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EDITORIAL

Le mythe de Sisyphe
D

Par Jules Dumas Nguebou

epuis les milliers de motions de soutien au candidat
du renouveau qui ont fusées de partout, le plus souvent rédigées par une personne et
envoyées au nom d’une famille,
d’un clan, d’une tribu ou d’une
communauté, jusqu’aux manuscrits des PV, en passant par le
bourrage des urnes, le vote communautaire et le tripatouillage informatique puis la contestation des
résultats, les politiques camerounais n’auront surpris que ceux qui
ont la mémoire courte ou qui n’ont
rien à faire de ce jeu de pouvoir au
goût amer.
Un candidat naturel « très sensible
aux réclamations de toute la population » se porte candidat à l’éternité du pouvoir, pour passer de 36
à 43 ans son règne sans partage.
Une opposition en perpétuelle reconstruction, infiltrée par les cancers du système, se
déchire autour du choix d’un candidat unique feignant
d’ignorer le verrou qui scelle le système électoral. Chacun est à sa place visiblement, joue son jeu, marque ses
buts, même si c’est dans son propre camp. Le plus important c’est d’en profiter avant qu’il ne soit trop tard.
D’abord, pour Paul Biya, il est né pour être président.
Lui qui a su garder le Cameroun dans « la paix, la stabilité, la croissance et le rayonnement international »
n’imagine pas une vie en dehors du palais. Et ce ne
sont pas les critiques sur la pauvreté, le tribalisme, la
mal gouvernance, le népotisme, la tricherie, le mensonge, le vol, le faux et l’usage de faux, la corruption
et l’impunité de son renouveau qui y feront quelque
chose. Ensuite pour les opposants de l’opposition, il
faut stigmatiser les critiques, menacer de tout y compris de mort, tourner le dos à la coalition et enfin s’exiler dans une candidature et un échec « personnels » ou
dans l’apologie du vice après avoir taclé en public la
critique, les concurrents.
Au Cameroun des villages dominants et dominés, démocratie et alternance ne vont pas ensemble. Puisque
l’individu n’existe que pour et par sa communauté,
voter libre et choisir ne sont pas synonymes ; tout
comme élite et modèle ne se posent que pour s’exclure

définitivement. Grand
perdant de cette négation, le peuple dans son
ensemble. Une frange
exclue se refuse de plus
en plus à s’inscrire sur
une liste électorale :«
Tu votes, tu ne votes
pas, il sera toujours en
place ». Ce théâtre est
pourtant vieux de plusieurs décennies, avec
le même scénario : d’un
côté le pouvoir ethnocentrique autoritariste,
d’apparence communautariste, triomphant
et auto glorifiant ses acquis ; avec lui une soldatesque
et
une
majorité de fraudeurs
présidentiels soutenus
par des groupuscules de
chefs tribaux ainsi que par tous les assoiffés du buffet
facile ; de l’autre côté, une opposition infiltrée, avec
un ou plusieurs leaders de l’opposition combattus par
l’opposition et la bureaucratie ambiante, méconnue par
la commission de bourrage des urnes elle-même aux
ordres de la préfectorale et des commandements spéciaux. Cette opposition doit mobiliser un électorat
écartelé entre le marteau et l’enclume du choix libre,
de l’adhésion identitaire et de l’exclusion communautaire. Ce peuple « d’esclaves et de nobles », dans une
grande partie, à l’instar de ses « élites », manifeste une
peur bleue de l’alternance et affronte un énorme déficit
de culture démocratique, d’audace, d’envie, et de changement. Au bout du compte, une « victoire » « armée
», « certaine » et même par terreur pour le candidat
éternel-président, quelques postes pour les alliés, tempi
pour les perdants et leurs communautés internationales.
Au Cameroun de la démocratie des chefferies et des
élites de marchés fictifs, la vraie alternance, c’est en
dehors du vote qu’il faut aller la chercher. On sait comment ça s’est passé en 1982. Ce fut le cas à la veille de
l’indépendance en 1957. Ce qui est en train de se passer en ce moment, près le théâtre du 07 octobre 2018,
c’est du déjà-vu. Tout sauf une authentique démocratie.

L a T ribune D u C iToyen M ag - N° 004 - 005

du

M ois d ’o ctobre 2019