Ju jitsu Fernando MUNOZ .pdf


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Titre: Ju-jitsu Fernando MUNOZ
Auteur: Fernando

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Miyamoto
MUSASHI

Sōkaku TAKEDA
1859-1943

Jigoro KANO
1860-1938

Daitōryū Aikijūjutsu

Kōdōkan Jūdō

Gichin FUNAKOSHI
1868-1957

Shōtōkan Ryū Karate

Fernando MUNOZ

Morihei UESCHIBA
1883-1969

Aikidō

J’ai pris beaucoup de plaisir en réalisant ce dossier car cela m’a
permis d’enrichir ma petite connaissance sur le sujet. Bien sûr, je n’ai
rien apporté à cet art car je n’ai rien inventé tout au long de cette
étude. En fait, je relate simplement un peu d’histoire, des valeurs, des
techniques, ou des anecdotes sur ce Budo. C’est un petit recueil de cet
art japonais qui me tient à cœur. Chacun peut prendre ce qui l intéresse
dans la partie de son choix. Je souhaite donner l’envie de pratiquer quel
que soit l’art martial choisi. Je me suis efforcé, tout au long de cette
recherche, de parler de cet héritage avec respect et bienveillance.

Le mont Fuji
Katsushika HOKUSAI 1760-1849

à
mon amour LM,
mon père Antoine,
ma mère Marie,
mon fils Angel,
mon fils Dany,
ma famille,
à mon Sensei Patrick
mes amis,
mon prochain.
Dossier écrit entre septembre 2009 et février 2011
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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Avant-propos
LES DEBUTS DU JU-JITSU

p

6

1- L’esprit du bushido
Bushi et samouraï

Principes du bushido

Bushido, aujourd’hui

2- Le ju-jitsu
Origines Technique Ecoles de ju-jitsu Takeda-Kano-Funakoshi-Ueshiba-Mochizuki
Paroles de grands Maîtres Ju-jitsu en Europe et en France

3- Le dojo
Lieu pour trouver la voie

Tenue

Comportement

LES HABILETES TECHNIQUES FONDAMENTALES

p 29

1- Le salut (Rei)
2- Les postures debout et les gardes
Parties du corps

Distances d’affrontement

Détail d’une garde

3- Les appuis et déplacements
Pas chassé (Tsugi ashi) - double (Okuri ashi)

Pas naturel (Ayumi ashi)

Pivot (Taï sabaki )

Pose du pied

4- Les chutes (Ukemi)
Avant (Mae ukemi)

Arrière (Ushiro ukemi)

de Coté (Yoko ukemi)

Commentaires

5- Les actes défensifs
Esquives

Blocages et parades

6- Un maximum d’efficacité, un minimum d’énergie
Force de l’esprit

Préparation du corps

Principes des leviers

LA NOMENCLATURE

p 46

1- Les coups (Atemi)
Catégories d’atémis Coups avec membres supérieurs Coups avec membres inférieurs
Points sensibles ou vitaux Eléments de riposte et typologies des attaques

2- Les techniques de projections (Nage waza)
Debout (Tachi waza)

Sacrifice (Sutemi waza )

Au sol (Ne waza)

3- Les techniques de contrôles (Kansetsu waza)
Présentation

Poignet (Kote)

Coude (Ude) et Epaule (Seoi)

Cou (Kubi)

Doigts (Yubi)

Jambes (Ashi)

L’APPRENTISSAGE

p 65

1- L’enseignement
Notions

Principes essentiels

Rôles du professeur

Rôles de Tori et Uke

Etat d’esprit

2- L’entraînement
Echauffement

Corps de la séance

Etirements

3- Les exercices et fondamentaux
Fondamentaux

Renforcements

Exercices traditionnels

Gokyo en judo

Progression

4- La progression
Grades et titres

Ceinture noire en ju-jitsu

5- Les kata
Présentation

20 techniques imposées

E-Bo-No-Kata

Goshin-Jitsu-No-Kata

Kime-No-Kata

6- La compétition
Compétition

Critiques

AUTOUR DU JU-JITSU

p 111

1- Le kobudo
Kobudo de Honshu

Kobudo d’Okinawa

2- La défense personnelle
Présentation Entraînement Comportement agressif Evaluation des risques Règles générales
Techniques de défense Etude des attaques au couteau Défense de type « survie » Législation

3- Les arts martiaux et le spectacle
Pratiquants et acteurs

Films promouvant les arts martiaux

Festival des arts martiaux de Paris

4- Les arts martiaux et les sports de combat dans le monde
Art martial et sport de combat

Mains nues

Armés

Internes

5- Généralités en japonais
Prononciation

Nombres - Jours - Mois

Formules de politesse

6- Lexique
Généralités

Corps

Nage waza

Sutemi waza

Katame waza

Atemi

Sources - Remerciements
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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Avant-propos

On dit souvent qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire mais j’aurais souhaité rencontrer les
arts martiaux plus tôt. C’est un peu l’approche de la quarantaine qui me fait dire cela et surtout la
longueur du chemin pour comprendre l’essence de cette voie. Bon, de toute façon, pas de regret, car
avant je n’étais pas prêt.

La première approche se déroulait en 1995, après avoir vu une démonstration
d’aïkido à Bron, avec Floréal Pérez. Dommage, je pratiquais à peine une année sans
être régulier. Pourtant, j’ai découvert une nouvelle relation avec l’autre, une
efficacité, un code, un maître et puis, un art d’une grande richesse. Un jour
Floréal Pérez
prochain si je suis prêt, j’irai de nouveau au contact de l’aïkido.
ème
4

dan Aïkido-Iaido

La deuxième se passait en 2007, lorsqu’on décidait de trouver une activité à notre fils Angel âgé de
4 ans. On se dirigeait vers le judo pour la découverte et l’esprit. Au palais des sports de notre
commune, c’est l’Amicale Laïque de Vaulx en Velin (ALVV) qui enseignait le judo. Chaque semaine,
je restais en dehors du dojo en attendant que les séances se terminent. Je lisais, mais de temps en
temps, je regardais des séquences d’entraînement. Les professeurs Eric et Stéphanie, apprenaient
aux enfants à chuter sans se faire mal et également le contact avec les autres. C’était vraiment très
intéressant d’assister à ces moments, ainsi que de voir la progression des petits. D’autre part, grâce
aux enseignants, les judokas passaient du jeu au travail, puis aux moments de calme et au salut.
Cette année me permettait également de connaître les autres professeurs comme Patrick, Jacques,
Sébastien, Mourad et Arnaud ainsi que les dirigeants.
L’année suivante en 2008, Angel continuait son apprentissage avec Eric et Arnaud. De mon coté, je
me décidais à suivre un nouveau cours de "self défense" pour adolescents et adultes. Patrick
Berthelot 5ème dan en judo, l’enseignant des adultes, prenait en charge ce cours. Ce n’était pas tout à
fait de la "self défense" ou de la défense personnelle mais du ju-jitsu. Cela sautait aux yeux : on
portait le "judogi", on était dans un dojo avec la photo du maître Jigoro Kano et on pratiquait le
salut. Bien sûr, le ju-jitsu possède beaucoup d’éléments de défense personnelle mais cet aspect
existe dans bien des styles comme le jeet kune do, systema, le kajukenbo ou le krav maga …
J’ai tout de suite apprécié l’ambiance, la pratique et notre professeur. J’aimais beaucoup les chutes,
les projections et même l’échauffement. Lorsqu’on découvre une activité, la nouveauté fait son effet
et ensuite, parfois, on n’est pas régulier dans l’apprentissage ou on finit par arrêter. Cela arriva
pour beaucoup de pratiquants en fin d’année car la saison suivante, j’étais le seul à poursuivre.
Maintenant, je désirais en apprendre davantage et m’inscrire dans la durée.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Dès 2009, la progression était plus rapide car le groupe était constitué de jeunes dont deux filles.
Fin novembre, je passais la ceinture jaune. La couleur de celle-ci n’était pas importante à mes yeux
même si cela validait certains acquis. C’était plutôt les sensations et la motivation à venir
m’entraîner. Quel plaisir de reprendre les fondamentaux comme les chutes, les déplacements, les
coups pieds-poings, les esquives… Et puis, il y a les petites victoires sur soi-même, quand la chute
devient plus naturelle, le coup de pied fluide ou une technique de clef qui passe bien.
Avec Sensei Patrick, je participais à un stage, à Oullins, encadré par l’expert
Guy Mennereau très connu pour ses formations de ju-jitsu ou de défense
personnelle. Au milieu de tous ces gradés, je me sentais tout petit, mais tant
pis, eux aussi ont commencé un jour. Tout d’abord, on effectuait un
échauffement basé sur la perception des appuis et le contact avec l’autre.
Pendant la journée, on travaillait surtout les défenses sur attaques au couteau
et les clefs au sol. Le niveau me paraissait élevé, l’apprentissage lent et on
pouvait perdre patience, parfois même, se décourager. Tout cela donne la
notion du chemin à parcourir vers une certaine maîtrise et compréhension de
l’art martial.

Guy Mennereau
6ème dan Ju-jitsu et Judo

Au travers du ju-jitsu, l’aspect judo prend une dimension impensable jusqu’alors. En phase de
corps à corps, on se rend compte de la dépense d’énergie en forçant sans efficacité contre notre
partenaire et en quelques dizaines de secondes, c’est l’épuisement. Ce gaspillage énergétique est
encore plus vrai avec les judokas qui participent à nos séances. D’ailleurs, il m’est arrivé de
m’entraîner plusieurs fois avec eux sous l’enseignement du nouveau professeur Ludovic. C’était
juste pour "voir" j’ai plus que vu, j’ai bien reçu! Ma condition physique moyenne accentuait la
difficulté face aux judokas mieux entrainés. Judo ou ju-jitsu, l’aspect diversifié du travail avec des
partenaires de sexes, de poids, de tailles, et de forces différentes est très intéressant pour la
compréhension. Le fait que l’autre nous prête son corps et vice-versa, cela signifie beaucoup.
La découverte des styles est importante, et cette saison, je participais à deux initiations de combat
libre (free fight) avec Julien, un spécialiste, ami du professeur Ludovic. La partie combat ne me
plaisait pas trop mais il y a de nombreux éléments intéressants dans ce type de sport. A ce propos,
j’ai eu l’occasion de voir du ju-jitsu en compétition lors du championnat national aussi bien en duo
système qu’en "fighting". Ce dernier est un combat dont l’aspect compétition m’intéresse peu alors
que le duo-système est plus une évaluation d’expression technique entre deux couples de
combattants. Pour ceux qui ne trouvent pas leur bonheur dans le ju-jitsu, il y a la possibilité de
s’épanouir dans d’autres arts martiaux tant le choix est important.

Je suis sûr que lorsque l’on décide de poursuivre un apprentissage, le professeur a une part très
importante dans la décision. Bien évidemment, si j’en parle, c’est parce que c’est le cas avec Patrick.
Chaque professeur a des qualités et en premier lieu, le savoir technique dans sa discipline. Vu l’état
de mes connaissances, ce n’est pas de celles-ci dont je vais parler. En revanche,
je suis à même d’apprécier son accueil lorsqu’un nouveau arrive, sa patience
lorsqu’il faut répéter une technique, sa capacité à faire progresser chacun de
nous, sa modestie quand on le nomme Sensei, sa générosité à l’égard des
personnes qu’il côtoie tel un père Noël, et son humour quand il s’agit de
participer à une bataille d’eau à Miribel Jonage. Il possède surement d’autres
qualités mais cela fait seulement deux ans que je l’ai rencontré !
Patrick Berthelot
Merci Patrick.
ème
5

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dan Judo

Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Depuis quelques temps, j’essaie de découvrir les origines et les maîtres de ces arts martiaux
japonais. Grâce aux ouvrages ou aux revues spécialisées, on s’enrichit des différents styles de Budo
et du travail de chacun. Ce sont des personnes qui pour la plupart sont inconnues du grand public
et qui le mériteraient bien plus que des sportifs médaillés ou surmédiatisés. Mais, c’est sûrement
cela qui préserve l’essence de ces disciplines. Pourtant, elles sont en danger car certains pratiquants,
à travers la quête de la performance, sont en dehors de l’esprit. Et plus encore, ce sont les
fédérations sportives qui donnent ces orientations pour atteindre leurs objectifs. Les personnes qui
gèrent ces organismes prennent le risque de dénaturer ce trésor par recherche de reconnaissance ou
de l’appât du gain. Quel dommage !
Quelques mots pour illustrer l’état d’esprit qui peut régner dans les arts martiaux. En m’entretenant
avec mon ami et voisin des débuts de mon fils au judo, il m’informa que le sien également en avait
fait beaucoup et qu’il devint ensuite professeur. Quand je citais le nom de son fils au club, tout le
monde le connaissait pour l’avoir croisé autour ou sur un tatami. C’est Pierre Blanc, et pour faire
court, un grand monsieur et un judoka de première classe.
Depuis l’arrêt de la compétition, il se consacre aux jeunes dans son club de la
Croix Rousse, a en charge l’Ecole des cadres du comité du Rhône et a
également des tâches au niveau national. Pensez-vous, monsieur Blanc, son
père avait simplement omis de me dire que son fils était 6ème dan et hautement
reconnu dans le milieu. Passé 7éme dan il y a peu, son père m’a juste demandé
un peu de vernis pour donner une seconde jeunesse à un cadre et y mettre son
diplôme. J’imagine le discours d’un père dont le fils ferait un sport médiatisé
même de niveau moyen. Tout le quartier ou même la ville serait au courant et
Pierre Blanc
sa famille serait fière de lui parce qu’il est "connu"! Pierre Blanc, grand judoka
7ème dan Judo
et fidèle du code moral peut être fier de son père.

Personnellement, je fais vraiment la différence entre le sport et l’art martial traditionnel.
Heureusement, la plupart des enseignants expliquent cette différence à leurs élèves. Sans négliger
les bons cotés de la compétition car il y en a, je m’inscris plus dans l’aspect originel, peut être à
cause de mon âge! C’est surtout l’esprit des samouraïs, ces chevaliers du soleil levant et des grands
maîtres qui me fascine et me donne envie de connaître leurs us et coutumes.
Je commence à prendre la mesure de l’héritage laissé, au fil des générations, par les samouraïs et les
maîtres à travers chaque école de Budo. Le niveau d’étude est tel qu’on se doit de respecter chaque
style même si on a naturellement nos préférences.
On comprend alors, qu’un art martial peut être une école de la vie car il y a une grande prise en
compte de soi-même et de l’autre avec le code moral, mais aussi au travers de l’entraînement et des
techniques étudiées. Que ce sentier est beau, grand et riche !
Fernando MUNOZ

« Shin-Gi-Tai »

« Esprit-Technique-Corps »

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

LES DEBUTS DU JU-JITSU
1- L’esprit du bushido
C’est dans le bushido, qui signifie la voie du guerrier que l’on va trouver les racines du ju-jitsu.

Bushi et samouraï
Bushi est un terme d'origine chinoise signifiant littéralement "guerrier
gentilhomme" en japonais. Ce mot apparaît pour la première fois dans le
livre d'histoire japonaise de Shoku Nihongi écrit vers l'an 800, sous
l’époque Heian (784-1192). Les bushi étaient des chevaliers en armure
dont l'arme principale était le yumi (arc). Ils étaient chargés de la
protection des clans familiaux religieux appelés uji. C'est cette proximité
avec la noblesse religieuse qui est à l'origine de leur nom de "guerrier
gentilhomme".
Après des combats sanglants, coups d’états, meurtres et incendies dans une guerre qui n’en
finissait plus, le clan Minamoto finit par battre le clan Taira en 1185.
Yoritomo Minamoto, leur chef, installa le centre de son gouvernement militaire à
Kamakura, à l’époque simple village de pêcheurs, après avoir accepté de
l’empereur le titre seii-taishô-gun (général en chef chargé de chasser les barbares).
(…) En acceptant le titre de shôgun, Yoritomo pouvait faire croire que le pouvoir
appartenait toujours à l’empereur et que lui n’avait reçu qu’une délégation du
pouvoir militaire. La réalité ne tarda pas à éclater : Kamakura devint la capitale
politique, au détriment de Kyôto, et la nation entière passa sous le gouvernement
du shôgun, appelé shôgunat ou bakufu, terme chinois qui à l’origine désignait le
quartier général du commandant de la garde impériale.
Le masque du samouraï – Aude FIESCHI

MINAMOTO
1147-1199

Les guerriers s’emparent du pouvoir politique à la fin du XIIème siècle et créent un système
monarchique dirigé par un shôgun, c'est-à-dire un général ou dictateur. Entre le XIIème et XIXème siècle
trois dynasties se succédèrent, Minamoto, Ashikaga et Tokugawa.
Revue Historia n°764 – dossier « les samouraïs » - Pierre-François SOURIS – professeur - historien

A la fin du XIIIème siècle, sous l’époque Kamakura (1192-1333), les Mongols tentèrent
d'envahir le Japon et les samouraïs se défendirent durant des années dans de terribles combats.

Le samouraï Suenaga affrontant les Mongols

Pendant l’époque Muromachi (1333-1573), la guerre d'Ōnin fit rage entre 1467
et 1477, cette période vit le déclin du pouvoir des shoguns et le début de la
période sengoku, l'"Âge du pays en guerre", qui dura cent cinquante ans. C’est à
ce moment que le Japon va être unifié par plusieurs chefs dans l’ordre :
Nobunaga ODA
Nobunaga Oda, Hideyoshi Toyotomi et Ieyasu Tokugawa.
1534-1582
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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Hideyoshi TOYOTOMI
1536-1598

A la fin du XVIème siècle, sous l’époque
Azuchi Momoyama (1573-1603), le
gouverneur
militaire
du
Japon,
Hideyoshi Toyotomi ordonne à ses
vassaux la construction de plus d’un
millier de châteaux avec des petites
garnisons pour rétablir l’ordre dans un
pays ravagé par les guerres féodales. En
1592, sous sa domination, le Japon est
unifié. Il tentera de conquérir la Corée
mais l’armée Japonaise devra se replier.

Le château de Nagoya
type de forteresse féodale

Forteresses féodales du XVIIème siècle
Edo (Tokyo) avec 700 000 habitants et environ la moitié de samouraïs est l’une des villes les plus peuplées du monde.

Après la mort de Hideyoshi, en 1600 à Sekigahara (centre du Japon),
les forces d'Ieyasu Tokugawa combattirent celles qui étaient loyales à
Hideyori, fils et héritier de Hideyoshi Toyotomi. Cela se déroula sous
une pluie battante. En un jour, le camp Tokugawa obtient la victoire,
et hérite d'un Japon déjà uni. Cet événement majeur de l’histoire du
Japon est d'ailleurs surnommé Tenka wakeme no kassen, "la bataille
qui décida de l'avenir du pays".

1er shogun TOKUGAWA
Ieyasu 1542-1616

Bataille de Sekigahara sur un panneau de l'époque d'Edo

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Au début de la période Edo (1603-1668),
les dirigeants shoguns Tokugawa créent
une hiérarchie sociale à 4 échelons
surnommée "système shi-no-ko-sho":
- la noblesse guerrière,
- les paysans,
- les artisans,
- et les commerçants.

Le shogunat contrôle le pouvoir politique, administratif et plus tard économique. Il existe aussi un
empereur mais celui-ci ne possède que des fonctions spirituelles de grand prêtre et est le symbole
du "génie national". Après les nombreuses guerres féodales qui avaient eu lieu auparavant, les
Tokugawa cherchent à réorganiser l'État et garantir la paix. Pour cela, ils mettent au point un
système encore très hiérarchisé et rigide grâce auquel ils peuvent contrôler totalement le pays.
Ainsi, ce dernier est divisé en fiefs gouvernés par des
seigneurs, les daimyos, eux-mêmes sous l'autorité du
shogun. Ils sont entourés d'une troupe de guerriers
serviteurs, les samouraïs. Depuis cette époque, le
terme samouraï qui signifie "servir" est utilisé pour
nommer les différents types de guerriers. Ceux qui
avaient prêté allégeance aux Tokugawa avant 1600
s'appellent les "daimyos de l'intérieur" et ceux qui
l'avaient fait après s'appellent les "daimyos de
l'extérieur". Cependant, pour pouvoir maintenir
ceux-ci sous son autorité, le shogun met en place un
système de résidences alternées, le sankin-kotai,
dans lequel les daimyos doivent résider à Edo,
résidence shogunale, et ceci une année sur deux. De
plus, les daimyos doivent laisser leur famille à Edo
en guise d'otages.
Cette époque se caractérise notamment par une fermeture du pays sur lui-même, appelée sakoku.
Le Japon ne conserve que quelques liens diplomatiques avec la Corée et seules la Chine et les
Provinces-Unies ont le privilège d'entretenir des relations commerciales avec lui. Les Européens ne
sont pas admis sur le sol japonais sous peine de mort.
Les commerçants hollandais de Dejima à Nagasaki étaient les seuls
étrangers européens à être tolérés au Japon à partir de 1640, et leurs
activités étaient attentivement surveillées et fortement contrôlées,
limitées à un voyage annuel afin de transmettre leurs hommages au
Shogun. Ils furent, néanmoins, utilisés pour enseigner au Japon
plusieurs découvertes de la révolution industrielle et scientifique qui
se déroulait en Occident.

Le paysan, l’artisan et le marchand n’ont pas le luxe de pouvoir se
consacrer à leur développement intellectuel et spirituel. C’est aux
samouraïs qu’il incombe de les guider sur la voie du devoir et de la
sagesse. Le temps libre dont disposent les guerriers en temps de paix est
non seulement, une chance, mais une nécessité pour atteindre cette
supériorité spirituelle qui fait du samouraï la classe dominante du pays.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Certains pratiquent le sacrifice et il y a plusieurs types de suicide :
- le junchi, par fidélité,
- le seppuku, pour l’honneur,
- le gyokusaï, pour ne pas se rendre,
- le funshi, pour s’indigner.
Les suicides par fidélité dits junchi se développent. A la mort du
shogun Iemitsu Tokugawa, 13 de ses conseillers se suicident et donc
désorganisent le gouvernement. Son successeur Ietsuna Tokugawa
interdit définitivement cette pratique en 1663.
Certains samouraïs ne se ralliaient pas à une autorité et faisaient cavalier seul. Ils sont exclus de
la société japonaise féodale, pour plusieurs raisons : la mort de leur seigneur, leurs propres fautes
ou leur défaite au combat. C’était les rônin et ils faisaient figure de mercenaires.
L’armure du samouraï se composait de plaques reliées par des
lanières de cuir et d’un plastron qui protégeait le corps des assauts
adverses. Il arborait 2 sabres, daisho : un petit, le wakizashi et un
long, le katana, cette épée mythique que les légendes considèrent
comme étant l’âme du samouraï.
Les fusils (teppô) et les canons détrônent la pratique de l’archerie quand les Miyamoto MUSASHI
Hollandais les introduisent au XVIème siècle. (…) Dans le Gorin no sho (écrit
sur les Cinq Roues), en 1643, Miyamoto Musashi, le plus célèbre samouraï du
Japon explique : « L’arc, quant à lui, est bien adapté aux stratagèmes des
combats. Auprès de lanciers et autres, on peut tirer rapidement et, par là, l’arc
est très commode sur les champs de bataille alors qu’il n’est pas adapté à
l’assaut de places fortes, ou bien qu’un adversaire se trouve à plus de
quarante mètres. (…) Rien n’est mieux qu’un fusil pour se battre depuis une
forteresse. (…) Mais une fois la mêlée commencée, le fusil ne suffit plus »
Musashi confirme ainsi qu’il n’existe pas d’arme absolue et qu’il est nécessaire
de les connaître toutes pour les utiliser quand l’occasion se présente. Par
ailleurs, le samouraï doit connaître la technique de couper des flèches
1584-1645
(yadomejutsu) sur le point de l’atteindre.
Revue Historia Historia n°764 – dossier « les samouraïs » - Tanguy L’AMINOT – chercheur CNRS

Un archer revêtu de son armure,
son casque, son arc et ses flèches.

1867

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

La famille Tokugawa, depuis le XVIIème siècle a
fourni tous les shoguns. Le 15ème shogun,
Yoshinobu Tokugawa prit conscience de la
nécessité de moderniser son armée. L’armée
française envoya des militaires afin d’instruire
l’armée du shogun sous les ordres du capitaine
Jules Chanoine.
1866

Yoshinobu , dernier shogun TOKUGAWA 1837-1913
Les militaires français avant le départ pour le Japon
Jules BRUNET (officier coiffé, assis à la gauche du
capitaine CHANOINE qui est debout au centre)

Entrainement de l'armée du shogun par les instructeurs français - Japon 1868

L’empereur Kōmei "régnait" depuis son palais de Kyoto
tandis que le Shogun dirigeait le pays depuis Edo (Tōkyō).
Le pays était soumis à la pression d'ouverture de puissances
étrangères dont les États-Unis, ceci depuis 1853. La période
qui suit est marquée par des rebellions, des assassinats
politiques et, par une perte de confiance dans le régime
shogunal.

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KOMEI
1831-1867

Ju-Jitsu - Fernando Munoz

En novembre 1867, le dernier shogun, abdiqua volontairement,
en refusant de nommer un successeur, déclarant que son devoir
était de laisser le pays s’ouvrir pour permettre son évolution.
Aussi, la mort de l'empereur Kōmei en janvier, donna l'occasion
au jeune prince Mutsuhito, devenu le successeur de son père,
d'abattre définitivement les partisans du shogunat avec la
guerre de Boshin (guerre de l’année du dragon 1868-69) et
devenir ainsi le représentant de cette Réforme.

Empereur MEIJI 1852-1912
ou MUTSUHITO

Le clan Satsuma à la veille de la guerre civile du Boshin

Saigo TAKAMORI
1827-1877

Saigo Takamori, samouraï, général et homme politique mène les troupes impériales lors de
cette guerre et devient un des fervents leaders de la révolution Meiji contre le shogun. Avec
d'autres commandants, il parvient à rendre le pouvoir à l'empereur et ce fût la fin du dirigeant
Tokugawa. En 1868, l’empereur migra au château d’Edo qui devint la capitale.
Une poignée de militaires français dont le capitaine Jules Brunet refusent
d'abandonner ceux qu'il a formés et choisit d’organiser la résistance des
derniers samouraïs fidèles au shogun. Il déserte l'armée française pour rester
au Japon et envoie une lettre à Napoléon III où il explique qu'il est "décidé
à mourir ou bien à servir la cause française en ce pays".
Et cette épopée arrivera à son terme à la fin juin 1869, quand l’infanterie
impériale (environ 10 000 hommes) débarque à Hakodate. Submergés par les
bombardements, les 800 soldats de l’armée shogunale se rendent. Et Jules
Brunet sera contraint de fuir avant la reddition, avec les derniers Français Jules BRUNET
survivants sur un bateau français ancré au large de Hakodate.
1838-1911
En 1876, la caste des samouraïs est aboli : le port du sabre et le chignon sont
interdits. Le combat tel que le concevaient les samouraïs est une forme
désuète de la guerre à petite échelle; la reconversion des samouraïs est très
diverse : certains deviennent enseignant, commerçant, rebouteux …mais pour
d’autres c’est l’humiliation, ils refusent la nouvelle autorité.
Saigo Takamori qui avait participé aux réformes démissionne de
ses fonctions impériales et revient se consacrer à sa province du
sud. Bientôt, le fief de Satsuma, au sud du Japon, fut en dehors de
toutes juridictions et en état de sécession. Ils sont 14000 guerriers
professionnels contre l’armée impériale composées de 60000
hommes provenant du milieu rural mais formées aux techniques de
combat français et prussiens et de plus armés de canons et bateaux
de guerre. La lutte est inégale et bientôt, c’est la fin des derniers
samouraïs en 1877 à Satsuma.
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Ile de Kyushu
Satsuma

Ju-Jitsu - Fernando Munoz

La bataille de Satsuma 1877

Château d’Edo

L’ère Meiji (1868-1912) se caractérise par la restauration du pouvoir impérial, l’ouverture du
pays au monde et la modernisation. L’armée de conscription met fin aux groupes militaires
dépendants des clans. Cela conduit à la disparition des samouraïs qui sont invités à renoncer à
leur statut en échange de bons du trésor.
En 1878, Le nom de daimyo fut
changés en kazoku "noblesse" et
samouraï en shizoku "petite noblesse".
Une disparition partielle car ils vont
intégrer les écoles militaires et devenir
officiers dans l’armée du Japon ou
rentrer dans la haute administration.
Armée impériale 1877

Les principales réformes et leurs conséquences
L’ouverture du pays vers l’étranger
Conséquences : l’ouverture du pays amena de nouvelles maladies comme le choléra, la dysenterie, la typhoïde ou encore
la vérole. Les maladies, elles, vont créer une grande panique au sein de la population japonaise.
Celle-ci va devenir très hostile aux étrangers. L’ouverture du Japon vers l’étranger montre la fin d’une protection, dont ils
avaient pu bénéficier contre les épidémies.

L’abolition des privilèges
Conséquences : les seigneurs doivent rendre leur domaine à l’empereur, les samouraïs se font interdire le port du sabre, et
les clans militaires sont brisés. L’empereur gouverne en "souverain absolu".

Une armée nationale
Conséquences : une armée nationale est créée et le recrutement militaire est élargi.
L’armée devient une armée de métier et n’est plus une armée basée sur des clans (castes) économiques.

Le développement des moyens de transport
Conséquences : les moyens de transport, comme le train (chemin de fer), facilite le déplacement au sein même du pays.
Ainsi, les populations rurales viennent plus facilement travailler dans les villes, où la demande de main-d'œuvre est
importante.
La création du Yen (nouveau système bancaire -monnaie unique)
Conséquences : le Yen va fortement faciliter les échanges commerciaux entre le Japon et l’Occident.
(mais aussi avec les autres pays asiatiques)

Le Shintoïsme, religion d’État
Conséquences : l'empereur devient le grand prêtre du Shinto d'État (kokka shintō) et chaque citoyen doit adhérer à un
sanctuaire shinto.

L'éducation
Conséquences : l’enseignement devient obligatoire. L’état crée des écoles publiques très rapidement.
Grâce à l’enseignement et à une philosophie compétitive, une nouvelle forme d’élite apparaît.

Le statut personnel
Conséquences : Pour la population, la "Restauration de Meiji" a permis une grande liberté dans la promotion sociale de
l'individu. L'accès aux professions et aux carrières qui, auparavant, étaient réservées à certaines classes, fut facilité.

Le statut de la femme
Conséquences : bien que le droit de vote n'ait été accordé aux femmes que bien plus tard lors de l'occupation du Japon en
1946, leur statut, qui au Japon n’était pas aussi contraint qu’ailleurs, s’est encore libéralisé.

Cette adaptation à la paix plutôt qu’à la conduite de la guerre, est ce qui a permis aux traditions
de samouraï de persister à l’époque moderne, contrairement aux codes des chevaliers
d’Occident du moyen-âge.
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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Principes du bushido
Le bushido ou la voie du guerrier est le code moral que les samouraïs étaient tenus d'observer.
Les sept vertus du bushido
1. Gi - Droiture : juste décision dans l'équanimité, la juste attitude, la vérité.
2. Yu - Courage : bravoure teintée d'héroïsme.
3. Jin - Bienveillance : amour universel, la bienveillance, la compassion.
4. Rei - Respect : action juste, la courtoisie.
5. Makoto - Honnêteté : pleine sincérité, la spontanéité.
6. Melyo - Honneur : gloire.
7. Chugi - Loyauté : dévotion, et docilité.

Bu: arts martiaux - Shi: guerrier - Do: la voie
Les guerriers ont pris dans différentes éthiques religieuses les principes pour fortifier leur âme.
- Le Bouddhisme a donné au samouraï un idéal de sérénité, de confiance dans le destin et de
tranquille acceptation de l'inévitable. Il lui a appris par dessus tout à dédaigner la mort et à ne
pas la craindre. Il y a puisé la force nécessaire pour transcender la vie et la mort.
- Le Shintoïsme a exalté les vertus "viriles" de loyauté et de courage destinées aux champs de
bataille.
- Le Confucianisme, école philosophique, morale, et politique du chinois Confucius
(-551 à -479 a. J.C.). Il est l'auteur de la Règle d’or de la réciprocité. Elle consiste à
se conduire envers les autres comme on désire qu'ils se conduisent envers nous.
« La vertu est une richesse intérieure que tout homme peut acquérir, étant donné que la nature humaine n'est ni
bonne ni mauvaise ; aussi tout homme a la possibilité de devenir un sage, ou de se comporter comme un sot ».

Le samouraï Sokō Yamaga philosophe et stratège militaire définit le samouraï :
« Le rôle du samouraï est de réfléchir à sa propre condition dans la vie, de servir
loyalement son maître s’il en a un, de renforcer sa fidélité envers les amis auxquels il
s’associe, et, avec considération pour sa propre position, de se dévouer à son devoir pardessus tout ».
Revue Historia Historia n°764 – dossier « les samouraïs » - Eric MEULIEN - historien

1622-1685

Shigetsuke Taira (1639-1730) est un samouraï japonais, connu pour avoir écrit à la fin de sa vie
le Budō shōshin shū ("Introduction à la voie des samouraïs"), qui est l'un des premiers livres sur le
bushido. Il rédigea un code d’honneur du samouraï comprenant 47 principes à respecter. Il
avait étudié la voie du bushido avec Soko Yamaga. Le livre a été publié après sa mort.
Extrait : Le serment du samouraï
Je n'ai pas de parents, je fais des cieux et de la terre mes parents.
Je n'ai pas de pouvoir divin, je fais de mon honnêteté mon pouvoir divin.
Je n'ai pas de fortune, je fais de ma docilité ma richesse.
Je n'ai pas de pouvoir magique, je fais de ma personnalité mon pouvoir magique.
Je n'ai ni de vie ni de mort, ma vie et ma mort ne font qu'un.
Je n'ai pas de corps, je fais de mon stoïcisme mon corps.

Samouraï et serviteur

La cérémonie du thé est très importante
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Geisha et Samouraï se saluant
Ju-Jitsu - Fernando Munoz

C’est au XXème siècle (1930) que l’on publia l’ouvrage le plus respecté à titre de code de conduite
morale du samouraï, le Hagakure ("à l'ombre des feuilles"), écrit autour de 1712 par le guerrier
Jocho Yamamoto.
Extrait : Le niveau du samouraï
Quand on atteint un stade moyen, on n'est pas encore d'une grande utilité mais on prend
conscience de ses déficiences et on commence à remarquer les imperfections des autres.
Quand un Samouraï atteint un niveau supérieur, il est capable de prendre, de sa propre
initiative, des décisions en n'importe quelle situation, de sorte qu'il n'a plus besoin des conseils
des autres. Il acquiert plus de confiance en ses possibilités, se réjouit d'être loué et déplore les
insuffisances des autres. Un tel Samouraï est, on peut le dire, utile au Daimyo.
Puis au delà de ce niveau, il y a ceux dont l'expression du visage ne révèle jamais ce qu'ils
pensent, qui ne font jamais étalage de leur habileté, qui feignent l'ignorance et l'incompétence. YAMAMOTO
1659-1719
Qui plus est, ils respectent l'habileté des autres. Pour beaucoup, là est l'ambition la plus haute.
Mais à un niveau encore plus élevé, il existe un domaine qui dépasse l'habileté du commun des mortels. Celui qui
s'engage à fond dans la Voie de ce domaine, prend conscience que son entraînement sera illimité et qu'il ne
pourra jamais être satisfait de son travail. C'est pourquoi un Samouraï doit connaître ses faiblesses et passer sa vie
à les corriger sans jamais avoir le sentiment d'en faire suffisamment. Il ne doit naturellement jamais être trop
confiant mais il ne doit pas non plus se sentir inférieur.

Inazō Nitobe éducateur, docteur en agronomie et en droit, a réalisé de nombreux
écrits, dont le plus célèbre est Bushidō, the Soul of Japan ("Bushidō, l'âme du
Japon") en 1899. C’était un éducateur et un homme qui mit tout en œuvre pour
améliorer la position du Japon dans le monde. Mais par dessus tout, sa culture de
samouraï et ses convictions chrétiennes le destinaient à incarner le lien entre le
Japon et l’Occident.

Inazō NITOBE
1862-1933

Extrait : L’âme japonaise
Il y a dix ans environ, alors que je passais quelques jours sous le toit du regretté juriste belge M. de Laveleye et
que nous nous promenions, notre conversation tomba sur le sujet de la religion.
« Voulez vous dire, demanda le vénérable professeur, que vous n’avez aucune instruction religieuse dans vos écoles ? »
Lorsque je répondis par la négative, il s’arrêta d’étonnement et d’une voix que je n’oublierai jamais, il répéta :
« Pas de religion ! Comment faites-vous pour transmettre une éducation morale ? »
La question m’étonna sur le coup. Je n’avais pas de réponse prête car les préceptes moraux que j’avais appris
dans mon enfance ne m’avaient pas été donnés par l’école. Et ce n’est que lorsque je me mis à analyser les
éléments qui avaient formé mes notions de bien et de mal que je découvris que c’étais le bushido.

Bushido, aujourd’hui
On peut considérer qu'aujourd'hui le bushido est encore très présent dans l'organisation sociale
et économique du Japon, car c'est le mode de pensée qui a historiquement structuré l'activité
capitaliste au XXème siècle. Les relations d'affaires, le rapport étroit entre l'individu et le groupe
auquel il appartient, les notions de confiance, respect et harmonie au sein du monde des affaires
japonais sont directement basées sur le bushido. Celui-ci serait donc à l'origine de l'idéologie
d'harmonie industrielle du Japon moderne, qui a permis au pays de devenir, avec le miracle
économique de l'après-guerre des années 1950-1960, le chef de file de l'économie politique
asiatique.
Les sports modernes kendo et kenjutsu tirent leur philosophie du bushido ; à la différence d'autres
arts martiaux, le contact prolongé ou les coups multiples tendent à être défavorisés pour
privilégier des attaques simples et propres sur le corps ou la tête. Le bushido a également inspiré
le code d'honneur de disciplines comme le judo, le ju-jitsu ou le karaté.
« Aussi universel et naturel que soit l'instinct guerrier de l'homme, aussi fructueux que cet instinct se soit avéré
sur le plan des sentiments nobles et des vertus humaines, il ne définit pas à lui seul l'homme tout entier. Derrière
l'instinct guerrier se cache un instinct plus proche du divin : aimer. (…) La vie a beaucoup grandi ces derniers
temps. Des vocations plus nobles et plus épanouies que celles du guerrier appellent aujourd'hui notre attention.
Avec cette vue plus large de l'existence, avec la montée de la démocratie, avec une meilleure connaissance des
autres peuples et des autres nations, l'idée confucéenne de générosité - oserai-je ajouter l'idée bouddhiste de
compassion ? - se développera dans la conception chrétienne de l'amour. (…) L'histoire du monde confirme la
prophétie qui annonça que l'homme doux héritera de la terre. »

NITOBE
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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

2- Le ju-jitsu
Origines

Fond blanc, disque rouge au centre
Le blanc symbolise la pureté
Le rouge la rondeur du soleil

Continent : Asie
Superficie : 377 819 km²
Population : 126 900 000 habitants
Langue : le japonais
Capitale : Tokyo
Régime Politique : Empire
Démocratie Parlementaire
Chef de l'Etat : Empereur Akihito
Fêtes Nationales
23/12 (Anniversaire Empereur)
11/02 (Fondation du Japon)
Monnaie Nationale : Yen

Le Japon avait ses propres arts martiaux
comme le sumo (lutte) et le chikarakurabe
(épreuves de force pure) et le ju-jitsu est arrivé
soit par des Japonais voyageant en Chine, ou
soit par des Chinois souvent commerçant,
venus dans l’île. Aussi les moines chinois
apportèrent des éléments de kung-fu
développés au monastère Shaolin.
Les méthodes de combat connues comme le ju-jitsu sont vieilles de 1500 ans au moins. Le
Japon connut d'incessantes guerres civiles et les systèmes d'armement classiques furent
développés et éprouvés sur les champs de bataille. Les techniques de combat rapproché
faisaient partie intégrante de ces systèmes afin de combattre des adversaires portant armes et
armure. Les débuts du ju-jitsu peuvent être situés dans la période turbulente qui s'étalait entre
le VIIIème et le XVIème siècle. Cela coïncide avec l'origine de la classe des samouraïs en l'an 792.
L'armée était constituée de soldats se déplaçant à pied et armés de javelots. Les officiers étaient
recrutés parmi les jeunes fils des grandes familles et étaient formés au maniement de l'arc, au
commandement des troupes et également au combat sans armes.
Au XVème siècle, les maîtres d'armes établirent des koryu (écoles traditionnelles anciennes) afin
d'enseigner leur style du kenjutsu, l'art de l'épée. Les sauts et les coups de pied étaient peu
enseignés puisque les techniques étaient souvent destinées à des combattants portant une
armure. Aussi ces techniques sont risquées et difficiles à employer dans une situation de rue
(vêtements mal adaptés, risque de glisser et tomber ou de se faire saisir la jambe…).
Le terme jūjutsu commença à être utilisé vers 1600. Cependant, nombre d'écoles
traditionnelles continuent d'employer d'autres termes tels que yawara, koppo, daken,
taijutsu, yoroi kumi uchi etc. pour désigner leur art. En fait, le ju-jutsu n'est pas une
discipline monolithique car des différences peuvent apparaitre entre des écoles
portant la même appellation de "ju-jutsu".
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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Technique
Le ju-jitsu regroupe des techniques de combat qui furent développées
durant l'ère féodale du Japon pour se défendre lorsque l'on est désarmé.
Ces techniques sont parfois classées en 3 catégories principales :
- Atemi waza (technique de frappe),
- Nage waza (technique de projection),
- et Katame waza (technique de contrôle) afin de maîtriser un adversaire.
En japonais, jūjutsu signifie littéralement "technique de souplesse"ou "art
doux" ou encore "méthode permettant d'utiliser au mieux la souplesse". "Ju"
pour souplesse et "Jutsu" pour technique. Il existe diverses transcriptions
phonétiques, ce qui explique les différentes orthographes. Ju-jitsu est la plus
utilisée dans la littérature francophone, bien que cela ne corresponde pas à la
consonance (djou-djoutsou). On trouve aussi les kanji qui sont des
idéogrammes d'origine chinoise utilisés dans la langue japonaise.
Kanji de Jūjutsu

Par cette technique,

Ju yoku go o sei suru : le doux vainc le dur
Au début du XXème siècle, des personnes se sont inquiétées de la
disparition de ce savoir, due à la modernisation de l'armée, et ont
collecté les techniques de différentes écoles (ryu) de ju-jitsu pour en
faire une pratique moderne, adaptée à la nouvelle société ; ainsi
naquirent le judo, l'aïkido ou plus récemment le ju-jitsu brésilien.
De par ce fait, le ju-jitsu est souvent qualifié d'"art-mère".

Ju-jitsu dans une école d’agriculture, au Japon vers 1920

Jigoro KANO et la police

Bien que le ju-jitsu ne soit pas
à l'origine du karaté, qui est
une technique okinawaienne
et chinoise, on en retrouve
plusieurs similarités avec
certaines anciennes formes de
combats pratiquées sur les
archipels des Ryukyu.
Okinawa

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Ecoles de ju-jitsu
Le premier jutsu ryu reconnu fut formé par Takenouchi Hisamori en 1532 et consistait aussi
bien en des techniques usant du katana (sabre), du bo (bâton) et du tanto (couteau-sabre) que du
combat à mains nues.
Il y a 2 autres personnages importants, le premier est chinois et vécût de 1587 à 1670, naturalisé
japonais en 1659, il apporta des formes de kung-fu et enseigna son art à trois rônin. Il s’appelait
Chang Yuan Pin.
Le second fut Shirobei Akiyama, un médecin de Nagasaki qui aurait étudié en Chine 3 méthodes
de Hakuda et 28 techniques de kuatsu (réanimation). A son retour, il fut déçu par l’attitude de ces
disciples et se retira pour une méditation de 100 jours. Il eut une illumination en voyant une
branche de saule se plier sous la neige avant de se détendre, libérée. Cette défense naturelle toute
en souplesse l’impressionna et il appela son école yoshin-ryu (école du cœur de saule).
Anciennes planche de techniques

Morihei UESHIBA

Réunion d'harmonisation des kata au kodokan le 24 juillet 1906
Les principaux maîtres des écoles du ju-jutsu rassemblés autour de KANO au Dai Nihon Butokukai.

1ère rangée

2nde rangée

Masamizu Inazu: Miura Ryu
Yazo Eguchi: Kyushin Ryu
Takayoshi Katayama: Yoshin Ryu
Kumon Hoshino: Shiten Ryu
Jigoro Kano: Kodokan
Hidemi Totsuka: Totsuka-ha Yoshin Ryu
Jushin Sekiguchi: Sekiguchi Ryu
Koji Yano: Takeuchi Ryu
Katsuta Hiratsuka: Yoshin Ryu

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Kehei Aoyagi: Sosuishi Ryu
Mogichi Tsumizu: Sekiguchi Ryu
Hikosaburo Ohshima: Takeuchi Ryu
Hoken Sato: Kodokan
Kotaro Imei: Takeuchi Ryu
Mataemon Tanabe: Fusen Ryu
Shikataro Takano: Takeuchi Ryu
Hidekazu Nagaoka: Kodokan
Sakujiro Yokoyama: Kodokan
Hajime Isogai: Kodokan
Yoshimaki Yamashita: Kodokan

Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Takeda - Kano - Funakoshi - Ueshiba - Mochizuki
Sōkaku TAKEDA (1859 - 1943)

A Osaka - 1939

Sokaku Takeda naquit le 10 octobre 1859 dans la ville d'Aizu Sakashita dans la préfecture
de Fukushima au Japon et reçu dans sa jeunesse l'enseignement de son père, Sokichi
Takeda. Sokaku Takeda dernier membre d'une famille traditionnelle de samouraï, a
consacré sa vie à la diffusion des arts martiaux de leur clan, en particulier le Daito-Ryu
Jujutsu qui a été rebaptisé le Daitoryu aikijūjutsu.
Sokaku Takeda fut à la fois un des premiers Maîtres d'arts martiaux au sens
moderne du terme et un des derniers guerriers du Japon traditionnel. Il fut
par la suite formé en Oshiki Uchi (Art de défense de la cour) de 1875 à 1898
par Saigo Tanomo.
Saigo TANOMO
Il reçut le Menkyo Kaiden d'Oshiki Uchi des mains de Saigo Tanomo en
Sokaku
1898. À la demande de ce dernier, il ouvrit l'enseignement des
techniques du clan Aizu à d'autres personnes. Sokaku Takeda se mit
alors à voyager à pied à travers tout le Japon. Pour nommer son art, il
utilisa le nom Daito, qui était celui du château du fondateur du clan
Aizu, puis le terme Aiki en référence à l'ancien art de combat l'Aiki In
Ho Yo et enfin Jujitsu (techniques souples de combat à mains nues).
Sokaku Takeda devint un des grands maîtres du Daitoryu aikijujutsu,
apportant notamment les techniques ancestrales du kenjutsu. Selon une
liste d'élèves établie par Sokaku , il eut environ 30 000 élèves. En 1915,
lors d'un périple dans l'île d'Hokkaido, Sokaku Takeda rencontra
Morihei Ueshiba, qui devint plus tard son élève et son assistant. En
1922, Morihei Ueshiba reçut de Sokaku Takeda son diplôme officiel
d'enseignement en Daito Ryu Aiki Jujutsu.
Sokaku Takeda mourut le 25 avril 1943, à l'âge de 83 ans, c'est à son
troisième fils Tokimune Takeda (1916-1993), que Sokaku Takeda a confié la
charge du Daito Ryu Aiki Jujutsu, perpétuant ainsi la lignée des Takeda.
Tokimune

Le Menkyo Kaiden est le plus haut niveau dans
l'autorisation d'enseigner la technique et l'esprit d'un art
martial classique, remise par le maître d'une école, à son
ou ses élèves les plus proches.
Il était considéré comme l'attestation de la transmission ultime, marque de l'héritage
technique et spirituel, et faisait entrer les élus dans la généalogie officielle des maîtres
de l'école.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Jigorō Kanō (1860 - 1936)

Jigoro KANO, à 10 ans et 21 ans

KANO professeur

Jigoro KANO dans une cérémonie

Jigoro Kano naquit à Migake au Japon, à l'aube de l'ère Meiji le 28 octobre 1860 dans une
famille de cinq enfants (trois frères et deux sœurs), il était le troisième fils de Jirosaku
Mareshiba Kano, un brasseur de saké et sa femme, Sadako. Il se maria avec Sumako Takezoe,
fille de Seisi Takezoe qui était ambassadeur du Japon en Corée. Ils eurent neuf enfants, six
filles et trois garçons. À neuf ans, il perdit sa mère. Son père fut alors nommé à Tokyo.
Collégien puis étudiant brillant, il s'intéressa de près à la culture occidentale. Jigoro Kano
arriva à Tokyo en 1871 où il suivit de brillantes études à la faculté des sciences politiques et
des lettres. N'étant pas doté par la nature d'une musculature impressionnante, il commença
par s'essayer à l'athlétisme, au tennis, au baseball mais il n'y trouva pas ce qu'il recherchait. Il
fonda quand même le premier club de base-ball du Japon. Il apprit alors quelques rudiments
de Ju-Jitsu, auprès de maître Masamoto Iso, pour résister aux brimades de ses camarades
physiquement plus forts que lui. Très appliqué, persévérant et soucieux de techniques, il
maîtrise rapidement plusieurs styles de Ju-Jitsu (incluant ceux des koryu Kito Ryu et Tenjin
Shin'yo Ryu) qu'il commence à étudier en 1877, sous la tutelle de trois maîtres successifs :
Hachinosuke Fukuda, Masamoto Iso et Tsunetoshi Iikubo. C'est en 1882 qu'il fonde le
Kodokan, bâtiment pour l'enseignement de la voie basée sur les principes des sports
modernes dans le temple Eishoji à Tokyo. Neuf élèves le fréquentent alors.
Kano désire adapter le Ju-Jitsu à la nouvelle ère. Le Ju-Jitsu est une technique de combat à
mains nues utilisée par les samouraïs sur le champ de bataille : sa seule vocation est de
mettre, vite et bien, un attaquant hors d'état de nuire. Kano cherche à le transformer en un
moyen d'éducation du corps et de l'esprit « adapté à l'éducation de toute une nation ». Il
renomme sa discipline de Ju-Jutsu (technique/art de la souplesse) à Ju-Do (voie de la
souplesse), et fonde ainsi ce qui est probablement le premier Budo moderne. D'autres maîtres
suivront en effet son exemple, transformant leur art de « technique » en « voie ».
Le terme « souplesse » est à prendre au sens de « non-résistance » ou « adaptation ». Le
principe est de ne pas chercher à résister à ce que cherche à faire le partenaire/adversaire
mais à céder afin d'utiliser sa force pour soi. Ce principe aurait été inspiré par l'observation
de la végétation sous la neige, en constatant que « c'est en pliant que la souple branche de
cerisier se débarrasse de l'adversaire hivernal dont le poids brise les branches rigides ».
Jigoro Kano a également été nommé le 1er Juillet 1899 au Ministère de la Guerre comme
Président du Centre d’Etude des Arts Militaires Japonais, suite au rattachement des arts
martiaux (dont le Judo) au ministère. Les liens entre le Judo et la politique furent, à cause de la
position de Jigoro Kano et de ses relations influentes, pendant longtemps étroits.
Jigoro Kano mourut le 4 mai 1938 d'une pneumonie sur le bateau Hikawa-Maru en rentrant
du Caire.

Quelques citations :
« Plus l’ascension est longue, plus la montée est difficile plus grande sera la satisfaction …
et plus magnifique sera la vue une fois au sommet »
« On ne juge pas un homme sur le nombre de fois qu’il tombe mais sur le nombre de fois qu’il se relève »
« Une technique supérieure surpasse la force »
« Nous nous entraînons pendant des milliers d’années, mais la victoire ou la défaite survient en un instant »
« Utilisez toute votre force spirituelle comme cela vous et les autres vivrez harmonieusement »

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Gichin FUNAKOSHI (1868 - 1957)
Exécution du kata tekki

Hironori Ohtsuka et Gichin Funakoshi

Shotokan dojo

Gichin Funakoshi est né le 10 novembre 1868 à Yamakawa, Shuri, préfecture d'Okinawa (îles
Ryukyu, Japon), et décédé en 1957. Il est considéré comme le père du Karaté-Do.
Gichin Funakoshi était un garçon peu robuste dans son enfance, c'est à l'age de 11 ans que ses
parents lui firent étudier le Shuri-te, par son maître d'école, le fils de Azato Yasutsune.
Plus tard, vers l'age de 15 ans, Gichin Funakoshi débute la pratique du Shuri-te sous la tutelle
de maître Azato, un des plus grands experts d'Okinawa
Sensei Funakoshi fit ensuite la connaissance de Maître Itosu, un aristocrate d'Okinawa et ami
d'Azato. Gichin Funakoshi apprenait parfois sous leur double tutelle les aspects spirituels et
techniques du Karate. Il eut donc la chance d'être formé par les deux principaux successeurs de
Sokon Matsumura, les deux plus grands maîtres de l'époque: Itosu et Azato.
Funakoshi alla au Japon pour la première fois en 1917 pour faire une démonstration au
Butokuden de Kyoto. Il y retourne en 1922 pour une deuxième démonstration devant le
ministre de l'Education Nationale Japonaise. Cette présentation, la première démonstration
publique du Karaté-Jutsu au Japon, eut un succès incroyable.
Jigoro Kano le fondateur du Judo, l'invite à Tokyo pour présenter son art au Kodokan. Le succès
fut immédiat et les demandes de cours affluaient. Sensei décide de rester dans cette ville pour
enseigner l'Okinawa-te. Il ne retourna jamais à Okinawa.
Sensei Gichin Funakoshi est alors âgé de 53 ans et travaille comme de gardien de dortoir ce qui
lui permet de subsister et de donner ses premiers cours.
C'est vers 1930 que Funakoshi commencera à utiliser l'idéogramme "Kara" signifiant vide, aux
dépends de celui, de prononciation identique "To" désignant la Chine. La raison évidente en
était la montée du nationalisme au Japon. Il lui ajoutera le suffixe "Do" Ainsi naquit le Karatédo, "la voie de la main vide", qui remplace le To-de, "la main de chine".
En 1935, les élèves de Funakoshi lui construisent un dojo appelé Shotokan. Cela signifie "la
maison de la Pinède". Gichin Funakoshi était écrivain, il signait ses oeuvres sous le
pseudonyme de "Shoto", car il aimait à se retirer dans une Pinède pour y chercher
l'inspiration... C'est ainsi qu'est née l'école Shotokan. De son école sortiront de célèbres maîtres:
Nakayama, Kase, Shirai, Ochi, Nishiyama, Kanazawa, Nagamine, Takagi, Yoshida, Obata,
Noguchi et Otsuka. Gichin Funakoshi est décédé le 26 avril 1957, à l'âge de 89 ans.

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Morihei UESHIBA (1883 - 1969)

Morihei Ueshiba est né le 14 décembre 1883 à Tanabe au Japon. C'était un enfant de faible constitution
et souvent malade, mais très intelligent. Il étudie le chinois et la religion bouddhiste sous la direction
d'un prêtre shingon. Il porte un intérêt marqué à la prière et la méditation. Pour se renforcer
physiquement, son père le pousse à pratiquer le sumo et la natation dès l'âge de 10 ans. En 1901, il part
à Tokyo, où il ouvre une librairie papeterie, en fait, une simple échoppe ambulante. Il étudie le Ju-jitsu
de la koryu Tenshin Shin'yo Ryu sous la direction de Tokusaburo Tozawa. De nouveau malade, il
retourne à Tanabe. Il s'astreint alors à se forger un corps neuf et solide en pratiquant les exercices
physiques les plus durs. Quelque temps plus tard, il épouse Itogawa Hatsu. À 20 ans, il réussit à
s'engager dans un régiment d'infanterie malgré sa petite taille (1,56m), où il apprend le Juken Jutsu
(combat à la baïonnette). Il participe à la guerre russo-japonaise en Manchourie. Il quitte l'armée en 1906,
et retourne à Tanabe. En 1910, le gouvernement japonais lance un projet pour repeupler Hokkaido.
Ueshiba décide de partir en 1912 avec sa famille et un groupe de 80 personnes. Ils fondent la ville de
Shirataki. La vie est très dure, l'hiver très long, les récoltes mauvaises. Mais la détermination de Ueshiba
motive les colons. C'est à cette époque qu'Ueshiba rencontre Sokaku Takeda, soke (Grand Maître) de la
koryu Daitō de jujutsu (Daitoryu jujutsu, héritière du clan Takeda). Ueshiba l'invite à rester chez lui pour
devenir son disciple et Takeda lui enseigne son art.
DEGUCHI
En 1919, il apprend que son père est gravement malade. Il abandonne ses terres à Maître
Takeda et part pour Tanabe. En route, il entend parler de Onisaboro Deguchi. Il ouvre le dojo
« Ueshiba Juku » pour les adeptes de cette religion. Il y développe sa propre idée du budo. Sa
notoriété grandit, son art prend les noms successifs de Daitoryu ju jutsu, puis Daitoryu aiki ju
jutsu, et aikijujutsu en 1922. Pendant cette période, il aura souvent la visite de Maître Takeda.
En 1924, il décide de suivre maître Deguchi en Mongolie pour fonder une communauté utopiste, centre
spirituel pour l'amour et la fraternité universelle, selon les principes de l'Omoto Kyo. Durant ce voyage,
il a sa première illumination (satori) : il a le sentiment de sentir les coups avant qu'ils ne lui soient
portés, sous la forme d'un éclair blanc. Sans adhérer à cette notion mystique, on peut dire qu'Ueshiba
avait atteint un niveau de maîtrise des arts martiaux qui lui permettait de ne laisser aucune ouverture
dans son attitude, et d'anticiper de manière quasiment instinctive les attaques qui lui étaient portées, ce
qu'attestent de nombreux témoignages. Six mois plus tard, après d'innombrables difficultés, le
gouvernement chinois les fait emprisonner. Ils évitèrent d'être fusillés grâce à l'intervention du
gouvernement japonais. Certains auteurs avancent que Maître Ueshiba aurait étudié un art martial
chinois interne, le Bagua zhang (ou Pakua chang) lors de son périple dans ce pays et s'en serait inspiré
pour le développement ultérieur de sa discipline.
De retour au Japon, maître Ueshiba reprend son entraînement, développant son art, le Ueshiba Aïki
Jujutsu, qu'il renomma aikibudo en 1930, puis Kobu budo. Sa réputation s'étend à travers tout le Japon.
De grands maîtres d'art martiaux viennent le voir pour le défier. Jigoro Kano, envoie ses meilleurs
élèves étudier l'art martial qui deviendra l'aïkido en 1942. Il est invité à faire de nombreuses
démonstrations dans tout le Japon, et entre autre, devant la famille impériale. Il donne des cours à
l'académie de police militaire.
Kisshomaru
Au début de la guerre au Japon, en 1942, maître Ueshiba part à Iwama près de Tokyo.
Il y pratique l'agriculture, et y parfait son art dans son dojo l'Aiki Dojo. Il fait également
ériger un sanctuaire pour l'aïkido : L'Aiki Jinja, aujourd'hui classé monument historique.
En 1948, les Américains, qui ont interdit toutes les pratiques martiales au Japon, autorisent
la reprise de l'enseignement de l'aïkido pour son caractère de Paix et de recherche de
vérité. L'Aïkikaï Foundation est officiellement ouvert le 9 février, dirigé par Kisshomaru
Ueshiba, son troisième fils. Le dojo central de l'Aïkikai est le Hombu Dojo, situé à Tōkyō.
Maître Ueshiba acquiert le titre de O'Sensei (« grand maître », maître dans le sens « professeur ») et
continue à perfectionner l'aïkido à Iwama. Il développa également l'ultime évolution de son art,
transformant un art de guerre en art de paix par le Shobuaiki.
En 1969, maître Ueshiba tombe malade et meurt le 26 avril emporté par un cancer
foudroyant, attribué aux séquelles des retombées radioactives d'Hiroshima. Deux mois après,
Hatsu, sa femme, meurt aussi. Kisshomaru prendra sa suite. Moriteru Ueshiba, petit fils, est
l'actuel Maître de la Voie. Il continue, avec l'aide des grands maîtres à travers le monde, à
développer l'aïkido, et à diffuser l'esprit de maître Ueshiba dans son message de Paix.
Moriteru

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Minoru MOCHIZUKI (1907 - 2003)
Minoru Mochizuki, né le 7 avril 1907 à Shizuoka et décédé le 30 mai 2003 à
(Aix-en-Provence en France) était un spécialiste des arts martiaux japonais.
Il a été pendant sa carrière 10ème dan d’aïkido, 9ème dan de jujutsu, 8ème dan
de iaido, de judo et de kobudo et enfin 5ème dan de kendo, de karaté et de
jo-jutsu. Minoru Mochizuki est l’un des élèves directs de Jigoro Kano, de
Morihei Ueshiba et de Gichin Funakoshi. Il a aussi pratiqué avec les
Maîtres Kyuzo Mifune (dont il fut l’assistant) et Sambo.
Persuadé que les arts martiaux sont dénaturés par leur séparation en
différentes disciplines et leur transformation en sport, sa pratique
cherchait à assembler les principales techniques de la tradition martiale
japonaise. C'est ainsi que dans sa maison à Shizuoka, qui était aussi son
dojo : le Yoseikan, il enseigne l'Aïkido, le Judo et le Karaté. Le Yoseikan est
fréquemment visité par des spécialistes d’arts martiaux du monde entier.
il fut le premier à présenter l’Aïkido en Europe, et est considéré comme
l’un des plus grands Maîtres d’arts martiaux du 20ème siècle.
En 1963, il envoie de nouveau son fils Hiroo Mochizuki en Europe, suite à la mort de Jim
Alcheik, expert français, pour perpétuer l'enseignement de ce dernier. En 1975, Hiroo
fonde officiellement le Yoseikan Budo. En 2000, Minoru transmet officiellement la
direction du dojo Yoseikan et des pratiques qui y sont enseignées à son fils. Dans les
dernières années de sa vie, Minoru partit pour la France pour y vivre avec son fils. Malgré
les désagréments de la vieillesse, il a pratiqué sa passion jusqu'à la fin de sa vie. Il décède
le 30 Mai 2003 à Aix-en-Provence entouré de son fils Hiroo et de ses petits enfants.
1931-1962
"Jim Alcheik était un bon 3ème dan de Judo qui vivait en Tunisie. Il y
rencontre Minoru Mochizuki qui l'invite à venir au Japon. De 1954 à 1957,
Jim Alcheik étudie au dojo Yoseikan à Shizuoka de Minoru Mochizuki
qui le considérait comme son représentant pour l’Europe. Jim Alcheik
crée à son retour du Japon la Fédération Française de Aikido Tai-jutsu et
Kendo (FFATK), et enseigne ces disciplines. Son tai-jitsu est une méthode
de self-defense basée sur les techniques qu'il avait apprises du maître.
Cette méthode personnelle, il l'a créée avec les encouragements du maître Mochizuki; j'ai
vu des écrits dans lesquels le maître lui demandait de créer la FFATK ". Roland Hernaez

Hiroo Mochizuki (né en 1936 à Shizuoka, Japon) détient de son père la base
de son savoir 8ème dan en Aïkido et Ju-Jitsu, 7ème dan Iaïdo, 3ème dan en
Judo et Kobudo. Mais il a aussi reçu en parallèle, une solide formation de
Karaté 7ème dan dont il a pratiqué différents styles : principalement le
Shotokan avec Maître Hyogo ainsi que le Wado Ryu avec les Maîtres
Hironori Ohtsuka et Shinji Michihara. En 1957 il part en France pour
enseigner le karaté Shotokan chez Henry Plée. Hiroo Mochizuki retourne
au Japon en 1959 afin de terminer ses études de vétérinaire.
C’est à la suite du décès accidentel de Jim Alcheik en Algérie en 1963 et à la demande des
élèves de ce dernier, que son père l’envoie de nouveau en France. De retour en France il
enseigne l’Aïkido et introduit le Karaté Wado Ryu en Europe.Il devient le 1er conseiller
technique des sections d’Aïkido et de Karaté de la FFJDA (Fédération Française de Judo et
disciplines assimilées). C’est aux côtés de Jacques Delcourt qu’il participe à la création de la
FFKAMA (Fédération Française de Karaté et Arts Martiaux Affinitaires) et de l’Union Européenne
de Karaté, en 1965, dont il deviendra également le 1er conseiller technique. Enfin, il a pratiqué
la boxe française, la boxe anglaise et a observé tous les arts martiaux, en particulier chinois,
avec beaucoup d’intérêt. En 1975, il crée sa propre méthode d’arts martiaux. D’abord nommée
Yoken (maîtrise du sabre et du poing), il l’appellera ensuite Yoseikan Budo, en Hommage à son
père, «Yoseikan» étant le nom du Dojo de Maître Minoru Mochizuki.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Paroles de grands Maîtres
"Dans une auberge isolée, un samouraï est installé à dîner, seul à une
table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme
surprenant. Trois rônin (guerriers vagabonds, sans maître) entrent à leur tour
dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de
sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils
s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le
samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas
remarqué la présence des trois rônin. Loin de se décourager, les rônin se
font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le
samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec
les baguettes qu’il tenait à la main. Puis, calmement, il repose les baguettes,
parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les
rônin. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique ils
n’avaient pas tardé à s’enfuir.
Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise
redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si
habilement découragés était le fameux maître : Miyamoto Musashi."
Miyamoto MUSASHI (1584-1645), un personnage légendaire

"Le secret de l'aiki est de maitriser mentalement l'adversaire d'un regard et de
gagner sans combattre."
par Maître Sōkaku TAKEDA

"Le ju-jitsu est une méthode d'éducation physique par excellence mais aussi
une école morale, inspirée par la supériorité et la précision des méthodes
sportives japonaises. Le ju-jitsu combat la force brutale par les lois de la
mécanique rationnelle, opposant la technique à la force sauvage par sa méthode
logique basée sur le minimum d'effort pour un maximum d'efficacité."
Extrait du livre "Manuel Pratique du JIU-JITSU"
par Maître Jigoro KANO

"La connaissance de cet Art, la maîtrise des techniques, le développement des
vertus de courage, de courtoisie, d'intégrité, d'humilité et de contrôle de soi,
jusqu'à en faire la lumière intérieure qui servira de guide dans la vie
quotidienne, tout ceci demande au moins 10 à 20 ans et si possible, une vie
entière dédiée à l'étude de cet Art."
par Maître Gichin FUNAKOSHI

"Le principe fondamental de l'Art, c'est l'élévation éthique de l'idée au niveau
du cosmos ou de l'espace. Le véritable Budo n'a rien de commun avec la
puissance et la recherche morbide de pouvoirs, qui asservissent ou détruisent.
Bien au contraire il doit contribuer à la canalisation et à la régulation du Ki, qui
imprègne chaque individu, et permettre la transmutation de la violence en soimême et en son prochain. L'idéal du vrai Budo réside dans la préservation de la
vie..."
par Maître Morihei UESHIBA

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Ju-jitsu en Europe et en France
On peut mentionner trois précurseurs du vieux continent qui ont laissé leurs connaissances. Le
graveur Albrecht Dürer signa en 1512 un ouvrage consacré à l’escrime et illustré par une série de
dessins où il est expliqué comment affronter de ses mains nues, un homme armé. Fabian von
Auerswal publie en 1539 un art de la lutte. Le Hollandais Nikolaus Petter publie à Amsterdam en
1674 une compilation de 71 croquis de techniques de lutte connues en Occident. Mais le ju-jitsu
n’eut jamais la même popularité qu’au Japon. Il faudra attendre le début du XXème siècle pour
éveiller l’intérêt du public.
Le premier impact se fit en Angleterre autour de 1900. Le
Capitaine britannique Hugues s'inscrit au Kodokan de
Tokyo.
En Angleterre, plusieurs professeurs japonais
ouvrent des Dojo au début du siècle. Parmi eux,
le célèbre Yukio Tani, professeur au Club de
l'école Japonaise d'Oxford Street à Londres.
Deux français, Jean-Joseph Renaud et Guy de TANI
Montgrilhard dit Régnier s'inscrivent à ces cours. 1881-1950
Le ju-jitsu fait sa grande première apparition en France en 1904 avec
Régnier qui ouvre sa salle. Il avait pour habitude d'organiser des
défis afin de promouvoir cet art martial. L'évènement qui a eu le plus
de répercutions pour le ju-jitsu fut son défi contre Dubois, maître
d'armes, boxeur et pratiquant des sports de défense français. Régnier,
quant à lui, est un professeur de ju-jitsu et fervent pratiquant des
sports de défense japonais.
Le duel a lieu le 26 octobre 1905 sur un bâtiment de Courbevoie et
l'élite sportive de Paris ainsi que la presse y assistent. Dés le début
du combat, Régnier, dans un corps-à-corps, place une clé de bras à
Dubois qui le force à abandonner au bout de 6 secondes seulement.
Les faits sont relatés dans la presse montrant par
ailleurs au travers de ce duel la supériorité de la
technique japonaise sur la technique française.

Ce qui plaît au public, c'est l'idée que le moins fort physiquement
démontre des qualités techniques et morales supérieures à celles de
son adversaire ; en effet, Régnier faisait quand même 12 kilos de
moins que Dubois! Le ju-jitsu prend alors son envol et devient
populaire malgré des périodes plus ou moins difficiles. C'est tout de
même cet évènement qui se révèle être le commencement de
l'histoire d'amour qui unit désormais le ju-jutsu à la France.
KANO et FELDENKRAIS

En 1936, Moshé Feldenkrais (1904-1984) fonde le "Jiu-Jitsu
Club de France".

en 1933 ou 1934

Mais le grand mouvement sera lancé par Mikinosuke Kawaishi
(1899-1969) qui débarque en France en 1935; son talent, son
travail, sa forte personnalité donneront le véritable coup
d’envoie du ju-jitsu. Il crée aussi les ceintures de couleurs.
En 1946 est fondée :
la Fédération Française de Judo et Ju-Jitsu
Maîtres KAWAISHI et AWAZU,
son assistant, dans les années 50
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3- Le dojo
Lieu pour trouver la voie
La pratique d'arts martiaux a lieu dans un dojo. Do signifie la voie, Jo veut dire lieu, donc
dojo signifie "lieu de la Voie". La surface de combat est le tatami composé de plaques qu'on
assemble pour constituer la surface de pratique. C'est un endroit sacré du dojo, ce qui
explique les règles à respecter lors de la pratique. Il convient de saluer chaque fois que l'on
monte ou que l'on descend du tatami. Il faut être pieds nus, propres, et se rechausser hors du
tapis, avoir une attitude correcte à tout moment, écouter le Sensei (Maître) qui a toute autorité.
En 1882, Jigoro Kano crée un dojo "le Kodokan" signifiant école pour étude de la voie.

Ecole « Kodokan » à l’ origine

Ecole « Kodokan » actuelle

Le dojo demeure avant tout d'origine japonaise et, ce faisant,
les règles le concernant furent fixées par l'Empereur Kammu
(736-805), pendant l'ère Heïan, en 794 lors de l'édification du
Butokuden ou "salle de la vertu chevaleresque", dojo situé
dans le parc du Palais Impérial de Heïan Jingu à Kyoto.

La Déesse du Mont Fuji
Protectrice du Japon et des dojo

Ces règles se sont transmises de génération en génération et ceci jusqu'à nos jours. Il existe
toujours une disposition particulière au dojo traditionnel japonais ainsi qu'un rituel qui lui est
attaché. Ils sont, au sein des écoles traditionnelles, toujours respectés.

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Sensei

Kamiza

Shimozeki

Joseki

Assistants
ou invités

Débutants

Entrée

Gradés

Shimoza
Les 4 coins du dojo ont un sens particulier quant aux saluts de début et de fin de cours.
-le Joseki :

c'est le coin réservé aux élèves les plus gradés du cours.

-le Shimozeki : c'est le coin réservé aux élèves les moins gradés du cours.
(l'entrée sur le tatami se fait par le shimoza ou le shimozeki)

-le Shimoza :

c'est le coin réservé aux élèves en face du kamiza.
(les élèves les plus gradés du cours se trouvent sur la droite du shimoza)

-le Kamiza :

c'est le coin réservé aux invités d'honneur et aux instructeurs.
(une photo de Jigoro Kano peut être placée sur le mur correspondant au shomen)

Yamagushi GOGEN
« le chat » 1909-1989
10ème dan Karaté

Le tatami est à l'origine une natte de paille de riz tressée recouverte de toile de lin mesurant 1m90
de long et 97cm de large. Il servait de mesure au Japon. Une salle, ou un dojo, se mesurait en surface
de tatami. Par extension, il représente donc l'ensemble des nattes disposées dans une salle. Cette
paille de riz tressée permettait d'amortir les chocs lors des chutes et projections. Mais il convenait
encore d'apprendre à chuter! Le tatami authentique n'était donc pas très confortable mais évitait bon
nombre d'accidents que l'on constate désormais avec les tatamis (...ou tatapis!) de mousse. Ces
derniers sont plus confortables et ne nécessitent donc pas d'apprendre à chuter, d'où de nombreuses
blessures par manque de technique. Les anciens tatamis, s'ils provoquaient des bleus, absorbaient le
choc, les nouveaux, bien qu'homologués, donc officiels et obligatoires, n'absorbent plus ce choc de la
même manière ce qui à long terme provoque des problèmes de dos, de genoux et de chevilles. C'est
le phénomène du matelas de lit trop mou! Lorsqu'on chute sur un matelas on se laisse aller, mais le
véritable brise-chute (Ukemi) est tout sauf un laisser aller! De plus, si elle est bien entretenue, la
paille de riz respire, ce que ne fait pas la mousse synthétique. La bonne odeur de paille de jadis
valait bien la mauvaise odeur de pieds d'aujourd'hui.

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Tenue
Les pratiquants de judo ou ju-jitsu combattent pieds nus et portent des zoori ou claquettes en
dehors du tatami. Ils portent un keigogi (judogi, karategi ou aikidogi), cette tenue est composée
d'une veste et d'un pantalon en coton renforcé de couleur blanche afin de symboliser l'unité et
l'égalité. Une ceinture nouée à la taille maintient la veste. Les noms des techniques ou des
mouvements sont en japonais. La plupart de ces noms sont composés des parties du corps.

Jigoro
KANO

Le judogi

Le hakama
C’est un pantalon large plissé
porté par les nobles du Japon
médiéval et les samouraïs. Il est
surtout porté par les pratiquants
d’aïkido et de kendo.

Gozo SHIODA
10ème dan Aïkido
1915-1994

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Comportement
Le dojo est un lieu d'étude, de travail et d'échanges. Une attitude sérieuse et respectueuse
est nécessaire au progrès. Tout pratiquant doit avoir présent à l'esprit les recommandations
suivantes qui conditionnent le bien-être de chacun.

Respect des lieux
L'arrivée et le départ du dojo sont marqués par le salut.
Il convient de saluer chaque fois que l'on monte ou descend du tatami.
Le dojo sera laissé en ordre et dans le plus grand état de propreté.
Respect des personnes
Au début et en fin de séance, élèves et professeurs se saluent (zarei).
Ils saluent également le côté kamiza (place d'honneur).
Il faut saluer son partenaire avant chaque exercice.
L'autorisation du professeur est nécessaire pour quitter le tatami.
Entraide et solidarité
Les plus gradés ont le devoir de servir, d'aider les moins avancés.
Il convient d'écouter leurs conseils avec attention.
Il faut aider ses partenaires à progresser et ne pas être pour eux une cause de gêne.
Politesse
Il est important de se comporter avec discrétion et donc de ne pas parler à haute voix.
Lorsque l'on ne pratique pas, il faut être attentif à l'enseignement donné.
Il convient de ne se dévêtir que dans les vestiaires.
Ponctualité et assiduité
Il faut être ponctuel et respecter les horaires de début et de fin de cours
Si l'on est en retard, il est courtois de s'en excuser auprès du professeur et d'attendre son
accord avant de monter sur le tapis.
La persévérance et l'assiduité sont nécessaires à tout progrès sérieux.
Hygiène
Avoir un corps et des vêtements propres c'est se respecter et respecter les autres.
Les ongles doivent être propres et coupés courts.
Il ne faut pas marcher pieds nus hors du tapis.
Une bonne hygiène de vie est nécessaire à l'harmonie de l'être humain.
Convivialité amitié
La courtoisie et la convivialité favorisent l'éclosion de liens amicaux privilégiés.
Ce qui constitue un des buts du ju-jitsu.
Le ju-jitsu est un jeu, il doit donc être pratiqué dans la joie.
C'est aussi une admirable école de vie.

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LES HABILETES TECHNIQUES FONDAMENTALES
On compare souvent les habiletés techniques fondamentales à des gammes comme en musique.
Ces ensembles d'exercices, conçus à partir de l'analyse des bases techniques (les chutes, les postures, les
déplacements, les différentes formes de tai sabaki, etc.) et des facteurs dynamiques de l'efficacité en combat
(comme le rythme, les changements de distance, la réaction du partenaire), favorisent un parcours
d'apprentissage progressif et précis qui permet, en terme d'acquisition motrice, l'amélioration des
qualités physiques.

1- Le salut (Rei)
En budo, c’est un geste d’une importance fondamentale. Dans la pratique
des arts martiaux tout commence et finit par un salut. C’est une marque de
respect envers le partenaire, le professeur, l’esprit du lieu, le sens même que
l’on donne à ce que l’on va faire ou que l’on vient de faire.
On distingue le salut debout "ritsurei" et le salut à genoux "zarei".
On salue face au partenaire, au professeur, à l’adversaire, ou en direction du
kamiza en entrant au dojo ou en le quittant. On salut également au début et
Obata TOSHISHIRO
à la fin d’un kata.
ème
8

Ritsurei

dan Aïkido 1933-2010

Zarei

Il est très important de saluer avec conscience et application et il convient de s’exercer
longuement pour parvenir à une attitude convenable, à la fois consciente, naturelle et
spontanée. Il est disgracieux et impoli de voir le salut expédié, en levant la croupe et
baissant la tête trop bas, les bras trop écartés et les doigts non joints. C’est déjà le
laisser-aller, la première maille du tissu qui file. Tout risque de se défaire ! Debout, le
salut est plus simple. Il doit être digne et naturel.
Bien que je sois partisan d’un travail incessant pendant la présence sur les tatamis, il
est parfois nécessaire de s’assoir autour du tapis ou de demeurer assis pendant des
cérémonies. Je n’ignore pas que la station à genoux est pénible pour les occidentaux,
mais il faut s’exercer sans cesse de façon à pouvoir la conserver longtemps.
Entretiens avec mon maître - chapitre XXVI - Jean Lucien JAZARIN (1900-1982) 7ème dan Judo Nobuyoshi TAMURA
8ème dan Aïkido 1933-2010

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2- Les postures debout et les gardes (Kamae)
La posture doit être souple, naturelle : shizen Tai. Les pieds sont écartés afin d'assurer un bon
équilibre pied gauche en avant ou pied droit en avant. Le corps est ainsi placé de biais par rapport à
l'adversaire afin d'offrir le moins de points possible à ses attaques. Les épaules et les hanches restent
toujours dans le même plan. Les mains sont placées à hauteur de la poitrine, prêtes à parer, bloquer,
saisir ou frapper. La notion de garde : kamae, est une attitude mentale et posturale.

Parties du corps

Shizen tai

Ze kutsu dachi

Kiba dachi

Kaishu kamae

Détail d’une garde

Ko kutsu dachi

Kumo dachi

Distances d’affrontement

To ma

Zone hors contact

Ma

Mourad et Ludovic

Zone de contact

Chika ma

Garde à genou
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3- Les appuis et déplacements
À la base de la marche et de tous les déplacements, il y a le pas. En japonais,
ashi signifie le "pied", mais aussi le "pas". Apprendre à se déplacer exige de
se poser des questions sur l'utilisation de nos appuis et de la répartition du
poids sur nos pieds, de notre posture de dos et du placement du bassin. C'est
pourquoi savoir marcher correctement, et efficacement dans le cadre de la
pratique d’un art martial est une vraie remise en question.
Pour se déplacer, il faut choisir une direction : mae pour avant, ushiro pour arrière, migi pour
droite et hidari pour gauche. Mais de surcroît, il faut savoir comment poser son pied au sol.
Les appuis détermineront votre habilité à vous déplacer et votre stabilité.

Pas chassé et double pas (Tsugi ashi - Okuri ashi)
Déplacement en appuis décalés.
En traction, le pied tire.
En propulsion, le pied pousse.

Marche naturelle (Ayumi ashi)
Déplacement en pas glissés, les pieds se croisent et marche normale.

Pivots (Taï sabaki)
Mouvement tournant du corps offensif ou défensif.
Il sert à changer de direction pour attaquer, à se repositionner face à un ou plusieurs adversaires,
et à esquiver. Le taï-sabaki est donc l'art d'utiliser son corps en esquivant de façon à canaliser
l'attaque de l'adversaire et à le diriger, en utilisant son énergie cinétique, en le maintenant dans un
déséquilibre permanent qui permettra la réalisation d'une technique.

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Les esquives appelées taï-sabaki en japonais vont, par leur fluidité et leur engagement, générer une
impulsion de l’axe vertébral qui va induire des mouvements de bras et de jambes. La forme et la
direction de l’esquive vont engendrer des mouvements allant du centre vers la périphérie ou de la
périphérie vers le centre. Les trajectoires seront orientées sur soi pour la défense ou sur l’adversaire
pour ce qui est du contre.

Pose du pied
Il n'existe que 3 possibilités pour poser le pied :
- le talon et la pointe touchent le sol simultanément,
- le talon touche le sol, suivi par la pointe du pied,
- la pointe du pied touche le sol, suivie par le talon.
Simultanéité
C'est très difficile, anti naturel, fatiguant et chaque pas est un choc.
Talon pointe
C'est la façon de marcher la plus habituelle pour le commun des mortels.
Fluide et rapide, cet ordre pour poser le pied vient tout naturellement.
L'appui se faisant sur le talon le corps est naturellement légèrement
déséquilibré vers l'arrière tant que le pied n'est pas à plat. La période de
stabilité est très brève car, dès le pas suivant, un nouveau "déséquilibre"
est créé.
Pointe talon
Cette manière de faire vient quasi naturellement quand on veut se
déplacer sans faire de bruit. Peu utilisée pour la marche, elle est très
utilisée en combat tant par les boxeurs que par la majorité des
pratiquants d'arts martiaux. L'appui se fait sur l'avant du pied, le talon est
légèrement décollé.
Le déséquilibre arrière n'existe pas, à la limite il se fait vers l'avant facilitant l'avancée. Gros
avantage, donc, pour cette façon de poser le pied... si elle n'était pas aussi peu naturelle. Autre
inconvénient, marcher ainsi est plus lent. Pour s'entrainer certains pratiquants d'aïkido
marchent avec des zoori trop courtes : le talon dépasse ce qui force la pose de la pointe du
pied avant la pose du talon.

Ce n’est pas sans raison que les budo d’origine japonaise débutent tous les entraînements par
des éducatifs de déplacements… comme le font d’ailleurs les boxeurs, les escrimeurs…Leurs
déplacements sont parfaits. Vous devriez observer leur « jeu de jambe » en vidéo et vous en
inspirer pour esquiver les coups et pour en donner. Les katas « okinawaïens » et les kihon
mystifiés ont eu un effet pervers désastreux.
Pourquoi ? Parce que les styles japonais les plus « populaires » en Occident
(Shoto, Goju, Shito, Wado) ainsi que les styles chinois, n’utilisent pratiquement
que le ayumi ashi ou le pas « avec changement de garde » (en quelque sorte la
marche ou la course).
Il est à peine croyable qu’au 1er stade tout le monde est accepté sans broncher
d’être dupé, et que l’impasse ait été faite sur les façons de se déplacer « sans
changement de garde ». Les tsugi ashi reconnus pourtant comme essentiels
en combat réel. […] En arts martiaux « vrais » (avant 1867), un samouraï ne
balançait jamais les bras à l’inverse des pieds (marche dite Namba) et, comme
Henry Plée (1923 )
il se doit, le peuple faisait de même.
10ème dan Karaté
Ne pas savoir se « déplacer martialement » est une lacune dramatique
Chronique d’Henry Plée - Karaté Bushido N° 386 octobre 2010

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

4- Les chutes (Ukemi)
Ukemi ("recevoir avec le corps") est l’action de chuter en réponse à une technique.
Les ukemi du ju-jitsu sont identiques à ceux pratiqués en judo sauf qu’il faut se relever et faire face à
l'adversaire, directement en garde. En combat, l'objectif est à la fois de ne pas se blesser et de ne pas
constituer une cible facile pour l'adversaire. Il faut donc "rouler" au mieux et se relever rapidement
pour poursuivre le combat. La projection peut mettre fin au combat à elle seule, surtout si Tori n’a
pas l’habitude de chuter ou si les conditions de la chute sont particulières.

Chute avant (Mae ukemi)

brise chute

Chute arrière (Ushiro ukemi)
brise chute

Chute de coté (Yoko ukemi)
brise chute

Pour vivre le ju-jitsu, il faut chuter,
afin de construire son corps et de lui permettre d’échapper aux techniques et prises.

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Commentaires sur les chutes
L’inquiétude des débutants face à la maîtrise des chutes est fréquente, au point de remettre
parfois en cause la poursuite de leur pratique. Au-delà de la compréhension mécanique, la non
maîtrise est souvent liée à une mauvaise approche de la notion d’ukemi. L’ukemi doit être perçu
comme un choix de Uke (ou Aïté) et non une contrainte imposée par Tori. Ce choix de
préservation doit intervenir au bon moment et le bon timing s’acquiert avec la pratique. La chute
anticipée n’a pas de sens car elle nuit à une bonne exécution de la technique du partenaire et
martialement parlant cela peut être assimilé à une capitulation (donc frustration). Néanmoins une
chute exécutée avec retard est une chute subie (comportement d’un Uke) et elle a toutes les chances
de ne pas protéger intégralement (danger par exemple sur kote gaeshi/retournement du poignet). En
outre, psychologiquement, il est très négatif de subir plutôt que de décider soi-même du moment
opportun de la chute. Il n’est pas rare que l’aisance dans les ukemi intervienne en même temps
que cette compréhension.
C’est ce qui a fait dire à Maître Tamura : "chuter ou ne pas chuter c’est votre problème"
A l’époque à l’Aïkikaï aucun de nous n’a reçu d’enseignement spécifique concernant les
ukemi. Nous avions tous une expérience dans les arts martiaux, que ce soit en Judo, Kendo ou
Karaté, et dès le premier jour on était projeté sans ménagement. On considérait qu’on
apprenait les ukemi en étant projetés.
En Judo on nous enseignait à diffuser le choc en chutant ainsi. Mais en
Aïkido on ne considère pas que l’on chute sur un tatami. Il faut
imaginer que l’on chute sur des pierres. C’est donc pour ne pas se
blesser qu’il est important de chuter souplement.
O senseï faisait régulièrement des démonstrations et on devait parfois
chuter sur du gravier. Plutôt que de faire du bruit nous cherchions à
privilégier une chute souple. Par contre pour les démonstrations
lorsque l’on pratiquait sur des tatamis on faisait volontairement de
grandes chutes bruyantes pour impressionner le public. (rires)
Nobuyoshi TAMURA

«La chute, en AIKIDO, est tout sauf une déchéance. Elle revêt une dimension utilitaire,
symbolique, magique, héroïque, rythmique et esthétique à la fois. En tant qu’exploration
systématique de tous les modes de contact possibles avec le sol, elle va prendre des formes
diverses : roulades, glissades, rebonds, voire aplatissages…
Le sol, que nous ne pensions qu’à piétiner sans remords ni d’ailleurs sans
plaisir, se pose soudain comme le partenaire de longues conversations,
comme l’interlocuteur de négociations serrées, difficiles, dans lesquelles il
faut confronter tous les points de vue, tenir compte des exigences et faire des
concessions.» Aussi, nous encourageons le pratiquant à chuter aussi
longtemps que son corps le lui permet et à ne jamais interrompre cette
douloureuse, mais ô combien instructive, négociation avec l’élément « terre ».
Franck NOËL 7ème dan, extrait de son livre : « AIKIDO »

Suga Toshiro sur l’enseignement des chutes à l'Aïkikaï?

Non. On apprenait en regardant les gens qui chutaient bien et on travaillait seul pour arriver à
leur niveau. On ne nous expliquait pas qu'il fallait faire comme ceci ou cela. A l'époque les
maîtres historiques étaient jeunes. Osawa senseï avait la cinquantaine. Yamaguchi et Arikawa
la quarantaine. Je suis plus âgé qu'ils ne l'étaient à l'époque. Ils étaient pleins de vigueur et
d'intensité. On pouvait apprendre énormément et le niveau était très élevé. Malheureusement
aujourd'hui avec le développement de la discipline le niveau n'est pas toujours élevé.
S'il est bon que plus de gens puissent pratiquer l'art d' Osenseï, il est important
qu'ils puissent avoir de bons exemples pour débuter sur des bases correctes et
éviter les blessures. C'est pourquoi j'ai expliqué le travail des ukemi.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

5- Les actes défensifs
Esquives
Par le déplacement de son corps, Tori sort de la ligne de force de l’attaque de Uke.
Dans l’esquive, les actions tactiques du corps se résument à :
- reculer, se décaler, pivoter, passer dessous, passer derrière.
"MAÎTRE D'ARMES.- Je vous l'ai déjà dit; tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, à
donner, et à ne point recevoir : et comme je vous fis voir l'autre jour par raison démonstrative, il est
impossible que vous receviez, si vous savez détourner l'épée de votre ennemi de la ligne de votre corps;
ce qui ne dépend seulement que d'un petit mouvement du poignet ou en dedans, ou en dehors."
Le Bourgeois Gentilhomme, Acte II, scène 2. 1669, Jean-Baptiste POQUELIN, dit MOLIERE

Le décalage

Le retrait

Tori se déplace perpendiculairement ou
diagonalement par rapport à la ligne d’attaque.

Ayumi ashi

Tsugi ashi

Le pivot
Tori se déplace dans un mouvement circulaire autour d’un ou deux appuis.
Tai sabaki

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Blocages et parades
Principes généraux
Sur les coups avec les bras :
- intervenir très rapidement sur la trajectoire.
- préférer un déplacement extérieur.
- à l’intérieur, porter un coup d’arrêt.
Sur les coups avec les jambes :
- préférer l’esquive ou la parade au blocage.
- éviter le blocage avec les bras car moins résistant.
- le blocage avec les jambes peut être efficace.
- l’attaque de la jambe d’appui en Sen no sen est une
action efficace.

Attaque à la cuisse avec batte de
baseball : blocage avec jambe,
protection visage et atemi du poing

Pour qu'un blocage soit efficace, il faut sortir de l'axe de l'attaque.
Le blocage permet d'absorber la puissance de l'atemi pour enchaîner.

Age uke

Shuto uke

Gedan juji uke

Uchi ou
Uke

Gedan barai

Jodan juji uke

Osae uke

Haishu uke

Soto uke

Teisho uke

Nagashi uke

Les parades permettent de se mettre hors de danger,
sur une attaque ou une tentative d’attaque, en combinant un déplacement avec un blocage.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

6- Un maximum d’efficacité, un minimum d’énergie
Comme les autres budo, la partie la plus intéressante du ju-jitsu est cachée. La partie visible est
composée de techniques satisfaisantes pour l’amateur de recettes utiles pour le combat ou la selfdéfense. Le véritable ju-jitsu est riche d’aspects plus difficiles à saisir, fait de philosophie, de
métaphasique, de considérations éthiques qui en font un art noble. Ce sont les véritables responsables
de l’efficacité ou de l’échec. Ces notions supérieures ne peuvent êtres transmises qu’au contact de
grands maîtres.

Force de l’esprit
Les maîtres enseignaient que la véritable invincibilité en combat n’était jamais due à la
technique seule. Une forme d’état d’esprit était nécessaire "la maîtrise de soi". Le pratiquant doit
à tout moment, même face au danger mortel dominer les réflexes animaux de son corps et le
discipliner pour le rendre obéissant à son esprit froid et calme. Le corps ne peut être stable que
s’il est contrôlé par un mental stable et puissant, motivé par une volonté implacable.
Dés le XVIIIème siècle, apparaît un nouveau courant de pensée.
Celui-ci est issu de l’école chinoise à propos du mental :
- Seishin : l’énergie spirituelle
- Heijoshin : un état d’esprit tranquille et confiant face à l’attaque
- Munen mushin : un esprit sans idée et sans pensée, libre et indépendant
Sōhō TAKUAN

« L’esprit ne doit s’arrêter sur rien car la moindre considération le rend vulnérable »
Sōhō Takuan (1573-1645), maître zen et maître du sabre

Relations entre Zen et Arts Martiaux
Le ju-jitsu était enseigné dans les dojo qui essentiellement se situaient dans les temples. Les arts
martiaux étaient donc étroitement liés au Bouddhisme venu de l'Inde et introduit au Japon par la
Chine. Précisons d'ailleurs que le mot dojo est d'origine bouddhiste ; il est formé de "jo" qui est
"l'enclos intérieur du temple" et du mot "do", "la voie" que l'on retrouve constamment dans le langage
des arts martiaux japonais. Une des branches du Bouddhisme, le ju-jitsu, prit de l'essor et imprégna
l'âme des "samouraï". Ce point particulier n'est pas sans rappeler le rôle important joué à la même
époque par le christianisme lié à la chevalerie européenne.
L'histoire des Arts Martiaux, et en particulier du ju-jitsu, ne peut donc être évoquée sans faire
référence au zen (mot qui est une abréviation de Zenna) : méditation ou contemplation. Grâce aux écrits,
entre autres, du moine Taisen Deshimaru (1914-1982) auteur de Zen et arts martiaux, il est possible de
mieux comprendre le cheminement. Le zen remonte à l'expérience du Bouddha Sakyamuni qui réalisa
l'éveil de la posture zazen (assis en tailleur ou bien à genoux pieds en extension), en Inde au VIème siècle
avant J.C.. Cette expérience s'est depuis transmise de façon ininterrompue, de maître à disciple
formant ainsi la lignée du zen. Après une implantation de près de mille ans en Inde, cet enseignement
fût apporté en Chine au VIème siècle après J.C. par le moine Bodhidharma 28ème patriarche. Le zen sous
le nom de Ch'an est une école du "grand véhicule" Bouddhiste qui recommande la concentration et
l'apaisement de la conscience humaine, liés à l'action intérieure. Le zen connut alors un grand
épanouissement dans ce pays, y trouvant un terrain favorable à son développement. Selon certaines
sources, c'est le moine Rinsai (1141-1215) qui introduisit le zen au Japon au XIIème siècle (1191) et fonda
sur l'île de Kyushu le premier monastère.
Selon d'autres sources, c'est le moine japonais Dogen, qui après un séjour en
Chine, apporta le zen au Japon. Le zen influencera profondément toute la
culture japonaise, plus de 20000 temples témoignent aujourd'hui de ce
rayonnement. Avec son message de discipline intérieure et d'inlassable
recherche de la vérité, le zen deviendra l'expression religieuse du BUSHIDO,
le code d'honneur de la chevalerie japonaise.
Extrait JU-JITSU "La Force Millénaire", Ed. AARpar Roland HERNAEZ 1934, 9ème DAN SEIBUKAN ACADEMY

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Préparation du corps
Force externe et force interne
- Chikara : c’est la force en développant les muscles et la résistance.
- Ki : c’est l’énergie interne et souffle de vie qui se situe dans le hara, le
centre vital de l’homme. Toutes les lignes de forces des budo
convergent vers les notions de ki et de hara contrairement à la force
physique de surface qui diminue avec l’âge.
Centre de gravité
La prise de conscience du hara n’est qu’une première étape.
La maîtrise du ju-jitsu n’est possible que si on se sert du point appelé
le centre de gravité de l’homme. Au cours du déplacement, le
mouvement des jambes ou des bras change en fonction de ce point. Le
centre de gravité peut bouger verticalement, horizontalement ou
diagonalement.
Déplacement et hara

Kime relaxe
Le kime est l'ensemble des principes physiques et mentaux qui
interviennent simultanément lors de l'achèvement d'une technique finale,
juste avant l'impact et qui sont maintenus un peu au-delà. Il fait pénétrer
l'énergie développée par le coup dans la cible; c'est la phase efficace du
coup. C'est l'explosion d'énergie concentrée en un point, pendant un très
court instant. Il n'intervient que sur la dernière partie de la trajectoire au
moment où la force du corps est totalement concentrée dans l'arme (pied
ou poing) lancée, à grande vitesse. Il permet le transfert de l'énergie
cinétique dans la cible au moment de l'impact.
Il peut être accompagné d'un kiai (cri bref et aigu qui semble venir du fond de la gorge mais qui
vient, en fait, du fond de l'abdomen) destiné à surprendre l'adversaire, créant ainsi une ouverture
s'il est insuffisamment concentré. Il est suivi d'un temps de décontraction totale. Il s'agit
essentiellement d'une sensation, d'un tout, difficile à décrire. C'est, pour un karatéka, la
manifestation de l'union du corps et de l'esprit, résultant de principes physiques et mentaux.
Utilisation et concentration de la force
La force doit être tenue en réserve à l'intérieur du corps et également répartie. Vous devez être
calme et relaxé. Vaincre un adversaire demande de la force, mais surtout de la douceur. Plus
vous serez relaxé avant l'impact, plus vous aurez de force à ce moment.
Donc, à l'entraînement, faîtes les mouvements avec douceur et lenteur, sans interruption. La
fin d'un mouvement n'étant que l'amorce du suivant. Concentrez la puissance dans le ventre et
projetez-la à partir de celui-ci. Ne forcez jamais, cédez à la force pour mieux la retourner
contre votre adversaire grâce aux courbes.
- Il faut que la puissance musculaire du corps entier appuie le vecteur
qui l'exécute. Les muscles utiles au mouvement doivent être
mobilisés selon un ordre correct. Les autres muscles doivent rester
relaxés.
- Le temps d'application est très bref. La masse en mouvement doit
être énergiquement stoppée quand le membre qui frappe arrive
pratiquement à son extension complète. Cette contraction peut être
totale ou n'intervenir qu'au niveau des extrémités si l'on désire
enchaîner. Elle se transmet des muscles les plus lents aux plus
rapides et du centre aux extrémités dans une direction donnée.
Chistophe CARRIO
- Chaque coup doit être accompagné de l'idée de traverser la cible.
Karaté artistique

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

L’utilisation de la force de réaction (Hikite)
Cela consiste à laisser revenir, naturellement, le poing qui ne frappe pas à
la hanche. Les deux actions sont parfaitement synchronisées de manière à
créer une onde de choc venant rejeter celle que l'on reçoit en retour
lorsque l'on frappe. Le ventre donne sa force au hikite. Le bras ne tire pas,
il est absorbé par l'action du ventre qui a produit la technique.
Pour les coups de pied, on peut retirer les 2 bras. Pour les coups de pied
sautés, il est possible de rejeter l'onde de choc avec une action
synchronisée des 2 bras et de l'autre pied qui protège, en outre, les parties.
Pour mawashi-geri, on peut lancer les bras dans la direction opposée et les
arrêter dans l'axe du corps (sans torsion de la colonne vertébrale).

Isao
OBATA

Gichin
FUNAKOSHI
Masatoshi NAKAYAMA 1913-1987 - fondateur Nihon Karate Kyōkaï (JKA)

Attention, en réalité hikite signifie "tirer la main"

La perception
C'est l'utilisation de vos sens pour percevoir les moindres
modifications de votre environnement.
- concentration
Elle est nécessaire pour ne pas nuire à la vitesse de perception
et pour ne pas allonger le temps de réaction.

Alejandro NAVARRO (1975 )
Karaté Kyokushinkaï

- regard
Utilisez votre champ de vision maximum (180°), afin de capter
votre adversaire dans son ensemble et également ceux qui
peuvent se trouver sur vos flancs.
Votre sphère de vision s'étend quand la distance raccourcit.
Quand vous vous retournez (pivot), gardez le regard horizontal.
Il doit toujours précéder le mouvement.
- ouïe
La réaction auditive est plus rapide que la réaction visuelle. Vous
devez vous habituer à discerner les bruits faits par ceux qui vous
entourent.
- sensibilité
Yeux fermés, entraînez-vous à percevoir les déplacements des
personnes autour de vous. Déplacez-vous, yeux fermés, chez vous,
puis sur un terrain inhabituel.

Bruce LEE 1940-1973
Jeet Kune Do

- troubler la perception de l’adversaire
Ne regardez pas la zone que vous attaquez. Détournez son
attention en multipliant les feintes. Faites-lui cligner des yeux en
dirigeant une attaque dans leur direction et profitez de cet instant
de faiblesse. Usez de feintes et de pièges. Variez vos techniques.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Principes des leviers
Dans un souci d’efficacité la main et le corps vont devoir s’utiliser de manière rationnelle et
scientifique. A partir de sa fonction première de saisir, l’efficacité de la main va être tributaire de
principes physique et mécanique. L’objectif étant de réduire la force nécessaire à
l'accomplissement d'un travail, et donc prendre en considération un ensemble de paramètres :
- la ou les parties fixes et mobiles,
- le ou les points d’appuis,
- les forces et mouvements mis en œuvre,
- le poids (et la pesanteur),
- la précision,
- les surfaces de contact,
- les bras de levier ...,
- les angles d’actions.
Afin de prendre un "avantage mécanique" il existe 3 types de leviers, qui se distinguent par
l'emplacement du point d'appui par rapport aux points d'application des forces motrices et
résistantes. Ces différents leviers sont présents dans nombre d’actions, même s’ils sont nuancés
ou combinés avec d’autres mouvements secondaires tout aussi importants.
Les leviers sont présentés à travers quelques situations et on analysera :
- le point d’appui
- la force motrice
- la force résistante
Pour prendre l’avantage sur l’autre il faut que :
La force motrice Fm par le bras de levier Lm doit être supérieure à la force résistante Fr par le bras de levier Lr.
C'est-à-dire :

Fm * Lm > Fr * Lr

Lr Lm
Fm
Le levier inter-appui Fr
Pour ce type de levier,
le point d'appui est placé entre les 2 forces, qui s'exercent toutes 2 dans le même sens.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Le levier inter-résistant
Pour ce type de levier,
la force résistante est appliquée entre la force motrice et le point d'appui du levier. Les 2
forces sont alors de sens opposés.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Le levier inter-effort
Pour ce type de levier,
la force motrice est appliquée entre la force
résistante et le point d'appui du levier. Les 2
forces sont de sens opposés.

Les leviers doubles
Les leviers sont souvent
utilisés par paire.
Pour ce faire, 2 leviers identiques sont
fixés au niveau de leur pivot commun.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Théories de l’attaque et de la défense
Le concept d’opportunité (Kobo-ichi)
Lorsqu’il y a combat, il faut chercher à s’adapter, sans jamais se laisser mener par une idée
préconçue. Il faut utiliser une technique d’après une situation donnée, en sachant qu’elle
évolue. Toute l’action, attaque, défense ou contre-attaque n’est qu’une seule et même chose.
L’esprit ne doit se fixer sur rien et le corps ne doit pas se laisser emprisonner dans une
technique rigide. Le but du corps et de l’esprit est la fin du combat.
Cette notion d’opportunité et d’accord avec le mouvement de l’adversaire se retrouvent dans
le "Ryuko no maki" (livre du dragon et du tigre), l’un des plus vieux traités d’arts martiaux.
Go-go-ju, ni-hachi : 5 et 5 font 10, 2 et 8 font 10
Si l’adversaire :
- pousse avec 5 unités de force et nous le tirons avec 5 unités, il est terrassé par 10 unités de force.
- tire avec 2 unités et nous poussons avec 8 unités, il tombera avec 10 unités de force.

5+5=10

2+8=10

Ce qui compte, c’est l’harmonie avec le mouvement de l’adversaire. On retrouve la même
idée dans le taôisme : il faut accentuer une tendance pour entraîner le déséquilibre fatal d’un
individu, physiquement ou mentalement.
Les formes d’initiatives en combat (Sen)
Le Densho, ancien "livre des principes secrets" ramène l’initiative à 3 formes de base :
- Sen : on attaque en premier lorsque le combat est inévitable. C’est l’initiative pure qui peut
se justifier comme une action préventive permettant de prendre l’avantage.
- Go-no-sen : on répond à l’initiative de l’adversaire par une défense
avant de riposter par une technique appropriée.
- Sen-no-sen : l’initiative à l’attaque et l’initiative de défense se
confondent. On engage l’action sans attendre que
celle de l’adversaire se soit précisée. C’est la
forme supérieure et celui qui en est capable a un
très haut degré de développement mental
recherché dans tous les budo.

Sen no sen
Shorinji Kempo

Les vieux maîtres ont formulé des théories séduisantes sur ces 3 principes
mais la bonne stratégie est celle qui s’adapte aux circonstances.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

La maîtrise de la distance
Selon que l’attaque part d’une grande (to-ma), d’une moyenne (ma) ou à très courte distance
(chika-ma), la riposte devra être conçue selon le temps dont on dispose et des possibilités de
placement du corps par rapport à l’attaque. La notion de distance, qui est une préoccupation
de tous les maîtres de budo anciens, fera que le "timing" d’une technique sera bon ou
mauvais. Cette distance dépendra du type d’attaque : pied, poing, armes…
Le type de défense peut être : irimi (A) ou tenkan (B)
A -avancer sur l’adversaire avant qu’il ne termine son geste

Morihei UESHIBA
sur Irimi nage

B -reculer ou tourner pour laisser son mouvement s’amplifier vers le déséquilibre

UESHIBA et TAMURA
sur Tenkan hitoemi

La vitesse des gestes
Certains pratiquants de karaté sont obsédés par la recherche de la rapidité. Cette rapidité est
séduisante : leurs gestes paraissent vifs et énergiques mais selon Musashi, la focalisation sur la
vitesse est, justement, un obstacle à la progression :
"La rapidité ne s’inscrit pas dans la véritable voie de la stratégie. Lorsqu’on dit rapide, c’est qu’un retard
a été pris par rapport à la cadence des choses, c’est ce que veut dire rapide ou lent. Quel que soit le
domaine, les gestes d’un bon adepte ne paraissent pas rapides. La rapidité est l’amorce d’une chute, car
elle produit un décalage dans la cadence. Bien sûr, trop de lenteur est aussi mauvais. "

Pour Musashi la véritable maîtrise passe par la fluidité des enchaînements et
par la suppression des temps morts :
"Les gestes d’un bon adepte paraissent lents, mais il n’y a nul espace mort entre ses
gestes. Quel que soit le domaine, les gestes d’un bon adepte ne paraissent jamais pressés.
Si vous voulez pourfendre avec un mouvement rapide, le sabre, qui n’est ni un éventail ni
un couteau, ne tranchera pas en raison de la rapidité. Dans la stratégie de groupe aussi,
il est mauvais de penser à se précipiter en cherchant la rapidité. Si vos adversaires
agissent trop rapidement, vous appliquez l’attitude opposée, vous vous tranquillisez et
vous évitez de les imiter. Il faut bien vous entraîner en élaborant cet état d’esprit."
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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Représentation de l’attaquant
La notion que nous avons quand nous nous représentons un homme qui attaque ou qui se
défend est une action visuelle fondée sur l'apparence qu'est le corps au repos.
Cette vision statique est tout à fait fausse. En effet, si au repos, un homme a bien la forme
d'un tronc avec quatre membres et une tête, cette forme, que les statuaires ont immortalisée
dans tous les pays, ne donne aucune idée de la réalité qu'est l'aptitude dynamique de notre
corps.
Un homme en activité d'attaque ou de défense, ou
même en puissance d'action est une sphère dont la
limite est l'extrémité des membres supérieurs et
inférieurs. C'est ainsi qu'il faut se représenter notre
adversaire.
Cette sphère a sa périphérie en mouvement par
rapport à son centre et ce centre, peut se déplacer en
avant, en arrière, latéralement, verticalement,
entraînant la périphérie. Le centre est situé dans
l’abdomen, comme l'avait vu Léonard de Vinci, dans
ses études de l'Homme inscrit dans un cercle ou un
pentagone.
La 1ère chose nécessaire avant une attaque est donc de perdre la notion visuelle statique et
de voir, non l'homme-statue, mais la sphère en puissance ou en action.
La 2ème chose est d'évaluer le rayon de cette sphère.
La 3ème chose importante qui différencie l'aïkido du judo est celle-ci : Dans le judo, si l'un
tire, l'autre suit, si l'un pousse, l'autre recule, les deux hommes s’interpénètrent, car les bras
sont fléchis.
Dans l’aïkido, le but est de rester tangent ou juste extérieur à la sphère
d'action de l'adversaire non relativement à notre corps, mais
relativement aux extrémités de nos membres supérieurs ou inférieurs.
L'engagement à l'intérieur de la sphère de l'adversaire ne se fait que si
la potentialité de son attaque est annihilée dans un certain rayon
d'action, c'est pourquoi l’aïkido apparaît être l'art essentiel d'esquive
qui met le défendant dans une zone ou les membres adverses ne
peuvent nous atteindre. C'est l'exécution parfaite du taï-sabaki ou
effacement, qui permet de créer le vide devant l'agresseur, puis
d'attaquer ses points vitaux.
NOCQUET et UESHIBA
Plus que toute autre forme de défense, l'aïkido utilise la propre force de l'attaquant et
l'opportunité pour le défaire. En fait, au contraire du judo, un pratiquant d'aïkido saisit
rarement l'agresseur, et souvent pas du tout. L'adversaire qui s'élance se trouvera dirigé de
lui-même dans un mouvement, jusqu'à ce qu'il perde son équilibre.
L'idée générale est de se servir de la partie la plus extérieure de la
sphère d'action de ses mains, ses poignets, et de s'en servir pour
faire tourner cette sphère dans le même sens que celui-ci, déjà
entraînée par son propre mouvement volontaire. Ainsi, on ne
bloque pas le coup, on l'écarte dans son propre sens, on cet atemi
à décrire sa sphère ou son axe de cercle le plus grand. On cherche
donc le plus grand bras de levier possible. On fait tourner le corps
de l'adversaire à partir du déplacement de la périphérie de ses
membres. On ne s'introduit dans la sphère adverse qu'au moment
ou l'expansion rayonnante de l'adversaire ou de l'ennemi a été
écartée, déviée.
André NOCQUET (1914-1999) 4ème dan Judo - 8ème dan Aïkido

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

LA NOMENCLATURE
1- Les coups

(Atemi)

Il faut rappeler, en premier lieu, que le travail des atémi est une nécessité première si l'ont veut
s'exercer à la défense dans des conditions réalistes.

Catégories de coup
L'atémi de dissuasion
En règle générale, le ju-jitsuka ne prend pas l'initiative de l'attaque et son action s'adapte à
l'offensive de l'autre. Toutefois, il arrive de devoir déroger à cette règle et de porter un atémi
destiné à écarter un danger, pour sortir du champ d'attaque de plusieurs adversaires lorsque
l'on est encerclé, pour anticiper une attaque de l'autre lorsqu'on le sent menaçant par exemple.
Dans ce contexte, il ne s'agit pas de conclure, mais d'éviter un risque. Même s'il n'est pas
décisif, l'atémi doit avoir une valeur suffisante pour produire le résultat escompté.
L'atémi d'arrêt
On désigne ainsi l'atémi porté dans l'action de l'autre en vue de
l'empêcher de l'achever et de réduire son efficacité. En atténuant les effets
de l'attaque de l'adversaire, on rend la situation réversible et on peut la
retourner à son profit.
L'atémi d'opportunité
Il consiste à attaquer dans l'attaque de l'adversaire. L'addition des forces
qui en résulte fait que cet atémi est décisif.
L'atémi de conclusion
Comme son nom l'indique, il permet de "conclure" après avoir pris
l'ascendant sur l'adversaire par projection, immobilisation, clé debout ou
au sol.

Morihei UESHIBA Aïkido

Bertrand AMOUSSOU Ju-jitsu Jacques et Arnaud Combat libre

Alejandro NAVARO Karaté Kyokushinkai Eric PARISET Ju-jitsu

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Dominique VALERA Karaté contact

Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Coups avec les membres supérieurs
Armes des membres supérieurs

placement du pouce

Techniques

Oi tsuki

Gyaku tsuki

Mawashi tsuki

Tsuki age
(paume en bas ou en haut)

Percussions

Uraken uchi

Uchi oroshi
Tetsui ushi

Teicho uchi

Shuto uchi

Autres atémi

Higi

Nukite

Kumade uchi

Hatama
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Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Coups avec les membres inférieurs
Armes des membres inférieurs

Techniques

Mae geri

Mawashi geri

Yoko geri

Mae geri kekomi et keage

Ushiro geri

Mawashi geri

Katato geri

Ushiro mawashi geri

Yoko geri

Yves-Marie et Patrick

Autres atémi

Hiza

Jacques

Mikazu geri

Fumikomi

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Mae et yoko tobi geri

Ju-Jitsu - Fernando Munoz

Eléments de riposte et typologies des attaques
Il y a différentes façons d’aborder l’attaque ou la riposte.
Sen
Prise de l'initiative de l'attaque (directe, redoublée, enchaînée, en combinaison, en confusion).
Sen no sen
Attaque dans l'attaque (nécessite de devancer l'intention d'attaque de l'adversaire).
Go no sen
Attaque par reprise d'initiative après l'attaque de l'adversaire. Tori défend puis contre
(contre après esquive, contre après blocage, contre sur le retour d'attaque de Uke).

La source provient surtout de trois écoles :
- Ju-jitsu : ne pas utiliser sa force contre celle de l’adversaire, briser l’équilibre avant
d’appliquer une technique de projection et de contrôle au sol.
- Aiki-jitsu : ajouter les effets de son propre mouvement à ceux de Tori. Le but recherché est
la projection par accentuation du déséquilibre de Tori et éventuellement le
contrôle au sol.
- Kempo : obtenir sur Tori un effet de choc par l’action de Uke. Cet effet doit mettre Tori en
position d’infériorité totale ou provisoire pour lui appliquer une projection ou
technique de contrôle.
Attaques et types de ripostes

Réaction
initiale

1er stade

2ème stade

esquive sans
contact

riposte par
coup

fin du combat

parade

riposte par
déséquilibre

contrôle final

esquive avec
parade

évasion
simple

projection

3ème stade

(clé, strangulation,
immobilisation,
menace)

fin du combat
contrôle final
chute de Tori

(clé, strangulation,
immobilisation,
menace)

Répondre à la violence peut se faire suivant 3 degrés :
sans blesser l’agresseur,
légèrement,
ou sans retenue.
De nombreuses écoles accordent à l’atémi une place primordiale comme la tenjin-shinyo-ryu qui
le considère comme nécessaire pour préparer le terrain ou pour conclure le combat. Certains
styles comme le kempo ou le karaté ont développé l’étude des coups pour un usage privilégié.
Les styles classiques de ju-jitsu n’y ont jamais vu une fin en soi.
Le coup est souvent nécessaire mais jamais suffisant; il peut introduire et conclure,

c’est la raison d’être du ju-jitsu.

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Ju-Jitsu - Fernando Munoz


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