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première partie :

Camouflage

Contribution à l’idée de « Chroniques » accompagnant l’exposition
« Artémis & Paul-Armand Gette, 50 ans de rencontres et
conversations »
au Cairn-Centre d’art de Digne- les-Bains, 2020.

Lydie Rekow- Fond
Camouflage // Théophanies
L’insistance de Paul-Armand Gette sur la dimension ambiguë des dispositifs artistiques
s’accroît depuis qu’en 1999, il réalise une série d’œuvres ayant pour motif le camouflage. C’est
un motif stéréotypé dont l’artiste déjoue l’usage unilatéralement militaire chargé pour n’en retenir
que l’essence, l’origine : cacher, dissimuler, mais aussi maquiller pour rendre méconnaissable ou
inapparent, comme savent le faire certains insectes et beaucoup d’autres êtres vivants.
La suite d’œuvres réalisées sur le thème du camouflage travaille sur la perception, ou
plus directement sur le regard, et s’intéresse au processus de décodage et de lecture d’une
image prise entre-deux ; l’œil doit se focaliser sur un aspect de l’image au détriment d’un second
qu’il convient de voir après coup. Ces travaux approfondissent également le principe de la
perturbation d’une image par une autre : c’est un jeu de devinettes. Superposition d’images, de
motifs, ou superposition d’une forme sur une autre, les œuvres peintes ou photographiques
travaillent les passages du voiler-dévoiler, masquer-révéler à partir du mythe rejoué de Diane et
Actéon : mythe du regard, de l’interdit et de la tension érotique à l’origine de la perception.
« Le camouflage de Diane, c’est moi qui l’ai inventé ! » se réjouit P.-A. Gette.
Des préceptes véhiculés par le camouflage, retenons prioritairement celui qui exprime sa
capacité à brouiller les pistes et, depuis toujours, l’artiste est virtuose en cela. Avec la
dissimulation du corps de la déesse, le vêtement au motif camouflage fait figure. Il substitue au
corps le dessin d’un motif qui imite l’exubérance de la forêt profonde. Le corps s’y trouve donc
assimilé dans la végétation de laquelle il se fond... Ambivalence, contiguïté. « Une image
inconnue de l’ombre est appelée par une image inconnue de la lumière », écrivit René Magritte1.

Camouflage, 1999, acrylique sur toile, 60 x 46 cm.

Pour réaliser l’un des premiers tableaux peint sur le thème du camouflage de Diane, en
1999, il prend soin d’imiter ce motif connu et identifiable, tel un trompe l’œil, uniformément sur la
totalité de la toile. À bien y regarder, le centre supérieur du tableau, dans sa partie claire, laisse
deviner la trace peinte de la carnation d’une vulve, mais sans que les contours ne soient
suffisamment nets pour nous en convaincre. Ici, la frontière est infime, le regard vacille entre
1

René Magritte, « Leçon de choses », Les mots et les images, Bruxelles : Labor, 1994, p. 117.

l’abstraction du motif prédominant et ce soupçon produit par la teinte de ce qui s’y cache – à
moins que ce ne soit l’empreinte de ce qui fut là !
Ce même effort de lecture de l’image dédoublée, dont chacune des deux faces se
dérobe l’une à l’autre, était déjà sollicité pour appréhender des dessins à l’encre de chine de
19602 ; entre corps féminin et paysage, le dessin simulait autant l’un que l’autre des thèmes à
travers le passage de l’une à l’autre des figures, ou au contraire dans la fusion des deux. Comme
si le corps féminin faisait paysage, qu’il l’épousait, s’inscrivait en lui au point de s’y confondre.
Parmi les Morphogrammes en trois dimensions, faits de caractères d’imprimerie en bois
assemblés, La grande momie3 (1963-64) reconduit cette duplicité des lectures. Si la forme
nymphale s’impose par ses deux mètres et cinq centimètres de hauteur, son corps de lettres en
bois inversées produit un nouvel effet de camouflage radical. Lorsqu’en 1970, la jeune Nathalie,
recroquevillée comme dans son sommeil, est couverte de plusieurs cristaux souples, l’artiste
interpose entre notre regard et le corps, l’opacité des feuilles plastique empêchant la vue. Les
lignes noires enchevêtrées du dessin des cristaux produisent un graphisme incontrôlé. Le
cadrage photographique resserre l’attention sur cette superposition et suggère au regard le
passage du corps à demi voilé au dessin nerveux des cristaux. L’artiste nous convie à vivre une
expérience similaire en exposant, en enfilade, divers exercices graphiques indépendants (19811986) plus ou moins suggestifs, ayant pour motif une culotte de petite fille4. Rien dans ces dix

Nathalie au cristal, 1970, photographie

Bloc ! , 1989, dessin

Études d’un cristal de Quartz, 1987,
dessin

dessins anodins ne laisse présager comment, en réalité, leur arrangement sur le plan du mur éprouve
notre discernement. Car après les avoir individuellement regardés, ce n’est pas le motif initial qui
subsiste seul en mémoire, mais plutôt les rapports entre tous les dessins, de la petite culotte – exuvie
de la nymphe – à celui de cet échantillon de Rhyolite délibérément titré Abstraction (1987) et où
s’imagine un pubis dans le coin du bloc. Si cette version du jeu de camouflage se trame dans l’esprit de
celui qui regarde, elle se rejoue ouvertement dans les série d’Études ; en mêlant la froideur et la raideur
minérale à des pubis ou vulves incarnates, elles ravivent « les feux qui brûlent dans le cœur de
l’homme5. » Les dessins d’observation scientifique à l’encre noire de la roche sont dominés par
l’effusion colorée du sexe de celle que l’on croit (a)percevoir. Il en est de même dans les associations
incidemment provoquées par l’artiste entre une photographie décrivant une coulée de lave volcanique
titrée délibérément La fissure brûlante (Landmannalaugar, Islande, 1993) et d’autres compositions
2

Dessins de la série Mes dessins de fou !. Deux furent montrés dans l’exposition L’autre manière de voir les êtres et
les choses à la Villa Steinbach-Musée des Beaux Arts de Mulhouse, du 9 juin au 3 octobre 1999.
3
La grande momie (Morphogrammes), 1963-64, lettres en bois, 205 x 67 x 75 cm., Coll. MNAM, Paris.
4
Exposition Nymphe, Nymphaea & Voisinages au Centre d’art Le Magasin, Grenoble, du 26 février au 21 mai 1989.
5
Textuellement : « (…) et je tiens pour assuré que, dans le cœur du vide aussi bien que dans le cœur de l’homme, il y
a des feux qui brûlent. », Yves Klein, « Manifeste de l’hôtel Chelsea », Le dépassement de la problématique de l’art et
autres écrits, Paris, ENSBA, 2003, p. 305.

photographiques d’entrecuisses féminines. Premières des théophanies de la déesse ?

...suite la semaine prochaine


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