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Nom original: 10 - Journal de Confinement JOUR 10.pdf
Auteur: Chris

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Journal de confinement JOUR 10 ( en date du jeudi 26 mars 2020 ) trouvé par l'agent de régulation sanitaire
N19 Paul Wildren le 24 décembre 2043 – Top secret authentification n° 29852 – Demande d'autorisation via
numéro de matricule pour autres informations sensibles à la sureté du Block-Etat.

Mon Cher Marcel,
Je suis assis là, sur le trône, en prétextant un dépôt de bilan urgent pour t'écrire et t'expliquer cette journée
mouvementée.
Wildren est entrain de monter la garde et je n'ai pas envie qu'il connaisse ton existence.
Il est 23h00 et je suis archi crevé !
Tout débuta vers 14h00 du matin.
Je crois que j'ai un peu chargé la mule...
Error 404 Cerveau not found ou Syntax Error pour les anciens modèles comme moi. Rigole autant que tu
veux, n'empêche que quand le monde sera en miette, pour certains, ça va leur faire tout drôle de revenir à
l'époque de la disquette !... Tout ça pour dire que j'ai un peu abusé mais pour ma défense, c'était pour la
bonne cause. Si, si je t'assure !
Oui, j'étais complètement flippé par mes nouvelles capacités à me transformer en borne Wifi, je te l'accorde.
Surtout que je ne sais toujours pas d'où ça vient cette saloperie.
Mais bon, une fois calme et serein, autrement dit, saoul comme un cochon, je décidai de faire une
expérience !
Tous les grands scientifiques ont fait des découvertes dans un état second, c'est un fait.
Alors pourquoi pas moi ?
Je me suis donc assis confortablement, c'est à dire en vrac sur une chaise, j'ai fermé les yeux et me suis
concentré comme Kasparov pendant sa mémorable partie d'échec contre la machine.
Qu'il perdit, cela dit en passant...
Le but étant, puisque je pouvais recevoir des messages, d'en envoyer un moi-même.
Y a pas de raison, pourquoi Willy-n'a-qu'un-oeil pouvait en expédier et pas moi ?
On respire calmement, on se concentre sur un point fixe, on ferme les yeux et c'est parti... Euh ok mais...
Qu'est-ce que j'envoie comme message ? J'allais pas envoyer la recette du soufflé au fromage, la missive
aurait été un peu longue. Je me suis donc rabattu sur un truc simple et convivial : « Bon apéro ! ».
A coup sûr tout le monde peu comprendre, c'est universel.
C'est bien joli tout ça mais ce message, je l'envoie à qui ? Tu me diras, j'ai pas trente six correspondants
sous la main. Allez, je choisi de l'envoyer à mon copain Willy, je suis persuadé qu'il sera content que je
l'appelle !
Résultat, j'ai passé ma nuit à essayer de communiquer par la pensée avec quatre grammes dans chaque
poche...
Qu'est-ce qu'on peut être con quand on est bourré...
Sauf que maintenant, je paye la note et ça ne fait que commencer...
On sonne à la porte. Oh doucement ! Qui a augmenté le volume de la sonnette ? C'est désagréable !
Oulah, faut vraiment que je gobe un cacheton. Courage, allons ouvrir.


« Oh merde, c'est vous. Vous pouviez pas me laisser tranquille aujourd'hui, fallait absolument que
vous veniez m'faire chier dans ma gueule de bois ? »

C'était l'inspecteur qui débarquait comme ça à l'improviste. La prochaine fois, y aura un piège à loup dans
l'entrée, ça lui passera l'envie de vouloir me casser les joyeuses !


« Bonjour à vous aussi. Il est 14h, ça va, bien dormi ? On est prêt pour aller faire une petite
balade ? »



« C'est quoi ? Un rencard ? Vous êtes pas mon type, je les préfère avec beaucoup moins de barbe,
plus féminine si vous voyez ce que je veux dire. Après, chacun voit midi à sa porte tant que vous
oubliez la mienne... »



« Je vois que vous n'avez pas perdu votre sens de l'humour ! Allez donc prendre une douche, je
vous embarque faire un tour. »

Mais c'est qu'il me donnerait des ordres le nazi.


« Sauf que vous oubliez que je suis confiné, c'est le Président en carton qui l'a dit à la télé. »



« Et sauf que VOUS oubliez que vous êtes guéris ! Allez, faites pas tant d'histoires.
Je vous attends en bas dans dix minutes, c'est un ordre ! »

Jawoll Herr General ! Un peu plus et il faisait demi-tour en claquant les talons ! Celui là, on le nommerait
Préfet de police que je serai pas étonné... Hey mais maintenant que j'y pense, c'est vrai qu'il ressemble un
peu à l'autre dictateur de Didier Lallement... Mais si, notre actuel Préfet de police qui a un prénom de clébard
et un nom de famille qui te rappelle que tu fais pas parti du même camp... Du coup, l'idée de prendre une
douche me fait froid dans l'dos... Saloperie d'nazi !
Allez, j'y vais en mode cradingue, ça sera l'occasion de lui pourrir le pif à l'autre débile.
Je m'installe dans son cercueil et il démarre. Je te raconte pas l'ambiance entre ma pomme qui ne sent pas
la Granny Smith et l'autre avec son balais dans le fondement, on va passer un chouette moment de franche
camaraderie !
Ça fait maintenant dix minutes qu'on roule à deux à l'heure et je sais toujours pas où on va.
Je me lance, je lui fais le sketch de Coluche pour détendre l'atmosphère :


« Sympa vot'caisse, on entend bien moteur là... C'est un DIEEESEEELLL ? »

Pas une réaction, un mannequin de cire du Musée Grévin.


« Bon, allez, sans déconner, vous roulez comme une petite vieille paralytique qui aurait le nez dans
le volant. Vous pouvez au moins me dire où on va à cette allure ? »

Ça y est, enfin, il me répond le bout de bois :


« Nul part... »



« Ah bah merci ! Vous pouvez développer ou je vais me faire mettre ? »



« AH mais vous pouvez pas la boucler, nom d'un chien ? J'essaie de me concentrer ! »



« Mais vous concentrer à quoi espèce de débile ? Y a un bruit dans l'moteur ? C'est ça ? »



« Non mais laissez tomber, j'ai cru entendre un truc... Bon, en fait si je vous ai demandé de venir
avec moi, c'est pour retrouver notre ami commun. »



« Demandé ? Ordonné, serait un terme plus approprié, il me semble ! Vous parlez de William ? »



« Bah oui, de qui d'autre voulez-vous que je parle ? Abruti ! »

Et là, j'ai vu rouge :



« Hey, on se calme hein ! J'ai rien demandé moi ! J'étais peinard à cuver dans mon coin, j'faisais
chier personne ! C'est comme au début de tout ce merdier là. Y a cette conne de pandémie qui nous
tombe sur le coin du râble, ce confinement de mes deux, le p'tit vieux avec ses guibolles
mâchouillées et son œil qui s'est fait la malle, les deux cosmonautes alcooliques, l'expérience dans
le labo où j'me suis chier dessus en passant, sans parler des visions de l'autre con qui m'arrivent
dans la poire tous les... ... »

Oui... Je sais... J'aurai dû fermer ma gueule... Ouais, que veux-tu que je te dise ? Je supporte pas qu'on me
mette la pression, sauf dans un verre et c'est moi qui choisis le breuvage...
J'ai même pas eu le temps de me rendre compte de ce que je bavais que Paul stoppe la voiture et me
questionne avec un petit sourire narquois :


« Des visions ? Et vous parlez de quel autre con ? De William, c'est ça ? Et c'est quoi cette
expérience dans un labo ? »

Je sens de grosses gouttes sur mon visage, je ne me suis jamais autant senti mal à l'aise qu'à ce moment
précis... Il me regarde droit dans les yeux et me dit d'un ton qui me glaça le sang :


« Ecoutes-moi bien mon bonhomme, si je t'ai fait venir c'était pas pour aller ramasser des
champignons. Je me suis douté que le borgne et toi vous me cachiez quelque chose, et je me suis
dit que si il te voyait dans la voiture avec moi, il sortirait de sa cachette pour reprendre contact.
A moins qu'il l'est déjà fait ?! Tu vas m'aider à le retrouver, on rentre tous gentiment à la maison, on
passe une bonne nuit et on met carte sur table demain matin. C'est compris ? »

Là, mon p'tit cousin, me v'là fait aux pâtes !
C'est marrant parce que quand il a dit « c'est compris », j'ai fait une série de p'tits pets comme ça : put-putput, comme Verinus dans Kaamelott.
Après avoir dégluti, je n'ai rien trouvé de mieux à dire que :


« Ok... »

Et lui de renchérir :


« Alors tout ira bien dans le meilleur des mondes ! »

Le reste du voyage continua sans un mot, il m'avait cloué le bec, ce qui le décontracta un peu puisqu'il
sifflotait en conduisant et moi, ça me rendait nerveux. Fallait trouver et « Sauvez Willy » coûte que coûte car
j'avais pas trop envie de finir découpé dans le coffre de la bagnole de l'autre psychopathe...
On a tourné et tourné dans toute la ville sans jamais y voir le tarin du père Fouras.
Tiens, c'est vrai qu'il y a un faux air...
La nuit est tombée depuis plus d'un heure et j'ai le trouillomètre à zéro.
Je décidai de renouveler mon expérience, après tout, je passerai pour un cinglé mais au point où j'en étais,
c'était bien le cadet de mes soucis. Je ferme les mirettes et je me concentre tel David Carradine dans KungFu : « Bon apéro... Bon apéro... ». Je ne sais pas pourquoi je suis resté bloqué sur cette phrase, un simple
SOS aurait suffit à ce que le vieux morse comprenne la situation. Pas rationnel mais l'histoire dans laquelle
je me trouve, ne l'est pas non plus, donc...
Je continue et là, sans doute poussé par la peur, je sens un truc comme si j'avais reçu une notification du
style : « message envoyé ». Et instantanément, une réponse fulgurante qui va avec :
« Reste calme... Baisse la tête !... ».

J'ouvre les yeux et là, je vois un réverbère volant identifié nous arriver sur le coin de la trogne ( l'inverse d'un
Ovni ^^ ). J'ai juste eu le temps de me baisser que voilà le matos qui nous décapote la bagnole.
Sauf que Wildren qui avait vu ma petite séance de méditation a eu le même réflexe que moi et a manqué de
se faire décapiter lui aussi...
Un fracas de tous les diables dans la rue puis un silence pesant. Quelques cliquetis de morceaux de parebrise tombants encore au sol, nous indiquent qu'on est encore vivant. Certains lampadaires clignotent dans
une gerbe électrifiée. Et là, dans ce décor surréaliste, se tient à une vingtaine de mètres de notre
décapotable mon super Willy mais il n'est pas seul cette fois. Apparaissant petit à petit dans son dos, sortant
de la pénombre et des immeubles environnants, une horde d'individus qui s'invitent dans la discussion.
Ma parole, ils ressemblent étrangement à des...
Zombies... ?!
Je me tourne vers Paulo et je lui dis :


« J'espère que vous avez votre flingue sur vous et que la caisse peut démarrer ?
Va vraiment falloir se bouger les miches, si vous voyez ce que je veux dire ? »

Pas de réponse, je le secoue comme un prunier et lui gueule dessus :


« Allo la Terre ? Ici Houston, On a un problème ! Oh ! Vous allez bouger vot'cul à la fin ?
Faut qu'on s'tire d'ici et vite, si vous voulez pas finir mâchouillé ! »



« Euh... Ouais ! Accrochez-vous, ça va valser ! »

Me répondit-il, sorti de sa torpeur.
Il redémarre la bagnole, qui a dû avoir autant les chocottes que nous, passe la marche arrière et écrase la
pédale d'accélération. Demi-tour dans un crissement de pneus et nous nous échappâmes sous le regard du
rassemblement de putréfiés...
En y repensant, ils étaient où nos chers gardiens de la paix avec leur LBD ? Y avait moyen de faire un gros
carton dans tout cette bouillie... Y avait clairement un trouble à l'ordre de confinement publique là !
Je pense qu'après cette pandémie, y en a certains qui vont chier mou quand il va falloir rendre des comptes,
et je parle pas des flics en générale mais de certains connards et de leurs donneurs d'ordres...
Nous voilà de retour au point de départ : chez ouam !
Chapeau melon donna quelques ordres à Botte de cuir, qui a littéralement blanchi d'un coup quand il apprit
la nouvelle. Encore un qui aurait préféré rester confiné chez lui plutôt que de rester là planté comme un
figuier. Son souhait va être exaucé !
Cellule de crise dans mon appart' : Wildren s'entretient avec plusieurs hauts-gradés de la police, ordonnant
de faire évacuer l'immeuble le plus rapidement possible, c'est à dire pas plus tard qu'avant hier ! Le ton est
grave, les directives sont claires et précises et en un éclair, plus un seul Playmobil dans mon salon
luxuriant !
Ça va chier des bulles ! Tout n'est pas perdu, je vais pouvoir me confectionner un stock de PQ en allant
chez mes voisins !
Direction le frigidaire, avant toute réflexion, une bonne bière pour se redonner du courage.
On se regarde Paul et moi. Je sens bien qu'il flippe et qu'il se contient. Je décide de sortir ma tente, il pourra
dormir dedans. Y a pas moyen qui prenne mon plumard.

Et puis quoi encore, j'ai pas envie d'y retrouver des puces.
Faut pas déconner !
Je nous prépare un plat de pâtes, histoire d'avoir quelque chose dans le ventre autre que du houblon et
nous voilà assis en tailleur autour de ma table basse comme deux adolescents attardés.
Hé ben, si on m'avait dit qu'un jour je partagerai mon repas avec un inspecteur en chef, je me serai, sans
doute, coupé une guitare...
Ce diner improvisé terminé, je décide de regarder par la fenêtre pour évaluer notre situation. Stupeur ! Je
vois dans la rue mon William Saurin me faire coucou d'un signe de la main et derrière lui, ses nouveaux
amis qui grognent à qui mieux mieux. ( Laisse Miou-Miou en dehors de tout ça. )
La vision d'horreur, un monticule de cassoulet se trainant sur le trottoir.
Widren posa sa main sur mon épaule tout en admirant le spectacle et me dit d'une voix grave :


« Ne vous inquiétez pas, ils ne nous attaqueront pas. En tout cas, pas vous. C'est après moi qu'ils
en ont ! Vous pouvez aller vous coucher pendant que je monte la garde. Essayez de dormir et par
pitié, lâchez-moi cette bière ! Il va nous falloir être lucide quand on avisera demain... Bonne nuit... »

Je me résigne et pose la bière à peine entamée sur la table et lui répond, hagard et éreinté :


« Mouais... Bonne nuit...
J'vous laisse ma bière dans l'espoir que ça vous retire le balais qu'vous avez dans l'cul !
Dernière chose, j'ai le droit d'aller couler un bronze ou il va me falloir un justificatif de déplacement ?
»

Enfin au plumard...
Plus la force de réfléchir...
Je m'écroule et m'enfonce peu à peu dans les limbes d'un sommeil bien mérité...
J'espère que les autres lépreux vont pas me boulotter pendant que je fais le tri dans mon inconscient...




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