineur † ap. 1906 X–1848 à Fresnes Catherine OFFRE
1849 Pierre Joseph né à Fresnes † ap. 1906
1853 Jules né à Fresnes † en 1906
1860 Marie née à Denain
1861 Rosalie née à Denain
1830 Léopold, né à Fresnes, mineur-verrier † 2/12/1862 X- à Denain BRUNEAU
1852 Xavier né à Denain †1852 à Denain
1852 Léopold né à Denain X-1879 Maria-Désirée DUPIN
1882 Ambroise né à Denain † 1883 à Denain
1854 Jules né à Denain
1858 Florine née à Denain † 1860 à Denain
1859 Rosalie née à Denain
1861 Maria née à Denain

Rodolphe Guiot, sa femme Georgina et son frère Lucien Guiot

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De l'oncle Rodolphe, nous n'avons rien su et il ne nous reste qu'une photo (ci-dessous),
malgré la chanson (de Mireille) qui lui attribua faussement une longue vie de 102 ans (il est
mort en fait à 65 ans). Par les archives départementales, on apprend qu'il est né à Marchienneau-Pont en Belgique (image) le 14/06/1864, qu'il épousa à Douai à l'âge de 26 ans la gentille
repasseuse Georgina Hoyez (photo) dont il n'eut pas d'enfants, et qu'il mourut en 1929 à Douai
où il avait travaillé toute sa vie comme verrier.
On apprend encore par les archives militaires que Rodolphe ne mesurait que 1,64 m, qu'il
était blond, que son niveau d'instruction était de "3", degré correspondant au niveau de
l'instruction primaire, à mi-chemin entre le degré 0 "ne sait ni lire ni écrire" et le degré 5
"bachelier, licencié, etc.", ce qui sous-entend qu'il n'avait pas obtenu son brevet (degré 4). Mais
il avait tout de même été à l'école. L'armée précise enfin qu'il avait les jambes déformées (un
pied-bot ?) et que, à cause de cette “déformation des membres inférieurs”, il fut classé dans les
services auxiliaires de l’armée en 1884, puis versé dès 1888 dans la réserve de l'armée active.
Au vu des photos qui nous sont parvenues, on est frappé par la ressemblance entre les deux
frères, Lucien et Rodolphe, ce qui confirmerait, si besoin était encore, l'impossibilité d'une
origine russe du frère aîné. Notre père, Gérard Guiot, né en 1912, aurait très bien pu connaître
cet oncle Rodolphe, puisqu'il avait 17 ans à sa mort, pourtant, nous n'en avons jamais entendu
parler…

Le terril du Hameau vu du pont sur la Sambre à Marchienne-au-Pont

Lucien et son petit frère François furent, quant à eux, purement et simplement exemptés de
service militaire, mais on n'en connaît pas les raisons, ce qui nous prive de leur fiche
signalétique. On ne saura donc ni leur taille ni la couleur de leurs yeux… Dommage !
Leur demi-frère Jules fut réformé lui aussi et fut transféré dans l'armée de réserve à cause de
ses varices mais l'armée le rappela quand même pendant trois mois au début de la campagne
d'Allemagne en août 1914. Elle le renvoya finalement dans ses foyers en août 1915 avec des
ulcères variqueux.
Il est étrange tout de même que, dans cette famille, aucun homme ne fut déclaré bon pour le
service militaire et que, pour deux d'entre eux, des problèmes aux jambes en étaient la cause.
Personne dans la famille n'a pu me renseigner non plus sur le destin du plus jeune des frères
de Lucien, ce François, fils de François, né en 1868 à Aniche, que l'on rencontre seulement en
1890 en tant que témoin au mariage de ses deux grands frères Lucien et Rodolphe. François se
déclare alors ouvrier verrier domicilié à Denain, et puis plus rien.

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Des mineurs et des notables
Lucien fut le seul des trois fils du grenadier Guiot et de Florimonde, sa première femme, qui
soit né à Fresnes mais il n'y passa que ses trois premières années. Il n'eut donc pas souvent
l'occasion de rencontrer ses quatre oncles qui y étaient nés et y étaient restés. Lucien fréquenta
certainement très peu aussi ses cousins et cousines fresnois (douze retrouvés), dont il était plus
ou moins contemporain. A Fresnes vivaient en effet les derniers mineurs de la famille, les
quatre plus jeunes frères du grenadier Guiot, Henri, Augustin, Alidor et Jules, qui avaient
respectivement en 1890, l'année où Lucien vint se marier à Fresnes : Henri 52 ans, Augustin 50
ans, Alidor 47 ans et Jules 45 ans.
1838
1840
1843
1845

Henri, mineur né à Fresnes † après 1906 X-1865 Adélaïde MARÉCHAL > 3 enfants
Augustin, mineur né à Fresnes †? X-1867 à Fresnes Florine ROUTARD > 2 enfants
Alidor Adolphe, mineur né à Fresnes X-1863 à Fresnes Fidéline TAHON > 1 enfant
Jules mineur né à Fresnes †? X-1867 à Fresnes Adolphine CORROENNE > 6 enfants

Le destin des plus jeunes oncles de notre grand-père, tous les quatre mineurs et
analphabètes, semble s'être déroulé jusqu'au bout à Fresnes (du moins jusqu'à 1907, date limite
pour les archives), où ils se marièrent alors que leurs futures épouses étaient, pour les deux
dernières, déjà enceintes de six mois et que la première avait déjà deux fils… étonnante liberté
de mœurs !
Par le recensement de 1906, on apprend leur profession et l'adresse de plusieurs d'entre
eux : Augustin habitait rue de Saint-Amand, Alidor rue de la Gare et Jules rue des Postes. Mais
la ville est devenue méconnaissable depuis un siècle et aucune de ces rues n'a conservé son
nom, sauf peut-être la rue de la Gare devenue une "ruelle de la Gare". Je ne connais que les
prénoms de leurs enfants et la date de leur naissance, quelque fois aussi celle de leur mort. Rien
de plus.

Fresnes aujourd'hui, ruelle de la Gare

Quoiqu'il en soit, l'année 1890 fut certainement pour la famille de Lucien une année
mémorable, puisque ce fut l'année où, à un mois d'intervalle, le père François maria ses deux
fils aînés : Rodolphe en septembre, Lucien en octobre. Rodolphe était âgé de 26 ans et vivait à
Douai, tandis que Lucien avait déjà 29 ans et était encore domicilié à Denain. Quelle mouche
avait piqué le père François ? D'après ce qu'on sait des circonstances du mariage de Lucien, il

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apparaît que le marié n'a pas choisi lui-même ou du moins pas tout seul sa future épouse. On
devine aisément sur la photo de famille que le vieux grenadier François régnait en maître absolu
sur sa tribu. Le choix de l'épouse que le père de Lucien semble avoir choisi pour lui est assez
étonnant mais compréhensible : pourquoi, en effet, aller chercher une bru à Fresnes sinon pour
revenir dans le berceau familial ? Ceci voudrait dire que le vieux François Guiot (66 ans en
1890) avait gardé des contacts étroits avec sa ville natale où vivaient encore ses quatre plus
jeunes frères et peut-être se sentait-il plus proche de ceux-ci que de ses aînés vivant à ses côtés
à Denain.
La question qui nous intrigue est celle-ci : comment des Guiot de Fresnes, des mineurs et des
verriers de l'industrie avaient-ils pu entrer en contact avec une grande famille de fiers verriers
comme celle de la future mariée, née Sourd ? C'est ce que j'aimerais bien découvrir ! Car il se
disait que Lucien Guiot ne fut jamais bien accepté par sa belle-famille, qui le considérait de haut.
Mais, à vrai dire, tout est intriguant chez ce Lucien dont personne ne parlait, sinon à voix basse
et pour dire : "c'était un alcoolique…" et que son fils Gérard, notre père, n'a même pas connu
puisqu'il n'avait que 20 mois le jour de sa mort. C'est pourquoi il est important pour nous de
retrouver une trace de son passage sur terre et de tenter de réhabiliter sa mémoire.
À Fresnes, les Guiot ont leur foyer depuis trois siècles, c'est un point que j'ai amplement
démontré plus haut, mais, comme je l'ai dit aussi, tandis que les Desguin et les Sourd affluèrent
massivement vers Fresnes dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Guiot s'éparpillaient au
même moment et il ne restait plus comme Guiot à Fresnes que les quatre plus jeunes
descendants de l'ancêtre premier.
Mais je n'ai pas encore mentionné Michel Joseph Guiot, qui nous donnera peut-être la clé
de ces contacts insolites : Michel était un lointain cousin de Lucien, issu de la branche qui
aboutit au créateur des Sirops Guiot. C'était un homme de l'ancien temps, né en 1819, fils de
cultivateur et cultivateur lui-même jusqu'à ce jour où il put se dire "propriétaire". Son meilleur
ami était le géomètre arpenteur de Fresnes sur Escaut, Joseph Villé. Michel Guiot devint
premier adjoint au maire de Fresnes à la fin du siècle. Il prenait ainsi la succession de son
cousin Augustin Guiot, qui l'avait été depuis 1840, et surtout celle de son lointain ancêtre
Michel le Clerc, premier ancêtre connu qui fut à l'origine de tous les Guiot nés à Fresnes par la
suite.
Michel Joseph mourut en 1887 âgé de 76 ans. Ce personnage avait dû mettre en valeur le
nom de Guiot dans la commune. Un autre Guiot, nommé Oscar, né en 1871, fut en 1906,
receveur municipal d'après le recensement, un poste relativement voyant dans une commune. Il
faut aussi se souvenir que les Sirops Guiot avaient été créés en 1871, vingt ans avant le mariage
de Lucien avec la demoiselle Sourd.
Cherchons donc d'abord si l'on retrouve des Sourd à Fresnes dans les archives. Que
pouvons nous déjà apprendre de cette Palmyre Félicie Sourd que François Guiot destinait à son
fils Lucien, notre grand-père ?
Palmyre était la fille de Laurent Sourd, un verrier né à Fumay (plan ci-dessous) dans les
Ardennes en 1840, qui était venu se marier à Fresnes en 1863, bien qu'il soit domicilié à
Aniche – cette ville attirait décidément les hommes en quête d'épouse ! –, qui s'en alla dix ans
plus tard à Marchiennes, où naquit sa fille Palmyre, et revint mourir à Fresnes (dans sa bellefamille ?) en 1881 à l'âge de 41 ans. Palmyre, née en 1873 à Marchiennes (plan ci-dessous),
avait donc perdu son père à l'âge de 8 ans. De cette ville (en A sur la carte), rendue plus célèbre
par l'écrivain Emile Zola qui la cita quarante huit fois dans son roman Germinal que par le passé

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glorieux de son abbaye, Palmyre ne devait pas garder beaucoup de bons souvenirs. Notre
grand-mère fut ensuite élevée par sa mère à Fresnes, chez le père de celle-ci, veuf lui aussi, qui
lui servit de tuteur.
La mère de Palmyre s'appelait Palmire… (sans "y"), selon la bonne vieille habitude des
familles, avec comme second prénom Florentine pour la mère, Félicité pour la fille (ce qui
devait économiser la broderie des initiales sur le linge). Maman Palmyre, comme on l'appelait,
était née en Angleterre en 1844. C'était une fille de verrier, plus exactement fille d'un souffleur
de verre, un vrai gentilhomme verrier à l'ancienne mode (né en 1813) nommé Etienne Desguin.
Elle mourut quasiment centenaire, pendant ou juste après la dernière guerre de 1939-45.

Marchiennes (en A), lieu de naissance de Palmyre Sourd, épouse de Lucien Guiot

Dans l'acte de mariage de Lucien et Palmyre, nous apprenons donc que "Palmyre Félicie
Sourd, âgée de 17 ans et trois mois, était la fille mineure et légitime de feu Laurent Sourd,
décédé audit Fresnes et de Palmire Desguin, âgée de 47 ans, ménagère domiciliée audit
Fresnes". Surprise ! Nous avions toujours entendu dire, de la bouche même de notre grandmère Palmyre, qu'elle avait été mariée à l'âge de 16 ans contre son gré, car elle souhaitait devenir
religieuse. Palmyre n'avait donc pas 16 ans lors de son mariage mais 17 ans et trois mois…
Pourquoi ce mensonge ? Peut-être est-ce à l'âge de 16 ans qu'on lui annonça cette "bonne
nouvelle".

Les deux Palmyre, mère (née Desguin) et fille (née Sourd)

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Comme la plupart des verriers, les Sourd étaient d'éternels voyageurs… Exemple : Les grandsparents (côté Sourd) de notre grand-mère, Louis Sourd et Marie-Antoinette André, étaient tous
deux issus de nobles familles verrières, l'une originaire de Suisse, l'autre d'Italie (le premier
André connu était un maître verrier, qui s'appelait Jean, époux de Johanna de Andreis, né vers
1605 à Calavino, province de Trente, dont le fils Michel émigra en Allemagne vers 1644 et le
petit-fils mourut à Charleroi). Louis et Marie Antoinette, dont les prénoms expriment les
opinions royalistes de tradition chez les verriers, s'étaient mariés dans les Ardennes, à
Monthermé (cf. carte ci-dessous), et ils avaient traversé peu après la frontière belge pour
s'installer à Haine-Saint-Pierre (près de Charleroi), où ils n'étaient restés que le temps de mettre
au monde un petit Louis, avant de revenir en France à côté de Monthermé, à Fumay, où naquit
Laurent, le père de Palmyre. Trois ans plus tard, la famille retourne à Haine-Saint-Pierre où
naîtra une petite Catherine, mais l'année suivante, on retrouve toute la famille en GrandeBretagne, où naîtront encore deux enfants, un Louis et une Louise (j'ai compté quinze Louis
chez ces verriers !). Les naissances s'interrompent alors pendant dix ans, après quoi la famille
revient en France et s'installe à Escautpont où naîtront deux jumeaux, François et Emile en
1857. Monthermé est composé des mots "mons" et "hermerius" qui a pour origine un mot
celtique "hermes" qui signifie "lieu boisé qui n'appartient à personne".
Le grand-père Sourd meurt finalement à Fresnes à l'âge de 59 ans, après un joli parcours : La
Marne, la Belgique, les Ardennes, la Belgique à nouveau, les Ardennes à nouveau, la Belgique
pour la troisième fois, puis l'Angleterre et enfin le nord de la France, tout cela en si peu de
temps ! N'est-ce pas étonnant ?
En remontant encore l'arbre généalogique des Sourd, on fait la connaissance d'un arrièregrand-père prénommé Christophe, né au Noyer (Cher), qui vécut et mourut dans la Marne, et
encore un arrière-arrière-grand-père Charles né à Hartzviller en Moselle, qui partit se marier
dans la Nièvre et décéda à 40 ans dans le Cher à Jars en y laissant 7 enfants, et enfin des aïeux
encore plus lointains originaires de Mettingen en Moselle, descendants d'un Suisse nommé
Hug ! Tous leurs descendants furent souffleurs de verre, portant l'épée et le chapeau brodé. (Cf;
ma chronique « La Saga des Sourd » sur le net à l’adresse https://www.fichier-pdf.fr/
2019/07/22/la-saga-des-sourd-une-dynastie-de-verriers/)

La boucle de la Meuse à Monthermé (à gauche) et la situation de Monthermé et Fumay dans les Ardennes

Ce qu'on découvre ainsi, c'est d'abord – attention ! – que les Sourd ne s'appellent pas ainsi
parce qu'un lointain ancêtre avait été dur d'oreille, car le mot "sourd" vient de l'allemand
"sauer", qui signifie "aigre, amer", nom que portait l'ancêtre prénommé Christophe (Sauer), né
en Moselle en 1690. Une première simplification en "Sour" aux environs de 1700 aboutit
rapidement à Sourd vers 1750 quand la famille s'installe dans la Nièvre, en pays français. On

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découvre aussi et surtout la précarité des emplois dans la verrerie. Le métier était tributaire de
maîtres verriers dont les affaires étaient dépendantes de nombreux facteurs, dont
l'approvisionnement en bois était le plus délicat. Les forêts étaient rapidement épuisées (en une
vingtaine d'années en général). Or, pour alimenter les fours il n'y avait que le bois, avant que le
charbon ne devienne, vers 1775, un combustible d'usage courant. En Languedoc, la plupart des
verreries durent fermer faute de combustible dans les années 1750 : "Les forêts étant soumises
au contrôle royal, il appartenait au Conseil d’État de se prononcer. Un arrêt fut pris le 7 août
1725 aux fins d’arrêter le déboisement et de contraindre les verriers à se déplacer dans les
régions montagneuses (les Cévennes et la Montagne Noire) et à ne travailler que six mois par
an." Les verriers passaient donc leur vie à se déplacer d'une région à l'autre, comme l'ont fait les
Sourd, s'arrêtant généralement dans les régions les plus boisées comme la fameuse forêt
d'Argonne dans la Marne, entre Reims et Metz, où l'on travaillait le verre depuis l'époque
gauloise et où, bien plus tard, des verriers soufflèrent dans leur canne au profit de l'abbaye
cistercienne de La Chalade, aux environs de Sainte-Ménéhould.
Les Sourd et les Desguin avaient fréquenté les mêmes verreries au cours de leurs longue
histoire, celles des Ardennes (Monthermé), de Belgique (Charleroi, Dinant) et du département
du Nord (Sars-Poterie, Aniche et Fresnes). Mais jusquà cette année 1890, les familles Sourd et
Desguin ne s'étaient pourtant jamais alliées jusque-là pour la simple raison qu'elles ne s'étaient
jamais trouvées dans la même ville au même moment.
Dans les années 1840, l'industrie verrière se développa aussi en Angleterre et nos ancêtres,
les Sourd comme les Desguin, y séjournèrent pendant une vingtaine d'années, les Sourd près de
Birmingham (au centre), les Desguin à Saint-Helens près de Liverpool (au nord-ouest), puis à
Nailsea près de Bristol (au nord-est). Ils ne s'y rencontrèrent donc pas.

Chez les Sourd, on était souffleur de père en fils depuis la Révolution. Chez les Desguin, on
était parfois souffleur (comme Etienne (né en 1796) ou son cousin Louis (1800-1840), mais
plus souvent fondeur (comme l'oncle Jean Pierre, 1770-1838) ou étendeur (comme l'oncle JeanJacques (1777-1842) ou encore les cousins Jean Louis (1789-1854) et Charles (1788-1864),
mais il n'y eut jamais parmi eux tous un seul maître verrier, c'est-à-dire un entrepreneur. Le
métier d'étendeur de verre a disparu à la fin du XIXe siècle. On ne se doute pas aujourd'hui
qu'on fabriquait autrefois du verre à vitre à partir de longs tubes soufflés à la bouche appelés
"canons", refendus et réchauffés pour aplatir (étendre) les deux moitiés, comme on peut le voir
sur d'anciennes cartes postales (d'ailleurs passablement retouchées et trafiquées). Cf. illustration
page suivante.
Voyons maintenant si l'on rencontrait des Desguin à Fresnes au XIXe siècle. Un premier
Desguin s'y marie vers 1812 (Charles y épouse Geneviève Detrigne) mais repart aussitôt à
Monthermé dans les Ardennes où la famille Desguin a de nombreuses attaches et où naîtront

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les deux enfants de Charles. Pourquoi vient-il se marier à Fresnes ? Pourquoi repart-il ?
Mystère ! Un second Desguin, Jean-Baptiste, oncle du précédent, arrivé du même Monthermé,
vient mourir à Fresnes en 1837, alors qu'il avait vécut et fait trois enfants à Dinant en Belgique.
Pourquoi vint-il mourir à Fresnes ? Mystère ? Peut-être pas : son frère cadet Louis, né comme
lui à Monthermé où il avait épousé Victoire André, fille de l'une des plus célèbres familles de
verriers, était venu, après le décès de sa femme, se remarier à Fresnes avec une demoiselle
Vilain vers 1830 et le couple y restera jusqu'à la mort du mari en 1840, à l'âge de 40 ans… Il
n'y a pas à dire, cette ville attirait décidément les hommes en quête d'épouse ! Voilà donc déjà,
en tout cas, plusieurs Desguin installés à Fresnes avant le milieu du siècle. Quatre de leurs
enfants s'y fixèrent en tant que verriers.

Les porteuses de canons

Ensuite, dans les années 1850, deux frères, neveux des précédents, arrivèrent encore de
Monthermé. Le plus jeune, Etienne-Olivier, dit Olivier, vient lui aussi pour épouser la
demoiselle Louise Otton, de souche bassement "roturière" (son père était cultivateur-cabaretier),
qui lui donnera deux enfants, dont un verrier (Henri). Enfin, le frère aîné de cet Olivier, Etienne
Desguin, le grand-père de notre grand-mère, s'installe à Fresnes vers 1885 pour passer ses
vieux jours auprès de son petit frère en tant que "propriétaire", autrement dit en tant que rentier,
car jusqu'aux années 1880 on pouvait s'enrichir en étant verrier, le métier étant fort bien payé. Il
y maria ses trois enfants, son fils Jules Edouard en 1880 avec une demoiselle Pierquin
originaire des Ardennes, sa fille Palmyre avec un fils Sourd et son dernier fils Léon avec une
demoiselle Lannoye d'extraction ordinaire (son père était machiniste). Que venaient chercher à
Fresnes tous ces Sourd et tous ces Desguin, à part une femme, et pourquoi ? Il y avait, certes,
des verreries à Fresnes depuis 1710. Mais à partir de 1850, les verreries se multiplient un peu
partout pour satisfaire la demande de la Champagne. La production de ce vin pétillant, estimée à
environ trois millions de bouteilles en 1830, passera à six millions six cent mille en 1844 pour
atteindre les vingt millions en 1872.

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À Fresnes, le sieur Deheinzelin construit cette verrerie en 1851 dont on voit encore
aujourd'hui les ruines dans le parc municipal, et la famille Deheinzelin multipliera les brevets au
cours des décennies suivantes pour améliorer la fabrication assez délicate de ces bouteilles qui
devaient résister à une forte pression.
Au recensement de 1906, la plupart des verriers de la famille déclareront travailler à la
verrerie Schmidt, dont on ignore presque tout, mais qui fut certainement fondée par un
descendant de la célèbre famille Schmidt, des verriers originaires de Suisse.
Il est donc des plus probable que ces nouvelles verreries attirèrent à Fresnes la plupart des
verriers de la famille dans ces années 1850.

Ruines de la verrerie Deheinzelin créée en 1851 et de sa cheminée, telles qu'on les voit aujourd'hui

DES DESGUIN À FRESNES
1777 Jean-Jacques DESGUIN
1788 Charles, né à Monthermé X-1812 à Fresnes Geneviève DETRIGNE
1798 Jean-Baptiste, né à Monthermé † à Fresnes en 1837
1826 Gaspard X- Virginie PIHES dont Napoléon et Edmée né à Monthermé, Emile né à Anzin et…
1868 Jules né à Fresnes
1811 Victor né Sars-Pot. † 1902 à Aniche X- Marie Catherine MANQUILLET (1811-)
1847 Adolphine né à Fresnes X Jean-Baptiste LIEGEOIS
1851 Hector né à Fresnes
1813 Etienne né à Aniche † Fresnes 1891 X-1838 GUILLET M. Catherine
1840 Emile né en GB † à Fresnes 1875
1841 Jules Edouard né en GB † à Fresnes 1880 X-1867 à Sécheval PIERQUIN Elisabeth(1841-)
1876 Emile Laurent né à Fresnes, verrier X-1902 à Fresnes CAMBIEN Jeanne
1905 Jules Edouard né à Fresnes
1879 Arthur né à Fresnes
1844 Palmyre Flo. né en GB X-1863 à Fresnes SOURD Laurent (1840-1881)
1864 Edma (Emma) né à Aniche X-1882 à Fresnes Louis LEROY (1856-?)
1873 Palmyre né à Marchiennes X-1890 à Fresnes Lucien GUIOT (1861-1913)
1857 Léon Etienne né en GB, verrier à Fresnes X-1884 LANNOY Emilie
1816 Marie Joseph Florentine né à Sars-Pot † 1888 & ANDRÉ Pierre Jos. (1813-1863)
1818 Marianne Adèle né à Mthmé (né à Sars-Pot.=faux?) & GENAUX J.-Bapt. (1814-1872)
1858 Henri Olivier né à Fresnes † 1906
1825 Etienne Olivier né à Mthmé X-1848 à Fresnes OTTON Louise
1848 Olive Natalie né à Fresnes
1850 Henri-Olivier né à Fresnes X-1878 à Fresnes FROMONT Mathilde

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