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3 - N°117 - OCTOBRE/NOVEmBRE 2018

Sports - Entreprises - Arrêt sur images - Saga cité - Gros plan - Agenda

Inauguration de la rue Aristide Rousaud

L’ex rue de la voie ferrée, vient
de se voir baptisée « Aristide
Rousaud » en mémoire du
célèbre sculpteur rivesaltais à
l’origine d’une fontaine
« aux 3 nymphes » qui n’a pas
fait couler que de l’eau en son
temps…

Appelée dans un premier
temps « Fontaine
Monumentale », elle prit
par la suite différentes
appellations, parfois au
gré des éditeurs de cartes
postales : « Fontaine du
Souvenir », « Fontaine
d’Amour », « Fontaine de
Jouvence » ou bien encore « Fontaine des
Nymphes »…

Inaugurée en présence d’Irène Chaillot, petite
fille de l’artiste dont le talent a forcé l’admiration
de ses maitres successifs Falguières et Rodin,
Patrick Chaumin, Grand Maitre de la Confrérie du
Babau a fait part de ses recherches sur l’artiste
rivesaltais, considéré comme l’un des Modernes.
Une belle invitation à un voyage dans le passé
pour présenter une œuvre depuis disparue.

Une œuvre
dans l’histoire…
Aux alentours de 1892, la municipalité, sous la
conduite d’Émile Parès, cherche des solutions
pour desservir la commune en eau « courante ».
Une première idée surprenante conduit à l’installation d’une pompe dans le lit de l’Agly comme en
témoigne le procès verbal de l’huissier diligenté
par le syndicat du canal d’arrosage de Claira, lésé
par cette consommation intempestive : « Le 13
juillet courant (NB :1893) la ville de Rivesaltes a
établi un barrage dans le ruisseau de Claira, en
amont du pont de Vingrau, afin de puiser des eaux
souterraines. Au moyen d’une pompe à vapeur, les
eaux de la rivière étaient amenées dans les rues
de Rivesaltes, des constatations ont été faites et
soixante dix litres d’eau étaient débitées à la
seconde ! ». Condamnée à remettre les choses en
l’état, la ville de Rivesaltes adoptera alors un projet fontinal (expression qui s’est identifiée à l’adduction d’eau potable). Il s’agissait de créer une
réserve d’eau permettant de desservir le village et
d’en approvisionner chaque maison. Cet immense
progrès fera l’envie des communes alentours.
L’eau, qui vient de Baho par gravité, passe dans
des conduites d’un mètre de large. En 1897, pour
inaugurer ces travaux, le conseil municipal décide
d’ériger une « Fontaine Monumentale » sur la promenade. Le sculpteur Aristide Rousaud, enfant
jadis de la rue de la Fontaine (devenue Ludovic
Ville), ayant rejoint la capitale, a vent du projet
et propose aussitôt ses services à la Mairie. Il réalisera un premier plâtre (d’ailleurs exposé au
Salon de Paris en mai 1898), puis son praticien
Eugène Bouillot réalisera la sculpture selon ce
modèle. Elle sera exposée au Salon du Champ de
Mars en mai 1899 et terminée à Paris le 21 août
1899. C’est le 23 octobre suivant que l’inauguration officielle du « service des eaux » de
Rivesaltes eut lieu. Mais l’eau arriva avant la fontaine ! Alors, en attendant l’œuvre d’art de
Rousaud, une copie de la fontaine de Carcassonne
y pris place, avant de déménager place de la
République à l’arrivée de la Rousaud. Dans les
années 50, les racines des arbres faisant bouger le
sol de la promenade, la fontaine devait rencontrer
des problèmes d’étanchéité et on cessa peu à peu
de la remplir. Les enfants prirent dès lors l’habitude de venir jouer dans son bassin vide. Dans les
années 60, la municipalité opta pour sa démolition et ses restes furent jetés… au bord de l’Agly.

❯ Le sculpteur
Aristide Charles Louis Rousaud, né le 7
février 1868 à Rivesaltes (rue de la
Fontaine) et mort le 12 février 1946, est
un sculpteur français, auteur de la fontaine monumentale qui trônant sur les allées
Joffre jusqu'aux années 1960. Rousaud fut
élève et chef d'atelier d'Alexandre
Falguiere (1831-1900) et ensuite praticien
de Rodin (1840-1917), deux Maitres devenus ses amis (voir également notre précédente édition sur ce sujet).

Beaucoup de personnes
pensent que le sculpteur a
symbolisé les trois cours
d’eau qui arrosent
Rivesaltes (L’Agly, la
Llobère et le Roboul) par
les 3 « Nymphes » qui
s’arrosent… C’est une
erreur. Le sculpteur a
expliqué que « la statue
du haut représente la ville
de Rivesaltes qui,
appuyée sur des grappes
de raisins, de sa main
gauche, écarte le rocher
pour laisser échapper de
l’eau… Le groupe représente des frises entrelacées avec des nuages qui
passent devant la source… ». Il a même
précisé : « J’ai mis la ville
nue parce qu’au point de
vue sculpture, c’est mieux.
Mais si elle ne plaît pas
ainsi, je la draperai… ».
Ce qui n’a pas été nécessaire.

Au dos de la fontaine, on remarquait une figure
grimaçante… Que représentait-elle donc ? La
légende disait qu’elle s’adressait aux gens de
Peyrestortes (vers qui elle était dirigée). En
effet, bien que l’essentiel de la conduite d’eau
qui l’alimentait passait sous leur territoire, ses
habitants n’ont pas voulu participer au financement des travaux et se sont dotés, pour l’occasion, de leur propre fontaine. En réalité, il serait
possible que la figure grimaçante ait été ainsi
tournée au moment de son installation… Mais
pour l’artiste « Cette tête prise dans la terre d’où
jaillit un jet d’eau », représenterait la source.

Une vue de la promenade aux alentours de 1900.
Au premier plan figure la « Fontaine
Monumentale » d’Aristide Rousaud et en second
plan, au fond, on distingue une autre statue, la
fameuse « Minerve » de Jacques Edouard
Gatteaux, inaugurée le 15 juillet 1900. Une autre
œuvre intimement liée à l’histoire de notre commune et dont nous vous conteront son insolite
parcours dans une prochaine édition…

Irène Chaillot, petite fille de l’illustre sculpteur,
dévoile aux côtés d’André Bascou le maire, la plaque
dédiée à son ailleul dans la désormais « rue Aristide
Rousaud ». Invitée par Patrick Chaumin, Grand
Commandeur de la Confrérie du Babau, qui a fait des
recherches remarquables sur le sculpteur, c’est émue
et ravie, qu’elle confie qu’à l’âge de 12 ans, les filles
du sculpteur l’entrainent voir les tapisseries de la
Manufacture des Gobelins (Paris 13). Sa vocation nait
et durant 40 ans elle devient lissier. Deux de ses
pièces ornent toujours les murs de l’Elysée et de
Matignon.

A l’emplacement de la fontaine Rousaud, sardanistes
et rivesaltais ont honoré le sculpteur en y dansant
une superbe sadarne. Alain et Irène Chaillot se sont
dit sous le charme de notre petite ville, qu’ils ne
connaissaient pas.