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Géopoétique .pdf



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SKENÉ
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ANITA PISCAZZI (Università di Bari Aldo Moro)

FRÉDÉRIC-GAËL THEURIAU
Université François-Rabelais - Tours

Lecture géopoétique
de l’œuvre de Ferdinand Fauchereau1
1. La textonique
Le néologisme de Kenneth
White, la textonique2, est issu
d’un phénomène de croisement linguistique. Il concerne
les forces créatrices textuelles
en rapport avec le support de
la vie, la terre, s’inscrivant
dans son concept géopoétique3 qui étudie les relations
de l’Homme au monde dans
l’espace de la dynamique
fondamentale de la pensée
littéraire, philosophique ou
scientifique afin d’en communiquer le sens.
Raccrocher, aux théories modernes, l’analyse des rapports
qu’entretenait un écrivain bourguignon d’expression populaire avec le terroir lui évite l’écueil de l’isolement. Ferdinand Fauchereau4 (1838-1916), qui avait été cultivateur,
tonnelier, directeur de tuilerie et agent général de la Mutuelle
de Seine-et-Marne, devint un bouquiniste de l’Yonne reconnu comme le plus érudit du département en son temps et un
1
Texte d’une communication présentée à l’Université Brown à Providence aux États-Unis dans le cadre du colloque sur « La terre » les 27,
28 et 29 octobre 2016.
2
Kenneth White, Panorama géopoétique, entretiens avec Régis Poulet, Lapoutroie, éd. ERR, 2014, 4e page de couverture.
3
Le néologisme est défini, en autres, dans Le Plateau de l’albatros,
Paris, Grasset, 1994, p. 13.
4
Né à Neuilly et mort à Auxerre dans l’Yonne.

75

acteur de notables évolutions dont les ramifications dépassèrent les limites de son département de naissance.
En tant que biographe, bibliographe, historien et chansonnier, il laissa une œuvre littéraire très modeste mais exploitable. L’enjeu est de déterminer les visées géopoétiques qui
se manifestent à travers ses écrits et ses actions. Une telle
démarche s’inscrit, par ailleurs, dans l’histoire des représentations et de la culture.
Trois lignes de forces textoniques, ou mouvements textuels, dessinent les principales préoccupations de Fauchereau
et soulignent son enracinement au sol rural autour du travail
de la terre, des conseils pour les récoltes et de l’instruction
des paysans.
2. Travail de la terre
2.1. Le dur apprentissage des labours
Ferdinand Fauchereau5 commença son instruction dans sa
ville natale puis la poursuivit à l’école communale de
Branches lorsque son père, cultivateur et tonnelier, vint se
fixer à l’ancien château de Gâtine. Il quitta l’école vers onze
ou douze ans pour se consacrer aux travaux des champs et
n’étudiait guère que les mois d’hiver pour satisfaire un précoce désir d’apprendre. Le reste du temps, il avait toujours
un livre à la main même en conduisant la charrue tirée par
deux chevaux. Ces prédispositions acquises depuis sa plus
tendre enfance démontrent une origine sociale liée aux ressources apportées par la terre.
2.2. Le système agraire
Une fois adulte, il composa, de 1859 à 1861, un carnet de
voyage intitulé Départ pour l’armée où il retraçait, plus ou
moins quotidiennement, son itinéraire provincial durant son
appel sous les drapeaux au 98e régiment de ligne. Force est
5

Il s’appelait, en réalité, Étienne Fauchereau.
76

de constater que son esprit était tourné vers le peuple des
campagnes comme le montre sa description des environs
d’Alençon : « L’agriculture y est assez étendue mais il n’y a
pas de vigne où l’on n’y récolte du cidre pour toute boisson »6.
Chaque arrêt dans une ville, dans un village, est pour lui
l’occasion de s’instruire ou de relater la vie des paysans. Son
séjour à Paris ne lui laisse aucune impression tandis que sa
traversée de l’Orne fait l’objet d’un intérêt sur le type
d’agriculture pratiqué. À la limite du Calvados, il décrit la
flore environnante et le difficile travail préparatoire des laboureurs obligés de contourner des pierres énormes installées sur des terres inappropriées : « […] ce n’est que bois,
broussailles et terres incultes jusqu’à Falaise, excepté
quelques pièces qui sont cultivées, parce que ce n’est que des
rochers plus ou moins rapprochés les uns des autres. Au milieu des terres, il y a des pierres de la grosseur d’un sceau,
d’un tonneau, ou d’une cuve, autour desquelles les laboureurs sont obligés de tourner en labourant »7.
Puis, près d’un village de la Marne, l’œil averti du paysan
reconnaît immédiatement de mauvaises terres qu’il faut
submerger d’engrais pour obtenir quelque chose et rend
compte des difficultés rencontrées par les travailleurs de la
terre.
2.3. La viticulture
Après avoir écrit, par la suite, un traité non retrouvé sur
les Conditions favorables pour soutirer le vin8, au sujet duquel on imagine qu’il évoquait, entre autres, la récolte du rai6

In Frédéric-Gaël Theuriau, Œuvres complètes de Ferdinand Fauchereau, Tours, 2002, p. 61.
7
Ibid., p. 61-62.
8
Paul-Camille Dugenne, Dictionnaire biographique, généalogique et
historique du département de l’Yonne, Auxerre, Société Généalogique de
l’Yonne, 1997, t. II. Le livre reste cependant introuvable, ce qui est
dommage car il aurait été un précieux document pour déterminer l’état
du vin et des vignes avant la grande catastrophe qui frappa tous les vignobles français vers 1890.
77

sin issu des terres bourguignonnes, Fauchereau retraça la vie
d’une famille paysanne9 à travers le résumé d’un Journal
d’un auxerrois10 qui s’étend du 14 juillet 1741 à 1829. Le
manuscrit qu’il dépouilla débute par des considérations astronomiques, des prophéties et des prédictions allant jusqu’en 1912. Les grands faits historiques sont relatés jour par
jour en ce qui concerne les évènements d’Auxerre. Le prix
des principales denrées alimentaires, l’état des récoltes en
blé, en vin et en fourrages sont inscrits avec les circonstances
atmosphériques. Le document11 est donc susceptible
d’intéresser l’historien, l’économiste, l’agriculteur, le viticulteur et le météorologiste.
L’observation se trouve à la base des futurs engagements
de Fauchereau. Dans un article publié dans un journal auxerrois, il écrivit que ce fut à partir de ses observations qu’il
avait pu rédiger un traité afin de prodiguer de précieux conseils au plus grand nombre sur la manière de prévoir le
temps : « Pendant le temps que j’ai cultivé la terre, j’ai étudié les pronostics, et, au bout de quelques temps, je prévoyais non seulement le moment où la pluie devait venir,
mais si elle durerait longtemps et si elle serait faible ou torrentielle »12.
Fauchereau, issu de la classe des travailleurs terriens, acquit un savoir en autodidacte. Ses connaissances ajoutées au
travail de la terre qu’il exécuta lui-même tout en observant et
analysant son milieu naturel lui permirent d’écrire un manuel
pratique.
9

Il fut commencé par Jean Mothré, âgé de 26 ans, et poursuivi par
Duplessis.
10
In Frédéric-Gaël Theuriau, Œuvres complètes de Ferdinand Fauchereau, op. cit., p. 119-120.
11
Il en parle en mai 1879 et le 3 décembre 1911 dans Le Bouquiniste
de l’Yonne (in Œuvres complètes de Ferdinand Fauchereau, id.). Il propose le manuscrit et ses commentaires à la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne. Les analyses de Fauchereau, introuvables
actuellement ainsi que le manuscrit, sont trop longues, la Société ne les
insère dans son Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne.
12
Ferdinand Fauchereau, « Les prévision du temps » (24 juin 1875),
in Œuvres complètes, op. cit., p. 83.
78

3. Conseils pour les récoltes
3.1. Les prédictions du temps
Son Étude des pronostics, un traité de météorologie, eut
un écho favorable dans la presse icaunaise13 et fit l’objet
d’éloges par un grand quotidien parisien, Le Progrès14.
L’auteur connut un véritable succès auprès des paysans. La
préface de l’ouvrage montre ses intentions de ne s’adresser
qu’aux cultivateurs dans le but de les aider dans leurs récoltes. Ses idées sont celles d’un républicain libéral de
gauche. Il encourage à ce que « dans chaque ferme, dans
chaque exploitation, chez chaque cultivateur, [il y ait] au
moins une personne se livrant à l’étude des pronostics.
Chaque exploitant en retirerait de sérieux profits, et la société y gagnerait beaucoup, quant à la quantité de denrées et
surtout à leur qualité »15. Sa politique est de servir la société
par sa connaissance particulière : « [...] j’ai compris que si la
société doit faire ce qui lui est possible pour chacun de ses
membres, ceux-ci, de leur côté, doivent faire pour elle ce qui
dépend d’eux [...] »16.
La nécessité de maitriser le contenu d’un tel traité est soulignée à plusieurs reprises. Fauchereau ne présente son travail « que comme renfermant une étude utile, très utile
même, pour qui voudra la prendre en considération, pour qui
préfère l’utile à l’agréable »17. Fauchereau s’adresse aux travailleurs de la terre afin que sa connaissance particulière
serve à l’ensemble des cultivateurs pour qu’ils ne laissent
plus leurs récoltes s’abîmer à cause du mauvais temps. Les
prédictions météorologiques sont des règles particulières valables uniquement à la vallée d’Aillant-sur-Tholon dans
13
Le journal La Constitution consacra d’élogieux articles à Ferdinand
Fauchereau et à son traité reconnu comme indispensable au paysan intelligent.
14
Antoine Richard, « Les pionniers du progrès : M. F. Fauchereau »,
in Le Progrès, Paris, n°55, 20 mai 1889.
15
Étude des pronostics, Auxerre, Perriquet, 1873, p. 5.
16
Idem.
17
Ibid., p. 6.

79

l’Yonne. Il s’appuie pour cela sur des observations environnementales afin de conseiller les habitants des campagnes : « La ménagère dira : « Le sel mouille », ou, « Les
carreaux sont mous, il va pleuve » ; la fermière, en voyant
les canards et les oies se plonger dans l’eau de la mare vous
dira : « Nous aurons changement de temps » ; le berger qui
voit sauter ses moutons, le laboureur qui voit arriver les
taons en plus grand nombre et plus affamés sur les bêtes de
trait ; les bonnes femmes qui voient les hirondelles raser la
terre, […] font les mêmes prédictions »18.
De nombreux éléments se rapportent ainsi aux hommes tirant les bénéfices de leur travail à partir des ressources terrestres : la fermière, le berger et le laboureur. Mais tous ces
acteurs de la terre ont besoin d’auxiliaires agricoles.
3.2. Une agriculture raisonnée
C’est pourquoi Fauchereau lança dans la presse la « Proposition de fonder une Société protectrice des animaux et des
oiseaux utiles à l’agriculture dans le département de
l’Yonne »19. Il y développe la thèse selon laquelle
l’agriculture ne peut se passer des oiseaux tels que, moineaux, passereaux, pies et mésanges, chats-huants, chouettes
et hiboux car ils éliminent les parasites du cultivateur que
sont les chenilles, vers blancs et divers insectes. Seules « Les
guêpes », objet-titre d’un deuxième article20, peuvent être détruites par l’homme, en mai seulement, car elles font des dégâts sur le raisin et les fruits. Fauchereau réhabilita, dans un
troisième article21, « La chauve-souris » trop longtemps
18

Ibid., p. 7.
Ferdinand Fauchereau, « Proposition de fonder une Société protectrice des animaux et des oiseaux utiles à l’agriculture dans le département
de l’Yonne » (23 mars et 8 avril 1875), in Frédéric-Gaël Theuriau,
Œuvres complètes de Ferdinand Fauchereau, op. cit., p. 84-85. Les idées
de Fauchereau, qui n’a jamais été cité, servirent de bases à la fondation,
en 1890, de la plus ancienne association de protection des oiseaux de
France, la Société de Protection des Oiseaux de l’Yonne (SPOY) devenue, en 1995, la Ligue de Protection des Oiseaux de l’Yonne (LPO).
20
« Les guêpes » (15 mai 1875), ibid., p. 86.
21
« La chauve-souris » (18 septembre 1875), ibid., p. 87.
19

80

poursuivie à cause de croyances inexactes alors que le petit
mammifère insectivore débusque phalènes, moucherons,
fourmis et insectes nuisibles.
Fauchereau défendait ainsi la démarche d’une agriculture
raisonnée qui existe depuis les années 1840 22 et que le début
du XXIe siècle semble seulement redécouvrir dans le cadre
de ses actions en matière de développement durable. L’Étude
des pronostics météorologiques et ses articles sur les auxiliaires de l’agriculture étaient donc destinés au cultivateur
soucieux de travailler en bonne intelligence son milieu. Toutefois, le paysan qu’il est souhaite évoluer vers une instruction populaire plus pérenne. Il abandonne petit à petit son
travail manuel pour revêtir celui d’érudit sans renier ses origines.
4. Instruction des paysans
4.1. Les bibliothèques populaires
Fauchereau est le grand fondateur des bibliothèques populaires dans l’Yonne23 et l’un des premiers en France. Il se
tourna du côté du peuple des campagnes dont les besoins
d’instruction se faisaient ressentir. L’ouvrier des campagnes
ne pouvait plus exister uniquement pour subvenir aux nécessités quotidiennes en travaillant mécaniquement, il ne pouvait plus satisfaire ses besoins matériels seulement par le travail en cultivant son jardin, mais il avait besoin de nourrir et
de faire fonctionner son esprit.
Comprenant que les campagnes éprouvaient un besoin
d’instruction, Fauchereau mit donc en place un philanthropique projet qui aboutit, en 1866, à la fondation d’une bibliothèque à Branches, une commune de cinq cent quatre-vingts
habitants. Cela se traduisit par un succès éclatant qui fit des
22

Abbé Picard, Agriculture raisonnée ou Manuel complet et spécial
du cultivateur, dans les Deux-Sèvres et départemens de l’ouest, Niort,
Robin et Cie, 1844.
23
Frédéric-Gaël Theuriau, « Un exemple de bibliothèque populaire
dans l’Yonne au XIXe siècle », in Gavroche, Évreux, Floréal, 2000.
81

jaloux parmi ses détracteurs. Mais en dépit de toutes les
malveillances, l’œuvre prospéra et fit tâche d’huile puisqu’elle servit d’exemple à quatre cent six bibliothèques du
même genre jusqu’en 1902 dans le département. La majeure
partie des lecteurs se recrutait parmi les cultivateurs et dans
toutes les tranches d’âge. Les ouvrages qu’il était possible
d’emprunter ou de lire sur place, même le dimanche, concernaient tout autant la littérature, l’histoire, que les livres techniques sur l’exploitation du sol ou les récoltes.
L’écrivain d’expression paysanne 24, qui s’adressait exclusivement aux travailleurs de la terre, établit, à leur intention,
une Table alphabétique25 des noms d’auteurs, de personnages, de matières et de lieux, dont il rappela, dans son
avant-propos, l’utilité que présentait son catalogue et la facilité de consultation pour le travailleur désireux de se renseigner sur tout ce qui concernait les écrivains du département
de l’Yonne.
4.2. Société pour la propagation de l’instruction populaire
dans l’Yonne
Comme il envisageait d’aller plus loin en matière
d’instruction populaire, il encourageait les paysans non seulement à fréquenter les bibliothèques ou en facilitant leur recherche mais encore à assister à des conférences publiques.
Une Société pour la propagation de l’instruction populaire
dans le département de l’Yonne26 fut officiellement créée en
janvier 1869. La séance du 7 janvier déclarait que son but
était de travailler au développement de l’instruction populaire27. Ses premiers soins devaient tendre à propager, dans
24

Un écrivain est « d’expression paysanne » s’il a été paysan, s’il est
de préférence autodidacte, et si son œuvre est éventuellement un témoignage sur la vie de sa classe sociale.
25
Auxerre, Tridon-Gallot, 1889.
26
Les renseignements concernant la Société se trouvent dans le Bulletin de la Société pour la propagation de l’instruction populaire dans le
département de l’Yonne, Auxerre, 1871-1916.
27
Frédéric-Gaël Theuriau, « Les fondements des structures associatives dans l’Yonne au XIXe siècle », in Gavroche, Évreux, Floréal, 2001.
82

les communes, la formation de bibliothèques et
l’organisation de cours, conférences et lectures populaires.
Après l’adoption des statuts, il fut procédé à l’élection des
quinze membres qui devaient former le comité
d’administration dont Fauchereau28 faisait partie.
Elle organisait de nombreuses conférences. Ferdinand
Fauchereau proposait des lectures publiques dont
l’inauguration eut lieu à Branches le 9 décembre 1869. Plus
de deux cents habitants de Branches et des communes environnantes se pressèrent dans la salle. Après quelques considérations sur la bibliothèque populaire libre de Branches,
Fauchereau annonça que ses lectures porteraient sur
l’agriculture et les voyages.
4.3. Le Bouquiniste de l’Yonne
Également fondateur de la célèbre librairie ancienne spécialisée, en 1872, « Le Bouquiniste de l’Yonne »29, il publia
un Manuel de littérature et d’histoire locale de l’Yonne 30 qui
comprend des essais biographiques, bibliographiques et historiques concernant son département, fruit d’un travail
acharné de 1876 à 1911. L’intention du libraire était de témoigner de l’existence d’auteurs et d’une histoire du terroir
non seulement pour contribuer à l’émergence de l’instruction
populaire mais aussi pour montrer que la capitale n’était pas
seule détentrice des matériaux littéraire et historique 31. Le
28
Il fonda la Société comme simple membre en 1869, et en devint le
secrétaire à partir de 1880.
29
Frédéric-Gaël Theuriau, « La plus célèbre librairie icaunaise aux
XIXe et XXe siècles », in Gavroche, Évreux, Scoop Presse, 2002.
30
Cet ouvrage est une reconstitution faite à partir des nombreuses publications de Fauchereau dans des revues et des bulletins de sociétés savantes de l’époque.
31
Il présenta, par exemple, un fait historique marquant pour l’histoire
locale de l’Yonne lors de l’arrestation de Louis XVI en juin 1791 dans un
article d’août 1876 tiré de son Manuel, « Les Otages de Louis XVI »
(Frédéric-Gaël Theuriau, Œuvres complètes de Ferdinand Fauchereau,
Tours, 2002, p. 120-121). Le monarque et sa famille étant emprisonnés
aux Tuileries, le rédacteur en chef de La Gazette de Paris, lança un appel
aux français pour les engager à se porter comme otages. Mille personnes

83

lien convergent ou divergent entre Paris et la province, qui
vibre et réagit en fonction des évènements de la capitale, est
manifeste.
Enfin, outre les livres et les gravures anciennes qu’il vendait dans son magasin, son rapport à la terre se manifestait en
recherchant des objets archéologiques comme le prouve une
lettre32 adressée au célèbre archéologue Théophile Habert
datée du 26 juin 1887. Il y est question de poteries et de
vases. L’intérêt de Ferdinand Fauchereau pour l’archéologie
apparut probablement assez tôt dans sa vie car l’une des séries de pierres qui complétaient un crâne humain de l’époque
paléolithique, provenant des grottes d’Arcy-sur-Cure, reposait, avant restauration, sur un support cartonné au dos duquel était collé un journal relatant les prix postaux de
l’Empire, donc avant 187033. Il faisait partager ses connaissances en la matière aux paysans qui fréquentaient les conférences publiques ou son commerce. Ils pouvaient ainsi faire
la différence entre un caillou ou un tesson et des pièces anciennes façonnées par la main de l’homme préhistorique.
L’engagement de Fauchereau dans l’instruction populaire
lui valut finalement une récompense de la Société Franklin
qui reconnut officiellement ses actions par une mention honorable décernée le 14 avril 1876.
5. L’approche utilitaire
La lecture géopoétique de l’œuvre de Ferdinand Fauchereau se déploie selon une progression extensionniste, multirépondirent à l’appel pour « prendre les fers des augustes prisonniers ».
Six personnes d’Auxerre s’offrirent mais furent arrêtées, avant de parvenir à Paris, par des gardes nationaux, puis reconduites. Leur procès les
acquitta mais des troubles dans la ville leur firent craindre des représailles. Dans le même temps, trente sénonais jurèrent de délivrer Louis
XVI.
32
La lettre manuscrite se trouve à la Bibliothèque Municipale à vocation Régionale de Troyes sous la cote 3183, III, n°210.
33
Comme Fauchereau partit cinq ans au service militaire (de 1859 à
1864), son intérêt pour l’archéologie devait dater de 1865 environ.
84

plicatrice.
Elle
démarre
avec
l’observation
de
l’environnement rural lorsqu’il voyage dans les années
soixante sur le mode du déplacement pédestre. Elle se poursuit par une volonté informative d’écrire des œuvres dont les
travailleurs de la terre peuvent tirer profit et trouver des bénéfices améliorant leur quotidien. Elle s’achève par un engagement immodéré en faveur de l’instruction des paysans
prouvant que la nourriture intellectuelle est aussi indispensable que la nourriture alimentaire.
Dans une certaine mesure, Fauchereau adopte une démarche d’ouverture à travers le partage de ses connaissances.
Il s’ouvre à l’autre et se préoccupe des conditions dans lesquelles il vit. Ses origines paysannes, ses écrits, son goût
pour l’archéologie et ses actions le conduisent à la question
du sol, du terroir, de la province rurale et de ses racines qui
sont aussi celles de l’humanité toute entière, autant de
sources vitales en rapport avec les principes 34 de la géopoétique.
Le terme utile, attesté à la fin du XIIe siècle, issu du latin
utilis, signifiant qui sert à quelque chose, est très souvent
convoqué par Fauchereau. Les écrivains qui l’emploient justifient ainsi le bien fondé de leur œuvre et espèrent que le
lectorat appréciera les avantages de leur lecture. Ferdinand
Fauchereau s’inscrit donc dans cette visée utilitaire pour servir la cause du peuple des campagnes en stimulant observation et réflexion. Sa démarche entretient des connexions avec
l’anthropologie dans sa façon d’envisager l’Homme dans le
cadre de l’espace rural, c’est-à-dire dans son rapport au
monde et dans celui de la culture prise dans le sens
d’ensemble des connaissances et de travail du sol.

34

Le nomadisme.
85


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