RECOURS HIERARCHIQUE.pdf


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la philosophie néo-platonicienne de l’héritage Maniériste, celui que Michel-Ange proposa pour le plan de la
basilique Saint-Pierre à Rome, composé de deux carrés désaxés, en est sans doute le prototype.
Cet ensemble de travaux, articulant réflexion critique et pratique du projet m’amena spontanément à
envisager enseigner le projet. Mais le parti de l’aborder à partir de la question de son « sens » m’interdit de
limiter mon approche au seul projet d’architecture. De fait mon activité critique m’a amenée à parler tout autant
de travaux de paysage, d’urbanisme voir de design. C’est que dès que l’on s’engage à « faire parler les
choses », les frontières s’estompent : tout est signe, tout fait sens. De fait, selon les époques les signes
s’assemblent selon des coordonnées qui sont celles des discours qu’ils traduisent et, cela, indépendamment
des disciplines dans lesquels ils s’exercent. Ainsi, par exemple, une même inspiration « fonctionnaliste »
pourra trouver des interprétations dans le domaine du design, de l’architecture ou de l’urbanisme.
C’est encore plus vrai lorsque, comme il apparaît communément aujourd’hui (par exemple chez Jean
Nouvel), le discours d’un créateur entend non plus substituer à une réalité donnée une réalité nouvelle -comme
cela a été le rôle des avant-gardes tout au long du XXème siècle- mais insérer un nouvel objet dans une réalité
pré-existante, dont il sera à la fois le reflet et le prolongement spécifique. En effet, la surdétermination du projet
(d’architecture, d’urbanisme ou de paysage), par un sens inscrit/prescrit dans les conditions initiales du site ou
du programme s’impose à tous les auteurs comme un méta-programme instruisant localement chaque
« texte » qu’il soit paysager, urbain ou architectural.
Aussi, la proximité conceptuelle d’approches architecturale (comme celle de Terragni hier ou Jean
Nouvel aujourd’hui), paysagère (comme celle de Michel Desvigne), de même que notre propre sensibilité aux
philosophies dites de la « différence » (Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Serres) nous invite à placer
notre proposition pédagogique dans l’hypothèse générale d’une mutation épistémologique conditionnant
transversalement le regard des différentes disciplines, sur le modèle de l’hypertexte : chaque texte
(architectural, urbain, paysager) local est l’émanation spécifique du contexte global dans lequel il s’inscrit. Le
sens du projet se détermine désormais « de l’intérieur », relativement aux conditions spécifiques dans
lesquelles il s’inscrit, et non plus « de l’extérieur » en fonction d’une théorie X ou Y.
Cette mutation traduirait une étape nouvelle dans une histoire de la sécularisation.
Que ce soit en effet dans le domaine de l’architecture, de l’urbanisme ou du paysage, le temps ne
serait plus à la promesse d’un « sens » nouveau mais bien plutôt à l’ouverture absolue de l’existence à
l’événement du monde, dans une factualité émancipée désormais de toute « profondeur » métaphysique
déchiffrable.
Ainsi explique le philosophe Jean-Luc Nancy dans son récent ouvrage « Le sens du monde » :
« On peut encore le dire ainsi : tant que le monde était essentiellement en
rapport avec de l’autre (avec un autre monde ou avec un auteur du monde), il
pouvait avoir un sens. Mais la fin du monde, c’est qu’il n’y a plus ce rapport
essentiel, et qu’il n’y a plus essentiellement (c’est à dire, existentiellement)
que le monde « lui-même ». Alors le monde n’a plus de sens, mais il est le sens.

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