Les satires de Juvénal .pdf



Nom original: Les satires de Juvénal.pdfTitre: DANIELEWSKI Mark ZAuteur: André Durand

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AICL
Association
Internationale
de la Critique Littéraire

Les Eaux vives
JUILLET
2016
n°4


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© Illustration de couverture : Enán Burgos, Rapacious, 71 x 90 cm,
technique mixte sur toile, 2012
ISBN-13 : 978-1535267014 / ISBN-10 : 1535267011
ISSN : 2493-3465

Les
Eaux vives
JUILLET
2016

Les Satires de Juvénal
Je dédie cet article – d’abord traduit
en grec par Katherina Valetas et publié
dans la revue Αιολικα Γραμματα
(Lettres Éoliennes), Callithea (Grèce),
éd. Costas Valetas, 2010, p. 75-78 – à
Léon Nadjo, mon ancien Professeur de
littérature latine (Université FrançoisRabelais de Tours) dont la disparition,
survenue le 10 mai 2005, m’émeut encore profondément.

1. Aux sources du genre satirique
Il existe en Italie une tradition satirique autonome apparue à la fin du IIIe siècle avant notre ère. Le genre trouve un
champ d’action propre à Rome grâce à Ennius, Pacuvius,
Lucilius, Varron, Horace, Pétrone, Perse et Juvénal qui est
l’héritier des sept auteurs qui l’ont précédé.
Les Saturae de Juvénal suscitent un certain nombre de
questionnements comme le but recherché par l’auteur latin
ou le sens du mot « satire ». Ses écrits possèdent-ils une
structure ? Est-il misogyne, conservateur ou encore antisémite ? A-t-il influencé la littérature ?
Diomède, dans son Ars grammatica, montre que la tradition satirique latine comporte deux tendances.
Il y a d’abord la satire ancienne qui date d’avant Lucilius. Il la définit comme « un poème consistant en poésies
variées, tel qu’en ont écrit Ennius et Pacuvius »1. Le grammairien éclaire la valeur du mot selon plusieurs emplois :
1

Traduction du latin par Léon Nadjo, « Influence de la Grèce et de
Rome sur l’Occident moderne », in Caesarodunum XX bis, Paris, Les
Belles Lettres, 1977, p. 150.
49

dans la langue culinaire, le terme désigne une « macédoine », un « pot-pourri fait de mille ingrédients » ; dans la
langue religieuse, la satura lanx désigne un plat composé de
diverses récoltes donné en offrande aux dieux lors de certains sacrifices ; dans le langage juridique, il désigne une
« loi faite d’articles divers mais présentés sous un même
titre » ; dans le langage courant, le syntagme per saturam,
« pêle-mêle », traduit l’idée de diversité2. Ce mot connaît
aussi une application littéraire pour désigner, avant Lucilius,
un genre littéraire fondé sur l’hétérogénéité, la diversité, la
disparité, dans les thèmes, les tons, les mètres, la prose et le
vers.
Il y a ensuite la satire moderne qui, depuis Lucilius, devient un carmen maledicum, un poème médisant tourné en
vengeance publique, tout en conservant son caractère fondamental. Des auteurs comme Varron, Pétrone, Horace,
Perse ou Juvénal portent de sérieuses attaques dans leurs
Satires. Mais elles ne sont pas que médisantes ; elles sont en
même temps morales donc tournées en une leçon. Le côté
bigarré originel de la satire est conservé par la présence de
ces deux tendances, la médisance et la morale, inégalement
présentes en fonction de la personnalité de l’auteur satirique, des raisons politiques et sociologiques3.
2. Les différents thèmes abordés
Quant à Juvénal, terrible poète et féroce témoin de la
réalité contemporaine de l’Antiquité romaine classique, il
présente un corpus de renseignements sur la vie de la Rome
antique. C’est néanmoins un auteur difficile dans la mesure
2

Pierre DE LABRIOLLE, Les Satires de Juvénal, Paris, Mellottée, s.d.,
p. 17-18.
3
Voir l’article de Léon NADJO, « Influence de la Grèce et de Rome sur
l’Occident moderne », op. cit., p. 149-162.
50

où ses allusions mythologiques ou historiques évoquent
peu. Les noms propres qu’il cite appartiennent à des personnages souvent inconnus voire fictifs, en sorte qu’ils deviennent les représentants de groupes réduits à des personnages caricaturaux. Il dévoile l’envers du décor. Juvénal est
un photographe et un peintre de la plume. Il se rit ou s’irrite
devant les mœurs romaines4.
Seize satires à travers lesquelles Juvénal s’est mis en
tête de dénoncer les mœurs abominables de Rome, mais pas
au point de s’exposer à brûler vif sur une croix ou à se faire
dévorer tout cru par d’affamés animaux dans une arène. Il
ne s’en prend donc qu’aux disparus qui ne peuvent revenir
d’outre-tombe châtier le poète. En clouant au pilori des
monstres édentés, en jetant son venin à retardement, il fait
preuve de prudence et ses actions n’induisent qu’un courage
rétrospectif. Ses satires se présentent sous la forme de réquisitoires, sortes de discours par lesquels il critique, attaque, dénonce des fautes ou des torts, analyse le bien ou le
mal sur des sujets divers.
La Satire I concerne « La mission de Juvénal », la II
« Le comportement des hommes à Rome », la III « La vie
citadine à Rome », la IV « La politique domitienne », la V
« Le clientélisme parasitaire », la VI « Le comportement des
femmes à Rome », la VII « La décadence des professions libérales », la VIII « La noblesse de sang et le mérite personnel », la IX « Les mignons », la X « Les prières
aux dieux », la XI « Le luxe de la table chez les riches », la
XII « L’amitié », la XIII « Les sanctions contre les fautes »,
la XIV « L’éducation parentale », la XV « La religion égyptienne et la cruauté du fanatisme », et la XVI concerne « La
Lire l’article d’Émile HENRIOT, « Juvénal », in Les Quarts d’heures
littéraires, s.l.n.d.
4

51

carrière militaire ». Juvénal avait disposé ses satires en cinq
livres. Marguerite Garrido-Hory en montre les dispositions
dans son livre consacré à l’esclavage dans l’œuvre de Juvénal5. Le livre I contenait les satires I à V. Le livre II n’était
constitué que de la Satire VI en raison de son ampleur. Le
livre III regroupait les satires VII à IX. Le livre IV comprenait les satires X à XII. Le dernier livre contenait les satires
XIII à XVI.
3. Les opinions de Juvénal
Les Satires de Juvénal sont une œuvre d’une grande
virtuosité artistique et d’une grande variété, jamais lassante
malgré la répétition presque obsessionnelle de certains motifs. Il poursuit les vices de son époque, en opposant la
Rome de son temps dissolue à la Rome traditionnelle pure
du premier siècle avant notre ère. Dans la perspective d’en
dévoiler les défauts, il traite de sa mission, du comportement des hommes, de la vie citadine ou du comportement
des femmes comme c’est le cas de la Satire VI. Il a du ressentiment contre les affranchis, les parvenus, la plupart
d’origine orientale. Il est donc assez conservateur et chauvin : chez lui, la xénophobie romaine est poussée à son paroxysme. Il n’aime pas les étrangers venus d’Orient et est
hostile à leurs pratiques religieuses ; il déteste les juifs et
leurs mœurs. Il est donc antisémite. Paradoxalement il
prend la défense des défavorisés au nom des principes de
l’aristocratie républicaine6. Il est même parfois bien disposé
envers les Occidentaux affranchis établis à Rome.
On a souvent dit, en outre, que Juvénal était misogyne.
Si l’on étudie la Satire VI uniquement, cela est vrai,
5

Marguerite GARRIDO-HORY, Juvénal : esclaves et affranchis à
Rome, Dijon, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 1998, p. 13-14.
6
Ibid., p. 9.
52

d’autant que c’est la plus longue, certes, mais quand on a un
recueil de satires, il faut étudier l’ensemble de l’œuvre afin
de mieux en dévoiler les rouages. Juvénal apparaît de ce fait
moins misogyne pour diluer ce ressentiment dans d’autres
attaques concernant les hommes, le clientélisme, la politique ou la société.
4. La structure du recueil
Le terme « satire » désigne une sorte de mélange littéraire, si l’on se réfère à l’étymologie latine renvoyant à
l’idée de mélange culinaire. Cuisine et littérature seraient
donc liées. Rabelais, à la Renaissance française, concevait
d’ailleurs parfaitement un lien entre la nourriture et le livre :
les hyperboles rabelaisiennes et la lecture de ses romans satirico-épiques sont de véritables nourritures spirituelles.
Plus proche de Juvénal, il y a Pétrone qui dans son Satiricon
concilie aisément art culinaire et jeux sur les mots. Mais revenons à Juvénal. Quand on lit et étudie les Satires, dont
l’étymologie du terme les rapproche du mot culinaire « mélange », le lecteur se rend compte que Juvénal fonde son
œuvre non sur un mélange désordonné, mais au contraire
sur un mélange ordonné ; mélange en surface, et ordre de
manière souterraine. Comme en cuisine quand on prépare
un gâteau, le mélange de plusieurs ingrédients est nécessaire
à la confection de la recette, mais l’ordre dans lequel ces ingrédients sont incorporés participe à la bonne réussite du
gâteau.
En effet, la Satire I se présente comme une introduction
aux seize autres satires. Dans la mesure où la Satire XVI est
inachevée, l’auteur n’a sans doute pas eu le temps de la
terminer. Elle ne comporte donc pas de conclusion ; mais
qui dit qu’il n’avait pas eu l’intention d’écrire davantage de
satires et de rédiger une conclusion ? De plus, presque
53

toutes les satires comportent quelques vers d’introduction et
de conclusion. Ce « mélange ordonné », prouve que malgré
l’apparente diversité du texte, l’œuvre de Juvénal répond à
une certaine structure souterraine. En tant que recueil, les
Satires laissent d’ailleurs apparaître un glissement dans sa
tendance : les Satires I à VII sont essentiellement tournées
du côté de la médisance, les Satires VIII à XVI sont davantage morales.
Voici une proposition de schéma structural simplifié
des seize satires ainsi que du recueil dans son ensemble :

Il est difficile de savoir si Juvénal avait l’intention de
donner à la Satire XVI une orientation morale ou conclusive : la logique structurale voudrait que oui. Toujours est-il
que le glissement thématique observé à la Satire VI est véri54

fiable pour l’ensemble du recueil qui ne possède pas de satire clairement conclusive. Les satires à tendance médisante
dominent le début du recueil pour laisser la place aux satires
à tendance morale avec un inter-thème (mélange entre satires médisantes et morales) au milieu.
5. L’influence sur la postérité
Juvénal est étonnamment moderne pour les échos que
ses Satires continuent à renvoyer dans notre monde contemporain. Il a du génie. Son inspiration lui dicte de beaux
vers. Mais quelles sont ses répercussions sur la littérature ?
La satire apparaît en France au XVI e siècle sur des questions essentiellement religieuses puisque le siècle est parcouru par la guerre civile opposant les catholiques aux protestants. Juvénal, lui, a inspiré d’Aubigné, Régnier, Jean de
La Fontaine, Boileau, Racine, Diderot, de Heredia pour les
auteurs français, Dryden, Pope, Johnson, Byron pour les
anglais. Certains d’entre eux ont porté des attaques vigoureuses et fougueuses sur les mœurs de leur temps et des offensives virulentes contre ceux qu’ils estimaient coupables
de mauvais goût ou de mauvais style7. Il influence également Victor Hugo qui fait passer le satirique latin au premier rang de son recueil poétique, Les Châtiments, composé
en alexandrin, mètre propre à représenter l’hexamètre dactylique et spondaïque utilisé par l’auteur latin.
6. Vers une écriture pamphlétaire
Mais Juvénal va plus loin que la simple attaque propre
au genre satirique ou même que le trait moralisant prépondérant dès la Satire VIII. L’œuvre penche également vers
l’écriture pamphlétaire dans la mesure où le poète insuffle,
7

Pierre DE LABRIOLLE, op. cit., p. 9.
55

bien qu’insuffisamment à son goût, une vive colère qui
brûle son foie desséché : Quid referam quanta siccum iectur
ardeat ira8, comment exprimer la colère qui brûle mon foie
desséché. En effet, la satire s’arrête à la simple indignation
tandis que le pamphlet commence à la colère. Les Satires de
Juvénal relèvent un peu de la satire, un peu du pamphlet.
Le satirique est-il un homme qui voit tout en noir ? Estil pessimiste, puisqu’il ne fait que dénoncer les mœurs de
son temps ? Ce n’est pas certain. Sans doute pense-t-il qu’il
a un rôle de révélateur auprès du lecteur pour qu’il prenne
conscience de son bonheur.
Frédéric-Gaël THEURIAU
Université François-Rabelais de Tours
UFR Lettres et Langues

8

JUVÉNAL, Satire I, vers 45.
56

Éditions de l’AICL
Coordination : Daniel Leuwers, Céline Malnoë
Dépôt légal : août 2016 - ISSN : 2493-3465
Prix de vente : 14€


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