RECOURS HIERARCHIQUE .pdf



Nom original: RECOURS HIERARCHIQUE.pdfTitre: Microsoft Word - Mme Albanel 11.11.08Auteur: manue

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MANUEL DELLUC
ARCHITECTE

Mme Christine Albanel,
Ministre de la Culture et de la
Communication
Paris, le 12 novembre 2008
Copies à :
Mr Nicolas Sarkozy,
Président de la République Française
Mr Bertrand Fabre,
Directeur de la rédaction du Moniteur
Mr Jean Nouvel, Architecte
-Mr Jean Gautier
Directeur, chargé de l’architecture
-Mme Marie-Renée Courty,
Chef du bureau des concours

Madame la Ministre,
Je vous avais alerté au printemps de cette année du fait que j’estimais les notes qui m’avaient été
attribuées au concours externe des maîtres-assistants des écoles d’architecture (discipline TPCAU)
des années précédentes étaient anormalement « basses et sévères ».
Je ne vous cacherai pas avoir été déçu du résultat de la session 2008 du même concours puisque j’y
ai obtenu la note de 9/20.
Déçu, à ceci près que je dispose maintenant de la preuve que mes craintes n’étaient pas infondées,
du moins en ce qui concerne cette session du concours.
Je pense en effet qu’il n’est pas exagéré de considérer que l’évaluation de Mme A.F. Jumeau, dont
nous disposons de la note manuscrite et signée, n’est ni plus ni moins qu’un aveu de malhonnêteté
intellectuelle dont il ne m’appartient pas de déterminer ni l’origine, ni les motivations conscientes ou
inconscientes :
-jugements superficiels prononcés à l’emporte-pièce
-absence d’évaluation de fond et d’argumentaire vis-à-vis de de ma proposition pédagogique, dont
j’admettrai pourtant bien volontiers qu’elle soit critiquée, mais de manière sérieuse.
-contre-vérités (orientation « trop étroit » (sic), « pas de projet pédagogique présenté »)
-critères incertains (« peu de production »)
Plus généralement je vous renvoie à l’argumentaire que j’ai adressé à l’occasion du recours gracieux
pour que ma candidature soit réévaluée formulé par courrier du 24 octobre auprès de M. Jean
Gautier, Directeur, chargé de l’architecture (qui n’a pas daigné me répondre) ainsi qu’à Mme MarieRenée Courty, Chef du Bureau des Concours, qui m’a répondu par courrier que le déroulement du
concours ayant été parfaitement réglementaire il ne pouvait être remis en cause, mais a refusé de se
prononcer sur le fond de l’évaluation de Mme A.F. Jumeau, considérant que « le jury était
souverain ».
Considérant pour ma part que l’honnêteté intellectuelle est une caractéristique essentielle de la valeur
d’une évaluation –et donc de sa légalité- j’ai donc décidé de solliciter auprès de la plus haute autorité
30, RUE DE L'OURCQ 75019 PARIS. TELEPHONE : 01.40.38.94.54 - TELECOPIE : 08.25.21.84.71. E-MAIL : manueldelluc.archi@tiscali.fr
Membre d'une Association agréée par l'administration Fiscale, acceptant à ce titre le règlement des honoraires par chèques libellés à son nom
SIREN : 404 126 344 - APE : 742 A

MANUEL DELLUC
ARCHITECTE

du ministère un recours hiérarchique afin que ma candidature soit réévaluée et, plus généralement,
qu’il me soit -ou non- confirmé à cette occasion si la malhonnêteté intellectuelle avait force de loi au
Ministère de la Culture aujourd’hui.
Comme il m’a semblé qu’il s’agissait là d’une question importante, il m’a également semblé opportun
de prendre à témoin de votre réponse les plus hautes autorités de notre pays dans le domaine de
l’architecture, en l’occurence politique, journalistique et artistique, qui peuvent avoir un intérêt
quelconque à la bonne réputation de la culture française.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie, Madame la Ministre, de croire en l’expression de mes
sentiments les plus respectueux.
Manuel Delluc

Pièces Jointes :
-

dossier complet de candidature (à Mme la Ministre)
Notes pédagogiques 1 & 2
Argumentaire recours gracieux

30, RUE DE L'OURCQ 75019 PARIS. TELEPHONE : 01.40.38.94.54 - TELECOPIE : 08.25.21.84.71. E-MAIL : manueldelluc.archi@tiscali.fr
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NOTE D’INTENTION PEDAGOGIQUE 1
Théorie et pratique de la conception architecturale et urbaine.
REFLEXIONS ET ORIENTATIONS PEDAGOGIQUES : GENESE D’UNE DOUBLE VOCATION
Depuis mon travail de diplôme autour de la Casa del
Fascio de Giuseppe Terragni à Côme -effectué sous
la direction de Jacques Lucan, à l’E.A. de ParisBelleville (alors UP 8)- projet et analyse de projet ont
toujours été pour moi les deux faces d’une même
activité

d’architecte

:

que

l’architecture,

en

permanence, « dise » quelque chose et que de la
découverte (ou de la définition) de ce « quelque
chose »

découle

la

connaissance

du

projet

d’architecture a toujours été pour moi une conviction
que

sept

années

de

pratique

de

la

critique

architecturale -couplées à mes premiers travaux
d’architecte- n’ont jamais entamé. C’est ainsi que la
visite du « ciel » des « idées » de l’architecture m’a
toujours semblé le plus court chemin pour arriver au
Projet de diplôme, 1990.

projet lui-même : qu’est donc ce dernier en effet,

sinon une prise de position idéologique sur la «réalité» avec comme claire ambition d’influer
celle-ci, et cela dans un « sens » plutôt que dans un autre ? A coup sûr, la rencontre avec l’architecture de
Giuseppe Terragni aura été décisive. Pourquoi ? Très simplement parce que celle-ci n’apparaît jamais comme
le résultat d’une élaboration externe et dogmatique mais au contraire comme le résultat d’une problématisation
interne, ouverte sur les énoncés qui la conditionnent : avant tout l’architecture de Terragni, « dit » quelque
chose sur son site, son programme et conséquemment se donne à « lire » comme un récit du site ou du
programme. Mieux encore, elle dit le récit d’un échange, d’une interaction entre elle-même et son
environnement. C’est dans le face à face avec la cathédrale de Côme –représentation de l’autorité spirituelleque se fonde l’affirmation architecturale du nouveau pouvoir temporel fasciste vu à travers le prisme idéaliste de
Terragni : « le fascisme est une maison de verre dans laquelle tous peuvent se regarder… ».
C’est dans le vis à vis avec les montagnes de Côme auxquelles l’édifice s’adresse que l’Asilo infantile
Sant’Elia (ci-dessous) trouve la raison de son plan en « U » qui accueille en lui le paysage
de la cité alpine. C’est à partir de sa situation d’édifice tenant les
deux angles d’un îlot que s’élabore la célèbre résolution des
angles du « Novocomum ». C’est sur la base d’une traduction
directe de la structure trinitaire de la Divine Comédie que Terragni
met en espace le Danteum. Etc. C’est ainsi que dans ma vie de
jeune architecte, aidé par mon professeur Jacques Lucan, ma
double vocation à projeter l’architecture et à y réfléchir
théoriquement s’est affirmée. De ce parcours dans la réflexion

1

critique,

un

moment

important

aura

été

la

rédaction de l’article « De quelques manières
d’être un architecte moderne » publié par la
revue « Le Visiteur » –dont je souhaiterais qu’il soit
lu par les examinateurs du concours : la visite
strictement conceptuelle de l’œuvre de cinq
architectes contemporains (Piano, Nouvel, Meier,
Koolhaas, Siza), illustrée par l’analyse d’un de
leurs bâtiments les plus significatif était l’occasion
de réaffirmer la surdétermination de l’architecture
par son sens, fut-il, en définitive, celui d’une
dispersion et d’une perte…
Un autre moment important aura été l’analyse du
travail

des

paysagistes

Michel

Desvigne

et

Christine Dalnoky, à l’occasion de la conception
d’un livre consacré à leur œuvre : celle-ci y était
envisagée– dès 1995- comme illustrant « la
mutation du statut de l’art à l’heure de la
globalisation

généralisée

l’artiste

cherchant

ne

de

la

culture »,

plus

à

construire

une représentation -toujours imparfaite- du monde, mais bien plutôt à s’insérer en lui pour le transformer. Comme
chez Terragni, le travail de définition du projet ne se faisait plus sur la base d’une élaboration externe mais à
partir d’une ouverture sur un sens préexistant, déjà donné : en l’occurrence la mémoire des paysages qu’il s’agit
de retrouver et de prolonger par des interventions nouvelles. La possibilité qu’une œuvre architecturale et une
œuvre paysagère obéissent -fut-ce à des années d’intervalle- à une même logique de projet était une découverte
stimulante : l’une comme l’autre basaient leur méthode sur la définition d’un langage nouveau conçu non pour se
substituer à l’existant mais au contraire pour le renouveler en le prolongeant.
Ce parcours dans la réflexion critique se concrétisera à l’occasion d’une collaboration avec l’Architecture
d’Aujourd’hui en qualité de rédacteur puis comme responsable de la rubrique Architecture du Journal des Arts
dirigé par Emmanuel Fessy et de la rubrique Aménagement / Projets Urbains du magazine le Moniteur dirigée par
Elisabeth Allain-Dupré. Cette dernière collaboration me permettra d’aborder le domaine du projet urbain et
paysager de façon approfondie.
Parallèlement, ma pratique professionnelle d’architecte me permit d’aborder l’architecture sur l’autre
versant, la conception de projets. La méthode était –et demeure- cependant la même puisqu’il s’agit toujours, non
pas d’appliquer aveuglément une doctrine X ou Y, mais d’élaborer un projet à partir de ce que « disent » un
programme ou un site.
Mais dans quelle mesure peut-on considérer qu’un site ou un programme soient « sujet » d’une
énonciation au point de contenir, en puissance, une création entière ? Que reste-t-il dans ce cas de l’acte créatif
lui-même et de l’autonomie de l’artiste et de son œuvre ?
Pour répondre à ces interrogations mon intuition aura été d’adopter une approche « sémiologique » :
toute « réalité » dans laquelle s’inscrit un projet ne nous est d’abord donnée que comme ensemble de signes
sans cependant qu’aucun sens ne s’y découvre définitif :

2

Ainsi, le signe fait sens pour autant qu’il se réfère sans jamais s’y limiter à un autre signe, et ceci ad libitum.
Tout contexte peut en effet être considéré comme un « carrefour de sens » impliquant la rencontre d’au
moins deux termes entre lesquelles une différence circule et fait « sens ». Il revient alors au projet de savoir
s’insérer dans cette « économie » sémiotique en en épousant la structure différentielle , chaque signe –y compris
donc, désormais, le projet- se présentant, non comme la manifestation ultime et achevée d’un sens définitif, mais
comme la trace d’une tension entre deux signes ou sollicitations préexistants. Pour utiliser le langage de la
sémiologie, le sens d’un projet ne se découvre pas alors dans un « signifié » ultime, mais seulement comme effet
résultant du renvoi d’un « signifiant » à un autre.
Deux exemples :
1) projet de diplôme, Côme 1991. A l’occasion de mon travail de diplôme je décidai d’interpréter la proposition de
Terragni pour l’aménagement urbain autour de la Casa del Fascio (dont le dessin inaugure page 1 cette note
pédagogique) non dans le sens de la symétrie apparemment imposée au tracé mais, au contraire, dans le sens
d’une dissymétrie entre les deux édifices suggérée par le vide représentée dans le deuxième carré : où l’on
comprend exactement au passage comment un ensemble de signes peut dire une chose et sous-entendre
exactement son contraire (symétrie et dissymétrie), son « sens » glissant littéralement d’une interprétation à
l’autre. Je proposai de m’insérer dans ce « glissement de sens » en édifiant dans le carré vide un monument
dédié à la mémoire de Terragni. Ainsi le « programme » du projet disait bien, mais d’une façon nouvelle, la même
chose que le « programme » (implicite) du dessin : l’absence.
De la même façon, la composition du projet était basée sur la répétition de la séquence extérieure –Cathédrale /
Casa del Fascio / Mémorial- mais déroulée en sens inverse selon la figure d’une spirale, chacun des trois
espaces ainsi défini étant géométriquement liée aux nombres 3, 2 et 1. L’acte créatif se définit alors exactement
comme répétition renouvelée d’une différence préexistante, et répond à cette formule du philosophe Michel
Foucault : « le nouveau n’est pas dans ce qui est dit mais dans l’évènement de son retour ».

Projet pour un Memorial Terragni, Côme 1991.

Plan

2) Concours Appel Aux Jeunes Architectes Vème session, Paris 1998. En 1998, L’opportunité de participer au
concours « Appel aux Jeunes Architectes Vème » session co-organisé par le Pavillon de l’Arsenal et la Régie
Immobillière de la Ville de Paris me donna une nouvelle occasion d’approfondir ma démarche. Bien que
destiné

à

un

simple

programme

de

logement

3

la position de la parcelle invitait à une réponse
« manifeste » et emblématique. Marquant l’entrée
du Cours de Vincennes dans Paris celle-ci mettait
en effet en vis-à-vis deux types exemplaires
d’urbanités : d’une part, l’urbanité classique du
Paris « intra-muros » et, d’autre part, celle des
monumentales « barres » de la ceinture HBM
encadrant la porte de Vincennes. En réinterprétant
ème

Appel aux Jeunes Architectes V

session. 1998

le traitement si caractéristique des angles à 45°
des carrefours parisiens sous la forme d’un
« masque » laissant deviner en arrière-plan un
grand volume parallélépipédique répondant aux
grands monolithes urbains en vis à vis, le projet
s’affirmait bien à partir de l’altérité inscrite dans
son contexte, permettant d’établir un dialogue
entre

deux

univers

que

tout

oppose.

Malheureusement, l’époque n’était pas aux « masques » : déclaré lauréat par le jury et son Président, Michel
Lombardini, le projet fut déclassé par l’Adjoint à l’urbanisme de l’époque, Michel Bulté.

AJA Vème session. 1998
Conclusion :
C’est là sans doute une tentative, en architecture, de traduire ce qui serait un sens « ouvert » –tel que
théorisé par Umberto Eco dans son ouvrage « l’Œuvre ouverte »- caractéristique selon ce dernier de ce que
l’on nomme communément « modernité » et dont il conviendrait, à travers le projet, de sublimer le pouvoir de
métamorphose. On pourrait ainsi résumer toute l’histoire de l’architecture occidentale jusqu’à Le Corbusier par
la tentative de « clore » la ronde infernale des signes dans l’utopie d’un sens ultime, identique à lui-même,
mais du même coup oublieux de la réalité dans laquelle il s’inscrit : ainsi, prototypiquement, la villa Savoye. On
pourrait inversement définir le « projet moderne » par les tentatives successives de fonder une architecture sur
l’altérité initiale d’un signe fracturé, ouvert à sa propre contestation, et donc à la possibilité d’un échange avec
la structuration différentielle de toute réalité humaine : ainsi la Casa del Fascio de Terragni à Côme. Inspiré par

4

la philosophie néo-platonicienne de l’héritage Maniériste, celui que Michel-Ange proposa pour le plan de la
basilique Saint-Pierre à Rome, composé de deux carrés désaxés, en est sans doute le prototype.
Cet ensemble de travaux, articulant réflexion critique et pratique du projet m’amena spontanément à
envisager enseigner le projet. Mais le parti de l’aborder à partir de la question de son « sens » m’interdit de
limiter mon approche au seul projet d’architecture. De fait mon activité critique m’a amenée à parler tout autant
de travaux de paysage, d’urbanisme voir de design. C’est que dès que l’on s’engage à « faire parler les
choses », les frontières s’estompent : tout est signe, tout fait sens. De fait, selon les époques les signes
s’assemblent selon des coordonnées qui sont celles des discours qu’ils traduisent et, cela, indépendamment
des disciplines dans lesquels ils s’exercent. Ainsi, par exemple, une même inspiration « fonctionnaliste »
pourra trouver des interprétations dans le domaine du design, de l’architecture ou de l’urbanisme.
C’est encore plus vrai lorsque, comme il apparaît communément aujourd’hui (par exemple chez Jean
Nouvel), le discours d’un créateur entend non plus substituer à une réalité donnée une réalité nouvelle -comme
cela a été le rôle des avant-gardes tout au long du XXème siècle- mais insérer un nouvel objet dans une réalité
pré-existante, dont il sera à la fois le reflet et le prolongement spécifique. En effet, la surdétermination du projet
(d’architecture, d’urbanisme ou de paysage), par un sens inscrit/prescrit dans les conditions initiales du site ou
du programme s’impose à tous les auteurs comme un méta-programme instruisant localement chaque
« texte » qu’il soit paysager, urbain ou architectural.
Aussi, la proximité conceptuelle d’approches architecturale (comme celle de Terragni hier ou Jean
Nouvel aujourd’hui), paysagère (comme celle de Michel Desvigne), de même que notre propre sensibilité aux
philosophies dites de la « différence » (Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Serres) nous invite à placer
notre proposition pédagogique dans l’hypothèse générale d’une mutation épistémologique conditionnant
transversalement le regard des différentes disciplines, sur le modèle de l’hypertexte : chaque texte
(architectural, urbain, paysager) local est l’émanation spécifique du contexte global dans lequel il s’inscrit. Le
sens du projet se détermine désormais « de l’intérieur », relativement aux conditions spécifiques dans
lesquelles il s’inscrit, et non plus « de l’extérieur » en fonction d’une théorie X ou Y.
Cette mutation traduirait une étape nouvelle dans une histoire de la sécularisation.
Que ce soit en effet dans le domaine de l’architecture, de l’urbanisme ou du paysage, le temps ne
serait plus à la promesse d’un « sens » nouveau mais bien plutôt à l’ouverture absolue de l’existence à
l’événement du monde, dans une factualité émancipée désormais de toute « profondeur » métaphysique
déchiffrable.
Ainsi explique le philosophe Jean-Luc Nancy dans son récent ouvrage « Le sens du monde » :
« On peut encore le dire ainsi : tant que le monde était essentiellement en
rapport avec de l’autre (avec un autre monde ou avec un auteur du monde), il
pouvait avoir un sens. Mais la fin du monde, c’est qu’il n’y a plus ce rapport
essentiel, et qu’il n’y a plus essentiellement (c’est à dire, existentiellement)
que le monde « lui-même ». Alors le monde n’a plus de sens, mais il est le sens.

5

En ce sens, il est aujourd’hui exact qu’il ne s’agit plus d’interpréter le
monde mais de le transformer. Il ne s’agit plus de lui prêter ou de lui donner un
sens de plus, mais d’entrer dans ce sens, dans ce don du sens qu’il est lui-même.
Et de préciser plus loin :
« En un sens, mais quel sens, le sens est le toucher. L’être-ici, côte à
côte, de tous les êtres-là (êtres jetés, envoyés, abandonnés au là).
Sens, matière se formant, forme se faisant ferme : exactement l’écartement
d’un tact.
Avec le sens, il faut avoir le tact de ne pas trop y toucher. Avoir le sens
ou le tact : la même chose. »
Offrir aux futurs élèves des écoles d’architecture les outils conceptuels, méthodologiques et pratiques
leur permettant d’agir en phase avec cette évolution est l’objectif de notre projet pédagogique.

Manuel Delluc, le 11 avril 2008.

6

NOTE D’INTENTION PEDAGOGIQUE 2
Théorie et pratique de la conception architecturale et urbaine.
Cette proposition pédagogique est le point de départ d’un enseignement méthodique s’inscrivant dans la
perspective simultanément théorique et pratique exposée dans le Note Pédagogique 1. Elle est une ébauche
qui a vocation à s’adapter aux spécificités et demandes propres à chaque école.
OBJECTIFS PEDAGOGIQUES
Aboutissement d’un long apprentissage du projet, le métier d’architecte se caractérise par sa visée culturelle et
ses fondations intellectuelles. Eveiller l’élève à la réflexion critique et lui permettre de construire son propre
discours d’architecte, sont les grands objectifs de la pédagogie proposée. Aussi, parallèlement au travail de
projet, l’élève sera-t-il invité à s’approprier la dimension intellectuelle de son métier à travers une série de
conférences.
L’école est théoriquement le lieu idéal pour épanouir une démarche qui fait de l’ouverture son principe premier.
Cependant, si l’enseignant doit se soucier de permettre aux élèves d’affirmer leur personnalité de concepteur, il
est aussi le guide que désigne son titre d’enseignant. Au terme de l’échange pédagogique il aide les élèves à
affirmer leur point de vue tout en dirigeant l’élaboration de celui-ci dans le dédale des enjeux contemporains en
proposant implicitement une grille de lecture cohérente.
PROPOSITION PEDAGOGIQUE
 La pratique du projet est la base de l’enseignement.
1.
Un premier projet fera aborder la question du monument. Afin de ne pas disperser l’attention de l’élève,
il pourrait s’agir d’un programme relativement léger mais impliqué par sa localisation dans une relation
symbolique forte. Un programme de musée ou de bibliothèque par exemple, lié à un contexte et/ou à un
patrimoine remarquable permettrait à l’élève d’aborder des questions architecturales de fond.
2.
Un deuxième projet traitera de la question de l’équipement public de proximité. Là encore, il s’agirait
d’aborder le problème sous un angle actuel : le site pourrait être celui d’un grand ensemble qu’il faudrait
restructurer, grâce, entre autre, à quelques interventions sur le bâti et à la construction de petits équipements
de quartier, deux ou trois, pas plus : crèche, commissariat, bibliothèque, etc.
3.
Un dernier projet traitera de logements groupés en zone périurbaine. Afin d’aborder les problèmes liés
à l’urbanité contemporaine, et en particulier à l’habitat à haute densité, il pourrait s’agir d’un lotissement situé –
par exemple- en périphérie d’agglomération, sur le sol d’une commune rurale. Le programme comporterait
entre 5 et 20 logements, individuels ou semi-collectifs. Un effort particulier sera demandé sur le traitement et le
statut des espaces communs.


L’approche théorique aborderait par le biais de 3 conférences, quelques grandes
problématiques transversales susceptibles de faire apparaître l’histoire architecturale et urbaine jusqu’à
aujourd’hui sous le jour d’une MUTATION 1 épistémologique des rapports du Centre et de la Périphérie
et, par extension, de l’Art et de la Nature.

1. La Casa del Fascio de Côme de Giuseppe Terragni. Analyse du bâtiment de Terragni selon l’hypothèse
d’une « structure différentielle » sous-jacente. Tentative d’interprétation et mise en relation avec d’autres grands
manifestes de la modernité : la villa Savoye, le pavillon de Barcelone, ou encore le Grand Verre de Marcel
Duchamp. Extraction et explicitations des concepts fondateurs du « Mouvement Moderne ».
2. Le Mouvement Moderne, l’Histoire et la Ville. Présentation de deux rapports de l’architecture moderne à
l’Histoire -entre rupture et relecture- à travers l’analyse de la Villa Savoye et du plan Voisin de Le Corbusier
d’une part et des différents projets de Terragni à Côme d’autre part. Thèse : Le Corbusier répète Alberti et le
geste re-fondateur de la Renaissance. Terragni répète Palladio et le geste Critique du Maniérisme. Qui gagne ?
3. La « Périphérie » à l’image du « Centre » …et inversement. Trois points de vue sur la forme de la Ville
contemporaine à travers les projets de Jean-Pierre Pranlas Descours (Saint-Jacques de la Lande), Manuel
Solà-Morales (Saint-Nazaire), Alexandre Chemetoff (l’île de Nantes) et Christian de Portzamparc (la ville Age
III). Situations comparées en Europe du sud et en Europe du Nord. Interrogations sur l’architecture, la ville,
l’histoire à l’heure de la globalisation culturelle et …du réchauffement climatique.
1

Voir à ce sujet dans mon recueil d’articles celui consacré à l’exposition Mutation publié dans le magazine le Moniteur.

1

ARGUMENTAIRE
L’évaluation porte sur trois points :
1) Avis sur expériences, travaux, ouvrages, publications
2) Avis sur la note pédagogique n°1
3) Avis sur la note pédagogique n°2
Et se formule selon un barème de notation à 6 degrés :
-Très insuffisant
-Insuffisant
-moyen
-bon
-très bon
-excellent
Aux trois critères le juré Bernard PAURD a donné la mention Bon.
Aux trois critères le juré JUMEAU AF a donné respectivement la mention Moyen, Insuffisant, Insuffisant.
L’écart d’évaluation entre les deux jurés est important : ils ne sont pas d’accord et c’est déjà un problème.
Par ailleurs je conteste les évaluations de Mme JUMEAU AF pour les motifs suivants :
1) Avis sur expériences, travaux, ouvrages, publications
Evaluation de Mme JUMEAU AF :
« Beaucoup de vitalité jusqu’en 2001, mais ensuite : très peu de chose ! Il semble y avoir eu une rupture de
rythme et il y a un fort décalage désormais : peu de production, pas d’écriture »
Réponse :
Après un détour significatif dans le journalisme-critique d’architecture qui m’a amené à rédiger près d’une
centaine d’articles dans les meilleurs titres de la presse artistique et architecturale (voir liste jointe), j’ai choisi
de me recentrer sur ma pratique d’architecte. C’est un choix, je ne souhaite plus écrire.
Si ma production est modeste c’est en raison du très petit nombre d’opportunités offert aux jeunes
architectes dans la France d’aujourd’hui, non en raison de mon manque de vitalité.
Par ailleurs, lorsque, comme moi, on a été dépossédé illégalement de sa victoire au concours « Appel aux
Jeunes Architectes » co-organisé par la RIVP et le Pavillon de l’Arsenal en 1998 et que, par ailleurs, on s’est
trouvé appartenir à une classe d’âge trop jeune pour postuler aux « albums de la jeune architecture » et trop
âgée pour postuler aux « nouveaux albums » on se trouve de facto privé de tout accès significatif à la
commande publique.
Enfin, l’importance quantitative d’une production ne me semble pas être un critère pour l’évaluation d’un
projet pédagogique.
Au-delà de 2001, Madame JUMEAU AF omet de mentionner :
-2003 : une consultation (non retenue) pour un immeuble de 12 logements à Boulogne-Billancourt pour la
SA d’HLM Un Foyer pour Tous.
-2004 : le concours pour le Repère Olympique. Dans le catalogue publié à l’occasion de ce concours mon
projet apparaît à la 8ème place parmi les « ¨Projets Remarqués ». Celui de Mme JUMEAU AF figure au milieu
des « autres projets », loin derrière.
-2005 : un projet de maison individuel achevé
-2006 : création du site internet www.manueldelluc.com
-2006 : un projet de maison individuel en auto-construction en chantier
-2006 : consultation pour 14 logements PLS à Athis-Mons. Maître d'Ouvrage, Immobilière 3F.
-2008 : une esquisse pour « deux maison-lofts » en cours d’études.

-2008 : un projet de rénovation en cours de trois bâtiments d’habitation totalisant 32 logements pour la Régie
Immobilière de la Ville de Paris.
2) Avis sur la note pédagogique n°1
Evaluation de Mme JUMEAU AF :
« L’orientation proposée pour cet enseignement est beaucoup trop étroit et trop attaché à une expérience
« strictement personnelle » de longue date ».
Réponse :
A) Il y a d’abord une faute d’orthographe grossière. L’adjectif qualificatif « étroit » doit s’accorder au genre
féminin du nom qu’il entend préciser : orientation.
B) Par ailleurs, il n’y a aucune évaluation sur le fond et c’est un problème venant de quelqu’un dont c’est
théoriquement la première mission.
J’ai formulé une proposition pédagogique sur la base d’un point de vue philosophique proche de celui
développé par l’exposition MUTATION organisée à au centre Arc-en Rêve à Bordeaux à la fin de l’année
2001 sous la direction du célèbre architecte Néerlandais Rem Koolhaas, dont j’avais rendu compte dans un
article pour le Moniteur qui en fit sa « Une ».
La thèse, très générale, est que, dans la perspective d’une histoire de la sécularisation il nous faut
désormais penser –donc enseigner- l’architecture en dehors de la traditionnelle dichotomie artistique du
monde et de sa représentation qui ne s’avère plus apte à rendre compte de la complexité de la réalité
contemporaine. Ainsi que l’indique le philosophe Jean-Luc Nancy que je citais : « il ne s’agit plus aujourd’hui
d’interpréter le monde, mais de le transformer. »
Cette réflexion m’a conduit à formuler un principe d’énoncé artistique en « binôme », que, le premier à Paris,
j’ai réintroduit méthodiquement à l’occasion de la création de mon site internet début 2006.
Prenant modèle sur le chant de Mme Joan Minor, brillante chanteuse noire américaine à laquelle notre beau
pays à offert trop peu de reconnaissance, j’ai fait apparaître l’écart entre la représentation de la différence
(en quoi consiste, selon moi, le chant de Mme Joan Minor) et l’exposition de la Différence jamais comblée
(ou de la non-coïncidence) du monde et de sa représentation artistique. Différence non représentable
autrement que dans une division réelle.
Le réel, par définition, diffère de toute représentation. C’est là toute sa beauté et son mystère.
Ainsi sur mon site www.manueldelluc.com tout s’énonce dans un dédoublement, un écart, à commencer par
celui que je fis vis-à-vis de Mme Joan Minor.
J’ai parlé de « ré-introduction » car ce questionnement n’est pas nouveau mais s’inscrit dans un héritage
Maniériste néo-platonicien, depuis Andréa Palladio en passant par Giuseppe Terragni, dans la continuité
duquel s’inscrit ma réflexion.

La superposition des Masques d’Il Redentore de Palladio à Venise –et plus largement toute l’œuvre de
Palladio- renvoie en effet à cette non-coïncidence du monde et de sa représentation artistique.

L’actualité de ce renouveau Maniériste tient à ce qu’il fait apparaître que la question de la représentation
architecturale se pose exactement dans les mêmes termes aujourd’hui qu’à la Renaissance où à l’époque
du Mouvement Moderne, mais de manière amplifiée. On peut aujourd’hui sans exagération parler de crise
de la représentation architecturale.
Face à cette crise de la représentation, l’originalité de la position « Maniériste » que je défends est de
déplacer l’élaboration du projet depuis la construction d’une représentation unitaire –fut-elle celle, comme
chez Jean Nouvel, de toutes les différences- vers l’insertion dans un ensemble de différences réelles qu’il
s’agit de savoir faire consonner.
Elle impose cependant de commencer par admettre que le jeu libre des différences réelles précède et
excède effectivement la possibilité de toute représentation unitaire.
En 2008, la formulation de ce principe de Binôme a rencontrée de nombreux échos dans l’intelligentsia
française :
-Au carrefour de multiples point de vue sur l’acte de bâtir qui lui donne une connaissance pratique du
concept de Différence, la revue le Moniteur a créé, depuis bien longtemps déjà, la rubrique Architecture et
Technique.
-Avec l’exposition « César par Jean Nouvel », ce dernier a formulé son propre binôme, particulièrement
instructif sur les racines de son mode créatif et sur l’apport de l’art contemporain dans la construction d’une
représentation architecturale.
-Avec l’exposition Jeff Koons à Versailles, l’ancien ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon a, dans le
domaine de la politique institutionnelle, scénographié le binôme Art et Pouvoir.

-Avec « Ennemi Publics » co-publié par les éditions Flammarion et Grasset, Michel Houellebecq et Bernard
Henri Lévy ont, dans le domaine littéraire, emboité le pas du mouvement que j’ai initié.
Et puis il y a également les plagiaires :
- Mr Philippe Gazeau Architecte, qui a copié sur mon site internet le binôme « Art et Architecture » dont il a
maladroitement tenté de donner une version « de droite » à travers l’exemple du Centre Pompidou.
L’original (janvier 2006) :

La copie (été 2008) :

-Mr Louis Paillard, curieusement ancien associé de Mme JUMEAU AF au sein de l’association
« Périphériques », qui a également copié sur mon site le thème introductif de la division par le milieu.
L’original (janvier 2006) :

La copie (octobre 2008) :

Si l’on peut faire un reproche à mon parti-pris c’est donc celui d’être trop général et non trop étroit.
C) Le choix d’avoir présenté la construction de cette réflexion de manière « biographique » et non
« personnelle » est une manière de mettre en conformité ma réflexion et mon expérience, ma théorie et ma
pratique : la réflexion se construit et se transforme dans une expérience vécue et non de façon abstraite.
D) « Pas de projet pédagogique présenté !». Et pour cause : L’objet de la note pédagogique n°1 n’est pas de
présenter un projet pédagogique (c’est l’objet de la note pédagogique n°2) mais une orientation
pédagogique.
Mme JUMEAU AF méconnait le règlement du concours dont elle a la charge d’évaluer ceux qui s’y portent
candidats.
3) Avis sur la note pédagogique n°2
Evaluation de Mme JUMEAU AF :
«Pas de proposition dans le sens du poste ».

Il s’agit clairement d’un parti-pris, présenté comme tel.
Le règlement du concours demandait en effet que les projets pédagogiques demandés dans la note n°2
soient construits par rapport aux demandes spécifiques des écoles.
Les spécificités des postes proposés étant essentiellement d’ordre organisationnel j’ai jugé qu’il était
prématuré de les prendre en compte dans le cadre de la formulation d’un projet pédagogique au stade du
concours de recrutement, car cela risquait de rendre confus le propos.
J’ai préféré formuler une proposition cohérente du point de vue de son contenu pédagogique pour un
enseignement de niveau Licence, et l’ai présenté pour deux profils de postes qui pouvaient y correspondre
sans contradictions.
J’ai clairement indiqué au début de la note qu’il s’agissait d’une ébauche qui avait vocation à s’adapter aux
spécifités et demandes propres à chaque école.
Il ne me semble pas que ce dernier point soit particulièrement difficile à comprendre.


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