Cause Commune N19 Dossier consacré à Lucien Sève .pdf


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H

ÉDITORIAL H

pas grand-chose. Cf. Bolsonaro & consorts. The (business) show must go on [le spectacle
spectacle (du business) doit continuer]. Dussent des dizaines de milliers de vieux périr. Ce
qui ne contredit pas cette petite pointe fascisante : que les plus forts survivent, délestés du
fardeau des faibles. Ce qui ne met pas davantage en péril la logique comptable : que meurent
les moins productifs. La nue logique du capital, qu’on présente encore souvent comme la
compagne inséparable de la démocratie, se montre ici dans toute sa hideur et sa vérité :
profit et accumulation aimantent seuls la boussole. Nous, nous disons nettement : la vie,
« quoi qu’il en coûte ». Mais ajoutons : « sans présenter la facture à ceux-là seuls qui n’ont
pas grand-chose ni en rognant encore sur les utiles dépenses publiques ».

« Pour changer la vie du grand nombre, de ceux

et celles qui créent les richesses dont d’autres profitent,
il faut inventer un vrai “bien vieillir”, générateur
de nouveau bonheur humain en même temps
que d’efficacité sociale supérieure. » Lucien Sève
Sans que le panorama soit ici complet, on mesure bien que regarder la vieillesse dans les
yeux, c’est affronter une question civilisationnelle majeure qui implique, tendanciellement,
tout un mode de production. Laissons, dans cet esprit, le dernier mot à un octogénaire communiste de 2010 en pleine possession de ses moyens intellectuels, Lucien Sève, pour qui
il convenait d’« émanciper pour de bon toute la succession des âges sociaux : offrir à chacun
des formations initiales de haut niveau ; en finir avec le chômage des jeunes ; désaliéner
en profondeur le travail; organiser une sécurité continue de l’emploi et/ou de la formation;
du même coup, passer d’un temps libre petitement compensatoire à une vie hors travail
richement formatrice ; favoriser au maximum la préparation des quinquagénaires à leur
vie postprofessionnelle — ouvrir ainsi en grand la perspective de plusieurs dizaines d’années
actives d’autre façon, soustraites aux logiques exploiteuses dans un système consolidé de
retraites par répartition, revalorisées sur la base d’une plus juste redistribution des richesses
et indexées sur les salaires. Voilà qui ferait de la France de 2040 le contraire d’un pays vieilli.
Pour changer la vie du grand nombre, de ceux et celles qui créent les richesses dont d’autres
profitent, il faut inventer un vrai «bien vieillir», générateur de nouveau bonheur humain en
même temps que d’efficacité sociale supérieure. Les progrès de la biomédecine induisent
une révolution démographique avec l’allongement de la vie. Lequel, sous peine d’un vaste
«mal vieillir», impose d’engager de façon pacifique mais combative une vraie révolution
sociobiographique. » l
Guillaume Roubaud-Quashie,
directeur de Cause commune.

SEPTEMBRE/OCTOBRE

2020 • Cause H commune •

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