Représentations littéraires de l'ivresse .pdf



Nom original: Représentations littéraires de l'ivresse.pdf
Titre: DANIELEWSKI Mark Z
Auteur: André Durand

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L’IVRESSE LITÉRAIRE

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© textes : leurs auteurs respectifs
© éditions Calliopées 2012 - ISBN : 978-2-916608-31-0
ISSN : 2114-8716

L’IVRESSE LITTÉRAIRE
textes réunis par Daniel Leuwers

Actes du colloque international
des 11 et 12 décembre 2010
Prieuré de Saint-Cosme - La Riche

Représentations littéraires
de l’ivresse
transforme en deux chapitres dans
l’édition de 1542 avec une scène de
banquet intitulée « Comment Gargamelle, estant grosse de Gargantua,
mangea grand planté de tripes » suivie d’une scène de beuverie. La scission s’effectue notamment sur le
plan quantitatif en ce qui concerne
les « propos des bien yvres » qui
s’enflent d’une cinquantaine de paroles.
Si les trois premiers chapitres
sont construits selon un appel herméneutique, un modèle savant qui
est le privilège de l’écrit, les deux
suivants sont construits sans appel
herméneutique, selon le modèle
carnavalesque qui est le privilège de
l’oralité.
Les chapitres 4 et 5 sont dès lors
intimement liés. Les « propos des
bien yvres », qui précèdent la naissance de Gargantua, est la suite logique de la scène symposiaque qui
traite du manger au chapitre 4. Au
chapitre 5, il s’agit du boire. Cette
célébration du repas à connotations
multiples s’articule selon une tradition populaire courante à l’époque
autour d’un grand événement : la
natalité, celle de Gargantua en
l’occurrence.
Le but de Rabelais est la mise en
évidence du vin dans le chapitre 5
visible par le titre qui présente les
convives comme « yvres ». La finalité de l’auteur est la joute verbale, le
jeu à l’état pur du langage. Chaque
invité tient des propos brefs, incohérents en apparence, sans prise en
compte de manière significative de

L’homme se distingue-t-il
de l’animal ?

Cogito ergo sum a écrit Descartes
dans le Discours de la méthode en
1637 ; « rire est le propre de
l’homme »1 ajoute Rabelais dans le
Gargantua un siècle avant. La cognition, le rire ont souvent fait l’objet
d’études pour distinguer l’homme
des animaux. La présence de
l’ivresse en est une troisième caractéristique dans la mesure où si les
êtres vivants ont besoin de boire
pour vivre, l’homme serait le seul à
boire sans soif2. Il existe de nombreux types d’ivresse : éthylique, du
pouvoir, amoureuse, du jeu, de
l’argent… Elle consiste en une stimulation de l’esprit produite par une
passion. L’ivresse littéraire en fait
partie. Dans le cadre de la littérature, quelles sont les représentations
de l’ivresse ? Le spectre est vaste,
mais trois principales ivresses se dégagent : langagière chez Rabelais, esthétique pour Baudelaire et socia(b)le avec Lapointe.
Le langage divin de Rabelais

Dans l’édition de 1535 du Gargantua, le chapitre 4 ne satisfait pas
pleinement François Rabelais qui le
Gargantua [1542], « Aux lecteurs », vers
10.
2 Rabelais y fait allusion au début du
chapitre 5 du Gargantua : « eust beu sans
soif ». Nous citons le texte de François
Rabelais, Œuvres complètes, éditions de
Mireille Huchon, « Bibliothèque de la
Pléiade », Gallimard, 1994, p. 17-20.
1

39

l’énoncé qui précède en sorte qu’il
ne s’agit pas d’un dialogue mais d’un
antidialogue dû à l’ivresse du vin qui
délie les langues par une mise en
scène de discours en folie où le langage, l’argumentation, les procédés
stylistiques s’entremêlent et sont
présents pour signifier l’envie de
boire qui engendre elle-même la parole qui est anonyme, tel un mouvement perpétuel qui s’autorégule.
L’enjeu de Rabelais est la profusion du vin comme métaphore de la
fonction du langage. On trouve par
exemple le chiasme3, l’allitération4,
l’accumulation ou l’augmentation5,
le calembour6, l’effet rythmique ou
anaphorique7, rimique8, syntaxique9,
engendrés par la boisson dans une
recherche de jouissance lexicale et
rhétorique créant ainsi des liens
entre les termes afin d’unifier un
tant soit peu certains propos.

Les jeux de mots liés à la boisson, au vin, sont nombreux et souvent disséminés dans des allusions
religieuses10, juridiques11, médicales12, scolastiques13 soit en français
populaire14, soit en latin15, soit en
germanique16, soit en grec17, soit
même en basque18.
Une magnification esthétique
pour Baudelaire

Le thème du vin se retrouve à
d’autres époques et sous la plume de
nombreux écrivains, notamment au
XIXe siècle qui étanche parfois sa
soif aux sources de la Renaissance.
Le vin n’est pas prédominant dans
l’œuvre de Charles Baudelaire, mais
il est distillé dans divers écrits. Une
section des Fleurs du Mal est consacrée au « Vin » avec cinq poèmes :
« L’âme du vin », « Le vin des chiffonniers », « Le vin de l’assassin », « Le vin

« Ce m’est eternité de beuverye, et
beuverye de eternité. », « - Or çà, à
boire, à boire çà ! »
4 « - Tire !
- Baille !
- Tourne !
- Brouille !
- Boutte… »
5 « - Je mouille, je humecte, je boy… »
6 « - Voycy trippes de jeu et guodebillaux d’envy de ce fauveau à la raye
noire. » : dans la littérature populaire, le
Fauveau (ou Fauvel) est un cheval. Il signifie aussi un « faux veau »
7 « - Ainsi se feist Jacques Cueur riche.
- Ainsi profitent boys en friche.
- Ainsi Conquesta Bacchus l’Inde.
- Ainsi philosophie Melinde. »
8 « … riche.
- … friche.
- … Inde.
- … Melinde. »
9 « - Je ne boy que à mes heures, comme
la mulle du pape.
- Je ne boy que en mon bréviaire,
comme un beau père guardian. »
3

« - L’appetit vient en mangeant, disoit
Angest on Mans ; la soif s’en va en beuvant. »
11 « - Si le papier de mes schédules beuvoyt aussi bien que je foys, mes crediteurs auroient bien leur vin quand on
viendroyt à la formule de exhiber. »
12 « - Remede contre la soif ?
- Il est contraire à celluy qui est contre
morsure de chien : courrez tousjours
après le chien, jamais ne vous mordera ;
beuvez tousjours avant la soif, et jamais
ne vous adviendra. »
13 « - Qui feut premier, soif ou beuverye ?
- Soif, car qui eust beu sans soif durant
le temps de innocence ? »
14 « - O le gentil vin blanc ! »
15 « - J’ai la parolle de Dieu en bouche :
Sitio. », « O lachryma Christi ! »
16 « - Lans, tringue ! »
17 « - La pierre dite αβεστοσ n’est plus
inextinguible que la soif de ma Paternité »
18 « - Lagona edatera ! »
10

40

du solitaire », « Le vin des amants ».
Pour avoir fréquenté à une époque
des socialistes, il n’est pas sans se livrer à une critique sociale. Néanmoins, il n’avertit pas vraiment sur
les dangers de l’alcool puisque seul
le vin est évoqué.
Ne dit-il pas dans Les Petits poèmes
en prose, « enivrez-vous, enivrez-vous
sans cesse de vin, de poésie, de vertu ». En effet, dans « Enivrez-vous », il
intime le lecteur à s’enivrer afin de
profiter pleinement de la vie pendant qu’il est encore temps, car la
vie n’est pas éternelle. C’est un appel moins à l’enivrement qu’à la volonté de fuir la condition mortelle
de l’homme soumis au temps qui
s’écoule. L’ivresse est envisagée
comme un remède au mal métaphysique.
Il en est de même dans un essai
narratif au sujet du Vin et du hachish,
section « Le Vin ». Baudelaire glorifie le vin qui rendrait « bon et sociable » contrairement au haschisch.
Il inciterait à l’action et n’entraverait
point la volonté.
Le poète recherche, à l’image de
l’ivresse éthylique, une béatitude, un
paradis artificiel qui est essentiellement poétique et esthétique. Son vin
est plus abstrait que réel : il n’a ni
couleur, ni goût, ni parfum, ni chaleur. Il permet l’évasion de la réalité
pour s’échapper de la vie plus que
pour en profiter. Tout est dans
l’esprit et l’intériorité de l’âme.

noix vertes »19 l’ivresse de la jeunesse
est envisagée dans un Carpe diem et,
dans « Le petit vin d’Argenteuil »20, une
strophe n’est pas sans rappeler
l’ « Ode XVII » des Amours de Ronsard :
Riez, chantez, courez, folle
[jeunesse,
Dans les sentiers que sèment
[vos printemps.
Enivrez-vous ! Votre âge vit
[d’ivresse ;
Cueillez les fleurs qu’on aime
[à dix-huit ans.
L’ivresse de Lapointe est fondée
sur le rire, la chanson, la joie, la nature, l’amour qui font dire au poète
de « L’autre côté de la montagne » :
« Nous allons jusqu’au bout de
l’ivresse suprême », puisque selon lui
toute médaille possède son revers et
que toute chose a une fin. À
l’écouter, il faut donc en profiter.
Lorsqu’il chante « La parisienne »,
l’ivresse engendrée par les bals, où
les couples se forment sur tonalité
amoureuse et de boisson, est perçue
positivement. Elle est aussi un
moyen de chanter à la Béranger des
chansons à boire pour oublier les
tracas des difficultés sociales ou
nouer des amitiés dans un souci de
sociabilisation. « Gloire au petit vin
d’Argenteuil ! »21, lance Lapointe.
Le vin, le « jus »22, est le moyen de
retrouver l’espérance et la ferveur
patriotique et napoléonienne de la
Troisième République en une ré-

Une vision socia(b)le chez Lapointe

Par certains côtés, Savinien Lapointe rejoint Baudelaire. Dans « Les

Savinien Lapointe, « Les noix vertes »,
Les Échos de la rue, Paris, Michel,
1850.
20 Dans La Chanson libre, Paris, Henri
Guérard, 1877, p. 33-35.
21 « Le petit vin d’Argenteuil ».
22 « La chanson libre ».
19

41

trospection nostalgique des périodes
révolutionnaires ou insurrectionnelles que connut Lapointe : « Mon
ivresse chanta la France »23, écrit-il
en 1877.
Mais contrairement à Baudelaire,
les ivrognes de Lapointe ressemblent à ceux d’Émile Zola. Ils sont
décrits et reconnaissables aisément :

La singularité de chaque auteur

En définitive, les représentations
littéraires de l’ivresse sont multiples.
La Renaissance voit en l’Humaniste
Rabelais un divin manipulateur du
langage à travers le motif du vin. Il
est d’ailleurs à l’origine de la création de plusieurs centaines de mots
qui sont employés aujourd’hui. Rabelais linguiste et inventeur de néologismes est une réalité dans la
langue française.
Le XIXe siècle trouve en Baudelaire un chantre de l’ivresse libératrice et salvatrice au service de
l’esthétique poétique essentiellement, puisque parler de la réalité
quotidienne du fléau alcoolique est
mineur chez lui.
En revanche, deux tendances
coexistent chez le poète romantique
Savinien Lapointe. Egal à lui-même,
il analyse toujours les divers aspects
d’un thème dans une logique argumentative juste et en rapport avec la
question sociale. Il chante donc le
vin qui égaie la vie tout autant qu’il
met en garde sur ses effets négatifs.

Dans un cabaret j’entre un
[soir,
À table trinquaient cent
[ivrognes ;
Plus que les cuves d’un pres[soir
Étaient rouges nos vieilles
[trognes.24
En d’autres circonstances, il
condamne les effets néfastes de la
boisson. Dans « L’ivrogne », le poète
évoque le rôle ménager d’une fillette
tandis que le père dépense sa paye
au cabaret. Si Béranger voyait essentiellement dans le vin une douce
persuasion qui amène à plus de gaité, Lapointe, en poète social condamne parfois la fréquentation du
« bouchon maudit », métonymie péjorative qui désigne le cabaret. Cela
traduit parfaitement les dangers de
l’alcool qui annihile toute volonté et
qui plonge une famille fragilisée par
la conjoncture politique difficile des
années cinquante dans une plus
grande pauvreté.

23
24

Frédéric-Gaël Theuriau

Idem.
Idem.

42

Achevé d’imprimer en mars 2012
sur les presses de la Nouvelle Imprimerie Laballery
58500 Clamecy
Dépôt légal : mars 2012
Numéro d’impression : 202432
Imprimé en France
La Nouvelle Imprimerie Laballery est titulaire de la marque Imprim’Vert




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