Filiber 29 hs 30ans.pdf


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que 22% de bons lecteurs, 35% de mauvais lecteurs et
10% de non lecteurs qui vont sortir de l’école illettrés.
Est-ce la faute du français qui est trop compliqué ? Si
on regarde les Québécois, ils sont bien au-dessus.
Pourquoi ? En 2005, ils ont lancé un plan lecture, un
plan très simple : rigueur dans les apprentissages et
bibliothèques dans les écoles. Donc, c’est quelque
chose d’atteignable. Il y a un apprentissage urgent à
faire dès la maternelle. Pour moi, c’est une inquiétude
sociétale.
Alain Berenboom : Il n’y a pas que l’école, il y a les
parents. Je viens d’une famille d’immigrés polonais
qui étaient pauvres. La seule chose que mes parents
ont emmenée avec eux, c’était des livres. Cela signifie
que j’ai toujours été entouré de livres à la maison, j’ai
toujours vu mes parents lire. C’est essentiel. Je suis
frappé quand je vais aujourd’hui chez des amis et
qu’on ne voit pas de bibliothèque. Il y a des œuvres
d’art, des bibelots, mais plus de livres, comme si on les
cachait.

livres importés de France – ndlr) qui est un vol manifeste. Ce qu’il faut dire, c’est que les gens qui n’achetaient pas de livres à 12 euros n’en achèteront pas non
plus à 11 euros. Ça ne changera absolument rien. Il
faut arrêter avec ce discours et faire autre chose. Peutêtre faire participer les entreprises privées. Lorsque
j’étais administrateur de la Foire du Livre, j’ai proposé
à une maison de luxe de sponsoriser l’événement. Ils
nous donnaient 300 000 euros, mais le CA a refusé.
Mais pourquoi pas ? Aujourd’hui, je crois qu’il faut
accepter l’aide de partout.
Simon Casterman : On a eu le même débat avec
McDonald’s. Si McDo voulait aider à faire circuler le
livre au niveau de la Fédération...
Eric-Emmanuel Schmitt : Justement, chez McDo,
les enfants ont désormais le choix entre un jouet et un
livre...
Marc Filipson : C’est génial !

Ali Serghini et Alain Berenboom

Marc Filipson : Mais c’est notre boulot aussi, en tant
que libraire ou éditeur, de donner envie de lire. C’est
mon plaisir et ma passion. Pour moi, il y a aussi la
question de pouvoir acquérir. Un mot sur le prix
unique, par exemple. Madame Gréoli s’est inspirée de
la loi Lang (instaurée en France en 1981) qui impose
aux libraires de vendre un livre à un prix identique,
avec une remise maximale de 5%. Parfait. Par contre, le
même décret impose aux libraires de faire entre 15 et
25% de ristourne aux bibliothèques et collectivités qui
viennent acheter leurs livres chez nous. Ce qui est
complètement incohérent, d’autant que l’argent avec
lequel les bibliothécaires vont acheter ces bouquins
VIENT des pouvoirs publics. Et qu’il faut savoir
qu’au-dessus d’une remise d’environ 12%, il est impossible pour un libraire de vivre de son métier.
Prenons par ailleurs la tabelle (une surtaxe sur les

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30ansfiligranes

Simon Casterman : Quand vous allez aux EtatsUnis, dans les restaurants, la première chose qu’on
donne aux enfants, ce sont des crayons de couleur et
des livres à colorier. L’horeca ferait cela en Belgique
et ce serait un pas en avant. Pour aider à intéresser les
parents, je pense qu’il faut mobiliser les entreprises et
leur dire qu’il s’agit d’un enjeu de société. S’ils veulent
des employés en béton demain, ils ont intérêt à faciliter ce combat pour la lecture.
Ali Serghini : Attention ! Associer McDo à la distribution des livres, c’est aussi leur donner une capacité
de censure en orientant le choix du livre. On ouvre
une porte dangereuse. Je crois qu’il est sain que le
pouvoir public garde cette mainmise. Si les entreprises privées viennent dans le monde du livre, il faut
pouvoir s’assurer qu’il ne s’agisse pas d’un mécénat