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INTERSEXE ET TRANSSEXUALITÉS : LES TECHNOLOGIES DE LA
MÉDECINE ET LA SÉPARATION DU SEXE BIOLOGIQUE DU SEXE
SOCIAL
Ilana Löwy
L'Harmattan | « Cahiers du Genre »
2003/1 n° 34 | pages 81 à 104

Article disponible en ligne à l'adresse :
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Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Ilana Löwy, « Intersexe et transsexualités : Les technologies de la médecine et la
séparation du sexe biologique du sexe social », Cahiers du Genre 2003/1 (n° 34),
p. 81-104.
DOI 10.3917/cdge.034.0081
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ISSN 1298-6046
ISBN 9782747546010

Intersexe et transsexualités :
Les technologies de la médecine et
la séparation du sexe biologique du sexe social

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Ilana Löwy
Résumé
Le sexe social est construit sur un mode binaire. Par contre, le sexe biologique se présente comme un continuum, avec, aux deux extrêmes, les
« sexes biologiques » clairement définis et, au milieu, une large gamme de
situations intermédiaires — des individus « intersexe ». De tels individus
remettent en cause nos certitudes sur la stabilité des catégories « homme »
et « femme ». Cet article trace l'histoire des interventions médicales ayant
pour but de corriger l'anomalie de l'intersexe et de produire des êtres
humains dont le corps ne remet pas en cause la bipolarité du féminin et du
masculin. Il suit les débats sur les liens supposés entre intersexualité et
homosexualité puis expose la transition du traitement de l'intersexualité à
celui de la transsexualité. Il étudie enfin le rôle des nouvelles techniques de
la médecine dans la séparation entre le « sexe » et le « genre ». La possibilité de moduler les paramètres du « sexe biologique » permet alors une
réflexion sur le « sexe social » comme variable indépendante des structures
biologiques.

Le sexe social est construit sur un mode binaire : on ne peut
être à la fois un homme et une femme. Pourtant la nature adopte
rarement des divisions rigides. Le sexe biologique, comme
presque tous les traits biologiques complexes, se présente comme
un continuum, avec sur ses extrêmes les « sexes biologiques »
clairement définis et, au milieu, une large gamme de situations
intermédiaires — des individus dits « intersexe » (Kraus 2000).

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Cahiers du Genre, n° 34

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De tels individus remettent en cause nos certitudes sur le caractère « double et sexué » de l'humanité et sur la stabilité des
catégories « homme » et « femme ». De là vient la tendance à
percevoir comme une urgence sociale les enfants nés avec des
organes sexuels qui ne permettent pas une classification immédiate et univoque comme garçon ou fille. Le besoin impératif
d'aligner des corps avec des catégories sociales légitime la chirurgie correctrice précoce et les traitements hormonaux de ces
enfants (Donahoe, Powell, Lee 1991). Cet article trace l'histoire
des interventions médicales développées initialement pour corriger l'anomalie de l'intersexe et pour produire des êtres
humains dont le corps ne remet pas en cause la bipolarité du
féminin et du masculin. Il expose ensuite le passage de la
« correction » des erreurs anatomiques innées (l'intersexualité),
à la « correction » d'un décalage entre le sexe inscrit dans le
corps et celui désiré par un individu (la transsexualité). Il étudie
enfin le rôle des nouvelles techniques de la médecine dans la
construction et la stabilisation de la séparation entre le sexe et le
genre. La possibilité technique de moduler les paramètres du
sexe biologique rend alors possible une réflexion sur le sexe
social comme variable indépendante des structures biologiques.
Ce qui a facilité la mise en question radicale des rapports
sociaux de sexe.
Intersexe, homosexualités et molécules

Longtemps les individus au sexe indéterminé ont été classés
parmi les très nombreuses « erreurs de la nature », au même
titre que les personnes ayant six doigts ou les albinos. De tels
« monstres » suscitèrent la curiosité, la révulsion ou l'émerveillement, mais l'intérêt pour le phénomène se concentra sur la
singularité des personnes « intersexe » (Daston, Park 1998).
C’est sans doute à partir du milieu du dix-neuvième siècle que
les médecins ont commencé à considérer l'intersexualité comme
un phénomène capable de fournir des renseignements précieux
sur la sexualité des humains. Cet intérêt reflétait l’évolution des
recherches sur la physiologie de la reproduction. Il était aussi lié
à la stabilisation de la vision des « deux sexes ». Avant le dixhuitième siècle, les organes sexuels femelles étaient conçus

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comme une forme primitive — voire dégénérée — des organes
mâles. Une telle conception, centrée sur la similitude des sexes,
tolérait assez facilement des structures anatomiques intermédiaires. En revanche, le passage à une vision qui, distinguant les
organes sexuels mâles et femelles, mettait l’accent sur leur différence, a rendu intolérable la confusion des sexes (Laqueur
1990).
L'intérêt porté aux individus « intersexe » a aussi été lié aux
débats sur la nature de l'homosexualité. Jusqu'à la période
moderne, les rapports sexuels « contre nature » ont été décrits principalement comme un comportement pervers. Au dix-neuvième
siècle, on assiste à la naissance de la catégorie de l’homosexuel
— une classe distincte des individus —, semblable aux autres
catégories des « dégénérés congénitaux » décrits par des spécialistes de psychiatrie criminelle (Foucault 1976 ; Weeks 1981).
La perception des homosexuels comme une catégorie psychobiologique stable a eu des conséquences contrastées. Elle a été à
l’origine de l’aggravation de la persécution de l'homosexualité,
conduite au nom de la protection de la société. Mais, dans le
même temps, elle a permis de considérer les homosexuels
comme des victimes innocentes d’un malheur biologique (voir
l’article de Crozier, ce numéro). Une telle vision fut renforcée
par des débats sur l'intersexualité. Dans la seconde moitié du
dix-neuvième siècle, les médecins furent convaincus que le
« véritable » sexe biologique d’un individu donné était toujours
celui de ses gonades. Un individu doté d’ovaires était nécessairement une femme, tandis que celui doté de testicules était à
coup sûr un homme. Les seuls cas problématiques furent les
rares individus qui possédaient les deux types de gonades —
« l’hermaphrodisme vrai ». Selon les médecins, le sexe biologique,
l'identité sexuelle et la sexualité concordaient toujours.
L'observation détaillée des individus « intersexe » a compliqué
cette vision. Les médecins furent obligés de reconnaître que
l'identité sexuelle, mais aussi le désir, ne suivent pas obligatoirement l'anatomie (Dreger 1997, 1998).
En parallèle, les experts se sont rendus compte que, parmi les
individus qui désirent des membres de leur sexe, seule une
petite minorité montre des anomalies perceptibles des organes
sexuels. Cette observation a mis à mal l'hypothèse initiale selon

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laquelle les homosexuels sont victimes d'un défaut organique —
des hommes « sous-développés », des femmes « virilisées ».
Pour défendre cette hypothèse, des spécialistes comme Karl
Heinrich Ulrichs, Havelock Ellis ou Edward Carpenter, ont
soutenu qu’un homosexuel souffre d'une tare congénitale invisible : l'inversion du désir sexuel (Rosario 1997). Au début du
vingtième siècle, une telle inversion fut de plus en plus attribuée
à une cause chimique : la perturbation supposée des sécrétions
internes (Moscucci 1990). Les médecins ont cru que les anomalies hormonales pourraient expliquer l'attrait pour un individu de même sexe, mais aussi la discordance entre les gonades
et le désir sexuel de certains individus « intersexe ». En outre,
les défaillances hormonales pouvaient, au moins en principe,
faire l’objet d’une intervention thérapeutique. L’opothérapie —
le traitement par des extraits de glandes, en règle générale à
partir de glandes animales collectées dans les abattoirs —
acquérait alors une place croissante dans l'arsenal thérapeutique,
bien avant la purification accompagnée ou non d’une synthèse
des hormones 1 (Corner 1965 ; Sengoopta 1998 ; Oudshoorn
1994 ; Sinding, ce numéro). Dans les années 1930, les chercheurs ont constaté que l'administration d’une dose élevée
d’hormones sexuelles purifiées à des animaux, mais aussi à des
humains, changeait leurs traits sexuels secondaires. De tels
résultats ont été obtenus dans des conditions hautement artificielles. Néanmoins, l'observation du développement des seins
et d'une silhouette féminine chez un homme traité par les estrogènes, ou la poussée de la barbe et la modulation de la voix
chez une femme suite à l'administration de testostérone ont
consolidé la « sexualisation » de ces molécules. (Fausto-Sterling
2000 ; Gaudillière, ce numéro).
À partir des années 1930, certains médecins ont tenté d'utiliser
les hormones sexuelles pour « traiter » l'homosexualité, souvent
à la demande de l'intéressé. Certains homosexuels, convaincus
qu'ils souffraient d'une véritable malformation congénitale, ont
cherché de l'aide auprès des médecins. D'autres voulaient
seulement mettre fin à l'ostracisme et à la souffrance psychique
qui découlait de la stigmatisation de l'homosexualité et de l'inté1

Cf., par exemple, le catalogue de la compagnie Parke et Davis de 1926.

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riorisation d'une telle stigmatisation (Steakley 1997). Malgré
leur popularité, les tentatives de traiter l'homosexualité par des
hormones ne s’appuyaient pas sur des observations empiriques :
aucune corrélation n'a jamais pu être trouvée entre le désir
sexuel « déviant », l'état des gonades et le niveau d’hormones
sexuelles dans le sang. Par la suite, les partisans de la théorie
biologique de l'homosexualité se sont tournés vers des hypothèses situant la supposée « anomalie » biologique qui module
le désir sexuel, soit dans les différences anatomiques fines des
structures cérébrales, soit dans un changement de l'organisation
du cerveau par des perturbations hormonales pendant le développement fœtal (Le Vay 1996).
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Le traitement des enfants « intersexe » : sexe et genre

Le développement rapide de l'endocrinologie et de la cytologie, entre 1920 et 1950, n'a pas conduit à mettre en évidence
la « base biologique de l'homosexualité ». Par contre, il a permis une meilleure compréhension de la biologie de
l’intersexualité. Les médecins ont découvert la complexité des
situations biologiques recouvertes par ce terme, et ont dès lors
classé les cas d’intersexualité selon leur origine. Certains cas
d'intersexualité sont d’origine chromosomique — le syndrome
de Turner (femelles XO) ou le syndrome de Klinefelter (mâles
XXY) —, d’autres sont des anomalies du développement fœtal
— l'hermaphrodisme vrai —, d'autres encore sont d'origine
hormonale — l'hyperplasie adrénalo-congénitale ou le syndrome d’insensibilité à la testostérone. En parallèle, la production industrielle d’hormones sexuelles et le perfectionnement
des techniques de la chirurgie plastique ont élargi considérablement les possibilités d’intervention médicale visant à
remédier à l'ambivalence sexuelle des individus « intersexe »
(ou du moins à l’atténuer). À partir du milieu des années 1930,
les compagnies pharmaceutiques ont commercialisé des préparations purifiées d’hormones sexuelles, remplacées dans les
années 1940 par des hormones de synthèse, moins onéreuses
(Oudshoorn 1994). Les techniques de la chirurgie plastique
furent perfectionnées pendant la seconde guerre mondiale, et la
généralisation de l'utilisation des antibiotiques, après la guerre,

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a rendu possible des interventions de chirurgie plastique plus
longues et plus complexes. En conséquence, à partir de la fin
des années 1940, des médecins — pour l’essentiel, les endocrinologues qui collaboraient avec des spécialistes de chirurgie
plastique — ont adopté une politique de traitement précoce des
enfants à la sexualité indéterminée. Les médecins assignaient
rapidement un sexe à l’enfant et intervenaient pour mettre son
corps en conformité avec le sexe attribué. Des enfants traités de
cette manière sont devenus de véritables « expériences de la
nature » permettant, en théorie du moins, d'étudier les effets des
paramètres biologiques et de l'éducation sur le comportement et
sur le désir sexuel 2.
Dans les années 1950, les psychologues qui avaient suivi le
traitement des enfants « intersexe » ont entrepris des recherches
sur les liens entre l’identité profonde d’un individu (core identity),
ses structures anatomiques, sa formule chromosomique et ses
effets hormonaux. Ces recherches furent surtout développées
par deux laboratoires nord-américains : l’un à l'école de médecine de l’Université Johns Hopkins (Baltimore) et dirigé par John
Money (au début, en collaboration avec John et Joan Hampson) ;
l'autre à l'école de médecine de l'Université de Californie à Los
Angeles (UCLA) et dirigé par Robert Stoller. Le terme « genre »
fut introduit pour la première fois dans le cadre de ces recherches.
John Money l’utilisa en 1955 pour différencier le sexe biologique d'un enfant de son identité sexuelle — c’est-à-dire le
fait de se percevoir comme un homme ou comme une femme, et
d'adopter un comportement conforme à cette identité (Money
1955). Cette distinction entre sexe biologique et identité
sexuelle fut au centre de l’ouvrage de Robert Stoller, Sexe et
genre, publié en 1968, et qui a popularisé la notion de genre
parmi les psychologues et les chercheurs en sciences sociales
(Stoller 1968). Elle est aussi le thème principal du livre de
Money et de sa collaboratrice, Anke Ehrhardt, Un homme et
une femme ; un garçon et une fille, qui analyse les recherches
2
Dans les années 1990, certains individus « intersexe » ont contesté le principe
de traitement précoce des enfants nés avec organes sexuels intermédiaires,
mais cette pratique est restée largement acceptée par les médecins et les
parents. (Fausto-Sterling 2000 ; Féjété 2001).

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sur les enfants « intersexe » en s'appuyant sur la distinction entre
sexe biologique et sexe social (Money, Ehrhardt 1972).
Ce livre fut attaqué par les féministes, qui critiquèrent la
vision stéréotypée de la masculinité et de la féminité véhiculée
par les auteurs. De leur côté, les défenseurs du déterminisme
biologique se sentirent offusqués par la thèse de Money et
Ehrhardt, selon laquelle il est possible, dans certaines circonstances, de dissocier le sexe biologique de l'identité sexuelle d'un
individu. Les deux critiques, bien que diamétralement opposées,
n'étaient pas sans fondement. Money et Ehrhardt analysent le
comportement des enfants selon un schéma rigide de
« masculinité » ou de « féminité ». Ils ont affirmé, par exemple,
que des filles souffrant d’hyperplasie adrénalo-congénitale
(CAH) ont un « cerveau masculinisé ». Ces filles, dotées d'une
formule chromosomique XX, d’ovaires et d’un utérus, sont
exposées avant la naissance à des doses élevées d’hormones
masculines, et, en voie de conséquence, ont à la naissance des
organes génitaux extérieurs ressemblant à ceux des garçons
(une anomalie traitée par chirurgie correctrice et hormonothérapie). L’idée que l'exposition prénatale à la testostérone masculinise le cerveau fut fondée sur la constatation que les filles
CAH ont une préférence pour les jeux d'extérieur et les sports,
aiment les vêtements simples et fonctionnels, ne sont pas très
préoccupées par leur apparence et aspirent à faire des études et
à avoir une profession.
Pour les critiques féministes des travaux de Money et
Ehrhardt, leur évaluation du comportement des filles CAH
démontre que ces chercheurs confondent systématiquement
l'identité sexuelle (se sentir un garçon ou une fille), le rôle
sexuel (jouer avec des camions ou avec des poupées ; aimer les
robes ou les pantalons) et le désir sexuel (homo-, hétéro- ou
bisexuel) (Fried 1979 ; Bleir 1986). L’objectif des spécialistes
qui ont traité des enfants « intersexe », dans les années 1950 et
1960, était en effet de produire un alignement parfait entre le
sexe assigné à l'enfant, son identité sexuelle, son rôle sexuel et
son orientation sexuelle. Ces experts ont mis l’accent sur la différence entre les comportements « masculin » et « féminin ».
Une telle différenciation des rôles sexuels, soulignèrent-ils, est
essentielle pour la santé mentale des individus. Les attributs de

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la masculinité et de la féminité peuvent varier considérablement
dans des lieux et des périodes différentes, mais il est essentiel
de maintenir une structure dichotomique, et de bannir toute
ambivalence des rôles sexuels. Ce qui est reconnu comme typiquement « féminin » ne peut pas être perçu comme « masculin »
et inversement, et les individus doivent mettre en accord leur
identité et leur comportement. Par conséquent, le « traitement »
des enfants « intersexe » proposé par Money et ses collègues
valorisait les comportements stéréotypés (tel l'enthousiasme
pour les sports pour les garçons, et le souci de l’apparence pour
les filles) ainsi que l'hétérosexualité exclusive. L'attraction d'un
individu intersexe pour des personnes du même sexe que celui
assigné à la naissance fut perçu comme un échec du traitement.
Les travaux de Money sur l'intersexualité induite par perturbations hormonales (tel le CAH), reflètent son adhésion à de
nombreux éléments de la « théorie organisationnelle du
cerveau ». Cette théorie, développée dans les années 1960,
soutenait que les hormones mâles ou femelles affectent l'organisation du cerveau fœtal, et qu'un individu exposé pendant la
grossesse à un excès d’hormones du sexe opposé va exhiber un
comportement qui ne correspond pas à ses organes sexuels ou à
sa formule chromosomique : un mâle biologique va se comporter comme une femelle et inversement. Les recherches sur ce
sujet furent conduites principalement chez les rats, et les critères
du comportement sexuel se fondèrent sur l’examen des positions au moment de la copulation — les rats femelles
« masculinisées » tentaient de monter d'autres femelles, et les
mâles « féminisés » prenaient des postures de femelles (lordosis)
(Young, Goy, Phoenix 1964). Les résultats observés chez les
rats furent extrapolés aux êtres humains — d'où l'affirmation
que des filles CAH ont un cerveau « masculinisé » (Van den
Wijngaard 1997). En parallèle, Money rejeta le noyau dur de la
« théorie organisationnelle de cerveau », à savoir l'idée que
l’identité sexuelle est innée et invariable (Diamond 1965). Pour
Money, l'identité sexuelle se forge pendant les trois premières
années de la vie de l’enfant, en parallèle à l'acquisition du
langage et des structures de la pensée. On ne naît pas homme ou
femme, on le devient — mais il s'agit d'un processus court,
totalement irréversible à l'âge fatidique de trois ans, période de la

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stabilisation du « moi profond ». Cette thèse a divisé, et continue
à diviser biologistes, psychologues et psychiatres.

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Money s'est servi d'un cas dramatique pour démontrer sa
théorie de la flexibilité (temporaire) de l’identité sexuelle. En
1967, Money et son équipe ont traité un garçon de deux ans et
demi qui avait perdu son pénis à l’âge de neuf mois dans un
accident de circoncision. Les parents se sont adressés à Money
pour qu’il les aide dans leur malheur, après l'avoir entendu dans
une émission de télévision dédiée au traitement des enfants
« intersexe ». Money les assura qu'il était tout à fait en mesure
d'aider leur fils. L'enfant fut présenté à l’hôpital de l’université
Johns Hopkins, y fut castré, et fut traité par des hormones
féminines. En parallèle, Money prescrivit aux parents de donner
à leur enfant une éducation propre à affermir sa nouvelle
identité de « fille ». Le cas est discuté dans le livre Un homme
et une femme ; un garçon et une fille. À cette époque, soit cinq
ans après le début du traitement de l'enfant, Money et Ehrhardt
proclament que la tentative de changer le sexe biologique d'un
enfant par un traitement hormonal, associée à l'éducation
conforme à un rôle féminin, a été un succès. Le garçon est
devenu une véritable « petite fille modèle », et son comportement a été fort différent de celui de son frère jumeau
(Money, Ehrhardt 1972).
Par la suite, pourtant, le cas du « garçon transformé en fille »
fut repris par ceux qui pensaient que les différences de comportement entre les sexes sont innées et ne peuvent pas être
modifiées par l'éducation. Discuté par certains professionnels et
répercuté pour la première fois dans la presse en 1980, ce cas
fut étudié en détail par le journaliste John Colapinto. Publié en
2000, le livre de ce dernier, Tel que la Nature l'a fait : le garçon
qui fut élevé comme une fille, est devenu un best-seller et une
pièce maîtresse dans le débat « nature/culture » (Colapinto 2000).
Pour résumer, l'enfant Bruce Reimer, né en 1964 dans une
famille ouvrière de Winnipeg (Minnesota), puis renommé(e)

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Sexe, genre et expérimentation médicale :
le cas d'un garçon qui fut transformé en fille

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« Brenda » et éduqué(e) comme une fille, ne s’est jamais bien
adapté(e) à son rôle féminin, a eu une scolarité très perturbée et
a vécu une crise psychologique grave à l'adolescence. Durant
cette période elle/il a fini par apprendre la vérité sur son sexe de
naissance et sur son traitement, ce qui a provoqué immédiatement un rejet violent et irréversible de l'identité féminine.
L'adolescent a exigé d'être traité aux hormones masculines, a
changé son nom de Brenda en David, a subi une mastectomie
ainsi qu’une péniplastie. Plus tard, il s'est marié avec une mère
célibataire de trois enfants qu’il a adoptés. Aujourd’hui, il se
considère heureux dans son rôle d'homme, d'époux et de père de
famille. Son cas semble donc démontrer avec éclat la force de la
« vraie nature » sexuelle d'un individu.
Les détails de l'histoire du « garçon qui fut élevé comme une
fille » révèlent une image bien plus complexe. Les parents de
Bruce/Brenda/Reimer ne se sont jamais remis de la mutilation
de leur enfant et de sa transformation consécutive en fille. Bien
que sa mère ait appliqué les instructions de Money à la lettre —
au point d'empêcher sa « fille » de porter des pantalons, même
au milieu de l’hiver, alors qu’elle était la seule fille de sa classe
habillée en robe —, l'enfant était toujours conscient de sa différence, soulignée par son physique atypique et aggravée par le
fait que toute sa famille étendue, au courant de son état, la traitait avec un mélange de pitié et de mépris. Ses parents ont eu
par ailleurs une vie personnelle mouvementée : le père était
alcoolique et souvent au chômage, la mère dépressive. Il n'est
donc pas certain que toutes les difficultés psychologiques de
Bruce/Brenda/David furent liées à son changement de genre.
D’ailleurs, son frère jumeau, Brian, a lui aussi souffert de difficultés psychologiques graves. En outre, les résultats du traitement hormonal et chirurgical de David Reimer furent très
imparfaits. L'enfant fut suspendu entre deux sexes et rejeté par
les garçons et les filles de son âge. Il est peu étonnant qu'ayant
appris son histoire médicale, il ait vu dans le retour à son « vrai
sexe » et l'adoption d'une masculinité agressive une solution
possible à ses difficultés.
Le livre Tel que la Nature l'a fait est très critique envers
Money, accusé d'utiliser le malheur d'une famille pour
« produire » une preuve irréfutable de ses théories. Si les

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témoignages reproduits par Colapinto et ceux présentés dans un
film récent de la BBC sur ce sujet sont exacts, le comportement
de Money fut en effet très ambigu du point de vue éthique.
Motivé, comme on peut le supposer, par un mélange de compassion pour la détresse de la famille Reimer, autant que par la
confiance en la justesse de sa théorie et l’envie de prouver ses
hypothèses, Money a « omis » d’informer les parents de Bruce
Reimer qu'auparavant il n’avait traité que des enfants « intersexe »
et que leur enfant allait servir de cobaye à une expérimentation
très différente : le changement d'identité sexuelle d'un enfant
« normal ». Le corps et la psyché de Bruce/Brenda Reimer
devaient permettre de démontrer la flexibilité de la division
sexe/genre.
À partir du moment où l'expérimentation ne s’est plus
déroulée comme prévu, Money fut réticent à reconnaître son
échec. En 1972, l'année de la publication de Un homme et une
femme, un garçon et une fille, « Brenda » Reimer était toujours
une fille, mais Money était déjà informé de ses difficultés psychologiques et de ses problèmes d'adaptation. Or le livre ne
mentionne guère ces nouvelles évolutions. Le secret ne pouvait
cependant être maintenu indéfiniment. Dans les années 1980, les
experts ont été mis au courant du sort de Bruce/Brenda/David,
notamment à travers la polémique qui opposa Money à Michael
Diamond, un des auteurs de la « théorie organisationnelle du
cerveau » et défenseur de l'hypothèse sur l’innéité et l’invariabilité des traits comportementaux liés au sexe (Diamond 1965,
1982 ; Diamond, Sigmundson 1997). Aux yeux de Diamond et
d’autres experts, le cas Reimer démontrait qu'on ne peut pas
transformer un homme « normal » en une femme. Cette polémique
n’empêcha aucunement un certain nombre d’individus nés
homme ou femme, dans la normalité biologique, d'utiliser les
ressources nouvelles de la médecine pour acquérir le corps du
sexe opposé. La transsexualité fut un chantier parallèle de la
dissociation du sexe et du genre.
Le transsexuel : genre contre sexe

Un des cas classiques décrits par le fondateur de l'éthnométhodologie, Harold Garfinkel, est une étude d'apprentissage

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conscient du comportement typiquement féminin. En 1958, une
jeune femme se rend à une consultation d'endocrinologie de
l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), dans un service spécialisé dans le traitement des individus « intersexe ».
« Agnès » est décrite comme une fille belle et gracieuse, sans
aucune trace de masculinité ni dans son apparence physique
extérieure, ni dans son comportement. Elle a pourtant des organes
génitaux masculins, ne possède ni utérus ni ovaires, et sa formule chromosomique est XY. Bien que né(e) garçon et élevé(e)
en tant que tel, elle s’est toujours sentie « différente ». À la
puberté, son corps a acquis de manière inexpliquée des caractéristiques typiquement féminines, dont une poitrine abondante.
Elle décide alors de vivre comme une femme, choisit une
occupation appropriée à sa nouvelle identité, la dactylographie,
et apprend peu à peu à se comporter comme une personne de
sexe féminin. Cet apprentissage graduel du comportement
« féminin », qui d’habitude s’effectue de manière totalement
inconsciente, est au centre de l'étude de Garfinkel.
Fiancée à un jeune homme, désireuse d’avoir une vie
sexuelle « normale », « Agnès » demande à des médecins de
l’opérer pour rendre ses organes génitaux conformes au reste de
son corps et à son identité sexuelle. Les experts décrètent alors
qu’« Agnès » souffre du « syndrome d'insensibilité à la testostérone » (AIS). Les individus qui présentent cette anomalie
congénitale sont des mâles biologiques dont les cellules sont
dépourvues des récepteurs de testostérone. À la puberté, leur
corps développe des traits sexuels féminins secondaires. Cette
anomalie s'accompagne souvent d'atrophie des organes génitaux
extérieurs et de l'absence de descente des testicules — qui doivent
être enlevés par un acte chirurgical à cause du risqué élevé de
cancer. De tels symptômes n’apparaissent guère chez « Agnès » :
elle possède des organes sexuels mâles parfaitement normaux.
Ses médecins décident toutefois qu'il s'agit d'un cas atypique
d'AIS, et acceptent sa demande de l'opérer pour corriger ce
qu'elle décrit comme une « anomalie anatomique ».
Durant l'hospitalisation qui suit l'ablation de ses testicules,
« Agnès » commence à souffrir des symptômes physiques de la
ménopause, et ses seins diminuent considérablement de volume.
Les spécialistes interprètent ces symptômes comme la confir-

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mation de leur diagnostic initial. Les cellules des individus AIS
ne réagissent pas à la testostérone, mais sont capables de réagir
à l'estrogène, sécrétée également par les testicules. Après l'enlèvement des gonades mâles, il apparaît donc logique de prescrire
à « Agnès » une thérapie hormonale de substitution. Après plusieurs années, « Agnès », qui se décrit comme une jeune femme
comblée, confie à ses médecins que l'histoire qu'elle a racontée
était fausse : elle avait acquis des caractères secondaires féminins en prenant, dès le début de son adolescence, des hormones
féminines dérobées à sa mère, traitée pour une ménopause précoce. Il s’agissait donc d’un cas « classique » de transsexualité,
facilité par le fait que les hormones sexuelles sont devenues des
médicaments d’usage courant. Outre son aspect anecdotique —
« Agnès » a réussi à induire en erreur des experts de grande
renommée, parmi eux Robert Stoller —, ce cas illustre les
frontières floues entre le traitement médical de l'intersexualité et
celui de la transsexualité, et, par conséquent, entre les cas
considérés comme des anomalies de développement du sexe
biologique et ceux liés aux modulations de l'identité sexuelle et
du sexe social (Garfinkel 1967).
Les recherches sur les hormones sexuelles ont élargi les possibilités d’intervention médicale sur les individus qui, bien que
ne souffrant d'aucune anomalie biologique identifiable, se
déclarent être emprisonnés dans un corps qui ne correspond pas
à leur véritable identité sexuelle. De tels individus ont commencé à s’adresser aux médecins pour qu’ils mettent fin à leur
souffrance psychique en accordant leur corps avec leur cerveau.
Dans le premier cas connu de changement volontaire de sexe,
décrit dans l’autobiographie du peintre danois Einer Wegener
(alias « Lily Elbe »), Un homme devient une femme : un récit
véridique de changement de sexe (1933), le traitement fut uniquement chirurgical. L’ablation des testicules fut suivie d’une
greffe des ovaires. Wegener se déclara très content de son
changement de sexe, mais il décéda deux ans plus tard, suite à
une opération supplémentaire destinée à lui procurer des organes
génitaux féminins extérieurs (Hausman 1995).
Une vingtaine d’années plus tard, le changement de sexe de
George-Christine Jorgersen illustra le développement rapide des
techniques permettant la modulation du sexe biologique des

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individus. Ce cas mit parallèlement en évidence la force des
idées qui tendent à lier à tout prix identités biologiques et identités sexuelles. Après la seconde guerre mondiale, la disponibilité des hormones sur le marché avait donné une nouvelle
impulsion aux aspirations de certains individus désireux de
changer leur identité sexuelle, mais aussi leur sexe biologique.
Pour certains psychiatres, il s'agissait d'une pathologie psychiatrique. Le premier travail sur ce sujet, en 1949, parlait de
Psychopathia Transexualis (Caudwell 1949). D'autres spécialistes, et notamment certains endocrinologues, ont soutenu par
contre qu'il s'agissait d'une véritable anomalie biologique.
Jorgensen, un américain d'origine danoise né en 1926, explique
dans son autobiographie qu'il a « toujours » eu le sentiment
d'être différent, et de n’être pas véritablement un homme. La
lecture des ouvrages populaires sur les hormones l’a convaincu
à la fois que le sexe biologique est modulable, et que la similitude de structure chimique entre les hormones mâles et
femelles indique qu'une limite étroite sépare le masculin du
féminin. Se sentant proche de cette limite — il se décrit comme
un homme « peu masculin », ayant des organes sexuels
« dégénérés » —, il conçoit la possibilité de la franchir (Jorgensen
1967).
Jorgensen débuta l’expérience en prenant des hormones
femelles, puis il décida, en 1950, de partir au Danemark, pays
où le changement de sexe nétait pas interdit par la loi (contrairement aux États-Unis). Il fut pris en charge par le pionnier
danois de l’endocrinologie sexuelle, le Dr Christian Hamburger.
Poursuivant dans un premier temps son traitement aux hormones femelles, Jorgensen fut ensuite castré et changea officiellement de sexe. Dans son récit autobiographique, ce dernier
souligne qu'il ne fut jamais ni un homosexuel ni un travesti, et
qu'il a attendu le changement officiel de son sexe dans son
passeport pour mettre pour la première fois des vêtements
féminins 3. Ce changement fut rendu public en 1952. Dans les
conférences de presse qui ont suivi cette révélation, les médecins
3

Par la suite, les experts ont changé d'avis, et ont exigé une période
« probatoire » de vie comme un individu de sexe désiré comme condition
d’obtention de l’accord pour une opération de changement de sexe.

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soutinrent qu'il s'agissait de la correction d'une anomalie structurelle. Selon le Dr Hamburger, même si Jorgensen était un mâle
sur le plan anatomique, rien ne s’opposait à ce que son corps fût
à la fois composé de cellules mâles et femelles — c'est-à-dire en
une mosaïque de cellules XX et de cellules XY 4. Une telle
explication, proposée dès le début du vingtième siècle pour
expliquer l'homosexualité, faisait toujours autorité au début des
années 1950, puisqu’à l'époque les chercheurs ne possédaient
pas de méthodes fiables de visualisation des chromosomes
humains (Sengoopta 1998).
Le Dr Harry Benjamin, endocrinologue américain, pionnier
du traitement de la transsexualité aux États-Unis — c’est lui qui
a ajouté le deuxième « s » au mot « transsexuel » — a avancé
une hypothèse semblable dans un article publié dans l’American
Journal of Psychotherapy en 1954. Le cas Jorgensen, selon lui,
révèle sans doute un chimérisme chromosomique. Il est tout à
fait concevable de dissocier sexes anatomique, hormonal et
chromosomique :
Définir un mâle par la présence des testicules et une femelle par
la présence des ovaires est peut-être la méthode la plus pratique
pour différencier les sexes, mais elle est scientifiquement incorrecte et n'est pas satisfaisante pour un généticien 5.

Dans la préface de l'autobiographie de Jorgensen, parue en
1967, Benjamin modifia son explication (entre temps, le développement de la cytologie avait rendu intenable l'hypothèse
d’un chimérisme chromosomique) et s'appuya sur les théories
organisationnelles du cerveau pour expliquer l'anomalie biologique supposée des « vrais transsexuels ». Jorgensen avait
grandi dans une famille heureuse et équilibrée, et n'avait montré
aucune pulsion homosexuelle dans sa jeunesse. Il faut donc,
pour Benjamin, chercher l'explication de son trouble d'identité
de genre dans des changements hormonaux avant la naissance,
lesquels ont vraisemblablement induit une modification permanente de ses structures cérébrales. La vraie transsexualité est
une condition innée, proche de l'intersexualité (Benjamin 1967).
Benjamin, qui devint un expert de la transsexualité mondia4
5

Cité par Jorgensen (1967, p. 172).
Id., p. 175.

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lement connu, fut intitulé en 1966 directeur d'un centre consacré
à ce domaine et nommé « Clinique d'identité de genre » (Gender
Identity Clinic), à l'université de Johns Hopkins. La reconnaissance officielle du « désordre d'identité de genre », comme entité
pathologique spécifique et traitable, fut un signe de la stabilisation de l'utilisation du terme « genre » par les médecins
(Benjamin 1966 ; Money 1988) 6.
Le livre de Stoller, Sexe et genre, publié en 1968, fut le
premier ouvrage à systématiser la séparation entre sexe (biologique) et genre (identité sexuelle). L'identité de la personne et
l'identité sexuelle, explique Stoller, se développent de manière
concomitante — on devient un être humain masculin ou féminin. Quatre années après la parution de Sexe et genre, la sociologue britannique Ann Oakley publia Sexe, genre et société, un
des premiers ouvrages définissant le concept de genre comme
sexe social. S'appuyant sur des recherches en endocrinologie, en
sexologie et en psychologie cognitive, Oakley accorde une
place importante aux travaux récents sur l'intersexe, qu'elle
décrit comme « admirables ». Cependant, elle radicalise les
conclusions de Hampson, de Stoller, d’Ehrhardt, de Money et
de leurs collègues. Les recherches sur les individus « intersexe »,
ainsi que sur les phénomènes de transsexualité, démontrent que
ni le désir sexuel, ni le comportement sexuel, ni l'identité de
genre ne sont dépendants des structures anatomiques, des chromosomes ou des hormones. D'ou l'arbitraire des rôles sexuels
(Oakley 1972).
Oakley définit le terme « sexe » comme décrivant les différences biologiques entre les mâles et les femelles, et le terme
« genre » comme lié à la classification sociale — le
« masculin » et le « féminin ». Son livre est pour elle une tentative de séparer le sexe du genre, et les « jugements de valeurs »
du « constat des faits ». Oakley ne met nullement en question le
fonctionnement de la science, au contraire, elle classe parmi les
« faits » les résultats des recherches sur l’intersexe, sur la transsexualité et sur la « théorie organisationnelle du cerveau ». De
tels faits ne devraient pas conduire à l'attribution des rôles
6

Les experts ne sont toujours pas d'accord sur la légitimité des traitements de
changement de sexe (Chiland 1997 ; Fautrat 2001).

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sociaux sur la base de l'anatomie ou de la physiologie. La
variation des normes physiologiques à l'intérieur de chaque sexe
est beaucoup plus grande que les différences observées entre les
deux groupes « homme » et « femme ». Cependant, la société
s’attache exclusivement aux différences entre ces groupes. Et
Oakley de conclure que les classements sociaux qui attribuent
aux individus des rôles sociaux fixes, sans faire attention à leurs
attributs ni à leurs capacités individuels, peuvent donc être
comparés à un système de caste (Oakley 1972).
La distance entre, d’une part, les travaux qui présentent le
genre comme l’identité profonde d’un individu (core identity),
fixée une fois pour toutes dans la petite enfance, et, d’autre part,
les recherches centrées sur le genre comme une identité sociale
imposée de manière arbitraire aux corps sexués, cette distance
fut mise en avant par le mouvement féministe à la fin des
années 1960 et au début des années 1970. Ce mouvement, puis
celui des homosexuels, ont radicalement modifié la perception
de la division entre sexe et genre. L'avènement des études
sociales et culturelles de la science, dans les années 1970, a
facilité l’accès à une étape supplémentaire : l'ouverture de la
« boîte noire » des connaissances scientifiques sur le « sexe
biologique ».
Les études sociales de la science
et la division sexe biologique/sexe social

À partir des années 1970, les féministes ont affirmé que le
genre précède le sexe. La division de l'humanité en deux groupes
bien définis et exclusifs l’un de l’autre — et l'établissement du
principe de la supériorité de l’un sur l'autre —, façonne et
définit notre compréhension de la différence biologique entre
les hommes et les femmes (Delphy 2001 [1991]). La thèse selon
laquelle la culture nomme et donne une signification aux « faits
de la nature » fut interprétée, par la suite, de deux manières
distinctes.
Les féministes ont d'abord étudié la façon dont les différences biologiques sont utilisées pour légitimer des pratiques
discriminatoires. Les discriminations fondées sur la couleur de

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la peau, la forme des yeux ou la texture des cheveux illustrent
l’utilisation de traits innés, dépourvus d'une signification intrinsèque, comme un moyen d'opprimer certains groupes humains.
Les différences biologiques entre les sexes ont été dès lors perçues comme des marqueurs « neutres » mobilisés pour consolider et légitimer la domination masculine.
Par la suite, la convergence des recherches féministes et des
études sur le genre avec les études sociales et culturelles de la
science a rendu possible la mise en question de la perception du
« sexe biologique » comme un élément atemporel et immuable.
À partir des années 1970, certains historiens et sociologues des
sciences ont affirmé que la science n'est pas uniquement un
système d'énoncés et une somme de connaissances, mais aussi
une pratique, ou plutôt une somme de pratiques disciplinaires
souvent très variables, et une activité collective solidement
ancrée dans le temps et dans l’espace (Pickering 1992 ; Pestre
1995 ; Hacking 1999). Une telle approche a déstabilisé la perception de la science comme « point de vue de nulle part » et a
ouvert la voie à un examen critique des « faits scientifiques ».
Les différences biologiques entre les sexes devinrent un objet
d’étude pour les historiens, les sociologues et les anthropologues
de la science 7. Les recherches sur l'histoire des hormones
sexuelles et des sciences de la reproduction illustrent de tels
développements, autant que les études qui se penchent sur la
difficulté de définir avec précision la base génétique et moléculaire des différences entre mâles et femelles 8.
Selon les nouvelles approches de l’étude de la science, sexe
biologique et genre (ou sexe social) sont co-construits. Notre
perception des différences sociales et culturelles entre hommes
et femmes affecte la perception des corps sexués, tandis que
celle des corps sexués modifie la culture. L'affirmation que le
sexe biologique n'est pas un « simple fait naturel », mais est
construit par les scientifiques, n'implique cependant pas la
nécessité de faire disparaître toute distinction entre sexe et
7

Cf. Fox Keller 1984 ; Haraway 1989 ; Jordanova 1989 ; Laqueur 1990 ;
Oudshoorn 2000.
8
Cf. Long Hall 1975 ; Borrel 1976 ; Martin 1991 ; Oudshoorn 1994 ; Van den
Wijngaard 1997 ; Clarke 1998 ; Kraus 2000, Fausto-Sterling 2000.

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genre. Ni sexe ni genre ne peuvent exister hors d’une société ou
d’une culture, mais les cultures qui les façonnent ne sont pas
nécessairement identiques. De nos jours, le sexe biologique est
appréhendé à la lumière d'une culture spécifique : celle de la
science et de la biomédecine contemporaines.

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Dans son autobiographie, George/Christine Jorgensen,
opéré(e) pour un changement de sexe en 1951, s'efforce de
montrer qu'il/elle a souffert d'une « véritable » anomalie physiologique. L'écrivain transsexuel Jan Morris, né la même année
que Jorgensen, mais qui a subi une opération de changement de
sexe une vingtaine d’années plus tard, propose une vision différente des rapports entre le sexe biologique et le sexe social.
Morris adhère aux théories qui décrivent le genre comme une
identité psychologique immanente, plus puissante que le corps
sexué, et a une vision stéréotypée de la masculinité (dominatrice) et de la féminité (passive et intuitive). Néanmoins, son
livre, écrit en 1974, porte la trace des idées développées dans le
sillage des mouvements féministes et homosexuels. Morris se
plaît dans son nouveau rôle de femme « féminine », mais il
souhaite en même temps « transcender les limites de genre » et
rêve d'un avenir qui permettrait une plus grande flexibilité des
identités sexuelles et des rôles sociaux (Morris 1974).
Le féminisme, le mouvement homosexuel ou les études
sociales et culturelles de la science, ne sont pourtant pas les
seules approches qui peuvent conduire un individu à distinguer
le sexe social du sexe biologique. David (ex-Brenda) Reimer,
ouvrier non qualifié dans une entreprise de nettoyage, résume, à
la fin du livre de Colapinto, sa propre vision de la masculinité,
aux antipodes des conceptions défendues par son biographe.
Reimer récuse l'idée, qu'il attribue à Money, que la masculinité
se définit à travers la possession d'un pénis fonctionnel 9. Pour
être un homme, explique Reimer :
9

L'idée qu'un individu du sexe masculin doit avoir un pénis fonctionnel a
guidé souvent les activités des médecins qui traitent des enfants « intersexe ».
(Fausto-Sterling 1997).

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Genres et sexes

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L'individu qui fut tour à tour présenté comme une « preuve
vivante » de la possibilité de dissocier sexe biologique et identité sexuelle, puis comme la « preuve vivante » de l'impossibilité d'une telle dissociation, retrouva sa dignité et sa place
dans la société grâce à la conviction que le genre prime sur le
sexe.
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10
Cité dans Colapinto (2000, p. 271). En fait, Money a explicitement rattaché
le genre masculin au rôle social de « bon père de famille ». Les transsexuels
« femelle à mâle », expliqua-t-il, ont un taux d'insertion sociale réussie plus
élevé que ceux « mâle à femelle » puisque ces derniers essaient de se
conformer à l'image (stéréotypée) de la femme séductrice (« vamp »), tandis
que les transsexuels « femelle à mâle » tentent de reproduire l'image
(également stéréotypée) de l'homme responsable du bien-être matériel de la
famille (good provider), un but plus réaliste et moins risqué. (Money 1988,
p. 92).

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[Il faut] bien traiter sa femme, fournir un toit à sa famille, être
un bon père. Des choses comme celles-là comptent beaucoup
plus que le « bang-bang » de sexe. Je m'imagine que John
Money aurait considéré les pères biologiques de mes enfants
comme de vrais hommes. Mais ils ne sont pas restés pour prendre soin de leurs enfants. C'est moi qui l'ai fait. C'est cela, pour
moi, être un vrai homme 10.

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Intersexe et transsexualités

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Intersexe et transsexualités

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Ilana Löwy

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