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THEURIAU (Frédéric-Gaël), « Le Dictionnaire littéraire des écrivains
d’expression populaire », Les Cahiers du dictionnaire, n° 11, 2019,
Dictionnaire et figement. Hommage à Salah Mejri Dictionnaires et
encyclopédies. Hommage à Alain Rey, p. 299-309
DOI : 10.15122/isbn.978-2-406-10064-5.p.0299

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THEURIAU (Frédéric-Gaël), « Le Dictionnaire littéraire des écrivains d’expression populaire »
R ÉSUMÉ – Le Dictionnaire littéraire des écrivains d’expression populaire contient plus de mille
notices d’auteurs qui vécurent entre le Moyen Âge et le XXIe siècle. Leur entrée dans le
Dictionnaire correspond aux critères du domaine de la littérature d’expression
populaire. Se forge ainsi une histoire littéraire parfois revisitée par rapport à celle
officielle.
MOTS-CLÉS – Dictionnaire littéraire, écrivains expression populaire, histoire littéraire

THEURIAU (Frédéric-Gaël), « The Dictionnaire littéraire des écrivains d’expression populaire »
A BSTRACT – The Dictionnaire littéraire des écrivains d’expression populaire contains more than
a thousand entries on authors who lived between the Middle Ages and the twenty-first
century. Their entries in the Dictionnaire correspond to the criteria of the field of the
literature of popular expression. It therefore produces a literary history that sometimes
deviates from the official history.
KEYWORDS – Literary dictionary, writers of popular expression, literary history

LE DICTIONNAIRE LITTÉRAIRE
DES ÉCRIVAINS D
­ ’EXPRESSION POPULAIRE

PROJET ENCYCLOPÉDIQUE

Le Dictionnaire littéraire des écrivains ­d’expression populaire : Essai
d­ ’anthropologie littéraire relève d
­ ’une nature encyclopédique dans le
développement de la plupart des notices. D
­ ’abord il s­ ’agit d­ ’un ouvrage
de référence qui c­ omporte des articles de synthèse répondant au c­ oncept
de littérarité1 visant à dépasser la simple juxtaposition ­d’informations
1

Ce ­concept fut introduit par Roman Jacobson, dans le Novejšaja russkaja poėzija : nabrosok
pervyj (Prague), en 1921 : la littérarité c­ omporte une approche mesurable de la forme et
une subjective jugeant le fond mais variable suivant le cadre spatio-temporel.

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biographiques par un style rédactionnel plus narratif et c­ onstruit. Ensuite
le ­contenu vise la ­conservation et la mise en valeur ­d’un segment du
patrimoine c­ ulturel immatériel. Enfin il s­’appuie sur des autorités,
des sources et des illustrations cautionnant ­l’aspect scientifique de la
démarche.
­L’idée de ce projet germa entre 1997 et 2010, par ­l’établissement
­d’un corpus de plusieurs centaines de noms d­ ’écrivains issus des classes
dites défavorisées depuis la période médiévale. Puis, en 2010, le Centre
­d’Études Supérieures de la Littérature, unité indépendante de recherche,
permit à plusieurs chercheurs ­d’y adhérer avec la visée ­d’une publication papier. Or, la double difficulté de rédiger des notices ­conformes
aux règles de ­l’exercice et ­d’entamer de longs travaux de recherche et
­d’analyse pour des auteurs peu ou pas étudiés transforma le projet en
publication évolutive en ligne depuis 2016 (https://cesl2010.fr.gd puis
rubrique « Dictionnaire littéraire des écrivains ­d’expr. pop. »). ­L’avantage
résidait dans la facilité d­ ’ajouter des notices, de les c­ ompléter, d­ ’établir
entre elles des recoupements et de mettre rapidement à disposition
­l’ensemble du travail.
Outre ­l’établissement des normes rédactionnelles des notices et
­l’élaboration du corpus, il fallut ériger une réflexion pour déterminer les
lignes directrices et de force de l­’entreprise. En quoi c­ onsiste le projet
du Dictionnaire littéraire ?
­L’éloge de la marginalité, les critères d­ ’entrée dans ­l’ouvrage et la nouvelle approche de ­l’histoire littéraire sont les trois grands axes c­ onsidérés.

ÉLOGE DE LA MARGINALITÉ

La littérature française retient les auteurs les plus marquants formant
le panthéon littéraire. En fonction des époques, des choix politiques,
des attentes, des modes, des priorités, la liste évolue. Les auteurs issus
des classes défavorisées sont peu représentés, les femmes encore moins.
Sont-ils écartés volontairement par ­l’histoire littéraire ? La marginale
place q
­ u’elle leur accorde est-elle proportionnelle à leur relative présence dans la réalité ?

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La première interrogation trouve une réponse nuancée. Il est certain
que la jalousie, l­’étonnement, la lutte des classes, la course au prestige
firent que les écrivains du peuple furent écartés. Savinien Lapointe2,
­considéré ­comme le chef de file de la littérature d­ ’expression populaire3
au xixe siècle, témoignait de ­l’existence tenace des frontières sociales4.
Pourtant il est vrai ­qu’un élan de solidarité se créa entre les auteurs des
classes dominantes et les autres, ­comme ce fut le cas de Bernard Palissy5
qui dut son salut grâce à Catherine de Médicis, et particulièrement à
partir du xixe siècle, âge d­ ’or de la littérature d­ ’expression populaire.
Des réseaux de soutien et de parrainage se ­constituèrent pour aider les
plus ­culturellement démunis à ­s’élever, et même avant la Révolution
française, certains auteurs subsistèrent grâce aux bienfaits ­d’un protecteur. La seconde interrogation renvoie à une réponse fournie par George
Sand dans son Second dialogue familier sur la poésie des prolétaires6. La
critique littéraire montre que, depuis le Moyen Âge, nombreux furent
les artistes – sculpteurs, peintres, musiciens, architectes – à avoir été
au départ de simples artisans. Ce ne fut point le cas en littérature pour
une seule raison : aucun métier de base ne semblait être en rapport
avec cette discipline. Le peuple était capable de devenir un artiste si son
métier lui permettait de ­s’entraîner et de se perfectionner à ­condition
­qu’il possédât quelque heureuse disposition. Pour la littérature, la seule
façon d­ ’y parvenir était ­d’y ­consacrer du temps uniquement disponible
durant les moments de loisir que les travailleurs ­n’avaient pas. Ainsi
donc, la probabilité de rencontrer un écrivain du peuple était faible.
­C’est là ­qu’intervient la « marge7 ». En latin, margo, -inis, m. et f.,
signifiait « bordure » ou « frontière ». Le « ­concept de la marge » ou la
« vision marginale » ­consiste à ­considérer la partie qui se trouve à la
lisière, voire en dehors, des sentiers battus. Il ­s’agit de travailler sur les
zones d
­ ’ombres souvent occultées, oubliées, délaissées, parce ­qu’elles
2
3
4
5
6
7

« Lapointe Savinien », notice rédigée par Frédéric-Gaël Theuriau.
Plus précisément de la poésie ­d’expression sociale.
Poésie manuscrite (publiée par la suite) datant du 27 novembre 1843, in Correspondance
­d’Eugène Sue relatif aux Mystères de Paris, B.H.V.P., ms. 1418, feuillets 555-559.
Palissy Bernard, notice rédigée par Olfa Abrougui.
George Sand, « Second dialogue familier sur la poésie des prolétaires », Revue indépendante,
Paris, t. IV (juillet-septembre), 1842, p. 597-619.
Le terme fut employé et expliqué par Hédi Bouraoui dans son article « Stratégie narrative dans la trilogie sur la Méditerranée », in Frédéric-Gaël Theuriau (dir.), La Démarche
critique, Antibes, Vaillant, 2014.

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apparaissent anecdotiques. Or, cette marge, partie excentrée par rapport à un nucleus, est au moins aussi importante et intéressante que le
noyau. Toutefois, la marginalité peut se trouver incluse dans le noyau de
­l’objet à étudier. Le « ­concept de la marge » ­consiste alors à c­ onsidérer
ce qui apparaît ­comme une exception, une singularité tolérée, admise
ou reconnue. Le meilleur exemple est ­l’acceptation relativement rapide
de Pierre-Jean de Béranger8 dans le monde des lettres alors ­qu’il fut,
­comme bien ­d’autres, issu des couches sociales laborieuses. Un autre
exemple admis par les croyants de la religion catholique est la naissance
dissimulée, marginale, de Jésus dans une étable, son dépôt dans une
mangeoire (crèche) et sa découverte par de pauvres bergers prévenus en
premier de la naissance de ­l’enfant. Il existe un certain nombre de zones
marginales dans le cadre des études littéraires françaises. D
­ ’abord, la
partie marginale dominante : la sphère des personnes issues des classes
défavorisées parvenues à écrire des textes littéraires. Ensuite, une souspartie, incluse dans la première, plus réduite : ceux qui utilisent une
langue régionale. Enfin, une autre sous-partie, incluse dans la première
également, encore plus modeste : les femmes du peuple s­’exprimant
aussi dans la langue nationale et/ou régionale.
Le Dictionnaire littéraire ne distingue absolument pas, dans sa structure, ces singularités mises en évidence. La progression alphabétique
vient mélanger ­l’ensemble afin de ne pas stigmatiser les femmes, les
écrivains usant de langues régionales, ou encore ceux issus du prolétariat.
Néanmoins, ­l’intitulé et le chapeau de chaque notice laissent apparaître
ce qui caractérise précisément le biographié. La marginalité participe en
fait à la ­construction du centralisme. Loin de ­s’opposer totalement, ils se
­complémentarisent, ­s’interdépendent et ­s’interfèrent. Comme ­l’explique
Antoine Bailly, l­ ’étude de la marginalité ­constitue une approche historico-épistémologique au « potentiel ­d’universalisme9 ». Reste encore à
définir les auteurs « ­d’expression populaire ».

8
9

« Béranger Pierre-Jean de », notice rédigée par Frédéric-Gaël Theuriau.
Antoine Sylvain Bailly, « La marginalité, une approche historique et épistémologique »,
Anales de Geografia de la Universidad Complutense, 1995, no 15, p. 116.

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CRITÈRES ­D’ENTRÉE DANS LE DICTIONNAIRE

Afin de ­constituer ce Dictionnaire littéraire des écrivains d­ ’expression
populaire, il fallut établir une liste d­ ’auteurs qui répondît à cinq fondamentaux critères : littéraire, géographique, temporel, linguistique et social.
Le premier, exclusivement littéraire, réside en l­’attestation de la
production ­d’au moins une œuvre littéraire française, faute de quoi, il
­n’est pas possible ­d’intégrer le Dictionnaire littéraire qui exclut les textes
ne possédant pas un minimum de littérarité. Cette œuvre peut être
­constituée ­d’un seul texte fictionnel ou non (essai, poème, nouvelle, roman,
traduction, biographie, autobiographie, récit de voyage, et cætera) et ­n’est
pas forcément suivie ­d’une publication du vivant de ­l’auteur ­comme
­c’est le cas ­d’Olivier Basselin10. En cas de doute, le choix est laissé à la
discrétion de chaque auteur de notice, spécialiste de la question, et du
directeur de la recherche garants de la pertinence des articles. Quant
aux motivations des écrivains ­d’expression populaire, elles sont multiples
et variées car ils perçoivent l­’écriture de différentes manières. Pour les
uns, la littérature est envisagée dans des fonctions distractive, expressive ou créative, pour d­ ’autres dans des fonctions didactique, réflexive
ou critique, pour ­d’autres encore dans des fonctions interactionnelle,
­communicationnelle ou dialogique.
Avoir la nationalité française est aussi primordial p­ uisqu’il s­ ’agit d­ ’un
dictionnaire des écrivains français. Sont écartés les auteurs étrangers francophones. Sont acceptés les auteurs français vivant à l­ ’étranger, ceux nés
de parents français, ceux nés sur un territoire ­considéré ­comme français
au moment de leur naissance, ceux ayant acquis la nationalité française
pour diverses raisons (émigration, géopolitique), ce qui ne réduit pas le
corpus à la métropole. La géographie est donc un paramètre à ­considérer
pour définir le cadre spatial fluctuant au cours des siècles. En effet, le
territoire de la France métropolitaine est à lui seul un véritable f­estival
de terres gagnées et perdues entre 985 et 1947, sans parler des colonies,
territoires et départements ­d’Outre-mer.
Le cadre temporel fut plus aisé à définir puisque la littérature française
­n’a pu survenir ­qu’après l­ ’arbitraire décision de désigner les Serments de
10 « Basselin Olivier », notice rédigée par Frédéric-Gaël Theuriau.

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Strasbourg ­comme premier document écrit en français (ancien français) en
842. ­L’histoire de la littérature place ainsi entre 880 et 881 l­ ’arrivée du
premier texte littéraire avec la Séquence (ou Cantilène) de sainte Eulalie11.
Ce cadre ­s’achève au xxe siècle à partir du moment où la pertinence des
critères déterminant l­ ’assimilation d­ ’auteur à la littérature d­ ’expression
populaire devient caduque12. Non q­ u’un ouvrier, un artisan, un prolétaire, un paysan, un employé, un instituteur ne soit pas parvenu à entrer
en littérature, mais leur arrivée paraît de moins en moins improbable
en raison de plusieurs facteurs nouveaux survenus progressivement au
xxe siècle au niveau de ­l’instruction, des ­congés payés et des moyens
de ­communication et de diffusion du savoir. Afin de définir de manière
standardisée la date ­d’entrée en littérature ­d’un biographié, il ­convient
de se fonder sur la première publication ­d’un texte.
Le cadre linguistique est un critère supplémentaire qui vient ouvrir
le corpus. Sont acceptés les auteurs ayant écrit dans une langue, un
dialecte ou un patois13 en usage en France (métropole, colonies, DOM,
TOM…) ce qui ouvre les portes à tous les écrivains français de langue
étrangère, d­ ’oïl, ­d’oc, franco-provençale, bretonne, corse, et cætera, puisque
le territoire présente un état de plurilinguisme important14. ­L’enjeu du
Dictionnaire est, dans ce cas, de (re)donner définitivement les lettres de
noblesses à tous les parlers, si différents soient-ils, qui, pour des raisons
idéologiques, furent écartés, méprisés et perçus négativement à tort par
la politique parfois même répressive, par le centralisme linguistique
voulu depuis la période médiévale, par ­l’armée depuis le xxe siècle, par
la radio et la télévision15, et surtout par les systèmes ­d’enseignements
scolaires qui, de ce fait, privèrent les jeunes apprenants « ­d’un bilinguisme
11 Ce texte poétique de 29 vers est une adaptation ­d’un poème latin écrit dans un dialecte
­d’une langue ­d’oïl (du proto-picard). Le thème est religieux.
12 Frédéric-Gaël Theuriau, « ­Qu’en est-il de la poésie d­ ’expression sociale à la fin du xxe siècle
et au début du xxie siècle ? », in Relation du poème à son temps : interrogations ­contemporaines,
Bern, éd. Peter Lang, 2010, p. 85-92.
13 ­L’actuelle 9e édition du Dictionnaire de ­l’Académie française (1986-2019) présente une
définition plus logique du patois : « Variété d­ ’un dialecte qui n­ ’est parlée que dans une
­contrée de faible étendue, le plus souvent rurale ».
14 Frédéric-Gaël Theuriau, « Métissage linguistique chez les poètes sociaux et dialectaux », in Le Métissage en littérature, Bucarest (Roumanie), éd. EST Samuel Tastet, 2007,
p. 59-68.
15 Jean-Baptiste Martin (dir.), ­Qu’elle était riche notre langue !, Bourg-en-Bresse, AGB, 1996,
p. 5.

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DICTIONNAIRE LITTÉRAIRE DES ÉCRIVAINS ­D’EXPRESSION POPULAIRE 305

naturel très formateur pour ­l’esprit16 » tandis que, dans certains pays
voisins, les ­connotations sont plutôt bonnes. Augier Gaillhard17 écrivait
essentiellement en languedocien (en dialecte albigeois).
Enfin, le cadre social fait intervenir des critères plus spécifiques au
domaine d­ ’étude q­ u’est la littérature d­ ’expression populaire. Le c­ oncept
­d’« expression populaire » signifie ­qu’il s­ ’agit ­d’une littérature issue du
peuple, plus précisément des strates les plus défavorisées de la population. Il faut exclure les auteurs provenant des couches moyennes et aisées
­comme la noblesse, le haut-clergé, la bourgeoisie, la riche paysannerie.
Il faut exclure les auteurs qui, bien que nés de parents pauvres, font
des études supérieures ­d’emblée leur permettant ­d’accéder à des métiers
normalement réservés aux classes moyennes. Leur parcours est cependant
particulièrement remarquable notamment à travers ­l’exemple de Charles
Péguy mais qui ne peut figurer dans le Dictionnaire afin que ce dernier
ne devienne pas un puits sans fond d­ ’auteurs présents par ailleurs dans
­d’autres dictionnaires.
­L’appartenance à la catégorie « écrivain d­ ’expression populaire » est
donc liée à l­ ’analyse biographique de chaque biographié. Que les origines
familiales soient c­ onnues ou non, un certain nombre de critères doivent
être vérifiés. Ces critères apparaissent en filigrane dans les notices afin de
justifier la présence de ­l’auteur dans le Dictionnaire littéraire. Le phénomène
de ­l’ascenseur social y est manifeste dans un ­contexte où les difficultés sont
nombreuses. Se dessine dès lors une nouvelle approche de l­ ’histoire littéraire.

NOUVELLE APPROCHE
DE ­L’HISTOIRE LITTÉRAIRE

Un corpus de plus ­d’un millier ­d’auteurs (1 147) dont seulement
une soixantaine de femmes (61) fut ainsi c­ onstitué. Malgré sa relative
importance, il ne saurait être exhaustif. On peut c­ onstater cependant
16 Jean-Baptiste Martin, « Les parlers de ­l’Ain », in Agnès Ducaroy, avec le ­concours du
groupe ­Vouv’tia Vénou, Chanter en patois dans ­l’Ain : paroles et musique, édition bilingue
franco-provençal/français, Lyon, EMCC, p. 25.
17 « Gaillhard Augié », notice rédigée par Frédéric-Gaël Theuriau.

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que la décennie qui va de 1840 à 1849 est la plus chargée en termes
­d’arrivées d
­ ’écrivains du peuple, hommes et femmes ­confondus18. La
seule différence entre les deux sexes est l­ ’arrivée de la première écrivaine
du peuple, Élisa Mercœur19, au début du xixe siècle20.
Pour l­ ’heure, les premières productions vont de 1430 à 2016 : d­ ’Olivier
Basselin à Michel Leau21. La difficulté de respecter les critères justifiant
­l’entrée ou non ­d’un auteur ­d’expression populaire dans le Dictionnaire
survient essentiellement peu de temps avant de la Seconde Guerre
mondiale. De ce fait, de manière motivée d
­ ’après des éléments déjà
évoqués plus haut, p­ uisqu’il faut bien donner une date limite au-delà
de laquelle ­l’introduction ­d’un nouvel auteur d
­ ’expression populaire
serait sujet à trop de ­controverses à cause de critères de plus en plus
insoutenables, tout écrivain né à partir de 1937 est exclu du champ de
­l’étude. Ainsi donc, le premier auteur, Olivier Basselin, est né en 1403
et le dernier, Jacques Norach22, en 1936. Le Front populaire est donc
la limite marquant la lente disparition des premières productions des
écrivains du peuple. Mais le dernier arrivant, si ­l’on tient ­compte de
la date de publication de son premier ouvrage poétique en 2012, est
Michel Leau, né en 1932.
La littérature ­d’expression populaire a donc presque c­ omplètement
disparu actuellement dans son processus de renouvellement. Est-ce un
mal ou un bien ? Ni l­ ’un ni ­l’autre. ­C’est ­l’état de la société française qui
a engendré cela par le nivellement des classes sociales dont les différences
étaient particulièrement marquées au xixe siècle et au début du xxe.
Ce résultat est la c­ onséquence d­ ’un processus voulu depuis 1789 selon
lequel le peuple souhaitait participer à sa propre ­construction sur le plan
politique, historique, littéraire, c­ ulturel… En effet, la littérature était
auparavant détenue par les classes élevées ; elle arriva ensuite doucement
dans les couches moyennes à la lisière du xixe siècle pour atteindre des
strates plus défavorisées autour de 1840.
18 La période 1430-1849 montre une progression tandis que la période 1850-2016 présente
une diminution.
19 « Mercœur Élisa », notice rédigée par Frédéric-Gaël Theuriau.
20 Élisa Mercœur (1809-1835) est la première femme du peuple à entrer en littérature avec
une première publication en 1825. Élisa Fleury (1795-1862) est la seconde (1834) mais
se placerait en tête par sa naissance.
21 « Leau Michel », notice rédigée par Frédéric-Gaël Theuriau, en partie sur la base d­ ’entrevues.
22 Norach Jacques, notice rédigée par Frédéric-Gaël Theuriau.

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DICTIONNAIRE LITTÉRAIRE DES ÉCRIVAINS ­D’EXPRESSION POPULAIRE 307

Une autre difficulté réside dans la détermination du lieu géographique
de chacun des écrivains du peuple afin ­d’établir une carte de France de
leur présence. Doit-il être fonction de la naissance, de l­ ’habitation(s), de
la publication(s) ou de la mort. ­L’exode de beaucoup ­d’entre eux rend
difficile ­l’établissement ­d’une zone précise, qui va du changement de
rue à celui de région, voire de pays. Quant au lieu de publication, il
varie également relativement souvent. Il fut donc établi de prendre le
lieu de naissance qui est à peu près ­connu pour tous les auteurs puisque
­l’une des c­ onditions à remplir est d­ ’être né en France. Les registres d­ ’état
civil sont les plus sûres sources. Les écrivains ­d’expression populaire se
­concentrent aux alentours de Paris. Néanmoins, une forte proportion
se situe en périphérie dont la densité semble faible, certes, mais dont le
nombre dépasse largement la région Île-de-France.
­L’établissement ­d’un tel Dictionnaire ne doit pas être mal ­compris. Il
ne ­s’agit pas faire ­l’apologie des uns – les auteurs issus des classes laborieuses – et la diatribe des autres – les auteurs des strates favorisées. Il ne
faut pas oublier que les « grands » auteurs ne vivaient pas forcément de
leur plume et que les difficultés se dressaient souvent sur leur route. En
définitive, rares furent les écrivains vivant essentiellement de leurs écrits.

PORTÉE ANTHROPOLOGIQUE

En définitive, ce travail universitaire est une œuvre collective dont la
graine germa depuis le tout début du xxie siècle. Une fois sa publication
achevée définitivement, ce Dictionnaire représentera l­ ’usuel de référence
utile pour tous les chercheurs ou étudiants et rendra ­d’éminents services
à tous ceux qui souhaitent bénéficier d­ ’informations précieuses et de
qualité sur le sujet lié à ­l’histoire littéraire, des idées ou des courants
de pensées. ­D’un point du vue général, le travail ­s’est divisé en trois
phases : ­d’abord ­l’étape de la recherche – en quelque sorte « sur le terrain » – des auteurs pouvant entrer dans le Dictionnaire, ensuite celui
de la ­constitution des éléments nécessaires à ­l’élaboration ­d’un portrait
littéraire justifiant leur présence, enfin un ancrage dans une histoire
littéraire plus globale autant que faire se pouvait.

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FRÉDÉRIC-GAËL THEURIAU

Cette triade, qui ­constitue le projet du Dictionnaire, ­s’apparente à la
démarche anthropologique (étymologiquement « science de ­l’homme »)
appliquée au domaine littéraire et ­s’inscrit, en grande partie, dans le
cadre ­d’une sauvegarde du patrimoine selon les critères mentionnés
dans la ­convention du Patrimoine Culturel Immatériel de l­’UNESCO
de 2003 : « On entend par “sauvegarde” les mesures visant à assurer la
viabilité du patrimoine ­culturel immatériel, y ­compris ­l’identification,
la documentation, la recherche, la préservation, la protection, la promotion, la mise en valeur, la transmission, essentiellement par l­ ’éducation
formelle et non formelle, ainsi que la revitalisation des différents aspects
de ce patrimoine ».
­L’orientation des notices, volontairement développées, est littéraire
ou parfois spécifique. Le Dictionnaire littéraire est ainsi un instrument
de travail qui repose sur des recherches à la fois ­conventionnelles et
originales. Voici, à titre d­ ’exemple c­ oncret, la notice c­ oncernant Jean
de Léry :

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DICTIONNAIRE LITTÉRAIRE DES ÉCRIVAINS ­D’EXPRESSION POPULAIRE 309

Frédéric-Gaël Theuriau
Université de Tours

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