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Barcelonne
Foire d’hier, foire d’aujourd’hui.

Jean Dupeyron – Bernard Duviau

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Préambule
Suite au décès de mon ami Bernard Dufau de St-Mont
dont on verra à la lecture de ce livre la place qu’il a
tenue lors du lancement de la foire au matériel agricole
d’occasion, vite suivi par la disparition tragique de
Philippe Gayrin, je me suis décidé à dévoiler l’histoire de
la naissance de cette manifestation dans un petit
fascicule destiné à quelques « compagnons de route ».
Parmi ces derniers, Jeannot Dupeyron employé
municipal à la retraite et surtout mémoire vivante de la
commune de Barcelonne. Ses écrits à usage personnel
ou familial sont nombreux et variés.
Dans le lot, figure l’histoire des foires à bestiaux de sa
jeunesse.
Son histoire, mon histoire, mises bout à bout, donnent ce
modeste ouvrage.
B.D

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LES FOIRES DE MA JEUNESSE.
Jeannot DUPEYRON

Les foires aux bestiaux de BARCELONNE se tiennent
depuis toujours à dates fixes. Lorsque ce jour tombe un
dimanche elles sont reportées au lundi. Les enfants du
village n’ont pas école. Le rattrapage a lieu le jeudi
suivant.
Si les Barcelonnais et les habitants des environs
connaissent par cœur ces dates, pour les autres il est
facile de se renseigner en consultant le calendrier des
postes qui dresse l’inventaire des manifestations du
département.
Cet almanach, véritable bible des campagnards, donne
aussi les dates et heures précises des lunaisons et,
cerise sur le gâteau, la météo prévue pour chaque
quartier.
Les foires de Barcelonne ont donc lieu le 7 janvier, le 13
février, le 26 mars, le lendemain de Pentecôte, le premier
lundi de juillet, le 11 août, le 1° octobre et le 2 5
novembre. Quinze jours après chaque date se tiennent
les « re-foires ». Elles sont moins prisées que les
principales surtout pour les gens venus de loin.

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Le champ de foire
Les foires et les marchés à l’époque sont les seuls
moyens de transaction offerts aux paysans pour
échanger ou vendre leurs animaux ou leurs maigres
productions végétales.
Le blé est en général échangé en pain grâce au
boulanger du cru. Le peu de maïs « du pays » sert à
nourrir les animaux. Reste, en dehors de quelques
produits du jardin, la vente des haricots « de Tarbes »
pour permettre à quelques uns de se payer un petit
superflu chez le boucher ou, plus rarement, chez le
pâtissier.
C’est aussi le cas lors de la vente de foies d’oies. Rares
sont en effet les gaveurs qui consomment ce mets si
prisé des riches bourgeois.

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Les producteurs se contentent de cuisiner les paletots et
carcasses qui constitueront « la provision » de l’année,
conservée dans des pots en terre, noyée dans de la
graisse. La vente des foies à Aire, Riscle ou Villeneuve
permet donc d’améliorer l’ordinaire et de payer les rares
assurances existant à cette période.
Le commerce local, surtout les cafetiers et tous les
commerçants en prise directe avec le métier de paysan,
est le grand bénéficiaire de ces rassemblements qui
attirent beaucoup de monde.
VEAUX,VACHES,COCHONS…
Vendeurs, acheteurs, promeneurs déambulent dans les
rues du village alors que les places sont occupées par
les animaux. Il y a des bovins, des porcins et des
chevaux.
Occasionnellement, on peut y trouver quelques ânes et
même des chèvres .
Ma mère me parlait aussi d’expédition à pied depuis
Duhort- Bachen pour vendre un troupeau de moutons.
Tous ces animaux arrivent « à pied » d’un rayon pouvant
atteindre les 15 à 20 kilomètres. Barcelonne est à un
carrefour : au nord-est, la Gascogne, à l’ouest les
Landes, au sud le Béarn et enfin au sud-est, la Bigorre.
LES CONVOIS…
Les petits convois d’animaux déboulent le matin par les
quatre routes qui convergent vers le centre du village.
L’objectif est d’ être en place à midi pour le
commencement des transactions.

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Ces petites formations sont souvent composées dès le
départ dans les villages environnants.
Les voisins s’entendent pour les créer afin de se faciliter
la tâche.
Les places dans ce « peloton » sont calculées pour
assurer une bonne marche. Il n’est pas rare que ce
dernier grossisse au fil des kilomètres, renforcé par des
animaux prenant le train en route. En tête, il y a toujours
des bêtes habituées à marcher d ‘un bon pas sur la
route.
Bien souvent les bestiaux sont parés de draps, de
mouchettes et de peaux de mouton sur la tête.
Quelques uns portent des clochettes accrochées à leur
collier. Leur tintement rythme la cadence de la marche.
Devant, le bouvier, béret vissé sur la tête, porte fièrement
« l’aiguillade » de néflier rougie au feu et dont la pointe
portant l’aiguillon est sertie d’un fil de cuivre.
Quelques attelages qui ne sont jamais destinés à la
vente tirent une charrette chargée de veaux, de porcs ou
de porcelets.
A l‘arrière, 2 ou 3 bovins non habitués à la marche avec
le joug ou la longe ou quelquefois simplement un peu
plus sauvages, sont attachés obligés de suivre le
mouvement.

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L’arrivée du grand-père à la foire…

Le départ des enfants en direction… de la fête

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Dans ces charrettes chacun a pris le soin d’amener dans
la cage en osier -qui sert à ramasser le maïs- , le foin ou
un peu de nourriture nécessaire aux repas des animaux.
Pour l’eau pas de souci. Barcelonne possède autour et
sur le champ de foire de nombreux points d’eau. ( mare
et abreuvoir de Rapine, Cabanas, Petit Jean, lavoir- le
plus fréquenté-, séchoir à linge, devant le transformateur
électrique, Cassagne).
Les animaux sont ravis devant une eau si claire, eux
habitués si souvent aux eaux boueuses des fonds de
vallées.
Toujours sur les charrettes, assis sur une planche posée
entre les ridelles, le grand père de la maison profite de
l’occasion pour se rendre à la foire où il est venu maintes
et maintes fois durant sa vie. Ses jambes ne lui
permettent plus pareil déplacement. Pendant les
vacances scolaires ce sont les jeunes enfants qui
prennent le relais du « papi » pour découvrir bien souvent
pour la première fois cette foire. C’est jour de fête pour
eux.
LES MAQUIGNONS
Les maquignons ( négociants en bestiaux) amènent eux
leur bétail la veille. Ils possèdent en effet soit en
propriété, soit en location, des étables sur place.
Cela leur permet de présenter des bêtes reposées et en
pleine forme le lendemain.
Les vaches à lait en particulier ne sont pas traites
complètement le soir de leur arrivée. Elles ont ainsi un
pis plus volumineux, plus trompeur. Gros avantage visuel

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par rapport à celles qui viennent de faire la route, et qui
ne peuvent bénéficier de la même tromperie.
Les « toukadous » mot patois qui veut dire « toucheurs »
conduisent les troupeaux de ces professionnels , aidés
par de bons chiens.
Leur boulot est dur car ils doivent transférer les animaux
de foire en foire, perdant les bêtes vendues, mais
récupérant celles achetées.
Ce sont avec ces dernières qu’ils connaissent les plus
grandes difficultés. Pas habituées au troupeau elles se
montrent irascibles, n’oubliant jamais sur le parcours de
rentrer dans un champ dont la claire voie est ouverte, de
quitter le troupeau à un carrefour ou de simplement
prendre la « poudre d’escampette » occasionnant de
belles courses poursuites aux « toukadous ».
Ces derniers, misérablement payés, trouvent leur
récompense dans un bon repas et surtout dans
beaucoup de chopines de vin blanc.
Ces gros maquignons ont pour nom :
-Prosper de Garlin qui loge des bêtes aux étables
« Patoulet » ( actuellement une partie de la salle du
restaurant de l’Auberge du Moulin).
-Les frères Beaumont de Miramont garent leur bovins
chez « Moussat » (Dépendance de l’hôtel restaurant
Pommies)
-Joie de Samadet spécialiste des vaches laitières se
trouve au centre du foirail :à Tivoli
Lorsque le propriétaire Mr Puchouau fait construire à la
place un garage,Mr Joie fait bâtir une étable face au
lavoir.( Elle est actuellement transformée en maison
d’habitation )

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-Descazeaux de St Loubouer est propriétaire d’une vieille
maison reconvertie en étable, pas très loin du foirail, rue
des pénitents.
Barcelonne a ses marchands de bestiaux : Maxime et
Roger Lucmor au quartier de Rapine et Raphael Dubos,
spécialiste de la race bazadaise qui habite une grande
bâtisse au n°4 de la rue d’Etigny. Propriétaire de tout le
« pâté » de maisons , les granges et étables donnent sur
la place de l’école des filles.
Il possède de nombreuses prairies au bord de la route du
Houga et embauche un vacher pour conduire ses bœufs
de foire en foire. Le dernier a été Yves Labadie de
Rapine.
LES VISITEURS
En dehors des personnes venues faire des transactions,
il y a des promeneurs mais surtout quantité de paysans
venus pour « connaître les cours ». En effet les ventes se
font en public et il suffit de tendre l’oreille pour tout
entendre. Par comparaison, on peut connaître ainsi la
valeur approximative des animaux qu’on possède dans
les fermes.
Peu de personnes arrivent en automobile. Seuls
quelques riches propriétaires, assez jeunes, n’ayant pas
eu peur de passer le permis de conduire, en possèdent .
Ils garent leur véhicule sur la partie de la place de la
Garlande non occupée par des chevaux et les camelots.
Le parking est payant pour eux.
Le moyen de locomotion le plus utilisé est toutefois la
traditionnelle voiture à cheval présente dans presque
toutes les fermes.

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La place de la Garlande

Les cochers dessellent leurs montures dans une écurie
appartenant à un particulier : chez Catuhe ou chez Pinon
pour les plus importantes par exemple.
Catuhe, rue de Cazamont est un hôtel restaurant réputé.
Les écuries et la cour pour loger les voitures se trouvent
dans un bâtiment appartenant à la commune en ce
moment, pas très loin du pont sur le canal et de
l’ancienne prison. Dans le courant de l’année cet
emplacement a diverses fonctions : parc pour les vaches
participant aux courses landaises, bergerie de nuit pour
les deux passages de la transhumance des moutons .
Le restaurant est en face.
Pinon, café de la gare( maison Baradat à ce jour)
possède une très belle écurie proche des deux
maréchaux ferrants barcelonnais ; Larrieu en face et
Claverie place de la Garlande.
Cette proximité permet à nombre de propriétaires de
chevaux de profiter du déplacement pour faire ferrer leur
monture.
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Pour se déplacer point d’automobile ni de voiture à
cheval pour les moins fortunés.
Reste la marche à pied ou la bicyclette que l’on gare
chez un parent ou un ami.
Il existe aussi pour les vélos un endroit payant tenu par
Marie Beaumont dite Marie du Rot du nom de la propriété
qu’elle exploitait avec son mari et sa fille unique, avant
son veuvage.
Le garage improvisé se situe 2 rue de l’abattoir, quartier
du moulin, au pied de deux maisons qui ont la
particularité d’enjamber la rue, offrant ainsi un abri
naturel.
Cet ensemble est un des rares à avoir été épargné lors
de l’incendie du village pendant les guerres de religion.
Marie entasse les vélos au fur et à mesure de leur
arrivée, attribue un numéro au propriétaire sur un carton
et attache le double au guidon ou au timbre du vélo.
La reprise est quelquefois compliquée car la bonne
bicyclette se trouve au fond de la rangée .
Toujours dans la bonne humeur, le client prend son mal
en patience n’hésitant jamais à donner un coup de main
à la patronne des lieux, tout heureux d’avoir eu durant la
foire son vélo en sécurité.
Dernier moyen de communication emprunté par les
visiteurs :le train.
La municipalité de Barcelonne a obtenu de la compagnie
du Midi, propriétaire avant la nationalisation par la SNCF
de la ligne Morcenx Tarbes inaugurée en 1856, un arrêt
des trains omnibus les jours de foire.

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La minoterie et le garage à vélo de Marie Beaumont à
droite

Le train omnibus en gare de Barcelonne

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LES CAMELOTS :
En bout de la place de la Garlande ou place de l’école
des garçons, des camelots vendent leurs marchandises.
Elles varient suivant la saison.
Au printemps par exemple, les maraîchers présentent
des plants de légumes. Les plus renommés viennent de
Dax, et produisent les célèbres « choux de Dax » qu’ils
exposent par botte de dix ou vingt. Une « mounaque »
faite de vieux tissus sert chaque fois de lien.
La grande attraction reste le vendeur de clochettes de
toutes formes, grandeurs et de tous sons. Bien souvent
elles sont fixées sur un collier qui n’est en général qu’un
large ceinturon de l’armée orné de clous en cuivre
formant des arabesques ou, sur demande, portant les
initiales du bouvier.
Les clients font leur essais on ne sait trop comment tant
le tintamarre est grand. Mais ils y parviennent
visiblement ; leur oreille doit être excellente.
Même chose pour les grelots attachés aux harnais des
chevaux ou pour les grosses cloches en tôle au son
grave qui pareront le cou des vaches. La « reine » du
troupeau bénéficie tout de même d’un traitement spécial
puisqu’elle aura le privilège de porter une cloche plus
importante et mieux raffinée :« La Toumbe»
Dans les cafés et tout au long des rues, des marchands
ambulants que tout le monde appelle« les monzamis »
proposent des tapis, des ceintures, des bretelles, des
montres. Tout ceci est de piètre qualité ce qui entraîne de
très longs marchandages.

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LES COMMERCES LOCAUX
C’est l’époque où le client ne se sert jamais, attend
toujours d’être servi. Cela implique une main d’œuvre
importante. Les commerçants locaux embauchent
beaucoup de journaliers principalement des jeunes filles.
Les cafés et restaurants, une vingtaine à l’époque,
travaillent pour l’essentiel ces jours de foire. Il est parfois
difficile de les identifier tellement ils se confondent aux
autres maisons. Quelques uns possèdent pourtant de
très belles enseignes, d’autres s’identifient avec
originalité.
« Chez patoulet » à l’angle de la rue d’Albret et du
château d’eau, une branche de pin enfilée dans des
anneaux fixés au mur sert de repère.
L’hôtel du centre après sa réfection avant la guerre est le
plus moderne du village. Il offre une grande salle à
manger avec un bar, des banquettes le long des murs ,
des tables en fonte recouvertes de marbre blanc et,
chose rare, un évier à eau courante ouvert au public. Le
quiller attenant attire beaucoup de monde.
Les autres restaurants gardent le style des auberges
d’antan avec une belle salle, garnie de chaises et tables
en bois sans oublier l’ armoire vitrée abritant les
différentes marques d’apéritifs et digestifs. La cuisine
attenante, toujours spacieuse, donne aux habitués
l’occasion de venir humer, suivant la saison, les
délicieuses daubes ou salmis de palombes cuisant dans
la grande cheminée des lieux. Les plus connus sont
Lapeyrère, Delos, « Moussat »Pommies, Bacarisse .

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Le café du commerce (face à la Mairie)

L’hôtel du centre
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Le lavoir et le restaurant Tivoli
Les clients n’ont pas d’heure. Ils mangent souvent après
avoir terminé une affaire. Il n’est pas rare qu’ils apportent
eux-même une belle tranche de beefsteak venant du
boucher du coin, pour la faire cuire sur les braises et la
déguster avec une « chopine de vin blanc ». La chopine
est un demi-litre.
Le vin blanc se consomme aussi au bar, l’été, additionné
de limonade et l’hiver sous forme de vin chaud dans
lequel nagent des rondelles de pommes ou de citrons.
Par temps très froid, le café et l’armagnac prennent le
relais.
Le cabaretier se procure le vin blanc chez les vignerons
de la région. Il doit rechercher l’excellence car le bouche
à oreille fonctionne rapidement et les clients seront plus
ou moins nombreux suivant la qualité du breuvage.
Il existe aussi un négociant en vin sur Barcelonne :
Monsieur Labat.

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La veille de foires son ouvrier Adolphe Dupiellet de
Rapine fait des livraisons avec une charrette à bras dont
le berceau est transformé pour véhiculer une barrique en
toute sécurité.
Pour recevoir son premier salaire, la petite Marie Louise
du haut de ses quatorze ans, s’embauche « Chez
Moussat ». Elle est en charge de remplir les chopines à
la barrique avec comme consigne de ne pas dépasser le
début du goulot. Il lui arrive d’oublier et trouve la
solution : avaler une gorgée pour rétablir le niveau.
Résultat : la plus grande « cuite de sa vie ».
Dans un autre registre, les établissements Trouette
proposent à l’angle de la place de la Garlande un large
éventail de pièces détachées agricoles, chose très rare
dans la grande région. S’y ajoutent des matériaux de
construction, des engrais, de la quincaillerie, deux
pompes à essence et une épicerie bien achalandée. Une
dizaine de personnes y travaillent.

La maison Trouette et sa…

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pompe à essence tenue ici par Madeleine Dubos
.

Les employés de chez Trouette

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Rue des Pyrénées, la quincaillerie Martin se spécialise
dans les articles ménagers. Cela va de la petite cuillère à
café à la grande lessiveuse en passant par toute sorte de
vaisselle.
A un autre coin de la place de la Garlande un magasin
de vêtements confection (chez Gaye) propose des
vêtements de travail mais aussi « des vêtements du
dimanche » ou de cérémonie.
Les plus anciens s’y ravitaillent en ces longues et larges
bandes de tissus en flanelles noires qui cercleront leur
taille en lieu et place de ceintures.
Dans un coin du café du commerce tenu par l’épouse
des lieux, le mari habille les attelages de bovins et de
chevaux avec un large éventail de draps, mouchettes,
longes, courroies de cuir, muselières, têtières , peaux de
moutons. Tout ce qui est nécessaire pour parer les bêtes
mais aussi les protéger contres les mouches.
Rue d’Albret, l’épicerie « Chez Pincette » a le monopole
de la vente de tabac et sert de régie pour réaliser les
nombreux « laissez passer » nécessaires pour les
transactions de vins ou de céréales. On y trouve aussi
une pompe à essence mais surtout le carbure nécessaire
à l’alimentation des lanternes pour éclairer les charrettes.
Lors de la foire du 7 Janvier, une personne est employée
spécialement pour la vente de la « plaque » à bicyclette
que l’on doit accrocher au guidon, tous les ans, avant le
15 Janvier.
Les fumeurs consomment essentiellement « du gris ». Ils
roulent leurs cigarettes avec la célèbre feuille de papier
« job ».
Autres commerçants : les établissements Délos, Bordes
marchands de cycles, Larroze marchand de grains et
deux « charrons » qui réalisent des jougs sur mesure.

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Les boulangeries ont pour nom : Tauzin et Bayle et les
boucheries : Pommiès et Souques Bégué.

Les cycles Délos
L’épouse du secrétaire de mairie Mme Lapeyrère tient un
atelier de confection et initie à la couture plusieurs
générations de jeunes filles.

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LES DISTRACTIONS :
Pour danser, rendez vous rue d’Albret, chez Monségu.
Un musicien de souche italienne y joue de l’accordéon et
de la grosse caisse .
Les joueurs de cartes sont nombreux mais les quilles ont
leurs adeptes.
Il est vrai que Barcelonne compte dans ses murs un
remarquable joueur en la personne de Joseph Tauzin dit
« Tambaille » et plusieurs quillers : chez Drouillet, au
café du Centre et chez « Moussat ».
Joseph Tauzin a été sacré champion de France de la
spécialité à Pau avant la guerre.
Mr Drouillet patron du café du centre le «sponsorise » et
le véhicule aux quatre coins de la région.
En échange, les jours de foire « Tambaille » qui vend
aussi des ânes, vient étaler sa notoriété dans son
établissement.
Les riches maquignons agrémentent leur séjour dans une
auberge réputée. Les filles n’y sont jamais farouches et
quelques billets circulent sur le tapis des cartes.
LA FOIRE AUX BOVINS
L’exposition de bovins s’étend du moulin au boulevard du
midi, se poursuit rue des pénitents pour arriver à la place
du foirail. De part et d’autres d’imposantes barrières
permettent d’attacher les animaux. Les gros platanes qui
jonchent le parcours offrent une ombre appréciable le
jour de fortes chaleurs.
Les bovins sont rassemblés par race, sans jamais être
mélangés.

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Les bazadaises très présentes dans les Landes occupent
le boulevard du midi entre le moulin et le local actuel des
pompiers. Suivent les béarnaises jusqu’à Tivoli.
La place du foirail est réservée, noblesse oblige, aux
gasconnes auréolées . Ces dernières laissent un peu de
place aux « piguettes », les vaches laitières du coin qui,
en général, sont attachées à l’ouest de la place.
Les animaux sont toujours bien propres, le poil lisse et
bien étrillé.
Les conversations, mais aussi les transactions, se font en
patois. Seuls quelques « cols blancs » osent le français
pour se donner un peu plus de consistance, ou tout
simplement se démarquer d’une foule qui n’a rien de
cosmopolite.
Les maquignons professionnels se remarquent, drapés
dans leur blouse noire, l’aiguillade à la main, qui leur sert
parfois de canne. Leur poitrine semble déformée. Ils n’en
est rien. C’est simplement qu’ils ont logé dans une poche
de leur veste un gros portefeuille garni de billets de
banque. Ce dernier est solidement accroché à une
boutonnière de leur habit par une chaînette, histoire
d’éviter toute tentation malsaine.
Il est vrai que dans le passé, le passage du bois de
« Cazaumont » avait triste réputation. Il se raconte que
les brigands attendaient leurs proies dans les cavernes
servant à abriter les cantonniers, par temps de pluie.
Toutes les transactions se font en liquide.
Les conversations « du café du commerce » expliquent
que les moins fortunés de ces maquignons n’hésitent
jamais à glisser dans leur portefeuille quelques feuilles
de journal soigneusement pliées, pour en augmenter son
volume et donner l’impression de jouer dans la cour des
grands.

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La foire débute sans horaire précis, mais, c’est en
général un peu avant midi, histoire que tous les animaux
soient arrivés.
En attendant ,« les repérages » permettent d’affiner les
futurs choix.
«Les affaires » donnent lieu à des scènes
« pagnolesques ».
Les longs marchandages entrecoupés de mains tendues
par les uns, frappées par les autres pour annoncer son
dernier prix, provoquent des mini rassemblements et
permettent par la même l’occasion de connaître les
cours.
Si le marché est conclu, direction une auberge voisine.
Autour d’une chopine de vin blanc, le paiement s’effectue
en billets de banque ou rarement en pistoles, vieille
monnaie issue de l’écu espagnol encore présente dans
notre région.
Mais avant d’en arriver là, l’acheteur toujours méfiant
réalise une batterie de tests sur la bête convoitée.
D’abord passer rapidement la main devant les yeux de
l’animal pour guetter sa réaction et vérifier ainsi sa bonne
vision.
Ensuite s’assurer de son âge par le contrôle de la
dentition. (les molaires ne comptent pas mais seulement
les incisives de la mâchoire inférieure). Les dents de lait
constituent un excellent repère au même titre que les
« dentons » -les petites dents- et ,à l’âge adulte, l’usure
des incisives. L’opération est parfois délicate car l’animal
n’apprécie guère de se voir planter deux doigts dans les
naseaux pour lui faire ouvrir la gueule.
La démarche est aussi regardée de très près.
Il ne faut pas acquérir une bête qui boite ou qui a l’
empattement du train arrière différent de celui de devant .

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Cela constitue un sérieux obstacle pour la marche et
surtout pour ses capacités de traction.
Pour les vaches gestantes, la date de mise bas
occasionne de nombreuses palabres entre vendeur et
acheteur. Les « vétérinaires d’occasion » sont toujours là
pour donner leur avis . Ils tâtent le ventre de la future
mère le poing fermé. Après plusieurs palpations ils
annoncent leur verdict, mais ne sont jamais d’accord
entre eux.
Les vaches laitières sont jugées sur leur aptitude à
produire du lait. La grandeur du pis est la première
référence. Certains vendeurs n’hésitent pas à oublier la
traite de la veille pour une meilleure mise en valeur. Cela
échappe rarement à l’œil expert des paysans laitiers.
Pour eux, ce qui compte c’est que la bête produise du lait
aux quatre trayons sans mammite , que son cuir et la
peau du pis soit le plus fin possible et surtout que la
veine mammaire soit bien saillante sous le ventre.
Pour agrémenter ce lieu de transactions commerciales
mais aussi ce lieu de rencontre un petit homme fait office
de mascotte.
Refoulé du séminaire pour sa petite taille d’où son nom
de « petit curé » il vend des cacahuètes l’été et, les jours
de foires de janvier, le célèbre almanach de Limoges très
prisé par les agriculteurs pour ses conseils culturaux et
ses prévisions météorologiques à l’année.
Durant l’automne et l’hiver devant chez Tivoli le
marchand de marrons connaît un succès énorme.
Il attend les clients en faisant griller ses fruits dans une
grande poêle trouée posée sur un réchaud fonctionnant
au charbon de bois.
Lorsque les marrons commencent à noircir et à peler il
les retire du feu et les range délicatement dans une

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caisse recouverte d’une couverture pour les maintenir
chauds.
Les clients repartent avec un cornet en papier journal
rempli à ras bord.
L’homme continue à s’époumoner lançant à la cantonade
« chauds les marrons, chauds ».

LA FOIRE AUX CHEVAUX
Les chevaux, ânes, mulets et mules se négocient place
de la Garlande côté ancien notaire. Une chaîne tendue
entre les platanes à hauteur d’homme permet de les y
attacher.
Les mules viennent des Landes où elles servent à
débarder dans la forêt.
Par contre elles sont très peu utilisées dans le secteur
pour les travaux agricoles. On leur préfère la traction
bovine.
Il en est de même pour les chevaux. Ceux présentés sur
le champ de foire sont légers et rapides taillés pour tracter
des voitures et servir donc essentiellement aux transports .
Avant tout achat, le futur acquéreur teste la bête dans une
ruelle pour le grand bonheur des badauds. Les
commentaires vont bon train .
L’animal dopé à l’avoine doit être docile mais puissant. Il
arrive quelquefois que voiture et cheval soient vendus en
même temps.

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Direction la foire pour les ânes
Cousin des chevaux, les ânes connaissent un franc
succès à Barcelonne. Ces bêtes tranquilles mais
caractérielles différent par leur taille et la couleur de leur
pelage. Ils servent à la campagne pour effectuer
quelques travaux légers mais sont surtout utilisés pour le
transport de personnes âgées. Leur forces vives altérées,
ne pouvant plus faire de bicyclette, les ânes leurs sont
d’un précieux secours pour se déplacer sur des courtes
distances.
Barcelonne possède son maquignon d’ânes en la
personne de Joseph Tauzin dit « Tambaille ». Il est en
réalité charpentier et ne fait le commerce qu’à petite
échelle.
Pourtant, légèrement vantard, il aime jouer dans la cour
des grands maquignons et n’hésite jamais à gonfler
artificiellement son portefeuille avec des artifices dont
nous avons parlé précédemment . Grand champion de

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quille de neuf, il n’hésite jamais également à mettre sa
compétence professionnelle au service de la commune,
pour construire chaque année des arènes qui serviront
de théâtre aux courses landaises lors des fêtes locales.
Les ânes ont une répugnance manifeste pour les flaques
d’eau. Cela peut avoir quelques conséquences
fâcheuses lorsqu’on se sert d’eux comme moyen de
transport .
Donc pas question d’acheter une monture sans lui avoir
fait passer le test de l’eau. Le passage des rigoles
récupérant les eaux de pluie, mais aussi les égouts des
habitations, sert de révélateur. L’âne lancé à vitesse
grand V doit franchir l’obstacle sans la moindre
hésitation. Ce n’est pas toujours le cas et les fréquents
plongeons par dessus bord alimentent le plaisir des
curieux, nombreux lors de ces épreuves.
Des curieux il y en a à foison après la guerre, pour
assister lors des fêtes de Rapine, à ce qui restera un
moment mémorable pour beaucoup de barcelonnais :
une course d’ânes attelés sur route.
La majorité des utilisateurs locaux de ce moyen de
déplacement y prennent part, histoire de jauger leur
monture par rapport à celle du voisin, du cousin ou de
l’ami.
Après maints rebondissements, Léon Bacarisse , poilu de
14-18 l’emporte d’une courte tête devant Jean Marie
Labadie . Particularité notable : ils sont tous les deux
amputés d’une jambe. Inutile de préciser que pour se
déplacer ils utilisaient quotidiennement leur âne.

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LE MARCHE DES PORCELETS
Quittons la place de la Garlande pour rejoindre la cour de
récréation de l’école des filles ( salle des fêtes
aujourd’hui) , sa clôture en mur de cailloux, ses beaux
platanes taillés en tonnelles et en bout, sa majestueuse
fontaine. C’est là que se retrouvent «les pourcates ».
Des petits parcs en bois de 2 mètres au carré environ
accueillent les porcelets. En général ils appartiennent à la
même couvée et se présentent en lots homogènes et
bien sages.
Il en va autrement pour les petits cochons vendus par les
maquignons. Plusieurs fois mélangés, n’appartenant
donc pas à la même couvée, ils ne cessent de se
bagarrer , criant à tue tête.
Pourtant les négociants ont pris le soin de les asperger
d ‘eau de javel ou de vinaigre pour leur donner
l’impression d’appartenir «à la même mère » à travers
une odeur identique .
Pesant autour de 20 à 25 Kg, ces jeunes porcs, mâles
comme femelles sont amputés de leurs organes
reproducteurs. Ainsi ils « profitent » plus rapidement et
engraissent davantage.
Les cuisinières consomment beaucoup de graisse. Et il y
en a chez les porcs adultes que l’on abat lorsqu’ils ont
atteint les 200Kg.
Pendant la guerre, les exploitants agricoles doivent
fournir un certain poids de graisse ou de saindoux au
service du ravitaillement par l’intermédiaire d’un boucher
ou d’un charcutier. Pour Barcelonne et les communes
avoisinantes c’est la boucherie charcuterie Pomiès qui
est collectrice.

31

La castration des porcelets mâles ne se fait que rarement
sur le champ de la foire . Mais c’est ici qu’un dénommé
Félix prend rendez-vous avec les paysans pour effectuer
chez eux la besogne.
Il se rend dans la ferme accompagné par son fidèle
chien. Le rituel est immuable. Le maître des lieux
empoigne le porcelet par les pattes arrières avant de le
faire basculer et de le coincer entre ses jambes, la tête
en arrière. Avec une lame de rasoir , Félix dégage les
testicules, les entortille, avant de les arracher et de les
lancer…au chien qui visiblement attend et adore ça.
C’est sûrement sa seule nourriture de la journée.
Le porc du pays, dont on ne connaît parfaitement ni
l’origine ni même le nom, est très prisé dans la région
pour sa capacité à faire un cochon de 200 kilos idéal
pour « la provision » . Sa viande est goûteuse et ses
jambons bien développés .
Les gens et les charcutiers désireux d’abattre leur animal
autour du quintal lui préfèrent le porc noir de Bigorre mais
surtout « l’anglais » une race avec une longe plus
marquée et mieux adaptée à une charcuterie semiindustrielle.
Le porcelet n’est jamais vendu au poids mais à l’unité, «
à l’œil ».
Pour le ramener à la maison, l’acheteur a toujours pris le
soin de venir avec un grand sac en jute dont le tissage
est clair.
Pendant qu’une bonne volonté ouvre en grand le sac, le
jeu consiste à soulever la pauvre bête par la tête et la
queue et à l’enfiler à l’intérieur, le groin en avant. Une
ficelle pour fermer l’emballage et le « colis » est prêt à être
transporté avec une facilité déconcertante.

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Sur Barcelonne, la famille Cazenave de la Croze et
Léopold Balade font le négoce des porcelets . Léopol,
ouvrier boulanger chez Tauzin complète ses revenus par
cette activité.
Il fait le pain la nuit et avec sa voiture DONNET
aménagée, va de foire en foire.
LES PORCS CHARCUTIERS
A partir du 25 novembre, et tout l’hiver, autour de la
bascule publique, les négociations portent sur les porcs
adultes destinés à la consommation annuelle des
ménages de la région. Qui ne tue pas un cochon chez lui,
même s’il n’a pas la place de l’élever ? Qui ne fait pas à
la campagne «son pêle porc » entre voisins ?
En dehors de cette période, seules sont présentées des
bêtes de 100 kg environ destinées aux charcutiers du
coin ou à des grossistes fournissant des abattoirs.
Le vendeur amène l’animal dans une cage en bois
possédant une porte à chaque bout, aux dimensions de
la bête. Les plus malins déchargent le plus près possible
de la bascule pour avoir le moins de trajet à
effectuer pour la pesée.
Contrairement aux porcelets, la vente s’opère toujours au
poids.
La place des arènes- il n’y a que les loges des coursières
qui restent à demeure- est quelquefois trop exiguë l’hiver
tant l’apport est important.
La bascule est équipée d’un grand parc en fer avec, là
aussi, une porte de part et d’autre. Le pesage peut durer
un certain temps en fonction de la bonne volonté de
l’animal. Ce dernier doit faire le parcours cage-bascule et
bascule-cage. Il offre aussi son lot de contestations.

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Le poids trouvé ne correspond que très rarement à celui
constaté lors de la pesée à la ferme avant le départ vers
la foire.

Le marché aux cochons

A droite la bascule

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Le « peseur » dans sa cabine vitrée s’occupe du
mécanisme mais aussi doit surveiller d’un œil qu’un pied
bien intentionné n’appuie sur la bascule.
Le ticket gravé automatiquement fait foi.
Jean Cassagne a été le dernier opérateur. Messieurs
Bordes et Ducousso l’ont précédé.
La commune est propriétaire de la bascule mais donne
l’exécution de ce travail, par adjudication, au plus offrant.
LE DROIT DE PLACAGE
Comme partout, Barcelonne a instauré un droit de
plaçage pour pouvoir exposer sur le champ de foire et
aux alentours. Sont concernés les propriétaires
d’animaux mais aussi les marchands, les camelots et le
parking des automobiles.
Avant et pendant la guerre, la commune fait appel à des
entreprises privées pour gérer tout cela, par voie
d’adjudication annuelle. La maison Dubourdieu d’Aire sur
l’Adour obtient souvent le marché. Marie Courronnet y
est occasionnellement employée.
Après la guerre, la commune se charge par
l’intermédiaire des employés communaux de la tâche.
J’en fais partie.
LE NETTOYAGE
Le lendemain des foires, les places du villages sont
maculées de paille, bouses, crottin …. Rien de bien
appétissant si ce n’est que tout cela peut constituer un
excellent engrais pour les propriétaires de jardins,
nombreux sur la commune.

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Il n’est donc pas rare de voir ces derniers -des personnes
âgées essentiellement- venir collecter ce précieux fumier
avec une brouette, facilitant de la sorte le travail des
employés municipaux.
Dans les délibérations du conseil municipal datant du
début du XXème siècle, il est fait état d’adjudication au
plus offrant, pour le nettoyage et donc de la récupération
de ce seul engrais de l’époque.
A une période, la famille Lucmort est chargée de ce
travail par la mairie.
LA BENEDICTION DES ANIMAUX
En marge des foires, le 16 Août, lendemain de la fête de
l’Assomption , se déroule la bénédiction des animaux sur
l’ensemble des places du village.
Il y a là des bovins, mais aussi des chevaux, des ânes et
même des troupeaux de vingt à trente oies arrivés «à
pattes». Les chiens de garde présents à la cérémonie ont
également droit à ce rituel qui est immuable :départ de
l’église par le petit cimetière, rue le long de la Garlande,
rue d’Albret, boulevard du nord, place de la Garlande et
retour à l’église par la grande porte.
Devant chaque troupeau le prêtre, accompagné d’un
enfant de chœur en charge du transport du récipient
contenant l’eau bénite, trempe le goupillon dans le seau
et bénit les bêtes.

36

LA FIN DES FOIRES A BESTIAUX
La mécanisation et la modernisation de notre agriculture
vont sonner le glas des foires aux bestiaux de
Barcelonne.
L’exploitation familiale cède le pas à des fermes plus
imposantes. La polyculture est remplacée par des
productions spécialisées.
L’agriculteur n’a plus besoin comme ses parents et
grands-parents de se rendre sur une foire pour vendre
ses produits. Pour l’essentiel les coopératives s’en
chargent. Les chevaux sont remplacés par les
automobiles. L’armée n’a plus besoin de cavaliers ni
d’animaux pour tirer les canons .
Les « tue cochons » se font rares tout comme les
animaux dans les basses cours, ou les légumes dans les
potagers. Il est si facile de tout trouver dans une grande
surface même si le portefeuille doit en souffrir.
Ainsi va la vie.
En bien ou mal on n’arrête jamais le progrès.
Dans les années 1974-1976, la municipalité de l’époque,
avec le soutien de Mr Lucmort, négociant barcelonnais,
tente de relancer ces foires aux bestiaux en parallèle à la
foire au matériel agricole d’occasion qui vient de naître.
La foire au matériel connaîtra l’essor que l’on sait alors
que la foire au bétail disparaîtra inexorablement .

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C’était à la même époque…

L’intérieur d’une cuisine de campagne

La course landaise sur la place de la Garlande

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Les travaux des champs (en haut un attelage de race
bazadaise, en bas de gasconne)

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La récolte du blé avec Annette Dupeyron en tête

Le dépiquage

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Les semailles

Le traitement de la vigne
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Le tue-cochon entre voisins

Les pompiers de Barcelonne en 1950

42

Foire au matériel agricole d’occasion
Histoire d’une naissance…
Bernard Duviau
S’il m’arrive d’employer la première personne du singulier
pour écrire certains récits, ce n’est pas pour flatter mon
ego mais simplement pour narrer des actes très
personnels qui, je crois, aideront à comprendre certains
tenants et aboutissants en rapport avec la naissance de
cette manifestation.
Pour débuter, mes pensées vont vers :
- Bernard Dufau, Alain Lalanne, Gérard Pargade, mes
complices mais aussi à nos épouses respectives qui ont
tant donné en actions ou en absences, Mireille, Dany,
Babet, Josette .
- Benoît Terrain, Louis Soulignac, les anciens
présidents du CCJA de Riscle.
- Josette Aimable et Marc Collard et à travers eux les
employés municipaux, les pompiers, les services de
gendarmerie pour leurs dévouements.
- Joel Aubert , Gilbert Darrieux, Gilbert Garouty,
Frank De Bondt, Alain Ducos, Alain Ribet, du journal
Sud Ouest.
- Pierre Lassis et Jean-Claude Bonneville du Crédit
Agricole.

43

- Les présidents qui m’ont succédé :Gérard Pargade,
Jean Minvielle, Alain Bortolussi , Max Lafosse,
Bernard Malabirade, Jean-Michel Lion, Joel Boueilh,
Xavier Lagrave, Bruno Ducom, Mathieu Plouvier.
- Les Maires de Barcelonne : Mrs Bacarisse, Labarbe,
Dehez, Gaiotti pour leur écoute et étroite collaboration.
-

-

-

-

La population de Barcelonne pour sa
compréhension face aux dérangements occasionnés
durant plusieurs jours et au premier rang desquels je
range Pierre Lalanne qui ,durant de longues années
avant que la maladie ne le terrasse, nous offrait le
relais logistique sur place .
Gérard Délos et Bernard Marsan, les spécialistes
matériel agricole du village.
Tous les bénévoles qui ont travaillé dans l’ombre.
Enfin, même si je n’ai pas eu le plaisir de travailler
avec, la secrétaire actuelle Corinne Quaglini, qui
porte à bout de bras avec compétence, doigté et
discrétion notre foire. Elle est le lien
intergénérationnel entre tous ces jeunes qui se
succèdent dans l’organisation de cette si belle fête.

44

« PAYSAN à 18 ans »
Le milieu rural n’échappe pas aux évènements de mai
1968. Pire, l’action des agriculteurs inquiète les autorités
au plus haut point. L’approvisionnement en nourriture du
pays en dépend. Tout est paralysé en particulier les
transports. Les circuits d’approvisionnement doivent être
le plus court possible. Nous redécouvrons « l’économie
fermée ».
Les syndicats agricoles s’engouffrent dans la brèche. Et il
faut bien le dire, ils trouvent dans le CCJA de Riscle un
relais particulièrement actif.
Du haut de nos 18 ans, nous faisons figure de
« révolutionnaires » dans un environnement local pas
très enclin à monter sur les barricades. Nous payons nos
« convictions de jeunesse » dans la foulée lors de nos
affectations pour le service militaire. Pour la majorité,
direction l’Allemagne et ses régiments semidisciplinaires. La liste des adhérents du CCJA de Riscle
au printemps 68 a bien circulé.
Depuis cette période, ma vision du syndicalisme agricole
et du syndicalisme tout court est beaucoup moins
idyllique.
Mais, à toute chose malheur est bon et c’est au cours de
ce service militaire que je me suis forgé la conviction qu’à
mon retour, je ferai des propositions pour tenter de
donner une autre orientation au syndicalisme agricole
jeune de mon secteur en l’amenant plus vers des actions

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de créations, de propositions, que vers des actions de
revendications.
Et au-delà essayer de donner une autre image de notre
profession que celle du « plouc de paysan » qui nous
colle à la peau et que l’on ne cesse de nous balancer au
visage dès que nous sortons de notre cercle
professionnel.
Nous sommes quelques uns à en souffrir en silence. Il
faut bien reconnaître que nous paraissons bien
empruntés au milieu des jeunes de notre âge qui certes
pour l’essentiel sont issus comme nous de la campagne,
mais n’ont pas embrassé notre job.
Ces derniers, s’ils sont heureux de ne plus être des
paysans, n’en gardent pas moins une pointe de nostalgie
entraînant du mépris. Ils nous le font payer au prix fort
par des paroles, des gestes pas toujours très élégants,
comme ils nous le feront payer tout au long de notre
carrière. En effet, nombre d’entre eux se retrouveront
professionnellement en amont de notre métier. « Les
cadeaux empoisonnés » qu’ils nous délivrèrent, forts de
leur situation, furent nombreux et variés.
Je reste encore à ce jour persuadé que cet état de fait à
été un frein, quelque fois un boulet, pour l’image
véhiculée par le métier d’agriculteur dans l’opinion
publique et a grandement contribué aux complications
administratives que l’on connaît aujourd’hui. Nous avons
laissé se créer dans notre environnement professionnel
beaucoup trop de postes inutiles, parasites. Il est
tellement facile de cracher dans la soupe qui pourtant
vous nourri chaque jour.

46

France -Angleterre
C’est donc animé de cette envie de changement que je
retrouve le CCJA de Riscle à l’issue de mon service
militaire. L’esprit a totalement changé avec l’arrivée à sa
tête de Benoit Terrain, agriculteur à Riscle, puis à
Vergoignan, et celle ensuite de Louis Soulignac de
Bernède.
C’est au cours de mon armée qu’un évènement très
particulier allait me fournir la première idée à soumettre
au CCJA.
Alors que je suis en poste à Sarrebourg en Allemagne,
j’apprends un beau matin comme l’aurait chanté Michel
Sardou, par le biais du Colonel en charge de mon
régiment que je dois dès le lendemain matin partir vers le
Luxembourg pour y rejoindre l’équipe de France militaire
de rugby afin de disputer un match contre la sélection
nationale de ce pays. Quelle n’est pas ma surprise, moi
modeste joueur de la Jeunesse Sportive Riscloise.
Renseignement pris, on m’explique qu’à la suite de la
mise en sommeil, en raison des évènements de mai 68,
du Bataillon de Joinville cher au Colonel Crespin, une
sélection militaire française a été reconstituée
officiellement à partir de rugbymen regroupés au sein du
régiment GET 513 d’Auch.
Une épidémie de gastro-entérite – de « chiasse » comme
me le dira vertement le colonel - a décimé l’effectif de
l’équipe qui doit affronter le Luxembourg et qui est pour
l’instant regroupé à Magny dans la Marne. C’est pour
cela que l’on doit faire appel à des gens qui sont sur
place, capables de jouer à peu près correctement au
rugby. Je suis donc retenu.

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Le match – sacré souvenir pour moi, surtout au moment
des hymnes – se passe sans encombre. L’adversité n’est
pas très performante et ma prestation jugée correcte. Le
responsable de la sélection est un capitaine très proche
du club de Bègles cher au président Moga et au premier
ministre de l’époque, Jacques Chaban Delmas.
Bègles a besoin de se renforcer au niveau de sa ligne de
¾ puisque le tandem Trillo – Malterre part souvent en
sélection. A ses yeux, je pouvais faire l’affaire.
En deux temps trois mouvements, je suis muté à
Bordeaux dans une caserne 3 étoiles où je retrouve
quelques rugbymen mais surtout plein de « footeux », en
particulier des pensionnaires des Girondins de Bordeaux.
La Fédération Française de Rugby avait inventé une
formule de parrainage qui permettait à un joueur de petit
club de pouvoir faire quelques piges dans un club plus
huppé. Bègles parraine Riscle et ainsi, je peux jouer dans
les deux clubs.
Si je raconte cette histoire toute personnelle, c’est qu’à
mes yeux, elle va avoir une incidence décisive dans la
réussite de la foire de Barcelonne.
C’est comme cela, à travers mon arrivée en Gironde, que
je vais nouer les premiers contacts avec le quotidien
bordelais « Sud Ouest » et ses journalistes.
Joël Aubert, dont on ne dira jamais assez le rôle
essentiel qu’il va tenir dans la réussite de notre foire, est
un journaliste qui traite aussi bien l’économie,
l’agriculture que le sport. Il deviendra plus tard le
rédacteur en chef du journal girondin et animera de
nombreux débats. Il deviendra surtout l’ami de la foire.
Son départ du journal nous a laissé un grand vide qui n’a
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jamais été comblé en particulier dans la conduite des
débats.
Lors de ma sélection chanceuse, face au Luxembourg,
j’ai constaté que 7 des 15 joueurs alignés sont des
paysans. Et comme en équipe de France – la grande – il
y a aussi un paquet de joueurs issus de ce métier :
Benoit Dauga, Paul Biemouret, Jean Le Droff, ou dans
l’antichambre comme mes amis du secteur Henri Cistacq
ou Christophe Terrain, il m’est venu l’idée de mettre sur
pied une équipe de France de rugby formée uniquement
d’agriculteurs, qui affronterait sur le terrain de Riscle
l’équipe d’Angleterre « paysanne ». Cela tombe plutôt
bien puisque c’est la « guerre froide » avec nos
homologues anglais sur les questions agricoles. Ce fut
ma première proposition lors de l’ assemblée générale du
CCJA qui suivit mon retour à la vie civile.
Sur le plan local, la proposition reçut un accueil dubitatif,
mais pas forcément négatif. Elle ne franchit jamais les
portes du département et, pire encore, du CNJA. Cela n’a
pour eux rien à voir avec le syndicalisme. Marcel Laurent,
le Vice Président gascon de la FFR, paysan dans l’âme,
le regrettera longtemps, lui qui était prêt à s’investir
intensément dans le projet, surtout que la rencontre allait
se jouer à Riscle, le club de son ami de toujours Eugène
Robert.
Il avait déjà obtenu les accords de principe des deux
fédérations. Nous étions loin à l’époque du rugby
professionnel de maintenant. Dommage, dommage.
Pour être franc, j’ai vécu cet épisode comme un véritable
échec, voire plus…
Un an passa…

49

La foire de l’occasion…

Les pionniers de l’organisation lors du vingtième
anniversaire.
Alain Lalanne- Bernard Duviau- Gérard PargadeBernard Dufau

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