C'est un tout .pdf



Nom original: C'est un tout.pdfTitre: C\'est un toutAuteur: Paul Tarrou

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À tous ceux qui sont morts tués injustement par la police française et dont on connait le nom, à
tous ceux qui sont morts tués injustement par la police française et dont on ne connait pas le
nom, à tous ceux qu’elle a blessé, violenté, insulté lors des manifestations ou de contrôles
d’identités, ou dans n’importe quel cadre où elle a outrepassé ses droits,
Contre le projet de loi d’Éric Ciotti visant à interdire la prise et diffusion de vidéos sur lesquelles
apparaissent des policiers, contre les tendances du monde actuel à la précipitation, à la vanité,
au refus de la réflexion et de l’intelligence, à la militarisation, à la policisation, à l’oppression, au
mensonge.
a.
En tant qu’être humain, quels sont mes désirs les plus profonds ? On peut donner deux réponses
à cette question. La première, idéale et angélique, serait « la paix, le bonheur, le calme et le
repos ». La seconde, plus réelle, se servirait plutôt de ces mots : « le pouvoir, la force, la raison,
ma justice ». Nous sommes les témoins aujourd’hui, et allons le devenir de plus en plus, d’une
confrontation entre deux formes de pouvoir antithétiques. Celle de la police, de l’appareil politique
et économique qui l’arme et gouverne le monde contre les individus et les communautés qui
subissent la domination injuste de ces deux appareils conjoints. On comprend que c’est un
combat inéquitable que la masse des individus dominés livre à d’autres individus qui travaillent
pour les institutions créatrices et maîtres des lois qui s’appliquent soi-disant à tous et avec
lesquelles elle vont condamner ceux qu’elles auront appréhendé.
Il y a derrière ce combat le désir de vraie justice pour les morts, leur famille et surtout les vivants
et ceux à venir et d’égalité qui sera revendiqué d’autant plus violemment qu’elle se révèle être un
mythe depuis des années déjà. On ne construit pas une humanité libre et stable sans l’avoir
libérée au préalable de ses démons. À cette fin, la première étape est de nommer en toute
honnêteté les vices de l’homme et de les combattre. Ce n’est pas un travail à faire ici mais à
l’intérieur des communautés, par les membres de celles-ci qui sont oppressées ou maintenues
sous la domination d’un pouvoir extérieur de force. Certains ne se reconnaissent pas dans cette
quête, soif du pouvoir et de la domination. Ils ne sont pas ceux à qui s’adressent ce texte.
Certains souhaitent la paix, la première réponse uniquement. Malheureusement pour eux, face à
tout pouvoir conquérant, la passivité perd face à l’activité du combat et, à un certain point, de la
guerre.
Quand on prétend, comme beaucoup aujourd’hui, être révolté, conscient des abus de langage
des discours officiels politiques, médiatiques et économiques et de leurs exactions et que l’on ne
prend la parole que pour les morts américains, c’est-à-dire pour une cause moralement
incontestable, irréprochable et irrécusable puisque n’étant pas américain, on a perdu d’avance. Il
est fascinant de constater le pouvoir toujours très fort de l’aura esthétique et médiatique des
États-Unis, fascinant de constater que la réalité se vit plus facilement et clairement par la
procuration d’Internet qu’activement, quotidiennement, non enjolivée par les techniques visuelles
américaines. Il est plus facile de gagner du crédit en tant que contestataire pour des protestations
louables et s’accompagnant du prestige, du sérieux et de l’irréalité de tout ce qui entoure les
affaires américaines en France que de dénoncer les exactions, brimades, humiliations, morts que
cause la police française et ceux qui la gouvernent.
Tous les habitants de France sont concernés par la question de la violence policière et surtout les
Noirs, les Mahgrebins, les immigrants, les femmes, les manifestants, les pauvres, les clochards,

tous ceux qui, pour des raisons que je ne peux imaginer, racisme, bêtise, impuissance, sexisme,
peuvent tenir pour certain d’être un jour la cible de la violences de policiers. Dans le même texte
qui dénonce l’organisation de la police en tant que bras armé des politiques répressives des
communautés non conformes à la minorité au pouvoir il est nécessaire de souligner aussi qu’elle
est une force qui, malgré son histoire et sa fonction, est utile et nécessaire en certains cas. Il est
facile d’appeler à la mort des policiers mais il y a des cas où personne d’autre ne vous aidera
qu’eux. C’est ici que la question se complique. Être juste envers ceux qui pratiquent bien le métier
n’empêche pas de l’être avec ceux qui ne le sont pas et de dire que les véritables problèmes sont
l’impunité dont ils jouissent, la culture et les valeurs policières, le pouvoir qui se sert d’eux.
Citoyen, le policier qui harcèle, brime, frappe, casse, tue illégalement, c’est-à-dire injustement,
doit être puni pour ses actions. Pareil avec les politiciens, pareil avec les hommes d’affaire, pareil
avec tout dirigeant qui, de fait, se place au-dessus de la loi. Le problème c’est l’offense, la
contradiction flagrante au raisonnement qui affirme que « la loi est la même pour tous », maxime
qui est la cause et le fondement de notre République, en même temps que le modérateur du
consentement à l’inégalité économique. L’inégalité devant la loi est désormais prouvée de
manière si évidente que le modérateur ne joue plus son rôle. De plus, tout le monde sait
aujourd’hui que de l’inégalité économique découle toutes les autres inégalités. Enfin, tout le
monde sait aussi que la police ne travaille pas en majorité avec les gens riches mais plutôt pour
eux. Le cercle de l’inégalité profonde est bouclé et le terme injustice devient un euphémisme pour
cacher un système qui se nourrit depuis toujours des vies et du travail des moins défendables
pour assurer le luxe des plus intouchables. Toutes les époques ont dû en être conscientes, la
nôtre tente actuellement de s’emparer frontalement du problème. Dire ceci n’empêche pas non
plus de dire que la majorité des policiers est violente, raciste et tend vers l’extrême-droite chaque
année un peu plus. Il n’y a d’ailleurs rien dans le métier qui enjoigne à pencher vers les idées dites
de gauche comme quand elles ne sont qu’humaines, réalistes et étayées par une montagne de
faits, vidéos et enquêtes.
Il faut être solidaire de chaque personne broyée par un enchaînement d’évènements, de
circonstances, de préjugés et faiblesses historiques s’achevant dans les mains d’un agent de
l’ordre public hiérarchique inconscient des mécanismes qui agissent à son insu dans son
jugement et ses actions. Qu’il soit policier, juge, banquier, fonctionnaire administratif, directeur
d’entreprise, qu’importe. C’est un tout qu’il faut accuser, un tout à qui il faut s’en prendre, celui du
monde moderne tel qu’il nous est demandé de ne pas le remettre en question, de ne pas le
critiquer. Ressentir de la colère ne doit pas empêcher de l’étayer par la pensée et la patience, la
réflexion et l’application à soi-même et à ses proches des principes que la colère nous révèle. Je
crois qu’il vaut la peine, en même temps que de s’attaquer qu’aux symptômes, quand on traite
une maladie, de courir après son origine et, en priorité, de cibler celle-ci.
Crier et attaquer sont des actions commune à tous les animaux. Construire un système
suffisament intelligent et sensible pour intégrer à la fois l’empathie afin de protéger autrui et la
force afin de se protéger lui-même n’est possible qu’à l’être humain. Se prétendre écologiste,
comme la majorité d’entre nous le fait, ou au moins conscient des destructions naturelles causées
par mes propres besoins et désirs matériels et simultanément ne penser qu’à l’annihilation des
structures sociales sans anticiper les conséquences de cette destruction est une contradiction
lourde de conséquences. Se précipiter vers la vengeance laisse plus qu’on ne le croit la porte
ouverte à une riposte que l’on payera longtemps car on ne s’y sera pas préparé. Ce ne sont pas à

la temporisation ou à l’oubli que ce texte appelle mais à une reflexion individuelle et collective
quant à ce qui remplacera le système actuel, à une maitrise des pulsions instinctives de
destruction et de violences qui mènent, nous l’avons tous vu, durant des évènements comme les
manifestations, à des personnes en frappant d’autres car elles ne partagent pas leurs idées.
Combattre un ennemi ne peut se faire en adoptant la même brutalité et stupidité que lui, car les
mêmes moyens aboutissent aux mêmes fins.
Il me semble que, malgré tout, beaucoup, y compris moi, sont en contradiction permanente entre
leurs idées et leurs actes. Peut-être est-ce même la définition première de tout révolté, quel que
soit son degré de révolte, jusqu’à ce qu’il ait abouti dans ses combats et instauré le monde qu’il
désire car quel qu’il soit il est enfant de l’organisation qu’il combat. La pluralité et la diversité des
fronts sur lesquels il faudrait mener une dure bataille à mort est la cause cette contradiction. La
lutte écologiste est incompatible, dans les termes et les faits et si l’on compte être intègre, avec
l’utilisation massive d’internet et de la vidéo comme moyen de diffusion des idées progressistes
politiques et économiques. Notre nourriture, nos vêtements, nos véhicules mêmes sont en
contradiction avec nos idées. Combien d’entre nous sont prêts à assumer entièrement les
conséquences logiques et morales de nos révoltes ? Aujourd’hui, une infime portion mais demain
certainement plus et après-demain plus encore. Il est logique et juste aujourd’hui de commencer
par s’en prendre à la police, mais il faut tenir compte que derrière les hommes en bleu se tiennent
des hommes en costumes possédant un arsenal répressif bien plus complet que les poings, les
balles et les insultes d’un policier.
b.
Qu’on prenne parti, fait et cause pour les oppressés, c’est naturel. Qu’on se précipite à céder
manifestement sa raison personnelle pour suivre un mouvement qui comble notre sensation de
manque de sens et de repères stables, c’est une faute personnelle. Il y a, autant dans le
mouvement contestataire que dans le conservateur, des moutons et des idiots qui ne cherchent
qu’à combler leurs manques et des figures individuelles qui ne cherchent que leur propre lumière.
Qu’on se révolte pour la belle attitude que cela donne alors qu’on ne sait ni ce que l’on dit ni ce
que l’on fait, qu’on a pas conscience de l’origine ni de la réalité de ce dont on parle, qu’on se
révolte sur Internet et qu’on parle rapidement sans réflechir sont des actes dérisoires, nocifs et à
contre-coup. Se révolter contre la police signifie se révolter contre les ordres qu’elle reçoit, la
manière dont elle est structurée, son histoire, à qui elle répond, de quel système idéologique, de
quelles valeurs elle est tirée. Cela c’est attaquer la racine. L’intelligence et l’information
constituent à ce titre les richesses les plus précieuses d’une révolte. Tirer à l’aveugle ne permet
pas de tuer son adversaire, tout au mieux de le blesser. Qui veut se dire révolutionnaire,
anarchiste, antifa ou simplement contestataire se devrait de comprendre le réseau de relations
entre les institutions et qu’elles forment un tout qui se renouvelle chaque jour et accouche du
monde tel qu’il est chaque jour à nouveau ; un tout qui se découvre chaque jour à un nouvel
endroit, contrôlant chaque jour de nouveaux secteurs, formant chaque jour de nouvelles alliances.
Qu’on prenne pour exemple Black Rock, Vanguard, les conglomérats médiatiques, les entreprises
énergétiques, les mafias, etc.
D’un côté, le premier sujet à étudier, la police, la justice, les politiciens, les médias, les banques,
les fonds d’investissement, les grandes entreprises, bref le tissu des alliances et sujetions entre
ceux qui gouvernent le monde, entre absolument tous les groupes qui ont un intérêt à la
préservation de l’ordre social et économique actuel. De l’autre, la police uniquement, les

composantes sociologiques de la police, l’humour policier, les valeurs viriles et masculinistes
niant l’importance des sentiments et instituant comme faible toute personne ne prenant pas sur
soi les conditions du monde tel qu’il est aujourd’hui, rêvant un tant soit peu à une autre
organisation sociale. Les plus petites choses font les plus grandes et la peur d’être ridicule ou de
ne plus être le meilleur devant les collègues emmène les plus faibles mentalement au meurtre et
aux humiliations, surtout dans un cadre où les policiers sont encouragés à la violence par leurs
collègues et leur hiérarchie. L’exemple le plus flagrant et médiatique de cet amour de la simplicité
apparente de la force en France étant le préfet de Police de Paris, Didier Lallement. Le métier qu’il
exerce change un homme irrémédiablement. Est-il si difficile de comprendre et d’admettre que les
conditions violentes de travail inhérentes à celui de policier transforment un homme moyen en
machine à frapper et soupçonner, en homme traumatisé par ce qu’il voit tous les jours et ce qu’il
doit faire pour répondre à cette violence dont il a l’impression d’être le seul témoin et barrage ?
Il ne faut croire personne stupide, il vaut largement mieux essayer de comprendre les mécanismes
mentaux et sentimentaux à l’oeuvre en réaction face au quotidien. De même que celui qui voit la
police s’acharner sur lui et ses proches en vient à haïr la police, la police en vient à haïr ceux qui
l’accablent quotidiennement. Les deux sont obligés de créér une barrière pour simplifier les
choses, pour ôter à celui d’en face toute humanité, abdiquant ainsi leur raison, leur coeur et
toutes chances d’amélioration des rapports. La colère que le policier suscite naturellement en
ceux qu’il interpelle et violente le braque et il en vient à haïr tout le monde puisque tout le monde
déteste la police. Le pas est infiniment plus facile à franchir qu’on ne l’imagine. J’ai travaillé dans
la restauration. Le racisme, la condescendance, la bêtise y sont des outils presque instinctifs
utilisés pour contrer l’image de serviteur que certains finissent par avoir d’eux. Le plus bas placé
trouvera toujours un plus bas que lui sur qui taper pour se faire valoir. Moqué, insulté, menacé,
tenant à son honneur comme à sa dernière possession, il est facile pour le policier de basculer
dans la violence et le racisme. Or, ne pouvant pas demander à un être humain d’être plus qu’un
être humain, c’est en dernier rapport celui qui a créé la situation et qui a le pouvoir effectif de la
changer, parce qu’il est le plus fort, qui est en tort : les pouvoir publics et, dans une moindre
mesure mais parce que l’un ne marche pas sans l’autre, les pouvoirs privés, compagnies
d’armement, de renseignement, d’informatique.
C’est la mission que le pouvoir assigne aux policiers et l’impunité dont ils bénéficient quand ils
dépassent ses bornes qui créent la situation actuelle. Ce même pouvoir sait que c’est une
mission ingrate qui les transforme en témoins et acteurs exclusifs de la violence quotidienne, en
petits soldats chargés de balayer derrière les décennies d’échec des politiques publiques
racistes, élitistes, bourgeoises, et qu’il doit tout faire pour choyer ses soldats. L’une des
caractéristiques du pouvoir étant de plier les lois, elle est utilisée afin d’apaiser et de créer le
sentiment de connivence nécessaire pour assurer l’identification des policiers avec ceux qu’ils
protègent et donc la stabilité émotionnelle de la force de protection.
La possibilité du changement de l’ordre politique et économique est donc, par essence, une
menace à la police entière qui, même si elle en est inconsciente ou veut faire croire qu’elle l’est,
sait que ses agissements sont illégaux. Citoyens à la fois obéissant et n’obéissant pas aux
mêmes lois, ils la transgressent autant que les criminels qu’ils pourchassent, et plus car ils sont
censés, ceci étant présenté comme programme et justification de leur métier, protéger les
citoyens. En réalité, ils protègent les lois, donc le groupe de ceux qui les édictent. Comment
vouloir, dès lors, qu’ils les respectent et ne s’y croient pas supérieurs ? On a vu en France un

policier hors-service tirer sur un homme avec son arme car il mettait la musique trop forte. Tout le
monde sait aujourd’hui que c’est un problème trop étendu qu’il faut adresser et résoudre mais
rien ne bouge, et nous avons vu pourquoi.
Qu’on ne s’y trompe pas toutefois, chercher à comprendre n’est ni excuse ni cautionner. C’est
créer une grille de lecture morale qui permette à chacun d’y voir plus clair dans le brouillard des
évènements et de séparer justement les mutiples forces en présence. Si l’on combat un ennemi,
que l’on se prétend juste (et il y a une justice objective, celle qui vise à l’élévation intellectuelle,
morale et sentimentale de tous) et que l’on veut véritablement le battre, on doit s’en démarquer
en tout et surtout dans les moeurs et les valeurs. Comprendre, c’est aussi construire une analyse
qui servira lorsqu’il sera temps de construire un mode de vie différent. Le problème est que nous
avons reçu de nos ancêtres une société basée sur les principes punitifs plutôt que sur les
principes éducatifs. Dans cette optique fantasmatique, paranoïaque et simpliste, l’image
classique du policier sauvant le citoyen français du criminel est recevable. Il punit, et avec lui
l’insoupçonnable loi punit l’atroce déviant qui menace l’unité du groupe. Les prémices de cet
argument sont faux. Le criminel est présenté comme ayant le choix de son crime mais c’est un
fait que la misère plus que la richesse poussent au crime, que l’éducation permet de dissoudre la
gangue d’un cerveau humain piégé dans ses réflexes, que les soit-disant petites choses comme
l’estime de soi, l’amour reçu, l’entourage, l’architecture du quartier dans lequel on grandit, de son
immeuble, sa maison, les commerces qu’on y trouve, bref, tout ce qui fait la vie quotidienne est
exactement ce qui construit le sens d’une vie. Ce qui se vit pendant l’enfance se prolonge tout au
long de la vie adulte. Comment et pourquoi un individu devient policier et un autre criminel, cela
on ne le dit pas.

c.
La police est le produit nocif le plus visible de l’ordre social moderne et il faut être conscient des
autres abus et les enchâsser dans le combat vers le but d’une vie juste et ample pour chacun.
Parmi ces abus révoltants : l’agriculture et l’élevage intensifs, les pesticides et autres intrants
chimiques rejetons des gazs militaires de la Première guerre mondiale et des gazs d’erradication
nazis de la Seconde, l’étranglement des agriculteurs, métier au plus haut taux de suicide ;
l’industrie textile et l’industrie technologique qui jouent sur les défauts humain, l’amour de la
facilité en particulier, et exploitent les peuples moins puissants que les occidentaux pour
manufacturer les produit qui iront faire prisonner des millions de jeunes esprits que l’on devrait
former à être indépendants plutôt qu’abrutis ; les mafias, gangs et criminalités organisées qui
échangent avec les gouvernements et les entreprises leurs techniques de domination ; la justice,
les lois, les prisons, dont la matière première du travail est tous ceux dont la naissance a présidé
au destin, dont les crimes sont si variés et requièrent des réponses si différentes ; tant d’autres
domaines et acteurs encore où les efforts sont, consciemment ou non, orientés vers la
suppression du droit de jouir de la vie en êtres humains, c’est-à-dire en tant qu’êtres matériels
autant que spirituels et sentimentaux. Au nom de la conservation et même de l’extension d’un
mode de pensée dominateur, sexiste, raciste, colonialiste, paternalisant, mensonger, on nous
refuse de vivre dans le cadre terrestre le mieux adapté et l’on considère cette demande comme
une offence.
C’est l’organisation du monde en tant que clans, familles et mafias protégeant leur gain et
inatteignables à l’empathie et à l’humanité qui a produit les corps policiers. C’est le réflexe

primate de l’exclusion de l’inconnu, de la peur de perdre des biens, des possessions ; c’est la
conscience d’avoir tort, d’être peu et la peur de se le voir rappelé par la force et la violence. Les
corps policiers sont la preuve que le pouvoir se sait illégitime. La preuve qu’il craint ses
opposants. Le traumatisme primordial de notre société c’est le système des valeurs virilistes et
masculines, héritier de celles qui étaient nécessaires pour vaincre à la guerre à une époque où on
ne pouvait envisager de vivre sans elle. Nous sommes les héritiers d’une somme infinie de
traumas historiques mondiaux, de conflits, de spoliations, de meurtres, de vols, de viols, de
mensonges, de distorsions de la réalité qui ont menés au contexte international moderne. Nous
sommes les enfants d’une histoire qui se répète. Je crains que, comme on l’a vu dans le passé
avec la Révolution Française, avec les forces grecques (EAM-ELAS) et françaises et autres de
résistance, une minorité politique ou un pouvoir déjà établi ne tente à nouveau de châpeauter ou
récupérer le pouvoir une fois que les individus auront détrôné le précédent et créér un terrain
d’expression politique neuf. C’est au titre de cette crainte qu’il faut chercher et trouver ceux qui se
cachent derrière l’écran médiatique qu’ils déploient, ceux qui bénéficieraient d’un telle
évènement. Car la politique n’est plus aussi puissante qu’elle le semble, les forces de l’économie
et de la technologie la dépassent de loin. Ce n’est pas seulement les états qui cherchent à
étendre le contrôle policier, c’est aussi les compagnies privées de technologie et d’armement qui
poussent à la vente et à l’achat de logiciels de reconnaissance faciale (qui, ironiquement,
fonctionnent mal sur les Noirs), c’est tout un système qui converge vers le même but : le contrôle
des individus et pour quel but ? Je crois que c’est pour le simple désir du contrôle total.
Les justes colères actuelles ne doivent pas faire perdre la raison, au risque, s’il devait vraiment y
avoir un évènement qui amènerait un changement d'ordre salutaire, qu’il soit récupéré par un
groupe avide de pouvoir et plus aguerri aux techniques de manipulation de masse et de
communication. C’est surtout sur le terrain du jugement esthétique superficiel de l’image que se
jouera l'ultime combat de l’adhésion populaire : qui aura l’air d’être le meilleur ? La qualité inédite
de notre société, internet et l’utilisation massive de la vidéo (et de la photographie dans
unemoindre mesure qu’auparavant), est aussi son défaut, aussi grave qu’il est inédit. Un groupe
déterminé nous embarquerait une fois de plus dans un système oligarchique, répressif et
meurtrier, d’autant plus léthal et légal qu’il serait un nouveau pouvoir qui a tout à instaurer et qu'il
y aura été amené en apparence par la volonté populaire. Le désir de vengeance ne doit pas nous
mener à la facilité de mimer les révoltes et révolutions passées car laquelle d’entre elles a su
véritablement mener une société à une organisation sociale prospère et stable ? Laquelle d’entre
elle n’a pas été rasée par les armes ou pire, par l’économie ? Il est rassurant et satisfaisant d’être
unilatéralement contre tous les policiers et d’appeler à leur mort mais cela ne résoud absolument
rien. Le meurtre et la violence sont les créateurs des problèmes de notre société, ils n’en seront
pas les sauveurs.
Toutefois, les émeutes et les destructions font autant partie de l’ordre immuable des expressions
de colère que leur pendant intellectuel. Aucun des deux ne doit être dénigré ni sous-estimé si l'on
veut un jour voir un monde où chacun puisse décider de son sort en toute conscience, monde
qui, si la volonté y était, existerait bien vite. Il ne manque que les circonstances, une conjonction
d’au moins deux facteurs inattendus pour amener les conditions propices au succès d’une
révolte. Comme on le répète souvent, les pays du monde n’ont jamais été si connectés. Mais par
quoi ? La solidarité entre les êtres humains ? Le respect des droits de l’homme ? L’éducation
gratuite pour tous ? Non, par les mêmes liens économiques qui tiennent aujourd’hui derrière les
rangs de la police.

Qui a subi des violences cherche à en infliger. Qui a mal veut qu’autrui ait mal avec lui. Qui souffre
ressent partout l’injustice de sa souffrance : « pourquoi moi et pas lui qui, au fond, est pareil que
moi ? ». Ces traumatismes non guéris trouvent aujourd’hui leur exutoire dans le personnage le
plus facilement accessible à la colère populaire, celui dont le rôle a été créé exactement pour la
situation présente, le policier, le milicien, le citoyen qui endorse un rôle de punisseur des autres
citoyens pour son propre compte et pour celui des gouvernants. Comme toutes les grandes
choses, le changement de l’ordre dans lequel on vit ne tient qu’à de petites conditions et je crois
qu’elles ne tarderont pas à apparaitre dans l’ordre qui permet de provoquer une chute.
Toute la question devient de savoir si nous serons capable de nous saisir du moment qui viendra
ensuite ou si nous, les peuples, les individus, en serons dépossédé, et de pire manière
qu’aujourd’hui. Pour bien comprendre les enjeux de ces questions politiques, il faut se débarasser
des idéaux et des grandes causes : l’amour, la famille, l’art, la nature, l’éducation, la musique, la
nourriture, le sommeil, le sexe, tout ce qui constitue la vie quotidienne, tout ce qui élève l’humain
dans le respect de la et de sa nature, c’est à cela que l’on doit viser. La qualité de la vie et de ses
composantes doit être notre seul but. Les êtres humains sont à une étape critique et sensible de
leur histoire où nous nous devons de collectivement réfléchir à notre intérêt, la vie en commun,
par tous les biais possibles. Les initiatives françaises que sont le collectif Justice pour Adama,
Urgence ! Notre Police Assassine, et autres sont aux avant-garde de la question. Le reste de la
société doit se préparer et se représenter.
Paul Tarrou


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