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« SYNTHESIS « - TRANSFERTS CONCEPTUELS

Part I

Conjonction « Metastasis » Couvent de la Tourette (1951)
« Les Pans de Verres Musicaux »
Dans une lettre adressée à Eckermann, le poète, dramaturge et homme
d’Etat célèbre, Wolfgang von Goethe, disait que l’architecture est une
musique « pétrifiée » ou « gelée » selon les traductions1. Au travers de
cette expression, le poète fait référence au mythe d’Amphion, personnage de la mythologie grecque qui, selon la légende, fait se mouvoir
des pierres au son de sa lyre afin de construire les remparts de Thèbes,
comme en dispose l’extrait suivant :
« […] le chantre divin, après avoir choisi l’endroit le plus convenable,
prend sa lyre. Soudain les rochers, obéissant au charme irrésistible de
l’harmonie, se détachent des montagnes régulièrement découpés et
taillés. Comme saisis d’enthousiasme ils se meuvent et s’ébranlent ;
puis ils se coordonnent d’après les règles d’une savante architecture,
se disposent en assises, suivant les lois du rythme, et forment des murailles. […] Les sons de la lyre ont cessé, mais l’harmonie subsiste. Les
habitants d’une pareille ville circulent et travaillent au milieu de ces
mélodies éternelles […]».2

1. Lettre à
Eckermann,
4 fév. 1829

2. GOETHE,
Johann Wolfgang
von, SKLOWER,
Sigismond (trad.),
Maximes et
Réflexions,
Brockhaus et
Avenarius, Paris,
1842,
pp. 172 a 174.

A titre introductif, l’extrait du mythe auquel se réfère Goethe est intéressant à mon sens, car il aborde la notion du rythme, de la rythmique comme élément faisant converger musique et architecture.
On retrouve notamment le champ lexical de la musique ou celui du
mouvement et du rythme avec les termes : « meuvent », « détachent »,
« harmonie », « rythme » « s’ébranlent »… Tout comme d’autres termes
tels que « coordonnent, « disposent » qui évoquent l’idée d’un mouvement qui s’organise, et renvoient à la définition même de la musique :
La musique : l’art de combiner des sons ; ou encore celle donnée par
Edgard Varèse qui préférait définir la musique comme un ensemble
de « sons organisés ». Xenakis reprendra, près d’un siècle plus tard, la
phrase de Goethe en disant que du point de vue du compositeur « la
musique est une architecture mobile3 », mettant ici en évidence un certain parallélisme et une réciprocité dans les rapports participant à la
démarche de conception en musique et en architecture.
Nous sommes en 1955. A cette époque, le jeune ingénieur et musicien
Xenakis commence à prendre de l’ampleur dans l’Atelier du Corbusier.
Il lui fait part, en toute simplicité, de son désir d’assumer la responsabilité architecturale de tout un projet. Ainsi, Le Corbusier lui confie la
réalisation du Couvent de la Tourette près de Lyon. Ce dernier prenant
en charge la forme générale du bâti, laissant à Xenakis le soin de gérer
la structure et les circulations internes. C’est un moment décisif dans la
carrière du jeune ingénieur. En effet, Le Corbusier étant principalement
concentré sur le chantier de Chandigarh en Inde à cette période-là,
Xenakis va gagner en autonomie et se révèlera force de proposition.
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fig 1 Le Mythe
D’amphion

3. KANACH,
Sharon « Musique
de l’architecture »
éditions
Parenthèses,
Marseille,
Novembre 2006
pp. 79