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primate de l’exclusion de l’inconnu, de la peur de perdre des biens, des possessions ; c’est la
conscience d’avoir tort, d’être peu et la peur de se le voir rappelé par la force et la violence. Les
corps policiers sont la preuve que le pouvoir se sait illégitime. La preuve qu’il craint ses
opposants. Le traumatisme primordial de notre société c’est le système des valeurs virilistes et
masculines, héritier de celles qui étaient nécessaires pour vaincre à la guerre à une époque où on
ne pouvait envisager de vivre sans elle. Nous sommes les héritiers d’une somme infinie de
traumas historiques mondiaux, de conflits, de spoliations, de meurtres, de vols, de viols, de
mensonges, de distorsions de la réalité qui ont menés au contexte international moderne. Nous
sommes les enfants d’une histoire qui se répète. Je crains que, comme on l’a vu dans le passé
avec la Révolution Française, avec les forces grecques (EAM-ELAS) et françaises et autres de
résistance, une minorité politique ou un pouvoir déjà établi ne tente à nouveau de châpeauter ou
récupérer le pouvoir une fois que les individus auront détrôné le précédent et créér un terrain
d’expression politique neuf. C’est au titre de cette crainte qu’il faut chercher et trouver ceux qui se
cachent derrière l’écran médiatique qu’ils déploient, ceux qui bénéficieraient d’un telle
évènement. Car la politique n’est plus aussi puissante qu’elle le semble, les forces de l’économie
et de la technologie la dépassent de loin. Ce n’est pas seulement les états qui cherchent à
étendre le contrôle policier, c’est aussi les compagnies privées de technologie et d’armement qui
poussent à la vente et à l’achat de logiciels de reconnaissance faciale (qui, ironiquement,
fonctionnent mal sur les Noirs), c’est tout un système qui converge vers le même but : le contrôle
des individus et pour quel but ? Je crois que c’est pour le simple désir du contrôle total.
Les justes colères actuelles ne doivent pas faire perdre la raison, au risque, s’il devait vraiment y
avoir un évènement qui amènerait un changement d'ordre salutaire, qu’il soit récupéré par un
groupe avide de pouvoir et plus aguerri aux techniques de manipulation de masse et de
communication. C’est surtout sur le terrain du jugement esthétique superficiel de l’image que se
jouera l'ultime combat de l’adhésion populaire : qui aura l’air d’être le meilleur ? La qualité inédite
de notre société, internet et l’utilisation massive de la vidéo (et de la photographie dans
unemoindre mesure qu’auparavant), est aussi son défaut, aussi grave qu’il est inédit. Un groupe
déterminé nous embarquerait une fois de plus dans un système oligarchique, répressif et
meurtrier, d’autant plus léthal et légal qu’il serait un nouveau pouvoir qui a tout à instaurer et qu'il
y aura été amené en apparence par la volonté populaire. Le désir de vengeance ne doit pas nous
mener à la facilité de mimer les révoltes et révolutions passées car laquelle d’entre elles a su
véritablement mener une société à une organisation sociale prospère et stable ? Laquelle d’entre
elle n’a pas été rasée par les armes ou pire, par l’économie ? Il est rassurant et satisfaisant d’être
unilatéralement contre tous les policiers et d’appeler à leur mort mais cela ne résoud absolument
rien. Le meurtre et la violence sont les créateurs des problèmes de notre société, ils n’en seront
pas les sauveurs.
Toutefois, les émeutes et les destructions font autant partie de l’ordre immuable des expressions
de colère que leur pendant intellectuel. Aucun des deux ne doit être dénigré ni sous-estimé si l'on
veut un jour voir un monde où chacun puisse décider de son sort en toute conscience, monde
qui, si la volonté y était, existerait bien vite. Il ne manque que les circonstances, une conjonction
d’au moins deux facteurs inattendus pour amener les conditions propices au succès d’une
révolte. Comme on le répète souvent, les pays du monde n’ont jamais été si connectés. Mais par
quoi ? La solidarité entre les êtres humains ? Le respect des droits de l’homme ? L’éducation
gratuite pour tous ? Non, par les mêmes liens économiques qui tiennent aujourd’hui derrière les
rangs de la police.