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composantes sociologiques de la police, l’humour policier, les valeurs viriles et masculinistes
niant l’importance des sentiments et instituant comme faible toute personne ne prenant pas sur
soi les conditions du monde tel qu’il est aujourd’hui, rêvant un tant soit peu à une autre
organisation sociale. Les plus petites choses font les plus grandes et la peur d’être ridicule ou de
ne plus être le meilleur devant les collègues emmène les plus faibles mentalement au meurtre et
aux humiliations, surtout dans un cadre où les policiers sont encouragés à la violence par leurs
collègues et leur hiérarchie. L’exemple le plus flagrant et médiatique de cet amour de la simplicité
apparente de la force en France étant le préfet de Police de Paris, Didier Lallement. Le métier qu’il
exerce change un homme irrémédiablement. Est-il si difficile de comprendre et d’admettre que les
conditions violentes de travail inhérentes à celui de policier transforment un homme moyen en
machine à frapper et soupçonner, en homme traumatisé par ce qu’il voit tous les jours et ce qu’il
doit faire pour répondre à cette violence dont il a l’impression d’être le seul témoin et barrage ?
Il ne faut croire personne stupide, il vaut largement mieux essayer de comprendre les mécanismes
mentaux et sentimentaux à l’oeuvre en réaction face au quotidien. De même que celui qui voit la
police s’acharner sur lui et ses proches en vient à haïr la police, la police en vient à haïr ceux qui
l’accablent quotidiennement. Les deux sont obligés de créér une barrière pour simplifier les
choses, pour ôter à celui d’en face toute humanité, abdiquant ainsi leur raison, leur coeur et
toutes chances d’amélioration des rapports. La colère que le policier suscite naturellement en
ceux qu’il interpelle et violente le braque et il en vient à haïr tout le monde puisque tout le monde
déteste la police. Le pas est infiniment plus facile à franchir qu’on ne l’imagine. J’ai travaillé dans
la restauration. Le racisme, la condescendance, la bêtise y sont des outils presque instinctifs
utilisés pour contrer l’image de serviteur que certains finissent par avoir d’eux. Le plus bas placé
trouvera toujours un plus bas que lui sur qui taper pour se faire valoir. Moqué, insulté, menacé,
tenant à son honneur comme à sa dernière possession, il est facile pour le policier de basculer
dans la violence et le racisme. Or, ne pouvant pas demander à un être humain d’être plus qu’un
être humain, c’est en dernier rapport celui qui a créé la situation et qui a le pouvoir effectif de la
changer, parce qu’il est le plus fort, qui est en tort : les pouvoir publics et, dans une moindre
mesure mais parce que l’un ne marche pas sans l’autre, les pouvoirs privés, compagnies
d’armement, de renseignement, d’informatique.
C’est la mission que le pouvoir assigne aux policiers et l’impunité dont ils bénéficient quand ils
dépassent ses bornes qui créent la situation actuelle. Ce même pouvoir sait que c’est une
mission ingrate qui les transforme en témoins et acteurs exclusifs de la violence quotidienne, en
petits soldats chargés de balayer derrière les décennies d’échec des politiques publiques
racistes, élitistes, bourgeoises, et qu’il doit tout faire pour choyer ses soldats. L’une des
caractéristiques du pouvoir étant de plier les lois, elle est utilisée afin d’apaiser et de créer le
sentiment de connivence nécessaire pour assurer l’identification des policiers avec ceux qu’ils
protègent et donc la stabilité émotionnelle de la force de protection.
La possibilité du changement de l’ordre politique et économique est donc, par essence, une
menace à la police entière qui, même si elle en est inconsciente ou veut faire croire qu’elle l’est,
sait que ses agissements sont illégaux. Citoyens à la fois obéissant et n’obéissant pas aux
mêmes lois, ils la transgressent autant que les criminels qu’ils pourchassent, et plus car ils sont
censés, ceci étant présenté comme programme et justification de leur métier, protéger les
citoyens. En réalité, ils protègent les lois, donc le groupe de ceux qui les édictent. Comment
vouloir, dès lors, qu’ils les respectent et ne s’y croient pas supérieurs ? On a vu en France un